29 août 2025 5 29 /08 /août /2025 08:44

De Christian Petzold (Allemagne 2024)

 

Avec Paula Beer, Barbara Auer, Matthias Brandt, Enno Trebs

 

Quinzaine des cinéastes Cannes 2025

 

Film vu en avant-première Omnia Rouen samedi 28 juin 2025

Ce drame met en scène une jeune pianiste qui, après la mort accidentelle de son compagnon, trouve refuge dans une famille qu'elle ne connaît pas. Très vite, elle découvre de sombres secrets de famille et remet en question les motivations apparemment honorables qui lui sont présentées.

Miroirs n°3

Laura part avec son ami et un autre couple ; arrivée à destination elle décide de "revenir" ; Il conduit. Accident …Au duo désaccordé de ce tout début, succèdera  celui formé par  Laura -la miraculeuse rescapée, ébranlée physiquement certes mais apparemment non affectée (traumatisée) par le décès de son  "ami" - et par Betty, seule témoin de l’accident. (un regard de connivence avait d'emblée alerté le spectateur ...) Elle s'épanouit , en  compagnie de sa "protégée", car on le comprendra assez vite, elle voit en elle la force messianique de la résurrection. Laura une figure de la substitution ! Puis ce sera le quatuor quand le père et le fils regagnent le  "foyer" , qu’ils avaient déserté …Le récit avance avec ses combinatoires de duos solos et quatuors en une succession de "scènes" et comme le titre emprunté à Ravel le dit explicitement, il est ainsi traversé d'effets spéculaires, un "jeu" sur  les "variations" 

Laura est pianiste, elle étudie à l'Université des arts de Berlin, elle s'exerce régulièrement sur le piano de la fille ...disparue...,   Elle jouera Chopin, interprétera la 3ème pièce musicale "une barque sur l'océan" des Miroirs de Ravel ...alors que parallèlement se répondent  en "miroirs" les différentes destinées  .

La récurrence de certains itinéraires (en voiture et/ou à vélo) -comme autant de cheminements intérieurs, de lignes de conduite -, délimite en fait un espace très circonscrit où s'impose la   thématique de la "réparation" (en dénotation elle illustre la fonction du garage, en connotation elle concerne de plus profondes blessures ) 

Simple, épuré, minimaliste (le regard souvent se substitue à la parole) et force convaincante de certains acteurs (Paula Beer en Laura et Barbara Auer dans le rôle de la mère dévastée par la perte de sa fille)  tel se donne à voir  "Miroirs n°3" 

Et pourtant...!!  si certaines ambiances rappellent l'étrange étrangeté des toiles de Hopper, que dire de la citation de Tom Sawyer, personnage de M Twain- lors de la peinture de la clôture? de ces magouilles  effectuées par les garagistes père et fils -suppression du suivi GPS des automobiles Mercedes? de cette intrusion saugrenue du burlesque?

Mais surtout on a la fâcheuse impression que le récit refusant le "suspense" (c'est un choix certes) n'avancera plus  dès l'instant où l'on aura compris (trop vite) les enjeux (le deuil et  en miroir la famille )

Impression mitigée donc! 

On aurait tant aimé passer  de "l'autre côté du miroir" 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS sur Arte  à voir ou revoir "Le ciel rouge" (2023) 

 

 

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29 août 2025 5 29 /08 /août /2025 05:07

De Joachim Trier (Norvège France Allemagne Danemark 2024)

 

Avec Renate Reinsve (Nora) Stellan Skarsgård (Gustav le père)  Inga Ibsdotter Lilleaas (Agnès la sœur) Elle Fanning (Rachel) Anders Danielsen Lie (Jakob) Jesper Christensen (Michael)

 

Grand Prix du Festival de Cannes 2025

 

Agnès et Nora voient leur père débarquer après de longues années d'absence. Réalisateur de renom, il propose à Nora, comédienne de théâtre, de jouer dans son prochain film, mais celle-ci refuse avec défiance. Il propose alors son rôle à une jeune star hollywoodienne, ravivant les braises de souvenirs de famille douloureux.

