17 avril 2026 5 17 /04 /avril /2026 06:51

De Francesco Sossai (Italie 2025)

 

Avec Filippo Scotti, (Giulio) Sergio Romano (Carlobianchi), Pierpaolo Capovilla (Doriano)

musique Krano

 

Festival de Cannes 2025 Un Certain Regard

Mention spéciale accordée par le jury de la critique au festival du cinéma italien de Villerupt (2025)

Carlobianchi et Doriano, deux cinquantenaires fauchés, errent la nuit en voiture de bar en bar, obsédés par l’idée d’un dernier verre, lorsqu’ils croisent la route de Giulio, un étudiant en architecture aussi timide que naïf. Entre confidences et gueule de bois, cette rencontre inattendue avec ces deux mentors improbables va bouleverser la vision que Giulio porte sur le monde, l’amour… et son avenir.

Le dernier pour la route

Buddy movie aussi cabossé que les deux pieds nickelés, ce duo de cinquantenaires dont les ravages du temps sont accentués par le choix de plans rapprochés et de très gros plans (yeux bouches) ? Peut-être.

Si des références aux devanciers de la comédie italienne (le fanfaron de Risi par exemple) sont plus ou moins évidentes les allusions aux films d’Ozu méritent un détour dans cet itinéraire imbibé où l’asphalte de la route que l’on suit par deux fois à un rythme débridé dans ses virages où insidieuse guette une embardée… semble dessiner une cartographie mentale !

Et d’abord la visite de la tombe Brion conçue par l’architecte Scarpa, enterré là lui aussi : les explications de l’étudiant sont étincelantes de beauté sans érudition forcée et le jeune cinéaste italien a recours au « plan tatami » Mais aussi le jeu verticale /horizontale (assis dans un bar les trois compères mettent à plat les composantes d’une « carte » qui s’en viendrait relayer une carte officielle pour aller d’un point à un autre puis ces « papiers » comme les pièces d’un puzzle auront la force vivante du « reliquaire » tout comme -mutatis mutandis – leur pote creuse une terre qui se dérobe à la recherche d’un trésor. Enfin (mais d’une façon plus générale) le choix d’un étudiant en architecture (Giulio -Filippo Scotti), et la découverte d’un « palais » opèrent un glissement vers une forme d’épure (certes de courte durée) et qui s’inscrit aussi dans un jeu de contrastes et de strates (une dynamique du film d’ailleurs dont le dernier verre n’est que prétexte)

Le titre original - Le città di pianura-(les villes de la plaine) rend mieux compte des intentions du cinéaste. Traversant une Vénétie loin des rutilances des cartes postales nous serons ce passager « clandestin » découvrant des paysages comme en friche (et c’est un des messages : les crises économiques successives ont transformé l’environnement et la Vénétie en terre de désolation « Tout ce qui n’est pas lié au commerce disparaît, les écosystèmes sont pollués, les vieilles maisons sont abandonnées » constate Francesco Sossai.

Dès lors ces quinquas si imbibés à la recherche réitérée du dernier verre remontant sans nostalgie mais avec un peu de mélancolie le « temps » voient encore les vestiges …à réenchanter ? c’est du moins la leçon qu’emporte avec lui l’étudiant quand son sourire complice les laisse sur le quai au petit matin…

La séquence inaugurale (un improbable hélicoptère, la remise d’une Rolex pour fêter le départ en retraite d’un certain Sossai, les visages faussement étonnés de la foule, la gêne apparente ou perplexe de Genio) n’était-elle pas sortie de l’imagination de ces compères en train de cuver affalés dans la voiture arrêtée au milieu de la chaussée ; -plan d’ouverture-…Ou l’illustration d’une légende ou la clé d’une énigme … ?

Nimbés ou non de brume éthylique, ils sont à même d’accueillir la Sérénissime …..

 

Un film à ne pas bouder

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 avril 2026 4 16 /04 /avril /2026 05:52

Documentaire réalisé par Rubika Shah (Allemagne France 2026)

 

avec Nick Davis, Ben Mankiewicz, Sydney Stern, Steven J. Ross, Thomas Doherty

En 1932, Herman J. Mankiewicz, qui deviendra célèbre dix ans plus tard pour son scénario de Citizen Kane, écrit The Mad Dog of Europe : un script visionnaire dénonçant la menace hitlérienne. Entre pressions diplomatiques et intérêts économiques, les studios hollywoodiens préfèrent se taire et enterrer le projet. L'histoire de ce film jamais produit semble résonner avec les fractures de plus en plus menaçantes de notre époque.

