7 octobre 2025 2 07 /10 /octobre /2025 16:09

De Paul Thomas Anderson  (USA 2024)

 

Avec Leonardo di Caprio (Bob Fergusson) Sean Penn (le colonel Lockjaw) Benicio del Toro (Sensei Sergio) Teyana Taylor (Perfida) Chase Infinitia (Willa) Regina Hall (Deandra)

Ancien révolutionnaire désabusé et paranoïaque, Bob vit en marge de la société, avec sa fille Willa, indépendante et pleine de ressources. Quand son ennemi juré refait surface après 16 ans et que Willa disparaît, Bob remue ciel et terre pour la retrouver, affrontant pour la première fois les conséquences de son passé…

Une bataille après l'autre

Un blockbuster ? (gros budget, médiatisation, action effets spéciaux, stars à l’affiche) En tout cas un film qui assume ses outrances et caricatures et le refus de l’héroïsation (DiCaprio en paranoïaque cabotin grimaçant ou Sean Penn en colonel aussi effrayant que ridicule avec ses tics, ses pulsions ses fantasmes) un film qui mélange avec frénésie satire politique, comédie noire et drame familial. Un film à la puissance tumultueuse, survoltée non dénuée d’humour. Et dans la cavale quasi dantesque il y de savoureux moments d’inventivité (la course poursuite sur une route qui n’en finit pas d’onduler de dos d’âne en dos d’âne, des goulots et tunnels salvateurs pour les migrants, la chorégraphie aérienne des nouveaux "révolutionnaires" ces skaters  qui surfent  sur les toits pour échapper à la traque mortifère des policiers)

Voici sur deux générations (la fin est "ouverte" sur…une bataille à venir) la lutte entre les forces de l’ordre (fascisantes c’est un euphémisme !) et des activistes (extrême gauche ?) sans oublier la présence de ce groupuscule suprémaciste sorte de société secrète toute puissante...Un film qui dépeindrait une Amérique uchronique plus que trumpienne ? A voir…Adaptant librement le livre Vineland, de Pynchon et transposant l’intrigue des années Reagan au XXI°  , écrit et tourné avant la réélection de Trump, le réalisateur  passe au vitriol les dérives idéologiques du président républicain (cf la présence de ces suprémacistes œuvrant pour la "pureté" de la race ou la chasse aux  migrants) en nous immergeant dans le marasme  "actuel", mais à grand renfort de gags, de suspense et d'impayables rigolades. Bien plus on aura reconnu dans la thématique de la  "paternité" -un des fils directeurs- ou de la femme qui refuse d’assumer l’éducation de sa fille (pourtant adorée) et qui aura préféré "balancer" les siens , l’image d’une « mère patrie » à vau-l’eau

Des bémols toutefois: la musique est souvent si envahissante qu’elle écrase au lieu d’illustrer ; les personnages (qui pourraient susciter empathie ou dégoût) sont réduits à de simples stéréotypes (malgré la volonté affichée de ne pas héroïser et de faire des "vedettes" du cinéma des pantins), une certaine complaisance dans la redite ou des effets  "faciles" (cf. le gros plan prolongé sur le visage couturé du colonel qui a échappé à…la mort) ou des références « douteuses » (on le "gaze" avant de le "brûler"…)

Quelle heure est-il ? Bob qui depuis x années n’a pas consulté son Manuel du révolutionnaire, est incapable de se remémorer le mot de passe … et ce faisant de voler au secours de sa fille bien aimée…,

Oui Quelle heure est-il ? alors que triomphe avec fracas tout ce que l’on peut honnir… alors que « la bataille d’Alger » visionnée sur petit écran est omniprésente…

alors que le mot de passe n’a rien de magique  nous ne sommes plus d’actualité….

 

A voir!

 

Colette Lallement-Duchoze

Une bataille après l'autre
Partager cet article
Repost0
6 octobre 2025 1 06 /10 /octobre /2025 08:05

De Jafar Panahi  (France Iran Luxembourg 2024)

 

Avec Vahid Mobasseri, Maryam Afshari, Ebrahim Azizi, Hadis Pakbaten

 

Palme d’Or Cannes 2025

Les années 2020, en Iran. Chargé d'effectuer des réparations sur un véhicule endommagé, Vahid, mécanicien d'origine azerbaïdjanaise, pense reconnaître en son client un des tortionnaires qui l'a malmené lors d'un séjour en prison. Mais face à cet homme qui nie farouchement avoir été son bourreau , face à ce père de famille, le doute s'installe...

