2 décembre 2025 2 02 /12 /décembre /2025 07:43

d'Agnieszka Holland (République tchèque,  Pologne  2024)

 

Avec Idan Weiss (Franz) , Peter Kurth (le père) Carol Schuler (Felice Bauer) Jenovefa Bokova (Milena)  Sebastian Schwarz (Max Brod)

 

Choisi pour représenter la Pologne dans la catégorie du  meilleur film international pour l'édition 2026 des Oscars 

De son enfance à Prague jusqu’à sa disparition à Vienne, le film retrace le parcours de Franz Kafka, un homme déchiré entre son aspiration à une existence banale et son besoin irrépressible d’écrire, marqué par des relations amoureuses tourmentées

Franz K

Portrait déroutant ? peut être Mais singulier et captivant dans cette approche qui tente d’épouser par des choix formels la complexité de l’univers dit kafkaïen…La reconstitution que propose la cinéaste polonaise est en effet aux antipodes d’un certain classicisme ou académisme (attendu) elle est fondée sur l’éclatement de la chronologie, le principe de la fragmentation avec ellipses. Franz K, l’homme oui ! tout en sachant que « tout F Kafka est dans la littérature »

Des allers et retours à intervalles réguliers entre le passé (le parcours de Franz K) et le présent ponctuent la narration. Un présent placé sous le signe du mercantilisme, soit la récupération commerciale destinée aux touristes : musée, itinéraire balisé à Prague, gadgets-, traitée avec humour tant est patente la  monétarisation  de Kafka alors que la cinéaste s’intéresse surtout à Franz. De plus Agnieszka Holland fait de certaines personnes ayant connu Franz, intimement ou non, des témoins  : en frontal face à la caméra elles vont commenter ou expliciter des comportements ou certaines incongruités de Franz K. Ainsi le " portrait" sera  "composite"  à l’instar d’ailleurs de la complexité d'un être fragile tourmenté sensible et mystérieux. Cette alternance des points de vue, cette multiplicité des  narrateurs - loin de nuire au récit comme on le prétend, font que le portrait n’est pas figé, enfermé dans une vérité définitive… … La musique et ses anachronismes (dont le groupe Trupa Trupa, leader du rock alternatif polonais) participe elle aussi à une forme d’éclatement. Et voici des moments clés dans le parcours de Franz K (rencontre avec Max Brod, relation redoutée et redoutable au père jupitérien, relations amoureuses avortées, (Felice Milena), milieux académiques) ,qui se succèdent telles des vignettes -avec des ellipses souvent, de fausses redites des allers et retours sur les chemins de l’enfance- , la liste serait longue. Rythme rapide caméra virevoltante parfois ; et/ou en apposition (qui peut être opposition) voici des séquences plus amplement traitées (ainsi celle où se superposent  la lecture par l’écrivain lui-même d’un extrait de La colonie pénitentiaire et son adaptation en images).

Il s’agit de rendre compte d’une personnalité mystérieuse, sibylline  du mal être d’un individu,  un Tchèque parlant allemand, un juif non pratiquant, incompris des siens (hormis de sa sœur) introverti, autant psychorigide (cf l’altercation avec le mendiant) qu’exubérant (ses fous rires) capable d’excentricités (sport par grand froid). La  forme éclatée du kaléidoscope a semblé à la cinéaste, la plus adéquate. L‘acteur -qui ressemble étrangement à Kafka lui-même- interprète de façon exemplaire cette psyché complexe

Certes, on peut déplorer des complaisances (les gueulantes du père tyrannique qu’accentue un gros plan sur son visage, la présence d‘un cancrelat sur le sol puis sur la nappe … la herse de la machine "pénitentiaire"  qui traverse dans le sang et la douleur le corps du supplicié, les crachats de sang du tuberculeux, etc..) ou une symbolique appuyée (les barreaux, les yeux, la main palmée, etc) mais en aucun cas on ne peut affirmer avec mépris ou snobisme que ce biopic est  "raté"

Franz K un film que je vous recommande ; laissez-vous dérouter, sans pousser des cris d’orfraie ….

Et au final laissez-vous guider par la voix d’Agnieszka Holland - rencontre possible avec le véritable Franz ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

NB Agnieszka Holland sur cinexpressions

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1 décembre 2025 1 01 /12 /décembre /2025 05:05

Documentaire réalisé par Victoria Verseau (France Suède 2024)

 

Présenté  au festival Premiers Plans Angers 2025 ( Compétition Diagonales)

 

Présenté en avant-première au festival Ciné Friendly  Rouen Omnia vendredi 25 avril 2025

Victoria remonte le temps pour comprendre ce qui la définit en tant que femme et se confronte alors au deuil de son amie Meril. Le film devient un espace pour partager sa douleur et les souvenirs de son opération avec Athena et Aamina, elles-mêmes au début de leur propre parcours de transition. En retournant en Thaïlande, elles partent à la recherche des fantômes du passé et d’un futur meilleur.

