29 octobre 2026 4 29 /10 /octobre /2026 07:40

Documentaire réalisé par Alexander Murphy (Irlande 2025)

 

avec  Pa O’Reilly (le père) Lisa O’Reilly (la mère) et leurs dix enfants

Musique Kevin O'Leary et Mathias Levy Valensi.

Le long d'une route oubliée, la famille O'Reilly vit dans une vieille caravane échouée au milieu des champs. Pa, Lisa et leurs dix enfants traversent les saisons dans ce fragile château de tôle, héritiers d'un mode de vie en sursis. Menacés d'expulsion, leur équilibre de fortune vacille mais ils résistent, fidèles à leurs traditions. Les enfants rient, les chiens aboient, la caravane tient encore, mais pour combien de temps ?

Irish Travellers

Le documentariste (dont nous avions beaucoup apprécié "Au-delà de Katmandou") nous immerge dans le quotidien d’une communauté (qui vit dans un mobil home) le clan O’Reilly une famille de 10 enfants dont la vivacité l’amour de la liberté la solidarité scandent les jours et les saisons. Divisé  en 4 actes, -chaque saison est annoncée par un encart et les couleurs modifient l’immensité du pré environnant, – ce film documentaire semble plutôt s’attacher au passage du temps, à la transmission (une photo au début lors de la communion et en écho vers la fin celle de la famille agrandie) Comme se plaît à le rappeler le père (patriarche filmé comme un bloc minéral  apparemment inerte, victime toutefois de dépression et dispensant avec pudeur son amour paternel) et la répartition des "tâches" (que récite la fille aînée ou que recommande la mère à Sean le fils aîné qui à 16 ans va se marier) semble aller de soi dans ce contexte patriarcal et hyper catholique…la communauté des " travellers "

Tout commence ici avec cette porte ouverte d’un mobil-home (et le passage successif des enfants), avant de pénétrer à l’intérieur où la promiscuité et l’exiguïté supposées ne seront pas "palpables"……) et tout nous y ramène comme une évidence. Les activités nocturnes (chasse au lapin), les balades en sulky, les jeux sur la barrière de la route ou dans le pré, la visite d’un appartement/témoin, l’apprentissage de la boxe "à mains nues", les baignades dans la rivière, la lessive et le séchage en extérieur, etc  toutes les activités, occupations des O’Reilly nous rappellent que s’ils ne sont plus vraiment nomades ils ne sont qu’à demi sédentarisés (les enfants sont scolarisés certes le fils aîné va occuper une autre caravane avec sa jeune épousée), mais malgré les déboires techniques (vétusté du "château de tôle"   panne de générateur) le clan O’Reilly ne saurait s’installer dans un secteur  "où les maisons sont accolées"  tant est patent le besoin d’espace…vital 

Ainsi le documentariste franco-irlandais (il a partagé le quotidien de la famille) au lieu de mettre en évidence l’ostracisme et la précarité d’une "communauté" (les travellers sont discriminés, vilipendés et les O’Reilly "vivent à la double marge"), au lieu d’opter pour une "enquête ethnographique" a choisi le charme de la chronique "intimiste" Il a su capter la spécificité de chacun des membres de la famille, -il filme d’ailleurs les enfants à leur hauteur.

Les cadrages, les jeux de lumière, l’alternance entre plans d’ensemble (quelques panoramiques) et plans plus serrés, mais aussi les ellipses (la condamnation du père ?, la rencontre entre Sean et sa "promise" ? ) et la musique (:dont ces variations sur un air de Schubert) tout concourt à faire de Irish Travellers un film bouleversant d’humanité … à ne pas manquer

Colette Lallement-Duchoze

 

j’ai tenté de faire en sorte que la caméra devienne le onzième enfant des O’Reilly. Au fur et à mesure, je ne filmais plus des voyageurs mais une famille. Je me suis rendu compte que ce que je captais, c'était quelque chose d'essentiel et de très simple : c'était de l'amour à l'état brut.

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28 octobre 2026 3 28 /10 /octobre /2026 06:19

De Hong  Sang-soo (Corée 2026)

 

avec Song Seon-mi, Cho Yun-hee, Park Mi-so 

 

Présenté à la Berlinale 2026 Section Panorama

Suite à son récent divorce, une grande actrice coréenne retourne sur le devant de la scène douze ans après sa dernière apparition à l’écran. À l’occasion de la sortie du film, elle s’entretient successivement avec trois jeunes journalistes venues l’interroger sur son nouveau projet, mais aussi sur sa vie personnelle et les raisons de sa séparation...

Le jour de son retour

Le dispositif choisi est encore plus resserré  minimaliste que celui auquel le cinéaste nous avait habitué ‘(depuis Un jour avec un jour sans ) .Un noir et blanc somptueux (et l’épithète n’est pas galvaudée) une salle de restaurant (brasserie tenue par des Allemands) une table, deux tasses puis deux verres de bière ; une actrice (Bae Jeong su, interprétée par Seon-mi Song) nterrogée successivement par 3 jeunes journalistes (caméra fixe et 1 plan séquence) ; celles-ci sont censées évoquer le film, mais bien vite elles bifurquent, posant des questions qui relèvent de l’intime, questions  auxquelles l’actrice répond sans fard  (divorce alcool éducation amour maternel) Parfois elle prend le relai, "interroge" : cette inversion des rôles permet au cinéaste d’évaluer l’impact de son "œuvre" sur le public (je n’ai pas bien compris le message dira la troisième journaliste ; la dernière séquence m’a bouleversée tant je me suis "identifiée" au personnage, avoue la première). Ses questions peuvent relever elles aussi de l’intime  (relations amoureuses récentes et déjà entachées de …vétilles)

