1 mars 2026 7 01 /03 /mars /2026 05:40

de Maryam Touzani. (Espagne Maroc ,2025)

 

  Avec Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane María Alfonsa Rosso   

 

Prix du public à la 82e Mostra de Venise 2025

Présenté à Arras Film Festival rubrique Cinémas du monde,

Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l'a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d'une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.

Rue Malaga

Le regard et le sourire pétillants, la chevelure soignée Maria Angeles, femme avenante (sublime Carmen Maura), palpe un légume, interpelle un marchand, le vernis de ses ongles prolonge celui des fruits et légumes. Filmée de très près (une caméra qui colle à la peau) elle semble la reine de ce marché qui grouille de vie et d’odeurs. Rue Malaga quartier espagnol de la  ville cosmopolite Tanger. Dans la cuisine de son appartement cette octogénaire concocte avec amour un plat en écoutant Toda una vida (interprétée par Maria Dolores Pradera). D’emblée nous sommes immergés dans une ambiance et un art de vivre - jouir de plaisirs simples (ici la nourriture) faire corps avec son environnement tout en sachant que retentit l’heure du bilan. Lorsque la fille pour des raisons financières s’en vient perturber cette belle osmose en contraignant sa mère à "vendre"  l’appartement qu’en sera-t-il du sort de cette femme ? un court placement dans un EHPAD, une courte algarade avec la coiffeuse de service et retour aux sources …

Commence une seconde vie. Une réappropriation des biens matériels qui va de pair avec une réappropriation de soi par soi : Maria Angeles  ne sera pas la "folle"  que l’on "soignerait"  à renfort de médocs  Oui elle est attachée presque viscéralement à un lieu à une histoire, tant à l’intérieur de l'appartement qu’elle "reconstruit"  morceau par morceau, qu’à cette ville qui l’a vu naître et à ses habitants. Attachement que métaphorise le tourne-disque (non pas simple pièce de collection mais passerelle entre passé et présent)  Régulièrement cette femme fidèle en amitié rend visite à sœur Josefa : elle met son cœur et sa sensualité à nu, elle dit en toute liberté la jouissance sexuelle après 22 ans d’abstinence (le comique naît du décalage entre l’impassibilité de celle qui a fait vœu de chasteté et de silence -tout de noir vêtue- et la volubilité sans tabou de celle qui se confie)

Cette "seconde vie", telle une parenthèse enchantée est l’essentiel d’un film qui avec  délicatesse,  avec une ferveur mêlée de malice (cf les soirées foot imbibées de bière …non alcoolisée…).exalte la simple joie d’être vivant. Carmen Maura (une des muses d’Almodovar) porte le film de bout en bout ; et avec le charismatique Ahmed Boulane -d’abord bourru en marchand intraitable puis séduit par l’énergie rebelle et la beauté espiègle de Maria Angeles- elle forme un couple attachant et convaincant

Oui cette actrice aura transformé un film  -bien sage formellement-,  en une exaltation du carpe diem où les corps vieillissants filmés dans la pénombre n’en expriment pas moins la beauté des empreintes du temps, où la peau vibre des caresses de l’aimé

Malgré quelques réserves (cf celles que nous avions déjà  formulées  Adam - Le blog de cinexpressions Le bleu du caftan - Le blog de cinexpressions -) ce troisième long métrage de Maryam Touzani  vaut  le détour !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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28 février 2026 6 28 /02 /février /2026 14:12

Documentaire réalisé par Raoul Peck (2025)

 

Cannes 2025  Sélection Officielle Cannes première

On plonge dans les derniers mois de la vie d'Orwell et dans son oeuvre visionnaire pour explorer les racines des concepts troublants qu'il a révélés au monde dans son chef-d'oeuvre dystopique: le double discours, le crime par la pensée, la novlangue, le spectre omniprésent de Big Brother.

Orwell 2+2=5

Une voix off (ton monocorde, sons gutturaux et/ou  chauds ) celle d’Eric Ruff qui en jet continu lit des extraits du journal tenu par Orwell ( Eric Blair de son vrai nom  est sur l’île de Jura en Ecosse , "un lieu inatteignable"  il rédige 1984,  il évoque tout autant son mal être physique - tuberculose- sa vie famiiliale sa relation avec le fils adoptif,  son passé que les étapes de son écrit ) extraits de ses œuvres aussi. 

