4 février 2026 3 04 /02 /février /2026 09:26

d’ Erige Sehiri (France Tunisie 2024)

Avec Deborah Christelle Lobe (Naney) Aïssa Maïga (Marie) Laetitia Ky (Jolie)

 

 Festival de Cannes 2025 Un Certain Regard

l’Etoile d’Or au Festival international de Marrakech

prix de la Critique  et Prix Les Grenades au Cinemamed 2025, à Bruxelles.

Festival du film francophone d’Angoulême trois Valois  : le prix du meilleur scénario, le prix de la mise en scène et le prix de la meilleure actrice pour Deborah Christelle Lobe (Naney) 

Marie, pasteure ivoirienne et ancienne journaliste, vit à Tunis. Elle héberge Naney, une jeune mère en quête d'un avenir meilleur, et Jolie, une étudiante déterminée qui porte les espoirs de sa famille restée au pays. Quand les trois femmes recueillent Kenza, 4 ans, rescapée d'un naufrage, leur refuge se transforme en famille recomposée tendre mais intranquille dans un climat social de plus en plus préoccupant.

Promis le ciel

Racisme, hostilité du régime tunisien aux migrants subsahariens, comportement très répressif de la police, difficulté à vivre, survivre dans un pays qui n’est pas le sien, oui c’est tout cela que dénonce la cinéaste franco tunisienne Erige Sehiri dans ce troisième long métrage (souvenez-vous de Sous les figuiers ce « huis clos à ciel ouvert »). Elle nous immerge dans le  quotidien de trois femmes. 3 âges, 3 statuts différents d’ailleurs Marie la cinquantaine directrice de l’église de la persévérance néo pentecôtiste, persuadée que « chaque jour est un combat » ; Naney trentenaire, mère exilée sans carte de séjour, dynamique et débrouillarde, et Jolie 20 ans étudiante incarnant les espoirs d’une jeunesse ?? Trois femmes qu’une bienveillance protectrice réunit auprès de Kenza, gamine rescapée d’un naufrage. Le naufrage hors champ est restitué par les bribes de commentaires de l’orpheline de 4 ans ; elle ne connaît pas encore le vocabulaire de l’horreur, ses mots dans leur naïveté même n’en sont que plus déchirants, et leur impact est « lisible» sur les visages des trois femmes. Oui Marie Naney ou encore Jolie ont dû vivre d’identiques tourmentes. Passé douloureux présent précaire et avenir incertain …et celui de Naney est exemplaire … (mais ne pas spoiler…) Les infos radio confirment la vague de racisme qui ravage la Tunisie. Ces trois femmes, certes capables de faire des études du business ou d’ouvrir des églises, vivent dans l’angoisse …permanente

Et les trois comédiennes Aïssa Maïga, Deborah Christelle Lobe Naney et Laetitia Ky les incarnent avec conviction noblesse et émotion; la photo de Frida Marzouk souvent les magnifie tout comme elle magnifie les ambiances en accentuant le contraste avec la noirceur de la « tragédie migratoire »

Cela étant, le choix d’une dynamique binaire risque par son systématisme sa mécanique, soit de ne pas entraîner l’adhésion soit de forcer l’empathie (ainsi de l’alternance entre gros plans ou plans très rapprochés sur les 3 protagonistes , plans serrés prolongés -comme pour isoler les visages, les sourires les pleurs - et plans plus larges pour les scènes de groupe mais où les trois femmes seront impliquées grâce aux montages parallèles, comme pour tisser une forme de « sororité » malgré tous les malgré (contrôles injustifiés, refus d’un chauffeur de taxi de prendre en charge Naney et Jolie, refus de Foued d’aider son « amie » Naney, transfert de la gamine, etc..).

Plus problématique serait le procédé de l’accumulation   déchirures profondes, désirs contrariés, luttes incessantes censé.es mettre en évidence la « complexité » de la tragédie migratoire, -et la Tunisie n’est qu’une étape-, ne risquait-il pas de faire de l’expérience (le vécu, surtout après les appels à la haine en 2023) un exercice de « représentativité » ? une pure illustration, aussi lumineuse soit-elle… ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS Le titre arabe « ciel sans terre » est plus éloquent (état de suspension corps en attente en flottaison sans ancrage;  c’est le sort de ces migrants…)

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3 février 2026 2 03 /02 /février /2026 05:05

De Sharunas Bartas (Mexique Lituanie 2025)

 

