5 août 2025 2 05 /08 /août /2025 11:10

De Princia Car (France 2024)

Avec Lou Anna Hamon (Carmen), Leïa Haïchour,(Yasmine) Housam Mohamed (Omar).

 

Chanson Les Filles désir de Vendredi sur Mer 

 

Festival Cannes 2025 Quinzaine des Cinéastes

Avant-première au cinéma Omnia Rouen diamnche15 juin 

Marseille en plein été. À 20 ans, Omar et sa bande, moniteurs de centre aéré et respectés du quartier, classent les filles en deux catégories : celles qu'on baise et celles qu'on épouse. Le retour de Carmen, amie d’enfance ex-prostituée, bouleverse et questionne leur équilibre, le rôle de chacun dans le groupe, leur rapport au sexe et à l’amour.

Les Filles désir

Présenté à Cannes à la Quinzaine des cinéastes, Les Filles désir est le fruit d’un atelier théâtral que j’ai animé auprès d’un groupe de jeunes habitants d'un des quartiers les plus pauvres de Marseille. Sur plusieurs années, on a érigé le scénario à partir  de leurs improvisations autour de scènes du quotidien. (propos de Princia Car à l’issue de la projection en avant-première au cinéma Omnia le dimanche 15 juin). Une démarche qui mise sur le collectif, une démarche pédagogique car elle aura aidé à détricoter certains stéréotypes (sur les relations entre femmes et hommes par exemple, sur les « filles désir », sur la mère/putain, bref sur ces slogans récités tels des mantras « les filles sont de deux catégories : celles qu’on baise et celles qu’on épouse ») ; et c’est là que vont se rencontrer réalité et fiction

L’intrigue en effet évolue avec le retour de Carmen ; qui « déclenche » des « prises de conscience » insoupçonnées (surtout chez Omar empêtré (à son insu ?) dans un « jeu patriarcal bourré de préjugés ») et si la relation entre les deux femmes -Carmen et Yasmine est un clin d’œil -parfois trop appuyé- à Thelma et Louise, le film tout en étant un hymne à la sororité,  ne verse pas pour autant dans la facilité de la misandrie…)

Le titre renvoie à la chanson de Vendredi sur mer (Charline Mignot) chanson que nous entendrons à la fin, quasiment in extenso ; les paroles ne livrent-elles pas a posteriori le sens profond ? En effet dans la première partie les troubles  du « désir » sont appréhendés du point de vue masculin ; puis un cheminement – à l’instar d’une initiation- révèle la complexité de la dialectique désirant/désiré que scande la récurrence au premier plan de ce groupe d’enfants (c’est l’été, nous sommes dans un centre aéré) êtres en devenir, qu’illustre aussi le "voyage" avant l'implosion du groupe et l’explosion d’une sororité, celle qui brave les interdits et les éléments (air ciel et mer) celle qui refuse de se laisser embrigader  et définir par le regard masculin, alors que la caméra aura joué successivement sur la verticalité et l’horizontalité avant de s’engouffrer dans les abysses de la Méditerranée

Les Filles désir a certes  les défauts de ses qualités (scénario, diction/récitation, jeu des acteurs hormis celui des trois personnages principaux)  mais ce premier long métrage  mérite un détour !!!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

Les Filles désir
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4 août 2025 1 04 /08 /août /2025 10:36

De Deepak Rauniyar (Népal 2024)

 

Avec Asha Maya Magrita (Pooja) Nikita Shandak (Mamata) Gaumaya Gurung (Rama) Dayahang Rai Police captain Aarti Mandal Saraswati Reecha Sharma Le principal Bijay Baral Amar

 

Première mondiale à la Mostra de Venise 2024 section Orizzonti 

Quand deux garçons sont enlevés dans une ville frontalière du Népal, l'inspectrice Pooja est envoyée de Katmandou pour résoudre l'affaire. À son arrivée, les troubles politiques et les manifestations raciales la forcent à demander de l'aide à Mamata, une policière locale. En affrontant la discrimination et le sexisme, les deux femmes tenteront de résoudre l'affaire, mais à quel prix pour chacune d'elles ?

Pooja, Sir

Montrer la vérité même lorsqu’elle dérange est l’unique moyen de rendre justice à ceux que l’on refuse de voir » Deepak Rauniyar

S’’inspirant de faits réels (les émeutes de 2015) s’inspirant aussi de son propre vécu (Deepak Rauniyar issu de la communauté madhesi - sa compagne l’actrice Asha Magrati est de la communauté pahadi-, fut -et l'est encore,-,victime de discriminations) le réalisateur propose un thriller à la fois queer et politique loin de tous les clichés himalayens qui ont "façonné"  un imaginaire occidental.