Valeur sentimentale

Joachim Trier récompensé à Cannes par le prestigieux Garand prix du festival, ne signe pas pour autant son  "meilleur" film…

Certes l’enchevêtrement passé présent, fiction réel, le questionnement sur l’art (en général) et la fonction cathartique de l'écriture, la relation au père, patriarche égotique en mal de  "reconnaissance"  sur la scène internationale, ne versent jamais dans la facilité du "sentimentalisme" et la complexité  "apparente"  est diluée dans la fluidité et l’ironie (on rira souvent de bon cœur même dans les saynètes sur la décrépitude). Mais le classicisme de la mise en scène, l’abus du champ/contre champ, le passage systématique écran noir -censé signaler l'éclatement de la chronologie, ou la porosité fiction/réel , des symboles trop appuyés (la fissure qui lézarde la maison familiale à l’instar des blessures aux cicatrices toujours béantes ; la superposition progressive des trois portraits en effigie anamorphosée envahissant un moment l’écran) tout cela (et bien d’autres choses encore) nuit hélas au propos…

Mais il y a trois acteurs formidables qui chacun incarnant avec brio une forme d' archétype transcende l’immanence Inga Ibsdotter Lilleaas en Agnès, historienne, gardienne d’une mémoire familiale et nationale (sur les traces d’Ingrid la grand-mère résistante victime de tortures, la séquence des archives dans ses ellipses et ses silences suggestifs est bouleversante) fille et sœur aimante et dont le fils perpétuera la valeur sentimentale. Renate Reinsve (l’héroïne de Julie en 12 chapitres) incarne avec subtilité et finesse une Nora tourmentée (une séquence où corsetée dans son costume qui l’oppresse, détraquée par le trac, elle risque d’annuler la représentation en dit long sur son mal être ; sa relation au père est toxique, elle refuse d’avouer être son double.... On ne présente plus Stellan Skarsgård. (le public rouennais qui l’avait découvert grâce au festival du cinéma nordique a encore en mémoire Oxen 1991 ou Breaking the waves 1996…) comme dans Insomnia (1998) ce brillant acteur par un regard fuyant, une moue, une douce oscillation, une marche dégingandée exprime quantité de sensations et sentiments …

Et si le personnage principal était précisément la maison ? Filmée au tout début sous tous ses angles -qu’accompagne un commentaire voix off- elle est habitée par une circulation de regards, de larmes naissantes, par des silences qui apprivoisent, elle a gardé intacts tous les non-dits enfouis (les gamines captaient à travers un poêle, les confessions de patients que recevait la mère psychiatre, …) Maison, valeur sentimentale, , sérénité enfin (re)conquise ?

Mais au final, le plan s’élargit, voici les coulisses d’un décor de studio (triomphe de l’artificialité ? et/ou espace d’une  réconciliation ?) Rétrospectivement, le cadeau offert au petit-fils pour ses 9 ans - deux dvd Irréversible et La pianiste-  s’est délesté de sa gravité provocatrice….)

A voir

Colette Lallement-Duchoze

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28 août 2025 4 28 /08 /août /2025 06:33

De Petra Biodina Volpe, (Suisse Allemagne 2025)

Avec Leonie Benesch Sonja Riesen, Selma Adin

Floria est une infirmière dévouée qui fait face au rythme implacable d’un service hospitalier en sous-effectif. En dépit du manque de moyens, elle tente d’apporter humanité et chaleur à chacun de ses patients. Mais au fil des heures, les demandes se font de plus en plus pressantes, et malgré son professionnalisme, la situation commence dangereusement à lui échapper…

En  première ligne

Ballet de blouses qui, bien serrées, bien propres vont s’entassant sur le  portant mouvant (à l’instar des « missions » qui iront s’entassant pour le personnel soignant ?) C'est la scène d'ouverture

Blouses bleu pétrole  destinées aux infirmières. Floria est l’une d’elles.

Et nous allons la suivre depuis son arrivée -au vestiaire où elle se déshabille, chausse des baskets confortables achetées en solde précise-t-elle à une collègue, jusqu’à son départ en bus… La caméra semble lui coller à la peau (tout comme elle colle aux visages, aux mains, aux yeux des patients).dans le circuit parfois dédaléen qu'emprunte l'infirmière (entre chambres de malades -à 1 ou 2 lits- salle de stockage des médocs, couloirs, ascenseurs, morgue) trimbalant tout l’attirail de soins, le matériel d’auscultation de désinfection etc  . Prise en charge une expression à prendre dans toutes ses acceptions. Tout cela à un rythme d’enfer, que scande la répétition précise rapide et méticuleuse des mêmes gestes. A son accélération correspond une musique quasi forcenée. D'autant que cette nuit-là - mais aussi de plus en plus souvent-,   le personnel soignant est en sous-effectif et que le médecin chirurgien oncologue ayant opéré  quasiment toute la journée ne peut assurer sa  "visite" personnalisée  A Floria de  "gérer"

