17 janvier 2026 6 17 /01 /janvier /2026 09:17

D'Annemarie Jacir (Palestine Jordanie  2024)

 

avec Hiam Abbass, Karim Daoud Anaya (Yusuf) Jeremy Irons (Haut-Commissaire Sir Arthur Wauchope) Roberto Aramayo, Saleh Bakri, Billie Howle

 

Présenté dans différents festivals 

Présélectionné pour l'Oscar du meilleur film étranger 

Palestine, 1936. La grande révolte arabe, destinée à faire émerger un État indépendant, se prépare alors que le territoire est sous mandat britannique.

Palestine 36

La réalisatrice palestinienne aborde avec Palestine 36 un épisode de l’histoire de son « pays » moins connu que la Nakba (la catastrophe 1948) : celui du soulèvement des Arabes en 1936 alors que la Palestine  est sous mandat britannique. La préparation du film fut très longue (reconstitution, restauration d’un village, construction des véhicules militaires, culture de terres etc..  et au moment où allait commencer le tournage en octobre 2023, tout recommencer …..en Jordanie …mais en novembre 2024 elle  parvient  à « boucler » en filmant à Jérusalem. Si l’on ajoute les 9 années de recherches, les heures de visionnage des documents d’époque (les Britanniques filmaient tout) Palestine 36 est une entreprise quasi titanesque. Qu’on ne peut éreinter d’un revers de main ou par de prétendus jugements – non argumentés et péremptoires (Se rappeler -et c’est un minimum- les épisodes marquants depuis la fin du XIX° … ou même juste après la première guerre mondiale, les accords de Sykes-Picot, la déclaration Balfour, le mandat britannique, l'implantation de colonies, car précisément le film Palestine 36 « s’enracine dans ce contexte »)

Annemarie Jacir a voulu que les images d’archives (en noir et blanc) soient « colorisées »  Insérées dans sa fiction, elles semblent faire partie de ce tout (elles seront repérables au changement de format…) Nous sommes face à une œuvre hybride -où la « petite » histoire, celle  de Yusuf s’entremêle à la grande,-  celle d’un soulèvement cruellement réprimé, (pour 1 Britannique tué des mesures répressives s’abattent sur tout un village ….ce que fait fera hélas tout pays occupant et colonisateur …)

1936 ce fut la première rébellion de masse contre la règle coloniale, mais hélas déplore la réalisatrice nous continuons à payer le prix fort….

On pourra certes reprocher une forme de démonstration « théâtralisée» (répartition des groupes dans l’espace, diction ou gestique, discours sentencieux appuyés, classicisme de la mise en scène) mais force est de reconnaître que le récit labyrinthique dans ses ramifications (encore que chaque partie soit annoncée par des images d’archives..) aura permis à la cinéaste de « tisser un fil » entre des personnages aux motivations différentes et aux choix d’abord opposés (accepter ou se rebeller, fuir ou rester  ) qui -et ce sera la dynamique interne- vont finir par se rejoindre. ( "pluralité" d'un système "choral") De plus la « création » de personnages palestiniens assez composites (à la différence des personnages britanniques non inventés ) , le rôle dévolu aux femmes (la journaliste Khuloud, la mère figure de la résistance au village) et les questionnements individuels ou collectifs résonnent encore aujourd’hui (la course de la gamine et du jeune frère en seraient les prémices....)

Et ce n’est pas pur hasard si le film se clôt sur le son de la cornemuse (instrument qui selon des « spécialistes » serait né au Levant…)

Un film à voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

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14 janvier 2026 3 14 /01 /janvier /2026 05:49

De Lee Sang-il (Japon 2025)

avec Ryo Yoshizawa, Ryusei Yokohama, Ken Watanabe

 

Adapté du roman Kokuho (2018), (trésor national) de Shuichi Yoshida

Présenté à la Quinzaine des Cinéastes, Festival de Cannes, 2025

 Représentera le  Japon aux Oscars 2026

Nagasaki, 1964 - A la mort de son père, chef d’un gang de yakuzas, Kikuo, 14 ans, est confié à un célèbre acteur de kabuki. Aux côtés de Shunsuke, le fils unique de ce dernier, il décide de se consacrer à ce théâtre traditionnel. Durant des décennies, les deux jeunes hommes évoluent côte à côte, de l’école du jeu aux plus belles salles de spectacle, entre scandales et gloire, fraternité et trahisons... L'un des deux deviendra le plus grand maître japonais de l'art du kabuki.

