25 février 2026 3 25 /02 /février /2026 07:39

De  Park Chan-Wook (Corée du sud 2025)

 

Avec Lee Byung-Un, Ye-Jin Son, Park Hee-Soon

Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…

Aucun autre choix

Le roman noir  Le couperet  de Donald Westlake (1997) avait déjà été porté à l'écran par Costa-Gavras (en 2005 avec José Garcia) ; le cinéaste coréen lui dédie d’ailleurs son film… Or le choix du rocambolesque et surtout de toutes ces afféteries visuelles font que ce film n’entraînera pas forcément l’adhésion (et ce malgré une critique quasi unanime très favorable)

Le tout début a de quoi " réjouir" dans la mesure où l’exubérance visuelle (images de cerisiers en fleurs dont les pétales tombent sur la ville), alors que l’on entend les notes funèbres du concerto n°23 de Mozart annonce une dualité. Ce que renforce le plan suivant où l’on voit un homme, heureux, en famille, fier du cadeau offert par l’entreprise…Cadeau hélas empoisonné !!! et l’on apprend très vite que ce cadre supérieur dans une usine de papier est licencié. Adieu vie familiale et chiens bien aiméEs Adieu bonheur... lisse de pacotille !  Dès lors il n’aura de cesse de reconquérir ce poste (et les tentatives échouent lamentablement) quitte à devenir criminel (en éliminant tous ses concurrents)

Le cinéaste se plaît à accumuler inventivités visuelles et autres démarches mortifères  menées tambour battant -on est obligé de rire ou sourire face à ce déploiement aux couleurs fluo ou flashy, aux mouvements quasi forcenés de caméra.  Certes on assiste à une critique du capitalisme en ses rouages extrêmes -cf les fondus, split-screens, surimpressions, autant de mailles qui enserrent enferment (à l’instar de ce corps ligoté en boudin ?)  Certes le comique peut naître aussi de l’incapacité du personnage à "tuer" et ses maladresses répétées rappellent les comiques d’antan -tout en sachant pertinemment que Yoo Man-so (excellent Lee Byung-Un) va tuer des autres employés aussi motivés que lui par leur travail, que sa colère vengeresse ne s’attaque pas aux "vrais responsables" tout simplement parce qu’il a intérêt à ce que le système perdure (et cela s’inscrit précisément dans la stratégie capitaliste,  comme révélateur de ce  symptôme:  l’individualisme poussé jusqu'au paroxysme)

Une séquence assez longue (10’ environ) celle qui confronte Yoo Man-soo à un riche entrepreneur frappe par cette surenchère d’effets -travellings sur les verres cadre renversé plan à partir de l’intérieur de la pinte. Autant d’effets venant contrarier le "faux" suspense ! volonté affichée d’inventivité de qui sait  "toucher à tout" 

Affirmons-le sans ambages autant nous avions apprécié le kaléidoscope d’images et d’errements en arborescence de Decision to leave (qui avait reçu le prix de la mise en scène à Cannes en 2022 ) autant nous sommes restés à quai face à un déploiement visuel, aussi virtuose soit-il…

Serait-ce dû à la comparaison implicite avec le film de Costa-Gavras ? (les choix esthétiques sont certes opposés alors que le sujet serait presque identique à savoir « le dilemme qui pousse un homme à agir comme un monstre pour s'éviter la culpabilité de voir la déchéance des siens dans la jungle sociale )

 

A vous de juger !!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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24 février 2026 2 24 /02 /février /2026 06:45

De Alexander Murphy (France Népal 2025)

 

Avec  Jamuna Budha MagarAnmuna Budha MagarAnjali Budha MagarLachhin Maya Budha Magar (qui jouent leur propre rôle) 

Installées à Katmandou, Jamuna et sa sœur Anmuna décident de retourner dans leur village natal, perché dans les hauteurs de l'Himalaya. Elles vont  prendre part avec la famille à la périlleuse récolte du yarsagumba, une créature rare, mi-champignon, mi-insecte, aux propriétés aphrodisiaques, dont la valeur dépasse aujourd'hui celle de l'or.

Au-delà de Katmandou

Le film s’ouvre sur un paysage à la sidérante beauté ; un paysage où une brume délicate enveloppe l’espace de monts légèrement bleutés alors qu’on entend un chant local (diffusé comme en écho d’un flanc à l’autre) Est-ce  l'Au-delà de Katmandou? 

Nous allons suivre le chemin de Jamuna accompagnée de sa sœur cadette, qui les mène de la ville grouillante de bruits d’odeurs, Katmandou, au village de leurs parents ; chemin parcouru en bus, balisé par des encarts (noms des lieux et leur altitude) avant que la famille réunie n’entreprenne un autre périple : la cueillette du yarsagumba à plus de 5000 mètres d’altitude. Un champignon rare mais dont la vente va assurer en partie les études de Jamuna au Japon (elle pourra envoyer de l’argent à ses parents pour qu’ils (sur)vivent dans de "meilleures conditions").