A cela s’ajoutent des "bruits venus de la cuisine", les rideaux que l’on va fermer (un extérieur surexposé entraverait la vision déjà altérée de l’actrice, et l’on pense inévitablement au "flou" de In  water). Vers la fin de chaque échange on entend la voix du réalisateur (hors champ) qui impose le temps de parole ; réalisateur qui n’hésite pas à "draguer" les journalistes .. (les personnages masculins souvent faillibles alcoolos et coureurs de jupons n’ont pas déserté l’univers de Hong Sang-soo )  

Le passage d’une rencontre à l’autre est assuré de façon originale : intervalle musical et simultanément, déplacement du "lieu" (cf l'affiche, le jardin se substitue au huis clos de la salle de restaurant); position très sculpturale de l’actrice,  qui debout ou assise,  silencieuse, savoure une cigarette libératrice

Ces redites sont en fait des "variations", des "combinatoires" (si la thématique est identique d’une rencontre à l’autre sa formulation et son inscription dans le "déroulé" sont différent.es,) . Quant à l’injonction "aimez-vous" proférée avec la puissance d’un credo, injonction en réponse à la question "Quels conseils préconisez-vous pour nous les jeunes") elle joue à chaque fois le rôle de coda. Mais surtout le cinéaste se plaît à changer "‘l'angle de vue" -filmer de dos, de profil avec de légers zooms avant (à peine perceptibles)

Le film est structuré en 5 actes (dont 3 interviews) le 4ème le plus court- fait intervenir une "maîtresse d’art dramatique" (l'actrice de cinéma suit aussi des cours de théâtre) et sert de prélude au cinquième ,  "reprise" de l’interview n° 1 Or les deux femmes attentives aux directives de la maîtresse d’art dramatique, hors champ, vont "répéter" un texte écrit, transposition de ce qui était oral et spontané. Passage du réel à sa représentation ? Peut-être avec ce "plus" qui "transforme" le propos initial  (le champ lexical trop expressif (effet de la bière ingurgitée ?) sera édulcoré  (clin d'œil ironique au rôle de la critique ?) -Annonciateur du triomphe final de l’amour maternel sur celui de la boisson ???

Jubilatoire pour les uns, ennuyeux pour d’autres Hang Sang-soo a ses amoureux inconditionnels et ses détracteurs. La répétition de schémas narratifs semblables ou similaires (d’un film à l’autre, et  d’une  séquence à l’autre dans le même film ) pourra toujours servir d’arguments aux contempteurs …En revanche les questionnements sur ce qui fait "un bon film" sur l’artificialité du film/ divertissement, sur le réel et sa représentation, sur la façon de "construire" une image de soi (et même l'apport autobiographique) ne sont-ils pas les réponses aux questions que se posent les "journalistes critiques" face au silence de celui qui évite les interviews… 

Cela étant, on aura assisté  (une fois de plus) au  glissement  de l’anodin vers des interrogations plus existentielles  ...et l'on retiendra ces deux injonctions/préceptes 

Apprendre à voir les choses telles qu’elles sont   Aimez-vous

 

Colette Lallement-Duchoze

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19 octobre 2026 1 19 /10 /octobre /2026 05:41

De Marine Atlan (2026)

 

avec  Colas Quignard (Toni) Suzanne Gerin (Suzanne) Mitia Capellier-Audat (James) Antonia Buresi (Madame Mercier)

Festival de Cannes 2026 : Grand prix de la Semaine de la critique

Festival du cinéma américain de Deauville 2026 : Prix d'Ornano-Valenti

Festival international du film Nouveaux Horizons 2026 : Prix du public

Vu en avant-première en présence de la réalisatrice dimanche 18  octobre 

sortie le 21

Des jeunes lycéens en classe de terminale partent en voyage scolaire à Naples avec leurs professeurs. Au cours de ce périple, ils découvrent Pompéi, ses fresques et ses corps pétrifiés par l'éruption du Vésuve. C'est l'année du bac et ils attendent ce que l'oracle Parcoursup va leur annoncer pour leur avenir. À l'orée d'une nouvelle vie qui s'ouvre à eux, ces jeunes gens sont aussi à l'âge des amitiés indéfectibles, des doutes, des questions, des premiers émois sexuels et amoureux…

La Gradiva

Laissez l’expérience et vos émotions s’exprimer, observez les corps les visages les mouvements les couleurs.(Mme Mercier à ses élèves)

 

Marine Atlan (cheffe opératrice de l’Engloutie entre autres) signe avec La Gradiva son premier long métrage. Le propos?  Faire entrer en collusion , en collision aussi la fougue d’une jeunesse contemporaine -lors d’un voyage scolaire organisé en 2025- avec la beauté "immuable " de Naples, avec les tragédies du passé (dont l’éruption du Vésuve en l’an 79) avec les vestiges de la Douleur (dont les corps pétrifiés) mais aussi avec une certaine  contemporanéité (le bord de mer, les ruelles grouillantes, les fêtes religieuses) Elle mêle habilement cinéma vérité (cf les résultats de Parcoursup vers la fin du séjour qui scelleront définitivement le futur de ces élèves de Terminale!!)    et une approche plus sensorielle, qu’elle transforme bien vite  en une "odyssée existentielle" (fatum -déterminisme social, besoin de reconnaissance et désirs, appels de la chair illustrés entre autres (dans) par "le rêve de Suzanne") Le titre ? Si pour certains la référence a la clarté de l'évidence (une nouvelle de Jensen dans laquelle un archéologue est hanté par la sculpture de "la femme qui marche" récit dont s'est emparé Freud  pour élaborer sa théorie du fantasme) elle n'a pas d'incidence quant à la compréhension du déroulé narratif  et  à sa progression vers la tragédie. Titre clin d'œil?  La réalisatrice dit avoir voulu insister sur le "déterminisme social"  … Le cas de Toni (sa quête d'identité liée à un double ancrage, à un passé napolitain)   est exemplaire! 

