12 février 2023 7 12 /02 /février /2023 07:59

de Jean-Paul Salomé (2023)

 

avec Isabelle Huppert, Yvan Attal, Grégory Gadebois, Marina Foïs, Pierre Deladonchamps, Aloïse Sauva

 

présenté en avant-première à l'Omnia  le jeudi 9 février

en présence du réalisateur Jean-Paul Salomé,  de la journaliste Caroline Michel-Aguirre, et de  Maureen Kearney  

 

L’histoire vraie de Maureen Kearney, déléguée CFDT chez Areva, qui, en 2012, est devenue lanceuse d’alerte pour dénoncer un secret d’Etat qui a secoué l’industrie du nucléaire en France. Seule contre tous, elle s’est battue bec et ongles contre les ministres et les industriels pour faire éclater ce scandale et défendre plus de 50 000 emplois, jusqu’au jour où elle s’est fait violemment agresser et a vu sa vie basculer….

La syndicaliste

Intimidation, chantage, terrorisation, agression (deuxième avertissement il n’y en aura pas de troisième) perte de réputation (enquête truquée, pressions, procès, condamnation pour « dénonciation mensongère » amende) puis relaxation en 2018. Voilà ce qu’a subi la syndicaliste Maureen Kearney déléguée CFDT chez Areva. Son « crime » ? avoir alerté, en haut lieu, documents à l’appui, « l’accord préparé par sa direction - Luc Oursel a remplacé Anne Lauvergeon- avec EDF (Proglio président de 2009 à 2014) et l’électricien chinois CGNPC,  avec transferts des technologies et suppressions d’emplois chez Areva - Caroline Michel-Aguirre rend compte de tout cela dans  "la syndicaliste", document qui a servi de support au film de Jean-Paul Salomé, -avec l'assentiment de la "syndicaliste" - : une docufiction dont plus des trois quarts sont vérifiables !!

 En de telles circonstances l'essentiel est d'avoir (et je l'ai eu) un double soutien humain et financier (affirmait Maureen Kearn en réponse à une question assez personnelle) 

Un film construit comme un thriller à la fois politique et psychologique

Il s’ouvre sur l’agression sexuelle dont « la syndicaliste » fut victime en cette journée du 17 décembre 2012 ; agression dont le spectateur découvre les « séquelles » (mais les propos entendus -surtout quand leur énoncé est froid distant- en décuplent l’impact). Une agression qui est à la fois un aboutissement, dans le parcours syndical de Maureen Kearney cette lanceuse d’alerte à « éliminer » -après des menaces réitérées, des propos comminatoires, - et un commencement ,  première étape d’un autre calvaire, d’un autre chemin de croix vécu au quotidien par la « syndicaliste » en tant qu’être humain, en tant que femme, épouse et mère (convocations enquête policière surveillance suspicions procès etc…)

 

Cette scène inaugurale -scène-pivot scène-charnière -  reviendra à plusieurs moments dans le film -moins comme leitmotiv créateur de tempo- que lestée de points de vue différents (jusqu’à la condamnation de la "victime" devenue  " coupable "). La seule fois où l’agresseur cagoulé paraît à l’écran -comme s’il s’agissait d’une ultime reconstitution- correspond en fait aux "images mentales", "celles du souvenir"  que de « nouvelles pièces à mettre au dossier » vont exhumer (une agression analogue avait été commise  en 2006 sur la femme d’un cadre de Veolia, entreprise  alors dirigée par Proglio:  ; en "écoutant" le récit de cette agression, Marleen « revit » son propre cauchemar x années plus tard (scarification de la lettre A sur le ventre, manche d’un couteau planté dans le vagin, mains et pieds ligotés, visage cagoulé, lèvres scotchées…)(entretemps sa parole confisquée avait été frappée de suspicion et démentie -documents  à l’appui alors qu’il s’agissait d’interprétations dans la collusion de tous les pouvoirs politique affairiste judiciaire; le pire au moment du procès fut la condamnation irréfragable prononcée par LA juge -dont les  propos glaçants sont reproduits textuellement  dans le film!) 