The mad dog of Europe

L’extrême droite attend la disparition des derniers témoins comme moi pour réécrire l’histoire Jean Lafaurie, ancien résistant déporté à Dachau

 

The mad dog of Europe est moins l’anatomie d’un film avorté que l’analyse clinique -très documentée- de TOUS les mécanismes qui ont contribué à sa NON EXISTENCE. Et la réalisatrice britannique en interrogeant l’Histoire, en explorant ses zones d’ombre (l’inaction en Europe "fragilisée" par les séquelles de la première guerre et la crise de 1929, le silence "complice "  et  la complaisance d’Hollywood avec l’hitlérisme) interroge parallèlement en creux notre présent. Oui il y va de la responsabilité de tous les pouvoirs dans l’acquiescement tacite aux horreurs, dans le choix du silence ou des prétextes fallacieux pour cautionner l’innommable….

Le scénariste Herman J Mankiewcz (frère du cinéaste) aura fait les frais… d’une  collusion idéologique et économique (le documentaire est d’ailleurs sous-titré « comment le nazisme a infiltré Hollywood ») 

Dès 1932 il conçoit un scénario visionnaire  qui devait alerter sur la menace hitlérienne (à travers l’histoire de deux familles l’une juive l’autre catholique) Mais ce projet  ne verra jamais le jour…Pendant 8 ans le scénariste  va se heurter à l’antisémitisme qui sévit aux USA, aux tractations entre l’ambassadeur du Reich Georg Gyssling, et la MPA (Motion Picture Association) -refus de TOUS les studios à produire son scénario ; on fera croire qu’un film anti-nazi ne peut qu’être le fruit de juifs américains (nombreux dans l’industrie cinématographique) et partant refuser de le produire c’est anticiper les représailles du Reich sur l’exportation voire la production d’autres films. Un opportunisme économique qui épousait sans vergogne la pire idéologie

Voici comme intervenants : Nick Davis et Ben Mankiewicz, deux petits-fils du cinéaste, des journalistes et chercheurs, amis et historiens ; interrogés ils sont filmés en frontal le plus souvent Voici des images d’archives sur des rassemblements du Ku Klux Klan, des manifestants pro nazis, voici des extraits de journaux, ou du film Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl voici  Herman et son père et à chaque fois un commentaire en voix off, Voici à intervalles réguliers des extraits d'un scénario, pages qui envahissent l’écran, en surimpression leur adaptation cinématographique scrupuleuse (il sera de "bon ton" d’être antinazi…. après l’entrée en guerre des USA …mais trop tard pour Mankiewicz….)

Herman J  Mankiewicz après son accident sera sollicité par Orson Welles ; il écrit le scénario de Citizen Kane et le documentaire de Rubika Shah dans sa dernière partie met en parallèle certains plans de ce film devenu culte avec The Mad Dog of Europe dont inévitablement il s’est inspiré…

Un documentaire où l’on devinera un continuum, entre les années 1930 et les années « Trump »  isolationnisme, capitalisme outrancier, complaisance avec le Mal- Et partant, un documentaire efficace -quand bien même le côté pédagogique et télévisuel est prégnant ne serait-ce que dans cette façon de tronçonner les interviews, de répéter certains plans d’ensemble, et surtout d’accompagner le tout d’une musique trop souvent sirupeuse (surtout si on le compare avec le long métrage biographique  Mank    cf Mank - Le blog de cinexpressions)

Colette Lallement-Duchoze

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14 avril 2026 2 14 /04 /avril /2026 16:32

Documentaire réalisé par Judith Abitbol (2025)

 

Présenté le samedi 11 avril dans le cadre du festival LGBTQIA+ en présence de la réalisatrice 

C’est dans un geste d’amitié et d’admiration que Judith Abitbol réalise ce portrait d’Hélène Hazera, figure flamboyante des contre-cultures des années 70-90, en France. Il fallait cette proximité de cœur pour approcher cette personnalité singulière et son histoire. Membre des Gazolines, courant situationniste du F.H.A.R. (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), activiste LGBTQ, journaliste à Libération, Hélène Hazera a créé la commission Trans et SIDA au sein d’Act Up, une de ses grandes fiertés. C’est un peu de l’esprit joyeusement subversif de cette époque qui nous éclabousse là.

Hélène Trésore Transnationale

Prolétaires de tous les pays, caressez-vous

En attendant la révolution qui brûlera les papiers, dépistez-vous

Comment rendre compte de la diversité dans sa singularité prolifique et protéiforme (1000 vies en une) sinon en ado(a)ptant le principe du collage (à la Max Ernst c’est de la juxtaposition de deux images que naît l’étrange ou à la Lautréamont « beau comme la rencontre sur une table de dissection d’un parapluie et d’une machine à coudre) Et de fait nous allons sauter d’un visage à l’autre (celui d’Hélène jeune et plus âgée, entre autres) d’une image d’archives à une interview, d’un lieu à un autre (appartement capharnaüm à Paris, rivage de Dieppe et la mer qui devient verticale, tel un intermède), du souvenir d’engueulades dont Hélène était coutumière à des rires explosifs (la séquence de lavage de culottes vaut son pesant de lessive -humour)  

A quoi ressemble le foutoir d’une vie ? A une façon de remuer la terre pour qu’il y ait des fleurs, Et précisément un plan prolongé sur un massif de fleurs sauvages sert d’ouverture au film de Judith Abitbol … Image récurrente qui avec les encarts sémiologiques (le suffixe trans décliné en ses diverses acceptions, les verbes dérivés) - indices de pluralité- , va scander le film  Un film qui se plaît à glaner toutes les anecdotes comme on cueille des fleurs, un film où le champ visuel des images d’archives (coupures de journaux, extraits vidéos, albums photos) se mêlant à des interviews et des prises de vue plus récentes, illustre l’aspect indiscipliné et foisonnant d’une vie !