Le Maître du Kabuki

MAGNIFIQUE

Oui ce film « magnifie » un art traditionnel japonais où les gestes millimétrés et codifiés, les costumes somptueux les maquillages impressionnants, les déclamations des onnagata  (dans le kabuki les rôles de femmes sont interprétés uniquement par des hommes) la musique (les percussions surtout) créent un spectacle visuel grandiose voire hypnotique. Et le cinéaste alterne gros plans sur les visages et plans plus larges et serrés -changement de costumes sur scène, vues en frontal ou en plongée (espace scénique savamment quadrillé avec la répartition acteurs instrumentistes, percussionnistes,) et caméras au sol ou à hauteur du personnage. Une caméra dynamique pour un spectacle « figé » dans ses codes

Tout cela concerne les séquences sur scène…Or, nous pénétrons aussi dans les coulisses : répétitions, exigences du maître dans la recherche du geste et de l’intonation, des mouvements quasi imperceptibles de la nuque, loges et maquillages avant le spectacle ; mais surtout -et c’est la dynamique interne, le film évoque les tensions entre les deux danseurs (l’un Kikuo le plus doué mais fils de yakuza), l’autre Shunsuke, fils unique du maître, seul habilité à perpétuer la tradition –(ce que revendique l’épouse et mère..) Tensions qui iront s’exaspérant sur plusieurs décennies (car le film propose une vaste fresque de 1964 à 2014) depuis l’apprentissage, la formation du duo d’onnagata jusqu’aux séparations forcées et trahisons, (en passant par la décision du maître Hanjiro blessé de voir Kikuo le remplacer) avec frustrations et rebondissements spectaculaires.

Un des intérêts du film est d’entremêler étroitement vie et théâtre (un jeu d’interférences et de mises en abyme trop appuyé parfois…)

Le film s’ouvre sur une séquence de gangsters (affrontement de bandes rivales de yakuzas) puis il nous immerge très vite  dans l’univers des comédiens de kabuki. Etrange ? En fait nous passons d’un monde régi par des lois strictes avec effusion de sang (nous sommes à Nagasaki 1964) à un autre qui obéit lui aussi à des conventions drastiques -mais où le refus des liens du sang va enrayer (définitivement ?) le système….(du moins dans la fiction) 

Oui le kabuki est un  "héritage sacré"; malheur à l’usurpateur ; enfreignant une règle jusque-là inamovible, la promotion d’un danseur ultra doué mais hors conventions aura de douloureuses répercussions MAIS contre l’ordre établi Kikuo sera "sacré"  (2014) meilleur danseur de kabuki -« trésor national »-(c’est le sens littéral du roman dont s’est inspiré le réalisateur)

Oui la perpétuation de cet héritage implique des zones d’ombre qui contrastent violemment avec la magnificence du  "spectacle" et parmi elles la mégalomanie qui dicte à des "acteurs" leur choix de vie inhumains (dont le reniement, le  "pacte avec le diable") ; or par un effet- twist le face à face final entre la fille "illégitime" devenue photographe et le père vieillissant récemment promu semble résonner comme une "réconciliation"…

Et ce hors champ à la fois poignant et prégnant dans son invisibilité même : comment un individu peut jouer sa vie durant le rôle d’un personnage de l’autre sexe, sans ridicule ? (la mini séquence de tabassage homophobe n’étant qu’un épiphénomène …)

Un film où la lenteur calculée a la grâce et l’élégance d’un geste impalpable (idéal car idéalisé ?)

A ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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13 janvier 2026 2 13 /01 /janvier /2026 06:00

De Craig Brewer. (USA 2025)

 

Avec Hugh Jackman, Kate Hudson, Ella Anderson,  Michael Imperioli,  King Princess, Mustafa Shakir, Hudson Hensley, Fisher Stevens,  Jim Belushi

 

 

Film inspiré d'une  histoire vraie. Mike et Claire Sardina, un couple de musiciens fauchés, décident de redonner vie à la musique de Neil Diamond, légende vivante de la variété américaine. Ils forment un groupe pour lui rendre hommage 

Sur un air de blues

Le film quitte l'affiche ce jour ....

Il fallait se méfier du titre français. Car ni Neil Diamond (artiste de variétés encore vivant, artiste méconnu en dehors des USA ) ni le duo qui dans les années 90 l’a "pastiché" Mike Sardina (interprété par Hugh Jackman) et sa femme Claire (Kate Hudson) ne se sont illustrés dans ce genre…."le blues"  Le titre original étant Song Sung Blue (titre d’une chanson de Neil Diamond)

Sur un rythme assez trépidant  - du moins  en I et III-,  avec paillettes et prestations parfois outrancières,  où la temporalité est scandée par les "anniversaires"  de sevrage alcoolique (Mike vétéran du Vietnam, ancien alcoolique, annonce ses 20 puis 21 et 22 années d’abstinence (B A B A des alcooliques anonymes), le film suit une trajectoire qui va du feel good movie (première partie) au mélo (suite à un accident qui laisse Claire à la fois mutilée et dépressive) avant un regain de…jusqu’à la mort de l’un des protagonistes -mort qui coïncide avec la gloire ...tant rêvée!

