15 avril 2023 6 15 /04 /avril /2023 05:46

de Joanna Hogg  (G-B, USA 2022)

 

avec Tilda SwintonJoseph MydellCarly-Sophia DaviesZinnia Davies-CookeAugust JoshiAlfie Sankey-Green

 

Sélection Mostra Venise 2022

De retour dans un hôtel désormais hanté par son passé mystérieux, une artiste et sa mère âgée confrontent des secrets enfouis depuis longtemps dans leur ancienne maison familiale.

Eternal daughter

Ce film vaut surtout pour l’interprétation de Tilda Swinton qui incarne à  la fois Julie, la fille,  et Rosalind, la mère

Voici un manoir  style géorgien, hôtel quasi désert, avec sa cage d’escalier (voir l’affiche)  et ses couloirs claustrophobes, un parc aux arbres séculaires, enveloppé de brumes, brouillards fantasmatiques, une atmosphère qui renvoie aux films « gothiques » -ce qu’accentuent les sinistres grincements qui percent l’obscurité, la visite de formes spectrales et la musique   . Tout cela est bien convenu  !!!

Convenues, les références à Hitchcock (l’arrivée dans l’immense allée et la furtive lumière émanant d’une fenêtre renvoient à Rebecca, le retour à Manderley -roman de Daphné du Maurier- et  la plongée dans le passé (Julie/Rosalind) ; ou celle à Orson Welles (le nom de la chambre Rosebud rappelle le dernier mot prononcé par l'acteur dans Citizen Kane ) Il en va de même pour la démarche : on arpente les couloirs comme on arpente les coulisses du passé, guidé que l’on est par des "sons" bizarres qui s’en viennent heurter, voire percuter,  la conscience ; on fait ses  "rondes"  de nuit comme on ferait celles de la "mémoire" Idem pour la thématique : deuil, relations mère/fille -Julie animée du seul désir de "comprendre" sa mère, de mettre en pleine lumière les incidences inévitables sur sa propre identité de fille, ne parvient pas à démêler l’écheveau -inextricable par définition- d’un passé qui lui échappe(ra) même s’il est ponctué de "révélations". Comme les deux "personnages" ne sont jamais filmés "ensemble"  dans le même cadre (en lieu et place d’une présence simultanée voici des champs et contre-champs) interpréter le final comme un « twist » est frappé d’inanité !

La mort, et partant le  deuil,  est omniprésente dans ce film. Et la quête de Julie en sera précisément l’acceptation (vécue comme une « délivrance »). Cheminement douloureux dont rend compte (entre autres)  cette séquence où ses appels effarés (elle est à la recherche de son chien Louis) se confondent (dans son esprit ?) avec les croassements des corbeaux ou les glapissements des renards ; une confusion (le chien était en fait immobile à l’intérieur) comme reflet de sa  "sensibilité maladive" , ou miroir des quiproquos répétés ? (le mélange des rêves des souvenirs et de la réalité).

Le huis clos du château, de la chambre (partagée avec le « fantôme » de la mère que l’on veut ressusciter) le calme séraphique  du gardien et les différents rôles de la réceptionniste ne renvoient-ils pas tels des effets spéculaires (renforcés d’ailleurs par la présence systématique de miroirs ou de vitres)  à la « complexité » du personnage de Julie, au jeu caméléon de Tilda Swinton, -dont celui de la gémellité (illustrée dès le début par les deux peluches offertes à Rosalind) ?

On retiendra le plan sur le serrement  des mains  qui scelle le passage vers la mort ; c’est le seul plan de la simultanéité (partielle), c’est aussi d’un point de vue narratif et dramatique la pérennité d’un souvenir tangible, et n’est-on pas en droit de l’interpréter comme la mise en abyme d’un film qui a fait cohabiter les vivants et les morts ?

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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11 avril 2023 2 11 /04 /avril /2023 10:32

de  Sophie Letourneur (2022) 

co-écrit avec  Laetitia Goffi, 

 

avec Philippe Katerine et Sophie Letourneur. 

 

Une escapade romantique peut-elle raviver la flamme dans un couple ? Elle a réussi à le convaincre de partir quelques jours sans enfant. Ce sera où il a envie, sauf en Italie. Il y est déjà allé avec toutes ses ex... L'Espagne ? Les sentiers de l'Aubrac ? Ce sera finalement la Sicile – car selon lui, c'est pas tout à fait l'Italie....