Filmée de dos ou de face, en plan américain ou de pied en cap, à l’écoute bienveillante de patients ou exhortant avec sévérité les récalcitrants à se plier aux règles de la communauté hospitalière, la talentueuse Leonie Benesch (cf la salle des profs) incarne cette Floria, symbole d'un corps de métier sans lequel….Or dit le générique de fin 36% des infirmiers/ières démissionnent dans les 4 ans qui suivent leur prise de poste ; il manquera 13 millions d'infirmières dans le monde en 2030 selon l'OMS. Constat sans appel…Et même si le film aux allures de documentaire est une  "fiction", s’il use de symboles -gros plan sur les chaussures usagées au vestiaire, sur les nuques des deux femmes dans le bus au final ….(ne pas spoiler), si sa structure obéit à une dynamique interne et à une progression quasi dramatique (Floria commet des erreurs, on s’attend à un pétage de plomb ) - les fenêtres que l’on ouvre sont des  " bouffées d’air"  pour le spectateur aussi -, voilà un film d’utilité publique à projeter à l’Assemblée nationale, et/ou au Sénat, par exemple, au moment du vote du budget, quand le capitalisme financier n’a que mépris pour son personnel soignant ….tant il est obnubilé par la  "rentabilité"

Virevoltant d’un patient à l’autre (comme dans un état d’urgence permanent) Floria non seulement aura dispensé les "soins" que réclament les corps malades (certains quitteront définitivement l’ici-bas, cancéreux incurables ou en phase terminale) mais aussi par un mot, un sourire, une parole apaisante elle aura incarné ce baume d’humanité… Est-ce que vous serez là demain ?

En première ligne, un hommage

En première ligne, un cri d’alarme

En première ligne, un film à ne pas rater

Colette Lallement-Duchoze

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27 août 2025 3 27 /08 /août /2025 09:13

De Lin Jianjie  (Chine 2024)

 

avec  Sun Xilun (Yan Shuo) Lin Muran (Tu Wei) Zu Feng  (son père) Guo Keyu (sa mère )

 

Panorama du 74e Festival international du film de Berlin

Wei est le fils unique d’une famille aisée, dans la Chine moderne et urbaine. Alors qu’il se rapproche de Shuo, un camarade d’école plutôt mystérieux, celui-ci commence à s’immiscer dans leur quotidien. Peu à peu, sa présence semble perturber l’équilibre familial.

Brief history of a family

Etonnant de rigueur dans sa beauté plastique, déconcertant par ses  ellipses ses sous-entendus ses non-dits  ses « jeux » de manipulation,  tel s’impose ce premier long métrage de Lin Jianjie. Cadrages précis comme « tirés au cordeau », dialogues parcimonieux, émotions retenues, élégante froideur des décors, jeux de ralentis dans la décomposition de certains mouvements agrandis par de très gros plans, accompagnement musical, (une musique dissonante avec quelques échappées du côté de Bach et son Clavier bien tempéré …), récurrence de plans sur des lamelles de labo où l’œil du microscope va se confondre avec celui de la caméra, tout cela peut rebuter certains spectateurs réfractaires à toute forme d’esthétisation … Et pourtant 

Vu de dos, Shuo se tient à une barre, un plan fixe, prolongé, (on mesure la durée de l’effort) quand un ballon atteint son visage…Chute. Vue en plongée sur le corps du jeune homme, échoué. C’est la séquence d’ouverture. A partir de cet accident (?) ce lycéen est introduit dans la famille de Wei son « violenteur ». Deux milieux sociaux différents ! Celui de Shuo restera hors champ (quelques confidences -des mensonges ?-, des stigmates sur la peau diront la violence alcoolisée du père, jusqu’à son décès..) Celui de Wei que le réalisateur va "analyser" comme une « cellule » familiale , cellule qui se métamorphose, se décolore risque d’éclater en la présence d’un « élément » étranger.... Chine XXI° siècle. Les familles sont encore marquées par les traumas de la politique de l’enfant unique (instaurée en 1979 elle a prévalu jusqu’en 2015) La mère de Wei d’ailleurs par un transfert émotionnel voit en Shuo le deuxième enfant qu’on lui a interdit d’avoir… Famille (re)composée dont témoignent entre autres la table dressée avec méticulosité, les "élans" et sourires de la mère, les choix du père et sa quête d’excellence ! (études, écoles et universités de prestige). Or Wei est passionné par l’escrime et les jeux vidéo, Shuo -le fils un temps adopté…-  eût été un « modèle » (studieux brillant aimant). Manipulateur diabolique ou adolescent blessé ? Au final  nous ne le saurons pas …et c’est tant mieux 

