19 juin 2026 5 19 /06 /juin /2026 05:29

De Lila Pinell (2025)

 

avec Eva Huault, Inès Gherib, Anaïs Monah, Bettina De Van Geneviève Krief Sekoiba Doucouré

Quinzaine des cinéastes Cannes 2026 prix de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques)

Shana traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante et le soutien de sa bande de copines. Lorsque sa grand-mère décède, elle hérite d'une bague censée protéger du mauvais œil. Shana a bien besoin de ce coup de pouce. D'autant qu'avec la sortie de prison de son compagnon toxique, les mésaventures s'accumulent !

Shana

Le film s’ouvre sur des « images »  illustrant les 10 plaies d’Égypte;  une telle référence n'est pas anodine; images  que l’on retrouvera d’ailleurs réduites aux dimensions d’un livre que feuillettent des enfants de la famille juive à laquelle appartient Shana,  La séquence liminaire elle aussi donne le ton :  dans un bar où les personnages sont filmés de très près voici une partie de Loup-garou , Shana, t'es morte cette nuit !" engueulades insultes fusent de plus en plus violentes…Shana se casse.

Et nous allons la suivre de galères en galères…(sentimentales financières familiales) Parfois plus mature que sa propre mère (un face à face violent en dit long sur le « purgatoire » qu’elle a subi préadolescente …Présente auprès de sa demi-sœur -qui  prépare sa Bat Mitzvah.  Lila Pinel ne verse ni dans la dentelle ni dans une approche psychologisante; or son personnage (la caméra semble faire corps avec Eva Huault) suscite assez vite l’empathie Pourquoi ?  comme dans diamant brut une même volonté de filmer une jeune femme souvent jugée avant d’être regardée un même refus du mépris de classe. Et si les thématiques abondent dans Shana (depuis l’emprise amoureuse jusqu’à l’identité juive marocaine en passant par l’héritage migratoire  l’ode à la sororité, les trafics de drogue) elles servent à démonter tous les mécanismes qui fabriquent ces féminités hypercodées (outrance des maquillages et excès de la sexualisation comme si le corps était l’unique capital disponible ) mécanismes à l’œuvre tant dans les discours, que dans les faits

Ce fut paraît-il une des « bonnes surprises » de la Quinzaine des cinéastes à Cannes. On comprend aisément pourquoi…Osmose totale adéquation parfaite entre le personnage de Shana et son interprète Eva Huault. Une jeune femme au franc parler parfois gouailleur, les lèvres siliconées (une bouche de suceuse lance-t-elle provocatrice à sa mère) les sourcils dessinés avec excès, poitrine sexualisée, sous l’emprise de Moïse, incarcéré, autant que des réseaux sociaux, oui Eva Huault qui est de tous les plans (parfois le visage en très gros plan envahit l’écran de sa détresse) aura su donner "corps"  à toutes les nuances du  personnage 

Le tableau final -- idylle quasi champêtre -en fait périphérie de verdure où triomphe la sororité- est le contre-pied apaisé à la tourmente qui a failli engloutir …Shana. (cf l'affiche) 

Certes on a parfois la fâcheuse impression de tourner en rond  tout comme on peut déplorer l’inefficacité de la voix off (dédoublement inutile superfétatoire ?) et une tendance à la caricature   Shana n’en reste pas moins un film (à la fois chronique et récit initiatique) que je voue recommande !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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17 juin 2026 3 17 /06 /juin /2026 07:14

Long métrage d'animation réalisé par Quentin Dupieux (2025)

 

Avec Alain Chabat (Jacques) Jonathan Cohen (Bruno)  Anaïs Demoustier (Fabienne), Jean Marie Winling (Christophe Bourgeois)

 

Présenté en clôture de la Quinzaine des Cinéastes festival Cannes 2026

Jacques se rend chez son ami Bruno pour lui annoncer une nouvelle importante: l’humanité toute entière vit dans une simulation