Les premiers plans de La Gradiva contiennent les "motifs" (photos circulation de regards et différentes dialectiques) qui seront amplifiés, telles des variations (ce n’est pas pur hasard si la musique de Satie accompagnera par deux fois ce film choral)

Au tout début, se succèdent  des photos (d’abord en noir et blanc puis en couleurs) celles d’une villa, des membres  d'une famille  et le portrait de la grand-mère de Toni (en écho nous reverrons  ces clichés stockés dans son téléphone tout comme ils habitent sa mémoire et son imaginaire); personnages figés pour l’éternité mais si vivants, d’ailleurs la dialectique du vivant et du pétrifié va s’emparer de toute la narration

Première séquence; dans le train.. Dans le couloir d’un wagon voici Toni qui "regarde" son ami James en ses ébats sexuels avec Angela ; un gros plan sur son visage à travers la vitre et s’impose à notre regard le portrait du jeune homme du Corrège ?);  dans ce même couloir Suzanne regarde Toni; circulation de regards et désirs inavoués  (?) Chacun désire quelqu’un qui regarde ailleurs… Ressort de la tragédie racinienne et dynamique du film ? Puis passage dans un tunnel (Noir qui occulte(rait) momentanément cet obscur objet du désir…)

La dialectique du "sacré" et du "profane", du sociologique et du mythologique, du vivant et du pétrifié (cf l’analyse du moulage de cette femme morte,  longtemps identifiée -mais à tort -comme  "la femme enceinte" et préfiguration de la tragédie de Toni?) cette dialectique s'inscrit aussi dans les choix musicaux ‘(Théodora côtoie Satie)  

Le film frappe  par sa construction et sa mise en scène où les ellipses n'entravent pas la fluidité   (comme  un continuum entre passé et présent, entre  magma en fusion et éveil de tous les sens?)  Echos intérieurs, connexions non métaphoriques,  contrastes/ confrontations -fixité de l’éternel/mobilité fugace du présent) L'alternance scènes de groupes et solos ou duos, scènes d'extérieur et séquences d'intérieur, groupe "scolaire" et groupe social urbain scande la narration crée un tempo, alors que  simultanément se dessinent les étapes vers...  Cadrés souvent comme des tableaux, les plans marient les "jeux d’échelle" (sculptures monumentales /regardeurs minuscules),  les jeux de lumière et de couleurs (dont l'ocre rouge des façades ou des fresques),

Ce film frappe tout autant  par le saisissant portrait d’une jeunesse; Portrait qui se lit dans ces mêmes plans devenus paysages intérieurs, Portrait qui s’écoute dans cette soirée discussion politique, ou dans les conversations  plus intimes au dortoir;  Portrait qui invite(rait)  à un parallèle avec les événements récents (révolte des lycéens)

Un film à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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16 octobre 2026 5 16 /10 /octobre /2026 04:43

Film d'animation réalisé par Louis Clichy (2025)

 Voix de :Gary Clichy (Christophe) Rod Paradot (JB, le frère)  Dimitris Colas : (Jean, le père) Aurélie Vassort : (Catherine, la mère) Brune Moulin (Clara) Alexandre Astier (Michel l’organiste)  Jean-Pascal Zadi (le prêtre)

Prix spécial du jury Section Un certain regard Festival de Cannes 2026

Prix du jury et prix du public Festival international du film d'animation d'Annecy 2026.

Prix "coup de cœur" des adhérents de l'AFCAE

Vu en avant-première en présence du réalisateur le 30 septembre 

 

Dans une ferme au cœur de la Beauce, Christophe, 11 ans, règle ses pas sur ceux de son père. Mais à l'école, à la maison, sur le tracteur, Christophe penche et tombe. Il est obligé de porter un corset pour filer droit. Tandis que la ferme traverse des moments difficiles, Christophe grandit comme il peut.

Le Corset

Renonçant aux artifices, à la facilité de l’IA, aux images de synthèse, le réalisateur renoue avec l’animation traditionnelle (ce qu'il expliquait lors de l’avant première mercredi 30 septembre.) Des traits à l’encre de Chine et des couleurs aquarellées, gage de fluidité. (imprécision et fugacité des courbes ;  ou  jeu de contrastes entre la verticalité des épis et la planéité du paysage, la Beauce ); De plus les couleurs souvent pastel bleu céruléen gris cendré ocre mordoré se nuancent, varient selon l’intensité lumineuse (jour) alors que simultanément – et ce presque dans chaque plan, tel un halo, un espace lumineux éclaire d’une autre manière un visage des objets ou la platitude légendaire du paysage qui de ce fait sera magnifiée. La musique convoque autant Fauré (orgue) que Stéphanie de Monaco ) choix musicaux pleinement assumés  !  (l'orgue et le sacré;   l’Ouragan chanson préférée des sœurs du cinéaste)

Le corset ou le corps contraint? le réalisateur s’inspire de sa propre expérience  non seulement il a porté un corset mais il sait aussi  que l’adolescence est déjà un enfermement dans un corps qui change « Ce corset c’est une exagération de ce moment-là très difficile.