Voyages en Italie

Nonchalante lenteur, ton monocorde (afin de souligner l’équivalence de toute information prosaïque politique ou culturelle ?) pauvreté de l’écriture, effet de réel capté dans ses « ratés » mêmes (moustiques, grillages qui empêchent l’accès aux sites, restaurants fermés), tout cela au service d’un décalage (à l’instar de celui du titre où le « s » du pluriel démarque le film de Sophie Letourneur de celui de Rossellini ?)

Du décalage (entre autres) naîtrait l’intérêt de ce film où les protagonistes dans leur insignifiance même sont si proches de nous ! vous avez dit Rossellini ? Sophie ne connaît pas !!! Moretti ? peut-être dans cette quête du temps perdu, sur une Vespa ou au volant d’une voiture (où avant chaque passage  d’une galeria on doit retirer ses lunettes de soleil ; ici c’est moins le comique de répétition que l’importance du « regard » -et de sa « cécité » qui prévaut)

Voici une chronique où sous des apparences foutraques, burlesques et des allures d’impro, tout (paroles autant que cadrages) est tracé au cordeau.

Une chronique composée de trois mouvements : deux séquences parisiennes encadrant le « séjour » italien ; or le glissement de la seconde (Italie) à la troisième (retour en France) est si fluide que l’on perçoit à peine le changement de chambre et de lit !!! (n'étaient-ce cette voix de l’enfant, hors champ, et la présence de couvertures )   Mais il sera plus question du discours sur les vacances que des vacances elles-mêmes, de ces petits riens qui ont façonné les journées « éreintantes » en Sicile ou à Vulcano (location de voiture, boissons rafraîchissantes, choix de chaussures de marche, "vespa", crème solaire, etc…) petits riens que nous avons partagés et que dans un montage alterné (la visualisation de ce qui fut et son commentaire au présent) nous continuons à partager.

La longue étreinte « amoureuse » -pour ne pas dire sexuelle- dans la pénombre, serait-elle le signe (tout comme le cratère qui rougeoie) d’un renouveau ? (on a appris que le volcan est en éruption toutes les 20’ ??)  Le « miracle » tant espéré qui avait guidé le choix du couple ? ou tout simplement le constat que l’étiolement du désir est inhérent à une relation dans la durée, que l’ordinaire ne saurait s’allier à l’extraordinaire, que les décors (sites archéologiques ou naturels) ne sont pas des écrins d’un merveilleux ressuscité.

 

Le discours sur une  "construction" -celle d’un voyage- ne ressemble-t-il  pas étrangement à celui de (et sur) la déconstruction du couple ? dont le lit est (sera, restera)  le témoin privilégié....

Rire jaune, rire franc ? absence de rire ? peu importe.

Un film que je vous recommande !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 avril 2023 1 10 /04 /avril /2023 11:04

de Stephen Frears (G-B 2022)

Scénaristes : Steve Coogan, Jeff Pope

 

avec Sally Hawkins, Steve Coogan, Harry Lloyd 

 

D'après l'œuvre de Philippa Langley (The Search for Richard III)

"The Lost King" retrace l’aventure de Philippa Langley, passionnée d’histoire à la volonté de fer qui, sur une simple intuition et malgré l’incompréhension de ses proches et la défiance du monde universitaire, a voulu rétablir la vérité autour de Richard III, l’un des monarques les plus controversés de l’histoire.

The lost King

Inspiré de  faits réels, ce que dit expressément le générique- (comme pour the Queen 2006 ou Philomena 2013) the lost King met en scène (et ce dans tous les sens de l’expression) une "héroïne" -avec ses fêlures (elle est atteinte du « syndrome de fatigue chronique »-, sa détermination qui vire à la monomanie-, et surtout à travers elle la puissance de l’intuition opposée aux certitudes sclérosantes des sachants, universitaires et autres pontes. Le cinéaste va nous entraîner dans une "chasse" aux "fake news", tout en écorchant au passage les travers  du patriarcat ; non seulement Philippa Langley, cette jeune femme qui s'improvise historienne, va réhabiliter la mémoire de Richard III (longtemps conspué, avili par la pièce de Shakespeare) mais  "retrouver"  sa dépouille (quoi qu’il en coûte) sous un parking de Leicester.....Sally Hawkins (rappelez-vous La forme de l'eau de Guillermo del Toro 2018)  incarne Philippa  avec un mélange de candeur et de combativité, un jeu tout en nuances -qui ne peut qu’entraîner l’adhésion- ce que renforce d’ailleurs le contraste entre l’apparente chétivité et l’énormité de la tâche

 

Ainsi, en partant d’une « anecdote », Stephen Frears interroge notre rapport à l’histoire telle qu’on la forge, telle qu’on la fige. The lost king : une  question éminemment  philosophique  (ou politique?) sur la Relativité de l’Histoire ou du moins sur l’évolution des perspectives historiques en fonction des époques ?  