Le vertige

Pour ce premier long métrage d’animation, Quentin Dupieux (auteur prolifique et souvent déjanté) a d’abord tourné en prises de vue réelles avec les acteurs puis capté les « performances » via « motion capture » avant leur conversion en 3D . L’impression d’étrangeté (et pour certains d’inabouti) s’inscrit en fait dans le projet « créer un pont entre cinéma et jeu vidéo sans masquer la technique » ; voir évoluer chaque personnage « dans une simulation régie par un code invisible » est précisément en harmonie avec le thème du film : le monde est une simulation (révélation désarmante dans la longue séquence d’ouverture, un matin à  5h52 ;Jacques recense toutes les preuves comme autant de bugs)  Auquel cas le cinéaste aura mêlé astucieusement fond et forme. Il nous invite à « regarder » son vertige comme s’il s’agissait d’un vieux logiciel avec toutes les imperfections, les approximations graphiques, les textures aplaties, les animations raides qu’il met en évidence, qu’il affiche avec aplomb, où l’artificiel a le primat sur le réalisme. Un tel dispositif de l’imperfection -là où on aurait souhaité plus de « fluidité »- peut provoquer -on en conviendra aisément- une forme de malaise (visuel bien évidemment).  Ainsi le contraste entre les voix bien réelles des acteurs avec leurs enveloppes numériques fait que ce qui nous est familier se métamorphose sous nos yeux en avatars …

Si l’on retrouve dans ce film ce qui a fait (et fait) la singularité de Quentin Dupieux (distorsion du réel, humour et absurdité, règne de l’arbitraire) ainsi que des thèmes qui lui sont familiers (la toute-puissance de l’argent, l’omnipotence malsaine de la « représentation », amoralité et immoralité) et quand bien même certains n’y verraient que de l’enfonçage de portes ouvertes (miroirs, reflets et sujets, attrait, dépendance au numérique ) Le vertige (moins glauque et moins déjanté que certains films précédents ) prend en fait le contrepied des avancées technologiques actuelles -dont l’IA - et ne serait-il pas au final une simulation de film ?

Vaut bien plus qu'un (simple) détour !

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 juin 2026 2 16 /06 /juin /2026 05:49

Long métrage d’animation de Marco Nguyen et Nicolas Athané (2025)

coscénariste Simon Balteaux

avec les voix d’Alex Ramires (Jim), Jérémy Gillet (Lucien), Shirley Souagnon (Nina) François Sagat (Pavel) Christine Bayer (Elisabeth Wiener) Robear (Alex Brik) et Glamydia (Harald Marlot) Philippe Katerine ( prostate)

Porté par le studio Bobbypills

Présenté en sélection officielle en séance de minuit au Festival de Cannes

Avant-première à l'Omnia Rouen le 12 juin en partenariat avec Ciné Friendly by Pix’M, Fiertés colorées et le Milk Bar

Jim Parfait icône sexy de la scène gay parisienne voit sa vie basculer lorsqu'il contracte l'Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays en hétérosexuels ! Il voit alors tout le monde lui tourner le dos à l'exception d'un admirateur  Lucien un jeune homme d'une vingtaine d'années, timide et homosexuel refoulé, Ensemble ils vont chercher  le remède à cette maladie.....

 

Jim Queen

"bears ”, gym queen ”, kiffers ”. Nicolas Athané n’y comprenait  "tellement rien" qu’il a demandé à Marco de lui  "parler de la vraie vie ” et ce dernier de répondre : “ Mais c’est ça, ma vraie vie. ”(extrait de l’interview accordée à Baz’art)

 Partir du réel : : la gym queen ses codes, les autres communautés qu’elle fréquente, celles qu’elle déteste celles qu’elle adore, comment elle est perçue… y ajouter l’humour et l’enjeu de l’hétérose, faire un film drôle, mais avec des côtés sérieux. On tourne en dérision tout le monde, notamment les hétérosexuels pour dénoncer l’hétéronormativité Tel était l’enjeuPari réussi ? La réaction de la salle, lors de l’avant-première vendredi 12 juin, fut éloquente...

Traits ciselés, couleurs flashy (Chupa Chups de la gay pride ? ) aplats agressifs caricatures et contrastes, allusions à l’actualité (homophobie; sida, et thérapie; Dr Ragout) musique rythme et tempo, tout dans ce film d’animation (jusqu’à la panoplie de la sexualité gay des clubs, ....tournée en dérision) aspire le spectateur dans une bouffée parfois délirante qui se moque de tout (quand bien même il y aurait pléthore de références,  de codes et de symboles ….) : l'obsession des hommes gays pour leur physique est clouée au pilori tout comme celle des hommes hétéros pour le sport, il en va de même des clichés hétéros ou homos (surtout dans la hiérarchisation qui va de pair avec l’exclusion, ah le rôle de gaystapo ) il convient d’ajouter les ruptures de ton qui d’ailleurs en épousant différents genres (dont la comédie musicale et le buddy movie ) illustrent et scandent  les  moments/étapes de la  "trame" narrative  -de l’exhibition mise en exergue, à la chute ; de la chute à la reconquête; de la difficulté de Lucien à faire voler en éclats la puissance castratrice de la mère à son émancipation et simultanément métamorphoser l’idolâtrie et ses pièges. Oui ce film est traversé de bout en bout par une irrévérence salutaire  où le principe de l'inversion fonctionne tel un bolide dévastateur