Se prêtant  à une lecture plurielle ce film d’animation saura séduire tous les publics.

Film initiatique, récit d’apprentissage d’émancipation (Christophe après avoir franchi moult obstacles à cause de son corps contraint pourra savourer une liberté enfin conquise) Récit familial (relation au père- sévère, si douloureuse et frustrante que Christophe voit en Michel l’organiste un père de substitution alors qu’à la mère est dévolu le rôle de bienveillante consolatrice) Histoire d’amour (la rencontre avec Clara est déterminante moins pour épouser sa révolte que découvrir l’éveil aux sens) Le problème du handicap (à scoliose effarante un seul remède : le port d’un corset ; le parallèle serait aisé à faire avec les cultures céréalières, rectilignes, d’une agriculture intensive et productiviste et le personnage ni vertical ni horizontal mais oblique, ce qui n’est pas toléré dans ce milieu, "le corset" ou la mise à l’écart de toute personne handicapée, même légèrement. Et tout cela a pour toile de fond le monde agricole (les difficultés énormes pour survivre ; un père contraint de s’adapter le fils aîné contraint de renoncer aux études)

Enchevêtrement réussi dans cette ode à la fraîcheur juvénile 

 

Colette Lallement-Duchoze

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15 octobre 2026 4 15 /10 /octobre /2026 05:33

Documentaire réalisé par  Nicolas Wadimoff (2025 coproduction Suisse Palestine France)

 

avec dans leur propre rôle Adel Al Taweel, Haneen Harara, Eman Shannan, Mahmoud Jouda, Ghada Al Masri, Jawdat Khoudary, Hana Al Aiwa, Feras Elshrafi, Malak Khadra

Présenté en avant-première mondiale le 3 septembre 2025 dans la section des Giornate degli autori de la 82e Mostra de Venise

Choisi pour représenter la Suisse dans la catégorie du meilleur film international lors de la 99° cérémonie des Oscars (en 2027)

Présenté en avant-première dans le cadre du 7ème festival de cinéma palestinien à l’Omnia le 3 octobre

quelques traits blancs sur le sol: 9 exilés gazaouis dessinent les contours de leur maison et de la vie d'avant. Pas une image de dévastation. Leur seule parole porte l'espoir d'un retour à Gaza et à la vie

Qui vit encore

Alors que le "discours" sur Gaza et ses habitants s’inscrivait dans un narratif israélien qui invisibilisait les victimes ou les déshumanisait (avec un cynisme éhonté certains ministres du gouvernement Netanyahou en étaient venus à nier leur existence ou à les ravaler au rang de bêtes) narratif que s’empressaient de "reproduire" nos médias mainstream (prompts en revanche à donner la parole aux survivants israéliens du 7 octobre en les individualisant)  alors que  l’armée israélienne s’est empressée de tuer « sciemment » des journalistes palestiniens et que la presse internationale est toujours interdite d’accès, on ne peut que saluer et admirer le travail du cinéaste suisse Nicolas Wadimoff (rappelez-vous L'Apollon de Gaza  J Ziegler l'optimisme de la volonté ) Il donne la parole à des Gazaouis ayant "réussi" à quitter Gaza en mai 2024 avant la fermeture du poste frontière de .Rafah  La Suisse ayant refusé leur entrée sur le territoire, le tournage de Qui vit encore a finalement eu lieu  en Afrique du Sud, "rare pays à accepter les Palestiniens sans visa" .(ce qui est rappelé  dès le début du film ) Avec l’aide d’un des participants (l’artiste Adel Al Taweel) il crée un "espace" dépouillé fait de traits à la craie sur le sol, blanc sur noir,(quand défile le générique d’ouverture on assiste à ce tracé)

Dans ce studio en Afrique du sud où domine le noir, nous les voyons d’abord tous debout- autour d’une table. Chacun est invité à dessiner  avec un marqueur qui son jardin qui son immeuble et ses étages qui sa chambre qui son quartier qui son bureau …  et voici reconstituée une topographie, paradoxalement concrète qu’accompagne la parole celle qui "raconte" un quotidien, hélas à jamais anéanti. Puis    voici la bande de Gaza dessinée à même le sol,,  une "carte"  avec 9 carrés (comme autant de « cases ») du nord au sud, de l’est à l’ouest, et la "présence" de la mer que délimite une ligne continue. Chacun va "prendre possession" de "son espace de vie " (un participant y accède les yeux fermés tant la lumière de la connaissance/connivence perdure dans l’obscur? ) Espace/temps formel qui sera l’écrin du verbe, d’une parole qui libère un vécu des plus atroces…Alors que les protagonistes font corps avec leur  "case"  la récurrence d’un plan en plongée scande le « mouvement tempo » tel un métronome -. Et dans un troisième temps voici les témoignages de ces rescapés de l’enfer. Un visage apparait en gros plan puis s’affiche l’identité du locuteur (ii sera filmé en plan très serré) Son témoignage peut être interrompu par les larmes du souvenir douloureux et/ou par l’étranglement de la voix. Le musicien s'accompagne de son qanun; un extrait de vidéo (portrait d’un enfant souriant avant la tragédie alignement de corps revêtus de blanc suaire) et c'est la puissance mémorielle qui est convoquée, l'insoutenable de la mort …en filigrane  les liens forts de la famille  de la transmission des  valeurs.  Flux de ce qui a été anéanti détruit (au public d’imaginer cette extermination programmée, ce génocide,  qui a perduré et qui perdure). Détails douleurs, atrocités, bombardements à répétition, destruction des services  de santé, des lieux d'une culture millénaire,  exil forcé,  morts,  gravats décombres, paroles des aimés (voix chères qui se sont tues) voilà ce qu'ont vécu dans leur chair leur corps leur âme ces neuf "survivants exilés"  