Le film se déploie ainsi sur deux « niveaux » qui  s'imbriquent ou se superposent. Si l’humain est au cœur de la démarche du cinéaste (cf entretien Arte « 28 minutes » samedi 21/02) il a trouvé son écrin dans cet environnement : les liens familiaux -insistance sur le sort des femmes, sur la précarité de ceux qui vivent dans les villages, sur l’avenir des  "jeunes" - sont aussi inébranlables (voire plus…) que les monts népalais, monts que le cinéaste invite à contempler dans leur somptuosité celle qui s’impose d’emblée au regard, celle que la lumière et l’altitude transforment en majestueuse quiétude ou inquiétante majesté.  Le périple -tel un chemin initiatique ou un « calvaire »- (c'est à 4 pattes que l'on peut "voir" le  yarsagumba avant de  l'extraire avec précaution )- se clôt sur les aveux (Jamuna dira à ses parents tant aimés qu’elle ne reviendra que dans 8 ans et que c’est pour leur bien-être qu’elle s’éloigne momentanément ); de cette vérité le cinéaste montre les  "effets"   sur la mère (gros plan sur son visage au regard sombre, voix off de Jamuna) et sur la sœur cadette qui ne peut contenir ses pleurs…

Une ascension où les protagonistes filméEs -en groupe ou séparément, silhouettéEs ou en gros plan- semblent soit se détacher du, soit faire corps avec un environnement, grâce au changement d'échelle et de focales; environnement où la rudesse de la survie (évoquée comme hors champ par le père) se déploie dans le mystère -inviolé- d'une sauvage   poésie …

Aux spectateurs qui  reprocheraient une esthétisation outrancière,  osons faire valoir la "spécificité" de ce film : l'alliance duale -parfois duelle-  entre  ethnographie et poésie,  

Oui  nous avons  assisté à une quête.  Oui ce  film analyse avec délicatesse les liens qui unissent les 4 sœurs  et leurs parents ainsi que le bouleversement "émotionnel" qui précède une séparation .

Oui nous avons été subjugué  par la maîtrise d'une caméra qui sait imposer à notre  contemplation,  la magnificence des paysages l

 

A NE PAS MANQUER 

 

Colette Lallement-Duchoze

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23 février 2026 1 23 /02 /février /2026 06:53

De Cyril Aris (Liban 2025)

 

avec  Hassan Akil (Nino) Mounia Akl (Yasmina),

 

Prix du public au Giornate degli Autori (sélection parallèle de la Mostra de Venise (2025)

 

Sélectionné pour représenter le Liban dans la section du meilleur film international lors de la 98ème cérémonie des >Oscars 

Nino et Yasmina tombent amoureux dans la cour de leur école à Beyrouth, et rêvent à leur vie d'adulte, à un monde merveilleux. 20 ans plus tard, ils se retrouvent par accident et c'est à nouveau l'amour fou, magnétique, incandescent.

Un Monde fragile et merveilleux

Comment aimer dans un pays où tout menace constamment de s’effondrer ? Comment construire un futur heureux quand on a toujours connu la violence et la perte ?

 

 Dès le prologue la coexistence Vie/Mort va  encoder le film  tout en l'inscrivant  dans le conte, la "romance". L’hôpital où naissent à une minute d’intervalle Nino et Yasmina est bombardé -rythme et bande son illustrent cette déflagration par-delà les vagissements et pour la fiction vont sceller le destin de ces deux personnages Oui nous sommes d’emblée propulsés dans un "monde fragile" celui du Liban (Nino et Yasmina seront témoins de toutes les dévastations, qui simultanément façonnent et contrarient  leurs projets surtout ceux de Yasmina). Alors que le dernier tronçon de rail a été détruit ce jour-là, le cinéaste va faire d’un wagon désaffecté le lieu de l’évasion (rendez-vous des gamins, puis des adultes devenus) afin d’atteindre cette île (thématique récurrente) havre de quiétude (où reposent les parents de Nino) et idéal inaccessible ( ?)

Un conte romantique qui fait dialoguer sur  30 ans une histoire d’amour avec l’histoire du Liban en mêlant (cf l’oxymore du titre) la réalité d’un pays fracturé par les crises- et sa transcendance de et par l’amour. -quand bien même les  "amants" sont dissemblables (en écho voici deux visages de la capitale lumineuse et sombre, somptueuse et sordide) Grâce aux analepses, l’enfance et la pré-adolescence s’en viennent colorer le présent. Un présent encore marqué par des traumatismes -perte ou divorce des parents-  et dont la linéarité chronologique n’aurait pu rendre compte. Un présent des  "compromis" ou du moins des  "choix"  toujours renouvelés, à cause précisément de la situation fragile et précaire du Liban (cible entre autres malheurs, des frappes israéliennes, ce dont témoignent des images d’archives) Des scènes "comiques" (on retiendra l’entêtement du chef cuisinier qui revendique ses spécificités italo-libanaises et refuse d’apporter du sel aux convives…) des séquences d’intense sensualité et le recours à l'humour ponctuent le parcours en rompant momentanément avec les "cauchemars" ; momentanément car le contexte impose des choix de rupture ; et la mise en scène d’abord lumineuse et pétillante se fait de plus en plus grave. Gravité relayée il est vrai par l’invention d’une émancipation…  .Ô prodige du fantasme! 