Brief history of a family, un récit métaphorique, un faux thriller familial à ne pas rater ! 

 

Colette Lallement-Duchoze


 

 

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26 août 2025 2 26 /08 /août /2025 08:39

De Penny Panayotopoulou (Grèce  2024)

 

avec avec Giannis Karampampas,(Costas) Garifalina Kontozou (Nicky) Thalia Papakosta (Stella) Elena Mavridou (Chrysea)

 

Festival international du film de Thessalonique 2024 Prix du public et prix meilleur début pour Giannis Karamparas

Festival du Film européen  de Lecce 2024 Prix de la meilleure photographie

Festival D’A de Barcelone (2025)  prix du public

Festival du film grec de Los Angeles (2025) prix de la meilleure réalisation

Costas est depuis peu agent de sécurité dans un hôpital public sous tension. Après le décès soudain de son frère aîné, il doit non seulement s'occuper de sa petite nièce Niki, mais aussi trouver l'argent nécessaire pour couvrir les dettes laissées par son frère. La maison de famille, leur seule possession, risque d'être saisie. Il se laisse alors entraîner dans une combine juteuse : monter de toutes pièces des dossiers pour faute médicale. Entre l'appât du gain et son intégrité le choix est difficile

Sous tension

Motos qui pétaradent sur un terrain vague…Costas et son amie Stella s’en donnent à cœur joie avec leurs amis …c’est la séquence d’ouverture. A la fin, en écho inversé, Costas et sa moto flambant neuve ne pourra parader avec son amie  alors que …et la moto emblème de liberté -et de réussite sociale aussi (?)-, ne sera plus qu’un amas de ferraille… Que s’est-il passé entre ces deux moments ? Lumière et ténèbres !

Une accumulation de malheurs, une aggravation d’une situation déjà précaire ! avec pour corollaire l’écartèlement entre bonne conscience et « tensions » économiques », le dilemme entre désir de pureté et compromission. Costas héros tragique des temps modernes ! Un fatum économique (une Grèce exsangue, précarité aggravée des plus démunis) et domestique (mort du frère aîné, belle-sœur dépressive qui ne peut éduquer sa fille Niki seule "source lumineuse"  dans la noire opacité   Costas,  doit TOUT gérer) …L’hôpital (et particulièrement le service des urgences) où il est employé comme agent de sécurité est le microcosme de cette gangrène, d’un délabrement généralisé que soulignent certains plans à l’intérieur et à l’extérieur de l’établissement et où se fomente la "corruption" (combine crapuleuse fondée sur de faux témoignages accusant les médecins, combine qui rapporte(rait) gros…) . La dynamique interne de ce film à la fois social, politique, aux allures de thriller parfois, repose en effet sur un dilemme -accepter  la combine ? mais c’est trahir sa conscience, la refuser ? mais c’est être à la rue, lui sa mère et sa nièce. Quel que soit le choix, Costas est piégé.....

Le film -à la fois drame social, familial et auscultation d’un pays quasi exsangue dont l’hôpital public est la métaphore, n’échappe pas hélas à la tentation du mélodramatique et du moralisme, et verse parfois dans la surenchère (ces plans prolongés sur les corps de patients à l’hôpital, sur le sang,  sur le visage hagard de la mère de Niki) et même si Costas tente de "reconstruire" une famille -dont  l’épisode des chatons est la belle  métaphore…) le message est sombre, désespéré : les derniers plans -lent travelling arrière sur l’intérieur de la maison désormais vide- que la cinéaste oppose à une vision lumineuse d’une famille réunie- sont sans appel .