 Les  thérapies de "conversion" ? Un cercueil à clous et symboles gay. La manif pour tous et l’extrême droite passées au moulinet corrosif, Le pullulement de  vannes (qui n’ont plus rien de potache) les parodies de slogans publicitaires, les jeux de mots, les gags …tout cela exploité -au mieux ?..- afin de dénoncer le caractère discriminatoire, et dégradant,  dont sont victimes tous(tes) ceux(elles) qui refusent l'hétéronormativité 

Et  si au final le personnage de Nina l’amie de Jim était porteuse du "message" ? Elle qui sait apprécier Jim en dehors de son corps athlétique, de ses abdominaux (marques de son identité queer avant la chute spectaculaire) est convaincue  que le désir peut exister hors des grammaires imposées, hors des économies du désirable

Jim Queen? Une fabrication collective, une écriture polyphonique, une direction artistique indépendante au service d’une odyssée fantastique,  à  ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

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13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 11:13

De Mark Jenkin. (2019 G-B) inédit en France 

Avec Edward Rowe(Martin Ward) Giles King (Steven Ward), Isaac Woodvine (Neil Ward fils de Steven), Mary Woodvine (Sandra Leigh), Georgia Ellery (Katie Leigh) Simon Shepherd (Tim Leigh) Joan Jacobs (Hugo Leigh)

 

Prix de la meilleure révélation britannique BAFA 2020 (Les British Academy Film Awards)

Dans un village de pêcheurs au cœur des Cornouailles, la pêche se fait de plus en plus rare au profit d’une activité́ touristique grandissante. Martin Ward, est un pêcheur sans bateau, son frère ayant transformé́ celui de leur père à des fins touristiques. Après la vente de leur maison familiale à de riches londoniens qui n’y passent que leurs vacances, Martin lutte pour conserver une place au sein de son village.

Bait

Un film singulier, qui intrigue, déroute et dérange tout à la fois… Cela est dû essentiellement aux choix formels: la problématique soulevée --difficile survie de la pêche dans un village des Cornouailles, collision avec les touristes londoniens, les vacanciers propriétaires, et l’inéluctable transformation du littoral en « villégiature » – cette problématique est traitée en une dramaturgie moins psychologisante que formelle. Ce qu’illustre d’ailleurs le montage parallèle du début : -gestes du pêcheur comme entremêlés à l’arrivée des "propriétaires" vacanciers; la famille Leigh   La dissonance sera entretenue tout au long du récit grâce à une mise en scène "fragmentée"  

A rappeler ici que Mark Jenkin -dont c’est le premier long métrage- est à la fois scénariste réalisateur,  photographe,  monteur et compositeur..

Il a tourné avec sa caméra Bolex en16m ; il a opté pour le format 4,3 (censé enfermer en les enserrant dans un cadre étroit, personnages et paysage) et pour un noir et blanc granuleux  voire poisseux. S’ajoutent au montage le rythme haché, la déroutante simultanéité de prolepses et d’analepses dans une même séquence, le passage écran blanc inondé de lumière comme repère/ élément narratif. Mark Jenkin affiche aussi sa prédilection pour les gros voire très gros- plans : fixes prolongés sur le visage de Martin Ward , ou se succédant plus  rapidement  mais répétitifs sur des objets (nasses à homards ; nœuds coulissants) ou sur les pieds, les chaussures. Les occurrences de verre brisé illustrent (?)  les brisures et fissures d’un monde lacéré de part en part, ainsi que le changement de rythme au sein d’une même mini séquence. Et voici comme surgie du tréfonds une musique presque hypnotique ; son omniprésence qui sourd des abysses semble corréler profondeurs maritimes et colères rentrées, et la surface inapaisée de la mer agitée - qui revient en leitmotiv-  sert de  prélude à la tragédie

Oui tout cela crée une tension -et le silence (s’il renvoie au cinéma muet)- participe à(de) cette ambiance anxiogène qui peut saisir le spectateur (et même le subjuguer) au plus fort du drame ….

Mais voici des statues;  immobiles, inanimées  elles côtoient le souffle du Vivant.  Un vivant qui lui aussi va s'immobilisant.  Permanence vs impermanence? Figement vs échappée vers ….l’ imaginaire ?

