31 août 2026 1 31 /08 /août /2026 11:39

D'Arthur Harari (2025) 

 

Avec Léa Seydoux (Eva Helsinger/David Zimmerman) Niels Schneider (David Zimmerman/Malia)  Valérie Dréville (Gabi Zimmerman) Lilith Grasmug (Malia) Rudu Jude (le père de Malia)  Shanti Masud (Alice)  Jonathan Turnbull (Chris Caro)  Victoire Du Bois (Sophie Caro)

D'après le roman graphique Le Cas David Zimmerman (2024) réalisé par Lucas Harari

 

Présenté au festival de Cannes 2026 Compétition officielle

À bientôt 40 ans, David Zimmerman est photographe, mais personne ne le sait. Alors qu'il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête insensée. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard et la suit. Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de l'inconnue.

L'Inconnue

L’inconnue un " body swap"  (littéralement échange de corps) ? Peut-être, encore que.... En adaptant la BD réalisée par son frère Lucas (Le Cas David Zimmerman), Arthur Harari refuse le comique, l’horrifique le naturalisme, souvent liés à ce "genre " littéraire ou cinématographique Son questionnement sur l’altérité, sur l’identité, -comment habiter son nouveau corps , est-on encore soi quand l’enveloppe charnelle ne correspond plus à ce qu’on était- ou croyait être? -  il se plaît à le complexifier ( David /Eva est à  la recherche de son corps, et suite à un rapport sexuel avec Malia,  Niels Schneider va devenir Malia  …) Après la "sidération" (brillamment interprétée par Léa Seydoux,  Eva/David, nous  allons désormais suivre les errances du couple David (Léa Seydoux) Malia (Niels Schneider) 

Le questionnement s’inscrit presque naturellement  dans la mémoire de soi et des événements,  dans la temporalité donc (mais une temporalité à la chronologie éclatée et un jeu sur de fausses analepses et prolepses) tout comme il s'inscrit  dans l’espace (Paris, banlieue, Lille, Ingrandes-sur-Loire, autant de lieux soumis eux aussi à des brisures des expropriations ) il s’inscrit enfin dans la « transmission » (le mariage, qui encadre d’ailleurs les « rencontres », le rôle des pères -celui de David photographe interrogeait les empreintes du passé par la superposition de strates; celui de Malia interprété par le cinéaste roumain Radu Jude dont on connaît l’exigence des interrogations sur le passé de son pays ; la maternité assumée ou refusée, le rôle de la mère, celle de David qui dans une séquence ultime lui rappellera (sans l’avoir identifié…)  cet instant unique vécu sur la plage d’Ostie tel un défi au Temps.  Un questionnement que le cinéaste pousse à l’extrême : la dépossession de soi jusque dans la mort

Si on a l’impression que sont convoqués le « je est un autre » rimbaldien, Blow up (rôle de la photo, la notion de point de vue, le parc) Profession Reporter - journaliste hanté par une identité qu’il a dérobée…, ou Vertigo (l’image du pont et du double) et que la thématique n’est pas originale, Arthur Harari cherche à dérouter son public en rendant presque méconnaissables  deux stars du cinéma (surtout Niels Schneider « asséché » qu’il oppose par contraste à une Léa Seydoux plantureuse ; elle avait accepté de tourner en période post partum.) Le questionnement renverrait (effet spéculaire ?) à l’entité d’acteur, à son paraître, à ses doubles.: Eva/David se regarde à l’aide d’un miroir, isolant un téton, un très gros sein, des bourrelets, un sexe, pour « identifier » ce nouveau corps , Léa Seydoux telle qu’en elle-même et pourtant autre et Léa Seydoux actrice jouant le rôle d’un homme scrutant le corps d’une femme, le sien… Diffraction du regard! . Quant à l’acteur Niels Schneider , en interprétant Malia il pare sa maigreur d’une suavité proche du Caravage, alors qu’auparavant jouant David photographe, introverti et solitaire, il imposait à l’écran une maigreur christique

Ô l’étrange étrangeté du …familier !

C’est par le regard (et ses multiples déclinaisons dont l’œil de la caméra et l’objectif de l’appareil photo) que tout fusionne. Et pour explorer la thématique de l’identité et de la perception, celle de la métamorphose de la  métempsychose ou tout simplement des anamorphoses, le film s’appuie sur la partition singulière d’Andrea Poggio, et se clôt sur une chanson de Bob Dylan.(né Robert Zimmerman !!)  Le vagabond qui grattait à ta porte / enfile désormais les vêtements qui étaient les tiens » ( dans It’s All Over Now, Baby Blue). Mais hélas Il recourt trop souvent à des métaphores visuelles éculées (le miroir, les brisures de verre, le télescope, les strates, la paume de la main) dont la facticité ne saurait convaincre …ni étourdir d’ailleurs !

Et qui veut " trop embrasser mal étreint…".