Un simple accident

Film réquisitoire -contre les tortures que pratique un régime totalitaire et le cinéaste qui a connu les geôles d’Evin sait de quoi il parle -(le hors champ s’invite dans les diatribes, la rage, les rappels de détails qui après avoir torturé la chair continuent à torturer l’être tout entier); film qui mêle drame, comédie, absurde…Film d’un résistant qui, condamné à vingt ans d’interdiction de filmer et de sortie de territoire, emprisonné à deux reprises, aura préféré retourner dans son pays et continuer à « militer » de l’intérieur …Ne prenez pas ça pour du courage, c’est de la faiblesse : je n’ai pas la capacité de vivre ailleurs qu’en Iran. J’ai passé trois mois en France pour la postproduction de mon film, cela m’a tellement angoissé que l’on m’a mis sous morphine. Dit-il non sans ironie

Un simple accident a été auréolé de la Palme d’or au festival de Cannes 2025

Dans le concert de louanges osons une voix légèrement discordante…

Certes Jafar Panaha s’efforce d’opposer à la barbarie du régime la dialectique vérité vs aveuglement -avec la métaphore des yeux bandés – surveillance vs liberté ( le comique de situation avec les policiers) ou encore l’humour  -celui de tous les  dérapages  (la panne l’interruption d’une cérémonie, les désaccords entre les protagonistes, la corruption par pots-de-vin interposés etc..) Certes le message empli d’humanisme se devine dans ces déplacements cahoteux qui nous conduisent du coffre scellé aux régions désertiques épousant les questionnements sur la justice immanente,  sur l'humanité profonde des individus;  sur  la "conscience" qui s'acquitte à bon compte en  effaçant  le corps du tortionnaire Eghbal, dont le grincement de prothèse rythmait  le tic-tac du temps,  etc...

Mais…

Le scénario est lourdement lesté de charges démonstratives et les personnages souvent réduits à des stéréotypes s’en viennent déclamer (à tour de rôle et peu convaincants d'ailleurs) ou éructer leur besoin de vengeance (surtout Hamid qui interprète tout à l’aune du complotisme…) comme si nous assistions  à un tribunal "moral" ;  même dans le dernier "acte" où la problématique concerne le pouvoir et les effets de la répression... La tension dramatique attendue en est comme phagocytée,

Un mini huis clos (celui du van) avec son mini conclave (le kidnappeur, la photographe, le couple de jeunes mariés, et Hamid ivre de vengeance) s’interrogeant sur "le chemin"  à parcourir, cela ne crée pas pour autant une ambiance beckettienne, il ne suffit pas de citer « en attendant Godot » dans la solitude aride et la présence d’un arbre sénescent pour rendre palpable l’attente absurde 

Les propos d’Hamid « Il (la Guibole ex tortionnaire) a perdu sa jambe en Syrie dans leur guerre sainte de merde », censés prouver la montée d’une insolence blasphématoire -mais cathartique -  sont vite étouffés …

Le jeu du champ contrechamp qui prévalait au tout début et créait une forme de suspense menaçant (Vahid le garagiste, terrorisé, se cache du "chauffeur" en contrebas à la recherche d'une boîte à outils) s’émousse bien vite  

Force est de reconnaître que Jafar Panahi a été plus inspiré et plus novateur par le passé et que cette Palme d’Or est essentiellement  politique  et non  cinématographique

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
5 octobre 2025 7 05 /10 /octobre /2025 06:48

Documentaire réalisé par Alice Odiot et Jean Robert Viallet (France 2025)

 

2025 • FIPADOC - Festival International Documentaire • Biarritz (France) • Documentaire national - Première mondiale

2025 • Festival 2 Cinéma de Valenciennes • Valenciennes (France) • Compétition documentaire

 

Une grande porte en métal qui coulisse pour laisser entrer les fourgons de la police. Des hommes en sortent, avec leurs histoires. Des murs, des geôles, des escaliers en pierre, des salles d'audience, des coulisses, des larmes, des cris, des regards. Le tribunal de Marseille est débordé par les affaires de stupéfiants. Ceux qui sont jugés là sont les gérants d'une économie du chaos

Stups

Les geôles sont le ventre du tribunal, un lieu qui contient toutes les peurs et les regrets. Filmer cet endroit à Marseille n'avait jamais été fait"(Alice Odiot)

Ceux que nous avons filmés sont des esclaves au sens littéral du terme, ils travaillent gratuitement",( Alice Odiot)

 

Rigueur et justesse, bienveillance et humanité telles sont les qualités indéniables de Stups, qualités que nous avions déjà tant appréciées dans le documentaire Des hommes 2019 Des Hommes - Le blog de cinexpressions

Stups ou l’Anatomie d’un système, le trafic de drogue et sa dévoration (sens propre et figuré) des plus « faibles » . Témoignages bouleversants (mais la part de mensonges ou le déni réitéré n’échappent pas aux juges à la procureure et au spectateur), avec une gradation quasi dramatique depuis l’attente dans les coulisses jusqu’à la dernière comparution,  celle qui illustre le mieux l’état d’esclavage dans lequel risquent de sombrer tous ces trafiquants exploités … et une importance inégalée accordée au hors champ.. Ecran noir quand on passe d’une séquence à l’autre, visage embué et comme terrorisé capté derrière une vitre,  bande son minimaliste (hurlements ou frénésie des coups de poing après le couperet de la sentence) impassibilité des gardiens (immobilité typique de la statuaire), 