 

On pourra toujours  déplorer des effets d’insistance (dont la présence de Richard III qui accompagne Philippa tout au long de sa recherche et de ses mésaventures ; oiseuse fantasmagorie ? fantôme salvateur ?) des outrances des clichés et leur traitement simplificateur (l’université qui s’accapare sans vergogne et sous les feux de la rampe la découverte de Philippa après l’avoir moquée publiquement ! le rôle loufoque de la Richard III Society, ensemble hétérogène de piliers de bar), un goût trop prononcé pour ces vues en plongée (où l’être humain est rabaissé à l’état d’homoncule) etc.

 

The lost king n’en reste pas moins une comédie où triomphent l’ironie et l’humour, une comédie au rythme souvent trépidant ; où le tempo -scandé par les aléas de la recherche et les rebondissements qui n’altèrent en rien la ténacité du personnage principal, et par l’alternance entre scènes de solitude mélancolique et scènes de groupes moqueurs-, impose à la narration (certes classique) une fluidité que renforce la musique d’Alexandre Desplat

 

the lost king ou La résurrection d’un cinéaste, d’une femme, et d’un monarque ».(citizen kane Ecran noir)

 

Un film à voir! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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7 avril 2023 5 07 /04 /avril /2023 11:38

Documentaire réalisé par Audrey Ginestet (2022) 

 

Prix Loridan-Ivens CNAP festival Cinéma du réel 2022

Cela fait 10 ans que Manon est inculpée dans « l’affaire Tarnac » accusée avec 8 autres personnes d’avoir participé à une entreprise terroriste pour des sabotages sur des lignes TGV. A l’approche du procès je prends ma caméra et je rejoins le groupe de femmes qui aide Manon à préparer sa défense.

 

 

 

Relaxe

Ne pas s’attendre à un exposé sur ce que  fut « l’affaire Tarnac » (quelques plans à l’Assemblée nationale sur le visage de la Ministre  de l’Intérieur  qui « éructe » sa « haine » de l’extrême gauche ;  et quelques encarts explicatifs, des voix enregistrées de journalistes de la presse audiovisuelle )

Car l’essentiel est ailleurs ! ce qui a motivé la documentariste ce sont les « coulisses » la justice et son tribunal sont le spectacle et avant on est dans les coulisses dans les répétitions. J’ai voulu montrer une parole juste c’est pourquoi j’ai proposé de mettre en place un simulacre de tribunal afin que les inculpés se préparent au procès : c’était ma façon de les aider. (Audrey Ginestet est la compagne du frère de Manon, Benjamin Glibert lui aussi inculpé. Ils sont musiciens et membres du groupe Aquaserge)

Et de fait nous serons les témoins de « répétitions » où les amies de Manon « jouent le rôle » de l’avocate de la juge  (le tribunal correctionnel de Paris doit se prononcer en mars 2018 soit presque 10 ans après la « mascarade » de novembre 2008). (pour rappel : la qualification de terrorisme a été abandonnée un an plus tôt et un non-lieu partiel déjà prononcé, restent des accusations d’association de malfaiteurs et des délits mineurs). On travaille collectivement à l’élaboration de… on peaufine les déclarations, etc. Pour sa défense, Manon préfère « lire » sa « déclaration » que répondre à d’éventuelles questions (un long plan fixe sur son visage, le regard souvent hébété, une voix mal assurée, qui se cherche)

Le titre du documentaire est suffisamment éloquent !!! après avoir entendu (off) et lu les paroles de la présidente de la 14ème chambre, Corinne Goetzmann « l’audience a permis de comprendre que le « groupe de Tarnac » était une fiction », nous assisterons à un immense feu de joie (40000 pages !) où les flammes embrasent de leur incandescence les rires explosifs et les gestes chorégraphiés d’une liesse enfin exaltée !