Deux instants de rupture -écran vide et/ou noir, musique hallucinée- au moment de l’accident brutal -inattendu- et lors du passage de vie à trépas -une mort annoncée..  -deux instants surprenants, alors que l’ensemble est assez décevant…

On aura assisté au défilé de tous les « poncifs », tomber amoureux au premier regard, rôle des AA, musiciens fauchés, les vétérans du Vietnam, psychanalyse de comptoir -pratiquée avec sérieux par les deux filles, reproduction du métier de garagiste, dégoulinement huile et sang, duplication des écrans -le fils de Claire apprenti vidéaste filme son beau-père lui-même filmé, la grossesse non désirée de la fille de Claire, gros plans  inefficaces  et ridicules sur la prothèse, etc..

Poncifs, pourquoi pas ? Mais surenchère, Non!  surtout dans la mièvrerie…

Quid du contexte social (les banlieues pavillonnaires la paupérisation) à peine esquissé…

 

Colette Lallement-Duchoze

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11 janvier 2026 7 11 /01 /janvier /2026 09:19

De Lav Diaz (Portugal Espagne Philippines 2024)

 

Avec Gael Garcia Bernal  (Fernand Magellan) Roger Alan Koza : (Afonso de Albuquerque) Ângela Ramos : (Beatriz), Amado Arjay Babon  (Enrique)

 

 

Sélection officielle Cannes Première , Festival de  Cannes 2025

Représentant des Philippines aux Oscars 2026

Porté par le rêve de franchir les limites du monde, Magellan défie les rois et les océans. Au bout de son voyage, c'est sa propre démesure qu'il découvre et le prix de la conquête. Derrière le mythe, c'est la vérité de son voyage.

Magellan

Ce qui frappe d’emblée dans le film du réalisateur philippin Lav Diaz, c’est l’extrême lenteur (malgré ici et là quelques accélérations); les plans fixes prolongés,  la maîtrise (cadrages composition) qui les transforme en tableaux, loin d’hypnotiser les spectateurs, auront eu raison des attentes de certains - ils quittent la salle après 40’ (durée du film 2h40)…Or le film -en dehors de ses qualités formelles indéniables-  adopte un point de vue très intéressant qui fait table rase de certains préjugés coloniaux érigés en force civilisatrice (ici l'évangélisation contre l’ennemi le Musulman mais en fait conquête de territoires, appropriation des richesses par la violence) et qui déconstruit certains « mythes » idéalisant les navigateurs « ces grands conquérants bienfaiteurs » (Magellan blessé à Malacca, méprisé à Lisbonne, le premier d’une circumnavigation dont il ne put  réaliser que la moitié, Magellan et sa folie des grandeurs, instigateur des pires exactions, commises tant sur son équipage que sur les autochtones) Le film ne verse pas pour autant dans le manichéisme. Magellan, malgré son hubris éhontée sa violence forcenée, apparaît aussi comme un être mélancolique (ce dont témoigne la récurrence des mini séquences oniriques en noir et blanc où la parole de l’épouse Beatriz dispense une vision à la fois élargie et intime du pouvoir et de la conquête)

Mon sujet c’est l’histoire philippine proclame le cinéaste. Tout en sublimant les paysages de l’archipel, il met au cœur de son (faux) "biopic"   Humabon (roi de la communauté rencontrée par Magellan à son arrivée sur l’archipel et dont il va sauver le fils) Lapu Lapu (ce chef qui a tué l'explorateur navigateur) et surtout Enrique, l’esclave philippin -acheté par Magellan à Malacca et qui va le suivre en Europe et jusqu’à Cebu- Enrique  témoin et narrateur qui, au final serait la figure de proue de tout le film (?)  Mais  Lav Diaz remet  aussi en cause les "mythes" de son pays (dont le prétendu Lapu Lapu) et partant le pouvoir mystificateur de dirigeants philippins après des siècles de « colonisation » outrancière (dont Magellan fut le pionnier)

Le film s’ouvre sur une séquence assez désarmante…. Voici une femme nue dans une rivière ; hébétée elle voit la  "venue de l’homme blanc" : regard effaré, course effrénée (prévenir les siens) et commentaire dans la langue locale "c’est un signe des dieux ; un signe de notre émancipation" …. Or tout le film qui illustre le "contraire" ne se départira pas de cette cruelle ironie

Refusant le "spectaculaire" (batailles sanglantes par exemple) préférant l’ambiance à l’action, optant pour le format 1,33 Lav Diaz propose une vision parfois hallucinée (corps mutilés, visages crispés de douleur et figés ainsi pour l’éternité,) que sublime la photo d’Artur Tort, réaliste souvent (flots impétueux que renforce la bande son) naturaliste aussi (dans les tons ocre foncé le quotidien d’une communauté et sa ferveur animiste) Une vision esthétisante mais pas toujours convaincante : ainsi les plans fixes sur les membres de l’équipage moribonds ou sur ces corps entremêlés gisant à même le sol suite à une bataille restée hors champ, ou encore sur les lamentations de cette personne suite à la démolition des totems protecteurs, trop prolongés ces plans sont vidés de leur puissance suggestive, de leur force persuasive..

