29 septembre 2026 2 29 /09 /septembre /2026 06:57

D’Emmanuel Marre (2025)

Avec Swann Arlaud (Henri) Sandrine Blanck (Paulette)

Festival Cannes 2026 prix du scénario et prix des cinémas art & essai

Vu en avant-première  en présence du réalisateur le vendredi 11 septembre

Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l'opportunité de trouver enfin la place qu'il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d'auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d'ingénieur. Son credo : "gagner en efficacité" pour relever la France de la débâcle

Notre salut

S’inspirant du parcours de son arrière-grand-père, pétainiste convaincu, de ses échanges épistolaires (avec sa femme) le réalisateur Emmanuel Marre va montrer de l’intérieur (en nous immergeant dans les ministères du gouvernement installé à Vichy) l’emprise nauséeuse de la collaboration… Il évoque le  parcours du fonctionnaire, Henri Marre. Débarqué à Vichy (d’abord seul sans sa femme et ses enfants) avec comme seul bagage son livre « notre salut » -traité de technocrate pour « redresser » la France ou comment « rationaliser le travail » ; l’adjectif possessif « notre » inclurait -il à la fois le « nous » de l’Histoire et celui plus intime du couple ???

Le jeu de Swan Arlaud est tout simplement désarmant de justesse et de sobriété. Il incarne cet ingénieur raté mais opportuniste un salaud, Il joue comme en retrait, illustrant avec une placidité parfois mielleuse toutes les « nuances » de l’embrigadement consenti et la fierté d’y adhérer. Alors que gravite autour de lui toute une cohorte de « technocrates » encore plus inféodés au pétainisme (corruption inhumanité seront les maîtres mots) mais « apparemment » ils n’ont rien de « monstrueux »…

Déroutante aussi (mais ô combien efficace) cette façon singulière d’aborder la question de la reconstitution historique. En optant pour l’anachronisme (choix musicaux surtout), le cinéaste renoncerait-il à la « sacro sainte rigueur historique » ? la réponse est évidente…Or, associer la réalité de la bureaucratie provinciale de 1940 à des musiques des années 1970 et 1980, n’est-ce pas établir à la fois une distanciation (par rapport à l’obscénité des fonctionnaires dans leurs fêtes propagandistes) et une sorte de continuum ‘(la foule en liesse salue le Maréchal sur la musique de Live is life) La projection de l’Eternel retour -de Delannoy 1943- ne serait-elle pas un autre indice ? Les bureaux ont bien moins changé que les champs de bataille 

Dès lors le contenu authentique des lettres échangées entre Hanri et Paulette, -elles sont lues (voix off) par Sandrine Blancke et Swann Arlaud - va ainsi jouer le rôle de « contrepoint » (l’intime du couple, de la famille, mis à nu face au cynisme ambiant ;  et simultanément les griefs formulés par l’épouse sur la dilapidation de la fortune complètent le portrait du « salaud »  )

Emmanuel Marre peut procéder aussi par saut d’image, cadrer un visage et le flouter donnant l’impression de l’abandonner avant de ..(cf le plan d’ouverture, un cadrage qui isole le visage de Sawann Arlaud et quand le plan s’élargit celui-ci semble comme « perdu dans un groupe » (or si ces hommes et femmes n’ont pas -du moins pas encore- les pouvoirs suprêmes même si le système hiérarchique en promeut certains – ils n’en constituent pas moins par leur nombre une force sur laquelle le Maréchal va pouvoir compter…) filmés de près en plans serrés ou en duos ils sont comme hors sol et ressemblent étrangement à « nos » technocrates modernes. L’appellation « ministère du chômage » a de terribles résonances avec notre temps … (cf les mesures prises récemment à l’encontre des chômeurs ou la banalisation du mal qui s’est opérée par le déplacement de « l’arc républicain »)

Filmant caméra à l’épaule dans des décors et lumière naturels, (cf Vichy) empruntant à Godard les fameux jump cuts, mêlant habilement dilatation et instantanéité rapide du temps, Emmanuel Marre a été récompensé à Cannes, par le « prix du scénario » que ne le fût-il pour le prix de la mise en scène…..

Un film à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 septembre 2026 1 28 /09 /septembre /2026 07:49

d’Abinash Bikram Shah (Népal 2025)
 

Avec : Pushpa Thing Lama, Deepika Yadav, Jasmin Bishwokarm
 

Directeur de la photographie : Noé Bach
 

Musique : Frédéric Alvarez
 

Présenté au festival de Cannes 2026 Section Un certain regard prix du public

Dans un village népalais niché au cœur d'une forêt peuplée d'éléphants sauvages vit une communauté kinnar aussi vénérée que crainte pour ses pouvoirs de bénédiction et de malédiction. Pirati, l'une des mères de la communauté, rêve de s'échapper avec l'homme qu'elle aime. Mais lorsqu'une de ses filles disparaît, elle doit mener l'enquête et choisir entre son désir de liberté et ses responsabilités envers sa communauté.