Trans memoria

Ce qui s’est passé, je ne le partage avec personne d’autre que vous

Voici un gros plan sur une collecte d’objets, Objets reliques, matérialité nécessaire à la "reconstitution" de cette "memoria"?. Tout le film est comme le prolongement de cette "collecte " qu'accompagnera la musique singulière d'Arno Ledoux : Trans memoria  entremêle  en effet avec une certaine fluidité des archives de 2012 (l’année où Victoria entreprit sa transition en Thaïlande et rencontra  Meril) des reconstitutions, des images actuelles (en compagnie d’Athena et Aamina) des fragments numériques et de la vidéo. Et simultanément le documentaire est traversé par un questionnement sur la "nécessité" et la "façon" de filmer sa propre expérience; ainsi les choix formels seront en étroite harmonie avec le problème existentiel du "devenir perdre survivre", du problème éminemment philosophique de la Vie et de la Mort 

Film où se superposent plusieurs temporalités et d'un point de vue purement formel vont se succéder de longs plans fixes sur des paysages désertés par l’humain cadrés telles des peintures -à la dominante ocre sépia, et au final le gris cendré du minéral-, plans fixes aussi sur l’intérieur de l’hôpital revisité (escalier, couloirs),  zooms sur des insectes dont la récurrence se prêterait peut-être à une lecture psychanalytique ( ?) En tous les cas: ce sont bien les lieux qui sont porteurs de la  "mémoire" la parole ne fait qu’y suppléer (cf l'instant où Victoria tente de retrouver Meril dans cette chambre, Meril cette "sœur" morte de ne pas avoir pu être qui elle souhaitait devenir)

Trans memoria est un film trans, réalisé par une femme trans. On est  aux antipodes d’Emilia Perez de Jacques Audiard… Le spectateur est comme au chevet de Victoria, le corps tordu de douleurs (elle se filme juste avant l’intervention  le visage déformé par les pleurs les craintes, les doutes  …  flashs sur les mutilations subies pour une vaginoplastie, un véritable "charcutage" ) ; tout comme il est à l’écoute des conseils sur la « dilatation », prodigués à Athena et Aamina (voix off suave…) Il semble assister à une tragédie à l’antique ne serait-ce que par la prégnance de ce chœur de femmes, de ces blessures à vif, à la portée universelle

Invité à "partager" une expérience - journal intime fait de "méditation contemplative" et de soubresauts spasmes corporels sur la transidentité  il va  non seulement  s’approprier ces arcanes, mais participer activement à l’érection d’un tombeau  (sens littéraire) dédié à Meril alors qu’au final le rire si généreux de la sororité retentit tel un hymne à la Vie…

Un documentaire à ne pas rater…I see you in me

 

Colette Lallement-Duchoze

 

NB programmé dans le cadre de La Séance indépendante : lundi 20h30 mardi 14h (salle 8)

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25 novembre 2025 2 25 /11 /novembre /2025 09:31

Festival de films sur les luttes,  organisé par les Ami.e.s de l'Huma et le cinéma Omnia de Rouen.
 

Troisième édition

les 28 et 29 novembre 2025.

 

Le courage c'est de chercher la vérité et de la dire  (Jean Jaurès)

Festival Caméra au poing

                                                   Programmation

 

 

                                                    VENDREDI  28 NOVEMBRE 

 

10h30 Howard Zinn une histoire populaire américaine, réalisateurs  Olivier Adam et Daniel Mermet,  Partie I 

 

13h30 Avoir 20 ans dans les Aurès  René Vautier 1972 1h40

15h10 à 16h rencontre-débat avec Gilles Mancerron  historien 

 

16h30 Médias de la haine : objectif guerre civile? réalisateurs:  Off investigation Gauthier Mesnier, Emma Feyzreau

de 18h à 19h rencontre-débat avec un journaliste de l'Humanité, radio Campus, le Poulpe et l'Omnia

 

19h rencontre conviviale & pot de l'amitié 

 

20h les mots qu'elles eurent un jour (combattantes algériennes bâillonnées pour avoir revendiqué leur liberté) 1h24 de Raphaël Pillosio

21h30 à 22h30 rencontre débat avec le réalisateur, Gilles Manceron Rosa Moussaouï  Farida Majdoub