Une intrigue "tortueuse"  à l’instar de la complexité culturelle qui définit le Népal ? à l’instar aussi des méandres de l’identité personnelle ?

Dès les premières séquences le spectateur est comme  " immergé"  dans une société divisée en castes ethnies et qui risque d’exploser quand des militants dénoncent les collusions justice et patriarcat, quand des manifestants refusent la nouvelle constitution imposée sans la consultation des Madhesi (minorité vivant dans la zone frontalière de l’Inde, perçue comme étrangère par les Pahadi population majoritaire) mangues tombées de l’arbre dira le premier ministre…

Deux gamins filmés de dos déambulant dans des ruelles, ou jouant  avec d’autres dans la rue (caméra au sol sur le ballon ou les pieds) tabassage de la police, course, une main qui se tend et qui… Les deux enfants -à la peau claire-, l’un issu d’une famille "influente" -père député, mère directrice d’école, l’autre d’un milieu modeste- seront kidnappés En montage parallèle nous découvrons une femme/flic lesbienne qui pour revendiquer son autorité adopte un paraître "viril"  (bandage de sa poitrine, coupe de cheveux à la garçonne).  Pahadi, à la peau claire elle est dépêchée, pour mener l’enquête, dans les plaines du sud, laissant son père aux abois -il refuse les bons soins de sa compagne Rama …Une peau plus foncée (ou une origine supposée indienne) et ce sera l’exclusion voire la mort. Mamata, Madhesi, sera exclue de l’enquête  avant d’être réintégrée pour sa connaissance des plis et replis du territoire quand Pooja met au point un stratagème…

Filmé très souvent caméra à l’épaule, privilégiant les gros plans (proximité avec les protagonistes : le dos de Pooja envahit parfois l’écran quand elle s’adresse à son équipe) même dans les scènes de foule comme pour nous imprégner du réel de façon presque viscérale organique

Progressivement on comprendra que le rapt est "politique" (les ravisseurs en séquestrant plus longtemps le fils du couple influent, exigent moins une rançon que la mise à nu et la "reconnaissance publique" d’une douloureuse vérité dont la "ravisseuse"  fut la victime sacrificielle ) 

Las!  le rythme est trop souvent inégal (enquête), les enjeux parfois (volontairement ?) brouillés, les dialogues qui opposent le couple « influent » aux « enquêteurs » ou au couple ravisseur sont entachés d’une fausse théâtralité qui peut laisser pantois …et même si la détective (qui se fait appeler  Sir), d’abord corsetée dans son impavidité, va évoluer, en se « dévoilant »  -jusqu’à son discours final très féministe en passant par les reproches  à l’encontre de son père, de ses préférences pour le fils disparu..,  l’ensemble souffre d’un manque de …(à vous de compléter !)  

Des similitudes avec Santosh ?  https://www.cinexpressions.fr/2024/07/santosh.html 

Mais qui plaideront plus en faveur de ce dernier

 

Colette Lallement-Duchoze

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3 août 2025 7 03 /08 /août /2025 05:47

d'Ari Aster  (USA 2024) 

 

Avec Joaquin Phoenix (Joe Cross) Pedro Pascal (Ted Garcia) Emma Stone (Louise) Deirdre o Connell (Dawn) Micheal Ward (Michael) Luke Grimes (Guy) William Belleau (Officier Butterfly Jimenez)

 

Compétition Officielle Cannes  Festival 2025

Mai 2020 à Eddington, petite ville du Nouveau Mexique, la confrontation entre le shérif et le maire met le feu aux poudres en montant les habitants les uns contre les autres.

Eddington

Le quatrième long métrage d'Ari Aster  -un western urbainréquisitoire contre une nation en conflit avec elle-même, sélectionné en Compétition officielle au festival de Cannes 2025 (mais revenu bredouille) aura divisé critique et public…S'il  repose sur l’affrontement entre le shérif Cross (Joaquin Phoenix impeccable comme toujours !) « figure d’une autorité dépassée » et le maire (Pedro Pascal) charismatique et populiste , sur fond de pandémie Covid19 – et l’embrasement (sens propre et figuré) de la population, il privilégie la figure de  Joe Cross :. De tous les plans , ce shérif  sera notre guide dans et hors la ville .  Le clin d’œil à Ford  (un extrait de Vers sa destinée  1939 sur petit écran) serait-il   une mise  en garde contre les  dangers de la "sentimentalité" qu'il incarne?