Et quelle vie ! Quel parcours ! Assignée garçon à sa naissance dans une famille bourgeoise au début des années 1950, elle rompt avec son milieu (on la croit folle), se prostitue pour vivre. Elle opère une transition de genre et joue parfois la comédie dans les films d’Ado Arrietta. Candidate à l’IDHEC, actrice chez Godard, militante anarchiste, membre du Front homosexuel d’action révolutionnaire, des Gazolines et du groupe Act Up-Paris, journaliste à  Libération, séropo, mélomane à l’antenne de France Culture… Hélène ou la relève post 68 comme l’affirme Laure Adler, l’ex patronne de France Culture? « Elle a inventé un ton, une nouvelle façon d’interviewer »

Judith Abitbol filme au plus près Hélène quand elle dialogue avec elle. Une proximité que renforce le tutoiement (quand elle s’adresse à elle en voix off) La voix d’Hélène par sa tessiture, l’originalité de ses formules expressives, son rire et sa poésie, semble tracer une ligne reliant passé et présent ; mais les deux voix conjuguées vont créer la partition d’une symphonie vibrionnante, au gré de ces souvenirs qui s’échappent des étagères encombrées…

Un documentaire à ne pas rater !

Colette Lallement-Duchoze

 

Séances mercredi 14 avril 11h samedi 18  11h, dimanche 19 11h salle 6

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14 avril 2026 2 14 /04 /avril /2026 03:49

De Camille Ponsin  (2025)

 

Avec Céline Sallette, Lou Lampros, Bertrand Belin

Au cœur des Cévennes, Anja décide de vivre à l'écart des autres, au milieu des bois. Insaisissable et sauvage, elle bouleverse peu à peu l'équilibre de la vallée et de ses habitants. Sa mère reste son seul lien avec le monde extérieur

Sauvage

D’après une histoire vraie. D’emblée le spectateur est prévenu ! et au cas où…son attention est à nouveau sollicitée au final quand défile le générique et qu’apparaît comme en médaillon la « vraie » mère celle qui - pendant 15 ans -dit le texte- a pris soin de sa fille perdue dans les bois, comme elle le pouvait et sans jamais renoncer 

Camille Ponsin -documentariste reconnu pour ses essais (sur Marie-José Tubiana par exemple) ou ses reportages pour l’émission  "le monde en face", signe avec Sauvage  sa première œuvre de fiction… à partir de l’histoire vraie de Nana  et c’est là où le bât blesse .comme souvent d’ailleurs dans les genres hybrides…Un ancrage dans le réel (les panoramiques sur les paysages, la quête de la mère, les fuites reptiliennes d’Anja) tout en privilégiant la relation mère/fille avec l’alternance des points de vue (Sam, la mère, formidable Céline Sallette) Anja (Lou Lampros moins convaincante d’ailleurs en "fausse sauvageonne") alors que des fissures apparaissent au sein du groupe tels des "dommages collatéraux"  La fiction permet-elle au cinéaste de prendre du recul ? par rapport à son propre vécu? Or sa  narration est saturée de clichés (cf les gros plans sur la gloutonnerie d’Anja, l’alternance dans les jeux de lumière entre l’éclairage qui se veut "naturel " les ombres de sous-bois touffus et les éclairages à la bougie dans les intérieurs, l’insistance sur des échanges de regards  prémices aux abandons d’une liberté sexuelle revendiquée ( ?) des couples néo-ruraux, ) les exemples abondent... La fiction sert-elle de palliatif à la gravité de la thématique ?  or l’esthétisation du décor… naturel    est parfois outrancière

Certains spectateurs seront sensibles à  la matière sonore (bruits, bruissements, palpitations appels et leurs échos, Belin acteur et chanteur). D'autres apprécieront la démarche qui refuse le piège  ethnographique ou moralisateur (démarche incarnée par  la mère) ne pas ramener dans la normalité ce qui précisément allait jusqu’au bout de certains choix (après tout à l’opposé de tous ceux qui  prônaient un retour aux sources sans vraiment l’assumer  Anja ne serait-elle pas le prototype du jusqu’au boutisme ? dès lors qu’elle capte tous les bruits du Vivant -sa faune sa flore -  et se sent plus en harmonie que dans le monde  des humains,  et la mère par son amour complice, -non négociable- en serait comme le "révélateur"? (ses refus réitérés de l’aide médicale en sont la preuve manifeste ; Anja ne sera jamais le zombie lobotomisé dans un enfermement médicalisé quand bien même on diagnostiquerait une schizophrénie )…Céline Sallette en mère aimante et mère courage porte de bout en bout le film, ses "fardeaux" -dont le  transport presque improbable d'un poêle serait la métaphore ! (son "jeu" contraste avec celui très distancé de Bertrand Belin) et malgré (ou grâce à) les empreintes des tourments  sur son visage, osons y lire une leçon d’équanimité …