Tout cela contribue à l'excellence d'un documentaire qui aura exigé beaucoup de "doigté" en amont et une forme d'empathie On a filmé des destins qui sont en train de se jouer, des gens qui arrivent de garde à vue, qui ont passé 48h sans dormir, sans manger, sans se laver, et qui dans les minutes voire les heures qui suivent vont être jugés. Ce sont ces moments-là qu'on saisit, des moments d'espoir, d'humanité, de puissance et de force",  explique Jean-Robert Viallet,

La caméra nous immerge dans le huis clos du palais de justice (Marseille) en filmant les audiences de ceux qui vont rejoindre (ou non) un établissement pénitentiaire afin de purger leur peine. Dans l’antichambre c’est l’attente angoissée (dont témoigne dès la première séquence un gros plan sur le visage de profil puis de face, sur le regard, sur les mains entravées d’une jeune femme). Interrogatoires réquisitoires et plaidoiries pour 30' de comparution (deux interventions d’avocats en dénonçant l’inanité de la "purge"  signalent la reproduction systématique des "déterminismes sociaux" »récitée telle une litanie comminatoire ). Filmé de dos (ce jeune homme récidiviste) ou en frontal (ce revendeur qui a entraîné dans son trafic sa progéniture ou cette toxico violentée), le prévenu -quelle que soit sa "fonction" -nourrice guetteur transporteur vendeur - n'hésite pas à battre sa  coulpe, aux accents graves de la sincérité, tout en usant  de roublardises....

La parole- la maîtrise ou non du langage-, à l’intérieur du huis clos oppose deux mondes, l’exploitation à l’extérieur dans ce hors champ si prégnant malgré les non-dits c’est le lot quotidien de ces ouvriers du shit (où dans certains quartiers de Marseille, la tentation de l’argent "facile" débute dès l’enfance) (on sait que les véritables responsables et bénéficiaires, ne passeront jamais la porte ni du tribunal, ni de la prison)

Montrer comment une organisation sociale "voue une frange de sa population à la prison"  tel est bien l’intérêt majeur de ce documentaire à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Partager cet article
Repost0
3 octobre 2025 5 03 /10 /octobre /2025 05:41

Long métrage d'animation réalisé par  Félix Dufour Laperrière (Canada France 2025)

Avec les voix de Zeneb Blanchet (Hélène) Karelle Tremblay (Manon) Mattis Savard Verhoeven (Marc) Barbara Ulrich (la vieille dame) Françoise L. (l’enfant)

Musique Jean L'appeau (alias Gabriel Dufour-Laperrière) 

 

Présenté à la Quinzaine des Cinéastes Cannes 2025

Lors d'un attentat contre de riches propriétaires, Hélène abandonne ses compagnons et s'enfuit dans la forêt. Manon, son amie et complice lors de l'attaque, revient la hanter, pour lui offrir une seconde chance. Ensemble, elles affrontent le choix impossible entre violence et inaction. Si c'était à refaire, jusqu'où Hélène irait-elle cette fois au nom de ses idéaux ?

La mort n'existe pas

Autant on sera sensible à la beauté formelle de ce film d’animation autant on pourra être déçu par le propos trop sentencieux – ce qui ne remet nullement en cause le questionnement  sur les enjeux climatiques face à l’imminence d’une catastrophe …

Le graphisme, les aplats de couleurs et leurs métamorphoses (du vert à l’ocre, de l’ocre au noir charbonneux)  les ambiances spectrales ou sombres, la diffraction par démantèlement craquèlement et les « résurrections » -censées illustrer les orientations et les choix politiques envisageables ( ?), les analogies entre la meute des loups (noir et rouge sang opposés à la blancheur virginale d’un ovin) et celle des révolutionnaires solidaires dans l'élimination des responsables du mal qui contamine la planète, (un couple prédateur propriétaire richissime ), la forêt comme théâtre de tous les enjeux et surtout le procédé de la réitération (le spectre  de Manon propose à Hélène une seconde chance) tout cela au service d’un double questionnement intime et politique -qu’accompagne une musique censée donner corps à la psyché d’Hélène-, fait que l’intérêt suscité s’émousse assez vite …. 

La problématique engagement ou immobilisme, action violente ou repli petit-bourgeois, choix de société, et sur le plan strictement personnel -le repentir, le sacrifice de ses amours (cf les appels désespérés à Marc …) problématique en elle-même intéressante, (et bien ancrée historiquement) tourne vite hélas ! au didactisme déclamatoire  (Même quand Hélène désabusée fait le constat "on a été naïfs", auquel un personnage rétorque "plutôt romantiques")

Entraîné dans le voyage  mental  d’Hélène, (revivant la scène inaugurale qui provoqua la mort de ses amis, elle convoque réminiscences souvenirs, est en proie à des visions hallucinées), ballotté dans cette sorte d’espace-temps qui mêle réalisme et fantastique, (cf les métamorphoses et résurrections), le spectateur ne saurait adhérer pour autant à toutes ces bifurcations dans cette forêt aussi luxuriante que moribonde…

Dommage !