Un film exigeant, âpre et élégiaque  à la fois? Assurément

Un film qui peut tout autant fasciner séduire – l’épisode maritime et ses bateaux "cercueils flottants",  les paysages paradisiaques, les ciels tourmentés par exemple- , que rebuter …

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 janvier 2026 6 10 /01 /janvier /2026 06:44

De Victor Erice (Espagne 1983 version restaurée)

 

avec Omero Antonutti (Agustín Arenas, le père) Sonsoles Aranguren (Estrella enfant) Iclar Bollain (Estrella à quinze ans) Lola Cardona (Julia, la mère) Rafaela Aparicio (Milagros, la nourrice) Aurore Clément : (Laura/Irene Ríos)

 

Le réalisateur a reçu en décembre 2025 le prix d'honneur du festival Laceno d'Oro à Avellino, en Italie, 

 

Dans l’Espagne des années 1950, Estrella, une jeune fille de huit ans, vit avec ses parents au nord du pays, dans une maison appelée “La Mouette”. Son père, Agustín Arenas, médecin taciturne et mystérieux, radiesthésiste à ses heures, est originaire du sud de l’Espagne, région qu’il n’évoque jamais. Intriguée par ses silences, Estrella grandit en essayant de percer le mystère qui entoure la jeunesse et les blessures passées de cet homme qu’elle admire profondément...

Le Sud

"Le nœud essentiel du Sud n'est pas la perte, la mort du père. Mais la reconstruction de sa personnalité à travers l'accession de sa fille à l'âge adulte " (Victor Erice)

 

Le film aurait dû comprendre deux parties dont une consacrée au Sud…(à l’instar du texte dont il s’inspire) mais pour des raisons financières le producteur en a décidé autrement. Or, la fin brutale est loin de résonner comme un « couperet » ou quelque chose d’inachevé ; n’ajoute-t-elle pas une part de mystère à ce Sud -que nous ne verrons pas…Un Sud énigmatique que les fantasmes de la jeune Estrella ses questionnements sur les non-dits du père (dont il est originaire) non-dits devenus stigmates de douleur -, transforment en mythe. Mythe des origines, mythe de la Vie (amour caché) et de la Mort (guerre civile, choix du père ostracisé par les siens, combattant « dormeur du val » …)

La toute première séquence -écran noir bleuté, présence d’une fenêtre, alors que progressivement émergent quelques touches de couleur et que se dessine le drapé d’un lit - alors que retentit l’appel répété « Augustin » alors qu’Estrella découvre l’écrin (du pendentif) et que sa voix off commente les faits, cette scène inaugurale semble contenir le tout : une chambre comme caisse de résonance et chambre noire, une voix off explicative, un père régulièrement absent (l’absence sera d’ailleurs déclinée dans sa polysémie) le rôle du pendentif et surtout le traitement très pictural de la thématique : enfance, secret, ombre et lumière ; une scène qui reviendra comme pour scander ce récit rétrospectif

Récit intimiste et contemplatif aussi fait d’une succession de mini scènes comme autant de tableaux (dont certains rappellent les peintures de Vermeer ou du Caravage), paysages et ambiances de clairs-obscurs tout cela en harmonie avec la dialectique de l’ombre et de la lumière, avec celle du conscient et du rêve, de la réminiscence et du fantasme, en harmonie aussi avec le contraste entre le Nord (là où vit a vécu Estrella dans cette maison La Mouette à la périphérie d’une bourgade innommée) et le Sud (sa connotation de chaleur et de passion) De même les ouvertures et fermetures au noir qui jalonnent le récit n’illustrent-elles pas la dichotomie perte et remémoration ? Récit initiatique enfin car après s’être interrogée sur les énigmes d’un père adulé, -que percer les mystères se fasse à pas feutrés ou plus frontalement -, après avoir idéalisé ce père médecin, sourcier, ce cavalier lors de la cérémonie de sa première communion, cet homme qui aurait aimé en secret Irène, Estrella se rend à l’évidence -et le face à face au restaurant, le dernier de son vivant, le prouverait aisément- il n’y a pas de magie, il n’y a pas de héros ...

Malgré les qualités formelles indéniables, et surtout le traitement de la lumière diffuse rasante ou réfractée, malgré le rôle du hors champ, la puissance suggestive des non-dits et des ellipses, la voix off est beaucoup trop présente, démonstrative et explicative

Dommage

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 janvier 2026 4 08 /01 /janvier /2026 05:23

Documentaire réalisé par Thomas Ellis (2025)

 

 

Quatre adolescents et une adolescente de 14 à 19 ans ont traversé des déserts et des mers, sans leurs familles. Après leur arrivée à Marseille, ces jeunes portent en eux l’espoir d’une nouvelle vie. Elle et ils apprennent un métier, une langue, un pays, des habitudes et répètent « Tout va bien » à leurs familles. Mais le véritable voyage ne fait que commencer