 

Colette Lallement-Duchoze

L'Inconnue
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29 août 2026 6 29 /08 /août /2026 12:00

De Manuela Martelli (Chili 2025)

 

avec Maya O’Rourke (Inès) Maia Rae Domagala (hanna) Saskia Rosendhal (Lina la mère de Hanna) Jacob Gierszal (Alexander l’entraîneur) Paulina Urratia (Techa la grand-mère)

 

Présenté au festival de Cannes 2026 section Un certain regard

Chili, 1992. Le pays reste marqué par des années de dictature. Alors qu'elle est gardée par ses grands-parents dans leur hôtel en station de ski, Inès, 9 ans, se lie d'amitié avec Hanna, une jeune sportive venue d'Allemagne. Lorsque celle-ci disparaît sans laisser de trace, l'enfant cherche à comprendre.

 

Dégel

Inès, gamine au regard magnétique et scrutateur tout à la fois, au visage impavide, est notre guide et témoin dans ce film Dégel. Un film atmosphérique qui tient à la fois du thriller (recherche de la jeune skieuse allemande Hanna mystérieusement disparue) et du politique -Chili 1992 début de la période dite de "dégel";- combien d’être échoués de dépouilles ensevelies, pendant la dictature de Pinochet, mais .combien de tentatives d’effacement par enfouissement, en refusant  de demander des comptes aux assassins"  Les objurgations de la grand-mère font écho à ces silences…

Le film s’ouvre sur une image saisissante (image d’archive en noir et blanc?), le transport à Séville -pour l’Exposition universelle- d’un énorme morceau de banquise de l’Antarctique …Ce fut la participation du Chili en 1992  et dans le film Dégel, les parents d’Inès, en Espagne avec la délégation, ont confié la garde de l’enfant à leurs parents propriétaires d’un hôtel dans une station de sport d’hiver au sud du Chili

Cette image liminaire va encoder tout le film. … La cinéaste « exploite » les deux aspects indissociables de tout iceberg:  sa partie visible émergée et sa partie invisible immergée, entraînant le spectateur de l’une à l’autre On voit le père d'Inès interviewé (TV) évoquer le « succès d'une transition ordonnée; simultanément on voit le grand-père pactiser avec les militaires, et le chef de la brigade opposer - avec outrance et condescendance- une fin de non- recevoir aux "fureteurs" En 1992 le bloc de glace maquille les crimes commis au Chili, dans le film, la glace et la neige -par la blancheur ou le flou sont censées accentuer la noirceur des desseins avoués ou non – Mais elles peuvent céder la place au feu -à la fois dévastateur et libérateur (lenteur du geste de Lina, la mère d'Hanna, venue enquêter, elle a recours aux braises pour allumer sa cigarette, lenteur et symbole ; sous ou dans la braise les reliques d’un lambeau du passé broyé par l’incandescence de la  flamme)

Les deux premiers plans d’ouverture - blanc et transparence du bloc transporté, intérieur mordoré en clair-obscur- sont d’autant plus saisissants qu’ils sont accompagnés par une musique qui « prend aux tripes »!

Parfois (comme dans Chili 1976) de très gros plans prolongés sont trop appuyés (les débris de verre, le rouge du sang qui sinue dans le lavabo) et ce faisant perdent leur puissance suggestive; il en irait de même pour des références trop « visibles» à Psychose ou Shining   Mais peu importe ! L’essentiel est  le rôle dévolu à la gamine de 9 ans- qu’interprète avec un mélange d’aplomb et de retenue l’actrice Maya O’Rourke. En quête de tendresse et de complicité elle s’était liée d’amitié avec Hanna, dévastée par sa disparition elle voit en Lina une mère de « substitution » (au point de souhaiter la suivre en Allemagne !)  

Voyez-la se faufiler dans les couloirs de l’hôtel, côtoyer le personnel, fureter, partager le lit d’Hanna, dérober une clef et pénétrer dans la chambre d’Alexander,  s'emparer du "journal intime" d'Hanna...Elle la toute jeune traductrice (c’est qu’elle maîtrise  castillan et anglais) décode les messages oraux et écrits. Après la disparition d’Hanna (qu’elle a vue partir avec son cousin Sébastian) elle obéira aux injonctions comminatoires de sa grand-mère (tu te tais sinon toute ta famille ira en prison…) … Ô ce silence relayé par le regard ! ou ce minimalisme des dialogues - quand ils ne seront pas « relayés » par un storytelling ( ?)

Forêt et montagne après la saison hivernale se recouvrent d’un tapis vert, promesse d’une « renaissance » ??? (or les événements récents au Chili laissent présager … )

Si la vérité ne sort pas de la bouche des enfants, elle reste dans les entrailles d’une nature inviolée (étonnante Inès impassible malgré LA découverte)

La dernière scène est tout simplement glaçante dans l’apparente fusion (osons cet oxymore… sans spoiler)

 

Un film à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 août 2026 5 28 /08 /août /2026 06:59

Long métrage animé réalisé par Alberto Vazquez (Espagne 2025)

co-scénariste avec Francesc Xavier Manuel

 

Avec les voix d'Asier Hormaza (Arnold) Kandido Uranga (Buho Gigante) Aintzane Gamiz (Maria) Inaki Beraetxe (Gregorio)

 

Musique Joseba Beristain 

 

Animation: Fernando Abaca Carmen Calbrils et Julian Lominchar

Arnold, souris de la classe moyenne au chômage, traverse une crise existentielle profonde. Il vit dans une ville où  l’entreprise ultralibérale A.L.M.A. dirige tout ; abrutissant la population pour mieux imposer sa loi. Contrairement à sa femme María, Arnold a depuis longtemps l’impression que ce monde est irréel et faux. Décidant de se rebeller contre la société, quitte à devoir affronter les prétendus amis, ses voisins, ses médecins, Arnold élabore un plan astucieux pour s’échapper de la ville afin de commencer une nouvelle vie.