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
1 octobre 2025 3 01 /10 /octobre /2025 07:22

De Pierre Schoeller (France Belgique 2024)

 

Avec Camille Cottin (Claire Lescure)  Romain Duris (Yves Lescure) Céleste Brunnquell (Salomé Lescure)  Denis Podalydès (Grégoire) , Bruno Podalydès (Terrence), Myriem Akheddiou (Anne Gomez-Taddei) Joël Ödmann (Gunnar) )

Claire et Yves, physiciens de formation, travaillent dans le nucléaire depuis toujours. Lors d'une visite à la National Gallery, Claire va être bouleversée par trois toiles de Rembrandt. Cette rencontre avec ces trois œuvres magistrales va les changer à jamais.

Rembrandt

Dénoncer les ravages du nucléaire en s’appuyant sur le syndrome de Stendhal, après tout pourquoi pas ? assigner à l’art (en l’occurrence la peinture) des vertus épiphaniques voire prophylactiques (le regardeur en allant au-delà de la simple apparence, de la représentation, pénètre dans un monde jusque-là inconnu qui le met en garde, le prémunit  contre les méfaits du présent) pourquoi pas ? Mais à condition que la fiction ne verse pas dans une dystopie hasardeuse brumeuse et racoleuse ….

Or c’est précisément l’écueil de Rembrandt alors que Pierre Schoeller nous avait habitué à plus d’ingéniosité (cf L’exercice de l’état)

Et si l’on reprend la typologie des 5 films dans un film, les 5 approches dans Rembrandt (politique, scientifique, sentimentale, artistique, paranormale- alogique) manquent de fluidité entre elles, contraignant le spectateur à "patauger" 

Claire a contemplé, s’est approprié en les pénétrant, trois toiles de Rembrandt (Vieil homme assis dans un fauteuil Un homme âgé comme St Paul et Portrait of Hendricke Stoffels) lors d’une visite à la National Gallery (son mari et sa fille décomptant, perplexes,  les heures d’attente…) D’abord un évanouissement (syndrome de Stendhal) puis une prise de conscience, et enfin un changement radical d’idéologie et de mode de vie… tout plaquer (portable, famille) vivre à l’ancienne (sans électricité) Mais ce cheminement est traité de façon parfois si caricaturale qu’il en devient ridicule (cf l’épisode d’isolement, de retour aux "fondamentaux" et un épilogue assez racoleur…)

Certes les reproductions ( ?) des toiles de Rembrandt quand elles sont agrandies aux dimensions de l’écran ou qu’elles trouvent leur écho (clair-obscur, position des personnages, ambiances mordorées) dans certains plans du film sont soudainement exhaussées quittant la fixité théâtrale de la National Gallery Mais comparées plusieurs fois -comme mises en parallèle- aux vagues mortifères (démonstration par infographie animée des risques du changement climatique ) ou à des paysages quasi lunaires, comme inviolés, elles engloutissent le propos au moment précisément où celui-ci aurait dû être convaincant.

Certes la façon de filmer le visage, le regard, l’allure de Camille Cottin s’inscrirait dans la transcription  d’un paranormal (à l’opposé, les interventions, les remontrances de Romain Duris l’engluent dans un engoncement revendiqué, du moins jusqu’à l’épilogue) mais est-ce suffisant pour appréhender cet illisible qu’elle seule Claire serait censée approcher ?

Quant au mot magique gardé un temps secret et qui s’en viendra au final commenter la vastitude des  panoramiques, alors que l'humain est rapetissé, nanifié, il laisse perplexe… ou fait sourire...

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
27 septembre 2025 6 27 /09 /septembre /2025 04:59

Documentaire réalisé par Andrei Ujicà (Roumanie France 2024)

 

présenté hors compétition à la Mostra de Venise 

Une chronique de la ville de New York entre le 13 et 15 août 1965, date de l'arrivée des Beatles dans la ville et de leur premier concert à guichets fermés au Shea Stadium du Queens.

TWST : Things we said today

Et si la venue des Beatles aux USA en août 1965 pour leur concert au Shea Stadium du Queens n’était qu’un prétexte pour le documentariste roumain?  . Du  "fameux" concert nous ne verrons que l’arrivée de la foule hystérique…Andrei Ujicà semble  plus intéressé par l’effet médiatique d'un tel événement, par le lien (peut-être ?) entre certains idéaux du groupe et la réalité "quotidienne" vécue aux USA. Il lui aura fallu 12 ans de travail – dont 100 heures de films d’actualités 16mm, 100 heures de séquences amateurs 8mm  -,  pour  "replacer l’histoire du groupe dans celle, plus vaste, de la musique populaire et de son influence sur la société américaine"