Tout va bien

Voici Aminata Sylva, Khalil Fellague, Junior Tano , et les frères  Tidiane Bane et Abdoulaye Cissé. Ce sont des MNA (mineurs non accompagnés) qui viennent de Guinée d’Algérie ou de Côte d’Ivoire. Thomas Ellis journaliste et producteur les a rencontrés à Marseille à son retour d’Inde. Plutôt que "raconter" un parcours il propose une immersion dans le quotidien de ces 5 adolescents en mettant l’accent sur leur courage, leur "soif de vivre " . Et cela passe par la volonté d’oublier tout ce qui a précédé leur arrivée à Marseille. Et si lors de conversations avec des travailleurs sociaux, des éducateurs  on peut deviner les souffrances endurées - "il faisait très froid, c’était très dur"  tous les 5 refusent de se lamenter, tous les 5 sont animés par cette volonté d’aller de l’avant  "Tout va bien"  c’est ce qu’ils affirment régulièrement lors de conversations téléphoniques avec leurs parents. ( propos conjuratoires?)

Certes le film s’ouvre sur les remous verdâtres de profondeurs abyssales avec un corps comme silhouetté entre mort et vie; certes l’aspect cauchemardesque d’une "traversée" est mis en exergue... Désormais l'omniprésence de la mer, des vagues spécifiques de la cité phocéenne est traitée comme  un  personnage à part entière. Marseille, la cité  de  tous les possibles ne sera pas "tombeau", elle est filmée avec délicatesse en surplomb  ou en contre plongée, en plan large ou plus serré 

Raconter  "autrement" la migration, donner un visage en lieu et place de chiffres (censés alarmer les partis qui prônent l’exclusion ou dicter les politiques des gouvernants) c'est le parti pris du  documentariste ; il prend le temps d’écouter ces adolescents, de leur donner la parole dans un montage alterné, tout comme il salue avec une admiration non feinte la sollicitude des travailleurs qui les prennent en charge, encadrent leurs activités. Rendez-vous à la préfecture, démarches administratives, préparation au bac, entraînement au foot, stage en restauration, etc Toutes les activités illustrent 5 trajectoires certes différentes mais chaque parcours va marquer le passage à l’âge adulte.

Adolescence et immigration  se répondent comme des métaphores l’une de l’autre. Devenir adulte et arriver dans un nouveau pays relèvent d’une même construction, avec hésitations et désirs La peur (situation irrégulière, maîtrise de la langue, suspicion,) est chevillée au corps et le voyage terrifiant qu'ils réalisent révèle un comportement ordalique. Ces adolescents mettent en jeu leur vie : si je passe cette épreuve, cette aventure, comme ils disent, ma vie vaut le coup d'être vécue. Et puis ils arrivent seuls, sans parents, ils n'ont pas d'autres options que celle de réussir."(propos du réalisateur)

La longue conversation d’Aminata avec sa mère (désormais "majeure" elle veut décider SEULE de son avenir),  la lecture par Junior d’un extrait d'une lettre de St Paul (?) lors de la venue du pape François à Marseille en septembre 2023, moments intenses qui échappent à la fugacité de l’instant

Un documentaire sensible, à hauteur d'ados, drôle parfois, à ne pas bouder; utile il devrait être proposé dans les établissements  scolaires mais aussi à ceux qui siègent  dans  l'hémicycle de l’Assemblée …

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

PS une séance par jour jeudi 16h (salle 2) vendredi 18h20 (salle 2) samedi 16h (salle 3) dimanche 18h20 (salle 2)  lundi 16h (salle 2) et mardi 18h20 (salle 2)

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7 janvier 2026 3 07 /01 /janvier /2026 09:58

De Mattéo Eustachon, Léo Couture et Anton Balekdjian (2024)

 

Avec  Baptiste Perusat (Laurent) Beatrice Dalle (Sophia) Suzanne de Baecque (Coline) Thomas Daloz (Santiago) Monique Crespin (Lola) Djanis Bouzyani (Farès)

 

Festival Cannes 2025 ACID (association du cinéma indépendant pour sa diffusion créée en 1992)

À 29 ans, Laurent cherche un sens à sa vie. Sans travail ni logement, il atterrit dans une station de ski déserte hors-saison et s’immisce dans la vie des rares habitant·es qu’il rencontre. Quand les touristes arrivent avec l’hiver, Laurent ne peut plus repartir.

Laurent dans le vent

Le premier plan a de quoi surprendre… il agit telle une mise en condition (un état de flottaison comme les  pieds de Laurent  dans le vide);  et le spectateur ira de surprise en surprise …La placidité affichée du personnage éponyme (extraordinaire Baptiste Perusat) quel que soit le contexte, quelles que soient les rencontres - placidité et son corollaire la distanciation-, la lenteur du rythme en conformité avec l’allure dégingandée de Baptiste Perusat (ou l'inverse) , le minimalisme des dialogues, qu’accentue une diction monotone, l’ambivalence " apparente"  d’un individu capable de troquer  - avec une surprenante douceur ou désinvolture  - l’accompagnement à la mort contre un lit (silence glacial que perturbe le visage de la future morte, Lola,  clope au bec…) ou une relation sexuelle (traitée avec une étonnante délicatesse) avec Sophia, la mère de Santiago, contre un "toit", tout  cela ne suscite ni rejet, ni mépris , l’astuce des trois réalisateurs est de nous prendre au piège, à notre propre piège dont la teneur variera selon l’âge…

Voici un trentenaire sans travail, sans appartement, sans racines (hormis sa relation avec sa sœur) Voici un personnage dans le vent, un errant, (errance à la fois géographique physique et mentale) mais qui souhaite aimer, être aimé  (réponse sans équivoque à la question posée par Santiago) Serait-il le prototype d’une génération à la dérive ?