Decorado

Pour fustiger les méfaits du capitalisme mortifère (dont l'aliénation et l'esclavage) et   pour démonter les mécanismes du "consentement", Alberto Vazquez a recours à une fable animalière (avec  des souris des rats des canards des oiseaux et des insectes) de même qu’il anthropomorphise (un peu mais pas trop) les cèpes, fait revenir les  "morts" (‘le fantôme de Gregorio meilleur ami d’Arnold) et allégorise la mélancolie la jalousie la perversité … « l’idée principale est de dénoncer la grande farce du monde ; notre époque est inquiétante entre crises politiques et relations superficielles entre les uns et les autres » Decorado, un conte noir comme miroir déformant de notre univers ?

Dès le prologue un encart décline les "sens" du mot décor ; puis s’ouvre le rideau de satin rouge d’un théâtre de Decorado et voici que s’impose une Babylone moderne avec en surplomb le donjon de la multinationale ALMA . Arnold et Maria, deux  souris regardent du toit de leur "maison" (zone pavillonnaire)   ces meutes de loups pyromanes ....

Le public est  invité  à pénétrer cet  "empire" Aller au-delà des  "apparences"  en suivant l’itinéraire d’ Arnold qui s'ingénie à forcer ce mur de  facticité  pour  "être libre" ?  Un des enjeux et non des moindres de cette fable aux allures parfois d’opéra (cf la séquence finale du chœur qui chante « decorado, decorado, decorado) Univers peuplé de forces malignes -dont cette chouette imposante qui terrifie dans sa démarche chasseresse. Et que penser de ce démon noir aux yeux rouges copulant avec une sirène aux jambes humaines ? de ce canard (une star déchue de la télé et du ciné)?  Tout cela sous le joug de l’omniprésente et omnipuissante A.L.M.A (Almighty Lilitless Megacorporative Agency ) 

Evocation d'une société plus que désespérée,  - êtres sur le qui-vive permanent, quand d’autres inféodés au système sont devenus des délateurs. On verra aussi le monde des parias, ces exclus parqués  hors la ville-, une police aux dents féroces, prompte à sévir, une A.L.M.A (alma en latin âme ou  nourricière…quelle ironie !!!) dévorante castratrice, elle donne en pâture ses antidépresseurs tout comme ses cartoons, en s’immisçant  dans la sphère "privée"   

Et l’on pense immanquablement à la dystopie 1984 

Les ambiances -aux couleurs flashy rose ou vert - varient en fonction des « états d’âme » d’Arnold et des étapes de son "voyage"  (voyage intérieur autant que voyage dans l’espace -ville forêt, montagnes falaises- avec raccord écran noir) alors que le choix du sépia s’accorde aux souvenirs et que le noir et blanc correspond à la  fée dépression Les aplats sont souvent hyper léchés et les dessins stylisés (avec changement d’échelle : énorme "bobine" ronde aux yeux globuleux et corps minuscule qui trottine, pour la gent des muridés et des mustélidés- rien à voir avec les prototypes Disney de Mickey Mouse !  alors que les chapeaux rouges agrandissent celle des cèpes. Une musique qui emporte tout quand elle se substitue aux dialogues, ou scande les « étapes/découvertes », ravageuse et tonitruante (Joseba Beristain) mêlant chœurs bulgares musique classique et électronique.

Oui tout cela est «flatteur»

Mais que de surenchère dans le didactisme !

Et trop souvent cette fâcheuse impression d’un catalogue, au final assez  décevant …

 

Colette Lallement-Duchoze


 

 

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24 août 2026 1 24 /08 /août /2026 07:48

de Ryūsuke Hamaguchi (France Japon)

 

avec Virginie Efira (Marie-Lou Fontaine) Tao Okamoto (Mari Morisaki ) Kyözö Nagatsuka (Goro Kiyomiya) Kodai Kurosaki (Tomoki Kuboder) Marie Bunel (Sophie) Marie Denarnaud (Laurence) Jean-Charles Clichet (Olivier) Romain Cottard (Damien) Gabriel Dahmani (Djibril)

Adapté librement d'un recueil de lettres échangées entre la philosophe Makiko Miyano et l'anthropologue médicale Maho Isono,. Soudain, je me sens mal 

Festival de Cannes 2026 : Prix d'interprétation féminine (ex-æquo pour Virginie Efira et Tao Okamoto)

Directrice d'un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d'y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l'écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d'une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes vont faire de l'établissement un symbole de résistance et d'humanité.