Une matière très diversifiée : photos d’Orwell bébé, gamin ado et  adulte, films de famille, extraits des adaptations filmiques de 1984 dont celle de Radford avec John Hurt , extraits de journaux télévisés, des affiches, des images d’archives couvrant le XX° et le XXI° . Images  qui se succèdent à un rythme rapide sans ordre chronologique, images censées illustrer les propos entendus et les thèmes dits "orwelliens" (la novlangue, la manipulation du langage afin de réécrire l’histoire, l’alliance des contraires « la guerre c’est la paix » la liberté c’est l’esclavage)

Ainsi l’histoire très contemporaine des dictateurs occidentaux (et d'autres sur la planète)  qui rejoint celle de l’époque de la rédaction (Orwell songeait à Staline) va se mêler à une dynamique biographique : le film s’ouvre et se clôt sur la photo d’Orwell bébé dans les bras de sa « nounou » indienne, dans la chaude confusion du noir et blanc …Et nous serons à l’écoute de ses états d’âme de ses bilans de santé, de sa relation amoureuse; tout en "voyant" défiler comme dans un diaporama des visages en gros plan,  des scènes de guerre, des séquences publicitaires, etc.   Raoul Peck ajoute des "cartons" aux calligraphies spéciales censés  mettre en exergue les "théories orwelliennes" (cf les slogans en lettres capitales  big brother is watching you ) 

 Certes il fallait insister sur cette plaie béante du XXI° -guerre en Ukraine conflits Haïti, Afrique -le MO est à peine évoqué, (images de dévastation qui succèdent à celles des villes bombardées pendant la Seconde Guerre mondiale) Trump et Poutine sont abondamment ridiculisés dans leur monomanie dictatoriale ; le propos n’est-il pas de dénoncer les dérives autocratiques à l’aune des réflexions d’Orwell ? et comme la pédagogie consiste à répéter : les vérités qui se sont imposées à l’esprit du lecteur de 1984 ou de la ferme des animaux  voici la séquence récurrente du citoyen lambda contraint d’admettre que 2+2=5 - ; terreur et manipulation !

Or tout cela est assez brouillon d’autant qu’il n’y a aucune " aspérité "  tout est mis à plat (entendons au même niveau par une forme d’homogénéisation forcée ? en tout cas tendancieuse ! L’œuvre d’Orwell ne saurait gagner en épaisseur ; bien plus on a la fâcheuse impression que toutes ces images qui défilent (bien que sériées par le commentaire off) servent avant tout à glorifier un esprit "visionnaire"  plus qu’à nous inciter au moins à la vigilance , à défaut d’autres actions…

D’ailleurs à la toute fin,  la question que posait Orwell à ses lecteurs Commencez-vous à voir le monde tel que nous l’avons créé ? , tourne ici à vide…tant l’évidence crève les yeux (alors dessiller des yeux déjà bien ouverts ???)

 

Colette Lallement-Duchoze

Orwell 2+2=5
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27 février 2026 5 27 /02 /février /2026 06:52

De Claude Schmitz  (France Belgique 2025)

 

avec Rodolphe Burger (Alain Crab) Francis Soetens (Francis Conrad) Anne Suarez (Jeanne Hartman) Samia Lemmiz (Nour Zerousi)

 

Présenté à Rotterdam -International Film Festival-

Mutés à titre disciplinaire à Sainte-Marie-aux-Mines, en Alsace, les inspecteurs Crab et Conrad se voient confier une enquête apparemment sans difficulté : la disparition d'une bague. Mais ce qui devait être une simple formalité se transforme rapidement en affaire complexe, bouleversant la tranquille routine de ce duo de célibataires endurcis.

Sainte-Marie-aux-Mines

Si vous appréciez l’humour déjanté et décalé à la P’tit quinquin (raideur hagarde et sérieux à côté de la plaque) le train de sénateur ou les pas alanguis de flics inspecteurs peu débrouillards, irrespectueux de certaines règles de déontologie, aux noms improbables de Crab et Conrad ou tout droit sortis d’une BD, qui ferait la part belle aux Dupont(d)  une enquête prétexte à des déraillements, une ambiance « bon enfant » aux dialogues pimentés de burlesque,  alors ne ratez pas le faux polar de Claude Schmitz et surtout ne quittez pas la salle au moment où va défiler le générique de fin ; car -dernière mini séquence oblige- nous suivons l’acteur et musicien Rodolphe Burger dans son propre studio d’enregistrement.