Certes , au tout début de TWST nous assistons à l’arrivée des quatre musiciens sur le tarmac de l’aéroport JFK , puis nous les  suivons  dans le hall du Warwick Hotel pour   leur conférence de presse assez tumultueuse au demeurant. Mais en s’appuyant sur des images tirées de la presse locale ou de films d’amateurs, le documentariste propose d’emblée une autre « vision » que celles auxquelles le public  fut habitué… à l'échelle planétaire d'ailleurs...(les images familiales et personnelles frappent souvent par leur simplicité,  leur spontanéité)

En faisant la part belle aux écrits d’O’Brien, Andrei  Ujicà va en outre, établir un « lien » entre ses déambulations et les images convoquées. Ainsi, des incrustations à même les archives  "animent" le  personnage (dessiné)   : il marche aux côtés de la foule de passants, il s'installe   à l’intérieur d’un taxi, il prend la parole, etc...

Voici donc Geoffrey O’Brien (journaliste) fils du jockey Joe O’Brien et Judith Kristen (écrivaine) ; adolescents, ils ont été les témoins de ce week-end effervescent. Leurs déambulations vont révéler au public de 2025 d’autres aspects de la vie  newyorkaise  en particulier et américaine en général. Et nous nous laissons embarquer dans un voyage temporel assez original où certaines saynètes restituent des ambiances typiques des années 60 ( le twist frénétique dans un club, le réalisme du marché aux poissons (Fulton) l’envol amusé de la Foire du futur) , la découverte de la Statue de la Liberté, alors que d’autres mettent en évidence la dure réalité des Afro-Américains de Harlem, ou les violences policières à Los Angeles -émeutes de Watts, en 1965 visualisées  sur petit écran.

Quand Judith prend le relais  -en voix off elle aussi- quand  elle évoque son arrivée à New York (pour assister au fameux concert), mais aussi sa relation amoureuse  il faut avouer que l’espace sonore est saturé par le trop plein de cette voix off et l’espace visuel par la métaphore filée  du papillon …

On pourra donc  être séduit par une approche singulière (sorte de « greffe » tous azimuts où s’interpénètrent mémoire collective et imagination) et simultanément en signaler les défauts majeurs : voix off par trop envahissante et recours peu convaincant aux images générées par l'IA…

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
25 septembre 2025 4 25 /09 /septembre /2025 07:05

De Radu Jude (Roumanie 2024)

 

avec Eszter Tompa,(Orsolya) Gabriel Spahiu : (Ion ) Adonis Tanța : (Fred)  Oana Mardare : (Dorina)  Șerban Pavlu : (Șerban, le prêtre) Annamária Biluska :( la mère d'Orsolya)  Ilinca Manolache :( Irina)

*

Ours d’argent Berlinale 2025 (prix du meilleur scénario)

Orsolya est huissière de justice à Cluj, en Transylvanie. Elle doit un jour expulser un sans-abri qui vit dans le sous-sol d'un immeuble du centre-ville transformé en hôtel de luxe. Un événement inattendu la met brusquement face à ses contradictions, entre son devoir professionnel, sa morale et son humanité

Kontinental '25

Tourné en 10 jours, avec un I-Phone, Kontinental '25 (clin d’œil au film de Rossellini Europe 51), du "facétieux et iconoclaste" Radu Jude  frappe par une construction apparemment plus "sage" que celle de ses films précédents  (cf N’attendez pas trop de la fin du monde - Le blog de cinexpressions Bad luck banging or loony por - Le blog de cinexpressions)

Empruntant à Rohmer la puissance du "logos" comme authentique matière cinématographique, il invite le spectateur à partager les soubresauts d’une conscience dévorée par la culpabilité –(depuis l’acte d’expulsion jusqu’à la décision finale (ne pas spoiler): Le suicide du SDF (resté hors champ) ? Orsolya huissière de justice, hantée par sa vision et convaincue de sa propre responsabilité, le dit et répète sans fard à son supérieur, à son mari, à sa mère, à sa meilleure amie, à un prêtre orthodoxe et au final à un ex étudiant -avec des variantes, et une seule fois dans une version très condensée. A chaque fois des plans séquences et  de longs plans fixes -à noter ici leur dissonance calculée avec le dérèglement intérieur du personnage principal.  Voici   les deux amies filmées assises, de face,  en écho filmé.es de dos, Orsolya et le prêtre, la main énorme du prêtre sur le dos de la femme, un geste qui "accable" tout  en prolongeant le "discours".  A chaque fois, des pleurs accompagnent le "récit", à chaque fois la dénégation de l’interlocuteur qui dédouane la «locutrice récitante» de toute responsabilité (propos cyniques  "de toute façon ce sdf se serait suicidé .. plus tard … ;excuse   "l’administration a accompli son « devoir"  - justifiant d'ailleurs les pires exactions quel que soit le régime, quel que soit le pays…)  comparaison avec le film de Wim  Wenders perfect days quand l’amie se prend à rêver d’un monde sans … crasse.  Nullement convaincue Orsolya s’en vient à réciter des "pater" agenouillée près d’un arbre, dans Dino Parc tout près d’un dinosaure en plastique -plan d’ouverture du film d’ailleurs- Ô la coexistence ironique d’un monde absurde artificiel et la religiosité d’un acte frappé d’inanité !  Délestée  du fardeau qui l’accable, déridée (provisoirement ?) cette huissière de justice  le sera par l’alcool et une relation sexuelle, dont les cris étouffés répondent aux profondeurs  de la nuit  …Au spectateur d’interpréter cette séquence qui mêle à un rythme rapide des historiettes supposées "marrantes"  (l’ex étudiant converti en livreur et narrateur excellent au demeurant) et l’ingestion d’alcool