Les éléphants dans la brume

Film surprenant et séduisant dans sa singularité. Une singularité qui entremêle les rites et préceptes d’une communauté matriarcale -transgenre, le "fantastique" (-forêt nimbée de brume de mystères, dans son épaisseur et son humide torridité, espace sonore peuplé d’éléphants sauvages,) et le thriller (la recherche d’Apsara) Un film où bruits et fureurs s’enchevêtrent en une symphonie quasi fantastique souvent  "oppressante" (partition de Frédéric Alvarez) Où les "héros" attendus du titre vont servir de "comparants"  Le film s’ouvre sur leur puissance dévastatrice, se clôt sur leur pouvoir d’insoumission, la mort (suspecte ?) de l’un d’entre eux et qu’ausculte avec amour Pirati, oriente à un moment le film dans une autre direction. Comme eux à la fois vénérés et traqués, les héroïnes du film, les mères transgenres de la communauté kinnar, peuvent être "respectées"  pour leurs pouvoirs quasi mystiques et stigmatisées à cause de leur choix sexuel. La disparition d’Apsara, un crime transphobe ?  Apsara étant une des trois filles adoptives de Pirati (Pushpa Thing Lama) - intronisée "mère de foyer" par le "Guru Mata"  auquel elle devrait "succéder";

Une mini séquence de quiétude dans l’eau qui recèle en ses fonds turbides les fleurs (celles qui ont besoin de chaleur pour libérer leur couleur bleue). Pirati les arrange en bouquet (habiller l’épouvantail qui empêchera la marche des éléphants. ,Une déambulation rapide dans l’épaisse forêt-jungle entravée par Apsara (perruque blond roux maquillage outrancier comme métonymie de sa vie de prostituée) Et nous voici immergés dans un univers étrange que nous ne quitterons pas (hormis les "échappées" vers la ville)

Pirati va contrevenir aux "règles" de la communauté ; non seulement elle est amoureuse mais elle envisage de suivre son amant-musicien à Delhi -alors que les rapports sexuels sont strictement interdits dans et par la communauté ; alors qu’elle a prononcé solennellement des « vœux » de chasteté.

Mais Apsara s’est enfuie (déboussolée par l’absence "programmée et redoutée de sa mère adoptive" ?) Dès lors le film va basculer dans le thriller (battues, double enquête -policière bienveillante et Pirati la pugnace-, pour "retrouver" Apsara  ou "trouver" le meurtrier   etc…) mais simultanément il fait éclater la « transphobie ».

Oui la communauté kinnar va être victime d’exclusion, alors qu’elle avait su créer une « famille » (celle qu'on se choisit, où le lien de parenté est celui d'un besoin, d'une attention, d'un amour en partage) Oui ces femmes que nous avions vues dans la première partie participer avec les villageois à des fêtes, et dont les chants étaient accueillis dans la sérénité bienfaitrice …sont désormais pourchassées.  Et à chaque étape de l’enquête semble correspondre une montée en puissance de l’exclusion jusqu’au bannissement. Mais la séquence finale n’a-t-elle pas les accents d’une revanche (le désenchaînement "symbolique" de l’animal éléphant se conjugue aux battements de mains qui scandent une dignité reconquise…)

Un film, fait de contrastes, et de paraboles (les fleurs bleues, les éléphants comme  "masse silencieuse de la mémoire enfouie") porté par le charisme de Pushpa Thing Lama –(son visage sculptural peut exprimer l’autorité la sérénité tout comme dévasté par les grimaces il peut dire et crier la honte le refus)

Un film où le travail du jeune et talentueux directeur de la photo Noé Bach (qui se dit inspiré par la photographe Nan Goldin) est remarquable.

Un film où la matière sonore refusant l’exotisme "déconstruit des instruments traditionnels népalais pour créer un climat d'oppression"

Bref un film à ne pas manquer 

 

Colette Lallement-Duchoze

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27 septembre 2026 7 27 /09 /septembre /2026 09:01

de Judith Godrèche (2025)

 

avec Tess Barthélémy (Annie la fille de 17 ans et demi) Valérie Dréville (Annie Ernaux plus âgée) Victor Bonnel (H) Guslagie Malanga (Rose) Manon Valentin (Monique)

 

Présenté au festival de Cannes 2026 (Un Certain Regard)

 

Vu en avant-première vendredi 25 septembre à l'Omnia en présence de Judith Godrèche,   Tess Barthélémy, Manon Valentin et Victor Bonnel 

Annie Ernaux est sollicitée pour une signature de son dernier ouvrage dans la ville de son enfance, Rouen. Alors qu'elle s'y rend, elle est prise d'un vertige et replonge dans le souvenir de l'été 1958, celui de sa première nuit avec un homme. Nuit dont l'onde de choc s'est propagée violemment dans son corps et sur le reste de son existence.

