D' Urška Djukić (Slovénie 2025)
Avec Jara Sofija Ostan, Mina Švajger, Saša Tabaković
Berlinale 2025 Prix de la critique FIPRESCI (fédération internationale de la presse cinématographique) dans la catégorie Perspectives dédiée aux talents émergents
Lucia lycéenne de seize ans, rêveuse et timide, rejoint le chœur de son école catholique et s’y lie d’amitié avec Ana-Maria, une adolescente plus dégourdie Confrontée à un environnement inconnu et à l’éveil de sa sexualité, Lucia commence à remettre en question ses croyances, perturbant l’harmonie du chœur.
« comment sait-on ce qui nous attire »
Ecran noir, bruits de respiration, un plan fixe prolongé sur une peinture dont le dessin rouge écarlate en forme de lèvres peut désigner une vulve (clin d'oeil à un dessin du court métrage "la vie sexuelle de mamie"?) ; puis vont se succéder de très gros plans sur une oreille, une bouche, des boucles de cheveux. Cette « ouverture » informe à la fois sur un parti pris- -filmer de très près et lentement les personnages féminins comme si la caméra faisait partie de leur être, comme si l’intériorité se donnait à « lire » dans la captation du sensoriel, et sur les prémices de ce qui sera initiation, éveil des sens, du désir sexuel en particulier
Voici le chœur qu’intègre Lucia (.incarnée avec une confondante justesse par Jara Sofija Ostan) Voici des visages des regards furtifs, des voix -la polyphonie envahit l’espace sans le saturer - voici de très gros plans sur une bouche des lèvres ou des dents couronnées, voici un grain de peau, l’apprentissage d’une sensation dont le guide suprême serait son propre doigt, tout se mêle s’entremêle mais avec délicatesse -couleurs pastel dominantes- et une certaine virtuosité -dans l’art de varier les approches les angles de vue- sans verser dans la mièvrerie.
Voici le décor d’un couvent qui rappelle étrangement celui d’un théâtre avec ses alignements ses étages son avant-scène, ses colonnes, sa salle de répétitions là où le professeur de chant exercera son pouvoir de « maître du cœur » dans une scène d’une humiliation redoutable et presque machiavélique dont on devine les malignes arrière-pensées ; en écho inversé la séquence où Lucia embrasse de son étreinte amoureuse la statue de la Vierge mettrait en évidence non la violation assumée du sacré mais la coexistence " spirituel - charnel" . …Car ce film -et c’est bien son originalité- va au-delà d’un simple récit d’émancipation (ou d’initiation) Lucia (introvertie taraudée par la culpabilité) aurait franchi des limites en torpillant les diktats de l’enseignement catholique ? En fait ce que l’on croyait simples clichés (le bel éphèbe nu au bord de l’eau, le baiser très sensuel échangé avec Ana-Maria la "dégourdie", le groupe des ouvriers, celui des ados et celui des religieuses les trois se répondant en écho) s’inscrit dans la découverte d'un lien qui unit le sacré et le profane (dont l’onanisme débarrassé de contraintes culpabilisantes serait l’illustration ) Dès lors les séances de répétitions -ces chants à gorge déployée- sont comme les étapes qui auront ponctué le parcours de la jeune fille… l’acmé étant la découverte dans une grotte d’un cercle de religieuses de blanc vêtues, et de leurs chants non liturgiques ( ?) grotte dans laquelle Lucia a pénétré comme par effraction,- quand bien même ce lieu -ah que de connotations !!!- serait "fantasmé"
L’attirance vers l’autre (femme ou homme) va de pair avec la découverte de son propre corps en émoi sous l’œil bienveillant du Christ ou de la Vierge. Foi et sexualité en leur concomitance ? et la transcendance de l’une n’est pas forcément celle attendue (aux questions insidieuses posées par Ana-Maria, la sœur interrogée ne se dérobe pas mais tente de "sérier"- ’immanence et transcendance"- avant de les unir dans l’équation Dieu est Désir …ou comment le Désir charnel amplifie la Foi
Après avoir été multirécompensée pour le court métrage "la vie sexuelle de mamie" la réalisatrice signe avec Little Trouble Girls un premier long métrage qui "sonde les rêves et les fièvres par les voix et les visages" ,
Un film qui mérite vraiment le détour !!
Colette Lallement-Duchoze
(Omnia salle 8 dimanche 20h30, lundi 13h45 mardi 16h)
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