Tendresse pour les personnages, déclaration d’amour à Beyrouth et au Liban c’est ce que revendiquait le cinéaste  pour son premier long métrage 

Un pari réussi  (malgré parfois un manque de fluidité, et des  étirements inutiles )

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 07:00

De Jonàs Trueba (Espagne 2016)

 

Avec Itsaso Arana (Manuela) Francesco Carril (Olmo) Candela Recio (Manuela jeune) Pablo Hoyos (Olmo jeune) Aura Garrido (Carla) Rafael Berrio (le père de Manuela)

 

Musique Rafael Berrio

Madrid. Manuela et Olmo se retrouvent autour d’un verre, après des années. Elle lui tend une lettre qu’il lui a écrite quinze ans auparavant, lorsqu’ils étaient adolescents et vivaient ensemble leur premier amour. Le temps d’une folle nuit, Manuela et Olmo se retrouvent dans un avenir qu’ils s’étaient promis.

La Reconquista

Nous avions suivi Eva en août 2019 dans la torpeur madrilène; nous avions vu entendu de micro événements à la Rohmer répondant à l’injonction « venez voir »2022 , avant d’être sollicité pour une urgence -célébrer la séparation entre Ale et Alex après 14 ans de vie commune- dans septembre sans attendre 2024…. Dans La reconquista réalisé en 2015 inédit en France nous retrouvons la même dilection pour les dialogues- qui enchevêtrent références philosophiques, ou littéraires le même goût prononcé pour les plans séquences et plans fixes et le « jeu » sur les temporalités (éphéméride, éclatement de la chronologie , dilution ou resserrement) C’est dire l’importance d’un long métrage qui d’un point de vue purement biographique scelle la rencontre du réalisateur avec l’actrice Itsaso Arana (qui sera sa compagne) et d’un point de vue créatif est une sorte de prélude -il contient l’essentiel des œuvres à venir…

Composé de deux mouvements (cf l'affiche) -une nuit à Madrid et un flashback sur les adolescents de 15 ans -est-ce le souvenir qui s’impose à Olmo quand il sommeille ? mouvements entrecoupés par l’intermède et le rôle de Carla- La Reconquista s’ouvre sur un plan-portrait, plan fixe prolongé sur le visage d’Itsaso Arana qui se détache sur un mur bleu. Un regard une légère moue une attente « je confie mon cœur au futur et j’attends »- (a-t-on pu lire auparavant). Silence (avant la logorrhée…). Une promesse (se retrouver après 15 ans) Au bout de la nuit, aurore  insoupçonnée? 

Des détails en I -dont certains anodins- acquièrent en densité dans leur confrontation avec le passé ressuscité en II -ainsi les propos d’Olmo -initiateur de la rupture?- seront démentis par le flashback.

Voici les corps des deux trentenaires, séparés dans le parc puis face à face au restaurant chinois côte à côte au concert avant leurs frôlements sur un air de swing et la tentative (avortée) d’un baiser… En parallèle voici les adolescents main dans la main, (balade en extérieur) corps contre corps dans la caresse pudique des attouchements (chambre) et l’ivresse de la première fois

La lettre elle-même écrite par Olmo 15 ans auparavant (dont le spectateur ne connaîtra la genèse et le contenu que dans la deuxième partie ) et que Manuela lors de cette « rencontre » programmée fait lire à son auteur - se pare de fonctions différentes (catalyseur révélateur mode de questionnement) selon qu’elle est lue en silence, en off ou à haute voix mais aussi selon les extraits choisis. C’est au terme d’une troisième lecture par Olmo adulte que le spectateur lui aussi est amené à déchiffrer le sens profond de ces troublants arcanes Et précisément cette « première fois » a-t-elle été sacralisée ou au contraire effritée par les marques du temps ? Carla la compagne (actuelle) d’Olmo dira explicitement l’importance d’un premier amour …

Les deux chansons écrites et interprétées par leur auteur (dans le film Rafael Berrio interprète aussi le père de Manuela) disent ce désir de l’ailleurs tout en insistant sur la solitude de qui serait prisonnier de sa propre mélancolie (à noter ici que la séquence concert propice aux jeux de dédoublement a la délicatesse du film dans le film qu’on avait appréciée d’ailleurs dans septembre sans attendre 2024)

Mais ne pas se méprendre :  la reconquête est moins celle de l’amour que celle de la mémoire, du temps (aux accent proustien.et rohmérien à la fois ??)