La magnificence des montagnes  enneigées, leur silence sidéral et minéral à la fois, dans leur verticale immensité, en harmonie d’ailleurs avec la solitude de Laurent, (la station de ski hors saison est désert(é)e, la vallée peuplée par quelques êtres "en marge"…), le paraître presque doucereux du personnage, son être profond fait de douleurs accumulées ?),  tout cela participe d’une volonté d'ausculter un "vide existentiel" Le trio de réalisateurs s’interroge en effet sur les aspects, la genèse d'un "malaise" dont les aînés seraient à la fois  les pourfendeurs et  les instigateurs ?

Sophia (le choix du prénom est astucieux) interprété par une Béatrice Dalle au jeu étonnamment sobre et que l’habit noir transforme en Parque moderne, énonce peut-être la morale  de cet apologue des temps modernes (ça peut rester comme ça toute la vie) ; un apologue parfois loufoque (Laurent en combinaison de pisteur, sa sœur Coline et ses ruptures répétées avec sa compagne, Santiago en Viking, ) apologue qu’accompagne la musique de Léo Couture (violoncelle et sifflements)

Choix de l’ACID,  un gage  d'excellence?  pas forcément (si l'on excepte les effets spéculaires liés à la montagne, aux archétypes qu'incarnent les gens rencontrés et à la fonction symbolique des  animaux de passage...) 

On peut déplorer  l’allure "train de sénateur",  le mélange pas toujours convaincant entre absurde et mélancolie et les (inévitables ?) redondances… Et la comparaison avec les films d'Alain Guiraudie (dont le récent Miséricorde  Miséricorde - Le blog de cinexpressions)  à mon humble avis n'est pas pertinente...

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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6 janvier 2026 2 06 /01 /janvier /2026 07:51

De Huo Meng (Chine 2024)

Avec Shang Wang, Chuwen Zhang, Zhang Yanrong

 

75e édition de la Berlinale, Ours d'argent de la meilleure réalisation

Chuang doit passer l’année de ses 10 ans à la campagne, en famille mais sans ses parents, partis en ville chercher du travail. Le cycle des saisons, des mariages et des funérailles, le poids des traditions et l’attrait du progrès, rien n’échappe à l’enfant, notamment les silences de sa tante, une jeune femme qui aspire à une vie plus libre.

Le temps des moissons

Ce qui frappe c’est la précarité et l’archaïsme d’une existence, celle d’une famille (4 générations) celle d’un village et par extension celle d’une région, celle d’une Chine rurale, province du Hénan, à la fin du XX° siècle. Une chronique de la vie quotidienne dans sa vérité nue, vue à hauteur d’enfant, où l’âpreté le dispute à une forme de soumission, où le geste (dans les champs et à la maison) mobilise autant les femmes que les hommes (même quand ils sont blessés) où l’on respecte les rites - mariage enterrement (entendons croyances et comportements bien étranges pour un spectateur occidental ; la séquence où la jeune épousée est ballottée sans égard aucun, tel un objet, prouverait la pérennité de son asservissement). A cela il convient d’ajouter des « procédures » administratives indignes (contrôle des naissances) ou cette intrusion de la prospection pétrolière, qui ne respecte ni les individus ni l’environnement … Le tout prouverait (si besoin) que ce « peuple » attaché à la terre est encore en esclavage…(et la plupart sont illettrés). Dans ce milieu l’enfant sympathise avec une jeune tante, éprise de liberté mais contrainte à un mariage forcé, avec un jeune cousin Jihua (Zhou Haotian), « simple d’esprit » qu’il « protège », avec la mémé (ô la chaude complicité !) En dévoilant le réel son regard l’illumine (cf les ébats des jeunes gamins dans la rivière, leurs piaillements, filmés avec une savante répartition de l’espace, les gestes de tendre complicité dans des plans rapprochés tout comme les apprentissages teintés d’ironie - le premier tracteur embourbé …)

En ressuscitant ses souvenirs, le cinéaste Huo Meng mêle avec intelligence (et sans nostalgie) les violences du quotidien dont les villageois sont victimes et la beauté sublime d’un environnement (le dernier plan, une vue en plongée sur une immensité faite de sinuosités d’eau et de vert bleuté, est d’une beauté sidérante) Un contraste saisissant ! il parcourt cette ode que le cinéaste  dédie à ces villageois (cf générique de fin) à leur terre (titre original  Shengxi zhi di, la terre où l’on vit).  Une terre qui garde précieusement ses morts -même avec le passage obligé à l’incinération…(l’ocre brun a envahi l’écran quand le jeune Chuang (Shang Wang) (r)appelle Jihua d’outre-tombe) Une terre d’avant la modernisation, l’exploitation du pétrole, et l’exode. Une terre où l’on a appris que Seule la patience a raison des difficultés.