 

Jouant sur les temporalités, alternant les scènes  "intimes" (un mari déboussolé mais compréhensif, excellent Gregory Gadebois) et professionnelles (des instants d’opposition frontale avec le successeur d’Anne Lauvergeon, (étonnante Marina Foïs)  Luc Oursel interprété par un Gabriel Attal éructant gueulant ; les rencontres furtives avec un Montebourg mielleux et frileux ), soutenu par un rythme souvent haletant ( il n’y a pas de temps mort) et la musique de Bruno Coulais (un fidèle de Jean-Paul Salomé), ce film a pour objectif  par-delà les enjeux politiques et industriels de  nous faire vivre de l’intérieur ce que Maureen Kearn  a elle-même ressenti (Isabelle Huppert, méconnaissable, " est devenue " -du moins pour les apparences- Maureen ; label de qualité que cette ressemblance physique -dont se gausseraient certains commentateurs ? Méconnaissable pour être identifiable tel un  miroir tendu à la « vraie » syndicaliste ? Ce qui a prévalu dans le choix d'Isabelle Huppert, c'est la connivence une forme de  complicité, d'entente tacite  suite  tournage de La Dragonne)

 

Plonger le spectateur au cœur des rouages économiques, politiques, sociétaux tout en gardant au centre le portrait de cette femme traversée par toute cette affaire tel est le pari  affiché revendiqué par Jean-Paul Salomé

 

Un pari réussi ? à vous de juger

(sortie le 1/03/2023) 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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11 février 2023 6 11 /02 /février /2023 07:47

de Ryôta Yakano (Japon 2020)

avec Kazunari Ninomiya : Masashi Asada (ja),  Satoshi Tsumabuki : Yukihiro Asada,  Haru Kuroki : Wakana Kawakami Masaki Suda : Yōsuke Ono Jun Fubuki : Junko Asada Mitsuru Hirata : Akira Asada  Makiko Watanab

 

 

 

récompenses

Festival international du film de Varsovie 2020 : NETPAC Award

Japan Academy Prize 2021 : prix de la meilleure actrice dans un second rôle pour Haru Kuroki

Festival du cinéma japonais contemporain Kinotayo 2022 : Soleil d'or du public

Dans la famille Asada, chacun a un rêve secret : le père aurait aimé être pompier, le grand-frère pilote de formule 1 et la mère se serait bien imaginée en épouse de yakuza ! Masashi, lui, a réalisé le sien : devenir photographe. Grâce à son travail, il va permettre à chacun de réaliser que le bonheur est à portée de main.

 

 

La famille Asada

Le film s’inspire de la vie du photographe Masashi Asada, Sa marque de fabrique : des clichés excentriques, où il met en scène sa famille déguisée sous un angle inattendu (yakuzas endimanchés, super héros oisifs, salarymen pompettes etc … ). Il acquiert une notoriété en remportant le prestigieux prix de photographie Kimura Ihei en 2008.

L’hommage à ce photographe est illustré  par le parcours du fils cadet Masashi. Premier déclic : l’amour de la photo transmis par le père dès son plus âge, et le cadeau : un appareil ; pour un devoir scolaire "photo de  famille",   l’utilisation du retardateur. Deuxième déclic : réparer les " manques"  du passé (le père s'était rêvé en pompier) en photographiant les membres de sa famille déguisés pour des jeux de rôles ; on voit se succéder rapidement à l’écran les clichés,  comme on feuilletterait un album et c’est bien du premier projet photo qu’il s’agit (une expo, une éditrice et la renommée assurée… ?) Puis Masashi trouve l'inspiration en photographiant d’autres familles avec ce même objectif : mettre à nu les désirs cachés. Vient cet ultime déclic lié à la catastrophe de Fukushima (2011)  : face à la douleur des familles, retrouver les "images clichés"  comme autant de lambeaux qui aideront à construire (le mausolée de la mémoire) et se re-construire et nous voyons Masashi nettoyer des photos récupérées dans les décombres de la ville dévastée ; travail titanesque ! des milliers de photos arrachées à l’impétuosité des éléments naturels, des familles endeuillées et pourtant dans cette partie où l’espoir doit triompher de la douleur, deux séquences autour d’une présence absente -un père en quête d'une photo de sa gamine et une gamine en quête de celle de son père, bien que chargées d’émotion,  sont hélas trop prévisibles et s’étirent inutilement!

Hommage  aux "vertus" de la photo argentique (que vient renforcer un discours en voix off, plutôt redondant) ; témoigner,  tisser un  "lien mémoriel",  c’est bien du rapport qu’entretiennent les Japonais avec l’image et la photo qu’il s’agit. Or, les "compositions" de Masashi Asada, authentiques mises en scène,  ne renvoient-elles pas à des archétypes qui dépassent le cadre national ?. Ne serait-ce pas  la pensée du monde que le réalisateur tente de capter dans le film -photo ? Il nous invite ainsi (mais ce n’est qu’une interprétation) à dépasser le « cliché » du Japonais photographe -souvent empreint de moquerie- et « penser la mémoire » (qu’elle soit collective locale ou familiale). Et ce, en questionnant l'artificialité -commune au cinéma et à la photo?-, en mélangeant les genres comédie et tragédie, en passant de la facétie burlesque à la douleur contenue (mention spéciale à Kasunari Ninomiya dans le rôle de Masashi Asada), en déjouant les attentes du spectateur (la scène d’ouverture : famille recueillie sur le cadavre du père et qui enclenche le récit par la voix off du fils aîné sera aussi celle qui clôt ce long flash back avec une pirouette inattendue...), 