Mémoire de fille

Comment rendre compte par l’image, de l’écriture "plate" (épithète revendiquée par Annie Ernaux elle-même) -écriture héritière de l’écriture blanche définie par Barthes ? celle qui refuse le pathos les fioritures métaphoriques qui opère au  couteau  jusqu’à l’os ? (tout en sachant que l’hybridité qui prévaut dans certaines de ses oeuvres plaiderait en faveur d’une écriture en relief…mais bon…ce serait un autre débat!)

Lors de la rencontre  qui a suivi la projection du 25 septembre Judith Godrèche a "expliqué" tout le travail en amont (rencontres, discussions, échanges avec Annie Ernaux), ainsi que son travail de "metteuse en scène", de directrice d’acteurs-rices  (dont sa fille  à laquelle elle confie le rôle d'Annie  la fille de 58), . De même elle a révélé certaines "astuces" -quant au  placement/positionnement de la caméra  -afin d’éviter en filmant le (les) "corps" de les inscrire dans le voyeurisme de la sensualité  ou le naturalisme.

Même si l’on "refuse"  les catégorisations (souvent bancales) et le "métalangage" -qu’évoque à presque chaque entretien/rencontre  Annie Ernaux  , on constatera aisément qu’il y a une volonté affichée chez Judith Godrèche de faire "concorder" l’image et les choix d’écriture de la romancière. Ainsi des ruptures de rythme (ou raccords) comme autant de "tâtonnements" du souvenir (Annie Ernaux dans "mémoire de fille" raconte, à 70 ans "son" premier rapport sexuel vécu "comme un viol" -alors que le terme n'était pas mentionné ) Ainsi du montage intérieur -sur le désir d’appartenance, la honte, le consentement, la sensation constante d’être déplacée, et de ne pas être à sa place -comme autant de problématiques soulevées dans un élan militant que s’approprie la réalisatrice en dirigeant ses actrices (et acteurs) et dont elle imprime sa narration (regards, visages floutés, surimpressions, courses folles de Tess/Annie filmée de dos, vers l’amant… naïveté --sujet de moqueries   et certitudes, etc… )

 Oui à cause de  -et de cela seulement- le film mérite(rait) un détour car

Osons affirmer sans ambages si le film a été sélectionné à Cannes (Un Certain Regard) c’est plus pour le choix de problématiques sociétales actuelles que pour ses qualités cinématographiques

On pourra déplorer  l’usage abusif du très gros plan et du zoom)  …. et certaines longueurs.

Dès le début quand  la caméra s’appesantit sur son visage de Valérie Dréville (zooms sur les ridules et l’œil…) on devine que la sobriété ne sera pas au rendez-vous, que quelque chose va alourdir le propos (par excès d’un non-dit,  paradoxalement  trop explicite) …

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 septembre 2026 5 25 /09 /septembre /2026 05:43

Documentaire réalisé par Matéo Larroque Clara Menais Mila Branco (2025)

 

Laurent Mauduit  Sandrine Alexi  Yves le Rolland Marc Endeweld, Audrey Vernon Bruno Gaccio Akim Omiri Raphaël Garrigos, Yunnes Abzouz, Jessie Varin, Kevin Razy, Daniel Schneidermann, Guillaume Meurisse, Lionel Dutemple, Edgar Yves Djamil le Schlag , Florence Mendez, Thomas VDB,  Laelia Veron,  J P Canet etc...

En France, rire des puissants est devenu un sport à risque. En trente ans, les humoristes les plus libres de la télévision et de la radio ont été méthodiquement neutralisés, marginalisés, censurés, voire virés. Des plateaux de Canal+ aux studios de France Inter en passant par les couloirs de France Télévisions, du règne de Nicolas Sarkozy à celui d'Emmanuel Macron, ce documentaire retrace la mécanique d'une mise au silence qui en dit long sur l'état réel de la liberté d'expression dans l'audiovisuel français...

Fini de rire !

Ce documentaire a pu être réalisé grâce à l’enquête de Off investigation (de Jean Baptiste Rivoire ex journaliste à Canal+ qui a démissionné en 2021, grâce à une plateforme de financement publique (Kiss Kiss Bank Bank) et un distributeur -entreprise solidaire et d’utilité sociale. Et s’il questionne la survie d’espaces où tourner en dérision le pouvoir dans les médias, .sa sortie en salle a été marquée par le spectre de froisser canal+ et le désistement des cinémas CGR (Circuit Georges Raymond) -deuxième exploitant de salles en France…

Il s’ouvre sur des dessins, des caricatures du XIX° (Louis Philippe entre autres) qui trouvent leurs prolongements dans les "unes" irrévérencieuses de Charlie Hebdo. 