 

Colette Lallement-Duchoze

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11 avril 2026 6 11 /04 /avril /2026 04:35

de Carla Simon (Espagne 2025)

avec Llúcia Garcia (Marina) Mitch Robles (Nuno) Tristán Ulloa (l’oncle Lois), Marina Troncoso, (la grand-mère)

Présenté en compétition officielle Cannes 2025

Meilleure révélation à la 18e cérémonie des prix Gaudí (2026) pour  Llûcia Garcia

Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connait pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes…

Romeria

Si romeria désigne à la fois un pèlerinage religieux (au sud de l’Espagne) et une fête populaire (au nord)  le film de Carla Simon est non seulement un double "voyage" dans le temps et l’espace mais se distingue par l’invention d’un langage  capable de restituer une mémoire …qui ….n’existe pas, grâce au rôle de l’imaginaire qui rivalisera de  "réalisme" avec le vécu "actuel"  (car les bribes de commentaires glanés en interrogeant  oncles  tantes  et cousins se contredisent). La réalisatrice (dont Marina est le double) progressivement fait émerger une critique de la société espagnole (incarnée par les grands-parents paternels) embourbée dans le déni  de la maladie qui a emporté ses propres parents, le sida, (déni  justifié par la honte, la culpabilité ?? la réalisatrice jamais ne jugera) et la fameuse période de la movida (celle du lâcher prise après des années de dictature franquiste, celle des ravages de l’héroïne, mais aussi celle de créations solaires s’il en fut, incarnées par Almodovar…)  

Nous sommes en Galice. A Vigo. Début du XXI° siècle. Voici un journal que tient Marina et chaque jour en ce mois de juillet  servira moins à  "dater"  avec une précision clinique -malgré l'encart- qu’à répondre à une question philosophique et sociétale à la fois Quelle personne serais-je si j’avais grandi avec mon père ?Y’avait-il plusieurs façons d’être jeune dans les années 80? Etre du même sang signifie-t-il nécessairement qu’on est de la même famille ? Et en surimpression ou en filigrane voici le journal de la mère - (précieusement gardé et lu en voix off) qui nous plonge dans les années 1980  Deux temporalités qui vont se  "chevaucher"  "s’entremêler" .Le point culminant (sens propre) l’acmé, ce sera le moment où Marina escalade l’immense façade de l’immeuble où avaient vécu ses parents, et que sur la terrasse elle les voit allongés dans leurs transats …Mouvement ascensionnel et vue en surplomb de celle qui remonte le temps, se penchant vers son passé et qui va l’étreindre avec la fougue … de sa propre mère …Après avoir suivi un chat (gardien de la mémoire familiale) Marina peut "revivre" pleinement cet épisode fait de bonheurs et de tragédie du.es aux addictions , du moins en être la spectatrice émerveillée tout en interprétant le rôle de la mère défunte. Dans une longue séquence, comme un film dans le film, voici une  "reconstitution" de tout un pan du passé,  qui est aussi reconstruction de la mémoire et partant construction de soi !

Des échos intérieurs (dont certains un peu appuyés) scandent cette épiphanie imaginaire (rôle du camescope, des abysses - que sondent les corps libérés dans leurs tourbillons -, rôle de la lumière de la côte ouest de l’Espagne traitée tel un personnage)

La grâce solaire de l’actrice débutante Llúcia Garcia emportera l’adhésion du public (à noter que son jeu contraste avec celui de l’acteur Mitch Robles un peu bellâtre qui interprète lui aussi deux personnages) 

Un film à voir c’est une évidence (malgré quelques réserves)

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 avril 2026 5 10 /04 /avril /2026 14:00

De Claire Denis (France USA 2025)

 

avec Isaach de Bankolé (Alboury) Matt Dillon (Horn) Tom Blyth (Cal) Mia McKenna-Bruce (Leone) Brian Begnan (Nouofia)

Un vaste chantier de travaux publics en Afrique de l’Ouest. Horn, le patron, et Cal, un jeune ingénieur, partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte réservée aux blancs. Leone, future épouse de Horn, arrive d’Europe le soir même où un homme qui s’est introduit par effraction surgit derrière les grilles. Il s’appelle Alboury. Il ne quittera pas les lieux tant qu’on ne lui aura pas rendu le corps de son frère, mort sur le chantier