Un film à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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21 février 2026 6 21 /02 /février /2026 04:59

Documentaire réalisé par Thomas Lacoste (2025)

 

musique Florencia Di Concilio

 

Festivals

de Douarnenez ,  du film francophone de Tübingen & Stuttgart ,  du film d'environnement de Toulouse

Janvier 2021 à Notre-Dame-des-Landes un collectif se forme sous le nom de "Les soulèvements de la terre" pour défendre le bien commun face à la marchandisation et l'artificialisation du vivant...

Soulèvements

Le collectif « soulèvements de la terre » est un « mouvement militant et citoyen formé à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) et solidifié autour de la méga-bassine de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) Il lutte contre l’accaparement des terres et de l’eau et contre les ravages industriels et la montée des totalitarismes. Thomas Lacoste en capte des voix des visages, fait de la parole militante le cœur même de son documentaire

Voici un portrait choral à 16 voix soit 16 trajectoires :  des paysans, des étudiants, de jeunes militants ou des figures plus aguerries, des femmes et des hommes, filméEs dans leur environnement, assisEs et en frontal le plus souvent, seulEs ou en duos (deux générations), elleux expliquent leur démarche leurs intentions leurs luttes avec une aisance et une clarté qui forcent l’admiration. MuEs par une foi inébranlable dans le vivant (la diversité de ses règnes et de ses éléments) dans la force du collectif iels  œuvrent pour « le bien commun » (rendre le monde vivable) et témoignent ainsi de leur engagement tout en explicitant leur « manière d’agir » (qu’il s’agisse d’occupation de terres (A69, Zad de Notre-Dame-des-Landes), de l’opposition à des projets de retenue d’eau (CluZAD) de la fabrication de machines agricoles, de la mobilisation contre les mégabassines (Sainte Soline) de la préparation de repas et d’infrastructures pour recevoir les manifestants etc..) Bien éloignéEs des portraits que le gouvernement Darmanin ou les médias à la solde de Bolloré avaient imposés à l’opinion !!, en les assimilant à des « terroristes » (surtout après la violente répression de mars 2023) -Ecoutez ce jeune scientifique qui sait capter et interpréter les sons gutturaux ou plus cristallins des oiseaux… ou ce père implorant, ému , le « pardon » des générations à venir , pour avoir pris conscience tardivement de l'urgence  de la "lutte" ! 

Le passage d’une séquence à l’autre, d’un bloc de parole à un autre, est assuré par un gros plan fixe sur un animal alors que des images en noir et blanc - photos d’archives- sont comme une ponctuation mémorielle, ponctuation en surimpression bien loin du spectaculaire (pâture dont se repaissent certaines chaînes de TV) Virtuosité du montage qui enchâsse témoignages et plans sur l’environnement ! Vibration de touffes emmêlées de crin et d’herbes, d’un ciel d’avant l’orage,   palpitation du  souffle des animaux, œil agrandi et magnifié par un zoom, embrassement quasi "maternel" d'un petit ovin! Le noir et blanc peut s’animer, la bande son restituer la déflagration de grenades contrastant avec la quiétude ambiante, la couleur prendre le relais ! Nous sommes à l’écoute d’un Vivant,  à préserver coûte que coûte

 "la pensée en train de se faire" ,  le portrait " d’un mouvement  -certes  inscrit dans un   hic et nunc mais  exhaussé  à l’universalité d’une quête, celle du  "bien collectif" -  tel est le pari réussi de  Thomas Lacoste . Et ce n’est pas pur hasard si le documentaire s’ouvre sur le témoignage d’une femme reconvertie en fromagère puis éleveuse de bovins et se clôt tel un épilogue sur une action dans le Finistère (flottille ! ) à l’encontre de l’empire Bolloré et contre le fascisme,

Un documentaire d’utilité publique aux remarquables qualités cinématographiques

A NE PAS MANQUER

 

Colette Lallement-Duchoze

 

(Séances Samedi 14h salle 8, dimanche10h45 salle 4,  mardi 20h20 salle 8)

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20 février 2026 5 20 /02 /février /2026 05:14

De Kelly Reichardt (USA 2025)

 

avec Josh O’Connor, (JB Mooney) Alana Haim (Terri Mooney) Gaby Hoffmann (Maude) John Magaro, Hope Davis 

 

Compétition officielle Cannes 2025

Massachussetts, 1970. Père de famille en quête d'un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d'œuvres d'art. Avec deux complices, il s'introduit dans un musée et dérobe des tableaux. Mais la réalité le rattrape : écouler les œuvres s’avère compliqué. Traqué, Mooney entame alors une cavale sans retour.