Avec Sharunas Bartas Una Marija Bartaite Ina Marija Bartaite

 

Sélection Venice Days - Giornate degli Autori • Rome (Italie)

Sur la côte pacifique mexicaine, la terre adoptée par Ina Marija avant de mourir trop jeune à Vilnius (1996-2021), son père et sa jeune sœur Una entreprennent un voyage dans ses pas. Là, au cœur de la nature luxuriante des mangroves - dans une lagune ravagée par les ouragans et qui ne cesse de renaître - ils entament le travail du deuil. Alors qu’il filme ce parcours, Sharunas Bartas, met à nu ses émotions et, dans un acte de transmission, cherche une reconstruction nourrie par les cycles naturels de la vie.

Laguna

Patiemment posément les gestes de la nature, ceux de ses habitants (villageois de Ventanilla) mais surtout la relation entre le père et sa fille endeuillés par la perte d’Ina (1996-2021) sont filmés successivement ou dans un montage parallèle dans ce documentaire sur le deuil, sur le renouveau, dans cette méditation sur la vie et la mort.

Oui chaque habitant de ces lieux (les mangroves) dit son rapport à la vie au monde. Le début fait la part belle à cette tortue marine -magnifiée par les effets de zoom- qui creuse le sable pour y déposer ses œufs et en écho au final voici des bébés tortues olivâtres que la gamine Una caresse avant de les rendre à leur élément liquide ; entre ces deux moments la violence d’une tempête (ouragan, cyclone) aura zébré le ciel d’éclairs tonitruants et saccagé le littoral où des carapaces de tortues sont alignées tels des gisants…

La perte d’un enfant n’est-elle pas comparable à une dévastation, en ses effets ravageurs ? Oui. Or à l’instar du Vivant, de cette nature luxuriante, celle qu’Ina aimait tant - et de ses animaux qui bravent les éléments, le père sait (se convainc ?) qu’une reconstruction est possible. Ina apparaît en noir et blanc nous l’entendrons aussi. Elle s’éclipse. Mais sur ses pas avec la fille cadette le père va perpétuer ses gestes (caresser un iguane ou un papillon faire griller des chamallows), Et de ses gestes protecteurs (gros plan sur les mains qui s’enserrent) de sa participation au mausolée (autel où se côtoient coquillages bougies et photo de la disparue), de ses paroles plus que consolatrices (long plan séquence autour du feu) il fait entrer la fille aimée dans un « autre » cycle de la Vie. (ne pas pleurer parce qu’Ina Marija n’est plus mais être reconnaissant qu’elle ait existé)

Un film documentaire rare qui procède par fragments sensoriels, qui mêle « reconstruction personnelle et essai esthétique » où la beauté plastique épouse  la puissance  du  vivant  toujours recommencé...

 

Colette Lallement-Duchoze

extrait d'une lettre de Sharunas Bartas  sur la genèse du film 

Après des années de tournage au Mexique, le film a radicalement changé par rapport à son concept original. Je crois que c'est compréhensible. Le film avait, après tout, commencé quand ma fille Ina Marija était encore en vie. Alors que le tournage touchait à sa fin – ou plutôt, alors que je finissais quelque chose dont je n'avais plus besoin – soudain, tout a changé. Tout a recommencé – avec ma plus jeune fille Una Marija, nous avons découvert un autre début, la seconde partie de ma vie. Avec l'aide d'Una Marija – et avec le soutien de mes proches – j'ai finalement réussi à faire ce que j'ai toujours fait dans tous mes films. Montrer aux gens mes sentiments en toute honnêteté. J'ai retrouvé mon chemin

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2 février 2026 1 02 /02 /février /2026 07:20

De Jean-Paul Salomé (France Belgique 2024)

 

Avec Reda Kateb, Bastien Bouillon, Sara Giraudeau, Pierre Lottin

 

Festival 2 Cinéma 2 Valenciennes 2025 : prix du jury étudiants

Festival Jean-Carmet 2025 à Moulins (Allier), sélection second rôle : prix du jury – meilleur second rôle masculin pour Bastien Bouillon prix du public – meilleur second rôle masculin pour Bastien Bouillon.