Le cri des gardes

Dans l’immensité rouge de la terre, voici une femme de noir vêtue, qui de son pas lent cadencé avance jusqu’à un endroit précis, encore maculé de sang ; agenouillée, elle y dépose-une palme verte. C’est la scène d’ouverture à la sidérante beauté qui inscrit dans la tragédie à l’antique le film - inspiré de la pièce de Bernard Marie Koltès Combat de nègre et de chiens (1989)– Une autre scène dit (et montre) un cauchemar : la mort provoquée par un chien altéré de sang, dont les crocs monstrueux sont filmés en gros plan, alors que Nouofia et Alboury étaient allongés à même le sol  soudés  par la "fraternité" 

Frère tu n’as que ce mot à la bouche dira excédé Horn le  "patron" du chantier qui tente en vain de négocier avec Alboury venu réclamer dans le calme impassible de la dignité, le corps mort de son frère, afin d’accomplir le rituel funéraire. Imperturbable, en costume cravate, debout, entre les deux lignes de clôture ; alors que les gardes perchés dans les miradors -parlant yoruba entre eux, anglais avec les Blancs,- surveillent,  armés, à la fois l’intérieur et l’extérieur du camp, prononçant des « cris bizarres » (Le titre voulu par B M Koltès était précisément « le cri des gardes »)

C’est la nuit Des clôtures, des barbelés, des baraquements des bulldozers un troupeau de zébus (et par moments on ne sait plus s’ils sont à l’intérieur ou à l’extérieur du périmètre de protection des …Blancs). Un huis clos qui obéit théâtral, aux trois unités de la tragédie (lieu temps et action) Un huis clos en plein air.  Un air saturé d’ombres et de chaleur épaisse, de non-dits, mais traversé par une circulation de regards quand la caméra s’approche au plus près des protagonistes. Voici Horn le « patron », Cal son acolyte un jeune ingénieur « baroudeur » le premier attend sa jeune épouse qui arrive de Londres que le second est chargé d’accueillir à l’aérodrome. Par bribes et quelques flash-backs, le passé de Horn sa blessure…, le crime de Cal seront « exhumés » et nous découvrons en même temps que la jeune femme Leone, les « enjeux » faits de promesses d’obligations non tenues.

Un quatuor -Alboury est comme la bonne ou mauvaise conscience des 3 autres- qui chorégraphie l’espace de ses déplacements lents minutés ou de ses embardées brusques en contrepoint,, quatuor  où les taches de couleurs --le rouge de la robe de Leone, l’écume blanche du champagne que Cal boit à même la bouteille, le brun laissé dans le bac à douche (mais on ne se débarrasse pas d’un crime comme d’une carapace…) le bleu de la bâche qui recouvre le cadavre, rompent l’obscurité tout comme les éclairs qui vont strier le firmament avant les myriades pétaradantes des feux d’artifice, alors que la poussière tempétueuse crée un écran qui aveugle  (mais la cécité peut guetter aussi les âmes…)

« Vous êtes comme une pièce de monnaie qu’on a laissée tomber et qui ne brille plus pour personne », dit Alboury à la jeune femme ; or si Leone incarne une dissonance qui prélude à une "déliquescence" le constat cruel ne vaut-il pas pour le monde ? Ce monde  où deux forces irréconciliables s’opposent en vain…

Et quand vient l’aube, Claire Denis filme un groupe d’enfants, des écoliers en marche vers le …savoir (imposé par les Blancs ?) puis le champ de vision s’élargit en un panoramique sur la ville grouillante de vie comme si les morts du chantier s’étaient enfoncés définitivement dans la Nuit

Un film à la redoutable majesté silencieuse, à ne pas manquer 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

musique  https://youtu.be/ejorQVy3m8E?t=65

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9 avril 2026 4 09 /04 /avril /2026 07:50

Documentaire réalisé par Pierre Carles (2026)

 

Festivals 2024 : 

Auch Ciné 32 Indépendance(s) et création 

 et  Montpellier Cinemed

Le militant libanais Georges Abdallah a été incarcéré près de 41 ans en France. Ce résistant communiste pro-palestinien s'est vu affubler de l'étiquette "terroriste". À tort. Une incroyable "fake news" et de fortes pressions exercées par les États-Unis sur la France sont à l'origine de cette durée de détention hors-norme. À 74 ans, il a réussi à sortir de prison, debout, et ses convictions politiques intactes.