Relaxe ! Voilà autant de pages de vie qui fleurent  bon l’honnêteté. L’humilité. Loin de cette mascarade aux relents de politique délétère - celle qui hélas ! façonne les consciences autant que les alibis. Pages de vie, cette forme de poésie du quotidien où le visage de l’enfant (la fille de Manon) s’impose à l’écran en gros plan à l’envers, où les lèvres et la bouche agrippent l’embout d’un instrument de musique, où les larmes naissent d’un excès de vérité (quand Manon rappelle, en lisant sa « déclaration », les années de tourmentes infligées pour …rien) où le collectif l’emporte sur l’individuel, (cf. entre autres cette belle séquence qui a guidé le choix de  l'affiche),  où les activités (bar épicerie associatif, aide aux réfugiés dans leur demande d’asile, concerts) filmées dans la délicatesse d’instantanés scandent les jours, où la dénonciation en arborescence des iniquités et autres mensonges n’en est pas moins évidente !

 Relaxe ou  la vraie nature d’un engagement politique, loin des clichés mortifères dans lesquels on aura emprisonné des vies !

Cinéma vérité cinéma du réel , à voir de toute urgence !

 

Colette Lallement-Duchoze

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6 avril 2023 4 06 /04 /avril /2023 08:32

Festival Courtivore - 22è édition

Du 3 Mai au 7 Juin 2023

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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3 avril 2023 1 03 /04 /avril /2023 06:04

de Laura Mora  (Colombie 2022)

avec Carlos Andrés Castaneda, Brahian Acevedo Davison FlorezCristian CampañaCristian David DuqueJacqueline DuqueLuis Eduardo BenjumeaVioleta Zabala

 

Coquille d’or au Festival international du film de Saint-Sébastien,

Prix Feroz Zinemaldia

Prix SIGNIS de l’Association catholique mondiale pour la communication.  

Présenté à Rouen samedi 4 mars 2023 Festival à L'Est (compétition d'Est en Ouest) 

Rape (17 ans), Culebro (16 ans), Sere (14 ans), Winny (11 ans), Nano (13 ans), 5 enfants des rues de Medellín. 5 rois sans royaume, sans famille, sans loi, sans racine. Leur espoir renaît lorsque le gouvernement promet à Rà le droit d'acquérir un  terrain duquel sa famille avait été chassée, comme des milliers d’autres Colombiens, par les paramilitaires) .Ils quittent la ville, traversent la chaîne de montagnes jusqu’au Bajo Cauca, à la recherche de leur propre Royaume.

Los reyes del mundo

La première séquence frappe par son ambiance et ses ruptures de rythme : voici une ville nimbée d’un bleu nocturne, apaisant avant que la bande-son et le passage violent du métro ne s’en viennent perturber l’apparente sérénité. Et voici une mob défoncée conduite par Rà la machette à portée de main. Nous sommes à Medellin.! La caméra nous mène à la rencontre d’un clan  de cinq adolescents, une  famille d’orphelins; des laissés pour compte ? livrés à eux-mêmes vivotant de trafics et de chapardages, de drogue, des jeunes qui n’ont que la violence en  héritage ?

Mais le film va bifurquer ! 

 

Munis de papiers officiels ces jeunes vont partir vers leur « terre promise » eux les « rois du monde », rois sans couronne certes , mais,  chevillé à leur corps, l’espoir d’un « chez soi et d’une vie digne », loin des tourment(e)s urbain(e)s (souvent c’est le mouvement inverse, de la campagne vers la ville, qui sert de dynamique)

Pénétrer dans cette forêt aussi fascinante que dangereuse, aussi luxuriante que périlleuse, se laisser guider par un mystérieux cheval (vision due aux substances hallucinogènes ? allégorie de l’espoir ?) vivre pleinement certaines rencontres comme offrandes d’apôtres salvateurs (les prostituées, l’ermite) assister aux dissensions internes du groupe (jusqu’à sa dissolution) plonger dans les ténèbres à la quête de ce Graal, c’est l’odyssée que nous propose Laura Mora Ortega dans ce deuxième long métrage (après  Matar a Jesus ( cf Matar a Jesus - Le blog de cinexpressions

 

Un road movie qui joue sur les changements d’atmosphère (photographie superbe de David Callego) et de son, sur l’alternance entre rêve et réalité, fable onirique et cinéma du réel, entre ralentis pauses et rythme plus débridé, Road movie où une voix off intérieure  se heurte à des images d’une réalité crue, où sur le fond blanc de l’écran se détachent les silhouettes de ces jeunes vus de dos : rêvent-ils,  "morts-vivants",  à ce "monde parfait où ce que vous ne voulez pas n'existe pas"? l'épilogue renforcera  l'ambigüité !!