Avec une linéarité chronologique assumée le film va évoquer, illustrer (à grand renfort d’interviews, de témoignages, d’images d’archives, d'extraits d'émissions audio ou TV,  commenté.es par une voix off) le mécanisme de la mise au garde à vous (cf le sous titre) de l’humour politique, (et ce dans l’audiovisuel public comme dans les médias privés) Il nous transporte  des plateaux de Canal+ aux studios de France Inter en passant par les couloirs de France télévisions (les vues en extérieur sont relayées par l’intimité des "coulisses" et des studios d’enregistrement). Il fait la part belle à deux présidents -Sarkozy et Macron- les "fossoyeurs"   et surtout à Bolloré leur ami – cet industriel à l’ascension pernicieuse….

On connaît la chanson : Tolérer la satire ? Oui tant qu’elle ne mord pad pas…mais dès qu’elle s’attaque au pouvoir on coupe…le micro   (Anastasie quand tu nous tiens avec tes ciseaux… !!!) et on connaît le refrain prétendu argumentatif (le règlement interne n’est pas respecté, il y a un risque de…, l’outrecuidance éhontée nuit à la démocratie etc…  ) ce que revendiquent des Dominique Strauss Kahn et autres hommes politiques , des  directrices et directeurs   de chaînes, de stations radio,  etc.. autant que Bolloré ce magnat de la presse, désormais  manipulateur de l’opinion (cf la brutalité des renvois) Dès lors ce n’est plus la "propriété" (aussi scandaleuse soit-elle) qui importerait que ce pouvoir "décisionnaire" MAIS dont l’analyse fait cruellement défaut dans ce documentaire

Que les  "directives" Bolloré soient au cœur de CNEWS (Pascal Praud) ou de W9 (Cyril Hanouna et TBTN) c’est d’une évidence notoire, (tout comme en censurant artistes parodistes Bolloré tord le cou allègrement à la "liberté d’expression" ) Mais se borner à constater, autopsier sans analyser, (quid de la frilosité par exemple de tous les autres  médias dits mainstream - hors empire Bolloré- qui -presque sans vergogne-,  basculent (certains ont déjà basculé) vers l’idéologie de droite extrême qu'ils étaient censés combattre? médias désormais complices du naufrage de la liberté d'expression -les "satiristes" seraient les premiers harponnés?) telle serait la "limite" de ce documentaire scolaire (trop) dans sa facture et assez pusillanime dans le fond…

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 septembre 2026 2 22 /09 /septembre /2026 08:12

 

Le 7ème festival de cinéma palestinien aura lieu les 2,3 et 4 octobre 

 

a l'Omnia  République Rouen

 

3 jours pour regarder la Palestine, regarder le monde et nous regarder

Festival Regards sur la Palestine

                                                 PROGRAMME

 

VENDREDI 2 OCTOBRE 20H

 

MAN NUMBER FOUR Documentaire 2024 9'45 de Miranda Pennell

 

A FIDAÏ FILM  2024 Documentaire de Kamal Aljafari 

Débat avec MUZNA SHIHABI  CAREP ex conseiller de l'OLP

 

SAMEDI  3 OCTOBRE 11H

 

COYOTES  DE SAÏD ZAGHA (2025) 20'

 

COLLAPSE D'ANAT EVEN ( 2026) 70' Documentaire

Dans un paysage saturé d'images médiatiques COLLAPSE propose un contrechamp rare: celui d'une cinéaste israélienne opposée la guerre punitive 

Festival Regards sur la Palestine

SAMEDI 3 OCTOBRE 14H

 

UNE DISPARITION DE RAKAN MAYASI 52026 ) 100'

Présenté au festival de Cxannes 2026 Un Certain Regard

 

SAMEDI 3 OCTOBRE 16H 

 

LE CLOWN DE GAZA  D'ABDULRAHMAN SABBAH '2025) 61'

Avant-première

Débat en visio-conférence avec le réalisateur  en direct de Gaza 

 

SAMEDI 18H

LYD DE KAMI YOUNIS  SARAH EMA FRIEDLAND ( 2026) 78' science fiction

 

 

SAMEDI 3 OCTOBRE 20H

 

QUI VIT ENCORE DE NICOLAS WADIMOFF (2025) 114' 

Avant première 

débat animé par le réalisateur et le distributeur J J Rue

Festival Regards sur la Palestine

DIMANCHE  4 OCTOBRE 11H

 

L ESPOIR EN EXIL DE MICHELLE COLLERY (2009) 43' documentaire 

INTERSECTING MEMORY  DE SHAYMA AWAWDEH (2025)  21'documentaire 

NOBODY DE MSALLAM HDAIB  (2025) 6'45 Animation 

 

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19 septembre 2026 6 19 /09 /septembre /2026 09:23

d’Olivia Wilde. (USA 2025)

 

Avec Seth Rogen, Olivia Wilde, Penélope Cruz et Edward Norton

Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à dîner. La soirée va alors rapidement faire voler en éclats toutes leurs certitudes...