Or, de  l’aveu même du cinéaste terminer ainsi le film dans cette salle de studio c’est " comme si on levait le rideau à la fin du spectacle"

Oui loin de se terminer le film nous entraîne dans d’autres coulisses  

Et le "spectacle"  auquel nous venons d’assister peut rappeler le "théâtre"   : la commune de Sainte-Marie-aux-Mines comme lieu scénique sur lequel se produisent beaucoup de locaux jouant leur propre rôle, les décors - les ruelles de la déambulation comme chemins de traverse, la chambre d’hôtel et la "fausse émission "des chiens et des autoroutes, (parodie de séries?)  dont se gave Alain…, la brasserie où la gnôle locale est lapée avec jouissance, la gendarmerie où la cheffe ne s’en laisse pas conter, -alors que Conrad délaissant l’enquête se plaît à  "conter fleurette" à Nour, les "faux rebondissements" -jusqu’au "faux"( ?) twist final, avec de bout en bout une alternance paysage/écrin et immersion au sein de la commune alsacienne!!!

Un long plan fixe sur le paysage environnant ouvre le film : rondeur veloutée du vert qui accroche le regard tout comme la commune de Sainte Marie est adossée au massif des Vosges ; on sait que pour le réalisateur un film est d’abord « l’exploration d’un nouveau territoire » Territoire qu’aimerait découvrir Conrad alors que Crab qui en est originaire s’en dispense volontiers. Jouant avec l’élégance de la connivence sur la "corporalité"  de ses deux acteurs, le cinéaste va l’intégrer à cette  "carte postale": ainsi Francis Soetens, dans sa "masse tranquille" et sa chemise hawaïenne (n’est-il pas incognito ??) filmé de dos arpentant une ruelle ocrée comme en profondeur de champ au moment où il quitte l’écran ;cf aussi Rodolphe Burger exténué dans sa course poursuite, - non plus à la recherche du diamant volé mais de trafiquants- aidé dans sa lourde besogne par ses potes (juchés sur leur Harley !!)

Tout cela est assez jouissif ; peut-être pas assez pour le spectateur épris de provocation ni pour celui sensible aux égalités de traitement (alors  quand s’émiette ou se fracasse le cocasse  …)

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 février 2026 3 25 /02 /février /2026 14:26

FESTIVAL DU FILM D'EUROPE DE L' EST  ET

D'AMÉRIQUE LATINE · 

 

ROUEN  SEINE-MARITIME

 

 

DU  3 AU 15  MARS 2026 

Festival A L EST 20ème édition
Festival A L EST 20ème édition
Festival A L EST 20ème édition
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25 février 2026 3 25 /02 /février /2026 07:39

De  Park Chan-Wook (Corée du sud 2025)

 

Avec Lee Byung-Un, Ye-Jin Son, Park Hee-Soon

Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…

Aucun autre choix

Le roman noir  Le couperet  de Donald Westlake (1997) avait déjà été porté à l'écran par Costa-Gavras (en 2005 avec José Garcia) ; le cinéaste coréen lui dédie d’ailleurs son film… Or le choix du rocambolesque et surtout de toutes ces afféteries visuelles font que ce film n’entraînera pas forcément l’adhésion (et ce malgré une critique quasi unanime très favorable)

Le tout début a de quoi " réjouir" dans la mesure où l’exubérance visuelle (images de cerisiers en fleurs dont les pétales tombent sur la ville), alors que l’on entend les notes funèbres du concerto n°23 de Mozart annonce une dualité. Ce que renforce le plan suivant où l’on voit un homme, heureux, en famille, fier du cadeau offert par l’entreprise…Cadeau hélas empoisonné !!! et l’on apprend très vite que ce cadre supérieur dans une usine de papier est licencié. Adieu vie familiale et chiens bien aiméEs Adieu bonheur... lisse de pacotille !  Dès lors il n’aura de cesse de reconquérir ce poste (et les tentatives échouent lamentablement) quitte à devenir criminel (en éliminant tous ses concurrents)