Soudain

Comment passer de l’écrit (correspondance entre la philosophe Makiko Miyano atteinte d’un cancer qui s’interrogeait sur la notion de hasard et l’anthropologue médicale Maho Isono) à l’image tout en restituant la puissance intellectuelle et émotionnelle du premier ? une gageure que le cinéaste japonais relève avec l’élégance que nous lui connaissons…Et la longue séquence sur le capitalisme sur ses effets pernicieux qui poussent le Japon vers la « mort » et dans laquelle Virginie Efira et Tao Okamoto échangent en japonais n’a pas la lourdeur du didactisme (quand bien même certains spectateurs auront déploré l’aspect « plaqué » d’une « récitation apprise par cœur »)

Marie Lou directrice d’un établissement pour personnes âgées tente de concilier la méthode de l’humanitude et les impératifs financiers propres à toute gestion (qu’illustrent les réunions animées par Olivier (Jean Charles Clichet)  les interpellations/dissensions dont celle de Sophie (Marie Bunel), la « visite des financeurs  les bras encombrés de dossiers » visite  guidée par Laurence (Marie Denarnaud) Cette directrice (deux plans la surprennent ensommeillée) va trouver en Mari la personne idéale à une révélation tant espérée. Et le film reposera en effet sur l’« amitié » nouée avec la metteuse en scène japonaise,(dont la rencontre pourrait s’apparenter à un « hasard objectif » ).Une amitié qui va au-delà de la sororité (mot trop galvaudé)  au-delà de l’amour (l’agapé et non l’eros), elle va au-delà des mots (tout en sachant que le mot, véhicule de la pensée, aura scellé l’authenticité de la même vision de la vie et des valeurs)  la relation est, existe, elle résiste(ra) à l’imprévisibilité- si « soudaine » soit-elle  

Deux pays (quelques allers et retours) deux paysages (encore que les deux « collines » filmées à Paris et au Japon se répondent en écho comme par un effet spéculaire troublant) deux langues (dont le japonais) mais un seul monde, désespéré !  or ce désespoir Mari le revendique au moment même où sentant sa mort prochaine elle va le quitter– on ne peut écarter ici la pensée camusienne du mythe de Sisyphe

Quand s’impose à l’écran la séquence,  théâtrale, où résidents et personnel soignant devenus acteurs sous l’égide de Goro (Kyözö Nagatsukaà), entremêlent leur corps et lentement « massent » qui la plante des pieds qui un bras - s’opère le « miracle » (du verbe mirari s’étonner) du « tourbillon sensoriel », l’humanitude incarnée palpée dans ce Jardin des libertés (ex hôpital psychiatrique) Rarement les « vieux » auront eu un tel droit de cité à l’écran (le visage de Micheline le regard vert happé vers l’infini, le dos de cette femme qui envahit l’écran et qu’une main vigilante toilette de ses soins, le corps comme hébété de cet homme mutique sondant l’insondable) Et simultanément la sérénité (apparente) est souvent traversée par des « cassures » qu’incarne le jeune autiste Tomoki (cassures qui affectant autant le cadre que l’ambiance sont toujours inattendues…et pourtant si fécondes en enseignement !)

Scandé par des indices temporels (encarts calligraphiés) le film suit ainsi la trajectoire de deux femmes sans verser dans le biographique (quelques bribes seulement sur leur passé réciproque) Jamais désincarné (et ce malgré la toute-puissance de la parole cardinale) il s'inscrit dans la corporéité, le toucher, dans l’espace autant que dans les relations humaines.

Par-delà il convie le public à Marcher, rester vertical Rendre possible l’impossible -malgré toutes les formes de déliquescence

A ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

ps: Humanitude: ' méthode qui "vise à replacer l'humain et la bientraitance au cœur de l'accompagnement des personnes fragilisées, âgées ou dépendantes, en évitant toute déshumanisation et tout soin brusque ou forcé"

 

 

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23 août 2026 7 23 /08 /août /2026 04:31

de  Jérémy Comte  (Canada Ghana 2025)

 

avec  Daniel Atsu Hukporti, Joey Boivin-Desmeules, Evelyne de la Chamelière, Benjamin Kwao Delali, Joseph Aman-Ashitey, Emile Prénoveau    

 

Présenté au Festival de Berlin Section Panorama

Au Ghana, Kojo, adolescent marqué par la disparition de son père en mer, se rapproche des gangs de rue sans parvenir à combler le vide qu'il ressent. Pendant ce temps, au Québec, Tony, en quête de repères, s'interroge sur l'homme dont sa mère est amoureuse et qui pourrait être le père qu'il n'a jamais connu. Entre la lente déchéance de l'un et la recherche d'identité de l'autre, un lien insoupçonné se tisse, unissant les destins croisés de ces deux jeunes hommes que tout semble séparer

Paradise

Dans ce premier long métrage (un voyage émotionnel  affirme Jérémy Comte) structuré en trois parties se profilent deux microsociétés (un groupe mafieux dans un village côtier au Ghana, un groupe de skateurs au  Québec). Deux adolescents. Deux vies croisées. Mais c’est bien la recherche du père qui sert de viatique dans la quête de ces deux jeunes : Kojo en Afrique de l’Ouest (dont le père pêcheur a été englouti par une tempête) et Tony qui n’a pas connu son père géniteur et dont la mère s’éprend  d’un capitaine de navire (…et si c'était  son père ?)  Et progressivement ce qui était disjoint va s’entremêler…(grâce à un faisceau de "connexions" ) Une voix off assure le passage (qui se voudrait discret) entre le réel et le souvenir, entre le vécu et le fantasmé.