Le récit est ancré dans la ville de Cluj-Napoca, au cœur de la Transylvanie, ville emblématique symbole à la fois de la réussite économique roumaine et des tensions sociales et mémorielles qui la traversent. Surnommée San Francisco roumaine », (propos du réalisateur) Et ce n’est pas pur hasard si le film se clôt sur une succession silencieuse de plans fixes prolongés, sur des façades sur des chantiers sur une vision déshumanisante d’une cité où triomphe la spéculation immobilière (et son corollaire expulsion des populations précaires) soit une représentation quasi  " monstrueuse"  du capitalisme. Et l'on devine sous l’apparence urbanistique les traces d’une histoire traumatisante (ghetto transformé en briqueterie, guerre avec la Hongrie ; sur les réseaux sociaux d’ailleurs Orsolya se fait conspuer à cause de ses origines hongroises…Ô  la prégnance des nationalismes exacerbés!!

Kontinental '25 apparemment plus dépouillé n’en est pas moins incisif.

Un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

On attend fébrile la sortie de Dracula en octobre …

Partager cet article
Repost0
23 septembre 2025 2 23 /09 /septembre /2025 11:43

De Lucile Hadzihalilovi (France 2024)

 

Avec Marion Cotillard (Cristina) Auguste Diehl (Max)  Clara Pacini (Jeanne) Gaspar Noé (Dino le réalisateur) Dounia Souchov (l’assistante du réalisateur)

 

Berlinale  Ours d’argent pour la meilleure contribution artistique

Dans les années 1970, Jeanne, orpheline, fugue de son foyer perché en altitude, pour atterrir dans les lumières d’une petite ville au creux de la nuit, avec sa patinoire à ciel ouvert… Elle finit par échouer dans l’entresol d’un immeuble où elle s’endort, épuisée. Au petit matin, elle découvre qu’elle a atterri dans un studio de tournage, une équipe s’activant autour de la sublime et imprévisible Cristina, que l’on sent prête à claquer la porte. Une relation trouble s’installe entre les deux femmes.

La Tour de glace

Un conte un rêve qui rejoint le réel : Jeanne fait un rêve inspiré d’un conte qu’elle lisait à une jeune orpheline pour l’endormir et voici qu’il se confond avec la réalité laquelle est elle-même fiction car nous sommes sur un plateau de cinéma où l’on tourne une adaptation de La Reine des neiges  Ainsi va le cinéma,  ainsi va le film de Lucile Hadzihalilovic :  jouer avec les apparences et les niveaux de réalités (le studio de tournage comme mise en abyme, le choix du film dans le film, le double (je)  jeu de Jeanne et de Cristina, deux femmes en miroir (Cristina se revoyant en Bianca à une croisée de sa vie; Jeanne/Bianca comme médusée par la beauté d’une actrice fétiche (gros plan sur un visage aux  cils englués de paillettes) interprétant un personnage de son conte fétiche) ; jouer avec les doubles  - l’emprise fonctionnera dans les deux sens : la Reine des Neiges a une emprise sur l’actrice qui l’interprète ; l’actrice a une emprise sur la jeune fille laquelle exerce une emprise sur l’actrice…Emprise réciproque donc qui culminera dans la séquence du baiser et  son aspiration vampirique 

Mais les effets beaucoup trop appuyés et la lenteur "calculée"  risquent d’aller à l’encontre des intentions ou du moins de les galvauder  -givre et glace en tous leurs fragments éclatés, miroitement de la patinoire (Bianca la patineuse représentant un autre modèle pour Jeanne),  effets spéculaires ad nauseam (dont le cristal qui figurant la lentille de la caméra que traverse la lumière  devient la métaphore  de l’essence du cinéma …)

Du conte d’Andersen la réalisatrice pousse à l’extrême la donnée initiale ("qui traite d'un miroir et de ses morceaux "); elle est surtout intéressée par la figure ambivalente  de la Reine des Neiges (cf la voix  off), par le monde du froid et des miroirs. Est-ce   le regard émerveillé de Jeanne / Bianca qui procèdera aux  transfigurations ? Le "coupez"  du réalisateur,  la pseudo- contemplation des rushes comme passage  d'un irréel (ré)inventé à un "faux" réel? 

