Documentaire réalisé par Massoud Bakhshi (Iran 2026)
avec Zahra, Mahya et Maleka
Grandir à Téhéran au XXI° siècle. De 2007 à 2026 au sein d’une famille aimante, dix-huit ans dans la vie de trois sœurs de leur prime enfance à leur quotidien de jeunes femmes en quête de liberté
Le dispositif choisi est d’emblée expliqué par le menu par la voix du cinéaste -en off; très gros plans sur les boutons arrêt marche)=-, deux visages en médaillon -comme en surplomb- : les sœurs âgées de 20 ans vont "visionner" en même temps que le spectateur des fragments de leur propre vie: bébés, gamines, et leurs réactions lors de la naissance de la petite soeur Maleka, écolières ; adolescentes, Fragments que leur oncle a précieusement gardés :Du cocon familial émerge la voix (toujours en off) de la "mamie" (une femme très conservatrice dispensatrice de préceptes comme autant d’interdits). Fragments d’une vie, de leur vie dans la succession des âges et des prises de conscience. Si la chevelure, au montage, assure avec fluidité le passage des "jeunes" années. on sait qu'elle ne doit pas être filmée en extérieur, que le port du voile est obligatoire - les sœurs le porteront dès leur entrée à l'école...-, et plus tard il faudra ruser, recourir au flou et/ou au noir pour "respecter" les diktats…Etudiantes Zahra et Mayha adhèrent aux revendications féministes (mouvement de 2022) et simultanément sont à même de se filmer… L’intime - genre film de famille- est devenu peinture (du moins évocation) d’une société, d’un pays (quand bien même le bruit et la fureur de la répression nous parviennent par la bande son ou les images télévisées) Hors champ cette évocation n'en sera que plus suggestive !!
Toutes mes sœurs ? un titre justifié car le documentaire dépasse le portrait d’une famille, L’impact que les principes familiaux, culturels, éducatifs et traditionnels auront sur Zahra et Mahya puis sur Malaka c'est celui qui concerne la jeunesse en général et les filles en particulier. " Mon film est avant tout, un film humain, sur le fait de grandir. affirme le cinéaste Mais plus encore, c’est un film sur les femmes, accessible à tous les pays et toutes les cultures, car les personnages sont des filles et des mères de différentes générations. Les hommes, eux, sont absents du film", Au spectateur de s'interroger sur cette absence et de la "rationaliser" !!
Le documentaire s’ouvre sur un poème de Shams Tabrizi (1185–1248), texte sur les miroirs extrait du livre Maghâlât, les vers s'affichent alors que défile le générique. Des siècles avant l’essor de la psychologie, Shams Tabrizi parlait déjà du miroir comme outil de connaissance de soi, de réflexion. .... Pour moi, ce film est aussi un miroir, une réflexion sur soi, et sur l’évolution.
Et n'est-ce pas l’intime, la façon dont il est appréhendé et jugé par celles-là mêmes qui l’ont vécu, (cf leurs émotions leurs colères), et le télescopage du passé et du présent, qui "tendent un miroir" à la société iranienne ???
A voir
Colette Lallement-Duchoze
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