 

Mais à force d’empiler toutes les dérives (familiales sociétales et politiques) sous formes de saynètes assez poussives il faut en convenir du moins dans la première partie, à force de mettre sur le même plan luttes anti racistes (slogans du mouvement "black lives matter") extrême droite, complotisme, trumpisme, patriarcat, agressions sexuelles,  data center (et j’en passe…), à force de systématiser le procédé du cadre dans le cadre (rôle des portables, des réseaux sociaux, et de la désinformation) la "vaste " fresque, censée élargir le microcosme de la bourgade fictive d’Eddington, Nouveau-Mexique, aux dimensions d’une nation (et pourquoi pas de l’univers…), vire à la bouffonnerie farcesque, grandguignolesque ; ce qu’accentuent encore la musique et le rythme. (cf dans la deuxième partie le déchaînement quasi pyrotechnique à la Tarentino). Le traitement de certains personnages en pâtit - celui de Louise par exemple (la femme de Cross,  "son lapin" qui se réfugie dans la confection de poupées grotesques -) étonnante Emma Stone en traumatisée mutique…

Reste cette montée de l’hystérie collective, psychose contemporaine- même si la gradation semble gratuite– obnubilée par le slogan MAGA (make america great again). Les émeutes de 2020, la mort de George Floyd, les débats sur le second amendement, les fake news etc . sont bien lisibles en toile de fond…

Le final /épilogue vaut son pesant de catalepsie …

Alors que  certains spectateurs  sont  …restés… à quai

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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2 août 2025 6 02 /08 /août /2025 05:00

D'Eva  Victor (USA 2024)

avec elle-même  (Agnes), Naomi Ackie (Lydie) Louis Cancelmi (Preston Decker) Kelly McCormzck (Natasha) Lucas Hedgs (Gavin) John Carroll Lynch (Pete) E.R Fightmeister (Fran)

 

Prix Waldo-Salt du scénario, Sundance Film Festival 2025,

Quinzaine des Cinéastes Festival de Cannes 2025

Quelque chose est arrivé́ à Agnès. Tandis que le monde avance sans elle, son amitié́ avec Lydie demeure un refuge précieux. Entre rires et silences, leur lien indéfectible lui permet d'entrevoir ce qui vient après

Sorry, Baby

Grave et solaire, drôle et poétique tout à la fois ce premier long métrage (dont le scénario est inspiré de l'histoire personnelle de la réalisatrice). est porté par l’étonnante Eva Victor (actrice et réalisatrice)

Brillante doctorante devenue professeure, Agnes, grâce à l’amitié indéfectible de Lydie (irrésistible Naomi Ackie!) et l’aide de son voisin Gavin "réapprend à vivre" Le film est l’histoire de cette  "reconstruction" Structuré en 5 chapitres (l’année dethe year of the baby, the year of the bad thing the year with the question, etc) mais avec une chronologie éclatée -entre les chapitres I et V qui se font écho,  on assiste à une" remontée" dans le temps, marqué par le "trauma"   dû au "bag thing"  (II) ; une fragmentation à l’instar du corps morcelé d’Agnes ?. En I le décalage entre la sémillante pétillante Lydie épanouie dans sa relation queer, sa grossesse et la recluse Agnès est patent (après une séquence d’ouverture où les deux amies  "miment" hilares et moqueuses la sexualité masculine). En II flash back ; plan fixe prolongé sur la maison où Agnès fut victime d’abus sexuel perpétré par son directeur de thèse ; le spectateur reste sur le seuil constatant effaré le passage de la clarté au noir; or le temps subjectif de l’opprobre doit être décuplé par rapport au temps minuté et pourtant long du jour et de la nuit. Et c’est le "discours" celui qui rapportant les faits et dévoilant les questionnements, qui dira l’innommable et la douleur (Agnès dans la sidération de la honte, le regard absent, hagard se confie à Lydie qui reste hors champ). Rarement (ou jamais ?) le viol n’aura été traité avec autant de justesse -faire éclater la vérité sans jamais la montrer…

La réalisatrice a opté pour une mise en scène minimaliste faite de plans fixes et qu’accompagne la musique de Lia Ouyang Rusli. Une retenue qui n’exclut pas l’humour décalé (cf Agnès, convoquée comme jurée, invente une autre case pour « définir » son genre ; dans le formulaire qu’elle doit remplir ; ou encore quand Pete vole à son secours lui prodiguant des conseils de respiration et lui proposant un … sandwich…. Les deux personnages assis à même le sol sont cadrés dans un plan qui rappelle celui d’une vignette) Un humour pince sans rire qui parfois éclate dans la logorrhée verbale d’Agnes, déroutante ( ?)