Mais Costas aura sauvé son  "âme"  et son rêve habitera désormais des contrées inexplorées

Colette Lallement-Duchoze

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25 août 2025 1 25 /08 /août /2025 06:26

De Marija Kavtaradze. (Lituanie 2023)

 

avec Greta Grineviciute, Kestutis Cicenas

 

 

Elena, une danseuse épanouie, fait la rencontre de Dovydas, un interprète en langue des signes. Leur connexion est immédiate. Alors que leur lien s'approfondit, Dovydas confie à Elena, qu'il ne ressent aucun désir sexuel pour elle, ni pour personne : il est asexuel. Ensemble, ils tentent de bâtir une nouvelle forme d’intimité.

Slow

La scène liminaire -plan serré sur des ébats amoureux où l‘homme pour bander a besoin d’entendre  "je t’aime" illustre les "envies désaccordées"  dans une relation hétéro sexuelle - Elena qui ne connaît pas vraiment son partenaire acceptera de dire …sans conviction  je t’aime (pour satisfaire sa propre appétence sexuelle),

Elena est danseuse professionnelle, elle n’a(urait) pas la  "morphologie"  (ce qu’elle rappellera à sa mère castratrice dans une mini séquence à partir d’une photo ressuscitant un passé douloureux…) mais  elle est épanouie, et son corps exulte dans l’exaltation.

Langage du corps (sensualité chorégraphiée) langage des signes (Dovydas est interprète pour les sourds et muets) Une rencontre amoureuse ? Oui mais…

Un couple peut-il exister dans la durée quand l’un  des partenaires est asexuel ? Quelles nouvelles formes d’intimité s’imposent pour sa survie ? C’est toute la problématique de ce long métrage filmé en 16mm (le grain si particulier de la pellicule épouse celui des corps qui se cherchent se rencontrent hésitent dans leurs (vaines ?) tentatives d’accomplissement au rythme "lent"  de l’incomplétude des trébuchements, des tâtonnements.  Lenteur que chantait L Cohen ? (I always liked it slow )

Un film qui alterne les séquences chorégraphiées (Elena se mêle au groupe qu’elle initie, Dovydas comme en surplomb ou en prolongement chorégraphie l’espace de ses mains et gestes qui ondoient) et séquences de l’intime (chambre lit) elles aussi obéissant à une chorégraphie (du modelé et du drapé) et/ou séquences en extérieur (bars balades) mais avec des ruptures de rythme dont la "brutalité " pourrait surprendre (art du montage) si elle n’était au service de ces synchronisations délibérément tronquées, dues à tous  ces mouvements contraires  

Un duo d’acteurs -Greta Grineviciute, Kestutis Cicenas- qui crève l’écran dans cette chorégraphie de l’amour : corps en transe de la danseuse (que parfois la caméra morcelle) corps apaisé par trop d’amour, corps en partance ou en errance…

Le dernier plan (Elena et son nouveau partenaire) en écho au tout premier semble clore une parenthèse enchanteresse à défaut d’être enchantée (femme hyper-sensuelle, homme sans désir sexuel, une forme d’amour peut-être sans issue -celle attendue ?- mais vécue dans la tendre complicité de l’intranquille complexité   )

Un film à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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24 août 2025 7 24 /08 /août /2025 12:05

De Mar Coll (Espagne 2024)

 

Avec Laura Weissmalu, Oriol Pla, Giannina Fruttero 

 

Adapté du roman de Katixa Agirre Pas les mères (2021)

 

Festival de Locarno prix spécial du jury 2025

Festival du film espagnol de Nantes 2025 (prix du jury jeune et prix de la meilleure réalisation)

 

María, une jeune écrivaine qui vient de devenir mère, se passionne pour un fait divers perpétré non loin de chez elle. Obsédée par celle qui a commis l'irréparable, elle cherche à comprendre son geste. L'écriture devient alors son seul moyen d'appréhender l'expérience de sa propre maternité, tandis que l'ombre de cet événement tragique plane sur elle, comme une possibilité vertigineuse.