Le cinéaste se plaît à accumuler inventivités visuelles et autres démarches mortifères  menées tambour battant -on est obligé de rire ou sourire face à ce déploiement aux couleurs fluo ou flashy, aux mouvements quasi forcenés de caméra.  Certes on assiste à une critique du capitalisme en ses rouages extrêmes -cf les fondus, split-screens, surimpressions, autant de mailles qui enserrent enferment (à l’instar de ce corps ligoté en boudin ?)  Certes le comique peut naître aussi de l’incapacité du personnage à "tuer" et ses maladresses répétées rappellent les comiques d’antan -tout en sachant pertinemment que Yoo Man-so (excellent Lee Byung-Un) va tuer des autres employés aussi motivés que lui par leur travail, que sa colère vengeresse ne s’attaque pas aux "vrais responsables" tout simplement parce qu’il a intérêt à ce que le système perdure (et cela s’inscrit précisément dans la stratégie capitaliste,  comme révélateur de ce  symptôme:  l’individualisme poussé jusqu'au paroxysme)

Une séquence assez longue (10’ environ) celle qui confronte Yoo Man-soo à un riche entrepreneur frappe par cette surenchère d’effets -travellings sur les verres cadre renversé plan à partir de l’intérieur de la pinte. Autant d’effets venant contrarier le "faux" suspense ! volonté affichée d’inventivité de qui sait  "toucher à tout" 

Affirmons-le sans ambages autant nous avions apprécié le kaléidoscope d’images et d’errements en arborescence de Decision to leave (qui avait reçu le prix de la mise en scène à Cannes en 2022 ) autant nous sommes restés à quai face à un déploiement visuel, aussi virtuose soit-il…

Serait-ce dû à la comparaison implicite avec le film de Costa-Gavras ? (les choix esthétiques sont certes opposés alors que le sujet serait presque identique à savoir « le dilemme qui pousse un homme à agir comme un monstre pour s'éviter la culpabilité de voir la déchéance des siens dans la jungle sociale )

 

A vous de juger !!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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24 février 2026 2 24 /02 /février /2026 06:45

De Alexander Murphy (France Népal 2025)

 

Avec  Jamuna Budha MagarAnmuna Budha MagarAnjali Budha MagarLachhin Maya Budha Magar (qui jouent leur propre rôle) 

Installées à Katmandou, Jamuna et sa sœur Anmuna décident de retourner dans leur village natal, perché dans les hauteurs de l'Himalaya. Elles vont  prendre part avec la famille à la périlleuse récolte du yarsagumba, une créature rare, mi-champignon, mi-insecte, aux propriétés aphrodisiaques, dont la valeur dépasse aujourd'hui celle de l'or.

Au-delà de Katmandou

Le film s’ouvre sur un paysage à la sidérante beauté ; un paysage où une brume délicate enveloppe l’espace de monts légèrement bleutés alors qu’on entend un chant local (diffusé comme en écho d’un flanc à l’autre) Est-ce  l'Au-delà de Katmandou? 

Nous allons suivre le chemin de Jamuna accompagnée de sa sœur cadette, qui les mène de la ville grouillante de bruits d’odeurs, Katmandou, au village de leurs parents ; chemin parcouru en bus, balisé par des encarts (noms des lieux et leur altitude) avant que la famille réunie n’entreprenne un autre périple : la cueillette du yarsagumba à plus de 5000 mètres d’altitude. Un champignon rare mais dont la vente va assurer en partie les études de Jamuna au Japon (elle pourra envoyer de l’argent à ses parents pour qu’ils (sur)vivent dans de "meilleures conditions").

Le film se déploie ainsi sur deux « niveaux » qui  s'imbriquent ou se superposent. Si l’humain est au cœur de la démarche du cinéaste (cf entretien Arte « 28 minutes » samedi 21/02) il a trouvé son écrin dans cet environnement : les liens familiaux -insistance sur le sort des femmes, sur la précarité de ceux qui vivent dans les villages, sur l’avenir des  "jeunes" - sont aussi inébranlables (voire plus…) que les monts népalais, monts que le cinéaste invite à contempler dans leur somptuosité celle qui s’impose d’emblée au regard, celle que la lumière et l’altitude transforment en majestueuse quiétude ou inquiétante majesté.  Le périple -tel un chemin initiatique ou un « calvaire »- (c'est à 4 pattes que l'on peut "voir" le  yarsagumba avant de  l'extraire avec précaution )- se clôt sur les aveux (Jamuna dira à ses parents tant aimés qu’elle ne reviendra que dans 8 ans et que c’est pour leur bien-être qu’elle s’éloigne momentanément ); de cette vérité le cinéaste montre les  "effets"   sur la mère (gros plan sur son visage au regard sombre, voix off de Jamuna) et sur la sœur cadette qui ne peut contenir ses pleurs…