Jan Bojarski, un jeune ingénieur polonais, se réfugie en France pendant la guerre. Il y utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers pendant l'occupation allemande. Après la guerre, son absence d’état civil l’empêche de déposer les brevets de ses nombreuses inventions et il est limité à des petits boulots mal rémunérés… jusqu’au jour où un gangster lui propose d’utiliser ses talents exceptionnels pour fabriquer des faux billets. Démarre alors pour lui une double vie à l’insu de sa famille. Très vite, il se retrouve dans le viseur de l’inspecteur Mattei, meilleur flic de France.

L'affaire Bojarski

Le cinéaste est attiré par des destins presque "hors norme", par des personnages de l’Ombre (rappelez-vous La syndicaliste vu en sa présence en 2023). Pour l’affaire Bojarski il a mené tout un travail préparatoire phénoménal (documentation certes sur le faussaire de génie et la fabrication artisanale de billets plus beaux que ceux de la Banque de France,(-bleus Minerve, Terre et mer, Bonaparte, prétendument infalsifiables -,) mais aussi pour le "rendu" :  re visionnage de certains films, tout en dirigeant ses acteurs comme s’il était Melville et eux A Delon, allant jusqu’à exiger de Bastien Bouillon diction et gestuelle  à la Paul Meurisse…)

Intéressé par la motivation profonde de ce talentueux faux-monnayeur -défi, reconnaissance du génie-, il l’inscrit dans son "passé" d’immigré. Polonais exilé sans papier (il s’est échappé des geôles hongroises pendant la Seconde guerre mondiale) cet inventeur de génie ne pourra jamais après  la guerre valider ses découvertes -il est le "Polak";  priorité aux Français …  JP Salomé dénonce ainsi les politiques d’immigration françaises…la xénophobie ambiante (dont sera victime le fils dans son biopic/fiction ) Et pourtant Bojarski  faussaire -par nécessité- ne fut jamais  gangster. Non pas  "tromper " le monde   mais le  "reproduire"  Il aurait pu être graveur à la Banque de France (poste refusé par le Général de Gaulle)

Le film, biopic romancé, est autant thriller (une traque pendant plus de 15 ans) que sociétal (ancrage dans les Trente Glorieuses) et politique ; le duel commissaire/faussaire -duel de deux obsessionnels- est comme le fil conducteur et la métamorphose artisan/artiste sert d’épilogue (Bojarski est devenu le Cézanne de la fausse monnaie)

Certes les reconstitutions semblent impeccables -surtout la fabrication artisanale : "les presses de Vincent Guillier, utilisées pour le tournage des scènes d’impression, et pour la reconstitution de l’atelier de Bojarski situé lui aussi au sous-sol de sa maison."  Bojarski  fabriquait TOUT et seul : les machines (presse plaques mélangeurs)  le papier (avec le papier à cigarettes OCB , calque, encre avec aspirine) les outils dont la  fraise de dentiste pour la gravure...) Certes les acteurs Reda Kateb et Bastien Bouillon interprètent à merveille leurs rôles respectifs (le premier tout en nuances et silences)

Mais l’ensemble, de facture très classique  n’a pas la « densité » ni « le sens du tragique » des devanciers dont le cinéaste se réclame….( malgré ces clins d'oeil en télescopage à  Casino ou  Heat entre autres)

Plus problématique le "vertige"  de la création -censé animer le talentueux faussaire- est constamment réduit au travail minutieux de l’artisan tenace    Dommage !

Colette Lallement-Duchoze

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1 février 2026 7 01 /02 /février /2026 07:42

De Paolo Sorrentino (Italie 2025)

 

avec Toni Servillo (Marino De Santis) Anna Ferzetti (Dorotea) Orlando Cinque (colonel Massimo Labaro) Massimo Venturiello (Ugo Romani) Milvia Mariagliano (Coco Valon) Rufin Doh Zeyenouin (le pape) Francesco Martino (Ricardo De Santis) Alexandra Gottschlich : (L'ambassadrice lituanienne) Linda Messerklinger(Isa Rocca) Vasco Mirandola : (Cristiano Arpa)

 

Mostra de Venise (2025) Prix d’interprétation masculine  (Toni Servillo)

 

Mariano De Santis, président de la République italienne à la fin de son mandat, doit s’acquitter de deux missions projet de loi sur l’euthanasie qu’il peut signer ou laisser à son successeur, accorder la grâce à un homme et une femme condamné.es à perpétuité pour avoir tué leurs conjoints respectifs. Mais une troisième question d’ordre privé le hante.