Certes la métaphore de l’eau et du feu (navire en flamme, sauvetage du capitaine)  présente d’une partie à l’autre ne saurait nuire au scénario  (même si parfois elle donne l'impression d'être "plaquée" )- C'est bien ce lien qui unit les deux jeunes – et peu importe que cette métaphore soit fantasme, flash-back, ou prémonition Quant à l’arnaque via internet (ce fameux chantage aux sentiments cette "fraude sentimentale") dont la mère est victime (et le fils par voie de conséquence  …) elle reste bien le fil narratif (justifiant entre autres le départ de Tony bien décidé à en découdre et à dénoncer in situ la manœuvre frauduleuse)

Certes les ruptures de ton (ambiance environnement genre) grâce au montage alterné sont traitées sous forme de contrastes saisissants - Contrastes entre le duo (mère /fils) et le groupe (Kojo, son frère et tout son réseau « mafieux ») ou entre deux univers (celui bétonné d’une ville québécoise vs l’ambiance grouillante pétaradante de la capitale ghanéenne et ses couleurs ocres). Contrastes sans arrière-pensée manichéenne (même si le discours du frère sur des siècles de "colonisation " et du  "juste retour de bâton"  est plus que tendancieux …)

Mais force est de reconnaître que le film peine à entraîner le spectateur dans son sillage et qu’au fur et à mesure les dialogues répétitifs souvent, tout en étant minimalistes, tout comme l’action comme capillotractée dans la partie 3 altèrent jusqu’à dénaturer tout ce qui a précédé (en I et II) (la course poursuite et l’effondrement trop "prévisibles" n’auront pas la force suggestive souhaitée)

Dommage 

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 août 2026 6 22 /08 /août /2026 03:06

De Cristian Mungiu (Roumanie Norvège 2025)

Avec Sebastian Stan (Mihai Gheorghiu), Renate Reinsve (Lisbet Gheorghiu),  Vanessa Ceban (Elia Gheorghiu, leur fille aînée ); Jonathan Ciprian Breazu (Emmanuel Gheorghiu,  leur  fils aîné) Lisa Carlehed  (Mia Halberg, leur voisine ), Markus Tønseth  (Mats Halberg, mari de Mia et directeur de l'école ) Henrikke Lund-Olsen  (Noora Halberg, fille de Mats et Mia) 

Présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026  

Palme d'or  Prix du Jury œcuménique et  Prix François Chalais

Les Gheorghiu,- un couple roumano-norvégien très pieux, et leurs 5 enfants-  s’installent dans un village au bout d’un fjord où ils se lient rapidement d’amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants des deux familles deviennent très proches, malgré des éducations différentes. Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle que les enfants Gheorghiu reçoivent de leurs parents pourrait en être la cause.

Fjord

"Nous sommes là pour aider" “Nous devons protéger l’intérêt supérieur de l’enfant.”

"Alors pourquoi cela ressemble-t-il à un enlèvement approuvé par l’État ?

Voici un film qui  "met mal à l'aise"  qui dérange sans pour autant dérouter Pourquoi ? insidieusement (frontalement aussi) il met le spectateur face à une alternative tendancieuse, transformée en dilemme : absoudre des parents (présentés comme des victimes) qui inculquent une idéologie évangéliste (et frapper la femme et les enfants n’est-il pas inscrit dans la Bible..):  ou s'insurger contre une décision inique émanant d’un organisme social dit progressiste ? Dérangeant Fjord l’est tout simplement dans la "façon " de traiter chacun des deux clans ( ?)  Dans   cette fiction aux allures de documentaire sur les difficultés du  "vivre ensemble"   la charge est trop  souvent caricaturale: impavidité des représentants de l’Aide à l’Enfance d’une part (impavidité si inhumaine dans son mépris affiché assumé revendiqué de qui ne partage pas ses "convictions progressistes"), et d’autre part  "apparente"  souffrance des parents (on les devine habités par une force supérieure qui la transcende) ou alors frénésie vengeresse (le père plante sa "hache" avec violence sur le billot telle une hache de guerre, il alerte l’opinion internationale; délégation de fonctionnaires et de religieux roumains, manifs aux relents de trumpisme…) L’intervention de Mia Halberg (femme du directeur d’école et mère de Noora,) qui plaide en faveur des Gheorghiu et l’amitié entre Noora et Elia, seront frappées d’inanité!