Salve Maria

Dépression post-partum. Si le thème n’est pas novateur (la remise en cause de l’image cliché de la maternité "heureuse"  et de "‘l’instinct  maternel"  est  " entrée"  dans l’imaginaire collectif en dépit de certaines réticences.. ) il sera ici étroitement lié à la création littéraire -moins sujet d’analyse que révélateur, à la fois psychologique et fantastique ; l’écriture comme catharsis tant est prégnante et oppressante la culpabilité. L’infanticide réel (celui relaté par la presse écrite et télévisée) ou fantasmé (aveu, effet spéculaire) renoue avec certains mythes …

Une approche dichotomique, angoisse de perdre l’enfant (Maria anticipe les pires malheurs, dont le vomi  après chaque tétée serait le signe avant-coureur) et hantise du meurtre –obsession et procuration;- Du geste hypermédiatisé d’une mère infanticide, (qui a noyé ses deux enfants) Maria collecte tous les articles de presse qu’elle a pris soin de "verrouiller" dans un meuble (tout comme elle se "replie"  dans son mal-être que les "autres" -dont le mari- sont incapables de déceler) 

Mais  si le jeu de l’actrice Laura Weissmarh est bouleversant de justesse, s’il illustre avec précision la cruauté du tiraillement, si les gros plans sur son visage à la fois sombre et solaire, insistent sur un écartèlement intérieur, si le début de ce film - structuré d’ailleurs en plusieurs chapitres dont certaines phrases sont signées Simone de Beauvoir- peut séduire par une démarche naturaliste (réaliste aussi), une caméra qui "colle" au personnage, l’ausculte dans sa phase de puerpéralité, l’intrusion du "fantastique"  et la progression vers une forme de "psychose"  frisent parfois le grotesque : une fenêtre mal colmatée, un corbeau prédateur, une cicatrice qui saigne, une baignoire qui déborde, ou encore cette "conversation"  avec les "monstres"  de la fresque murale de l’église à Vall de Bol (Maria est allée à la rencontre  de l'autre, son "double") - De plus la récurrence trop appuyée de la thématique de l’eau (et ses connotations) et une musique par trop envahissante (bien que mêlant classicisme et musique plus concrète) ne font que corroborer cette impression.

Quant à l’insipidité de l’épilogue !!

Dommage 

 

Colette Lallement-Duchoze

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13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 09:55

De Nathalie Najem (2024)

 

Avec Zita Hanrot, Bastien Bouillon, Alexia Chardard, Marianne Basler

Nice, de nos jours. Laura, la trentaine, essaie de se reconstruire après une relation tumultueuse avec Joachim. Elle mène une vie en apparence tranquille, en élevant seule sa petite fille, mais l'accident de Shirine, la nouvelle compagne de Joachim, vient faire ressurgir son passé. Les deux femmes, en proie à la violence du même homme, vont peu à peu commencer à se soutenir.

Aux jours qui viennent

Comprendre (sans justifier ni excuser) les mécanismes qui conduisent un homme (apparemment au-dessus de tout soupçon) à se débarrasser de toute humanité, à exercer un empire (par emprise) à s’en délecter sans vergogne, et partant analyser les effets pervers sur sa (ses) compagne(s) tel est le parti pris de Nathalie Najem dans son premier long métrage.

Sébastien Bouillon avec sa gueule d’ange et son allure d’éternel adolescent est capable par la subtilité de son jeu de  "passer" quasi instantanément de la "douceur câline" (caresse, regard implorant, paroles aimantes) à la furie (tabasser gueuler prendre à témoin des passants). Les visages des "victimes" exprimeront la peur l’horreur tout en quêtant une forme d’empathie. Mais la force des déterminismes (hérédité éducation) qu’incarne la mère fait « basculer » le film dans une autre direction : plus existentielle et sociétale l’impossibilité d’aimer. A tel point que Joachim – jaloux, toxico, amant violent, fils cynique, à la séduction malsaine …nous apparaît plus comme un  "mal-aimé"  paumé qui, incapable de « maîtriser » sa propre vie, prétend contrôler celle des autres (amantes, mère et fille) On est loin d’une « anatomie du harcèlement et de la violence froide » de « jusqu’à la corde » ce film de Xavier Legrand auquel certains comparent celui de Nathalie Najem qui, osons l’affirmer, émousse la cruauté de la violence, en la diluant de bout en bout… "Il est difficile à aimer. Il faut juste ne pas l’aimer de trop près."

Voici un couple assis, des mains qui se cherchent, des lèvres qui s’entrouvrent, alors que défile le générique ;  un baiser même furtif n’a pu s'incarner.. Détachement sans déchirement.  Puis une fillette sur la plage interrompt ses jeux pour parler à son père au téléphone - que lui tend sa mère (celle du premier plan). Le même se promène avec une (autre) femme, image d’un couple amoureux ?