Hommage à la  "famille", cette fameuse  clé de voûte ! . La famille Asada est originale , décomplexée: père au foyer, mère infirmière à l’hôpital, frère aîné employé de bureau exaspéré par les frasques de son frère, ce frère dont nous suivons les errances, le parcours pendant 20 ans. Une famille où se croisent les regards bienveillants empathiques du réalisateur et du photographe. Une famille sanctuaire (dont la pièce principale avec sa table d'accueil et ses objets/souvenirs serait la métaphore), une famille port d’attache,  refuge pour le fils  "prodigue".

Cela étant, je ne saurais adhérer aux assertions qui encombrent l’affiche promotionnelle

Le film préféré des spectateurs

Amusez-vous on n’a qu’une vie

Pourquoi ? Cherchez l’erreur

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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7 février 2023 2 07 /02 /février /2023 17:22

de Davy Chou (2022  Sud Corée)

 

avec Park Ji-min, ( Freddie) Oh Kwang-rok (le père biologique de Freddie)  Guka Han  (Tena)  Sun-Young Kim (la tante coréenne) Louis-Do de Lencquesaing (André) Hur Ouk-sook (la grand-mère) Régine Vial (la "mère" de Frédérique) Choi Cho-woo :( la mère biologique de Freddie) 

 

 

Festival de Cannes 2022 Section Un Certain Regard

Sur un coup de tête, Freddie, 25 ans, retourne pour la première fois en Corée du Sud, où elle est née. La jeune femme se lance avec fougue à la recherche de ses origines dans ce pays qui lui est étranger, faisant basculer sa vie dans des directions nouvelles et inattendues.

Retour à Séoul

 

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3 février 2023 5 03 /02 /février /2023 14:24

de Todd Field (2022 USA) 

 

avec Cate Blanchett, Noémie Merlant, Nina Hoss, Sophie Kauer 

 

 

Mostra Venise Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine pour Cate Blanchett

Golden Globes 2023 Meilleure actrice dans un film dramatique pour  Cate Blanchett

 

Lydia Tár, cheffe avant-gardiste d'un grand orchestre symphonique allemand, est au sommet de son art et de sa carrière. Le lancement de son livre approche et elle prépare un concerto très attendu de la célèbre Symphonie n° 5 de Gustav Mahler. Mais, en l'espace de quelques semaines, sa vie va se désagréger d'une façon singulièrement actuelle. En émerge un examen virulent des mécanismes du pouvoir, de leur impact et de leur persistance dans notre société.

 

ou  (plus lapidaire)

Au sommet de la gloire, une cheffe d'orchestre voit sa carrière vaciller suite à des révélations sur des actes répréhensibles qu'elle a commis.

Tár

Le film s'ouvre sur une longue liste de noms, qui  ressemble à un générique de fin ; puis en très gros plan les échanges SMS de deux assistantes dont un qui retient l’attention «ah bon elle [la cheffe] a une conscience ?». On est perplexe :  tout ce qui va suivre a déjà eu lieu ? Est-ce un piège tendu par le réalisateur?  Ou un mécanisme fondé sur "l'inversion"? Ou les deux ?....

De même que la longue interview, -après un panégyrique convenu – où Lydia  étale avec aisance sa conception de la musique, ses connaissances très pointues et son bien-être; puis ces "petites mains"  qui confectionnent un costume sur mesure ( !) destiné à la « star » plaideraient pour une hagiographie ….de façade ! 

Ce que va confirmer la construction en diptyque. Gloire et déchéance !

Mais il est un autre dérèglement amorcé avec les hallucinations auditives et concrétisé avec la venue de la jeune violoncelliste. Déraillement des sens, ouverture vers le fantastique, ce qui va de pair avec le déraillement du « sens » qui avait pu nous dérouter dès le début ; et la toute fin (dont on taira le contenu) a ce quelque chose de follement déjanté dans un décalage stupéfiant.

Tár : un faux biopic; mais si  le personnage est pure fiction,  les thématiques liées à l’exercice malsain du pouvoir dans le "milieu de la création", à tous ses abus condamnables, sont ancrées dans notre quotidien. (surtout depuis  #MeToo)

Tár : un film sur une déconstruction (et une éventuelle reconstruction ? comme le suggère l’épilogue, Lydia/Linda dans le déni qui la caractérise si bien, s’octroie une autre vie !!)