Un film à ne pas rater

Colette Lallement-Duchoze

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10 juin 2026 3 10 /06 /juin /2026 11:39

Documentaire réalisé par Massoud Bakhshi (Iran 2026)

 

avec Zahra, Mahya et Maleka

Grandir à Téhéran au XXI° siècle. De 2007 à 2026 au sein d’une famille aimante, dix-huit ans dans la vie de trois sœurs de leur prime enfance à leur quotidien de jeunes femmes en quête de liberté

Toutes mes soeurs

Le dispositif choisi est d’emblée expliqué par le menu par la voix du cinéaste -en off; très gros plans sur les boutons arrêt marche)=-, deux visages en médaillon -comme en surplomb- : les sœurs âgées de 20 ans vont "visionner" en même temps que le spectateur des fragments de leur propre vie:  bébés, gamines, et leurs réactions lors de la naissance de la petite soeur Maleka, écolières ; adolescentes, Fragments que leur oncle a précieusement gardés :Du cocon familial émerge la voix (toujours en off) de la "mamie" (une femme très conservatrice dispensatrice de préceptes comme autant d’interdits). Fragments d’une vie, de leur vie dans la succession des âges et des prises de conscience.  Si la chevelure, au montage, assure avec fluidité le passage des "jeunes" années. on sait qu'elle ne doit pas être filmée en extérieur, que le port du voile est obligatoire - les sœurs le porteront dès leur entrée à l'école...-,  et plus tard il faudra ruser, recourir au flou et/ou au noir pour "respecter" les diktats…Etudiantes Zahra et Mayha  adhèrent aux revendications féministes (mouvement de 2022) et simultanément sont à même de se filmer… L’intime - genre film de famille- est devenu  peinture  (du moins évocation) d’une société, d’un pays (quand bien même le bruit et la fureur de la répression nous parviennent par la bande son ou les images télévisées)  Hors champ cette évocation n'en sera que plus suggestive !!

Toutes mes sœurs ? un titre justifié car le documentaire dépasse le portrait d’une famille, L’impact que les principes familiaux, culturels, éducatifs et traditionnels auront sur Zahra et Mahya puis sur Malaka c'est celui qui concerne  la jeunesse en général et  les  filles en particulier. " Mon film est avant tout, un film humain, sur le fait de grandir. affirme le cinéaste  Mais plus encore, c’est un film sur les femmes, accessible à tous les pays et toutes les cultures, car les personnages sont des filles et des mères de différentes générations. Les hommes, eux, sont absents du film", Au spectateur de s'interroger sur cette absence et de la "rationaliser" !!

Le documentaire  s’ouvre sur un poème de Shams Tabrizi (1185–1248), texte sur les miroirs extrait du livre Maghâlât, ​​​les vers s'affichent alors que défile le générique. Des siècles avant l’essor de la psychologie, Shams Tabrizi parlait déjà du miroir comme outil de connaissance de soi, de réflexion. .... Pour moi, ce film est aussi un miroir, une réflexion sur soi, et sur l’évolution.

Et  n'est-ce pas  l’intime, la façon dont il est  appréhendé et jugé par celles-là mêmes qui l’ont vécu, (cf leurs émotions leurs colères), et  le télescopage du passé et du présent, qui  "tendent un miroir"  à la société iranienne ???

A voir

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 juin 2026 1 08 /06 /juin /2026 19:54

Documentaire réalisé par Bennett Miller (1998 USA) 

 

avec Timothy Levitch

 

Musique Marty Beller

Timothy "Speed" Levitch, guide touristique excentrique new-yorkais, transforme chacune de ses visites en une véritable performance. À bord d'un bus à impériale, il déclame des monologues fiévreux mêlant poésie, réflexions philosophiques et humour acerbe. Son regard singulier sur la ville fait de ce de ce rôle banal une exploration profonde de la vie, de l'amour et de l'expérience humaine. …

The cruise /La croisière

H. G. Wells a écrit que raconter l’histoire de New York, c’est raconter le récit du monde. 

Inédit en France ce premier film de Benjamin Bennett (à qui l’on doit l’étonnant Truman Capote 2005) est un documentaire d’une singulière puissance grâce à la rencontre avec un être hors du commun (mais pas hors sol) Timothy Levitch, guide touristique que Bennett Miller a suivi pendant 3 ans, avec sa  caméra Mini-DV. Volubile, érudit surnommé « speed » à cause de son débit, ce guide  tient en haleine les touristes  les vacanciers, à bord du bus à impériale, qui sillonne les rues de New York …Le tour de force est de faire coïncider le discours (le guide semble improviser avec brio) ses envolées lyriques poétiques souvent philosophiques, avec la psyché du personnage, l’histoire de la ville, son architecture,  sa culture citant au passage  les stars de la jet set ou de la politique,  qui ont résidé dans telle ou telle rue,  tout cela agrémenté de citations ou empreint de cet humour juif à la Woody Allen