 

L'affaire Abdallah

Ce qui a conduit la France à emprisonner Abdallah pour une durée invraisemblable (plus de 40 ans), pourquoi les demandes de remise en liberté ont été rejetées au mépris d’ailleurs des principes de justice…tel était bien le questionnement de Pierre Carles et voici sa réponse dans L’affaire Abdallah

Un documentaire qui aura exigé presque 10 ans de travail (enquêtes et recherches d’archives, repérage au Liban puis tournage entre 2021 et 2024 et tournage complémentaire en 2025 au moment de la libération). Un documentaire très riche en images d’archives, interviews etc. et s’il fait la part belle au "journalisme" (extraits de reportages télévisés ou de la presse écrite, commentaires de journalistes) c’est bien pour mettre en évidence l’analyse de N Chomsky "l’opinion ça se travaille"  Pour "mobiliser" une opinion ne fabrique-t-on pas un storytelling apparemment très cohérent ?; et on entraîne dans ce sillage d’autres journalistes d’autres quotidiens à la "recherche de sources" . Aujourd’hui certains font amende honorable (cf Véronique Brocard de Libération avouant qu’ils se sont fourvoyés, se sont laissés berner par … Le Monde… qui alors, décennie de 1980 notamment, jouissait de sa prestigieuse appellation "journal de référence" (lequel est-il besoin de le rappeler a eu aussi une lourde responsabilité dans le traitement de l’info lors du "conflit" dans l’ex Yougoslavie !!! ) Et il en va de même avec les  "politiques" (certains  éludent, se réfugient derrière des arguments fallacieux,  invoquent la "séparation des pouvoirs" (cf Dupont Moretti alors garde des Sceaux gouvernement Castex…) ou le sempiternel "changement d’époque"  mais ils seront pris à leur propre piège car précisément Pierre Carles ne cesse de contextualiser …et l’astuce consiste au montage de "passer"  d’une affirmation à une autre qui la …contredit (étonnamment Fabius a l’aplomb de la mémoire oublieuse est-ce Alzheimer qui me guetterait ?  d’autres décortiquent une fasse polysémie (cf le juge Bruguière spécialisé dans la lutte anti-terroriste.. ;)

En ouverture/prologue nous suivons de dos l'eurodéputée Rima Hassam dans la prison de Lannemezan où George Ibrahim Abdallah est incarcéré ; franchissement de portes (comme autant d’étapes vers…) étreintes et congratulations. A  la question posée par  Pierre Carles hors champ sur la phénoménale "endurance" , le  prisonnier de 74 ans  répond  "c’est grâce à vous tous" et il évoque ses convictions inébranlables, sa foi en ce " continuum " - entre son combat depuis 40 ans  et celui mené en 2025 à Gaza  Cette séquence (du moins un plan) sera reprise à un moment du récit,  lequel après avoir "remonté" dans le temps (la naissance dans un milieu chrétien maronite libanais, le militantisme qui lui fait épouser la cause palestinienne,  l’invasion israélienne au  Liban en 1978, la  création des FARL d’obédience marxiste, les attentats de 1982 sur le territoire français)  décortique par le menu les "invraisemblances" -en mettant en évidence la "vassalisation" de la France et les "mécanismes" qui transforment des fake news   en "vérités"  -- au grand dam de l'avocat Vergès (d'ailleurs un plan où il est filmé de profil comme silhouetté , contrastant   avec les gros plans sur son visage , semble insister sur l'injuste solitude -- (nb on apprendra entre autres que les deux victimes de l'attentat en 1982 sont loin d'être "innocentes" eu égard à leur passé crapuleux, belliciste et inhumain ) 

Le "continuum" revendiqué voire exalté ne sert-il pas de fil conducteur à ce documentaire -- scandé par  la récurrence de ces défilés de manifestants, année après année, décennie après décennie, devant les murs de la prison ?

Un documentaire nécessaire, incontournable à ne pas manquer 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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8 avril 2026 3 08 /04 /avril /2026 09:03

De Meryem Benm Barek (Maroc 2025)

 

avec Driss Ramdi (Mehdii), Nadia Kounda,(Selma) Sara Giraudeau (Marie) Carole Bouquet (la mère de Marie) Olivier Rabourdin (le père)

 

Festival de Marrakech

A Tanger, Mehdi voit sa relation avec Selma bouleversée lorsqu’il rencontre Marie, une riche Française dont les parents ont acheté une luxueuse villa dans la kasbah. Attiré par sa vie mondaine, il délaisse Selma, feignant d’ignorer que ses choix le rattraperont.

Derrière les palmiers

Un film marqué de bout en bout par les « vertiges » de l’emprise  et les tentatives pour  s’y soustraire::  amour religion famille Selma (épatante Nadia Kounda) ’l'amie de Mehdi, une musulmane pratiquante, incarne foi dogme et tradition, mais ....Marie  malgré son apparente liberté de mœurs et sa volonté émancipatrice vit sous l’emprise de sa mère ; laquelle - marâtre bourgeoise – incarne  sans vergogne une forme de néo-colonialisme…Quant à Mehdi il est tourmenté par les injonctions de classe, (emprise de la famille) le  poids de la tradition  il s’ingénie à ménager les contraires, tiraillé entre deux femmes,  deux formes d’amour; à l’instar de la jeunesse marocaine il est pris en étau entre une quête de libertés, et le respect de la tradition. Or  un dilemme est par essence insoluble…à moins de "provoquer"  l’irréparable