 

Un film qui se prête à une interprétation plurielle ne serait-ce que dans le jeu des oppositions femme/artiste ; art/morale ; intime/public mais qui ne livre pas pour autant une  "clé" (bien malin qui saura ce qui se cache derrière les sourires, le regard mouillé de Francesca,  l’assistante qui a succédé à Krista, par exemple).

 

Refusons aussi cette facilité qui consisterait à exhausser la séquence avec l’étudiant, cyniquement rabroué (il n'interprétera pas  Bach,  à cause de sa misogynie), au rang de modèle de cancel culture

 

Incarnant un  "monstre d’intelligence, de talent , de maîtrise de soi", un génie qui est aussi une "perverse narcissique et une prédatrice sexuelle",  l’actrice Cate Blanchett  "crève"  littéralement l’écran. On peut souscrire aux propos de Todd Field qui affirmait avoir créé le rôle pour cette actrice !. Elle investit de sa superbe les espaces immenses où elle évolue (salle de concert, amphithéâtre, appartement cossu), filmée souvent en contreplongée comme pour accentuer le côté démiurgique manipulateur et marionnettiste du personnage triomphant! Chacun de ses gestes étudié avec précision obéit à une chorégraphie (mouvoir la tête, agiter les doigts, bouger avant-bras et bras, positionner le corps comme on positionne la voix) le visage est lui-même paysage (passant par toutes les nuances de la beauté à la laideur)

 

Un film à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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2 février 2023 4 02 /02 /février /2023 08:50

de Charlotte Wells (USA, G-B 2022) 

 

avec Paul Mescal, Frankie Corio, Celia Rowlson-Hall

 

Cannes 2022 Semaine de la critique prix French Touch

 

Grand Prix festival de Deauville 2022

À la fin des années 1990, Sophie, onze ans, et son père Calum passent leurs vacances dans un club de la côte turque. Ils se baignent, jouent au billard et profitent de la compagnie complice de chacun. Calum devient la meilleure version de lui-même lorsqu’il est avec Sophie. Sophie, quant à elle, pense que tout est possible auprès de lui.  Lorsque la jeune fille est seule, elle se fait de nouveaux amis et vit de nouvelles expériences. Tout en savourant chaque moment passé ensemble, une part de mélancolie et de mystère imprègne parfois le comportement de Calum. Vingt ans plus tard, les souvenirs de Sophie prennent une nouvelle signification alors qu’elle tente de réconcilier le père qu’elle a connu avec l’homme qu’elle ignorait.

Aftersun

En 2015 le court métrage « mardi » (visible actuellement sur Mubi) évoquait une étrange relation père/fille. Père absent (mort ?) mais dont la  "tangibilité"  était omniprésente ; en 2022 dans Aftersun c’est un père que l’on  "ressuscite"  20 ans après avoir filmé une semaine de vacances dans une station balnéaire turque (avec cette même tangibilité et la puissance suggestive des ellipses et non-dits)

Dans ce premier long métrage, Charlotte Wells  va non seulement jouer avec les temporalités (fin des années 1990 et 2021) mais au montage les faire voler en éclats (à l’instar de cette scène récurrente aux lumières stroboscopiques où l’on devine le visage de Sophie adulte dans une boîte de nuit et le corps de Calum dansant, dans l’étreinte audacieuse du passé et du présent « recomposés »). Un film "construit"  tel ce tapis aux motifs géométriques sur lequel s'allonge Calum alors que le vendeur propose un thé sucré ? 

Des images prises au caméscope se superposent à celles de la  "mémoire" , bribes du temps et images mentales ( ?) Sophie enfant n’a peut-être pas perçu le mal-être de son très jeune père  (le dos envahit l’écran un dos qui tressaille de sanglots ; dans la transparence gris-bleuté, le corps bientôt s’efface rejoignant les flots ; après avoir accompagné sa fille à l’aéroport le père arpente seul la froideur d’un immense couloir et franchit les portes.... du néant  (?) ; autant d’indices de "fêlures" qui aujourd’hui s’imposent à la  "mémoire"  de Sophie adulte; indices ou interprétations ? On ne le saura pas, n’était-ce au montage la succession de ces deux plans : l’image ultime de l’enfant disant « au revoir » au père à l’aéroport et celui  où songeuse, le visage marqué par la douleur,  elle est assise sur le canapé -un raccord -révélation? 