Festival Caméra au poing

                                              SAMEDI 29 NOVEMBRE

 

10h30 Comment le Venezuela déplace la montagne 2024 VO 1h05 de Victor Hugo Rivera et Thierry  Deronne

 

11h30 12h30 rencontre débat avec Camilla Monfe et Cathy Dos Santos 

 

14h Partie II Howard Zinn Une histoire populaire américaine  Avant première 

1545 -16h45 Rencontre débat avec Daniel Mermet et un journaliste de l'Humanité 

Festival Caméra au poing

17h30 sécurise tes images , détruis-les  documentaire  de 10' réalisé par Lory Glenn 

 

17h40 avant-première Soulèvements de Thomas Lacoste 1h45 (jeunesse et résistances intergénérationnelles ) 

19h30 20h30 rencontre débat  avec les réalisateurs Lory Glenn et Thomas Lacoste, Maître Chloé Chalot avocate et  journaliste à l'Humanité représentant des soulèvements de la terre

contact@camera-au-poing.com

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22 novembre 2025 6 22 /11 /novembre /2025 11:40

Documentariste réalisé par Gianfranco Rosi (Italie France 2024)

 

Prix spécial du jury de la Mostra de Venise 2025

Pompéi, Naples, le Vésuve, des vies sous la menace du volcan. Un rien sépare les tragédies antique et contemporaine, et le passé infuse dans le présent de tous : archéologues et artistes, érudits et commerçants, touristes et scientifiques, dévots et indifférents.

Pompei, Sotto le Nuvole

Somptueux!

Une somptuosité qui naît de la rencontre entre un noir et blanc particulier -cendré presque sépulcral mais à la douceur de velours- et l’enchâssement (plus que la superposition) de strates temporelles.

Le petit train de banlieue semble métaphoriser la machine de prise de vues, ce petit train amené à circuler dans toute la zone sismique va « scander» les « étapes » de ce voyage -souvent poétique et contemplatif- dans le temps et l’espace. L’écran dans une salle vidée de son public -où apparait le couple mythique du film de Rossellini mais qui dispense aussi une documentation sur le Vésuve Naples Herculanumun ne serait-il pas une mise en abyme ? le cinéma et la conjugaison Vie et Mort  hors du temps? La récurrence de nuages -qui à intervalles réguliers envahissent l’écran de leurs poussières de cendres-, illustre la permanence d’une menace (depuis l’éruption du Vésuve en 79) Cocteau cité en exergue affirmait qu’ils naissaient tous de la bouche du Vésuve… Nuages que relayent ou prolongent( ?)  dans l’ici-bas les vagues tempétueuses de flots dévastateurs …

Et voici des tunnels qu’ont creusés des pilleurs, les « tombarolli », en contrepoint la présence de cette archéologue qui explore le musée des antiquités ; voici le QG des pompiers à l’écoute d’appels de détresse (dont les violences conjugales) ou de craintes justifiées (séisme ?) Voici cet ex instituteur qui transmet son « savoir » et son amour des textes à des ados ; voici un marin syrien qui attend de rejoindre l’Ukraine en guerre, s’enquérant du bien-être de sa famille -si loin si proche- Voici des vues aériennes sur la ville de nuit où le miroitement des lumières des éclairages fait jaillir dans l’immobilité les clignotements des assoupissements. Voici des corps exhumés pétrifiés aux gestes alanguis qui imposent leur redoutable présence dans un quotidien toujours recommencé ! étreinte amoureuse d’outre-tombe !! *Et comme dans un palimpseste voici qu’apparait un visage -d’abord flou puis de plus en plus précis...

 

Tous les personnages (vivants et morts) sont convoqués successivement comme dans un chant choral qui abolit l’apparente fragmentation  : multiplicité des situations des époques et des façons d’appréhender les temporalités,  dans la beauté crépusculaire et aurorale

Pompéi Sotto le Nuvole un documentaire à la puissance poétique et suggestive à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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20 novembre 2025 4 20 /11 /novembre /2025 07:04

Documentaire réalisé par Dominique Cabrera ( France 2024)

 A l’occasion d’une exposition Chris Marker à la Cinémathèque française le cousin de la réalisatrice, Jean-Henri, se reconnaît dans La Jetée. Il est là de dos, avec ses parents sur la terrasse d’Orly dans le cinquième plan du film. Aucun doute, il reconnaît ses oreilles décollées. Et si c'est lui, il est le héros du film, enfant... Dominique Cabrera est immédiatement happée par cette enquête intime et historique ; quelle était la probabilité pour que Marker et les Cabrera choisissent ce même dimanche de 1962 pour se rendre sur la jetée d'Orly ?