La Grazia

Défilé des articles de la constitution italienne, ballet d’avions sillonnant le ciel des 3 couleurs, c’est bien l’ensemble des prérogatives qui incombent au président italien qui s’imposent au regard dès l’ouverture de ce film (des devoirs au service de l’unité nationale), Voici un président en fin de mandat. Mariano De Santis ou « béton armé » ce surnom insiste sur une psycho-rigidité une impavidité que Toni Servillo incarne à la perfection et qu’illustrent la mise en scène (soin extrême dans le cadrage des plans, obsession de l'équilibre dans les compositions symétriques,  trop léché diront méprisants les détracteurs) et une théâtralisation volontairement appuyée. Et la multitude des charges va contraster (quasiment tout au long du film) avec le vide la solitude. –Mariano filmé souvent seul en gros plan et son visage envahit l’écran ou alors ravalé à un animalcule quand il est filmé de loin (rarement) comme égaré.

Nous sommes immergés dans un quotidien où paroles et gestes sont ritualisé es même au plus fort de la flagornerie ;simultanément nous pénétrons une conscience avec ses dilemmes (accorder ou non la grâce, signer ou non la loi sur l’euthanasie) tout cela dominé par cette obsession : qui fut l’amant d’Aurora la femme aimée ? Question de « macho » qui taraude  torture (recours à la voix off intérieure) au point d’accuser son meilleur ami Ugo Romani, éventuel successeur Enfermé dans ses dilemmes d’homme politique Mariano ex juriste hyper catho, ose enfreindre le règlement lors de sa visite à la prison- approcher au plus près la vérité affirme-t-il,- alors que simple humain, ex mari aimant et jaloux il s’empêtre dans une fausse résolution liée à l’intime (il y a prescription dit, ironique, sa fille)

Un pape noir avec dreadlocks et scooter, un astronaute et son pleur en apesanteur, un robot animal comme guide suprême, une danse sur un rap débridé, autant d’instants de « fantaisie » censés ponctuer l’errance existentielle d’un personnage pour le moins crépusculaire… - le chant alpin explose quant à lui de solidarité renouvelée…

Et si la question oratoire formulée par sa fille Dorotea « à qui appartiennent nos jours » était in fine la seule approche -capable de transcender « failles du pouvoir » et « mélancolie »?  

Irrigué par la dialectique du faste et du vde, du politique et de l’intime, jouant sur la polysémie du mot « grâce » (lourdeur du pouvoir régalien et légèreté, état d’apesanteur) La Grazia est un film A VOIR !! Assurément !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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31 janvier 2026 6 31 /01 /janvier /2026 06:44

Documentaire réalisé par Vincent Munier (2025)

 

Deux nominations aux César 2026

Après La Panthère des neiges, Vincent Munier nous invite au cœur des forêts des Vosges. C’est ici qu’il a tout appris grâce à son père Michel, naturaliste, ayant passé sa vie à l’affut dans les bois. Il est l’heure pour eux de transmettre ce savoir à Simon, le fils de Vincent

Le chant des forêts

Le film est encadré par des images de brume d’un noir et blanc cotonneux ; poétiques elles invitent à saisir la beauté des choses, la beauté du vivant qui – à l’instar de la circularité narrative formelle- ira se répétant. Ainsi dès le prologue  avec une lenteur assumée dans les métamorphoses (telle une paréidolie) et surtout grâce à l’accompagnement musical, -pièce vocale de Hildur Guðnadóttir (Folk Fær Andlit)- le photographe animalier Vincent Munier donne un caractère quasi liturgique et sacré à son documentaire, qui n’est pas sans rappeler le sonnet Correspondances de Baudelaire -au moins le premier quatrain La nature est un temple ou de vivants piliers/Laissent parfois sortir de confuses paroles /L’homme y passe à travers une forêt de symboles /Qui l’observent avec des regards familiers.

Oui ce film invite à  " regarder " autrement (somptuosité des images, effets de lumière et de zooms, qu’accompagne la musique de Warren Illis et Olivier Goignard); regarder dans le " silence" pour qui est à l’affût (comme le fut pendant des décennies Michel le père de Vincent) Silence qu’interrompt volontiers le langage des oiseaux -pour qui sait le capter voire l'interpréter-,  ou le brame des cerfs (lors de parades amoureuses) Le chant du monde animal se confond comme par synesthésie avec celui de la nature et plus spécialement de la forêt en tous ses bruissements vagabonds alors que de ses textures peut émerger l’image d’un animal (quand les épois se confondent avec des écorces, quand du feuillage émerge le profil d’un volatile, cela étant dû aux effets -peut-être involontaires- de paréidolie)

Mais "le chant des forêts" est surtout un film sur la transmission . Voici  trois générations Michel Vincent et Simon Le premier friand d’anecdotes raconte ; il consigne aussi dans son cahier découvertes et réflexions, il transmet sa passion animalière, en apprenant à son petit-fils un art de vivre et de penser. Qui fut le sien.  