Et dans cette narration sur la "disparition" d'une époque, scandée par le passage des saisons, le cinéaste accorde une attention toute particulière à la lumière (cf le soleil couchant au début et sa connotation, les paysages ennuagés comme nimbés d’une aura ou aux lumières plus vives et diffractées) de même qu’il soigne la composition des plans, (certains ont le pouvoir suggestif de toiles impressionnistes), l’alternance entre scènes au réalisme assez cru et envolées plus poétiques tout en privilégiant le plan séquence.

 

Un film - (encore) Interdit de diffusion en Chine-,  à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

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5 janvier 2026 1 05 /01 /janvier /2026 06:16

Documentaire réalisé par Johan Grimonprez (Pays-Bas, France, Belgique 2024)

 

World Cinema Documentary Special Jury Award for Cinematic Innovation au Sundance Film Festival

sélectionné dans des festivals internationaux majeurs 

 nommé pour l'Oscar du meilleur film documentaire à la 97 e cérémonie des Oscars.

Le film raconte avec minutie et beaucoup d'audace les machinations  politiques qui menèrent à l'assassinat du leader congolais Patrice Lumumba en 1961. Liens entre jazz américain et remise en cause de l'autodétermination africaine

Soundtrack to a Coup d'Etat

L’arme secrète des États-Unis, c’est une note « cool blue »

Génial

Dense sans être touffu, ce documentaire au rythme haletant, au montage ingénieux et novateur, mêle avec une intelligence suprême musique (le jazz des années 50 et 60) politique et ONU

Le factuel ‘vérifiable - la décolonisation  a été  une guerre à la fois culturelle et géopolitique- se déploie ici dans l’exploitation d'archives - certaines sont inédites - tant visuelles que sonores et textuelles  (concerts, défilés, entretiens avec les acteurs de l’époque, extraits de journaux, extraits des discours de Patrice Lumumba, propos de Malcolm X, le rôle souvent comique  de Nikita Khrouchtchev,  la manifestation de 1961 au siège de l’ONU  après l’assassinat de Lumumba , les connexions entre capitalisme belge et programme nucléaire américain etc. )

Refusant la linéarité chronologique (même si des dates précises s’affichent régulièrement à l’écran en typo stylisée ) , dans cette anatomie de l’assassinat de Patrice Lumumba, leader de l’indépendance du Congo belge 1960 puis premier ministre, Johan Grimonprez a conçu son documentaire comme une partition musicale (cf le titre) Oui la musique ne sera pas un simple accompagnement sonore elle va  imposer  au film son rythme et sa structure tout comme  elle est la "messagère politique" - l’acmé serait l’envoi d’Armstrong en Afrique dans un avion  cheval de Troie  ...…

Rumba congolaise, jazz de Max Roach, batteur , et Abbey Lincoln chanteuse  ‘(la scène d’ouverture reviendra à intervalles réguliers) , jeu avec des contrepoints (telle musique vs tel événement) alternance entre chœurs (sens musical et politique) et soli (très gros plans sur les visages des chanteuses, des instrumentistes de jazz et sur ceux des hommes politiques interviewés) tout cela illustre avec une étonnante fluidité  le  titre.  De plus à l’Histoire de Lumumba, le documentariste superpose celle de ces jazzmen américains envoyés à travers le monde dans les années 50 à l’époque de la  guerre froide , comme ambassadeurs: Duke Ellington Dizzy Gillespie mais aussi des musiciennes et chanteuses dont Nina Simone ; avec ce contrepoint  tragique (d’un côté ces Noir.es doivent faire valoir la liberté américaine,  d’un autre c’est la ségrégation outrancière que subissent les Noir.es sur le sol américain…) 

Or c’est bien la décolonisation et la peur (fantasme?) de l’alignement sur le communisme qui dicteront les choix américains (certains font froid dans le dos -cf les aveux des mercenaires ou celui de l’ex patron de la CIA mais aussi ceux des représentants du pouvoir en Europe dont le Suédois Dag Hammarskjöld)

Ce documentaire où la récurrence des propos ô combien précieux de Malcolm X imprime le message "politique", fait la part belle aux femmes et redonne leur place aux oubliées de l’Histoire dont Andrée Blouin, femme libre, anticolonialiste et profondément engagée dans l’émancipation des femmes congolaises ; tour à tour oratrice, organisatrice politique et proche de Lumumba. Traquée, décrédibilisée comme  "communiste" ou "courtisane" par les services secrets belges, elle fut expulsée du Congo.