L'Invitation

 "On devrait toujours être amoureux. C’est la raison pour laquelle on ne devrait jamais se marier. 

La citation d’Oscar Wilde en "ouverture"  une boutade ou un aphorisme encodant le film ?

Le film d'Olivia Wilde -actrice et réalisatrice- est  un remake de ce qui au départ était une pièce de théâtre "Los vecinos de arriba" de Cesc Gay - cet auteur en fit  une adaptation cinématographique  (Sentimental  2020) L'invitation est  dédié à Diane Keaton- (cf le générique de fin) 

Ce qui frappe d’emblée c’est le rythme haletant  du prologue, le recours systématique au splitscreen, où l’on voit simultanément, les deux personnages principaux, affairés , en extérieur (nous sommes à Los Angeles)

A partir du moment où s’affiche en majuscules le titre du film, tout va se jouer dans le huis clos de l’appartement de ce couple  (avec la fameuse règle des 3 unités, de lieu de temps et d’action)

Et pour éviter le "piège" du théâtre filmé Olivia Wilde multiplie les angles de vue et plus subtilement les points de vue (qui regarde?)   quand elle conjugue œil de la caméra et œil d’un protagoniste ou joue sur les "reflets"  Elle varie aussi par un travail sur l’espace les répartitions en solos, duos et quatuor. Au début de cette comédie douce/amère (dont certains dialogues peuvent rappeler  Woody Allen)  voici le duo Joe/Angela, un couple usé par la "routine" et les "frustrations"  qui ne cesse de se chamailler voire de s'insulter; il sera relayé -avec l'arrivée des "invités" Pina et Hawk- par le quatuor filmé en plan américain ou plan serré.  Et plus tard  en montage parallèle le duo Joe/Pina et Angela/ Hawk, prélude à? mais de courte durée..;  A cette fin, la cinéaste déplace les personnages (salon, cuisine, bureau, couloir intérieur) Ce travail sur et dans l’espace est au service d’une ligne mélodique, qui  oscille entre véhémence (celle des propos comme autant de reproches éructés, avec crispations sur les visages filmés de très près lors de ces joutes verbales) et accalmie (visages détendus sourires esquissés et simultanément douceur mielleuse et…hypocrite). C’est le tempo. Tempo que crée aussi le mélange (et/ou l’alternance) de comédie et de drame.  Procédé facile  -une vaisselle brisée, des livres qui chutent de leurs étagères, -comme pour contrarier "le passage à l'acte" ou des mimiques   comme ersatz de la parole confisquée ou muette-; procédé  conventionnel aussi (mais si la confession sur le changement de prénom joue le rôle de flash back attristé, l’explication d’Edward Norton pour justifier le choix de Hawk le faucon, trop longue, en ternit la portée; de même  les recommandations de la psy (Pina/Pénélope Cruz) tombent à faux tant elles sont empreintes de "clichés" et semblent "récitées")

Le couple invité parle avec franchise et réalisme des relations échangistes torrides ( cris et couinements de plaisir, positions diverses, nombre de participants limité à... etc..) et le regard du couple/hôte est à la fois ahuri et émoustillé. Que cela bouscule les (leurs) préjugés pourquoi pas ? Bien plus que "l'acte" (jeu de massacres et échangisme n'auront pas lieu...) c'est le "discours" qui prime;  avec l'éloquence du hors champ et des sous-entendus ; nb le "voyeurisme" lié à la fenêtre du couloir, une fois "confessé" (verbalisé) perd de son efficacité croustillante suggérée, non sans avoir provoqué la "jalousie" du mari!! 

Pudeur et frilosité du couple Joe- Angela? face au   couple Pina-Hawk qui se prétend  "plus libéré" ?  Refoulé et psychanalyse?

Quoi qu'il en soit, c'est bien la  performance d'acteurs qui prime dans ce film (mention spéciale à Olivia Wilde si talentueuse dans le rôle d’Angela )

Mais au final impression très mitigée. 

Et le ressassement dans l’enfermement, réduit à un exercice de style,  peut finir par lasser ...

 

Colette Lallement-Duchoze 

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18 septembre 2026 5 18 /09 /septembre /2026 06:13

De Géraldine Nakache (France Belgique 2025)

 

avec Niels Schneider (Jacques) Monia Chokri (Gil) Clémentine Célarié ( la mère de Gil) Christian Benedetti

Présenté section Cannes Première au Festival de  Cannes 2026

Prix d'interprétation au Festival du film francophone d'Angoulême pour Monia Chokri

Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour est évident. Toutefois, l'intensité des débuts laisse place à une relation dans laquelle elle se sent de plus en plus enfermée, jusqu'à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien.