Ces neuf Palestiniennes et Palestiniens— médecin, architecte, musicien, dessinatrice travaillant dans le cinéma d’animation, journaliste, mère au foyer, influenceuse, écrivain, entrepreneur — en quittant  leur maison, leur quartier, leur travail, leurs familles, leurs amis, leur vie, leurs morts. SAVENT qu’ils ont laissé derrière eux une partie d’eux-mêmes.

Que valent les empreintes de ce qui fut ? 

Ô flux mémoriel de la Douleur !

L'espoir d'un retour? (cf l'affirmative incluse dans le titre)

Un documentaire bouleversant  à ne pas rater (sous aucun prétexte)

 

Colette Lallement-Duchoze

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14 octobre 2026 3 14 /10 /octobre /2026 06:31

de Sarah Arnold   (2025)

 

Avec Alexis Manenti (Fulda),  Elia Rumpf (Stéphane) Bertrand Belin (Marchal) Vincent Dedienne (Victor)  Jean Louis Coulloc'h (Brun) Thierry Godard (Brochier) Bernard  Blancan  (LaTige) 

 

Musique  Florencia Di Concilio 

Présenté au Festival de Cannes 2026 Quinzaine des cinéastes et récompensé par le  Label Europa cinémas

 

Dans le Nord-Est de la France, agriculteurs et chasseurs se font la guerre. Les sangliers, trop gros et trop nombreux, dévastent les cultures. Brun, céréalier au bord du gouffre, craque et disparaît. Un an plus tard, Fulda, un gendarme explosif et Stéphane, une psy en crise, enquêtent. Ce qu'ils découvrent les dépasse. Ce qui naît entre eux aussi.

L'espèce explosive

Le film -outre l'espèce humaine ou animale– sera explosif lui aussi ou ne sera pas !!!

Deux communautés qui s’affrontent de manière explosive (agriculteurs et chasseurs), la force "indomptable"  du sanglier (et la métaphore du désir refoulé) un flic déglingué victime d'un  burn out et misogyne, une psy (qui exercera dans un placard à balais) ... tout cela au service  d’un film  "indomptable" -du moins est-ce le projet de Sarah Arnold (dont c’est le premier long métrage)

Voici un film à la structure ciselée avec ses échos et la progression des étapes/découvertes  (au début focale sur Brun céréalier qui pète les plombs, tue et disparaît,  un an après focale (et ce sera l’essentiel du film) sur un gendarme corse, nouvelle recrue, dépressif, alcoolo  qui subodore un complot ; progression de l’enquête (sur Brun et les vandalismes)  -alors que le" boss"  est réfractaire aux empêcheurs de "tourner en rond" - mais qui aboutira (?) : clouer au pilori tous les prédateurs autres que la gent animale ravageuse? Ce que  suggère le hors champ final lors de la venue du ministre de l’agriculture dans cette région des Ardennes.

Ce film est en outre traversé par des scènes aussi improbables que vertigineuses (l’enquête menée par le duo Orsini /Dinger sous effets hallucinogènes restera dans les annales)

Et la métaphore du désir -depuis celui inavoué de la scène d’ouverture jusqu’aux gestes franchement assumés (alors que les deux personnages sont entravés …), aura bel et bien fonctionné (le sanglier ou la matérialisation de nos pulsions et un symbole de liberté affirme la cinéaste)

La prestation d’Alexis Menenti est magistrale -sinon "explosive" quand un silence inattendu ou une remarque déplacée font sortir de leurs gonds les autres acolytes, quand en transe il "danse" à moitié nu sur une table ;  à la fois louche et  bizarre,  il est capable de passer d’une tonalité à l’autre et il va former avec Dinger (interprétée par Elia Rumpf que nous avions vue et appréciée dans le théorème de Marguerite) un couple déjanté qui fera exploser en éclats  (libérateurs) certains attendus  

Hélas ce film a le défaut de ses qualités; et les interprétations  -incarnations d'archétypes- sont trop dissemblables! est-ce intentionnel ?

 "qui trop embrasse " (ici: contexte politique, polar rural, conte fantastique psychanalyse, féminisme) … on connaît la suite… du proverbe

 

Colette Lallement-Duchoze

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13 octobre 2026 2 13 /10 /octobre /2026 10:34

d’Alejandro González Iñárritu (US G-B Mexique 2025)

Avec Tom Cruise, John Goodman, Riz Ahmed, Sandra Hüller, Michael Stuhlbarg, Jesse Plemons

Musique Cosmo Sheldrake

L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s'ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.