S’il est vrai que trop de métaphores tuent la métaphore, l’excès dans les "superpositions" comme autant de surimpressions, et dans les surgissements (saugrenus parfois) du fantastique ou de l’onirisme tuera à la fois les  intentions de la cinéaste (conte initiatique) et les attentes du spectateur (qui avait tant apprécié Innocence 2004)

Que penser aussi de ces références qui saturent le dispositif (ambiances à la Hitchcock à la Hopper ou Lynch) de ces gros plans prolongés sur le corbeau (prédateur) ses croassements et le sang qui macule le blanc d’un visage ou d’un costume, sur ces baisers qui vampirisent …On pourrait multiplier les exemples

Hélas!  trois fois hélas!  Qu’il est loin le temps de l’Innocence !!!

Mais il y a le "son"  dans le silence sépulcral

Mais il y a la musique de Messiaen La Fête des Belles-eaux (ondes Martenot) et la Turangalîla-Symphonie  

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Partager cet article
Repost0
21 septembre 2025 7 21 /09 /septembre /2025 08:44

De Shih-Ching Tsou (2024 Taïwan France USA G-B)

Sean Baker coproducteur et monteur

 

Avec Janel Tsai (la mère) Shi-Yuan Ma (la fille aînée ) Nina Ye (la gauchère)  Brando Huang (Johnny)

 

Cannes 2025 Semaine de la Critique Prix de la Fondation Gan pour la distribution

Une mère célibataire et ses deux filles arrivent à Taipei pour ouvrir une petite cantine au cœur d'un marché nocturne de la capitale taïwanaise. Chacune d'entre elles doit trouver un moyen de s'adapter à cette nouvelle vie et réussir à maintenir l'unité familiale

Left-handed Girl Une famille à Taïwan

Cet endroit est magique (dit émerveillée la jeune I-Jing en arrivant à Taipei)

 

D’origine taiwanaise Shih-Ching Tsou signe avec Left-handed Girl son premier "solo" (jusque-là collaboratrice de Sean Baker, son compagnon) En s’inspirant d’ailleurs de son propre vécu (elle la gauchère, vilipendée par un grand-père inféodé à des croyances ancestrales ; main gauche = main du diable)

Le spectateur est immergé dans l’univers grouillant de la tumultueuse capitale Taipei et plus particulièrement dans celui d’un marché nocturne. Le rythme les couleurs la musique la foule tout concourt à faire de ce lieu - poumon de la capitale -,  un personnage vibrionnant

Qu’il soit cut –quand la gamine I-Jing passe d’une séquence à l’autre dans l’illusion de l’instantanéité -qu’il soit parallèle -quand la mère Shu-Fen (Janel Tsai), et la fille aînée I-Ann (Shih-Yuan Ma), sont captées dans la singularité de leurs fonctions, -restauration ou betel nut beauty– ou qu’il soit alterné -, le montage est vif, ne laisse aucun temps mort, et la fragmentation apparente s’inscrit en fait dans une polyphonie et la dynamique du contrepoint. La gamine dans ses tribulations va d’un univers à l’autre (appartement, marché, école, ruelles et recoins) à pied ou en scooter. La caméra la filme à sa hauteur, adopte son point de vue (et ce, dans toutes les acceptions de l’expression) I-Jing a la naïveté mais aussi la frénésie de l’enfance ; une enfance mise à rude épreuve … éplorée elle le sera à la mort de son compagnon Goo-Goo un suricate, effarée quand le grand-père la semonce pour ne pas faire usage de sa main droite, et bien décidée à « tuer » sa main gauche, « diabolique »

Le film obéit ainsi à une dynamique interne narrative certes mais aussi dramatique -illustrée par la tension entre la forme flamboyante de néons et la précarité des conditions de (sur)vie)-, qui culminera dans la longue séquence de l’anniversaire de la grand-mère  - les éléments apparemment disjoints de la « mosaïque » vont s’imbriquer, faire éclater au grand jour les non-dits, les « secrets » contribuant à créer un twist (alors que le film était déjà traversé par moult rebondissements…rapports de classe, relations familiales, figures apparemment secondaires soudainement exhaussées)

Mettre en scène des « femmes » (sur plusieurs générations) faire leur portrait (au quotidien), filmer le prolétariat contemporain (et la ville regorge de travailleurs exploités), c’est simultanément fustiger un système politique et social qui privilégie le « mâle » ; c’est, en désamorçant par le rire ou le sourire amer le drame latent ou à venir, dénoncer les stéréotypes toujours en vigueur. Oui la société taiwanaise au XXI° est encore corsetée dans des préjugés … (que les révélations de la fille aînée, in fine, étaleront au grand jour)

Un film à voir! 