Le cinquième plan de La Jetée

Voici une   mise en abyme singulière : -du dispositif choisi -une salle de montage, clin d'œil   à   2084 court métrage de Chris Marker?, jusqu’aux connexions, effets de miroir en arborescence, en passant par de  troublantes coïncidences, dans la superposition de deux "enquêtes" familiale et cinématographique

Quand le hasard devient nécessité

L’image isolée ( que la réalisatrice touche du doigt et/ou agrandit sur un écran dans l'obscurité de la salle de montage ) est celle du 5ème plan du film devenu culte La Jetée court métrage expérimental sorti en 1962  Or elle renvoie  à un épisode important pour la famille Cabrera : son rapatriement après la guerre d’Algérie !

Et voici que s’enclenche tout un processus de création et de recréation, de questionnements sur la magie des images, sur la mémoire et le temps. Le travail est méticuleux et passionné, il procède par glissements (quand une intuition en appelle une autre) multiplie les miroitements, fait entendre plusieurs voix (dont celles qui se sont tues), fait défiler des visages de femmes -actrices collaboratrices écrivaines-, en superposant passé et présent fiction et réalité, en jouant sur l’horizontalité et la verticalité et certains zooms

Toutefois l’investigation personnelle sujette à des redites parfois, semble pécher par cet excès qui consiste à dénicher des  "coïncidences nécessaires" 

Mais l'hommage émerveillé au cinéma et à Chris Marker,  vibrant de sincérité  séduira critiques, cinéphiles avertis et tous les admirateurs de Chris Marker .Il  risque de laisser certains spectateurs à quai   Tout en provoquant  malgré tout l'envie  de (re)voir La Jetée,(1962) Le fond de l’air est rouge (1977) et en  nous invitant à regarder autrement une image. Que voit-on quand on scrute une image?. Quand on scrute une image, elle s'ouvre; ça ne cesse jamais de s'ouvrir les images parce que les images captent la vie et la vie est protéiforme 

A voir

Colette Lallement-Duchoze

 

La jetée synopsis: "L'histoire débute à Paris, après la " Troisième Guerre mondiale " et la destruction nucléaire de toute la surface de la Terre. Le héros est le cobaye de scientifiques qui cherchent à rétablir un corridor temporel afin de permettre aux hommes du futur de transporter des vivres, des médicaments et des sources d'énergies : "D'appeler le passé et l'avenir au secours du présent". Il a été choisi en raison de sa très bonne mémoire visuelle : il garde une image très forte et présente d'un événement vécu pendant son enfance, lors d'une promenade avec sa mère sur la jetée de l'aéroport d'Orly." (Un film d’enfance et de mort, film d’amour comme mémoire du futur, en boucles du temps  Camille Nevers)

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18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 06:58

De Tarik Saleh (film franco-suédois-finno-danois 2024)

 

Avec Fares Fares (George Fahmy), Zineb Triki (Suzanne), Lyna Khoudri (Donya), Cherien Dabis (Rula), Amr Waked (Dr Mansour) Donia Massoud (la femme de George)

 

Présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 2025

L'acteur le plus adulé d'Égypte, George El-Nabawi, tombe du jour au lendemain en disgrâce auprès des autorités. Sur le point de tout perdre, il est contraint d'accepter le rôle du Président Al-Sissi dans un biopic à sa gloire. Il se retrouve alors plongé dans le cercle étroit du pouvoir, et réalise vite qu'il ne risque pas seulement d'y perdre son âme, mais qu'il s'est littéralement jeté dans une dangereuse danse macabre

Les Aigles de la République

Troisième volet d’une trilogie (après Le Caire Confidentiel et La Conspiration du Caire) le nouveau film de Tarek Saleh (suédo-égyptien) s’inscrit dans l’évocation d’une Egypte au pouvoir corrompu (ici plus particulièrement les luttes au sein de l’appareil militaire entourant le président Abdel Fattah al-Sissi ainsi que la censure dans le milieu du cinéma.) Et il entremêle une fois de plus satire sociale et suspense propre au polar (organisation secrète des Aigles de la République), avec le même acteur d’origine libanaise Fares Fares. Policier corrompu puis agent des services secrets, il incarne ici un acteur adulé de tous les Egyptiens George Fahmy engagé (contraint et forcé…) pour interpréter le rôle du président dans un film de propagande.