Digger

Nous voici tout d’abord dans  l’intimité de Digger (interprété par un Tom Cruise méconnaissable vieillissant et ridicule dans son accoutrement)  il prodigue mots d’amour et caresses à Maggie sa chatte de 38 ans Ce magnat du pétrole feint de solliciter l’avis de ses collaborateurs, mais n’en fait qu’à sa guise jusqu’au jour où il apprend que ses forages ont décroché un glacier au Groenland  dont la dérive vers l’Europe risque d'anéantir les humains .. Responsable d’avoir trop tété le lait maternel de la terre ? il se doit de démontrer qu’il est le  "sauveur du monde"  CQFD

Pour dénoncer les  "dérives"  des irresponsables, qui nous gouvernent  Iñárritu refuse les facilités du film catastrophe (tout en s’en  inspirant) il lui préfère les enchâssements et les mises en abyme, la création et ses fonctions cathartiques, le contraste entre la réalité et sa représentation fictionnelle, (image) entre le réel et les mots qui vont l’appréhender (discours sirupeux auphémisants) Tom Cruise interprète précisément cette dualité   ( avec le "panache" outrecuidant qui sied) il est   Digger Rockwell magnat du pétrole aux allures "trumpiennes" , et Curtis l’acteur  (lequel dans sa vie est torturé par l’attente de sa fille…)  

Le film est encadré par un plan où des bulles sous-marines font miroiter un ciel étoilé. Alors qu’au tout début ce plan est suivi par un autre en trompe l’œil qui va s’étrécir aux dimensions d’un lever de rideau, au final (donc après le "spectacle") le rideau tombe et le public  …(mais ne pas spoiler)

 Film dans le film, pièce de théâtre dans le "théâtre" (terme décliné dans ses nombreuses acceptions et connotations) comédie (absurde ?) avec une surenchère de faux semblants, de contre plongées, avec des allers et retours entre le devant de la scène et les coulisses , entre abysses et air qui était... libre, une comédie pamphlétaire qui brouille (délibérément) les repères spatio-temporels (scène, gradins, catastrophes réelles et à venir)

Le cinéaste cherche-t-il à entraîner le spectateur (de sa fiction fossil fools)  tout autant que les regardeurs de la fiction "Digger", dans le gouffre, les apnées, les abysses, les rebondissements -alors que la prise de conscience ne serait plus la bienvenue quand le pire est déjà advenu… ????. et Cosmo Sheldrake qui signe la musique a su créer une atmosphère à la fois onirique et anxiogène  

Ambitieux "projet" , aura-t-il convaincu ?

L’humour ravageur omniprésent (cf le cancer colorectal du président)  l’auto dérision, le rythme virevoltant, les couleurs délibérément comme aquarellées (dont le bleu cendré)  contrastant avec la magnificence des décors et la munificence affichée du protagoniste, l’opposition entre la compacité d’une foule hystérisée et la solitude orgueilleuse du protagoniste , tout cela ne tempère-t-il pas le message assez "déprimant" ? (cf le tout dernier plan, cf aussi la thématique de l’auto destruction) Tout comme avoir fait jouer un acteur archi connu,  à contre-emploi (mais qui sera toujours au CENTRE du cadre … comme Digger est au centre du monde)…

Un film boursouflé et indigeste pour certains, passionnant et jubilatoire pour d’autres

Je vous laisse juge…

 

Colette Lallement-Duchoze


 

 

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12 octobre 2026 1 12 /10 /octobre /2026 07:35

d'Andreï Petrovitch Zviaguintsev  (France Allemagne Lettonie 2025)

 

Avec Iris Lebedeva (Galina) Dmitri Mazourov (Gleb) Vladimir Friedmann (le maire) Boris Kudrin

Musique Evgueni Galperine et Sacha Galperine

Festival de Cannes 2026 Grand prix

 Choisi par la commission le 16 septembre 2026 pour représenter la France aux Oscars 2027 du meilleur film international  

 

Vu en avant-première dimanche 11 octobre

sortie 14 octobre 

 

Russie, 2022. Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Il se retrouve confronté à des problèmes professionnels croissants, dans un monde de plus en plus instable. L’effondrement d’une vie soigneusement construite bascule rapidement dans la violence.

Minotaure

Cinéaste russe (exilé en France) choyé par la critique occidentale (il mêle étroitement politique -notamment son opposition à Poutine- et son esthétique hautement cinématographique- dont les plans séquences les cadrages savants une caméra chirurgicale et ses choix musicaux) Andreï Zviaguintsev fait son retour avec Minotaure (en compétition au festival de Cannes 2026 le film a reçu le Grand Prix ). Après un coma dû au covid long, après "faute d’amour" le cinéaste désirait "adapter" la femme infidèle de Chabrol en la "transposant' dans l’histoire contemporaine. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, la mobilisation et l’exode massif vont nourrir le scénario de son film tourné en Lettonie (où les bâtisses rappellent celles de la Russie).