Avec délicatesse et par la force suggestive des non-dits, Charlotte Wells nous fait ainsi pénétrer l’univers mental de Sophie: dans lequel le visionnage du passé  se nourrit de douloureuses questions dont les réponses vont rester  comme en  suspens

Et il en va de même pour le spectateur ; spectateur alerté dès la séquence liminaire faite d’une succession rapide d’images décomposées morcelées comme les fragments d’un puzzle à reconstituer. Mais bien vite c’est le quotidien d’une semaine ensoleillée qui est restitué sous forme de tableautins (piscine tai-chi repas plongée sous-marine soirées avec « gentils animateurs ») instants de grande complicité que "capture" le caméscope ; instants et durée ? instants et souvenirs? n’outrepassant pas quelques secondes ou minutes. Et pourtant des "failles"  s’en viennent égratigner le vernis des apparences en le craquelant, elles vont s’imposer avec plus d’évidence à mesure que se profile la fin de cette parenthèse enchantée …Failles précédées d’ailleurs par des aveux (je m’étonne moi-même d’être arrivé jusqu’à cet âge …alors qu’il n’est que trentenaire !! « sache que je t’aimerai toujours » « tu me diras tout tes rencontres la drogue etc.. et de préciser face à sa fille offusquée « j’ai moi-même pratiqué » paroles dont le "signifié"  avait échappé à l’enfant !!!

Aftersun ! Un film de vacances qui explorerait -dans la douleur- la perte du père ?  Un travail de remémoration qui irait de pair avec celui d’une reconstruction ?

Quoi qu’il en soit, on sera sensible au travail surprenant de mise en scène -tant sur le plan visuel que sonore- ; et à l’interprétation étonnante du duo Paul Mescal  et Frankie Corio

Un film à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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31 janvier 2023 2 31 /01 /janvier /2023 06:45

de Youssef Chebbi   (2022 Tunisie)

avec Fatma Oussaifi, Mohamed Houcine Grayaa,  Rami Harrabi, Hichem Riahi, Nabil Trabelsi

 

présenté au festival de  Cannes 2022 Quinzaine des Réalisateurs 

Tunisie, dans les jardins de Carthage, un quartier nouveau où les constructions modernes se juxtaposent aux chantiers abandonnés et aux friches vacantes, le corps d’un gardien est retrouvé calciné au milieu d’un chantier. Batal, un flic d’une cinquantaine d’années est chargé de l’enquête, il est assisté par sa jeune nièce, Fatma, une femme de trente ans. Les enquêteurs commencent par interroger les ouvriers des chantiers voisins mais sont loin d'imaginer ce qui les attend réellement dans cette affaire...

Ashkal, l'enquête de Tunis

Un film ambitieux qui tient du polar, du thriller politique et du film fantastique.

 

C’est par le feu (Mohamed Bouazizi se fit brûler devant la préfecture de Sidi Bouzid en décembre 2010) qu’a débuté la révolution tunisienne. Dans Askhar l’enquête de Tunis "le suicide traumatique" va jouer le rôle de déclencheur, de trame narrative, servir de support à une dénonciation politique avec des  "envolées" fantastiques (carcasses de pierre aux allures de temples, spectres enflammés côtoyant les figures d’un pouvoir "toujours" corrompu , lumières incandescentes et ténébreuses !)

 

Un film qui de surcroît est placé sous le signe de la dualité : un duo d’enquêteurs (Batal habitué aux turpitudes de l’ère Ben Ali, et Fatma une jeune femme qui  "découvre" …à plusieurs reprises son visage va envahir l’écran les yeux rivés sur un indicible à déchiffrer) ; une double enquête (celle sur ces corps calcinés : s’agit-il de meurtres ou d’immolations ? et celle de la Commission Vérité et Dignité présidée  par un avocat, le père de Fatma, sur le passé de la police complice des crimes de la dictature) ; la double connotation du feu à la fois dévastateur et purificateur, un "double"  regard -l’œil de la caméra relayé par les écrans de smartphone-, la caméra elle-même "rodeuse" et souvent  "subjective" ; le quartier des Jardins de Carthage  à la fois  "décor" et  "personnage"

En choisissant  ce haut lieu promis à une clientèle de luxe sous l’ère Ben Ali, mais resté à l’abandon après la révolution de 2011, le réalisateur joue l’ambiguïté. La construction devrait "reprendre"  annonce au tout début le texte du générique. Voici des bâtiments fantomatiques, des blocs de béton déserts, comme éventrés et donc propices à l’intrusion du "fantastique" ; tout comme leurs façades se prêtent à de lents travellings latéraux ou ascendants (lenteur excessive qu’accentue une musique intrusive). Les figures géométriques assez froides vont s’opposer à l’embrasement. Opposition esthétisante trop évidente et prégnante, d’autant que l’essentiel se passe la nuit (on est loin des images clichés sorties d'un catalogue), une nuit qui nimbe l’énigme, de ses propres mystères, tout comme le personnage encapuchonné -le pyromane tueur ( ?) investi d’une mission( ?) qu’on voit de dos, et ces portraits-robots dont l’aspect  "farce macabre"  est à la fois évident et énigmatique !