La récurrence du plan sur "la"  maison (souvent éclairée de l’intérieur) met en évidence les « notions » de distance, de seuil, d’intérieur -décliné.es, sens propre et figuré , dans ce réapprentissage de la vie ; qui est aussi l’apprentissage du  "vieillissement". Dans la dernière séquence Agnes s’adresse à Jane l’enfant de Lydie un bébé qu’elle apostrophe comme un adulte -tout comme elle dissertait métaphysique avec un chaton devenu compagnon- ; mûrir , est-ce accepter de prendre des tournants non souhaités et/ou compromettre ses désirs… -ce que le voisin Gavin avait suggéré lors de l’épisode assez cocasse de la baignoire…

Un premier long métrage à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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1 août 2025 5 01 /08 /août /2025 05:30

De Baltasar Kormakur (Islande 2024) 

 

avec Egill Olafsson, (Christofer âgé) Palmi Kormakur Baltasarsson (Chrostofer jeune) Mitsuki  Kimura (Miko jeune) Yöko Narahashi (Miko âgée) Masashiro Motoki (Takahsashi-san)  Masatoshi Nakamura (Kutaragi-san)

 

Prix du public Festival de Cabourg 2025

Kristofer, un islandais de 73 ans, se met en tête de retrouver la trace de Miko, son amour de jeunesse. Il s'envole alors pour Londres, à la recherche de ce petit restaurant japonais où ils se sont rencontrés cinquante ans plus tôt. Kristofer l'ignore, mais sa quête, à mesure que les souvenirs refont surface, va le mener jusqu'au bout du monde.

Touch -Nos étreintes passées

Connu du public rouennais grâce au festival du cinéma nordique (prix du grand jury pour 101 Reykyavik  2001 , La cité des jarres 2006 ) Baltasar Kormakur s’est par la suite illustré à Hollywood pour ses films d’aventure dont Everest

Dans Touch- Nos étreintes passées -et dirigeant son fils dans le rôle de Christofer jeune- il propose une fable romantique aussi conventionnelle dans sa mise en scène que dans l’illustration du fameux  "dialogue des cultures". Et si la tragédie d’Hiroshima est évoquée   elle est traitée surtout comme une référence historique .(du moins avant la révélation du "statut" de hibakusha  )

 Or la remontée dans le temps aurait pu se parer de la délicate douceur d’une mémoire qui s’effrite avec Alzheimer et le voyage  aurait pu être poignant si…

Une chorale dans un décor enneigé (on songe à certains films de Knut Eric Jansen) un chant islandais c’est le plan d’ouverture. Puis le personnage principal (à la voix de baryton) va  "fermer"  définitivement son restaurant décidé à entreprendre un  "voyage" à la recherche de celle qu’il a tant aimée, voyage qui le conduit de l’Islande à l’Angleterre puis au Japon, sur fond de pandémie et port du masque obligatoire ….Dialectique du "fermé et de l'ouvert" ? 

Quête d’un contact (stricto sensu:  "snerting" titre original) , Touch est le « récit » d’un périple, dans le temps et l’espace. A 50 ans d’intervalle le septuagénaire est censé "revivre" ses premiers émois amoureux…

Or les constants allers et retours entre le moment présent (scandé tant par les appels récurrents de sa fille inquiète pour la santé de son père que par les étapes successives du voyage ) et le passé (rencontre avec Miko à Londres dans le restaurant tenu par le père, idylle au Japon, et disparition soudaine de l’être aimé…) ont ce quelque chose de préfabriqué et de mécanique nullement convaincant -quand bien même les contrastes entre les deux temporalités sont patents (ambiances couleurs)

C’est que le réalisateur appuie trop sur "la corde sensible"  du mélo (cf la récurrence du gros plan sur ces mains qui se frôlent se cherchent se caressent) et les retrouvailles seront aussi "clean" (cf les happy end de certains romans) que sont "proprets"  les protagonistes tout au long du film

Bref un film aussi lisse que les images clichés sur les trois îles …

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 juillet 2025 1 28 /07 /juillet /2025 05:44

D'Abdenour Zahzah  (Algérie France 2024) 

 

avec Alexandre Desane (Fanon) Gérard Dubouche (Docteur Ramée) Nicolas Dromand (Directeur de l'Hôpital) Omar Boulakirba (M. Charef) Catherine Boskowitz (l'infirmière en chef) Amal Kateb  (Juliette, dite  « Cléopâtre ») Chahrazad Kracheni (Josie Fanon) Fred Restagno (le commissaire) 

 

Sélection Berlinale 2024 et aux JCC (journées cinématographiques de Carthage)

Prix Sankara de la critique au 29ème festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou Fespaco,

Titre Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, au temps où le Docteur Frantz Fanon était Chef de la cinquième division entre l’an 1953 et 1956.