The Mastermind

Un film déroutant ? Certains spectateurs ont été rebutés :  lenteur assumée ? jeu de l’acteur ? burlesque ?  

Le titre The mastermind, s’il ne fait pas référence au jeu de société, serait ironique (par antiphrase), car loin d’être un cerveau voici un "loser"  nonchalant de surcroît (que Josh O’Connor interprète avec aisance !!). Pour mener à bien son projet -dérober des tableaux-, J.B. Mooney  a choisi des "pieds nickelés, genre bras cassés". comme complices Foin du professionnalisme ! On est bien aux antipodes des films de "casse"  (où la minutie de la préparation le dispute à celle de la réalisation !!). C’est que Kelly Reichardt (rappelez-vous Night moves The first cow ou encore Showing up) considérée comme la papesse du ciné indé outre Atlantique s’intéresse avant tout aux  petites gens recalées du rêve américain  Si elle reconstitue le braquage raté du 17 mai 1972 (musée de Worcester 4 tableaux dérobés dont 2 Gauguin, 1 Picasso et 1 Rembrandt) tout en modifiant le butin (4 tableaux d’Arthur Dove 1880-1946) c’est pour "déconstruire" le film de braquage, faire voler en éclats ses codes, réaliser un anti polar, c’est pour s’intéresser à l’humain  et à tout ce qui se cache derrière les apparences plus ou moins doucereuses d’une époque. En l’occurrence ici le contexte des seventies 

La première séquence imposerait une temporalité comme filmée au ralenti : voyez J.B. Mooney contemplant  des œuvres d’art dans le musée local où il se rend en famille; une concentration qui - caméra subjective oblige - change d’objet : le musée manque de surveillance, les gardiens sont assoupis. Un test -ô culot extrême !-, J.B. dérobe un objet qu’il glisse dans le sac de son épouse… et nargue le gardien à la sortie en faisant semblant de lacer ses chaussures.

Le casse (dérober 4 tableaux) sera réussi. La suite beaucoup moins....

Mais la cavale de J.B. permet de parcourir une Amérique profonde qui n’est pas encore gagnée par la  "révolution féministe" . (cf la répartition des tâches domestiques) marquée en revanche par une forme d’ennui qui peut se muer en taedium vitae (cf le pote si content d’être enfin tombé de sa chaise en lisant les exploits de son ami …) Une Amérique qui ne connaît pas le portable ni les caméras de surveillance, qui s’informe au gré d’une chaîne ou d’un journal recueilli chaque matin à la porte de la demeure. Les relations de J.B. avec ses proches -ses parents, ses enfants, son épouse- se prêtent à une forme de chronique dite "familiale"  Et en allant d’un Etat à un autre, en lisant la presse (infos éventuelles sur son "braquage") J.B. est -comme à son insu-  témoin de son temps -: militants hippies manifs autant de signaux d’alerte sur la guerre du Vietnam, ou la présidence Nixon, que la cinéaste ravive…Le personnage quittera l’écran presque abruptement, (sorte de twist à ne pas dévoiler !) lui qui jamais ne s’est immiscé dans l’Histoire, lui qui fut volontairement (?) désengagé – cède in fine la place à la grande Histoire …Non sans un brin d’ironie !

Tout cela rythmé par des notes de jazz - partition signée Rob Mazurek, dite percussive et cuivrée-, par des contrastes sonores délibérés avec l'indolence du protagoniste. Des plans fixes très composés (telles des peintures) orchestrent un mélange assez savoureux de grotesque (cf les grognements du porc qui accompagnent la planque acrobatique) d’humour pince sans rire (la visite des policiers et en écho celle des malfrats) de réalisme décalé (les déplacements de l’épouse, les vomissements des enfants etc...)

Un anti-polar que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

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19 février 2026 4 19 /02 /février /2026 05:05

De Diego Cespedes (Chili 2025)

 

avec Tamara Cortes, Matias Catalàn, Paula Dinamarca 

 

Festival Cannes 2025 Prix Un Certain Regard 

Début des années 1980, dans le désert chilien. Lidia, 11 ans, grandit au sein d'une famille queer flamboyante et aimante, qui a trouvé refuge dans un cabaret, aux abords d'une ville minière rude et poussiéreuse. Quand une mystérieuse maladie mortelle commence à se propager, une rumeur affirme qu'elle se transmet par un simple regard, lorsqu'un homme tombe amoureux d'un autre. La communauté devient rapidement la cible des peurs et fantasmes collectifs.

Le mystérieux regard du flamant rose

Voici un récit d’initiation d'une étonnante et tonique inventivité!