Dérangeant ce film, car à aucun moment les enfants n’auront "dit"  explicitement ce qu’ils ont "subi" ni ce qu’ils ont  "vécu" dans la famille provisoire. Or les deux clans ( ?), incarnant deux modèles d’éducation opposés sont mus par le même souci de bienveillance -sens étymologique "vouloir le bien" .(hélas l’enfant  dit "souverain" reste une "abstraction" ) Les témoignages "écrits" ?…Mais on sait la "trahison"  de toute traduction, on sait la trahison du langage en général, la polysémie des mots, leur usage dans telle ou telle culture

On est ballotté au milieu de  paradoxes,  contraint d'avoir  pitié de Lisbet la mère (admirable Renate Reinsve -vue entre autres dans Valeur sentimentale et Julie en 12 chapitres- )…Qui serait insensible à cet arrachement ? ( 5 enfants -dont un bébé qu’elle allaite…- placés d’office le temps de l’enquête dans des familles d’accueil) ! Mais aussi à son prosélytisme  qui s’insinue -discret- dans le "courage"  auprès des moribonds et dans la consolation aux survivants (à noter ici que l'impotent  Ake, entravé sur son fauteuil, n’en représente pas moins la figure de la "conscience" tout comme le fauteuil silhouetté sur la jetée  a la puissance suggestive   d'une allégorie)

Le spectateur aura assisté -dans la première partie- à l’intégration dans le « groupe » scolaire (accueil chaleureux du directeur, naissance d’une amitié entre sa fille et celle des Gheorghiu,) de même qu’il s’était immiscé dans ces cours de gym (séquences assez violentes de placage au sol). Le réalisateur roumain avait eu soin de baliser un chemin auréolé de certains symboles (les remous de l’eau, la ville portuaire isolée d’Ålesund, le fjord tel un rempart, le drapeau norvégien flottant à l’arrière-plan, une toilette mortuaire, des mains qui se croisent pour les prières à heures fixes, des baisers de circonstance) et la scène liminaire surtout - Elia semoncée par son père  Tu dois apprendre à admettre tes erreurs ! Oui de tout cela le spectateur doit se souvenir quand témoin clandestin il assiste au "procès civil", aux interrogatoires ….dans un huis clos étouffant (deuxième  partie) 

 

On retrouve chez Cristian Mungiu (deuxième palme d’or après Quatre mois, trois semaines, deux jours) ce goût prononcé pour les longs plans séquences et cette prédilection pour les questionnements, -à partir des problèmes de société-, culturels politiques sociétaux-, hélas sans réponses : une fois de plus on est face à des fractures qui vont perdurer -le cri d’amour de Noora n' est-il pas  suspendu à jamais inaudible, hors du temps? 

 

Illustrer  par une mécanique qui se veut implacable l’impossible "communication entre des groupes d’individus convaincus du bien- fondé de leurs principes", tout en prônant en creux les vertus d’un  "vivre ensemble"  débarrassé de cette tare. c'est le propos de ce film dérangeant à défaut d’être convaincant...

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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21 août 2026 5 21 /08 /août /2026 03:45

de Hüseyin Aydin Gürsoy. (France Turquie 2025)

 

Avec Lionel Erdogan, Charles Berling, Metehan Aygün, Lubna Azabal, Maud Wyler

Mathieu s’est éloigné de sa communauté turque pour grimper l’échelle sociale. Avocat déterminé, il travaille dur pour devenir associé dans un influent cabinet d’affaires parisien. L’irruption dans sa vie d’un jeune turc en situation précaire ayant besoin d’aide va le précipiter dans une affaire de corruption mettant en péril tout ce qu’il a bâti.

Une affaire turque

S’inspirant de son propre parcours le réalisateur cherche à illustrer tout à la fois les problèmes de l’immigration, de l’insertion, l’appartenance à une double culture, et partant il aura questionné la douloureuse problématique de l’identité, mais aussi celle de la loyauté (vs corruption). L’acteur Lionel Erdogan, incarne avec aisance l’avocat brillant ; il est de tous les plans lesquels se succèdent d’ailleurs à un rythme d’enfer

L’opposition, ou plutôt la confrontation, Paris/banlieue, milieu professionnel (avec sa hiérarchie ses contraintes ses compromissions) et communauté turque (famille, rituels festifs et religieux) est censée mettre en exergue le tiraillement intérieur …Mais le fil directeur (celui qui impose un tempo à ce thriller politico-social) est bien la confrontation de l’avocat avec Abdullah (Metehan Aygün), chauffeur de taxi. Voici deux personnes d’origine turque de la deuxième génération qui ont fait des choix totalement opposés. Abdullah n’a jamais quitté la communauté, soumis notamment à la volonté de son père, imam, Mustafa/Mathieu au contraire a renié ses origines et il sera bientôt l’associé d’un grand cabinet d’affaires… Dès lors qu’il accepte aider Abdullah victime d’un acte raciste ; mais que son aide aux relents fétides (coquette somme d’argent qui achètera le silence…) est refusée par l’intéressé qui veut « porter plainte » « sauver son honneur », il va aller de compromissions en compromissions et la gloire ira se fracassant

Par-delà cette confrontation, -dont la fin est tout simplement insoutenable – n’est-ce pas la violence de la société française qui éclate au grand jour ? une société qui - sans tomber dans la grandiloquence- accepte que son idéal « républicain » d’égalité soit bafoué

Dénoncer le népotisme et la corruption tout en fustigeant un racisme culturel et social ! En ce sens Une affaire turque (premier long métrage de Hüseyin Aydin Gürsoy) malgré sa facture classique et des attendus par trop  « convenus » mérite un  détour !