 

Algérie française, 1953. À l’hôpital de Blida-Joinville, Frantz Fanon, jeune psychiatre martiniquais, tente de soigner les Algériens de leurs aliénations lorsque la guerre surgit à l’intérieur même de ses services.

Frantz Fanon

Deuxième biopic consacré à Frantz Fanon en cette année 2025, (commémorer les 100 ans de sa naissance… ) Ce psychiatre martiniquais, essayiste et militant antiraciste, anticolonial, est une figure majeure des luttes de libération Or il reste relativement absent des programmes scolaires ou des espaces publics en France, contrairement à l’Algérie….. C’est bien parce que ce penseur philosophe a milité aux côtés du FLN que se manifestent toutes ces réticences en France, que maquillent de fallacieux prétextes… 

Plus épuré que le biopic  Fanon de Jean-Claude Barny sorti en avril 2025 https://www.cinexpressions.fr/2025/04/fanon.html tourné en noir et blanc (un blanc qui parfois sature l’espace) sur les lieux mêmes où le jeune médecin a exercé de 1953 à 1956, le film d’Abdenour Zahzah (natif de Blida) fait cohabiter deux langues (dialecte algérien et français) pour évoquer les premières années du médecin-psychiatre à Blida avec la méticulosité revendiquée dès le titre  à rallonge " chroniques fidèles survenues au siècle dernier….au temps où...Et de fait hormis le personnage de Juliette/Yamina et la scène avec le commissaire (qu'interprète Fred Restagno) il s’agit bien d’évoquer un "réel"   qu’a documenté le réalisateur (dans son travail en amont d’enquêteur :archives inédites, textes de Fanon,  témoignages) et que confirme le choix de sa mise en scène -succession immersive de "tableautins". Les images d’archives, juste avant le générique de fin, semblent  "prolonger" comme par mimétisme (ou processus inverse...), les scènes de "reconstitution"  auxquelles nous venons d’assister (tant les ressemblances sont patentes…)

Nous voyons ce médecin-chef, arrivé en 1953, dénoncer le racisme du corps médical  français, proposer et mettre en place une psychiatrie révolutionnaire (malgré les sarcasmes des tenants de l’Ecole d’Alger qui décrivaient la  masse des indigènes comme un bloc informe de primitifs profondément ignorants et crédules) . Farouche détracteur de ces a priori qui font du Musulman Nord-africain un débile hystérique, sujet à des impulsions homicides imprévisibles, convaincu du lien étroit entre psychiatrie et colonialisme- persuadé que le « soignant » trop imbu d’une supériorité ethnocentrée, devait changer son regard sur lui-même, il aura  "révolutionné"  approches et méthodes  « Soigner autrement, Vivre autrement » Grâce à différentes activités dans des  lieux dédiés (sport couture musique café) l’asile est reconfiguré ; grâce à la fin de la séquestration, de l’isolement, grâce à la mise en place d’ateliers de  "discussions" , le rapport soignant/soigné est bouleversé

S’exprimer avec tact, écouter, regarder frontalement tant le "patient" que le "colonisateur"  (le regard de l’acteur Alexandre Desane a ce quelque chose d’électrisant et de bienveillant à la fois…qu’accentuent les gros plans sur son visage)

Certes la sobriété affichée dans la mise en scène de ces « tableautins » (cadrages, paroles et gestes des acteurs et figurants, exploitation du noir et blanc) ainsi que la lenteur du rythme ont pour corollaire (inévitable?) une forme de théâtralité -trop accentuée parfois (diction/récitation, phrasé, déplacement dans l’espace) Le bâtiment, avec ses couloirs, ses portes ses espaces clos et sa cour, serait la scène de ce  nouveau théâtre de la Vie 

Théâtralité dont la séquence d’ouverture se donnait à voir comme le microcosme de la psychiatrie avant Fanon ? (une femme en crise, en quête d'une issue dans un espace exigu,  ligotée "emportée" et "calmée"  à coups d’électro-chocs) et se donnait à lire comme prolégomènes ? (grâce à ce mouvement de la caméra par-delà les barreaux, symbole d’ouverture …) Peut-être

Souhaitons que l’intérêt pour ces "chroniques" ne soit pas entaché par les différends actuels entre l’Algérie et la France et par les  "relents"  de colonialisme….

A voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

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27 juillet 2025 7 27 /07 /juillet /2025 06:45

D'Alireza Khatami (Turquie 2024)

 

avec Ekin Koç  (Ali) Hazar Ergüçlü ( Hazar) Ercan Kesal (Hamit) Erkan Kolçak KÖstendil (Raza) 

 

 

Festival de Sundance 2025 - Meilleur Réalisateur Cinéma du Monde”

Reims Polar 2025 Prix de la critique Prix du jury 

 

 

Après plusieurs années aux Etats Unis, Ali retourne s'installer en Turquie avec sa femme. Dans sa ville natale, il retrouve sa famille, notamment sa mère qui vit un enfer sous le joug terrible de son père 

The Things you kill

Tue la lumière telle est la phrase prononcée par le père d’Ali (Ekin Koç) dans le rêve que raconte sa femme Hazar (Hazar Ergüçlü), en ouverture du film ; en écho (au final) la même suppliquedu  père,  ensanglanté, à son fils ; il s'en vient gésir à même le sol dans la maison.....vide

Entre ces deux moments le film aura évolué entre chronique familiale, thriller et fantastique  lynchéen (?) dans l'exploration de la violence patriarcale ; tuer (symboliquement) le père despotique que le fils rend responsable de la mort "accidentelle" de sa mère (trop souvent tabassée humiliée) mais aussi tuer en soi ses propres fantômes, dont la propension au mal,  dictée par la soif de vengeance? après les avoir exhumés ? Et ce n’est pas pur hasard si Ali est "traducteur" (en expliquant à ses étudiants l’étymologie de "translate"  il évoque un étymon arabe qui signifie « tuer » : et si une page traduite était une « page de crime » ? ) Ce que "montrera"  par un jeu de "miroirs"  le cinéaste iranien Alireza Khatami (réfugié au Canada il a tourné ce film en Turquie) en mettant en exergue ces troubles de l’identité, liés à la transmission (devenir père quand son propre père est un tyran…)

Le rythme au tout début est délibérément assez lent dans la succession de saynètes (Ali sa femme Hazar et leur problème de « fertilité », Ali et ses étudiants, Ali et sa relation au père qui le méprise, Ali et sa mère invalide etc…) puis après le décès de sa mère, et après avoir engagé le "jardinier" Reza .., une forme d’ implosion  qui va tout " dévaster" : -le paysage dont l’aridité se craquèle, et le déferlement de la  "violence" qui, impérieuse, dicte paroles mensonges et comportements , le tout accompagné d'une  prolifération de "symboles" - excavations, puits, enfouissements-  le  "jardin" que "cultivait"  Ali (pis-aller, refuge contre  ses déboires professionnel et marital), est lui-même contaminé.

Les audaces du sur-cadrage dans le plan séquence d’ouverture n'étaient-elles pas les  prémices  de ce  " passage"  du " réel" au " fantastique" - comme si tout allait de soi…???

Laissons-nous entraîner dans cette odyssée mentale (même si, inquiétante, elle est parfois cauchemardesque....même si, insistante, elle se complaît parfois dans la surenchère ) 

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 juillet 2025 6 26 /07 /juillet /2025 07:24

De D. Johan Haugerud  (Norvège 2024)

 

avec Jan Gunnar Røise (Chimney Sweeper) Thorbjørn Harr (CEO) Anne Marie Ottersen Nasrin Khusrawi (Sangpedagog) Birgitte Larsen, Siri Forberg (Chimey )Iver Innset (Arkitekt #2 ) Darin Hagi  (Ling Ung kvinne i kollektiv) Theo Dahl (Avdelingsleders sønn)

Deux ramoneurs, tous deux mariés, hétérosexuels et engagés dans une vie de couple monogame, voient leurs repères vaciller face à des expériences qui ébranlent leurs certitudes sur le genre et la sexualité. L’un se confie sur le rapport sexuel qu’il a récemment eu avec un autre homme, sans pour autant y voir une remise en question de son orientation ou de sa fidélité. L’autre, troublé par des rêves récurrents dans lesquels il se voit en femme, s’interroge sur la construction de son identité. Est-il façonné par le regard des autres ? A-t-il enfoui des parts de lui-même sous les injonctions sociales ?

La trilogie d'Oslo: Désir

« le corps est un champ de bataille ».