Si tu penses bien

Le titre renvoie aux propos du rabbin à Gil la veille de son mariage L’omniprésence de la religion dans ce film ne risque-t-elle pas de contaminer le propos - l’emprise au sein d’un couple- d’en faire éclater les limites ? Homme d’affaires et juif pratiquant Jacques utilise sa religion dont il tord les préceptes pour exercer son emprise sur sa femme ; il incarne un radicalisme religieux un dogmatisme que dénonce bien évidemment la réalisatrice mais qui oriente (voire impose) une "certaine" lecture de la domination conjugale, … La séquence d’ouverture où nous voyons Gil, en temps réel,  ôter son vernis (doigts et orteils), se dépouiller de ses bijoux, avant que son corps  ne pénètre dans l’eau purificatrice reviendra en leitmotiv : le rite du mikvé filmé sous d’autres angles comme leitmotiv musical (je veux que ce soit l’eau qui jalonne le son de mon film) et leitmotiv thématique ( la femme purifiée de ses impuretés, les menstruations, disposerait d’un pouvoir décisionnaire alors que Jacques simultanément et insidieusement met tout en œuvre pour la "dépouiller" de ce pouvoir après l’avoir "fragilisée"  -il ne cesse de répéter  c’est toi qui décides

Le choix d’une narration fragmentée, déstructurée, serait en revanche plus pertinent. En optant pour des flashbacks (citations de la Torah enchâssées dans les mentions temporelles) en refusant le sensationnalisme dans le traitement de la violence (hormis les éructations et le crachat…) la réalisatrice rend palpables par une "succession" de détails restitués sans linéarité chronologique, les étapes de l’emprise que l’on pourra "juger" rétrospectivement de plus en plus coercitive, de sa permanence dans la durée, jusqu’à la …rupture. Partir 6 ans auparavant, revenir 7 mois avant, être au présent, c’est -affirme la cinéaste- montrer que "tout était là dès le premier jour" et que pourtant on a décidé de ne pas voir  Voir ne pas voir. Ce n’est pas un hasard si Gil est pointeuse (assistante caméra sur les plateaux de cinéma) et à travers le film c’est toute une circulation de regards que capte la caméra de Géraldine Nakache (ceux des parents de Gil, la mère surtout,  des amis, des collègues de travail) comme si les regards extérieurs au couple se dessillaient et mettaient en lumière le double processus -l’homme dans l’exercice de son emprise, la femme qui ne parvient pas à s’en sortir, tant elle est  aliénée par son amour…Processus étalé sur 6 ans,  …(le plan final  à l'embuage ambigu ,  joue le rôle d’épilogue)

Et filmer les deux acteurs (Monia Chokri Niels Schneider) au jeu souvent convaincant en plans serrés sur leur visage et leur corps contribue à créer ce climat d’étouffement (quasi carcéral parfois) malgré (ou à cause de ?) le recours au scope

Récit d’une émancipation Si tu penses bien  est un film à voir ….Malgré de nombreuses réserves...

 

Colette Lallement-Duchoze  

 

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17 septembre 2026 4 17 /09 /septembre /2026 07:25

De  Léa Mysius (France Belgique 2025)

 

avec Hafsia Herzi (Nora) Bastien Bouillon (Thomas) Tawba El Gharchi  (Ida) Benoît Magimel (Frank) Monica Belluci (Cristina) Paul Hamy (Flo) Alane Delhaye (Bègue)

 

Adapté du roman éponyme de Laurent Mauvignier (2020 Editions de Minuit)

 

Présenté en Compétition officielle festival Cannes 2026

Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine, Cristina, une peintre italienne. Alors que tout le monde prépare une soirée d’anniversaire surprise pour Nora, trois hommes rôdent autour de la maison et s’invitent à la fête, faisant surgir des secrets bien gardés…

Histoires de la nuit

Hormis quelques moments -ou plutôt instants- -de tension ou de suspense, -dont les bifurcations tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des maisons,  tel un faux jeu de pistes…   hormis quelques mises en abyme (assez "faciles"  d’ailleurs dont la séquence animée agrandie aux dimensions de l’écran du huis clos où sont captifs les différents protagonistes),  hormis le rôle dévolu à Ida (elle incarne la perte de l’innocence ),TOUT - et surtout après la première intrusion de Flo, prélude à celle du trio fauteur de troubles remuant le visqueux d’un passé refoulé - tout fait flop… par excès de…

Trop surligné et surcadré, une bande son trop illustrative (dont les claquements de portes et de portières, le crissement des pneus), jusqu’aux accords lancinants du violoncelle