 

Un film aux couleurs ocres des ruines, au blanc cotonneux des rêves, un film aussi dense que la verte compacité de la forêt colombienne !

Un film à voir c’est une évidence !

 

Colette Lallement-Duchoze

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1 avril 2023 6 01 /04 /avril /2023 03:33

Documentaire réalisé par Fanny Molins 2022

 

Festival de Cannes 2022 (programmation de l'ACID Grand Prix du Jury du meilleur long métrage Français indépendant

et Prix du public du meilleur long métrage français indépendant - Champs-Élysées Film Festival 2022

Atlantic Bar est initialement un projet photographique : Fanny Molins voulait depuis longtemps immortaliser les bars de quartier, comme un témoignage des récits de vie que nous écoutons peu. Après une longue période d'observation et d'immersion puis une première série de photographies, l’envie d’individualiser ceux que l’on désigne collectivement comme des « piliers de bar » et le désir de garder une trace ont fait basculer le projet vers l'écriture d'un film. En plein milieu du tournage, le bar fut soudain mis en vente par le propriétaire. Cette annonce, vécue par Nathalie comme le symbole de son impuissance et du mépris de sa classe sociale, l'a fait replonger dans sa maladie. Ces évènements ont confirmé un sentiment qu’elle et Jean-Jacques éprouvent depuis des années : il y a une société qui aujourd’hui veut leur extinction. Atlantic Bar est ainsi un film sur les vies pas simples des gens simples.

Atlantic bar

 

Vivre au Moyen Age pour être bouffon du roi, c’est le rêve de ce poète qui ici - Atlantic Bar 73 Rue Portagnel,  Arles-  donne un baiser à  sa Muse et  consigne dans un calepin les vers  de l'Inspirante Inspirée! 

Les cimetières sont pleins de héros morts. Moi, j’aime mieux être un lâche vivant qu’un héros mort ! et c’est le fameux adage revisité avec une lucidité assumée… 

 

Les gens ne sont-ils pas des légendes ?

Les dieux ne se cachent-ils pas sous des faces avinées

 

La caméra de Fanny Molins capte les visages à la peau crevassée, les sourires, les regards malicieux, les cicatrices, alterne plans d’ensemble et plans rapprochés, se glisse dans les coulisses (à l’étage vit le couple de gérants et Nathalie  sans modération, sans fard, dit  son imprégnation alcoolique). De même elle accompagne une sortie en mer, se faufile dans les rues, comme pour mieux imiter le flux et reflux, les va-et-vient de cette communauté, de ces déshérités de la Vie avec leurs fêlures. Mais jamais elle n’ira s’apitoyant!

 

Ici on écoute Johnny quand le bar ne retentit pas de la vague de tendresse qu’interprète Bourvil. On chante on danse on joue (en  "tapant" le carton, en achetant les billets d’espoir et de hasard ) on entrechoque son verre dans le sourire la gouaille et la joie partagée, sous la houlette de Nathalie et Jean-Jacques…

 

Il faut pénétrer dans cet îlot qui a su préserver solidarité et authenticité, être à l’écoute des histoires de chacun, mais aussi de  cette solitude tapie, là,  au fond de soi,  dans la  dignité! 

 

Et pourtant  ce bar de quartier  l'Atlantic bar va fermer !  

Une âme va s’envoler à l’instar de ces mouettes qui strient le ciel immensément bleu ?

Mais la porte de derrière sera toujours ouverte !

Osons la franchir dans ses fragments d’éternité

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

NB : programmé dans le cadre   "la séance indépendante" 

(séances samedi 13h30, dimanche 11h et 20h10, lundi 15h50, mardi 13h30)

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29 mars 2023 3 29 /03 /mars /2023 06:34

de Maryam Touzani (Maroc 2022) 

avec Lubna Azabal, Saleh Bakri, Ayoub Missioui

 

 

Cannes Festival 2022 Un Certain Regard Prix critique internationale FIPRESCI

 

Valois de la mise en scène au festival du film francophone d’Angoulême 2022

 

Halim est marié depuis longtemps à Mina, avec qui il tient un magasin traditionnel de caftans dans la médina de Salé, au Maroc. Le couple vit depuis toujours avec le secret d'Halim, son homosexualité qu'il a appris à taire. Afin de répondre à une clientèle exigeante, ils engagent un jeune homme talentueux comme apprenti. Mina réalise peu à peu à quel point son mari est ému par sa présence.