Les slogans (propagande et enrôlement) qui s’afficheront à intervalles réguliers, les contrastes entre les habitats (clivages sociaux), les longues discussions (premier tiers) les jeux de miroirs et reflets, -et parfois des brisures-fissures comme autant de fêlures, le système patriarcal et ses cloisonnements, son emprise, les violences verbales et physiques, les non-dits ou tout au contraire le trop explicatif (signatures et tampons qui cautionnent l’innommable) le meurtre froidement pensé et exécuté (dans les moindres détails glaçants) la timidité apparente des sous fifres - complicité et crainte des représailles- oui tout cela va illustrer  un double effondrement (celui d’un couple et celui d’un pays) double effondrement qui est bien au cœur de ce film choisi pour les Oscars 2027 même si ce n’est pas le plus percutant (nous lui avons préféré Le retour Helena ou Léviathan…)

Minotaure ? On connaît la légende. Fruit de l’accouplement monstrueux entre un taureau et Pasiphaé épouse de Minos, caché dans un palais/labyrinthe construit par le talentueux Dédale,  "monstre" à qui on donnait en pâture des jeunes garçons et jeunes filles, avant d’être terrassé par Thésée (fils d’Egée)  grâce au fil d’Ariane. Or tout cela -dans le mythe- est dû à la colère de Poséidon-(qui pour se venger de la trahison de Minos, insuffle à son épouse une passion contre nature pour le taureau blanc, et  Pasiphaé  a pu se "cacher" et s'accoupler, grâce à la duplicité de Dédale qui a fabriqué une génisse de bois.. )  … Poutine, Minotaure des temps modernes ? (cf la séquence où de très jeunes Russes -"chair à canon" -en partance pour le front sont arrachés aux étreintes d’adieux de leurs proches, ) et la Russie,  Poséidon ? Gleb le chef d'entreprise, et l’exécutant de basses besognes ? Gleb avatar du Minotaure qui se nourrit de corruption, de mensonges, Gleb un mari qui tue froidement, maquille le meurtre ? lui qui impose ‘(en pâture à la sainte Russie de Poutine ) des employés pour la conscription militaire ? Quoi qu’il en soit, Russie Poutine et Gleb sont enfermés tous trois dans "le labyrinthe de leurs contradictions."  et le battement de tambour qui traverse le film ne serait-il pas similaire à un métronome sacrificiel reliant mythe et violence de l’Etat (Etat qui dépasse les frontières de l’ex Russie)

Qui  sera Thésée ?

Le dernier plan -nuages noirs qui envahissent l’écran, nuages captés par le fils de Gleb et Galina -apparemment réconciliés –(dans la conclusion étrangement "apaisée" d’un Mal, momentanément déplacé en exil en Crête?) nuages captés à partir du hublot de l’avion qui entame sa descente sur Héraklion- nuages ligne de démarcation ou écran? Ces nuages noirs, alimenteront immanquablement les gloses à venir,- à cause précisément de l’au-dessus et de l’en-dessous, de l’avers et de l’envers, d’une préscience du futur ???

Un film à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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9 octobre 2026 5 09 /10 /octobre /2026 07:08

De Charlotte Dauphin (2025)

 

avec elle-même (Marthe) Pascal Greggory  (Docteur Rozère) Marisa Berenson (la grand-mère) Aurélia Petit (la tante) Violaine Gilibert (la cousine) Robert Pires (le cousin) Anouk Grinberg (Hanah)  Andy MacDowell (Lady Rain)

 

Musique Michel-Ange Merino

Trente ans après la mort mystérieuse de sa mère, Marthe revient dans le sud de la France pour faire éclater la vérité. Mais plus elle s'approche de son passé, plus le réel semble lui échapper

Melpomène

Melpomène ! dans la mythologie grecque elle est la Muse de la tragédie, la "gardienne des récits où le destin et la douleur façonnent les existences"  La cinéaste -pour sa mythologie personnelle- va convoquer les fantômes du passé en les faisant cohabiter avec nos fantômes intérieurs 

Costumée en chasseresse amazone, Marthe participe à une chasse à courre vise et tue l’animal traqué – après un plan fixe sur le regard de la bête (si doux dans son imploration?) ; c’est le prologue; -cauchemar/réalité- il va encoder le film.

Professeur d’arts cette jeune femme (interprétée par la cinéaste) dispense un cours sur la représentation de la Mélancolie. C’est la première séquence. Ellipse  Les Roches Rouges. Repos "reconstruction" après le trauma -suggéré- d’un cancer du sein et simultanément enquête sur les "circonstances réelles" de la mort de sa mère -30 ans auparavant Comme tu lui ressembles refrain mantra plein de sous-entendus entonné  par  tous les membres de la famille;   Et si sa propre maladie était héréditaire ? (

Bienvenue à Melpomène formule de politesse du patron de la clinique de psychiatrie ( Pascal Gregory à la redoutable sobriété). Avec ses modules ses bassins suspendus ses terrasses son eau qui serpente ou descend en cascades jusqu’à la Méditerranée, le  "Palais Bulles" (manifeste architectural d’Antti Levag) transformé pour la circonstance en clinique, Charlotte Dauphin le transforme en paysage mental- celui de l’enfermement  avec ses pièges ( une prison dorée),  celui du labyrinthe de notre  conscience ? Le thriller apparent (enquête) se double d’une exploration de la maladie -détectée analysée et soignée par les hommes exerçant leur "emprise" de "sachants" sur les patientes (votre mère  avait des "intuitions" elle confondait "cauchemars et réel," il valait mieux la garder" affirme avec aplomb le spécialiste). Marthe elle-même, angoissée est sommée de prendre des "anxiolytiques" 

La caméra exploite ce fleuron d’architecture ainsi que le paysage alentour (végétation, roches volcaniques, criques mer) avec une habileté  telle que le cadre va devenir le seuil entre visible et invisible et que chaque plan est conçu comme un tableau. Marthe évolue dans ce nouveau "territoire" qui entremêle mythe mémoire et maladie.  La partition de Michel-Ange Merino met en relief son "vertige sensoriel" et la dialectique déconstruction reconstruction! 