La dynamique interne -soit la progression du vaudeville , de la comédie à l’italienne, du grotesque vers la terreur- va de pair avec l’évolution du personnage (ses réticences et son narcissisme volubile, son dilemme, son acceptation forcée jusqu’à la dépossession de soi) Les effets spéculaires (film dans le film) illustrent la mainmise du politique (omnipotent) sur les médias, une mainmise qui -sans être hélas l’apanage des dictatures -, aboutit par la désinformation, à des "purges "(maquillées en accidents ou répression justifiée) La dernière séquence (inattendue ?) -attentat  , représailles, prises de conscience de George - est traitée de façon plus  "conventionnelle"  et s’étire …inutilement

Un film aux effets certes bien huilés : le plateau sera à la fois -en dénotation- celui des studios de tournage, de la télévision et -en connotation- celui d’un "laboratoire" où l’on fabrique une image officielle (cf l’opinion ça se travaille) Tout est passé au crible : - cf l’omniprésence du Dr Mansour -garde chiourme de Sissi- qui cumule   tous les pouvoirs, dont celui de vie et de mort. Sur les plateaux de tournage il  "dirige"  l’acteur impose ses diktats, dans un habitacle il est à l’écoute de tous les faits et gestes de Georges (dont la relation avec la femme du Ministre de la Défense).

Diffuser une certaine "vision de l’histoire" -qui n’a plus rien à voir avec la vérité !!!

La religion dominante (l’islam) est présentée comme une arme idéologique. George est copte, appartient de ce fait à une minorité chrétienne (tout comme Suzanne d’ailleurs) le réalisateur n’hésite pas à prouver soit de façon allusive soit plus frontalement comment une dictature s’appuie sur la religion dominatrice pour isoler les minorités

Un thriller de facture classique, à la mise en scène assez élégante, ses costumes ses ambiances ses clinquants avec ses longueurs aussi….

Un film divertissement mais qui interroge la violence d’Etat, qui "durcit l’ordre social étouffe toute échappée individuelle"

Un film à voir ? pourquoi pas ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Nb rappeler que  Sissi le  " dictateur  préféré" de Trump a été décoré par Macron en 2020  "du plus haut grade de la Légion d’honneur Cérémonie en catimini immortalisée par un caméraman de la délégation égyptienne. Une décoration qui avait soulevé un tollé parmi les défenseurs des droits humains…

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17 novembre 2025 1 17 /11 /novembre /2025 06:02

De Joachim Lafosse (France Belgique 2024)

 

avec Eye Haïdara, Jules Waringo, Leonis Pinero Müller, Teoudor Pinero Müller, Damien Bonnard, Emmanuelle Devos   

 

Présenté en Compétition au Festival de San Sebastian (septembre 2025)

Malgré les difficultés, Sana tente d’offrir à ses jumeaux des vacances de printemps. Comme son projet tombe à l’eau, elle décide avec eux de séjourner sur la côte d’Azur dans la villa luxueuse de son ex belle-famille. En cachette. Six jours de soleil qui marqueront la fin de l’insouciance.

Six jours,  ce printemps-là

L’explicite ? Une mère offre à ses jumeaux (les garçons) de « belles» vacances de printemps dans la villa de ses ex beaux-parents, villa à laquelle elle n’a plus accès depuis son divorce. Et voici en creux -et hors champ-: le déclassement, le racisme larvé ou non, le délit de facies renforcé dans le milieu huppé de la Côte

Comment concilier les deux ? par une tension….feutrée ? Or les incursions venues de l’extérieur (Damien Bonnard et ses propos comminatoires suite à l’escapade des jumeaux 500 euros ou j’appelle les flics… la voisine Emmanuelle Devos qui s’enquiert des résultats scolaires mais qui en fait s’en vient fouiner dans l’intimité),  semblent artificiellement plaquées…Plus angoissante eût été la stridence du téléphone (appels réitérés auxquels Sana ne répond pas)  tout au plus  quelques instants de qui-vive   C’est dans l'avant-dernière  séquence, au moment de quitter la villa qu’une cohorte de gendarmes alertés par une plainte -infondée- s’en vient  "contrôler" les squatters( ?) Sana imperturbable s’affaire sous le regard méfiant des représentants de l’Ordre…Une bifurcation (inattendue?) va clore le film (ne pas spoiler)

La thématique des déboires familiaux si chère au réalisateur (cf à perdre la raison, les intranquilles un silence) est là, bien réelle (le cinéaste s'inspire d'un souvenir d'enfance...)  mais son traitement est dépourvu de la puissance qui irriguait les films précédents. Pourquoi ? Ténuité scénaristique ? or la ténuité présidait aussi à l’économie du couple. Interprétation ? Eye Haïdara qui incarne la mère -elle est d’ailleurs quasiment de tous les plans – est au contraire convaincante de justesse.