 

Une esthétique recherchée, un décor cinégénique empreint de mystères, un film aux multiples interprétations (comme le suggère le titre -ashkal étant le pluriel de "forme" "structure"), tel serait l’enjeu de ce premier long métrage (remarqué et récompensé dans plusieurs festivals) ?

 

Jouant constamment (trop) avec les connotations (foyer, combustion) Ashkal l’enquête de Tunis est devenu brasier

Au point d’emporter le spectateur dans le feu de la folie ?

A vous de juger ! l

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 17:39

 

Los Angeles des années 1920. Récit d'une ambition démesurée et d'excès les plus fous, l'ascension et la chute de différents personnages lors de la création d'Hollywood, une ère de décadence et de dépravation sans limites

Babylon

Beaucoup de bruit autour de ce film américain encensé par une presse sensible au tape-à-l’œil et autres blockbusters. 

 

Ce film n'est qu'une marmite bouillonnante de clichés. Damien Chazelle a puisé sans vergogne dans les effets clownesques de Fellini mais aussi de tous les films à sensations made in Hollywood.

 

Damien Chazelle met malheureusement son excellente technicité au service de rien. Aucune émotion, aucune découverte...le parti pris de la dinguerie efface toute subtilité. Ça commence bien pourtant avec cet éléphant qu'on transporte sur un vieux camion pour une fête orgiaque; mais le montage qui s'ensuit est tellement fatigant, hystérique comme le personnage de Nelly Laroy, que l'on se lasse très vite de cet ouragan d'images creuses.

Brad Pitt imite (mal) Marlon Brando sans en avoir l'épaisseur.  

Seule la musique et la scène d'une seule larme à l’œil retiennent l'attention.

La durée de 3 heures et une fin interminable ajoutent au sentiment d'ennui et de déjà-vu.

 

Un énorme budget pour un réalisateur doué pour l’esbroufe au service d'une juxtaposition de clichés, c'est du gâchis !

 

Amis du cinéma d'art et essai, passez votre chemin.

 

Serge Diaz

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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 04:44

d'Emmanuele Crialese (Italie 2022)

 

avec Penelope Cruz, Vincenzo Amato, Luana Giuliani 

 

Rome années 1970. Alors que son couple vacille, une mère de famille trouve refuge dans la relation complice qu'elle entretient avec sa fille Adriana, née dans un corps qui ne lui correspond pas ...

L'Immensita

Papa et toi m’avez mal faite  (Adriana à sa mère Clara)

 

Chanson, chorégraphie, une mère qui s’éclate avec ses trois enfants, en dressant la table: cette scène d’ouverture  encoderait le film ? 

Si le titre renvoie à celui d’une chanson concourant à San Remo en 1967, si le film résonne comme un hommage à la variété italienne des années 70, (Rafaella Carra, Adriano Celentano, Patti Pravo), les "séquences" festives (dont la première)  joueront en fait le rôle "d’intermèdes"  ou  de  "fugues"  !!! l’essentiel étant  placé sous le signe du  "malaise"

 

Voici une famille pour le moins  " dysfonctionnelle"  (un fils boulimique qui défèque -son mal-être- sur la moquette, l’aînée Adriana, mal à l’aise dans "un" corps étranger qui décide de s’appeler Andrea, s’habille comme un garçon et entame une relation amoureuse avec une rom du campement voisin ; une mère  constamment   "au bord de la crise de nerfs"  victime du machisme  éhonté d’un mari -qu’elle ne peut quitter- et qui  "compense"  dans une relation fusionnelle avec sa progéniture, l’aîné.e en particulier, lui transmettant cet amour de la liberté qui précisément va à l’encontre (en les bafouant) des préceptes rigides édictés et incarnés par le père et sa mère

 

Or la prolifération des thèmes abordés (transidentité, choc des cultures, violences conjugales, amour maternel, dépression) semble nuire à la narration (quand bien même le réalisateur aura préféré les ambiances aux  "rebondissements")

