20 mars 2026 5 20 /03 /mars /2026 08:48

De Milagros Mumenthaler (Argentine 2025)

 

Avec Isabel Aimé Gonzalez-Sola, (Lina) Esteban Bigliardi ( Pedro le mari) Emma Fayo Duarte (Sofia sa fille) Ernestina Gatti),  Julia l’assistante

 

Dans le cadre du festival A L EST vu à l'Omnia en présence de l'actrice Isabel Aimé Gonzalez Sola

Lina, 34 ans, est une styliste argentine au sommet de sa carrière. En Suisse pour recevoir un prix prestigieux, elle se jette sans raison apparente dans un fleuve. De retour à Buenos Aires, elle garde le silence sur cet épisode. Pourtant, de façon presque imperceptible, quelque chose en elle a changé. Une peur de l'eau s'installe, insidieuse, et finit par paralyser son quotidien. Peu à peu, ce bouleversement intérieur fait remonter à la surface un passé qu'elle croyait à jamais enfoui.

Las corrientes

Les réactions du public à l’issue de la projection et après l’échange avec l’actrice principale étaient contrastées : portrait tout en délicatesse qui rappellerait certains classiques (vertigo) élégance de la mise en scène ou au contraire film prétentieux qui génère l’ennui…

Reprenons S’il est vrai que le prologue ou le début (lors du défilement du générique) encode le film force est de reconnaître que tout intrigue dès la première longue séquence en Suisse; le personnage reçoit un trophée, le son est coupé, une moue, un regard fuyant un corps comme morcelé en deux, voilà ce qui nous parvient de "lisible" à travers le flou de la vitre …puis la jeune femme s’éclipse, aux toilettes,  gros plan sur le "reflet",  sur  l’eau et le lavabo, trophée jeté à la poubelle et nous voici projeté en extérieur : Lina vue d’abord en contre plongée va se  jeter dans les eaux du lac (?) (du fleuve ?) …Tentative de suicide ? Elle émerge … Tout cela est délibérément filmé comme extérieur au personnage (absence d’indices pour pénétrer sa psyché) Mais déjà s’imposent la thématique du double, de la dichotomie chute et ascension vers la gloire,  omniprésence de l'eau  (et Cata- Lina sera aquaphobe,  à moins que cette peur panique préexistait et qu’un élément déclencheur …)

Buenos Aires.  Des éléments du décor (atelier de la styliste ou appartement luxueux) insisteraient sur l’enfermement contrastant avec des semblants d’ouverture ; quant aux relations avec l’époux la fille, elles sont apparemment normales. (même si le mari manifeste quelque agacement) plus distantes avec la belle-mère. Foin d’une approche psychologisante ? alors que les gros plans sur le visage, sur une chevelure qui envahit l’espace (plus magrittien qu’hitchcockien), l’abondance des reflets,  le minimalisme des dialogues, le mutisme de Lina, la dualité (Catalina devenu Cata et Lina) le choix des couleurs des robes (bleu vert) rappelant celles de l'eau et cerise sur le gâteau la rencontre avec la mère (comme une remontée vers le passé ?) …  tout devrait concourir à intriguer le spectateur (dérives et courants contraires ? en soi et à l'extérieur de soi? ce à quoi le titre fait référence ; émergence d’un pan du passé ?) … Alors oui tant que le film ne confond pas mystère et énigme, tant qu’un halo (sens propre et figuré) tient comme à distance l’insaisissable, et que le  "rêve"  s’invite dans le réel  ou épouse un réel fantasmé, tant que  le jeu de décadrages isole Lina au sein même du plan et qu’une bande son sert de  contre- point (marteau-piqueur guttural, et hautbois plus cristallin par exemple) oui le film peut entraîner l’adhésion. Mais à partir du moment où triomphent  l’insistance complaisante (même et surtout) sur le sensoriel (et les déambulations de l’actrice savamment calculées s’inscrivent dans cette perspective), les réitérations perçues comme des redondances, esthétisantes de surcroît (quid d’une dépression et de la sensation d’étouffement jugulant ?) oui le film peut provoquer une forme d’agacement

Cela étant,  on retiendra  la visite au musée, et cet arrêt sur image Nul ne se connaît soi-même (gravure de Goya), la découverte d’une broderie dans une vitrine en Suisse broderie de figures sans visage, la vue en surplomb de Buenos Aires alors que Lina est au sommet du Palacio Barolo et que le phare diffracte ses feux étincelants, autant d’instants dans la quête de soi, quête qui se confond avec celle du spectateur …

Colette Lallement-Duchoze

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