Si l’architecture est l’histoire de toute émotion phallique, alors l’Empire State Building en est la véritable catharsis

Filmé de près ,  à bord du bus , à pied ou dans le métro, quand il n’est pas allongé sur une place, Timothy Levitch ne cesse de surprendre -surtout quand le discours se fait confession Oui Timothy Levitch vit en conflit perpétuel avec la ville ; oui la ville et ses tours gigantesques tels des phallus le saisit l’enveloppe pour une forme d’orgasme tant elle est cet organisme vivant dispensateur de bien tout autant que de Mal. D’’ailleurs la Vie ne serait-elle pas la lutte de type manichéen entre Cruise (croisière) et Anti cruise (anti croisière); lui qui a opté pour the cruise se sent mis au ban  comme ostracisé (une photo de son visage qu’accompagne un numéro…prouverait des démêlés avec la justice ....)

Alors si New York est la « ville du malentendu » si le plan qui la quadrille -au sol- est l’oeuvre de puritain , lui le guide ne serait-il pas son naufragé et sa parole n'aurait-elle pas  la force de la ressusciter?  alors que la caméra -et le choix du noir et blanc- fait se profiler en d’éblouissantes contre-plongées ou en déroutantes plongées un organe sculptural vivant bien que sépulcral par moments (le blanc qui inonde le dernier plan quand s’ouvre la porte du 42ème étage sur le vide ou vers le …ciel ?)

A ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 juin 2026 1 08 /06 /juin /2026 06:59

De  Georgi M Unkovski (Macédoine 2025)

Avec  Arif Jakup (Ahmet), Agush Agushev (Naim), Dora Akan Zlatanova (Aya), Aksel Mehmet (le père d’Ahmet), Atila Klince (le muezzin), Metin Ibrahim (Hakan), Selpin Kerim, Elhame Bilal, Tamer Ibrahim, Adem Karaga, Erdoan Maksut, Nadzi Shaban

Festival Sundance prix du public janvier 2025

Prix Écrans Juniors au Festival de Cannes 2025.

Meilleur long métrage de fiction au festival international du film d’éducation d’Evreux décembre 2025

Présenté en avant-première en ouverture du 20ème festival d’Europe de l’est et d’Amérique latine à l’Ariel Mont Saint Aignan le 3 mars 2026

 

Titre original DJ Ahmet

Ahmet, 15 ans, grandit au milieu des montagnes de Macédoine, où il garde les moutons de son père tout en prenant soin de son petit frère. Mais lui, ce qui le fait rêver, c’est la musique. Entre les attentes de son entourage et ses envies d’ailleurs, Ahmet pourra-t-il un jour suivre son propre chemin ?

Le garçon qui faisait danser les collines

Premier long métrage de Geogi M. Unkovski, ce film semble abuser du contraste « modernité contre tradition, jeunesse contre archaïsme » en le déclinant ad libitum. Et méfions-nous du titre à la poésie racoleuse, préférons-lui DJ Ahmet le titre d’origine…

Voici un quotidien qui s’inscrit dans la ruralité de la Macédoine du Nord peuplée par les Yörüks, quotidien que rythment pâture et transhumance, quotidien qui idéologiquement garde inviolées les lois du patriarcat (du moins chez les adultes et une partie des jeunes), qui passe par la déscolarisation (cf séquence d’ouverture) un quotidien imprégné aussi de croyances (dont la magie ; face noble du charlatanisme … ) Mais les bois qui jouxtent la ferme d’Ahmet abritent aussi des rave-parties …une aubaine pour l’adolescent …Voici en contraste une jeunesse incarnée par Aya Ahmet Naim et d’autres, éprise de musique électro, capable par amour de braver certains interdits et faire voler en éclat (ou du moins de violemment la contester) la puissance du patriarcat (dont le mariage forcé), Ahmet est sollicité pour sa maîtrise de la technologie, pétri de bon sens il sait que l’aphasie de son jeune frère  est due à un trauma et ne pourra être soignée par les « charlatans » .