Un  "je ne sais quoi"   empêche l’adhésion

6 jours de vacances "clandestines" (cf le mot d’ordre répété « ne rien dire », éclairage à la bougie). Répétition des mêmes scènes -plage baignade petits déjeuners sur la terrasse  soirées. Certes Joachim Lafosse peut varier les plans -au tout début, des plans très serrés avec zooms sur une nuque des mains un sourire ; -une façon de filmer qui d’ailleurs vire au procédé. Puis élargissement (presque panoramique) quand à l’habitacle de la voiture succède l’azur où se confondent la mer et les cieux. Certes il peut varier aussi les ambiances – clair-obscur des soirées, évidence solaire des plages fréquentées de jour, il peut jouer avec les effets de lumière sur les vagues et leur écume,  sur la verdure printanière où se niche la "villa"  Certes les contrastes entre les mouvements délicats (baisers furtifs, rideaux et voilages minutieusement tirés) et les tourments intérieurs (découverte de la relation Sana/Jules par un des jumeaux, dilemmes de la mère) plaideraient pour la mise en forme d’une tension feutrée… et pourtant... Ce cinéma des petits riens souffre d’atonie et trouve rapidement ses limites  

Reste un hors champ dévastateur sur les clivages de classe et de "couleur"  Son dépassement?  Le  dernier plan qui se prête en outre à une lecture plurielle- n'est-il  pas  l'illustration d'une revanche ???

Impression mitigée 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 05:32

D'Alexe Poukine  (Belgique 2024)

 

avec Manon Clavel, Ethelle Gonzalez Lardued  Makita Samba 

 

Semaine de la Critique festival de Cannes 2025

Alors qu’elle est enceinte, Kika perd brutalement l’homme qu’elle aime. Complètement fauchée, elle en vient à vendre ses petites culottes, avant de tenter sa chance dans un métier… déconcertant. Investie dans cette activité dont elle ignore à peu près tout, Kika entame sa remontée vers la lumière.

Kika

Alexe Poukine. ? …Nous avions beaucoup apprécié les documentaires Sans frapper - Le blog de cinexpressions Sauve qui peut - Le blog de cinexpressions Avec Kika (clin d’œil à Almodovar ?) elle signe une fiction singulière aussi intense que désarmante !

 

Au début (les 30 premières minutes) le film ne peut que séduire par son jeu d’ellipses (avec écran noir) par des raccords audacieux, par ses plans prolongés sur ces corps dénudés - plasticité romantique plus qu’esthétisante- ou sur ces visages de profil où lentement les lèvres vont sceller leur union, mais aussi par cette immersion fiévreuse dans le milieu de l’assistance sociale.

Car Kika est assistante sociale. Elle a une fille. Rencontre David. Coup de foudre. Elle quitte le père de sa fille. Enceinte elle emménage avec l'être aimé. Promesses d’une aurore nouvelle ?  Une tragédie et l’impossibilité d’assumer financièrement son quotidien, celui de sa fille. L’assistante s’essaie au métier du sexe..…d'abord la vente de culottes  crottées.. Puis elle va s'adonner  à des pratiques dont elle ignore TOUT (jusqu’à leur appellation BDSM …) Formée sur le tas …On change de décors: intérieurs velours rouge des chambres de passe, Défilé des hommes aux fantasmes sexuels tels qu’ils suscitent plus la pitié que la nausée… Des flagellations et douleurs maîtrisées par le safeword jusqu’à la scène de l’emmaillotage, du changement de couches où le sexagénaire ( ?) revit dans  les cris de la fureur et les larmes qui foudroient, l’inceste qu’il a vécu gamin, en passant par ces léchages de chaussures qu’agrémente une litanie d’engueulades …) 

 

Les hésitations de Kika à satisfaire leurs désirs provoquent sinon le rire (les excréments dans un sac plastique à défaut de déféquer sur le visage, comme exigé par un être assez pervers…) du moins le sourire ( elle s’excuse de faire mal, c’est elle qui prononce le safeword ; MAIS elle le prononcera en suppliant quand , à sa demande, elle sera ce corps qui plie sous la douleur à force d’être matraqué flagellé percuté par les coups de poing…Une douleur conjuguée à celle de la perte,... Kika ou le récit d’une "reconstruction" ?  Ce que confirmerait le dernier plan (mère enceinte et fille, pédalant souriantes, dans un espace enfin reconquis) 

 