Joachim Laura Julia (leur fille) et Shirine la nouvelle compagne; leur histoire se livrera progressivement, sous forme de kaléidoscope et avec un montage alterné (auquel s'ajoute  au début, un changement de lieux : Nice et Palerme).

Quand Shirine perd pied (sens propre et figuré) elle trouve refuge chez Laura, la sororité brandie comme une arme, un étendard  ?

La  "traque" dans un  thriller (sentimental ou autre) serait synonyme de suspense, or ici elle frise souvent le grotesque (cf la planque de Shirine sur les quais, dans un wagon sous la banquette ou côté fenêtre, dans l’appartement ou à l’hôtel) et il en va de même pour la séquence finale (piscine de l’hôtel ; plan prolongé sur le portefeuille de Joachim d’où s’échappent les photos… reliques). Des « faiblesses » d’autant plus évidentes que la construction de l’ensemble se voulait assez complexe (même le travail de Shirine en Sicile qui consiste à répertorier les cadavres des migrants est auréolé de la puissance symbolique et tragique de la Mort… inscrivant le film dans la dialectique Eros/Thanatos)

Mais il y a cette  musique, qui revient en leitmotiv - Tal Zana propose en effet des variations autour du "Cum Dederit" de Vivaldi 

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 août 2025 2 12 /08 /août /2025 04:45

De Qiu Sheng  (Chine 2024)

 

Avec Chia-Yen Ko, Yang Song, Anke Sun, Ning Sun

 

 27ème  Festival international du film de Shanghai 2025. 

Qiao, 18 ans, vient de terminer ses examens d'entrée à l'université lorsqu'il apprend la mort de son père, un homme brutal et secret, qui lui a légué sa passion pour la boxe. Des années plus tard, devenu ingénieur, Qiao développe un logiciel d'entraînement de boxe utilisant l'intelligence artificielle. Il modélise un adversaire virtuel reprenant les traits de son père, qui bientôt lui échappe...

My Father's son

Il était sévère avec moi, mais par amour 

Un début fulgurant (rythme musique) puis une construction astucieuse nuancée et ambiguë tout à la fois  -elle allie en les faisant se succéder les hoquets de la mémoire et les balbutiements de la modélisation -celle d’un adversaire virtuel à l’image du père… Un film à la fois exigeant audacieux, classique et expérimental oscillant entre rêve et réalité,  un film aux questionnements multiples , sur la filiation, sur le deuil, la symbolique de la mort (réelle intime artificielle)  la transmission, sur l’IA, ce qui n’exclut pas quelque forme de complaisance  (cf la grossesse de la compagne de Qiao)

Il s’ouvre pendant le générique en le ponctuant d’images en noir et blanc, -images d’un ring, d’un uppercut, images virtuelles ? souvenirs ? … le partenaire ko au sol-. Puis lors de la séquence des funérailles, alors que le fils doit prononcer l’éloge funèbre de son père, une extinction de voix l’en empêche (angoisse, strangulation) et il quitte précipitamment la cérémonie… - fugue errance enivrement. Ingénieur Qiao n’aura de cesse de  " reconstruire" l’image du père qu’il veut  " tuer" ( ?)

Des flashbacks annoncés chacun par une phrase -ou un lambeau de phrase - qu’il aurait dû prononcer lors de l’oraison funèbre - (le contenu peut être en décalage avec l’éloge annoncé) ressuscitent le passé sous forme de  saynètes où Qiao enfant est tiraillé entre ses parents séparés, où il est mal-traité par un père violent exigeant etc… Une évocation du passé,  explicative ou elliptique.  Puis le cinéaste va nous introduire dans l'univers de la science fiction.  Les différences de traitement -couleurs ambiances , leurs contrastes-,  sont au service d’une dualité temporelle (passé, présent et pourquoi pas futur )  Voici un univers froid comme aseptisé, en tout cas dévitalisé (celui d'un futur proche ?) ; le fœtus lui-même dans le ventre de la compagne de Qiao est paradoxalement irréel par trop de réalisme ; c’est la partie la moins convaincante tout en étant la plus  "audacieuse"  (du moins de mon point de vue)