Le format choisi (4,3) va envelopper tout autant les paysages arides couleur ocre du "désert chilien" que le cabaret queer (ersatz du saloon de western) flamboyant de couleurs, paillettes et maquillages outranciers. Le sida (pudiquement nommé "la peste") fait des ravages dans cette contrée (les hommes  "usés " par le travail à la mine trouvent " refuge" le soir dans ce cabaret de travestis…accusés de..;) Et c’est à travers le regard de la jeune Lidia (Tamara Cortes). que le spectateur sera "guidé" tout au long de ce premier long métrage du jeune Chilien Diego Céspedes. 

Un film encadré d’ailleurs par deux courses effrénées de la gamine ; apparemment en sens inverse,  elles suivent la même attraction vers la "maison"  là où elle fut élevée par Flamant rose ("mère" de substitution) mama Boa (la tenancière) et ses "tantes"

Récit d’apprentissage précisément sur les "peurs" et fantasmes que génère la "maladie" mortelle -dont on verra certains symptômes sans que la caméra  s’appesantisse, et dont le recours au fantastique dans un premier temps laisse augurer le rôle du regard avant que des propos assez crus ne disent l’évidence de la transmission et la folie de la propagation (même dans les pays riches…)

Certes on peut déplorer des longueurs, évidentes dans cette propension aux "arborescences"  comme autant de digressions Mais globalement on sera sensible à cette "peinture"  (l’expression haute en couleurs n’est nullement galvaudée) d’un milieu celui du « vivre ensemble » où s’affirme le droit à une sexualité différente, où triomphe tout simplement l’amour de l’autre !

Un premier long métrage que je vous recommande

Colette Lallement-Duchoze

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18 février 2026 3 18 /02 /février /2026 07:50

De Valérie Donzelli (2025)

 

avec Bastien Bouillon (Paul Marquet) André Marcon (le père) Virginie Ledoyen (l’éditrice Gallimard  Alice Bosquet)  

 

Festival de Venise 2025,(prix du meilleur scénario)  

Festival du film de Sarlat 2025

Un photographe à succès abandonne tout pour se consacrer à l'écriture et découvre la pauvreté.

A pied d'œuvre

 Achever un texte ne veut pas dire être publié, être publié ne veut pas dire être lu, être lu ne veut pas dire être aimé, être aimé ne veut pas dire avoir du succès, avoir du succès n’augure aucune fortune.

A pied d’œuvre est le titre de l’autobiographie de Franck Courtès (2023) dont s’est inspirée Valérie Donzelli. Or, adapter c’est souvent aller de chaussetrappes en chaussetrappes… Ainsi dans le film (quand bien même Gilles Marchand fût co-scénariste) le recours pour le moins tendancieux à la voix off – Cette voix intérieure: justifiée (entendons bienvenue adéquate) quand le photographe/romancier uberisé  "juge" son père, par exemple, mais quand elle énonce des vérités d’évidence pour qui subit le calvaire qui mène de la création à l’édition et à l’appréciation du public (cf achever un texte…) ou pour qui déshumanisé est réduit à un signe sur algorithme , alors qu’elle est censée "dire" le texte originel de Courtès- cette voix off semble artificiellement plaquée et en aucun cas ne saurait servir de  "ponctuation" (les mots si éloquents soudainement galvaudés!!!) Il en va de même pour la récurrence de ces plans censés délimiter scènes -ou décors- d’intérieur et scènes d’extérieur (cf le soupirail leitmotiv formel  "fausse ouverture"  sur un monde dont la vision est parcellaire, celle du regardeur qui  "survit"  dans l’exiguïté monacale d’une cellule …mais qui en fera la "matière"  de l’autofiction (on aurait apprécié les changements de focale en harmonie avec les focalisations narratives..); cf aussi le lent travelling sur un balcon d’un immeuble du XVIème arrondissement où Paul doit déraciner 18 buissons alors qu’il est vu de l’intérieur à travers les baies vitrées, par tout le personnel de service du propriétaire…. Et que dire de cette difficulté (réelle certes) à "montrer"  un écrivain dans sa propre tâche  ? (Marie Hélène Lafon n’hésite pas à utiliser le mot "chantier"  quand elle évoque son travail d’écriture) Certes le "sang"  -en ses diverses acceptions- revient en leitmotiv, illustrant entre autres le fameux propos d’Hemingway Ce n’est rien d’écrire il suffit de s’asseoir et saigner   Or trop souvent une partie du Chantier est réduite à un clavier d’ordinateur sur lequel se penche l’auteur ou  à la relation avec la maison d’édition qui impose ses diktats… L’autofiction que Paul est censé rédiger ne sera pas simple transcription de son vécu mais (re)construction à partir de ce réel, (ce qui sera explicite ou explicité  …. quand l’éditrice "lira" des extraits du  manuscrit ou quand le fils commentera à distance )