Ni apex comique ou orgastique -comme chez Almodovar – ni pornographie comme dans certains films BDSM ni comédie déconcertante (cf la vie selon Ann) mais une forme de continuum dans le parcours de Kika : la quête de  l’humain (une histoire de cœur et non de cul a-t-on pu écrire avec justesse) Humain trop humain porté par une actrice Manon Clavel virtuose aussi déconcertante désarmante (raucité de la voix naturel en bandoulière) que peut l’être ce film sur le deuil

 

Kika, un film que je vous recommande -malgré ici et là quelque complaisance et artificialité 

 

Colette Lallement-Duchoze

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15 novembre 2025 6 15 /11 /novembre /2025 04:53

De Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys. (Belgique 2024)

 

Avec Myriem Akheddiou (Alice la mère), Laurent Capelluto, (le père) Natali Broods (la juge) Ulysse Goffin (Etienne) Adèle Pinckaers (Lila) Alisa Laub (Avocate de la mère) –– Marion de Nanteuil (Avocate du père ) Mounir Bennaoum (Avocat des enfants)

 

Mention spéciale dans la section Perspectives du Festival de Berlin 2025,

Aujourd’hui, Alice se retrouve devant une juge et n’a pas le droit à l’erreur. Elle doit défendre ses enfants, dont la garde est remise en cause. Pourra-t-elle les protéger de leur père avant qu’il ne soit trop tard ?

On vous croit

Eblouissant ce premier long métrage tant par sa construction magistrale que par la singularité de son propos (le sujet? un pan méconnu de l'inceste : l'épreuve du passage au tribunal, dans un système judiciaire traumatisant,, qui inflige des persécutions  aux "mères protectrices"... )

 

Le format 4,3, le huis clos, (l’essentiel du film,55’, est consacré à l’audience du juge de la jeunesse en Belgique) le minimalisme de la mise en scène, les décors austères d’un blanc bleuté glacial, les cadrages sur les visages, les plans fixes, le recours au flou, tout concourt à créer une impression d’enfermement, voire de malaise étouffant (faisant de nous des citoyens attentifs ou des voyeurs)…D’autant que la parole -personnage principal,- entendue mais souvent hors champ du locuteur – se double d’un langage corporel, par les émotions qu’elle suscite, émotions  lisibles sur les visages, sur certains gestes; Ainsi le visage de la mère, dont la caméra capte un pincement des lèvres, les yeux humidifiés par des larmes, des yeux inquiets brillants, face aux accusations proférées par l’avocate du père mais aussi plus insidieusement par l’avocat des enfants, ce visage donc si expressif contraste avec l’inexpressivité clinique ambiante, ce visage où se lit la tourmente de tout ce que cette "mère protectrice" a subi et ce qu’elle risque encore de subir si "on ne la croit pas". Serait-elle la perverse l’hystérique  la manipulatrice? Celle que décrit l’avocate (du père) celle qu’accuse le père ? Une maso au point de prendre plaisir à langer son fils Etienne qui souffre d’encoprésie… Le spectateur à l’instar de la juge (dont le visage impassible n’apparaît pas de suite à l’écran) aura non seulement entendu les plaidoiries des différentes parties (qui se sont exprimées tour à tour); mais il  aura vu les "ravages" d’un système …La prestation de l’actrice Myriem Akheddiou est impressionnante, tant elle vibre de justesse, de véracité,  de naturel.

Les enfants ? car c'est bien de leur "protection"  qu'il s'agit en priorité... Le film dénonce une violence institutionnelle qui oblige le frère et la sœur en l'occurrence, à "voir" leur père "violeur".. (Qui voudrait maintenir un lien avec son violeur ? Personne. Alors pourquoi les enfants, on les oblige à le faire ? s'insurgera Alice dans son plaidoyer pro domo)

Lila et Etienne encadrent ce film (prologue épilogue soit avant et après l'audience)   Dès la scène d'ouverture Etienne le rebelle refuse de se présenter à l'audience il court s’enfuit, accuse sa mère, une mère déjà effondrée...  Alice en est consciente ; cette nouvelle convocation ne fait qu’alourdir le trauma  Or le système  se doit de faire cohabiter  protection  (la victime) et présomption d’innocence (le violeur) !!!…-rappelons que dans ce cas précis une enquête est en cours au pénal : 

La  parole de l'enfant, censée être au centre, sera entendue, captée (et enregistrée) dans une autre salle, un autre huis clos hors champ celui-làAprès l’audience nous  retrouvons Lila et son frère Etienne  dans une brasserie souriants et moqueurs Sont-ils apaisés pour autant? Seraient-ils enfin " sujets"  ? Qui les écoute ?  

