De Sven Bresser (Pays Bas, Belgique 2024)
Avec Gerrit Knobbe (Johan) Lois Reinders (Dana) Mirthe Labree (Aafke) Cor Hendriksen (Morris) Anna Loeffen (Aleida)
Semaine de la Critique Cannes 2025
Lorsqu’il découvre le corps sans vie d’une jeune fille sur ses terres, Johan, fermier solitaire, est submergé par un étrange sentiment. Alors qu’il s’occupe de sa petite-fille, il se lance à la recherche de la vérité, déterminé à faire la lumière sur ce drame. Mais le mal se cache parfois derrière les apparences les plus ordinaires...
Ecran noir ; le son supplée à l’image. Puis s’impose un long plan fixe sur un immense champ de roseaux (reedland, roselière) - format scope et répartition dans l’espace selon la règle d’or- le spectateur est d’emblée transporté vers un "ailleurs" insoupçonné avant qu’il n’en pénètre les arcanes. (On sait que d’un plan fixe prolongé peut surgir l’étrange). Puis on découvre un personnage qui de ses mains calleuses (énormes et minuscules à la fois) coupe les roseaux, les pieds barbotant dans l’eau du marais…avant de les brûler, au crépuscule ; à la toute fin nous le verrons accomplir les mêmes gestes et pourtant quelque chose d’insolite (atmosphérique aussi) a définitivement changé…
C’est ce cheminement que va illustrer ce premier long métrage à la mise en scène rigoureuse, aux qualités formelles indéniables (cadrage lumière, fixité et duplication, etc ) et où le piège, tentation du polar, est déjoué au profit d’une exploration de l’intériorité. Intériorité souvent suggérée, parfois mise à nu, en harmonie d’ailleurs avec les éléments naturels, authentiques personnages devenus. La nature ? Celle de Bruno Dumont (d’un point de vue formel) ? Ou plutôt celle de paysage coupable concept emprunté au poète, peintre et sculpteur néerlandais Armando (Herman Dirk van Dodeweerd) ? ou les deux ?
La découverte du cadavre d’une jeune fille abusée sexuellement, r-éveille des pulsions de "prédateur" chez ce solitaire au regard d’acier, au mutisme minéral, aux gestes répétitifs comme ritualisés, Le film suggère son combat intérieur entre le besoin irrépressible de "justice" au point de vouloir "démasquer" lui-même le "vrai" meurtrier et le désir "coupable" de violence sexuelle, la voisine encore adolescente étant la proie idéale…Reedland s’interroge sur la contamination de la violence Comment un meurtre peut pénétrer corps et âme; Comment n’importe quel individu peut être hanté par des pulsions effrayantes (la scène où l’adolescente chante seule sur scène sous le regard plus ou moins lubrique des spectateurs jeunes et plus âgés est éloquente…) Violence insidieuse. Celle qui s’ajoute à la misère sexuelle et sociale, dans un monde rural enclin au repli identitaire, à la xénophobie (cf la réunion, ou les bribes de conversation entre agriculteurs)
On pourra toujours critiquer un symbolisme appuyé (l’opposition entre le blanc du cheval et le noir huileux découvert dans l’eau, la contamination du mal et la pierre noire) les analogies "faciles" entre la thématique du spectacle de fin d’année ( dans lequel joue Dana sa petite fille) et celle plus globale du film lui-même, les outrances de la "transe" à la fois burlesque et hallucinée du lave-linge, la recherche esthétisante (quand l’écran est envahi par l’incandescence du brasier ou par un ciel tourmenté que lacère la musique illustrative de Lyckle de Jong et Mitchel van Dinther)
Certes (encore que..) Quoi qu'il en soit, Sven Bresser aura exploré ce qu’il appelle l’espace entre lumière et noirceur. Une exploration aussi troublante qu’efficace -servie par le jeu de Gerrit Knobbe (véritable paysan coupeur de roseaux)
Un film qui se regarde comme on écoute de la musique. C’est-à-dire, plus que pour son sens, pour les remous qu’il produit à la surface de notre conscience. Ce commentaire d’Hamaguchi sur son propre film "Le Mal n’existe pas" , ne peut-on pas l’appliquer à celui de Sven Bresser ? (film dédié à celle qui lui a fait découvrir les roselières, sa mère)
Colette Lallement-Duchoze
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