Le film est ainsi traversé par les oppositions binaires (tradition vs modernité, patriarcat vs émancipation); La dichotomie est encore plus évidente dans le choix de la musique (les Sinkauz Brothers ont allié instruments traditionnels et rythmes électro), De même en faisant alterner des séquences aux allures de docu fiction assez réaliste et scènes aux allures de vidéoclips le cinéaste  oppose la dureté du labeur à l’euphorie et parfois il joue sur des gros plans fixes quand les visages envahissent l’écran (père, Ahmet, Aya, Naim) gros plans qui d’ailleurs  alternent  avec les plans  d’ensemble (famille et préparatifs du mariage, danses) L’épisode de la longue course d’Ahmet qui emprunte raccourcis à la poursuite du père, permet au spectateur de se familiariser avec le paysage vu ainsi en plongée- collines, méandres et sinueuses échappées ???

Le burlesque et l’utilisation singulière de la musique tentent de transformer l’ensemble en une sorte de conte, de romance (ce dont témoigneraient les deux plans qui se font écho, en ouverture et clôture  ;ces plans renvoient ironiquement ( ?) au chœur antique de femmes) Côté burlesque : la brebis égarée rose, les difficultés de l’imam à maîtriser la diffusion automatisée des prières avec les nouveaux haut-parleurs du minaret, l’incongruité du troupeau de moutons qui traverse une rave -la fête sera enregistrée sur TikTok. La musique d’autre part, est dans ce film un personnage à part entière. Non seulement Ahmet et Naim ont reçu en héritage de leur mère morte prématurément cet amour de la musique (et de la danse ?) Mais elle dicte quasiment tous les choix dans ce récit d’émancipation. (cf le titre DJ Ahmet). Les arrêts brusques tout comme l’amplification et/ou l’assourdissement sont censé.e.s épouser le trouble les émois d’Ahmet (sa musique intérieure)

Pari réussi ?

Impression mitigée…

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 juin 2026 4 04 /06 /juin /2026 05:17

De Charlie Polinger (USA 2025)

 

avec Joel Edgerton (Daddy Wags) , Everett Blunck,(Ben)  Kajo Martin (Jake) Kenny Rassmussen (Eli) Elliott Heffernan (Tic Tac)

 

musique Johan Lenox

 

Présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025 

Grand prix et Prix de la Critique au festival de Deauville 2025

2003. Dans un camp de water-polo pour garçons, un adolescent de douze ans est marginalisé par ses camarades selon une tradition cruelle qui veut que l’un d’eux soit dit porteur d’une maladie qu’ils appellent « La Peste ». Alors que la frontière entre le jeu et la réalité devient de plus en plus floue, Ben le nouveau venu commence à craindre que la blague ne cache quelque chose de réel...

The Plague

A cause de plaques rouges qui recouvrent son corps Eli subit l’acharnement de ses camarades dans un camp de water polo…Pestiféré, ostracisé…Le leader du groupe attise l’ardeur haineuse. Comment va réagir le nouveau venu, Ben, dont on  moque dans un premier temps  les difficultés de prononciation…? Ce sera la « trame » ou l’enjeu (dramatique) de ce premier long métrage. Ben a beau dire et se convaincre que la peste n'existe pas (the plague est un surnom injurieux) il est tiraillé entre son « besoin » de s’intégrer et ce faisant participer à l’ostracisme et son empathie pour la victime. Cruel dilemme…Mais quand son corps est couvert d’énormes plaques rouges, quand il subit l’acharnement méthodique et cruel des camarades …. Affolement?  volonté d’en découdre ?

Hélas ce premier long métrage a la tendance fâcheuse à tout surligner De la bande-son surdimensionnée (elle doit illustrer le cauchemar que représente l’adolescence ; trop c’est trop) à la démonstration souvent outrancière et complaisante. Certes le dispositif mis en place -une communauté, un club ado, avec sa hiérarchie et la servitude consentie, l’espace du bassin comme espace de pouvoir les couleurs froides-   et les corps filmés enveloppés de cette puissance verdâtre  (cf affiche) "plongent"  le spectateur dans un univers  sordide et glauque, réel et fantastique ; certes  l’alternance entre les séquences sous l’eau et hors d’eau est censée conforter une double approche du mal - : il y a ce que l’on voit à la surface  et ce que l’on ne voit pas mais qui peut être mortifère (tels des abysses qui engloutissent) ; de même qu’elle fait écho aux deux forces contradictoires qui tiraillent Ben.