Et comme le tétras -oiseau ancestral des Vosges, - a disparu de la région depuis quelques années – une parenthèse hors Hexagone, en Norvège,  s’impose; afin que le jeune Vincent soit émerveillé à son tour par les caroncules rouges le bec blanc la palette bigarrée et les plumes caudales en éventail…. de ce gros gallinacé, dit grand coq de bruyère !!   Là sur l'écran en gros plan....à destination d'un public -émerveillé lui aussi???

Un film à voir certes malgré toutes les artificialités (le dispositif qui systématiquement fait suivre par une séquence animalière l'anecdote rapportée, l’escapade hors forêt vosgienne qui rompt avec le titre, les discours de Michel qui sans être didactiques n’en sont pas moins parfois pontifiants, etc…)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 Hildur Guðnadóttir – Fólk fær andlit

 

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27 janvier 2026 2 27 /01 /janvier /2026 09:24

La 16e Semaine italienne se déroulera du 4 au 15 février 2026

au Cinéma Ariel Mont-Saint-Aignan !

 

 

 

 

La Semaine italienne revient pour sa seizième édition, toujours avec les animations gourmandes de l'association Circolo italiano de Rouen, et pas moins de 20 films à l'affiche !

 

Cinq avant-premières nationales, du cinéma transalpin récent, des classiques du patrimoine, une conférence, et l'incontournable chorale du Circolo ! 

 

«viva il cinema» !

 

 

Settimania italiana (16ème édition)
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27 janvier 2026 2 27 /01 /janvier /2026 07:29

D' Anne Emond Canada 2025

 

Avec Patrick Hivon (Adam) Piper Perabo (Tina) Gilles Renaud (Eugène) Elisabetfh Mazeren (Romy) Gord Rand (Scott le mari de Tina)

 

Grand Prix du festival romantique de Cabourg.

Propriétaire d'un chenil, Adam, 45 ans, est éco-anxieux. Via la ligne de service après-vente de sa toute nouvelle lampe de luminothérapie, il fait la connaissance de Tina. Cette rencontre inattendue dérègle tout : la terre tremble, les cœurs explosent... c'est l'amour !

Amour Apocalypse

Amour et déflagration de tous les sens (cf le choc amoureux de F Alberoni) amour au temps de l’Apocalypse (pour parodier le titre d’un roman de Gabriel Garcia Marquez) ? Le titre est volontairement ambigu à l’instar d’ailleurs de la double acception du mot apocalypse : catastrophe, fin du monde (dénotation) et révélation (connotation religieuse)

Moins fin du monde que fin d’un monde auquel nous étions habitués (répétera Tina)

Caméra fixe Plan prolongé sur la façade d’un immense hangar ; une voiture des postes laisse un paquet à même le sol et voici qu’entre dans le cadre le quadragénaire …Maladroit, empoté il va s’adresser à ses chiens puis découvrir la fameuse lampe … remède à sa dépression. Oui Adam (le choix du prénom n’est pas pur hasard) est un éco-anxieux, un être bizarre (épithète dite et redite par l’entourage). Incapable de relations humaines apaisées, il trouve en Gobelet un golden retriever une forme de sérénité, sérénité qu’il cherche aussi dans la luminothérapie, avant la « rencontre » avec l’Amour

Les "catastrophes" -tremblements de terre, pluies diluviennes ravageuses, vents impétueux dévastateurs canicule dantesque, incendies de forêts, ces  prémices incontestées de l’Apocalypse s’insèrent dans la banalité du quotidien (le film se présente comme une fable écologique !) Les "évasions" mentales (lors des méditations) dans des paysages enneigés d’un blanc immaculé contrastant avec les huis clos -maison chenil habitacle de la voiture- s’inscrivent dans la dichotomie enfermement/échappées, angoisse/respiration  Dichotomie qui va perdurer avec Tina (d’abord une voix chaude enchanteresse celle du SAV ) alors que le film bascule dans une romance assez convenue et que les personnages dits secondaires sont réduits à des stéréotypes (le père le frère ou le mari de Tina) voire des caricatures (la psy et ses diagnostics griffonnés en acrostiche, l’employée Romy obsédée par le sexe)