Insistance sur le rouge, celui du sang qui dégouline autant des mains assassines que des corps agonisants et leurs empreintes qui maculent les cloisons    (insistance inutile ou alors dictée par la volonté de faire basculer le tragique apparent dans la comédie ?). Insistance sur le noir (celui de la nuit bien "évidemment" et de ses corollaires crépusculaires,  auquel les taches rouges d’éoliennes au loin sont censées servir de contrepoint, celui revendiqué par Goya, celui de la toile réalisée par Cristina  et sa bande blanche horizontale … tout un programme !!!);  tout de noir vêtue Cristina en prêtresse des temps nouveaux ? ou une star de la Fashion Week? la chevelure ébène de Hafsia Herzi (le "ravisseur,"  a exigé qu’elle dénoue ses cheveux… elle s’est pliée à cette injonction, encouragée par son mari…)

Echos intérieurs trop visibles (entendons lisibles) : (cf le canon à confettis qui explose quand Nora rejoint ses collègues après avoir "bifurqué"… et le pneu qui éclate quand elle doit rejoindre les siens pour une "fête anniversaire"  ...farcesque et cauchemardesque ; les strates du passé recomposé à l’aune de … cette vidéo TikTok qui a joué le rôle  de prélude à l’ensemble

Et que dire de ces dialogues aseptisés et comme récités dans le vide (propos échangés entre la peintre et Bègue sur les déterminismes sociaux , empreints de clichés) est-ce intentionnel ?  

Et malgré une distribution prestigieuse les acteurs semblent parfois "patauger"

Bref une adaptation déception ! passé le premier quart d’heure, c’est l’enlisement  d’un mauvais polar (qui ne saurait d’ailleurs supporter la comparaison avec Funny Games de  Haneke)

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 septembre 2026 3 16 /09 /septembre /2026 08:32

De Félix de Givry (2026)

 

avec  Milo Machado Graner (Otto) Jane Beever (Léna) Emmanuelle Destremau ( Sophia) Maia sandoz (Anne) Ewan keposa falé (Henrik) Catherine Artigala (Prefesseur de SVT) Françoise Lebrun (narratrice)

Musique Arnaud Toulon

Directeur de la photographie Tara-Jay Bangalter

Présenté en clôture de la Semaine de la Critique festival Cannes 2026

Otto Vidal, 14 ans, a disparu après avoir adressé une lettre d’adieu aux élèves de sa classe. Alors que tout le monde le croit mort, Léna, une fille de son lycée, le reconnaît une nuit en train d’errer dans les rues de la ville.

Adieu monde cruel

Extérieur nuit. Obscurité granuleuse. Un souffle. Un halètement tel celui d’une bête traquée. C’est Otto poursuivi par une « meute » de garnements dont on n’entendra que les vils propos et dont on ne verra, avec les yeux du fugitif, que les pieds… Séquence d’ouverture. Alors que va s’imposer la voix si douce  de Françoise Lebrun, modulée parfois flûtée, alors que la calligraphie du générique renvoie à celle des années 60, 70, Guidé par les commentaires de la narratrice le spectateur va suivre Otto depuis l’envoi d’une lettre à 52 destinataires,(jugés responsables de ses souffrances devenues insurmontables)  sa tentative de suicide ratée, puis sa volonté de disparaître malgré tout, en vivant en marge, (sorte de voyage immobile avec enfermements successifs) sa rencontre avec Lena, leur connivence amoureuse, jusqu’à la décision finale, Soit un parcours qui va de l’ombre à la lumière « l’histoire commence par la fin (sous- entendu la mort) et se termine par le début ‘(une renaissance) avait d’emblée prévenu la narratrice

Oui ce premier long métrage aux allures de conte (comme l’affirme la narratrice) ne peut que séduire et entraîner l’adhésion (même celle des plus récalcitrants, qui confondent trop souvent esprit critique et esprit de critique) Pourquoi ?

Moins à cause de références ancrées dans l’histoire du cinéma (tournage en 16mm, clins d’œil à Truffaut), de ses aspects autobiographiques, que de la prestation toute en finesse et délicatesse des deux jeunes acteurs (Milo Machado Graner l’enfant aveugle d’Anatomie d’une chute et Jane Beever une Félicité à la rousse luminosité) mais surtout grâce à l’adéquation entre la thématique --le harcèlement en milieu scolaire la fugue hors du monde, avant la rencontre épiphanique de l’amour  et la forme :  Oui les choix musicaux par exemple – cordes et piano avec reprises mélodiques- s’harmonisent avec la voix off et les silences. Oui  la construction qui progressivement va vers la lumière  (cf l'affiche) illustre un passage avec ses contrastes et des effets spéculaires  peut-être plus subtils (se voir à la une des infos télévisées ou de la presse écrite alors qu’on a  "disparu"  ne serait-ce pas faire de la  disparition la condition sine qua non pour être regardé  et mettre à nu la  souffrance qui taraude, dans ce "monde cruel". ? et quand dans un premier temps Otto traqué se camoufle, il est filmé telle une silhouette fantomatique presque spectrale.  Ajoutons cette volonté de ne jamais "montrer" la violence en refusant le sensationnalisme mais la suggérer en la filmant comme "à rebours "