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
18 septembre 2025 4 18 /09 /septembre /2025 08:03

Oui

De Nadav Lapid (France Israël 2024)

 

Avec  Ariel Bronz (Y), Efrat Dor (Yasmine), Naama Preis (Leah) Alexeï Serebriakov (le milliardaire) Sharon Alexander ( Avinoam) Idit Teperson (la "banquière")

 

Cannes 2025 Quinzaine des Cinéastes 

Israël au lendemain du 7 octobre. Y., musicien de jazz précaire, et sa femme Jasmine, danseuse, donnent leur art, leur âme et leur corps aux plus offrants, apportent plaisir et consolation à leur pays qui saigne. Bientôt, Y. se voit confier une mission de la plus haute importance : mettre en musique un nouvel hymne national.

Oui

Ce n’est ni un brûlot ni, j’ajoute ce terme qui revient souvent même si c’est sous la forme d’un compliment, une satire.

Face au feu, le film choisit de sauter à l’intérieur de l’incendie pour le regarder de très près 

 

Désormais -soit après le 7 octobre 2023- le seul  "rêve" qui habite les détenteurs du pouvoir, (et tous ceux qui profitent de la guerre) serait d’anéantir "l’autre" "le monstre"; anéantissement que Y (le clown de service) doit mettre en musique…Anéantissement/vengeance qui ira de pair avec la gloire et la survie d’Israël. La mère de Y (morte à 69 ans d’un cancer des poumons et que le fils implore à plusieurs reprises) aurait été scandalisée -, comme l’explicite une voix off-, par cette propension à dire "oui" en léchant les bottes, le cul des plus offrants ; et plusieurs saynètes "montrent" une langue bien pendue dans l’exercice de cette servitude, exercice pris au pied de la lettre… Car c’est bien l’acquiescement à la servitude que fustige le cinéaste dans ce film de bruit et de fureur.  Y.  avait décidé de tout accepter (ce dont témoignerait cette litanie de "il est bon" qu’il décline en se promenant à vélo avec son fils dans une rue de Tel Aviv)

Structuré en 3 chapitres, le film s’ouvre sur une fête orgiaque emplie de tous ces dirigeants, de ces millionnaires et milliardaires ; le couple Y /Yasmine est payé pour les distraire goulûment, voracement jusqu’à l’écœurement. (lui Y pianiste de jazz, elle Yasmine danseuse) Nadav Lapid excelle dans ces mouvements de caméra qui virevolte qui capte l’obscène avec une forme de cynisme endiablé, un déchaînement de tous les sens. Il nous avait habitué (cf Le genou d'Ahed - Le blog de cinexpressions) à des décadrages violents et à ces dépenses d’énergie chez les comédiens…

A l’outrance orgiaque -et immanquablement au tournis provoqué -va se substituer dans le deuxième acte (le chemin) une autre forme de violence, mais lovée sous les apparences de la mélancolie. Traversant un paysage ocre et pierreux, aux côtés de son amour de jeunesse, Y (cheveux teints) payé par un oligarque russe, compose la musique de l’épuration ethnique ; face aux fumées noires dévastatrices, face à l’embrasement de Gaza il embrasse Leah (Naama Preis)  –Un baiser qui scelle le futur de la vengeance -Leah qui travaille pour Tsahal avait récité en les psalmodiant les atrocités commises le 7 octobre et aux spasmes de sa voix répondaient les cahots/soubresauts du véhicule-, baiser qui scelle aussi l’impossible retour vers le passé et la rupture définitive entre les deux personnages

On a entendu le 7 octobre et simultanément on a vu Gaza . C’est il me semble l’acmé de cette composition en trois mouvements..

Revenu au foyer familial Y.  accepte, résigné, sa propre servitude (la décision de Yasmine - soustraire leur fils Noah au carcan de la malédiction, serait-ce pure velléité ?) Or cet acte 3, qui signe la capitulation, met aussi en évidence la puissance comminatoire et dévastatrice de tous les détournements éhontés (dont celui d’un texte originellement composé à la gloire de la fraternité, devenu l’hymne de la destruction, comme expliqué au final avant le générique et dont s’est inspiré le cinéaste qui a d’ailleurs bandé de noir les yeux des jeunes choristes)

Oui, on sort un peu sonné et comme abasourdi par ce film survolté (souvent) par sa musique tonitruante, par une forme d’hystérie capable de transformer la tête d’un personnage en transe en écran de télévision  et comme dans le film de 2021 de transfigurer un décor urbain par de rapides anamorphoses ; un film où triomphe la trivialité -Y. carbure au viagra.- où le geste supplante très souvent  la pensée 

"Oui," un film qui joue presque constamment sur la "déstructuration" à l’instar de la peinture de George Grosz? (Artiste d’ailleurs cité)

"Oui", un film que je vous recommande (malgré de nombreux malgré....)

 

Colette Lallement-Duchoze

PS Le personnage principal n’a ni nom ni prénom il est désigné (comme celui du Genou d’Ahed 2021) par la lettre Y. Aux glosateurs exégètes d’interpréter ce choix -quand on sait que le « yod » hébraïque est à la fois l’initiale du tétragramme YHWH et celle du juif (yehud) ….

 

Partager cet article
Repost0

Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

Retrouvez aussi Cinexpressions sur Facebook

 

 

Recherche