Dans ce premier volet de la trilogie d’Oslo, mais le troisième à être distribué, la capitale filmée en tant que personnage, semble « prolonger »  le discours sur le "sexe" (titre original) , dans le dédale de ses échangeurs, tel un prisme circulatoire, ou enfermer -par de lents travellings latéraux -sur les toits les façades les avenues, les chantiers, par la récurrence de certains plans, leur épaississement ou leur mobilité- une complexité à « démêler » (et les tracés deviendront progressivement des « lieux » à part entière). Filmée souvent en surplomb comme pour adopter le point de vue des deux ramoneurs, dans leur cheminement introspectif ?

 

Deux personnages filmés en plans séquences -et en alternance- « discutent » de part et d’autre du « cadre » Confrontés pour la première fois à un désir refoulé ( ?) ils s’interrogent sur les « stéréotypes » attribués à la « masculinité »  et s’en viennent à les déjouer (et voici que s’effritent des certitudes sur le « sexe » le désir,  le rapport à l’autre et au monde)   Jamais moralisateur souvent drôle (cf le rôle de la langue/muscle que l’on va « détendre » , de la peau qui pèle, des confidences du fils à propos des « règles » de son amie.) toujours empreint de délicatesse, ce long métrage qui ausculte comme à la loupe la complexité du « désir » fait advenir (une fois de plus) l’étrange, le singulier  au sein même de la banalité, mais ici par le décryptage de l’inconscient : quel est le « sens » de ce rêve récurrent où je suis présenté comme une femme dévorée par le regard de David Bowie ? mes cordes vocales sont-elles en train de « muter » ? Ayant accepté une expérience sexuelle avec un client, ayant joui, j’affronte les sarcasmes de ma femme que j'aime (mal au cul ?) La sexualité serait-elle un « langage à réinventer » ? quid de la fidélité ? de la trahison ? de la confiance ? « Comment vivre à deux sans se renier » ? Deux parcours parallèles, une prise de conscience sur les limites imposées,  intériorisées...

Gageons que par ses subtilités son absence de didactisme « désir » s’inscrira dans ces essais contemporains sur l’amour….

Un film à ne pas rater 

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 juillet 2025 5 18 /07 /juillet /2025 04:51

De Kohei Igarashi (Japon 2024)

Avec  Yoshinon Miyata, Hiroki Sano, Nairu Yamamoto  Hoang Nhu Quynh

Festival de Venise 2024

Sano est de retour à lzu, sur le littoral japonais. Il semble absent à lui-même et à ce qui l'entoure, sauf à cette casquette rouge qu'il cherche obstinément. Il est en quête d'un signe, d'une trace, de quelque chose qui pourrait attester d'un événement survenu ici, en réincarner le souvenir.

Super Happy Forever

Par le choix d’une chronologie inversée (d’abord 2023 puis 2018) le cinéaste japonais  Kohei Igarashi (dont nous avions beaucoup apprécié Takara la nuit où j'ai nagé…(https://www.cinexpressions.fr/2018/05/takara-la-nuit-ou-j-ai-nage.html), associe les contraires -fugacité vs éternité, deuil -dû à la perte de l’être aimé- et résurrection du passé- , prône la toute-puissance du souvenir (même partial ou altéré) dans une exploration/célébration du sentiment amoureux dont le fil d’Ariane est  la casquette rouge.  Avez-trouvé une casquette rouge perdue il y a 5 ans demande Sano à l’accueil de l’hôtel; en écho la même question formulée par Nagi 5 ans auparavant, dans ce même hôtel… Une casquette trouvée à même le sol que Sano achète offre à Nagi (2018) qui la perd et que l’on retrouvera dans la 3ème partie avec le cursus de la jeune vietnamienne employée de l’hôtel. Car il y a trois points de vue, trois prismes du temps, trois distorsions dans les interstices mêmes …

Et l’on passera d’une temporalité à une autre avec la fluidité propre au souvenir malgré les ellipses (par exemple un ample panoramique sur l’hôtel entre la réminiscence douloureuse 2023 et la résurrection de la rencontre amoureuse 2018 où Nagi semble trôner dans le hall du même hôtel alors très lumineux…) En 2023 (soit le premier mouvement du film) le protagoniste Sano incarne la Douleur, il déambule hagard à la recherche de…-et les lumières assez ternes de l’hôtel -qui d’ailleurs va fermer définitivement- accompagnent sa souffrance ; chaque détail, interprété comme un lambeau du passé a les vertus d’une effigie, d’un vestige/relique (les cigarettes que Nagi fumait, la chanson beyond the sea qu’elle fredonnait et surtout la casquette qu’elle portait et que Sano voit sur le crâne d'un enfant sur la plage…).Ces mêmes  "objets" de réminiscence se déploient dans l’authenticité d'un réel vécu par Nagi (deuxième mouvement) dans la lumière à peine diffractée qui accompagne la "rencontre amoureuse"  placée sous le signe de l’insouciance (rires éployés,  séquence délicieuse des "nouilles instantanées", pertes d'objets ou de repères (?) alors que Nagi, photographe, offre à la mémoire oublieuse ses clichés... )