Et voici que triomphe une vision de la jeunesse persuadée comme Otto que  " fuir la vie c’est la préserver"  (la mort c’est juste une fois, la vie c’est tous les jours) 

D’aucuns voient en Otto moins un "personnage fantomatique" qu'un "fantôme de personnage", -càd un personnage sans "consistance"  inapte à exprimer le mal-être des jeunes   Mais  le film n’est pas un documentaire sur ce mal-être  La voix de Françoise Lebrun  ne le sublime-t-elle pas en conte universel, que la présence assumée de stéréotypes transforme en apologue ?

A NE PAS RATER  !

 

Colette Lallement-Duchoze

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15 septembre 2026 2 15 /09 /septembre /2026 06:55

De  Markus Schleinzer (Allemagne 2025)

 

Avec Sandra Hüller (Rose) Caro Braun (Suzanna), Marisa Growaldt (Erzählerin) Godehard Giese (agriculteur) Robert Gwisdek (huissier) Augustino Renken (vieux serviteur) Maria -Victoria Dragus (agricultrice) Sven -Eric Bechtolf (juge) Rainer Egger : (docteur)

 Gerard Kerkletz (direction photographique)

2026 :Berlinale Ours d’argent de la meilleure interprétation pour Sandra Hüller

2026 :Festival du film de Telluride : Silver Medallion Festival international du film d'Istanbul : Meilleur scénario  Diagonale : Prix du scénario et Meilleure bande originale de long métrage

Au lendemain de la guerre de Trente Ans, (1618-1648), un mystérieux soldat balafré s’installe dans un village isolé d’Allemagne. À force de labeur et de services rendus, il gagne la confiance des habitants et croit enterrer son secret. Alors que les villageois commencent à le considérer comme l’un des leurs, tout bascule lorsqu’ils se mettent à douter de sa véritable identité.

Rose

Un noir et blanc somptueux qui restitue l’austérité de la vie rurale en ce milieu du XVII° en Allemagne, vie rurale soumise aux pouvoirs conjugués de la religion protestante et des propriétaires terriens locaux, une mise en scène et en images théâtralisée à la froideur clinique, une actrice, Sandra Hüller, dont la performance fut récompensée à la Berlinale - elle porte le film comme elle porte l’habit masculin, celui qui précisément confère puissance et liberté-,  une voix off explicative (trop),  ainsi se présente ce film d’époque qui s’inspire d’ailleurs de faits avérés (le spectateur était d’emblée informé par un carton en forme d'avertissement)

Markus Schleinzer s’intéresse ainsi à ces cas de femmes ayant par le passé pris l’apparence des hommes pour pouvoir jouir de tous les privilèges du patriarcat, et s’émanciper. Mais sous les apparences d’un conte social autour d'une imposture, il propose une sorte de manifeste féministe !! Rose (acceptée en tant que soldat "étranger" balafré, détenteur de "biens meubles" ) a su faire siennes toutes les prérogatives, dévolues traditionnellement aux  "chefs mâles"  - commander, faire preuve de courage viril, rentabiliser le domaine, être "pieux"  etc. C’est qu’elle aura réussi à "abattre les cartes d’un pouvoir fondé sur la déclaration de force, l’affirmation brutale du pouvoir. Quand des soupçons pèsent sur son "genre" et que les villageois désirent être les artisans d’une justice immanente expéditive, Rose éructe, en un monologue vindicatif et bouleversant, tous les défis censés les "clouer" et les résonances avec l’actualité (queer entre autres) sont assez troublantes. Au moment du procès et avant la sentence elle répond avec calme et lucidité, en assumant ses choix; après l’énoncé de la sentence, elle demande à "répéter" la scène d’exécution ; elle pleure sur le sort réservé à Suzanna alors qu’elle avait imploré l’indulgence, - Suzanna ne devient-elle pas une figure de l’émancipation ?  comme si la femme "légitime" de Rose en avait épousé la rébellion, et  comme si la relation entre les deux s’était transfigurée en archétype de la sororité…

Le clin d’oeil final à Dreyer est certes évident (visage couronné d’osier) MAIS Rose, elle,  mezza voce, a rejeté  l’idée même d’un Dieu.... créateur !

Malgré toutes ces "qualités" (exigences formelles aux références artistiques multiples et plaidoyer aux accents très modernes)  le film n’emportera pas toujours l’adhésion (cherchez l’erreur…)

 

Colette Lallement-Duchoze

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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