Le bleu du caftan

N'aie pas peur d'aimer (Mina à Halim)

 

Suavité, sensualité, délicatesse, langueur, pudeur, volupté, autant de substantifs déclinés pour faire l’éloge de ce film ! Un film où s’entrelacent le désir, ses interdits -l’homosexualité est criminalisée dans le code pénal marocain- la nostalgie du travail artisanal séculaire, un film où l’on revisite la dialectique Eros et Thanatos. Un film épure où les regards les frôlements esquissent (ou signent) les aveux. Un film où les différents huis clos (échoppe, appartement, hammam) seront les écrins de forces vives réprimées ou exaltées

 

Certes la prestation de l’actrice belge Lubna Azabal (rappelez-vous Incendies et plus récemment Pour la France) et celle de l’acteur palestinien Saleh Bakri  (la visite de la fanfare, la source des femmes, Wajib entre autres) sont impeccables. Certes le travail de la directrice de la photographie, Virginie Surdej, qui avait déjà travaillé avec Maryam Touzani pour Adam est "exemplaire" ( cf la répartition des couleurs ocres ternes ou au contraires très vives, jeux de lumière, ombres silhouettées au hammam) 

 

Mais l’insistance sur le "tissage" des thématiques, (les nouages dans leur sens propre et figuré), la lenteur des travellings sur les plis et déplis du tissu (auxquels répondent en écho plis et déplis du sens), la surenchère de certains gestes qu’accentue le recours quasi systématique au gros plan (mains visages),  la vacuité de certains plans (cf au hammam quand la caméra filme le mouvement et la rotation des pieds comme métonymies …),  la redondance (inutile) de certains autres (superposition des mains pour caresser la cicatrice),  toutes les connotations -trop évidentes- du caftan, la retenue dans le jeu qui tend à  " figer"  les deux personnages masculins -avant un final/apothéose ou du moins prétendu tel-, autant de  " bémols"  dans le concert de louanges !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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27 mars 2023 1 27 /03 /mars /2023 15:14

6ème EDITION FESTIVAL NORMAND DU CINEMA LGBTQI+

 

DU MERCREDI 5 AU SAMEDI 8 AVRIL 2023

 

CINEMA OMNIA REPUBLIQUE ROUEN

 

 

mercredi 5 avril 19h30

 

FILM D OUVERTURE DU FESTIVAL 

COEUR ERRANT  de Leonardo Brzezicki (Argentine 2021)

 

jeudi 6 avril

 

19h30 BLUE JEAN de Georgia Oakley (Royaume-Uni 2023)

avant-première

 

21h40 WILDHOOD de Bretten Hannam (Canada 2021)

Ciné Friendly 6ème Edition

 

 

 

vendredi 7avril

 

19h30 CHAMBRE A LOUER   de Eylan Fox (USA Israël 2020)

 

21h40 QUERELLE de Rainer Werner Fassbinder  (Allemagne, France 1982)

 

 

samedi 8 avril

 

13h50 LES BATTANTES de Astar Elkayam  (Israël 2022)

 

15h45 SOY NINO  documentaire de Lorena Zilleruelo (Chili France 2022) 

 

17h50 CAMILA SORTIRA  CE SOIR de Ines Maria Barrionuevo (Argentine 2021)

 

21h SOIREE COURTS METRAGES QUEER ET MUSICAUX 

 

Mon CRS fiction musicale de Mac Martin (France 2022)

Dancing Queer documentaire de Lucie Cabrera (France 2022)

Hideous fiction musicale de Yann Gonzalez (Royaume-Uni 2022) 

 

 

SAMEDI 8 AVRIL SOIREE DE CLOTURE 

RVD A PARTIR DE 22H 

AU   MILK  1 BIS RUE DU PERE ADAM

ROUEN 76000

www.barmilk.com

 

 

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24 mars 2023 5 24 /03 /mars /2023 13:29

d'Andrès Ramirez Pulido (Colombie 2022) 

 

avec  Jhojan Estiven Jiménez, Maicol Andrés JimenezMiguel VieraDiego Rincon .