Cela étant,  on appréciera la prestation exemplaire de Bastien Bouillon (vu récemment en commissaire monomaniaque dans l’affaire Bojarski ou capable de passer quasi instantanément de la douceur câline à la furie dans  Aux jours qui viennent ) Oui une prestation qui force l’admiration ! il est quasiment de tous les plans et quand son visage envahit l’écran c’est comme s’il était découpé au scalpel par des jeux de lumière, et quand un pleur sillonne sa joue c’est parce que son fils -si loin si proche- lui dit tout simplement sa fierté d’avoir un père tel que lui… De même on sera sensible à cette musique répétitive (piano) qui met en évidence l’obstination (parfois candide) de Paul et la "monotonie" de ses  "tâches répétitives"

Mais on retiendra surtout la peinture sans filtre, réaliste sans misérabilisme, de l’ubérisation de notre société : désormais tout fonctionne sur des plateformes, il faut s’inscrire, jouer avec la "concurrence",  "baisser" les prix, se rendre disponible tant pour le ménage que pour le jardinage le bricolage les déménagements ; et surtout accepter d’être "noté" et  le jugement peut être sans appel….

Le film s’ouvre sur une séquence pour le moins symbolique : chantier de démolition (intérieur d’un immeuble) mouvement effréné des marteaux et masses qu’accompagne une bande-son illustrative, course vers la benne récupératrice Sébastien Bouillon bras demi nus manipule les outils de démolition …Comment en est-il arrivé là ? Le film peut commencer…par un  "décrochage"  précisément (départ de l’épouse et des deux enfants à Montréal, choix de l’écriture, déménagement, emménagement…)

Un film à voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

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14 février 2026 6 14 /02 /février /2026 07:03

Documentaire réalisé par Olivier Azam et Daniel Mermet (France )

 

Avec Howard Zinn, Noam Chomsky, Chris Hedges

 

Vu en avant-première en présence de Daniel Mermet samedi 29 novembre 2025  (festival " Caméra au poing")

Le best-seller d'Howard Zinn a révélé aux Américains une part de leur passé longtemps ignorée par eux-mêmes, redonnant une place dans l'histoire aux Amérindiens, aux Noirs, aux ouvrières et aux ouvriers pris dans la grande fabrique du rêve américain. Le travail d'Howard Zinn s'est opposé aux mythes fondateurs depuis Christophe Colomb et s'impose aujourd'hui comme un contre-feu à la guerre idéologique menée par Donald Trump, qui en a fait sa bête noire en histoire.

Howard Zinn, une histoire populaire américaine 2

Tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera racontée par les chasseurs. (proverbe africain)

 

Après Du pain et des roses voici le deuxième volet d’une trilogie qui va "parcourir l’histoire populaire des États-Unis de Christophe Colomb à nos jours, à travers l’histoire personnelle extraordinaire de Howard Zinn historien des lapins. Ex bombardier (cf l’image d’archive) farouche opposant à la guerre du Vietnam, militant des "droits civiques" cet historien (1922-2010) est devenu le  "chroniqueur des damnés de la terre"  en  "revisitant" les prétendus  "mythes fondateurs"  du "rêve américain"  Il est la bête noire  de Donald Trump …(lequel avec sa bouche en cul de poule condamne  ses travaux  avec de faux arguments.. Nos enfants sont instruits à partir de tracts de propagande comme celle de Howard Zinn, qui tente de faire honte aux étudiants de leur propre histoire. La gauche a dénaturé et souillé l’histoire américaine)

 D’emblée nous savons que le point de vue adopté est celui des  lapins  (entre autres les autochtones, les personnes noires, les migrants) contre celui des "chasseurs" ! Et la construction circulaire (très gros plan sur le départ d’un train alimenté à l’antique…avant qu'il ne traverse  le noir d’un tunnel alors que s’impose en off la voix de Daniel Mermet) nous rappelle que nous sommes embarqués dans ce train de l’histoire …qui, au final,  va annoncer  le troisième volet

Voici des images d’archives (dont certaines rares) -avec prolepses XXI° - des interviews (celle d'Howard Zinn sert de ponctuation ) des extraits de films (Chaplin B Keaton) etc. et en off  les commentaires -souvent teintés d’ironie- de Daniel Mermet. Un travail colossal ! (à l’instar de celui de Howard Zinn ????)