Un long plan fixe sur la mer ouvre le film, (nous sommes à Atami au sud de Tokyo) cette mer qui reviendra non seulement en leitmotiv (couleurs mouvements chanson de Trenet) mais aussi comme un appel nimbé de sa dichotomie enfouissement/exhumation (les "traces"  de la valise à roulettes que traîne Nagi sur le sable, vont épouser celles des pas …avant que l’eau ne les recouvre tel un linceul bleu). La mer, les couleurs pastel (bleu et ocre, cf affiche) un paysage intérieur (2018).. La mer image et protagoniste du Temps ? Un autre plan fixe sur les deux personnages filmés assis de dos, contemplant l’infini semble suggérer un indicible partagé (2018) alors qu’en 2023 un indice assez tragique (un homme qui s’effondre terrassé par une crise cardiaque, l’ami de Sano, Myata, infirmier a essayé en vain de le sauver…) ne peut que rappeler la mort tragique de Nagi …(celle-ci restera dans les limbes) allusion à la Covid ??

Super Happy forever  qui, dans le film, est le nom d’une secte, vantée par  Myata, dont les membres se reconnaissent grâce à une chevalière - s’est délestée très vite d’une charge ironique…

 Car au final n’est-ce pas la permanence de l’Amour dans l’impermanence de la finitude qui est exaltée ?

A ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 juillet 2025 4 10 /07 /juillet /2025 16:17

De D. John Haugerud (Norvège 2024)

 

avec Andrea Bræin HovigTayo Cittadella JacobsenMarte EngebrigtsenMarian Saastad OttesenLars Jacob Holm (le psy de Rêves) 

Sur un ferry qui les ramène à Oslo, Marianne,  urologue, retrouve Tor, infirmier dans l’hôpital où elle exerce. Il lui raconte qu’il passe souvent ses nuits à bord, à la recherche d’aventures sans lendemain avec des hommes croisés sur des sites de rencontre. Ces propos résonnent en Marianne, qui revient d’un blind date organisé par sa meilleure amie et s’interroge sur le sens d’une vie amoureuse sans engagement. Mais ce soir-là, Tor succombe au charme de Bjorn, qui lui résiste et lui échappe…

La trilogie d'Oslo: Amour

Dans ce volet de la trilogie Oslo s’impose tel un personnage à part entière. Ole, un des protagonistes évoque avec amour sa pierre, ses strates (à un moment au commentaire d’une maquette se superposera un baiser la surplombant) de même la guide Haidi (séquence d’ouverture) commente des sculptures -insistant sur les bienfaits de l’amour, de l’amour libre, du triolisme.

Oslo et son architecture, filmée souvent de  nuit

Oslo qui avec le ferry (allers et retours répétés Oslo/Nesodden, comme autant de chassés croisés) va « métaphoriser » la « construction » de liaisons amoureuses.

Dès le début du film s’invite ainsi l’érotisme qui mêlé aux détails architecturaux impulse simultanément le chant d’amour du cinéaste à sa ville dédié (telle une ode) et la psychologie (complexe) des deux protagonistes : Marianne (Andrea Bræin Hovig), urologue, et Tor (Tayo Cittadella Jacobsen), infirmier, incarnant deux façons d’aimer, que le  "discours"  et sa  "concrétisation" (contrariée ou non) exhaussent à l’universel.

Déclinées avec délicatesse très souvent (cf le duo que formera Tor et le psychologue, qui vient de subir une prostatectomie, cf les réticences de Marianne dont les pleurs disent le refus d’usurper la place censée revenir en priorité à la fille d’Ole…), incarnées avec subtilité (cf le jeu tout en nuances d’Andrea Bræin Hovig) ces constructions amoureuses  soulèvent les questions sur l’efficacité ou l’incongruité des applis de rencontres (Tinder  Grindr) ou du cruising, sur l’acceptation ou le refus des "normes"  dans la quête amoureuse. Questions que les personnages incarnent tels des archétypes ou tels les acteurs d’un théâtre qui est rarement celui de la cruauté et que scande l’éphéméride solaire de ce mois d’août à Oslo !

 

Amoureuses, amoureux de l’Amour, ce film vous séduira

 

Colette Lallement-Duchoze

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