Certes la réalisatrice tente d’illustrer cette complexité des sentiments et des aspirations  Le film est la somme de mes expériences amoureuses, où j’ai pu tour à tour être Selma, Mehdi et Marie .avoue-t-elle  Il en irait de même dans l’évocation d’une réalité socio-politique ;Car n’en doutons pas l’intime dans ce film (comme c’est d’ailleurs souvent le cas) devient « espace politique » et l’amour (quelle que soit sa forme) sert de révélateur (de ces  forces vives sociales culturelles historiques qui structurent les vies)

Las ! que de clichés (et pour le spectateur l’impression fort désagréable que les acteurs "récitent" -surtout le trio familial des néo colons … Bien plus le cliché vire à la caricature (on devine même une certaine gêne à proférer des répliques qui trop souvent "sonnent faux" )

Alors quid des attendus autres bien évidemment que ceux liés au suspense, puisque le spectateur était d’emblée prévenu ? Les contrastes entre les lieux (ombres et lumière, exiguïté des ruelles et blancheur de certains quartiers), entre les coulisses et le réel - inclus dans le titre- entre la condescendance des Occidentaux richissimes et le mal-être de la jeunesse marocaine, ou encore les contrastes dans la façon de filmer les corps qui s’abandonnent au désir, toutes ces oppositions accentuent non seulement les clivages de classe tant elles sont exacerbées  mais aussi la tendance fâcheuse au psychodrame moralisateur…Parfois des gros plans prolongés loin d’entraîner l’empathie seraient contre productifs (cf épisode en taxi vers l’hôpital où les mains tentent vainement de sceller un semblant de Vie ; la tentation diabolique de Carole Bouquet alors que Mehdi est pétrifié…)  

Quid aussi du vécu de l’orpheline Selma -outre son emploi dans une boulangerie, et l’existence d’un oncle tuteur ?

Un bémol:  le jeu de l’acteur Driss Ramdi qui agace(rait) plus d’un, a en fait la justesse de l’égaré incapable de prendre une décision (mais quand la violence contenue s’exprime(ra)….)

Derrière les palmiers ? Un  "conte cruel"  décevant 

 

Colette Lallement-Duchoze

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5 avril 2026 7 05 /04 /avril /2026 06:13

D'Ildiko Enyedi (Hongrie 2025)

 

avec  Tony Leung Chiu-Wai (Tony) Léa Seydoux (Alice Sauvage) Luna Wedler (Grete) Enzo Brumm (Hannes)

 

Festival de Venise :  prix FIPRESCI et prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir pour Luna Wedler  

 

Présenté dans le cadre du festival A L EST le vendredi 13 mars à l'Omnia Rouen

Dans un jardin botanique, un arbre veille et observe, témoin patient des siècles. En 1908, il suit Grete, qui lutte pour exister dans un milieu qui l'ignore. Dans les années 1970, il voit Hannes s'éveiller à l'amour et au monde des plantes. Aujourd'hui, le vieil arbre parle avec Tony dans son langage secret. Autour de lui, certains se cherchent, d'autres se rencontrent. Lui demeure, ami silencieux, dans un temps plus vaste que le leur.

Silent friend

Un arbre plus que centenaire, un ginkgo biloba, le silent friend du titre ? - dans le jardin botanique, de l’université de Marbourg,- à la fois témoin et complice ? La réalisatrice de corps et âme fait  surgir d’une minutieuse exploration (presque clinique) l’infinie complexité d’un rapport au temps, au silence, à chaque élément du vivant végétal magnifié par des zooms. L’être humain -quelle que soit l’époque 1908, 1972, et 2020 -y déploie sa volonté d’un « être là » : Grete cherche à s’imposer comme femme dans le monde masculin universitaire, Hannes s’étonne de son propre éveil sentimental qui épouse celui d’une plante, et Tony neurologue coincé sur place par la Covid communique avec l'arbre par un langage secret

Laissons-nous transporter par cette approche singulière et envoûtante du vivant. Un transport qui avoisine(rait) une forme d’abandon (sinon nous resterons à quai …ou quitterons la salle…)

Le film s’ouvre avec la présence d’un chercheur hongkongais en neurosciences Tony Wong (des écrans dans l’écran, capteurs et comparateurs), et se clôt sur celle du ginko biloba au feuillage enflammé qui impose sa majestueuse résistance. Entre ces deux moments nous aurons vu s’entremêler -à l’instar des racines de l’arbre- trois histoires. Le passage d’une temporalité à l’autre, est aussi passage du noir et blanc à la couleur, d’un grain de pellicule à un autre, d’une atmosphère à une autre, de « problématiques » spécifiques à d’autres, et si les formats visuels sont différents (35mm pour la période 1908, 16mm pour 1972 et vidéo numérique pour 2020) à aucun moment impression de « décousu » car la cinéaste hongroise enchevêtre les trois « explorations » avec fluidité.