Mais cela n’apporte pas grand-chose à la thématique du harcèlement chez les ados, ni à la peinture d’une jungle ado mâle et qui se voudrait viriliste. Et si l’on ajoute toutes les formules clichés (cf face à face entraîneur/Ben quand ce dernier est prêt à tout lâcher ou encore la leçon de "morale" assénée avec virulence par Ben dans son face à face avec Eli vers la fin du film) si l’on ajoute les clins d’œil appuyés à Kubrick (Eli double de Baleine ? pourquoi pas …mais surtout la façon de filmer les regards par en dessous rappelle Orange mécanique) ou si l’on ose mettre en parallèle The Plague et ‘sa majesté les mouches  (pour la régression tribale) ou encore Carrie (pour la coexistence réel fantastique et horreur) on devinera aisément de quel côté penche la balance…

Tout cela ne saurait remettre en cause la formidable interprétation des jeunes acteurs  

 Impression très mitigée

 

 Colette Lallement-Duchoze

 

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31 mai 2026 7 31 /05 /mai /2026 10:45

De   György Pálfi, (Hongrie 2025)

 

Avec Yannis Kokiasmenos :( le propriétaire du restaurant ) Maria Diakopanayotou (la fille)  Argyris Pandazaras ( le garçon ) Machmout Bamerni  ( un passeur )

Vu en avant-première dans le cadre du festival du film d'Europe de l'Est et d'Amérique latine à l'Omnia le samedi 14 mars 2026

À grand pouvoir, grandes responsabilités — mais si l'héroïne était une poule ? Échappée d'un élevage industriel, elle trouve refuge dans la cour d'un restaurant en ruine. Là, elle découvre l'amour, défie la loi du bec et se bat pour protéger ses œufs.

autre synopsis  Une poule Leghorn, née dans un élevage industriel  est mise de côté par un employé qui estime que son patron ne la voudra pas à cause de son apparence non conforme et envisage de la faire cuisiner par sa femme. La poule parvient à s'échapper puis elle erre jusqu'à trouver refuge dans le poulailler d'un petit  restaurant familial lié à un réseau de  trafic de migrants clandestins 

Cocotte

D’une ponte à l’autre (et à chaque fois très gros plan sur le cul d’une poule saisie dans l’effort avant l’expulsion de l’oeuf) voici une  "aventure animalière" dominée par le besoin d’évasion et l’instinct de reproduction, soit deux "motivations" qui éloignent cette poule sans nom au plumage noir, de ses devanciers asins Balthazar et Eo -auxquels on la compare volontiers. Car si le monde des hommes est filmé à sa hauteur (caméra au sol, vues en contre plongée) en aucun cas les tragédies des hommes ne semblent  l’affecter….

Refusant l’anthropomorphisme et l’IA  ou encore les images de synthèse,  c’est bien une gallinacée noire (en fait  8 ont été nécessaires pour le tournage) que le réalisateur nous invite à suivre dans son vagabondage depuis sa  "naissance"  (après que l’œuf a été couvé de façon artificielle dans un élevage industriel, et que le poussin a échappé à la mort) jusqu’à une énième ponte - et l'éclosion finale d'autres poussins en des conditions plus "chaleureuses" Vagabondage erratique dans un premier temps (on traverse avec elle les paysages de la Hongrie, au gré des rebondissements) avant l’escale prolongée au Panorama ; vagabondage musical (Ravel …chansons d’amour en grec ; caquètements en onomatopées) poétique ‘(alignement de ces cous, aigrettes rouges, pattes dansantes) empreint d’humour (Cocotte intégrant malgré elle une manif ; en position d’offrande pour le coq reproducteur). Vagabondage aux allures de conte mais ancré dans le réel..

Adoptant de bout en bout (ou presque) le point de vue de la poule, György Pálfi va reléguer au second plan les humains (la présomption de supériorité humaine sur laquelle repose le spécisme est d’emblée mise à mal) Or silhouettés ou réduits à leurs pieds, leurs sandales (que l’on peut picorer) ils n’en restent pas moins des prédateurs (le sort de migrants importe peu à ce fils expert en trafic en tout genre)

A l’espace cauchemardesque de l’élevage industriel qui ouvre le film (insistance sur les rouages qui broient la vie des poussins) semble correspondre l’univers cauchemardesque des migrants broyés eux aussi…Le cynisme des propos « vous voyez ils se bouffent entre eux » (quand Cocotte picore les restes d’un poulet) ne peut susciter qu’ un « rire jaune »

Cocotte: une aventure singulière inventive qui mérite le détour!