 

Grand Prix et Prix SACD de la 61e Semaine de la Critique, Cannes 2022

 

 Rouen Festival A L'Est mercredi 1er mars 2023 

Eliú, un garçon de la campagne, est incarcéré dans un centre expérimental pour mineurs au coeur de la forêt tropicale colombienne, pour un crime qu'il a commis avec son ami El Mono. Chaque jour, les adolescents effectuent des travaux manuels éprouvants et suivent des thérapies de groupe intenses. Un jour, El Mono est transféré dans le même centre et ramène avec lui un passé dont Eliú tente de s'éloigner.

L'Eden

"Je reconnais ma culpabilité, je suis le seul à blâmer et je suis ici pour en payer le prix" formule mantra que des jeunes "délinquants" regroupés dans un coin isolé de la forêt tropicale colombienne, doivent psalmodier pour se débarrasser à jamais du mal qui les habite. Du moins cela fait partie de la méthode du thérapeute Alvaro (un illuminé ?), méthode opposée à celle du garde-chiourme Godoy adepte des sévices physiques !

 

Un "bassin" où stagne une eau poisseuse, où surnagent des nénuphars et des déchets, où la lumière peine à se diffracter, un univers clos par les arbres ténébreux de la jungle, un fourmillement de bruits insolites, tel est l’environnement de ce "camp de rééducation" , un camp où les conditions d’hébergement sont non seulement rudimentaires mais inhumaines (les 7 sont enchaînés la nuit dans ce qui fait office de "dortoir" ) Du glauque -sens propre et figuré-, en harmonie avec le Mal ? avec le lourd passé ? (dont la relation au père abject que l’on désire éliminer) . Tout cela (soit l’essentiel du film)  vient juste après une séquence nocturne assez elliptique - en guise de prologue ; qui mériterait à elle seule un commentaire détaillé -comme pour pallier le minimalisme des paroles et des indices, l’ambiance mortifère et la fuite -qui d’ailleurs sera reprise en flash-back…Scène d’ouverture -drogue alcool meurtre- comme prélude à ?

 

Voici des délinquants. Leurs forfaits ? selon les cases du formulaire à remplir « menteur, rebelle, dealer, harceleur, bâtard, insomniaque, épileptique, suicidaire, dépressif, narcoleptique » El Mono qui rejoindra Eliù -complice de l’assassinat- cochera sans fard, les cases "voleur, escroc, bandit, assassin, drug addict et criminel ";  El Mono perspicace ( ?) refuserait l’intox ? Se méfier des apparences, se méfier des grilles de lecture…(Même si à un moment  nous constatons que ces délinquants sont  de  vrais esclaves économiques -leurs durs labeurs quotidiens servent en fait des magnats de la finance désireux de  "récupérer" un sol impeccable pour leurs spéculations immobilières-)

 

Le film est centré sur le personnage d’Eliù un jeune qui se débat avec sa culpabilité. Un enfant de la campagne presque mutique au visage éteint morne, dont le regard semble scruter son for intérieur à la recherche de ? A l'instar de ce personnage c'est le film  tout entier qui  est à la fois "sombre et radical". Bien plus le réalisateur a voulu  "que cette histoire connecte le spectateur à sa propre humanité"  (un film à la  portée universelle? )

 

 

Hésitant entre le ton du documentaire (froid et distant) et celui de la fiction voire du fantastique (où l’on descend dans les entrailles de la terre comme dans celles du passé, où la nature redevient métaphoriquement le ventre maternel avec ses grottes et ses forêts très humides ; où l’invisible va garantir une forme de rédemption) le film illustre surtout un vide affectif pour ne pas dire un   "néant"  et un questionnement sur la figure du père! 

Au titre antiphrastique l’Eden (sortie nationale mars 2023) préférons celui de « jauria » la Meute (Cannes 2022)

 

Un film à la beauté "convulsive" et "atmosphérique" : travail méticuleux sur la texture de la peau,  sur tout ce qui suinte, sur les lumières autour de  cette hacienda abandonnée,  choix  et traitement des plans séquences; musique suggestive de Pierre  Desprats pour évoquer la moiteur torpide ou la sauvagerie 

 

A voir, assurément!

 

Colette Lallement-Duchoze 

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