Être séduit par une voix n’a rien de singulier ; entendre au bout du fil une déflagration et "voler" au secours de l'inconnue en danger, voilà plus surprenant (la distance est longue, le chemin semé d’embûches dit le cliché) …

Le paradoxe de ce film – qui se veut  hybride- est précisément d’avoir cédé à la tentation de la romance délaissant par là même le projet initial -et le jeu de l’acteur avec ses mimiques sa logorrhée – un jeu qui force l’admiration-  va participer à une autre déflagration celle d’une promesse non tenue - incluse dans le titre (titre dont le dernier plan serait la copie bucolique ?)

Ajoutons la voix off sentencieuse (qui va jusqu’à submerger le générique de fin) ou ces propos comminatoires très (trop) didactiques

Dommage

Un bémol : telles des aubes nouvelles voici l’image du pommier et celle de l’énergie du monde animal, antidotes aux menaces crépusculaires…

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 janvier 2026 1 26 /01 /janvier /2026 06:11

De Brendan Canty (Irlande 2025)

 

avec Danny Power, Diarmuid Noyes, Emma Willis…

 

Berlin 2025 Grand prix génération

Expulsé de sa famille d'accueil, Christy, 17 ans, débarque chez son demi-frère, jeune papa, qu'il connaît peu. Ce dernier vit mal cet arrangement qu’il espère temporaire ; mais Christy se sent vite chez lui, dans ce quartier populaire de Cork, se faisant des amis et renouant avec la famille de sa mère. Les deux frères vont devoir se confronter à leur passé tumultueux pour envisager un avenir commun.

Chris and his brother

Une fois n’est pas coutume, le synopsis rend assez bien compte de l’enjeu de ce film. Si Chris and his brother  débute avec le « portrait » d’un milieu ouvrier (réalisme social à la Ken Loach ?) il glisse progressivement - enjeux dramatiques à l’appui- vers une sorte d’utopie communautaire (dont le sourire sur le visage de Chris souvent fermé voire hermétique et le gros plan qui réunit les visages des deux frères dans le salon de coiffure, illustrent le scellement)

Le cinéaste a tourné avec de jeunes locaux de  Knocknaheeny banlieue ouvrière de Cork Irlande sud. Certains membres de cette communauté artistique sont doués pour le rap (surtout ne pas quitter la salle car au moment où défile le générique de fin vous les verrez se produire chacun individuellement avec talent). Cette communauté avec ses jeux, ses feux de joie, ses rituels, sa spontanéité a la force d’une thérapie plus efficace que les placements "forcés" en famille d’accueil pour ces jeunes mineurs orphelins dont Chris ! Face à elle une "bande" de mecs plus âgés, plus conventionnelle dans son virilisme son machisme, censée rappeler à Chris un pan de son passé maternel et  l'incapacité à s’y soustraire. Chris l’adolescent taciturne bagarreur navigue entre les deux…De cet affrontement, en écho d’ailleurs à celui qui oppose les deux frères (cf le titre du film, la polysémie de la conjonction "and") naît l’enjeu dramatique, sous forme de dilemme. Un dilemme qui d’ailleurs taraude Shane,  bien décidé qu'il était dans un premier temps à se "débarrasser" d’un frère encombrant … Et le jeu de l’interprète Diarmuid Noyes -assez expressif volontiers théâtral - s’oppose à celui de Danny Power tout en suggestion pour habiter comme de l’intérieur le personnage de Chris.

Le pendentif au crucifix que Chris se plaît à contempler (lui rappelant l’origine de son prénom), les images du passé sous forme de flash souvenirs (Chris enfant mère aimante), ou la cruelle évocation de l’emplacement où la mère toxico a été retrouvée morte, la bagarre, les doigts endoloris, le jeu d’accumulations ou de récurrences -doigts d’honneur, bières sifflées, junkie,- n’auront pas raison même dans leur traitement cliché, de cette émotion d’enfance qui les submerge tous….