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 mai 2026 4 28 /05 /mai /2026 19:04

De Vincent Garenq (2025)

 

Avec Antoine Reinartz Emmanuelle Bercot Emma Boumali

 

Musique Nicolas Errera

 

Inspiré du livre enquête du journaliste Stéphane Simon Les Derniers Jours de Samuel Paty, 2023

 

Présenté hors compétition au festival de Cannes 2026

Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d'Histoire-Géographie, est assassiné à la sortie de son collège. À la lumière des enquêtes et des procès, ce film revient sur ses onze derniers jours, et l'engrenage qui a conduit à sa mort tragique.

L'Abandon

Les dissensions entre les deux sœurs de Samuel Paty, les accointances de l’auteur du livre (dont s’est inspiré Vincent Garenq) avec …, la filmographie même de ce dernier «grand spécialiste des affaires judiciaires  (au nom de ma fille, présumé coupable …) la récupération et son instrumentalisation par l’extrême droite, oui tout cela conjugué avait justifié des réticences…et conforté le choix ne pas aller voir ce film…

Maintenant que c’est chose faite (j’y suis allée à reculons certes) que penser de ce film de « reconstitution » auquel a contribué (donc forcément orienté certains choix) la sœur Mikaëlle ?  

Les derniers pas de Samuel Paty, vivant, filmé de dos encapuchonné, c’est la séquence d’ouverture ;  et on entend cette voix intérieure comme venue d’outre-tombe Jamais, je n’aurais imaginé que mon nom entrerait dans les livres d’histoire.  Le spectateur -qui sait l’épouvantable tragédie-,  sera peut-être surpris par ces propos … Un raccord cut va l’inviter à  un retour en arrière, « suivre » Samuel Paty pendant les 11 jours qui ont précédé l’assassinat . … et ce sera  un déroulé méthodique (apparemment neutre ) de la mécanique du mensonge

Une construction qui peut rappeler la tragédie  avec son acmé avant le dénouement suivi ici d’un épilogue. Une narration - c’est la dynamique interne- qui resserre l’étau autour de ce prof pourtant discret et apprécié et qui avait l’habitude de terminer ses cours par une « blague » La récurrence de plans en plongée sur la ville, sur ces façades d'immeubles ces fenêtres qui s’allument -le clignotement illustrant la propagation d’une « rumeur » qui fait de Samuel Paty un professeur islamophobe, à rayer de l’Education nationale ; suite à la révélation -fake news- d’une élève, -La vengeance organisée par un père "aveuglé" encouragé par un "prédicateur" djihadiste. Vengeance et mise au tombeau. L’alternance entre scène « familiale » hors collège et scène en classe contribue à illustrer la bienveillance dont fait preuve le.père ( séparé) autant que  le prof. Un rythme de plus en plus rapide (à la propagation de la fake news qui devient calomnie à chaque mot ajouté ou transformé … répond l’angoisse de la principale qui sollicite tous les « services » « censés » protéger le professeur et le collège. Et ce grand moment de silence, de fausse quiétude avant la tragédie …Ecran dans l’écran ou la folie des réseaux sociaux qui colportent sans vérification aucune ces contre-vérités. Manipulation de l’opinion.

Rien de singulier de novateur  au niveau formel donc (hormis cette absence délibérée de masques -alors que nous sommes en 2020..-.une invitation à faire tomber tous les masques? et la capuche d'Antoine Reinatz une façon de se prémunir contre la menace??? )

Certains reprochent à ce film d’être islamophobe. Certes les deux protagonistes adultes sont parfois caricaturaux et l’assassin est traité selon les clichés habituels - chambre sinistre du tueur qui "médite" dans l’ombre; Mais le rôle des mères musulmanes, la solidarité des élèves musulmans autour de leur prof ne plaident pas pour cette interprétation.  Le thème est toujours clivant objet de suspicions (suite à des amalgames) facilement récupérable.

Abandon ? -par les collègues, par l’Education nationale, par un ministre jamais nommé et pourtant…par un de ces référents laïcité (certes grotesque) ? Abandon ? Oui même si la principale s’est battue « bec et ongles » même si des parents ont refusé de souscrire aux propos du père. Abandon ou trahison ? ou les deux ?

Ni militant ni islamophobe voilà un film qui aligne (parfois avec lourdeur) les failles aux responsabilités multiples ...  En aucun cas un film  d'utilité publique. 

 

Colette Lallement-Duchoze

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