Voici en surimpressions des couleurs qui embrasent, des lignes d’infographies qui se confondent avec les sinuosités du vivant exploré, voici des plans des cadrages qui épousent l’effeuillage, des rhizomes en « réseaux » des pulsions électriques (corps du ginko bardé de capteurs) voici des détails de ramures de feuilles ou de fleurs qui éclosent, des visions microscopiques ….psychédéliques, etc…

 Un gros plan sur un visage, sur une nuque, des plans rapprochés sur  le groupe d'étudiants  -l'effervescence et les cris en 1972 contrastant avec la solitude du chercheur en 2020-, la coiffe  de la jeune Grete qui envahit l'écran ou le crâne dénudé du chercheur équipé de ses écouteurs, des dialogues minimalistes entre humains faisant écho au langage des plantes (?) autant d'échos feutrés dans cette captation du Vivant

Il convient de saluer le travail remarquable du chef opérateur Gergely Pálos, qu’accompagne la musique de Kristóf Kelemen et Gábor Keresztes (suggérant des phénomènes imperceptibles (comme l'activité des racines) et des sons archaïques (insectes, respirations), leur partition agit comme une « force silencieuse » )

Oui la « communication » entre humains et végétaux n’était pas utopie ….dans ce film à la fois contemplatif et sensoriel

Et miracle de l’envoûtement ? La froideur clinique s’est diluée dans l’appel de la nature…

Un film à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 avril 2026 6 04 /04 /avril /2026 10:04

De Ilker Çatak (Turquie 2025)

 

 avec Tansu Biçer (Aziz) ),Özgü Namal (Derya) Leyla Smyrna Cabas (Ezgi),

 

Lion d'Or Berlinale 2025

 

Professeur à la faculté d’Ankara, Aziz reçoit la "lettre jaune" qui lui signifie arbitrairement sa révocation. Quand sa femme Derya, célèbre comédienne au théâtre national, la reçoit à son tour, c’est le coup de grâce pour le couple. L’un et l’autre, condamnés pour leurs idées, sont obligés de se réfugier à Istanbul chez la mère d’Aziz. Le compromis entre cette précarité nouvelle et leur engagement politique va mettre leur mariage à l’épreuve

Yellow Letters

Tant que vous n'avez pas vu la mise en scène orchestrée par l'état, je n'ai rien à vous apprendre de la dramaturgie

Que le cinéaste allemand d’origine turque (connu en France pour la salle des profs) s’inspire d’un fait historique (les lettres de licenciement que le gouvernement turc avait envoyées à moult artistes entre 2016 et 2019 au prétexte fallacieux d’avoir « critiqué » le régime) quoi de plus «légitime » ? Que deux villes allemandes soient présentées comme personnages (Berlin dans le rôle d’Ankara et Hambourg dans le rôle d’Istanbul ), prouverait la portée universelle de ce film, - le passé mais aussi le présent de certaines démocraties ressemblent étrangement à du totalitarisme-,  bien plus que la volonté (certes réelle) de  "préserver"  le sort des acteurs turcs

Le film se focalise plus sur le délitement d’un couple, conséquence de la  mesure "politique" discriminatoire, la censure (précarité financière et dilemme -courber l’échine ou lutter-) qu’à la "mise en scène et en images"  d’un pamphlet contre Recep Tayyip Erdoğan (dans la salles des profs les suspicions de vol, les questions de justice de pardon étaient "traitées" sans passer par le conflit "attendu"  prof/élèves et le microcosme de l’école devenait la mise en abyme de la société)

Voici un perchiste, voici en coulisses l’auteur metteur en scène au regard scrutateur, -il voit sous un autre angle le plateau où évolue l’actrice, sa femme. D’emblée nous sommes immergés dans l’univers du théâtre de la représentation des artifices. Le théâtre aurait-il pour vocation de « sauver » le monde ? (Aziz en est convaincu) En écho à la fin c’est le texte « yellow letters » qui sera porté sur scène (écrit par le même personnage) MAIS le couple s’est fissuré, a volé en éclats …Comment en est-on arrivé là ? et à ce tout dernier plan où Aziz est allongé tel un gisant pour l'Eternité ? c’est tout l’enjeu de ce long métrage récompensé par un Lion d'Or au dernier Festival de Berlin

De renoncements en effacements, de discussions en déchirements, voire compromissions (on pactise avec ce que l’on a toujours vilipendé…quand la vie de la fille est mise en danger)  le film imprime le parcours de ce couple de couleurs contrastées (ombres et lumière) ou crée un tempo en faisant alterner séquences caméra à l’épaule si proche des personnages et séquences au "cadre plus posé" comme si le temps était momentanément suspendu ou par ce crescendo tant verbal que gestuel jusqu’à l’implosion alors qu’en filigrane -ou avec plus d’évidence- sont évoquées les thématiques du patriarcat de LGBT du conflit intergénérationnel et surtout des clivages sociaux (Aziz et Derya au début ressemblaient à des artistes bobos …)

Un film à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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