Une ascension où les protagonistes filméEs -en groupe ou séparément, silhouettéEs ou en gros plan- semblent soit se détacher du, soit faire corps avec un environnement, grâce au changement d'échelle et de focales; environnement où la rudesse de la survie (évoquée comme hors champ par le père) se déploie dans le mystère -inviolé- d'une sauvage   poésie …

Aux spectateurs qui  reprocheraient une esthétisation outrancière,  osons faire valoir la "spécificité" de ce film : l'alliance duale -parfois duelle-  entre  ethnographie et poésie,  

Oui  nous avons  assisté à une quête.  Oui ce  film analyse avec délicatesse les liens qui unissent les 4 sœurs  et leurs parents ainsi que le bouleversement "émotionnel" qui précède une séparation .

Oui nous avons été subjugué  par la maîtrise d'une caméra qui sait imposer à notre  contemplation,  la magnificence des paysages l

 

A NE PAS MANQUER 

 

Colette Lallement-Duchoze

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23 février 2026 1 23 /02 /février /2026 06:53

De Cyril Aris (Liban 2025)

 

avec  Hassan Akil (Nino) Mounia Akl (Yasmina),

 

Prix du public au Giornate degli Autori (sélection parallèle de la Mostra de Venise (2025)

 

Sélectionné pour représenter le Liban dans la section du meilleur film international lors de la 98ème cérémonie des >Oscars 

Nino et Yasmina tombent amoureux dans la cour de leur école à Beyrouth, et rêvent à leur vie d'adulte, à un monde merveilleux. 20 ans plus tard, ils se retrouvent par accident et c'est à nouveau l'amour fou, magnétique, incandescent.

Un Monde fragile et merveilleux

Comment aimer dans un pays où tout menace constamment de s’effondrer ? Comment construire un futur heureux quand on a toujours connu la violence et la perte ?

 

 Dès le prologue la coexistence Vie/Mort va  encoder le film  tout en l'inscrivant  dans le conte, la "romance". L’hôpital où naissent à une minute d’intervalle Nino et Yasmina est bombardé -rythme et bande son illustrent cette déflagration par-delà les vagissements et pour la fiction vont sceller le destin de ces deux personnages Oui nous sommes d’emblée propulsés dans un "monde fragile" celui du Liban (Nino et Yasmina seront témoins de toutes les dévastations, qui simultanément façonnent et contrarient  leurs projets surtout ceux de Yasmina). Alors que le dernier tronçon de rail a été détruit ce jour-là, le cinéaste va faire d’un wagon désaffecté le lieu de l’évasion (rendez-vous des gamins, puis des adultes devenus) afin d’atteindre cette île (thématique récurrente) havre de quiétude (où reposent les parents de Nino) et idéal inaccessible ( ?)

Un conte romantique qui fait dialoguer sur  30 ans une histoire d’amour avec l’histoire du Liban en mêlant (cf l’oxymore du titre) la réalité d’un pays fracturé par les crises- et sa transcendance de et par l’amour. -quand bien même les  "amants" sont dissemblables (en écho voici deux visages de la capitale lumineuse et sombre, somptueuse et sordide) Grâce aux analepses, l’enfance et la pré-adolescence s’en viennent colorer le présent. Un présent encore marqué par des traumatismes -perte ou divorce des parents-  et dont la linéarité chronologique n’aurait pu rendre compte. Un présent des  "compromis" ou du moins des  "choix"  toujours renouvelés, à cause précisément de la situation fragile et précaire du Liban (cible entre autres malheurs, des frappes israéliennes, ce dont témoignent des images d’archives) Des scènes "comiques" (on retiendra l’entêtement du chef cuisinier qui revendique ses spécificités italo-libanaises et refuse d’apporter du sel aux convives…) des séquences d’intense sensualité et le recours à l'humour ponctuent le parcours en rompant momentanément avec les "cauchemars" ; momentanément car le contexte impose des choix de rupture ; et la mise en scène d’abord lumineuse et pétillante se fait de plus en plus grave. Gravité relayée il est vrai par l’invention d’une émancipation…  .Ô prodige du fantasme! 