 

Un  grand moment d'histoire et de cinéma

Un clin d'œil amusé à la "trahison des images" (Magritte  explique le sens du tableau "ceci n'est pas une pipe" ...)

Un documentaire à ne pas rater ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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30 décembre 2025 2 30 /12 /décembre /2025 12:12

De Jim Jarmusch (USA Europe 2024)

 

avec Tom Waits Adam Driver, Charlotte Rampling, Cate Blanchett, Vicky Krieps, Mayim Bialik, Indya Moore, Françoise Lebrun, Sarah Greene, Luka SabbatCalete 


 Musique originale composée par Jim Jarmusch et Anika (Annika Henderson)

 

Lion d'Or Mostra de Venise

 

Un long-métrage de fiction en forme de triptyque. Trois histoires qui parlent des relations entre des enfants adultes et leur(s) parent(s) quelque peu distant(s), et aussi des relations entre eux

Father Mother Sister Brother

La mélancolie est l’illustre compagne de la beauté. Elle l’est si bien que je ne peux concevoir aucune beauté qui n’ait pas de mélancolie

3 sketches (cf  le titre et l'affiche) 3 lieux différents (New Jersey, Dublin, Paris) 3 types de famille, 3 tonalités différentes (humour nostalgie et mélancolie)  et 3 façons de filmer (positionnement de la caméra surtout) En fait 3 volets d'un triptyque…  Outre des situations et conversations récurrentes (la vraie fausse rolex, la blague sur l’oncle Bob, la qualité de l’eau, la question de trinquer avec du thé de l’eau…), outre ces clins d’œil allusifs (déjà présents dans Coffee and cigarettes 2003 où des bribes de conversation se faisaient écho) il est d’autres similitudes plus subtiles. De sorte que ces 3 histoires (formellement) indépendantes sont complémentaires Tout d’abord la récurrence des skateurs filmés à chaque fois au ralenti alors que les « personnages » sont dans l’habitacle d’une voiture : marqueur de temporalité? D’universalité ? d’opposition ?  Le deuil aussi qui imprime une connotation crépusculaire (le portrait de l’épouse et mère disparue, en I, les photos de parents  anti conventionnels   broyés à jamais dans un crash en III) Et surtout la thématique des faux semblants des cachotteries au sein de la famille, ce qu’il est convenu d’appeler les « fêlures familiales »…Car quelle que soit la situation (Jeff et Emily en visite chez leur père "ruiné";  Timothea et Lilith, si dissemblables, invitées chez leur mère écrivaine pour un rituel annuel du thé, les jumeaux Billy et Skye se retrouvant à Paris suite à la perte tragique de leurs parents) il s’agit bien de non-dits et/ou de désillusions que découvre(nt) soit le spectateur (métamorphose du père après le départ de ses enfants et Tom Waits si épatant dans ce rôle de père qui flatte berne extorque , les mensonges de Lilith pour maquiller sa relation amoureuse avec une femme) soit les protagonistes (les jumeaux en feuilletant l’album d’une vie ont la soudaine révélation d’identités « cachées » et de faux …)

Famille je ne vous hais point…Mais…

Famille dysfonctionnelle en I et II, famille orpheline -symboliquement- recomposée en III ; mais dans les trois cas un questionnement : quid de l’éducation reçue ? bribes de conversations (oncle Bob) qui perdurent avec humour ? construction vs déconstruction ? apprentissage individuel par-delà des déterminismes sociaux ? éloignement géographique et distance mémorielle ?? Le traitement de chacune des trois approches n’est-il pas révélateur de ces questionnements à défaut de leur donner une réponse ?

Le déplacement en voiture et la durée du trajet (plus ou moins longue surtout en I et III) frappent par une certaine lenteur -malgré des "accélérations" de vitesse -mais non de rythme. Non pas lenteur comme antonyme de vélocité  non pas lenteur propice à la contemplation d’un environnement (routes enneigées du New Jersey en I, enfilade de rues dans un Paris comme déserté par ses habitants en III) mais plutôt lenteur qui fait surgir à partir des propos échangés (filmés simultanément) les  "portraits"  des locuteurs, des absents-présents et des disparus dans un  "être là" : ce que renforceraient d’ailleurs la proximité de la caméra dans l’habitacle et la diversité des plans. Alors qu’à l’intérieur de la maison -celle du père, celle de la mère, ou dans un bar parisien, voici que trône un plateau -avec ses tasses ou ses verres, - plateau porteur vu en plongée (surtout en II où on a l’impression qu’il est filmé du plafond) (clins d’œil à Coffee and cigarettes ?) ; sa fixité imposée déclenche en fait des  "gestes"  ritualisés.  A cela s’ajoutent une bande musicale discrète et la chanson Spooky …

Tout cela semble s’inscrire dans la problématique sur l'absence, la distance et la mémoire familiale

A ne pas manquer !

Colette Lallement-Duchoze

Vu en avant-première dimanche 28 décembre

le film sortira en salles le 7 janvier 2026

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