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 août 2026 4 20 /08 /août /2026 03:19

D'Álvaro Olmos Torrico (Bolivie Pérou Uruguay 2025)

 

 

Avec Maria Magdalena SANIZO, Marisol VALLEJOS, Nely HUAYTA

Photographie: Nicolás Wong

 

 

Prix de l'Arthouse Cinema Award 44ème édition de la section "Cinéma en Construction - Rencontres de Toulouse de Cinélatino.

Présenté dans le cadre du festival A L EST samedi 14 mars à Rouen; débat  en présence de Djam Zerrifi fondatrice de l’association Awinskâa Tribe

Clara est une doula quechua qui chante pour apaiser la douleur des femmes enceintes. Sa mère Ana, sage-femme chevronnée, considère ce don comme un miracle. Influencée par une amie, et après une dispute avec sa mère, la jeune femme décide de partir pour la grande ville. Depuis la communauté subit la mort mystérieuse d'animaux et des récoltes, les villageois attribuent cette punition au départ de Clara. Sa mère décide de la retrouver

En justifiant son choix le jury (à Toulouse) a évoqué outre la puissance des deux actrices et la simplicité élaborée du filmage une sublimation par le cadre à couper le souffle des Andes. Et de fait la lenteur du rythme, le minimalisme des dialogues s’inscrivent dans un cadre contemplatif  où l’image de Nicolas Wong Díaz frappe par son immense délicatesse. Alternance entre gros plans sur la fille Clara, la mère Ana accoucheuse, dans les intérieurs aux clairs obscurs savamment élaborés et les plans larges sur les paysages alentour -où souvent les personnages sont comme silhouettés courbés sous le labeur, Oui l’image semble glorifier une "sororité" partagée non seulement le temps d’un accouchement – mais dans la perpétuation de coutumes plus que séculaires (les chants se conjuguent aux massages sans passer par les directives plus "scientifiques" pour la délivrance en présence du mari)

Or -et c’est la dynamique du film ,(ô cette loquacité qui se lit dans  le silence de ces regards !) -la trajectoire toute tracée va se briser dans le heurt entre modernité et tradition. La jeune fille à la voix "divine" veut s’émanciper de cette tutelle dans un acte libérateur qui la conduit à la ville (maquillages lumières artificielles, exploitation aussi) ;  la longue marche de la mère à la recherche de sa fille, la découverte sidérante d’un autre univers, et l’acceptation muette, dramatisent la double finalité de l’itinéraire choisi par Clara: en allant de la campagne à la ville c’est le choix de la modernité contre la tradition c’est aussi celui du projet individuel contre le collectif. Est-ce pur hasard si depuis son départ les animaux meurent, les cultures se dessèchent ? Rompre un élément dans le tout et c’est l’équilibre qui est menacé…...

Ce film aux allures de conte initiatique (on ne dévoilera pas la fin ni l’épilogue) tourné en langue quechua et espagnole vaut plus que le détour

Le  condor: cet oiseau si majestueux  aux ailes déployées apparait  dans cet espace azuréen; oiseau menaçant? La quotidienneté  et son osmose  quasi mystique avec l'univers  serait-elle menacée d’extinction ???

 

Un film à ne pas manquer

Colette  Lallement-Duchoze

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19 août 2026 3 19 /08 /août /2026 04:50

De Fernanda Tovar  (Mexique  2025)

avec Darana Alvarez, (Paula)  Rocio Guzman (La Maestra), Monica del Carmen (Valeria) , Lucio Lemus (Daniel)  

 

Prix Ours de Cristal du meilleur film et Grand Prix du Jury International au festival de Berlin en 2026.

La Maestra et Paula, deux amies inséparables, sont les meilleures nageuses de leur équipe. Jusqu'à ce qu'un évènement traumatique, survenu au cours d'une soirée, les oblige à choisir entre garder le silence et prendre la parole, quitte à mettre leur amitié à rude épreuve.

Chicas tristes

Encadré par le miroir- au sol- et un avion– direction le Brésil- comme s’ils étaient aimantés à distance par le scintillement  métallique, le film évoque avec finesse la thématique du viol et du consentement à travers la relation amicale de deux nageuses, une amitié mise à mal après la rupture du  "pacte de silence"

La réalisatrice inscrit la problématique du viol, dans une apparente « normalité » L'histoire n'aurait pas été la même si Paula vivait la même chose avec un garçon qu'elle ne voit pas tous les jours", Daniel fait partie du groupe d’entraînement -épreuve de natation pour les jeux panaméricains juniors,  il plaît à Paula ; de plus les personnages masculins (le père le frère l’ami transgenre) sont très proches d’elle et très compréhensifs. Refusant certains clichés, et les caricatures faciles Fernanda Tovar va dénouer avec subtilité et délicatesse la « complexité » de la question du consentement, de tout ce qui gravite autour d’une relation non consentie, (dégoût honte de soi, refus d’en parler) - l’amie rongée par la culpabilité (c’est moi qui ai dit à Daniel qu’il te plaisait ;c’est moi qui en ai parlé pour t’aider) Inscrivant cette problématique au sein d’entraînements sportifs la réalisatrice propose un élargissement spatial presque métaphorique avec des images à prendre au pied de la lettre « la tête hors d’eau » remous ou encore  onde de choc (la corporéité si sensible en est comme transcendée !!)