Tendresse pour les personnages, déclaration d’amour à Beyrouth et au Liban c’est ce que revendiquait le cinéaste  pour son premier long métrage 

Un pari réussi  (malgré parfois un manque de fluidité, et des  étirements inutiles )

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 07:00

De Jonàs Trueba (Espagne 2016)

 

Avec Itsaso Arana (Manuela) Francesco Carril (Olmo) Candela Recio (Manuela jeune) Pablo Hoyos (Olmo jeune) Aura Garrido (Carla) Rafael Berrio (le père de Manuela)

 

Musique Rafael Berrio

Madrid. Manuela et Olmo se retrouvent autour d’un verre, après des années. Elle lui tend une lettre qu’il lui a écrite quinze ans auparavant, lorsqu’ils étaient adolescents et vivaient ensemble leur premier amour. Le temps d’une folle nuit, Manuela et Olmo se retrouvent dans un avenir qu’ils s’étaient promis.

La Reconquista

Nous avions suivi Eva en août 2019 dans la torpeur madrilène; nous avions vu entendu de micro événements à la Rohmer répondant à l’injonction « venez voir »2022 , avant d’être sollicité pour une urgence -célébrer la séparation entre Ale et Alex après 14 ans de vie commune- dans septembre sans attendre 2024…. Dans La reconquista réalisé en 2015 inédit en France nous retrouvons la même dilection pour les dialogues- qui enchevêtrent références philosophiques, ou littéraires le même goût prononcé pour les plans séquences et plans fixes et le « jeu » sur les temporalités (éphéméride, éclatement de la chronologie , dilution ou resserrement) C’est dire l’importance d’un long métrage qui d’un point de vue purement biographique scelle la rencontre du réalisateur avec l’actrice Itsaso Arana (qui sera sa compagne) et d’un point de vue créatif est une sorte de prélude -il contient l’essentiel des œuvres à venir…

Composé de deux mouvements (cf l'affiche) -une nuit à Madrid et un flashback sur les adolescents de 15 ans -est-ce le souvenir qui s’impose à Olmo quand il sommeille ? mouvements entrecoupés par l’intermède et le rôle de Carla- La Reconquista s’ouvre sur un plan-portrait, plan fixe prolongé sur le visage d’Itsaso Arana qui se détache sur un mur bleu. Un regard une légère moue une attente « je confie mon cœur au futur et j’attends »- (a-t-on pu lire auparavant). Silence (avant la logorrhée…). Une promesse (se retrouver après 15 ans) Au bout de la nuit, aurore  insoupçonnée? 

Des détails en I -dont certains anodins- acquièrent en densité dans leur confrontation avec le passé ressuscité en II -ainsi les propos d’Olmo -initiateur de la rupture?- seront démentis par le flashback.

Voici les corps des deux trentenaires, séparés dans le parc puis face à face au restaurant chinois côte à côte au concert avant leurs frôlements sur un air de swing et la tentative (avortée) d’un baiser… En parallèle voici les adolescents main dans la main, (balade en extérieur) corps contre corps dans la caresse pudique des attouchements (chambre) et l’ivresse de la première fois

La lettre elle-même écrite par Olmo 15 ans auparavant (dont le spectateur ne connaîtra la genèse et le contenu que dans la deuxième partie ) et que Manuela lors de cette « rencontre » programmée fait lire à son auteur - se pare de fonctions différentes (catalyseur révélateur mode de questionnement) selon qu’elle est lue en silence, en off ou à haute voix mais aussi selon les extraits choisis. C’est au terme d’une troisième lecture par Olmo adulte que le spectateur lui aussi est amené à déchiffrer le sens profond de ces troublants arcanes Et précisément cette « première fois » a-t-elle été sacralisée ou au contraire effritée par les marques du temps ? Carla la compagne (actuelle) d’Olmo dira explicitement l’importance d’un premier amour …

Les deux chansons écrites et interprétées par leur auteur (dans le film Rafael Berrio interprète aussi le père de Manuela) disent ce désir de l’ailleurs tout en insistant sur la solitude de qui serait prisonnier de sa propre mélancolie (à noter ici que la séquence concert propice aux jeux de dédoublement a la délicatesse du film dans le film qu’on avait appréciée d’ailleurs dans septembre sans attendre 2024)

Mais ne pas se méprendre :  la reconquête est moins celle de l’amour que celle de la mémoire, du temps (aux accent proustien.et rohmérien à la fois ??)