On vous croit  s'affiche en gros caractères  dans cet ultime plan qui leur est destiné...

à eux et aux 160000  enfants victimes de violences sexuelles chaque année, qu’on refuse aujourd’hui encore de voir. 

 

Un film d'une puissance sugegstive à ne pas manquer!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 novembre 2025 3 12 /11 /novembre /2025 07:22

De  Thierry Klifa ·(France Belgique 2024)

 

avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Marina Foïs, Raphaël Personnaz, André Marcon, Macha Lescot  

 

Festival Cannes 2025 Sélection officielle Hors compétition

Marianne Farrère, à la tête d'une immense fortune, verse des sommes considérables à Pierre-Alain Fantin, un artiste-photographe plus jeune qu'elle. Sa fille Frédérique Spielman voit là un abus de faiblesse et attaque en justice pour mettre fin à ces dons.

ou 

La femme la plus riche du monde : sa beauté, son intelligence, son pouvoir. Un écrivain photographe : son ambition, son insolence, sa folie. Le coup de foudre qui les emporte. Une héritière méfiante qui se bat pour être aimée. Un majordome aux aguets qui en sait plus qu'il ne dit. Des secrets de famille. Des donations astronomiques. Une guerre où tous les coups sont permis.

La femme la plus riche du monde

Ni pure fiction ni documentaire (cf les deux synopsis) le film, ni flamboyant ni franchement terne, s’inscrit dans un genre hybride dont il a du mal à se départir .

D’emblée le spectateur est prévenu : le cinéaste ne s’intéressera pas à l’aspect juridico politique de l’affaire Banier/ Bettencourt affaire dont il s’inspire très librement . Plus sensible aux aspects romanesques -le duo improbable entre une milliardaire et un opportuniste qui dégouline de vulgarité assumée, et la relation mère/fille -,  il inscrit son film dans une pseudo comédie de mœurs dominée par les excès de Laurent Lafitte et la prestation cardinale d’Isabelle Huppert

Or, tout ce qui est rapporté  -jusqu’à certains détails dont la cuisson des asperges- , la séance photo initiale, en passant par le passé antisémite du mari, ou les accointances notoires du père avec les ligues fascistes, l’amitié avec le président Mitterrand ou encore le malaise aux Baléares-,  tout cela renvoie explicitement à un réel vérifiable. Bien plus, le cinéaste incorpore tels des médaillons, les apartés des protagonistes qui, frontalement, dans une fonction testimoniale, disent sans ambages leur version de "l’affaire". Et quand bien même la relation entre la patronne de l’empire des cosmétiques et le photographe gay, est le fil directeur du film, force est de reconnaître que cette relation ne sera pas entachée par les affres du vieillissement, à peine seront évoquées fatigue et perte de mémoire. O cette intemporalité qui transcende la finitude !!.

La femme la plus riche du monde serait bel et bien une "réécriture" de ‘l’Affaire Banier/Bettencourt … Dès lors ne risque-t-on pas de tomber dans un piège ? (on comprendrait mieux grâce à ce film tout ce qu’on n’a pas bien compris avec la presse… alors que …) 

 

Il se présente comme une succession de "tableautins"  où les cadrages, le choix des couleurs,  la position des protagonistes (dans leur appropriation de l’espace) rappellent étrangement le théâtre (dans ses sens propre et figuré,) Un échiquier qui fait la part belle au "fou de la reine" ? Un théâtre de la cruauté dans des lieux édéniques? (intérieurs somptueux de la maison où les objets,  le mobilier,  les tableaux de "maîtres" s’inscrivent dans un quotidien ...assez kitsch et clinquant ; villa sur la Côte avec vues en plongée sur l’immensité d’une mer "toujours recommencée" ; en opposition -ou en parallèle- ambiances enfumées des bars nocturnes gays où Marianne Farrère/Isabelle Huppert et son gigolo Pierre-Alain Fantin/ Laurent Lafitte savourent les effets des "poppers". Théâtre où la signature réitérée de chèques aux montants de plus en plus astronomiques scande la marche vers …ce qui va devenir le  "feuilleton judiciaire"

Il est regrettable que certains interprètes  donnent la fâcheuse impression de  "réciter" (à moins que ce  ne soit une forme de distanciation)  alors que d’autres incarnent avec plus ou moins de panache des stéréotypes  et que Laurent Lafitte par ses excès, surenchère verbale et gestuelle, peine à communiquer la jubilation du manipulateur onctueux (quant à son amant ….)

Impression très mitigée…

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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