d'Avril Besson (2025)
avec India Hair Raya Martigny Eric Cantona Mathias Minne
Festival de Cannes 2026 Séance spéciale
De vieux vinyles disco dans le coffre de sa Twingo, à peine remise de la mort de sa grand-mère, Charlie roule. Elle ne sait pas encore que ces disques ressusciteront les pas de danse de sa mère dans les yeux humides de Titou, un caviste rêveur, ni qu'une plage méditerranéenne désertée sera le théâtre de sa rencontre avec Marina, qui rêve son idéal de liberté dans la pizzeria du village. Pour l'instant, elle roule.
On pourra certes reprocher à ce premier long métrage d’Avril Besson tant ses ruptures de rythme (burlesque au tout début, une longue partie assez convenue et un faux twist en guise d’épilogue) que la façon dont la cinéaste isole ses personnages dans le cadre là où précisément elle nous invitait à les « recadrer » ensemble, dans la transcendance de leur solitude - taedium vitae pour certains ?- hormis pour la relation …attendue… Charlie et Marina
N’empêche.
Voici un petit bijou de fraîcheur et de poésie mêlée avec comme toile de fond une station du Var (la Cavalière) hors saison touristique. Voici surtout au premier plan l’actrice India Hair trop souvent cantonnée dans des seconds rôles ; une actrice à la spontanéité bienveillante au regard et au sourire enfantins à la moue à peine narquoise elle va porter de bout en bout ce film…
Le titre renvoie à la chanson de Dalida Histoire d’un amour. ( « l’heure où l’on s’enlace/ Celle où l’on se dit adieu/ Avec les soirées d’angoisse/ Et les matins merveilleux ».) le film est d’ailleurs traversé par les chansons des seventies jusqu’à la séance de karaoké filmée quasi in extenso le visage d India Hair face caméra (interprétant Mon amie la rose de Françoise Hardy)
Charlie est traductrice (dialogues et accents savoureux…) ;
Elle est orpheline ( mère décédée trop jeune d’un cancer, père inconnu et aujourd’hui en deuil de sa grand-mère) La dichotomie Vie/Mort sera un fil conducteur du film (face à l’emplacement vide qui accueillera le corps de la grand-mère Charlie avoue je n’ai rien mais je dispose d’une tombe ; en écho Marina, son "parrain" défunt et la dispersion des cendres) honorer les êtres chers disparus et simultanément chanter l’ode à la vie que les deux personnages féminins vont entonner chacune à sa manière, presque hic et nunc …
La balade qui se fera ballade (grâce aux pas de danse, aux chansons) ressuscite (grâce à Titou le destinataire des vinyles) tout un pan de son passé, celui où sa mère était la reine du disco --et ce plan qui superpose sans afféterie les deux visages celui de la fille comme une ombre portée dit simplement ce cheminement intérieur. En acceptant l’hospitalité de Marina, Charlie a choisi un chemin qui loin de bifurquer la conduit à la découverte d'elle-même et des autres (telle une épiphanie) hors des normes "genrées "
Oui ces matins merveilleux sont la promesse d’aubes nouvelles
Ecoutons les mezza voce
Ah que la vie est belle/ Soudain, elle éblouit. » (Brigitte Fontaine)
Colette Lallement-Duchoze
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