Très dense l’ensemble est certes d’un point de vue purement formel parfois touffu, sans grande ambition affichée. L’essentiel est bien évidemment "ailleurs" . S’articulant sur un long entretien avec Howard Zinn à Boston, en 2007 (?), il chemine au gré de cette rencontre tout  en affichant une volonté explicative qui ne versera ni dans le didactisme ni dans l’hagiographie : il s'agit à l'instar de l'historien, de revisiter des "événements"  depuis la perspective des "oubliés" TOUT en les reliant au présent (càd aux crises actuelles sociales et politiques). Un documentaire qui invite à  regarder autrement (les Américains et leur propre histoire; nous-mêmes et  les Américains) (On sera  étonné   d'apprendre  l'existence d'un mouvement  nazi  et l’anti sémitisme forcené d'un Ford….au début du XX° )

La réflexion sur race et classe - une constante- est illustrée au final par la longue interview de Cheney, une Amérindienne, son visage est celui de l’affiche (son sourire si lumineux  "éclaire"  la " nouvelle" statue de la Liberté…)

Une œuvre "d’émancipation" :  A ne pas manquer …

l’avenir .... c’est ce qu’on en fait (Mermet)

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 février 2026 3 04 /02 /février /2026 09:26

d’ Erige Sehiri (France Tunisie 2024)

Avec Deborah Christelle Lobe (Naney) Aïssa Maïga (Marie) Laetitia Ky (Jolie)

 

 Festival de Cannes 2025 Un Certain Regard

l’Etoile d’Or au Festival international de Marrakech

prix de la Critique  et Prix Les Grenades au Cinemamed 2025, à Bruxelles.

Festival du film francophone d’Angoulême trois Valois  : le prix du meilleur scénario, le prix de la mise en scène et le prix de la meilleure actrice pour Deborah Christelle Lobe (Naney) 

Marie, pasteure ivoirienne et ancienne journaliste, vit à Tunis. Elle héberge Naney, une jeune mère en quête d'un avenir meilleur, et Jolie, une étudiante déterminée qui porte les espoirs de sa famille restée au pays. Quand les trois femmes recueillent Kenza, 4 ans, rescapée d'un naufrage, leur refuge se transforme en famille recomposée tendre mais intranquille dans un climat social de plus en plus préoccupant.

Promis le ciel

Racisme, hostilité du régime tunisien aux migrants subsahariens, comportement très répressif de la police, difficulté à vivre, survivre dans un pays qui n’est pas le sien, oui c’est tout cela que dénonce la cinéaste franco tunisienne Erige Sehiri dans ce troisième long métrage (souvenez-vous de Sous les figuiers ce « huis clos à ciel ouvert »). Elle nous immerge dans le  quotidien de trois femmes. 3 âges, 3 statuts différents d’ailleurs Marie la cinquantaine directrice de l’église de la persévérance néo pentecôtiste, persuadée que « chaque jour est un combat » ; Naney trentenaire, mère exilée sans carte de séjour, dynamique et débrouillarde, et Jolie 20 ans étudiante incarnant les espoirs d’une jeunesse ?? Trois femmes qu’une bienveillance protectrice réunit auprès de Kenza, gamine rescapée d’un naufrage. Le naufrage hors champ est restitué par les bribes de commentaires de l’orpheline de 4 ans ; elle ne connaît pas encore le vocabulaire de l’horreur, ses mots dans leur naïveté même n’en sont que plus déchirants, et leur impact est « lisible» sur les visages des trois femmes. Oui Marie Naney ou encore Jolie ont dû vivre d’identiques tourmentes. Passé douloureux présent précaire et avenir incertain …et celui de Naney est exemplaire … (mais ne pas spoiler…) Les infos radio confirment la vague de racisme qui ravage la Tunisie. Ces trois femmes, certes capables de faire des études du business ou d’ouvrir des églises, vivent dans l’angoisse …permanente

Et les trois comédiennes Aïssa Maïga, Deborah Christelle Lobe Naney et Laetitia Ky les incarnent avec conviction noblesse et émotion; la photo de Frida Marzouk souvent les magnifie tout comme elle magnifie les ambiances en accentuant le contraste avec la noirceur de la « tragédie migratoire »

Cela étant, le choix d’une dynamique binaire risque par son systématisme sa mécanique, soit de ne pas entraîner l’adhésion soit de forcer l’empathie (ainsi de l’alternance entre gros plans ou plans très rapprochés sur les 3 protagonistes , plans serrés prolongés -comme pour isoler les visages, les sourires les pleurs - et plans plus larges pour les scènes de groupe mais où les trois femmes seront impliquées grâce aux montages parallèles, comme pour tisser une forme de « sororité » malgré tous les malgré (contrôles injustifiés, refus d’un chauffeur de taxi de prendre en charge Naney et Jolie, refus de Foued d’aider son « amie » Naney, transfert de la gamine, etc..).

Plus problématique serait le procédé de l’accumulation   déchirures profondes, désirs contrariés, luttes incessantes censé.es mettre en évidence la « complexité » de la tragédie migratoire, -et la Tunisie n’est qu’une étape-, ne risquait-il pas de faire de l’expérience (le vécu, surtout après les appels à la haine en 2023) un exercice de « représentativité » ? une pure illustration, aussi lumineuse soit-elle… ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS Le titre arabe « ciel sans terre » est plus éloquent (état de suspension corps en attente en flottaison sans ancrage;  c’est le sort de ces migrants…)

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