La confrontation passé présent aura mis  en évidence  la dualité d’un père passionné de boxe, à la fois violent et tendre, acariâtre et complaisant, présent absent, tout et son contraire. Si l’apprentissage de la boxe passait par l'obligation d'avoir les yeux toujours ouverts, appliquée à un parcours existentiel, l’injonction/objurgation ne consiste-t-elle pas  à surmonter l’angoisse de reproduire ce que l’on a subi enfant.? Est-il possible d’échapper à l’empreinte génétique et émotionnelle laissée par un parent ambivalent, voire violent ? (propos du réalisateur) Et si l’esquive est fondamentale dans l’exercice de ce sport - une passion, un gagne-pain pour le père-, elle devra être condamnée dans cet autre parcours plus intellectuel -et affectif- qui s’allie à la technologie (l’IA sera-t-elle capable de détruire un capital génétique?) tout en étant pratiquée sur un "ring" , où s'opposent fils et père .... "virtuel" 

A voir! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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11 août 2025 1 11 /08 /août /2025 06:00

d'Alexandra Makarovà (Autriche Slovaquie) 2024)

 

Avec Rebeka Poláková (Perla )Simon Schwarz (Josef) Noel Czuczor (Andrej)  Carmen Diego (Julia)

 

Présenté au Festival international du film de Rotterdam 2025 (IFFR)

Vienne, au début des années 1980. Artiste indépendante et mère célibataire atypique, Perla s’est construit une nouvelle vie avec Josef, son mari autrichien et sa fille, Júlia. Le jour où Andrej, le père de Julia, tente de la recontacter, c'est tout son passé qui va la rattraper...Contrainte à retourner en Tchécoslovaquie communiste son avenir et celui de Julia sont mis en péril ...

Perla

Cinéaste austro-slovaque, Alexandra Makarová dédie ce film « à sa grand-mère » (cf le générique de fin ). L’histoire de Perla (interprétée avec brio par l’actrice slovaque Rebeka Polakova) est donc inspirée par une expérience vécue, celle d’un tiraillement entre deux cultures, deux idéologies, deux nationalités, entre deux pays, entre l’Est et l’Ouest, entre le passé et le présent. Si l’action se situe à Vienne en 1980, une voix off au tout début rappelle sans fard l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968 et un flashback (ô douloureuse mémoire !) rappellera celle du passage clandestin de la frontière (Përla enceinte, se sera « sacrifiée» en vain car Andrej le père de l’enfant l’homme aimé, sera emprisonné…) Suggérée la violence n’en est que plus convaincante. Un cataclysme que Perla a pris soin d’enfouir en le « taisant » et que la réalisatrice dans un premier temps a su maquiller (cf le portrait de Perla dans la succession de différentes saynètes)

Pour illustrer cet écartèlement, Alexandra Makarová a choisi un format qui enserre (4,3) un déploiement de couleurs acides (toiles de type expressionniste aux personnages tourmentés comme crucifiés) ou chaudes (appartements tentures à Vienne) ou froides (le pays natal revisité) mais le recours trop prononcé aux jeux de miroirs aux portes que l’on ouvre et ferme, loin de convaincre est presque contre-productif et la dialectique est rabaissée au clivage (trop facile) entre communisme et capitalisme, entre des pratiques barbares (primitives) qui sévissent au village natal,(la "fête du lundi de Pâques), la précarité (queues devant les magasins d’alimentation, théories de ces mineurs grimés de charbon, père d’Andrej épluchant des pommes de terre etc..) le flicage (hôtel et partout ailleurs) opposées à des modes de vie plus riants lumineux et ce, particulièrement dans les milieux artistiques de Vienne (or c’était précisément lors d’un récital/concours de Julia que Perla murmure à l’oreille de Josef ce que le spectateur sait déjà car il a assisté à l’échange téléphonique avec Andrej)

Reste le combat d’une femme indépendante, d’une artiste fantasque, d’une mère aimante. Même Josef Hoffmann l’amant, le « nouveau » mari, le père de substitution n’est pas à l’abri de ces accès de crise phallocrate qui exigent de la partenaire une forme de « soumission » Or Perla en toute circonstance veut assumer ses propres contradictions dans la « reconstruction » de soi (l’appel de détresse d’Andrej suscite sa pitié son empathie et simultanément exhume le «passé » un « refoulé » qu’elle doit « surmonter » par de cruelles décisions, qui n’excluent pas les tâtonnements)

1990. C’est sur le gros plan du visage de Perla avec ses stigmates, ses cheveux désormais noirs, que se clôt ce film …

La porte est…close …

Au spectateur de la franchir ? ...avec Perla ?

 

Colette Lallement-Duchoze

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