Alors oui ce premier long métrage souffre de …et de… mais les pièges attendus (à l’instar de ceux qui balisent le cheminement de Chris) seront déjoués…

Et voici que les ciels tourmentés des paysages irlandais s’embrasent du flamboiement des feux de joie

Un film qui mérite plus qu’un détour !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 janvier 2026 7 25 /01 /janvier /2026 08:23

De Mascha Schilinski (Allemagne 2024)

 

Avec Hanna Heckt (Alma) Lea Drinda (Erika) Luise Hever : (Christa) Lena Urzendowsky ( Angelika)  Laeni Geiseler : (Lenka) Claudia Geisler Bading (Irm) Luzia Oppermann (Trudi) Konstantin Lindhorst (Uwe)

BO Stranger d’Anna von Hausswolff

Musique : Michael Fiedler, Eike Hosenfeld

Prix du jury Festival de Cannes 2025

Prix du cinéma européen des meilleurs costumes

Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l'Allemagne, dans l’Altmark.  Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre.

Les échos du passé

La séquence d’ouverture en nous faisant pénétrer dans la maison (et ses secrets, ?) va encoder le film : profondeur de champ, ombre et lumière, lenteur des déplacements, vérité et mensonges -Erika simule l’amputation,- caméra subjective (lent travelling sur le corps endormi de l’amputé), pudique jouissance incestueuse quand le doigt affleure le nombril, aboiement du père « Erika les cochons » puis dans la cour une baffe retentissante sur sa joue…

Et le film débute avec le point de vue d’Alma, gamine à la coiffure impeccable , et au regard scrutateur,... Or en "regardant" le monde des adultes, par le trou de la serrure elle semble  interroger comme à distance les générations à venir (mais aussi le public) sur leur propre identité , proche de l’étrangeté …D'autant que cela était précédé par un plan circulaire très suggestif 

Si des détails permettent de situer (à peu près)  les quatre temporalités (costumes, coiffures, éclairages, technologies, allusion au suicide collectif (Erika) fin de la seconde guerre mondiale, panneau frontalier (entre RDA et RFA) enrôlement (première guerre mondiale) timbres de voix -pour les commentaires en voix off etc..) le spectateur n’en est pas moins dérouté : à la structure fragmentée, à l’éclatement chronologique, se superposent en effet et dans un même fragment  un jeu de prolepses d’analepses, l’entremêlement réel et fantasme,  ainsi que des dédoublements -visages comme décomposés  voire dupliqués par l’usure du temps qui affecte le grain de la photo, Duplication de destins et non croisement...

Véritable labyrinthe mémoriel- bribes de récits parcellaires , où se mêlent noms époques et surtout traumatismes,  cette fresque sibylline peut susciter une réaction violente (quitter la salle au bout de 40 ou 50 minutes… ) ou au contraire "envoûter"  par sa beauté plastique que la réalisatrice magnifie à l’intérieur même du format choisi (4,3) Flous clairs obscurs comme autant de fantômes du « passé » (Alma et son double à la pâleur cadavérique sur la photo, Angelika imaginant sa propre mort broyée par la moissonneuse batteuse) le suicide en héritage (Lia sœur d’Alma, ou Enrika sœur d’Irm la mère d’Angelika) l’inceste discret ou effrontément affiché, C’est là dans ce lieu unique avec ses portes fermées au regard mais non à l’imaginaire, -ou avec celles qu’on entrouvre sur l’inconscient - que s’accomplit le fatum ; mais l’environnement lui aussi peut être mortifère (grouillement des profondeurs de la rivière où l’on croit -ou désire- disparaître à jamais…)

Envoûté le spectateur n’en formulera pas moins quelques réserves : la tendance au dolorisme, la noirceur trop appuyée (quand bien même c’est la condition féminine que la réalisatrice dénonce dans ce glissement des époques- stérilisation forcée, soumission aux diktats patriarcaux entre autres ); les commentaires voix off -qui vont progressivement suppléer aux non-dits aux silences aux ellipses, hélas font redondance avec "les images" qu’ils sont censés illustrer.; les raccords (sonores musicaux ou textuels) ne sont pas toujours convaincants ; les choix esthétiques ne virent-ils pas au bout de 95 minutes au  "procédé" ?

Cela étant, les échos du passé (titre allemand in die Sonne schauen regarde(r) le soleil), est un film qui interroge bouleverse psyché et intellect. Inclassable (et c’est tant mieux) il ne doit surtout pas être boudé….