Et même si le jeu des deux actrices principales Penelope Cruz (Clara la mère) et Luana Giuliani (Adriana/Andrea) est impeccable, si la restitution d’une Rome des années 70 frappe par la palette des couleurs, les décors, l'habitus -dont les  habits seventies chic de la middle class italienne, si le rythme est souvent allègre (excentricités de la mère, courses poursuites des enfants) et le mélange des genres/tonalités (fantaisie/drame, réalisme/onirisme) assez crédible, il manque un  "je ne sais quoi "qui fait que  l’immensita  est un film plutôt bancal et peu convaincant (même la beauté incontestée de Penelope Cruz a le charme douteux des publicités clinquantes ;  peut-être est-ce intentionnel; en tout cas établir une quelconque similitude  avec le film de Bellochio   "fais de beaux rêves"  est  frappé  d'inanité )

 

Et que penser du  portrait d’un pré-adolescent qui tente de se construire?  Portrait aux résonances autobiographiques (de l’aveu même du réalisateur à la Mostra de Venise); et les tâtonnements dans la quête de soi seraient illustrés (métaphoriquement) par l’exploration du nouveau quartier (la famille Borghetti vient de s'installer dans un des nouveaux complexes résidentiels de la capitale ) et le franchissement de ces limites à valeur d’interdits ?

Un portrait qui, hélas! reste à l'état d'ébauche !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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20 janvier 2023 5 20 /01 /janvier /2023 16:26

Une nuit d’hiver à Madrid, deux couples d’amis se retrouvent après s’être perdus de vue. Susana et Dani rayonnent depuis leur installation en banlieue et annoncent l’arrivée prochaine d’un bébé. La nouvelle perturbe Elena et Guillermo qui ont fait d’autres choix de vie. Pourtant au printemps, ils se décident à venir voir.

 

Venez voir

Nous avons répondu à l’injonction de Jonás Trueba ·"venez voir". Injonction qui s’adresse autant au couple madrilène Elena et Guillermo invité par Dani et Susana, à venir les voir, qu’au public ; l’auteur l’avoue sans ambages  "il y a le verbe venir et l’idée de déplacement ; la paresse que ressent le couple à l’idée d’aller voir la maison de leurs amis ressemble à ce que ressentent beaucoup de gens à l’idée d’aller au cinéma"

 

Et qu’avons-nous vu ?

Un film très minimaliste -ténuité de l’intrigue scénaristique, économie de moyens, choix des plans séquences et plans fixes pour évoquer ces petits riens ou ce qu’il est désormais convenu d’appeler  "micro-événements" - avec parfois des dialogues -ou plutôt monologues, à prétention philosophique (à la Rohmer) quand il s’agit de discuter de Peter Sloterdijk ; mais avec un final un peu  "déconcertant"  pour ne pas dire  "discutable". En effet la mise en abyme où on passe sans transition à la fabrique du film en présence de l’équipe technique dont Jonàs Trueba, où le grain de l’image a changé, est peut-être un clin d’œil à certains cinéastes mais dans le contexte de vacuité assumée, elle a les allures de "posture"  (et je ne saurais m'extasier  face à la pseudo révélation malicieuse  vous êtes venu voir, vous avez vu;  ce n’est que du cinéma…)

Or juste avant cette apparente rupture, voici Elena en train d’uriner dans les herbes et, se confondant avec elles, l’œil et l’oreille aux aguets comme pour capter le plus petit indice de Vie, elle esquisse soudainement un sourire dans ce cadre « bucolique » dont la révélation rappelle n’importe quelle épiphanie existentielle (à l’instar de celle vécue par Rilke à la vue d’une sculpture d’Apollon ? tu dois changer ta vie ? ce que rappelait précisément la même Elena lors du déjeuner …)

 

Le film s’ouvre sur l’interprétation de « Limbo » par le pianiste Chano Dominguez ; c’est l’hiver les quatre personnages sont attablés au Café Central de Madrid. La caméra a longtemps caressé le visage d’Elena (et suivi ce geste à peine perceptible de pincement du cou) puis successivement elle s’est posée sur les autres visages (en guise de « présentation » ? certes mais aussi pour marquer , affirmer une distance).

C’est la chanson Let’s Move To The Country de Bill Callahan qui, accompagnant le couple madrilène « venu voir » Susana et Dani, sert de prélude à la deuxième partie après une ellipse de 6 mois

Ainsi au « nocturne » de I succède le « solaire » de II ; à l’écoute quasi religieuse de Chano Dominguez, en I, la flânerie, la partie de ping-pong en II ; et toujours en I et II ces discussions sur la "meilleure façon de vivre"  (avoir ou non un enfant, vivre en ville ou en périphérie, individualisme et collectivité) discussions filmées en champ contrechamp avant que la caméra ne  "réunisse"  les quatre protagonistes en un seul plan large (partie de ping-pong)

 

 

