d' Hélène Rosselet-Ruiz (2025)
avec Malou Khebizi (Laura) Soundos Mosbah(Souria) , Ziad Bakri (Emre)
Festival de Cannes 2026 Séance spéciale
Pour gagner sa vie, Laura accepte un emploi au service de Souria. Installée dans un hôtel particulier du triangle d'or par son amant, un riche prince saoudien, Souria vit dans l'attente de ses visites. Tandis que Laura doit s'adapter à cet univers de luxe démesuré et de surveillance constante, un lien fragile se tisse entre les deux femmes. Mais Laura pressent qu'un danger pèse sur Souria et que cette cage dorée pourrait bien se refermer sur elles deux.
Le prologue (succession d’entretiens d’embauche) donne le ton : adopter le point de vue des caméras de surveillance ; de sorte que Laura, la sélectionnée, aura été filmée à son insu avant de pénétrer dans ce labyrinthe -et les pièces elles-mêmes restituées successivement ou quasi simultanément créent d’emblée une sensation d’étouffement que la profusion de couleurs tape-à-l’œil ne saurait contredire. Etouffement emprisonnement à l’instar de cette panthère amorphe à force de gavage, de ….drogue… ? les venues furtives du prince (il est marié il est pressé par des rendez-vous à Londres ou ailleurs) seront filmées pour la plupart par le prisme de ces caméras de surveillance.
Dans un premier temps la relation Souria/Laura rappelle la relation maître/esclave (Hegel et Sartre) ; mais un basculement va s’opérer quand Laura excédée par les humiliations réitérées (et surtout par la plus bestiale « tu pues ») est décidée à quitter les lieux…Souria dès lors suppliante semble s’accrocher à Laura comme à une bouée de sauvetage. Moins un « renversement » que la découverte de ce qu’on appelle « sororité » Souria dominatrice avec sa domestique corvéable à merci, est elle-même soumise aux diktats du prince (et pour l’entourage elle n’est que la pute de service) naïve (ou dans le déni) elle s’imagine être la future épouse. Laura (à qui on refusait une part d’humanité) se métamorphose en ange gardien. Apprivoisement et complicité !! Mais l’épilogue après l’effacement de toute trace et la déposition de Laura au commissariat (entravée par le manque de « preuves » ) laisse augurer d’un futur encore plus tragique… et en toile de fond une complicité au sommet…
Ainsi dans ce « Triangle d’Or » parisien (situé entre les avenues des Champs-Élysées, Montaigne et George V, dans le 8e arrondissement) il est des hôtels particuliers loués ou achetés à des prix pharaoniques ; ainsi derrière le luxe le gaspillage indécent (garde-robe, nourriture, fleurs, billets de banque à gogo) derrière l’accumulation capitaliste obscène, se joue un théâtre des illusions mortifères où s’affrontent des destinées insoupçonnées (??) (mais le film n’est pas un documentaire)
La cinéaste évite la répétition du travail répétitif en multipliant les angles de vue (cf les exercices d’assouplissement, les positions de la dormeuse, la descente et la remontée des marches, les brasses dans la piscine, etc.) et brise le huis clos par quelques échappées vers l’extérieur (la soirée anniversaire dans une brasserie ) ou encore (et c’est une constante) le montage permet de passer d’une mini séquence à une autre par des raccords qui les transfigurent en instantanés ou flashes
L’actrice Malou Khebizi,(méconnaissable depuis sa révélation dans Diamant brut) porte ce fardeau de domestique corvéable avec subtilité et fermeté. Si les rôles féminins sont dessinés avec netteté celui d’Emre est beaucoup plus ambigu (dans sa relation au maître dont il dépend pour l’octroi d’un visa et à la femme qu’il méprise profondément)
Un film à voir !
Colette Lallement-Duchoze
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