Un film à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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21 février 2026 6 21 /02 /février /2026 04:59

Documentaire réalisé par Thomas Lacoste (2025)

 

musique Florencia Di Concilio

 

Festivals

de Douarnenez ,  du film francophone de Tübingen & Stuttgart ,  du film d'environnement de Toulouse

Janvier 2021 à Notre-Dame-des-Landes un collectif se forme sous le nom de "Les soulèvements de la terre" pour défendre le bien commun face à la marchandisation et l'artificialisation du vivant...

Soulèvements

Le collectif « soulèvements de la terre » est un « mouvement militant et citoyen formé à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) et solidifié autour de la méga-bassine de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) Il lutte contre l’accaparement des terres et de l’eau et contre les ravages industriels et la montée des totalitarismes. Thomas Lacoste en capte des voix des visages, fait de la parole militante le cœur même de son documentaire

Voici un portrait choral à 16 voix soit 16 trajectoires :  des paysans, des étudiants, de jeunes militants ou des figures plus aguerries, des femmes et des hommes, filméEs dans leur environnement, assisEs et en frontal le plus souvent, seulEs ou en duos (deux générations), elleux expliquent leur démarche leurs intentions leurs luttes avec une aisance et une clarté qui forcent l’admiration. MuEs par une foi inébranlable dans le vivant (la diversité de ses règnes et de ses éléments) dans la force du collectif iels  œuvrent pour « le bien commun » (rendre le monde vivable) et témoignent ainsi de leur engagement tout en explicitant leur « manière d’agir » (qu’il s’agisse d’occupation de terres (A69, Zad de Notre-Dame-des-Landes), de l’opposition à des projets de retenue d’eau (CluZAD) de la fabrication de machines agricoles, de la mobilisation contre les mégabassines (Sainte Soline) de la préparation de repas et d’infrastructures pour recevoir les manifestants etc..) Bien éloignéEs des portraits que le gouvernement Darmanin ou les médias à la solde de Bolloré avaient imposés à l’opinion !!, en les assimilant à des « terroristes » (surtout après la violente répression de mars 2023) -Ecoutez ce jeune scientifique qui sait capter et interpréter les sons gutturaux ou plus cristallins des oiseaux… ou ce père implorant, ému , le « pardon » des générations à venir , pour avoir pris conscience tardivement de l'urgence  de la "lutte" ! 

Le passage d’une séquence à l’autre, d’un bloc de parole à un autre, est assuré par un gros plan fixe sur un animal alors que des images en noir et blanc - photos d’archives- sont comme une ponctuation mémorielle, ponctuation en surimpression bien loin du spectaculaire (pâture dont se repaissent certaines chaînes de TV) Virtuosité du montage qui enchâsse témoignages et plans sur l’environnement ! Vibration de touffes emmêlées de crin et d’herbes, d’un ciel d’avant l’orage,   palpitation du  souffle des animaux, œil agrandi et magnifié par un zoom, embrassement quasi "maternel" d'un petit ovin! Le noir et blanc peut s’animer, la bande son restituer la déflagration de grenades contrastant avec la quiétude ambiante, la couleur prendre le relais ! Nous sommes à l’écoute d’un Vivant,  à préserver coûte que coûte

 "la pensée en train de se faire" ,  le portrait " d’un mouvement  -certes  inscrit dans un   hic et nunc mais  exhaussé  à l’universalité d’une quête, celle du  "bien collectif" -  tel est le pari réussi de  Thomas Lacoste . Et ce n’est pas pur hasard si le documentaire s’ouvre sur le témoignage d’une femme reconvertie en fromagère puis éleveuse de bovins et se clôt tel un épilogue sur une action dans le Finistère (flottille ! ) à l’encontre de l’empire Bolloré et contre le fascisme,

Un documentaire d’utilité publique aux remarquables qualités cinématographiques

A NE PAS MANQUER

 

Colette Lallement-Duchoze

 

(Séances Samedi 14h salle 8, dimanche10h45 salle 4,  mardi 20h20 salle 8)

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20 février 2026 5 20 /02 /février /2026 05:14

De Kelly Reichardt (USA 2025)

 

avec Josh O’Connor, (JB Mooney) Alana Haim (Terri Mooney) Gaby Hoffmann (Maude) John Magaro, Hope Davis 

 

Compétition officielle Cannes 2025

Massachussetts, 1970. Père de famille en quête d'un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d'œuvres d'art. Avec deux complices, il s'introduit dans un musée et dérobe des tableaux. Mais la réalité le rattrape : écouler les œuvres s’avère compliqué. Traqué, Mooney entame alors une cavale sans retour.