 

Colette Lallement-Duchoze

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24 janvier 2026 6 24 /01 /janvier /2026 09:19

De Abd Al Malik (France 2024)

avec Makita Samba (Furcy Madeleine) Romain Duris (procureur Boucher) Vincent Macaigne (Joseph Lory) Ana Girardot (Virginie Bega) Philippe Torreton (Philippe Bouguevin) Frédéric Pierrot (maître Godard de Saponay) André Marcon (maître Moreau)  Micha Lescot (Pol Satin)

Musique de   Bilal Al Aswad

. Adaptation de "L'Affaire de l'esclave Furcy" de  Mohammed Aïssaoui (prix Renaudot de l’Essai 2010) 

La Réunion, 1817. À la mort de sa mère, l'esclave Furcy découvre des documents qui pourraient faire de lui un homme libre. Avec l'aide d'un procureur abolitionniste, il se lance dans une bataille judiciaire pour la reconnaissance de ses droits...

Furcy, né libre

Le ton (sens propre) est donné dès le début Nous entendons la chanson  "Sanm Ou" "ton sang » composée interprétée par Danyel Waro;  et la musique du film, -personnage à part entière- , composée par Bilal Al Aswad servira souvent de contrepoint aux "joutes oratoires",  -la froideur du  système judiciaire opposée à la détresse des esclaves-; un système qui pendant des décennies aura emprisonné (sens propre et figuré) Furcy dans un combat …Combat que les colons blancs, tenants  du "droit" - théorie et pratique de l’esclavage légalisées par le code noir – étaient sûrs de gagner !

L’écoulement du temps de 1817 à 1843 est signalé par les encarts (mention des années calligraphiées en vert) les rebondissements (depuis le premier procès sur l’Île qui condamne le plaignant jusqu’à celui dans la métropole qui après délibéré décrétera Furcy né libre en passant par l’exil sur l’Île Maurice ) la permanence des préjugés racistes (un esclave est un « meuble » affirmation clamée sans vergogne par Pol Satin (Micha Lescot) l’hypocrisie des colons planteurs et propriétaires d’esclaves dont Joseph Lory (étonnant Vincent Macaigne),  tout cela sert de trame historique dont le factuel serait vérifiable

Certes les résonances avec l’actualité plus de 150 après sont patentes, certes les vues panoramiques sur un ciel embrasé ou sur les flots ne sauraient être esthétisantes -flamboiement rougeâtre annonciateur de douleurs et de morts dans un cas , sordidité du commerce des hommes par voie maritime, implicite dans l’autre, certes le spectateur est invité à faire lui-même le distinguo entre « être libre » et « être né libre »(dans le cas de Furcy combat pour la reconnaissance de la preuve écrite d'un d’affranchissement) A la recommandation de l’aimée "si tu reviens le maître est prêt à te pardonner" Furcy oppose sans violence mais avec aplomb, le bien-fondé de sa propre requête ; c’est là que résident toute l’incompréhension (calculée et hypocrite) du colon blanc et la violence du système… l’ordre impose la violence ? donc celle-ci  est légale et légitime à la fois (les arguments de l'abolitionniste resteront lettre morte, au moins un temps...)

Cela étant, le traitement est globalement assez décevant…. Que de clichés ! et de complaisance dans leur approche : La liste serait longue : gros plans prolongés sur les dos lacérés qui suppurent après avoir été fouettés, ronde des forçats au ralenti, plan en plongée sur la plantation de canne à sucre où les esclaves silhouettés se perdent dans son immensité , plantation lieu de survie malgré la cravache, et lieu de sépulture, aussi, cellule à peine éclairée où les chaînes qui entravent le prisonnier peinent par leur cliquetis à se débarrasser de parasites alors que clopinent des rats ; à l’intérieur des Palais de justice, lors de "plaidoiries" la caméra joue avec les gros plans sur les visages des représentants du "droit" -déclamations éructations, et déclamations récitations, trop théâtralisées;  si le "didactisme" est nécessaire à la contextualisation il verse trop souvent dans la "grandiloquence" Quant aux mini scènes plus oniriques (apparitions de la mère Madeleine, ou de la bien-aimée Virginie) si par le flou aérien et éthéré,  ou par leur lumière dorée, et par la fonction apaisante d'un baume,  elles contrastent avec la dureté tragique du sort réservé à Furcy , elles semblent plaquées artificiellement. Et l’interprétation -trop lisse- de Makita Samba (vu dans les Olympiades ou plus récemment dans Kika) n’est pas toujours convaincante …alors que ses silences ses regards sa gestuelle à peine esquissée auraient dû entraîner l’adhésion…

 

Colette Lallement-Duchoze

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