Un conte rohmérien à « venir voir » (ou pas !)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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17 janvier 2023 2 17 /01 /janvier /2023 06:39

de Martin McDonagh  (Irlande USA  2022)

avec Colin Farrell, Brendan Gleeson, Kerry Condon , Barry  Keoghan

musique Carter Burwell (connu comme collaborateur des frères Coen  a déjà travaillé avec McDonagh pour Three Billboards)

 

Golden Globes, meilleure comédie, meilleur scénario et meilleur acteur (Colin Farrell)

Mostra de Venise : coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine Colin Farrell

National Society of Film Critics Award meilleure actrice dans un second rôle Kerry Condon et meilleur acteur Colin Farrell meilleur scénario

Sur Inisherin - une île isolée au large de la côte ouest de l'Irlande - deux compères de toujours, Pádraic et Colm, se retrouvent dans une impasse lorsque Colm décide du jour au lendemain de mettre fin à leur amitié. Abasourdi, Pádraic n’accepte pas la situation et tente par tous les moyens de recoller les morceaux, avec le soutien de sa sœur Siobhan et de Dominic, un jeune insulaire un peu dérangé. Mais les efforts répétés de Pádraic ne font que renforcer la détermination de son ancien ami et lorsque Colm finit par poser un ultimatum désespéré, les événements s’enveniment et vont avoir de terribles conséquences.

 

Les Banshees d'Inisherin

« je ne veux plus te voir » décrète brutalement Colm à son "ami"  Pádraic. Ce postulat de départ n’est pas un caprice ; il va résonner comme le fracas de la guerre civile (qui restera hors champ),  transformer les paysages -malgré leur somptuosité et magnificence- en une forme de prison à ciel ouvert, permettre au réalisateur de mieux « cerner » cette petite communauté insulaire, contrainte de s’interroger sur une forme de finitude (du policier véreux à la postière avide de potins en passant par le tavernier débonnaire et  la « sorcière » la banshee de la mythologie celtique), d’opposer la « voix » de la raison (incarnée par la sœur de Pádraic) à la « folie » des habitants. Cette rupture insuffle des questionnements en créant un tempo et un crescendo – de la légèreté à la tragédie dont les étapes sont soulignées et illustrées par la prestation des deux acteurs Colin Farrell et Brendan Gleeson. Le premier incarne un être simplet qui se "nourrit" de la chaleur de ses bêtes, de l’amour pour sa sœur et qui progressivement va se "transformer", le second, violoniste (il est en train de composer « les banshees d’Inisherin) a décidé d'éliminer tout ce qui entrave  sa  "création" (dont l’amitié jusque-là partagée sans faille avec Pádraic). Ce film se prête  ainsi à une lecture plurielle (amitié, création, absurdité de l’existence, usure du temps) tout comme McDonagh mélange la noirceur (solitude, méchanceté) et la tendresse (relation entre le frère et la sœur, relation avec les animaux) ainsi que les tonalités (comédie fantastique et drame), tout en préservant les  "silences"  - la complicité muette avec l'ânesse et les deux chiens, et ces animaux   acquièrent, progressivement, une importance jusque-là insoupçonnée,  dans la confusion espace géographique et mental !!

Voici des statues de la Vierge elles cohabitent avec les croix celtiques, voici des falaises, des immensités balayées par les souffles venteux, des ciels tourmentés de stries orageuses ou embrasés de rouge, voici des maisons isolées,  une taverne. Voici le « fameux » idiot du village (seul à même de percevoir et/ou de comprendre l’indicible). Ces quelques éléments sont déjà porteurs d’une histoire que vient accentuer la présence récurrente d’une vieille femme toute de noir vêtue aux mains de Nosferatu, au bâton sablier (mais qui n’a pas la prestance suggestive de la Mort de certains autres films…). Les potins circulent comme la bière. Et les dialogues - du moins au début- sont savoureux… (cf la répétition de formules préfabriquées !!)

En interrogeant le fameux mythe de « l’artiste torturé » (interprété avec brio par Brendan Gleeson) le réalisateur invite le spectateur à prendre lui-même position : la création a-t-elle inexorablement pour corollaire la tyrannie ? et en l’occurrence doit-elle  anéantir l’amitié -Pádraic  "barbant"  est une entrave au parcours artistique, il faut s'en débarrasser!- Or cette question en maquille une autre : au confessionnal Colm avoue au prêtre qui vient de condamner ses automutilations  Je crois que je m'occupe en repoussant l'inévitable  

La cruauté comme exutoire à la détresse existentielle ?

Riche en questionnements, ce film frappe aussi par la maîtrise de la mise en scène et l’excellence de l’interprétation (mention spéciale outre les trois acteurs récompensés, à Barry Keoghan dans le rôle de Dominic, l’idiot)

 

Un film à ne pas rater !!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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