Un film à la beauté sidérante, un film à la construction magistrale (scènes en écho, théâtralisation avec les  -choreutes et le coryphée, progression de la narration, et cheminement intérieur ) Un film où les silences et les regards ont la puissance suggestive de la parole

Un film contemplatif certes, mais qui interroge l’insoutenable solitude des femmes dans leur "reconstruction"  suite à un trauma ainsi que l'emprise exercée par les hommes/ psychiatres  A la fin, la lettre lue en voix off -celle écrite par la mère 30 ans auparavant destinée à ses parents, lettre  précieusement conservée par Miss Rain,  sculptrice, (le rouge de sa robe rouge contraste avec le noir de la meute des "chasseurs/ poursuivants" -réelle ou fantasmée,? la lettre   donc en révélera l’insidieux pouvoir mortifère ;(on pense à 4,48 psychose de Sarah Kane.. )

Un film à ne pas bouder (le reproche ’d’esthétisation n’est qu’un prétexte fallacieux qui ne saurait résister à une analyse critique  …)  

Un film à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

 

NB  une seule séance par jour : vendredi 1830 salle 4, puis en salle 8 samedi 16h15  dimanche 18h  lundi 13h45 et mardi 20h15)

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8 octobre 2026 4 08 /10 /octobre /2026 03:46

De Bruno Dumont (2025)

 

avec Kaylon Lancel (Géo ) Kelsie Verdeilles (Ève) Louise Podolski  (Manon)Mohamed Coly (Rouben) Alessandro Piquera (B) Meryl Pires (Do)

 

Présenté au festival de Cannes 2026 section Quinzaine des cinéastes 

Sur la Côte d’Azur, deux bandes d’enfants s’affrontent à leur jeu favori : sauter des rochers rouges de la Méditerranée. Géo, 5 ans à peine, découvre le temps d’un été un monde où l’amitié se mêle à la rivalité, et où les premiers élans du cœur deviennent source de tensions.

Les roches rouges

 Bruno Dumont peut agacer, énerver, dérouter; il n'en reste pas moins un grand cinéaste qui sait dégager la puissance parfois explosive des "choses" la beauté sidérante des paysages, qui se plaît à les confronter aux corps des humains   En témoigne son dernier film  présenté au Festival de Cannes 2026 Les roches rouges. qui frappe par  sa puissance évocatrice. Celle inhérente au paysage maritime ; à ces roches, à cette immensité de la mer – Paysage  qui contient tous les éléments (le feu du soleil qui tétanise, l’eau de l’immensité marine, le vent et l’air)  Paysages  filmés en plans larges. -où dominent le bleu de la mer et de l’azur, le rouge de la roche volcanique de l’Esterel et le vert d’une végétation qui fait corps avec le minéral. Puissance liée aussi à cette façon d’appréhender le corps de ces gamins,  filmés eux en plans serrés en gros plans ((visages comme déformés) en contre plongée (corps alignés en haut d'une falaise, jambes vues de dos comme déformées elles aussi,  corps de  Géo censé escalader la paroi)  . Un film à hauteur d’enfant. Car il s'agit bien  de très jeunes gamins (de 5 à 8 ans). Et paradoxalement -malgré le contraste , l'opposition si criante entre la petitesse de l’enfant et le gigantisme de l’environnement), l’imposante robustesse des roches, le vide abyssal (mer qui peut vous engloutir) l’immense viaduc d’Anthéor (Var), -qui vu d’en bas rejoint les cieux dans sa verticalité vertigineuse et sur lequel glissent régulièrement les trains vers l’Italie -   tout cela forme un ensemble paradisiaque, une aire de jeux où évolue en toute liberté le groupe, –vite scindé en bandes rivales.. : sauter de la falaise, nager, prendre un train en partance pour Vintimille, arpenter en quad les rues et les routes.  Et c’est bien dans ce contexte que Géo éprouve ses premiers émois amoureux  -.très  jeune Roméo vivant dans un mobile home attiré par Juliette, Eve enfant de nantis  

Paradis de l’enfance ? et simultanément promesses d’une aube nouvelle? Passer outre les clivages sociaux? illustrés par cette grille  qui clôture une propriété (Géo saura l'escalader...de même que l'étreinte d'amour se fera dans l'entrave même)  Enfreindre? certaines règles du "vivre ensemble" (chapardage entre autres) tout comme le film semble s'accommoder des "perturbations" qui le traversent  -dont  la présence astucieuse et comique de lévriers sur le court de tennis

Certains détracteurs reprochent des invraisemblances s’offusquent de l’absence d’adultes -guides et protecteurs- ou de leur représentation furtive et  caricaturale donc sujette à caution. Ah la magie du cinéma qui donne l’illusion de…(ces gamins n’ont bien évidemment jamais sauté des falaises ….mais filmer le saut dans le vide aura coupé le souffle…)

Un film en tout cas qui va à l’essence même de l’enfance (son énergie sa sensualité mais aussi son insolence transgressive (cf l’envie de « tuer » le rival) et qui aura filme les enfants avec singularité (choix du 20 mm, recours à l’oreillette)

Un conte cruel ? peut-être                             

En tout cas un film irrigué par la philosophie héraclitéenne "On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve (…) c'est comme les enfants qui sautent dans l'eau "

Un film que je vous recommande 

 

Colette Lallement-Duchoze

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