The Mastermind

Un film déroutant ? Certains spectateurs ont été rebutés :  lenteur assumée ? jeu de l’acteur ? burlesque ?  

Le titre The mastermind, s’il ne fait pas référence au jeu de société, serait ironique (par antiphrase), car loin d’être un cerveau voici un "loser"  nonchalant de surcroît (que Josh O’Connor interprète avec aisance !!). Pour mener à bien son projet -dérober des tableaux-, J.B. Mooney  a choisi des "pieds nickelés, genre bras cassés". comme complices Foin du professionnalisme ! On est bien aux antipodes des films de "casse"  (où la minutie de la préparation le dispute à celle de la réalisation !!). C’est que Kelly Reichardt (rappelez-vous Night moves The first cow ou encore Showing up) considérée comme la papesse du ciné indé outre Atlantique s’intéresse avant tout aux  petites gens recalées du rêve américain  Si elle reconstitue le braquage raté du 17 mai 1972 (musée de Worcester 4 tableaux dérobés dont 2 Gauguin, 1 Picasso et 1 Rembrandt) tout en modifiant le butin (4 tableaux d’Arthur Dove 1880-1946) c’est pour "déconstruire" le film de braquage, faire voler en éclats ses codes, réaliser un anti polar, c’est pour s’intéresser à l’humain  et à tout ce qui se cache derrière les apparences plus ou moins doucereuses d’une époque. En l’occurrence ici le contexte des seventies 

La première séquence imposerait une temporalité comme filmée au ralenti : voyez J.B. Mooney contemplant  des œuvres d’art dans le musée local où il se rend en famille; une concentration qui - caméra subjective oblige - change d’objet : le musée manque de surveillance, les gardiens sont assoupis. Un test -ô culot extrême !-, J.B. dérobe un objet qu’il glisse dans le sac de son épouse… et nargue le gardien à la sortie en faisant semblant de lacer ses chaussures.

Le casse (dérober 4 tableaux) sera réussi. La suite beaucoup moins....

Mais la cavale de J.B. permet de parcourir une Amérique profonde qui n’est pas encore gagnée par la  "révolution féministe" . (cf la répartition des tâches domestiques) marquée en revanche par une forme d’ennui qui peut se muer en taedium vitae (cf le pote si content d’être enfin tombé de sa chaise en lisant les exploits de son ami …) Une Amérique qui ne connaît pas le portable ni les caméras de surveillance, qui s’informe au gré d’une chaîne ou d’un journal recueilli chaque matin à la porte de la demeure. Les relations de J.B. avec ses proches -ses parents, ses enfants, son épouse- se prêtent à une forme de chronique dite "familiale"  Et en allant d’un Etat à un autre, en lisant la presse (infos éventuelles sur son "braquage") J.B. est -comme à son insu-  témoin de son temps -: militants hippies manifs autant de signaux d’alerte sur la guerre du Vietnam, ou la présidence Nixon, que la cinéaste ravive…Le personnage quittera l’écran presque abruptement, (sorte de twist à ne pas dévoiler !) lui qui jamais ne s’est immiscé dans l’Histoire, lui qui fut volontairement (?) désengagé – cède in fine la place à la grande Histoire …Non sans un brin d’ironie !

Tout cela rythmé par des notes de jazz - partition signée Rob Mazurek, dite percussive et cuivrée-, par des contrastes sonores délibérés avec l'indolence du protagoniste. Des plans fixes très composés (telles des peintures) orchestrent un mélange assez savoureux de grotesque (cf les grognements du porc qui accompagnent la planque acrobatique) d’humour pince sans rire (la visite des policiers et en écho celle des malfrats) de réalisme décalé (les déplacements de l’épouse, les vomissements des enfants etc...)

Un anti-polar que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

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