On sera sensible à ce travail sur l’image quand la caméra si proche des visages ou des corps ne se contente pas de scruter les nuances des non-dits mais précisément dans le « flux » de l’eau brassée fait jaillir des « ondes de choc tels des séismes et leurs répliques » A cela s’ajoute tout un travail sur le « son » Tant et si bien que le cheminement doit épouser l’âpre difficulté à vivre et dire l’ineffable – cheminement qui va des rires du bonheur partagé, d’un duo quasi fusionnel, jusqu’à la rupture, l’éclatement en deux solitudes taraudées par le remords d’avoir parlé (pour l’une) ou la douleur de la perte (pour l’autre) avant une forme de  …réconciliation…

Oui ce premier long métrage est saisissant d’humanité. Cette ode à l’amitié à la sororité est imprégnée d’un certain ésotérisme où les cartes du tarot « divinatoire » (les amants à l’envers le chariot et les deux chats noirs…) ont la prégnance d’un réel réinventé

A voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

NB "Mon film cherche à montrer comment, même dans les moments difficiles, on peut parler avec amour, tendresse et empathie, comment on trouve des éclats de lumière dans des situations complexes"  Fernanda Tovar

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16 août 2026 7 16 /08 /août /2026 06:30

D'Haifaa al-Mansour (Arabie Saoudite 2025)  

avec Mira Al Zahrani Abdullah Al-Qahtani, Aziz Gharbawi, Shafi Al Harthi.

Toronto International Film Festival 2025

Festival Reims Polar 2026

Dans le désert saoudien, une adolescente est retrouvée morte sans qu'elle puisse être identifiée. Personne ne signale sa disparition et l'affaire est rapidement classée. Cependant, Nawal, une jeune employée de commissariat, refuse de lâcher ce dossier. En enquêtant sur la victime, elle met au jour des éléments qu'elle n'aurait jamais dû découvrir et se retrouve bientôt entraînée dans une affaire qui la dépasse.

Les silences de Riyad

Premier film réalisé par une femme en Arabie Saoudite, Wadjda fut pour le public occidental une révélation  …Or en 2011 Haifaa al-Mansour la cinéaste fut contrainte de filmer à "distance" (elle dirigeait d’une camionnette garée en bord de rue, au talkie-walkie,) la ségrégation lui interdisant de se tenir près de ses actrices. Quinze après, Les silences de Riyad  a été  soutenu par  la Saudi Film Commission…Entre les deux The Perfect Candidate, fut la première production financée par le Conseil saoudien du cinéma . Rappeler ces faits aura peut-être des incidences sur la "compréhension" du troisième volet de la trilogie 

Si la réalisatrice a opté pour un thriller (qu'elle mène souvent tambour battant) le retournement final (inattendu) oblige le spectateur à porter un autre regard sur ce qu’il vient de voir et à se poser d'étranges  questions... Twist énigmatique: l’intégration de la femme dans la société saoudienne passerait sous d’insolites fourches caudines confondant intégration et inclusion (?) et l'organisme de financement (le pouvoir) aurait "payé" pour que sa mise en cause fut  pure manoeuvre  (?) Bizarre...

Voici une jeune employée de commissariat, elle y numérise des dossiers, sollicitée pour porter un regard de femme sur le meurtre d’une adolescente non identifiée (si au bout de quinze jours le corps n'est pas réclamé, l'affaire sera classée sans suite).Vite "remerciée", Nawal -passionnée pour "le vrai crime" -et le geste de l’égorgement qu’elle brandit  avec aplomb en direction de son supérieur est éloquent-, va  mener sa propre enquête sans autorisation (tout en rendant compte à son "chef"  de ses "découvertes") Elle brave les interdits, se drape (en certaines circonstances) du voile total (femme invisibilisée), force les  portes  (de villas ou de voitures) interroge les adolescentes censées avoir été amies avec Amal, la directrice de l’établissement, le cousin accusé à tort, elle choisit l’empathie de la « sororité » pour convaincre les plus réticentes dont la mère, etc  Et même si on la "menace" les propos comminatoires ne seront jamais exécutoires.

Embûches et anomalies...

Seule contre tous ? Dans une société patriarcale où le mariage est arrangé (quand il n’est pas forcé et c’était le cas d’Amal) où l’enfermement familial et ses silences n’encouragent pas l’éducation des filles …où les silences du "pouvoir" (hors champ) tétanisent.

Seule avec elle-même…Seule avec sa conscience…- dont témoigne la récurrence de mini scènes de cauchemars.

Mais elle aura identifié la victime…(et ce faisant lui aura rendu une forme de dignité  soit le contraire de l'effacement, de l'invisibilité)

Le rythme au gré des  "révélations" successives est globalement "soutenu"   et l’actrice (qui est quasiment de tous les plans) porte le film de sa grâce fébrile mêlée à son inébranlable pugnacité. Mais il y a des cadrages trop insistants et répétitifs, des images aussi lisses que des cartes postales (l’immensité des dunes) des effets  "faciles"  (habit noir qui flottera à jamais dans l’oubli ocre du paysage) et surtout le twist final est plus que problématique (on en conviendra aisément)

Faut-il pour autant bouder ce film ?

Je vous laisse juge

 

Colette Lallement-Duchoze

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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