30 juin 2026
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De Sophy Romvari (Canada Hongrie 2025)
avec Iringó Réti (la mère) Edik Beddoes (Jérémy) Ádám Tompa (le père) ) Eylul Guven (Sasha 8 ans ) Amy Zimmer (Sasha adulte) Liam Serg et Preston Drabble (les frères)
Festivals ; Locarno, San Sebastian 2025
Un été à la fin des années 90. Une famille, dont la mère est d’origine hongroise, s’installe sur l’île de Vancouver, au Canada. Parmi les quatre enfants, il y a Sasha, la petite fille de 8 ans, les deux jumeaux, tout juste adolescents, et le grand frère, Jeremy, la plupart du temps mutique. Les actions de ce dernier, parfois agressives, parfois complices, souvent incompréhensibles, inquiètent de plus en plus les parents
Je pense qu’il y a beaucoup de choses dont tu ne te souviens pas” (une des rares paroles de Jérémy )
Le film s’ouvre (et se clôt) sur l’écran d’un I Phone ; Sasha trentenaire, documentariste, agrandit l’image -c’est la cartographie de l’île de Vancouver, réalisée avec précision -noms lignes courbes- par Jérémy son frère aîné ; elle le tutoie (voix off), dit aller à sa rencontre grâce à ces/ses souvenirs, tout en signalant leur impuissance notoire
Tout l’art de la réalisatrice (dont c’est le premier long métrage) sera précisément d’entremêler mémoire familiale documentaire et fantastique, confronter passé et présent, pour « redonner » un semblant de vie (comme dans Aftersun ?) aux êtres chers …disparus…tout en étant consciente des limites d’une telle démarche
Voici une famille recomposée (-Jérémy l’aîné est né d’un premier mariage)- installée sur l’île de Vancouver- C’est l’été. Le contraste est très net entre la vitalité l’énergie des enfants (courses rires baignades ) et le mutisme et l'isolement de Jérémy, . dont le mal être de plus en plus prégnant va contaminer les relations familiales ; il incarne la détresse adolescente, face à laquelle la sollicitude des parents, la complicité apparente (ou l'indifférence) des frères et sœurs, sont impuissantes, idem en ce qui concerne les "services sociaux" . Jérémy menotté -il a été pris en flagrant délit de « vol »- Jérémy sur le toit du pavillon et la tentative quasi désespérée de la mère, de son bras suppliant; Jérémy et ses scarifications sa tentative de suicide... On apprend que la famille a dû déménager plusieurs fois, et que , immigrée, elle est victime de la réprobation du voisinage
Le film - regard rétrospectif- interroge : aurait-on pu aider Jérémy ? comment ? La séquence où sont réunis des "professionnels" et que filme Sasha (telle une mise en abyme elle renvoie à toutes les images prises par le père) sera le prélude à l’intrusion du « fantastique » : la même Sasha en revisitant le pavillon de son enfance va côtoyer l’enfant qu’elle était, et même lui susurrer à l’oreille, et dans un long discours à l’irréel du passé elle dit, éplorée, face à "ses" parents, ce qu’il serait inévitablement advenu si… alors que l’irréparable a déjà eu lieu….
Jérémy le héron bleu ? Blue Heron ou le souvenir comme lieu que l’on visite? Blue Heron ou la puissance cathartique du cinéma?
Blue Heron un film à ne pas manquer
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
29 juin 2026
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De Laetitia Masson (2025)
avec Elodie Bouchez (Alice Rivière) Stanislas Merhar (Vladimir Lazarev) Romane Bohringer (Laura) Gringe Guillaume Tranchant (Ahmad l’orthophoniste) Alphonse Roberts (Ulysse adolescent) Thibaut Mahieux (Ulysse de 6 à 10 ans) Cyril Lignac (lui-même) Anne Consigny (Madame Dumont directrice de l’IME) Emmanuel Salinger (directeur de la SAS)
Festival Cannes 2026 Un certain Regard
Alice, chercheuse en sociologie découvre qu’elle est enceinte. Vladimir, son mari, exulte. Ce sera un garçon ! Ils l’appelleront Ulysse. Sauf qu’à un an, Ulysse ne rentre pas dans les courbes. Trop petit, trop maigre. Les pédiatres s’interrogent et le verdict tombe : syndrome génétique. Ulysse ne sera pas comme les autres. Mais comment sera-t-il ? Mystère. Commence alors la très particulière odyssée d’Ulysse : marcher, parler, apprendre, comprendre, s’épanouir. Alice se lance dans l’aventure, déterminée à ce qu’Ulysse trouve sa place dans le monde
Serai-je le héros de ma propre histoire ou est-ce un autre qui prendra cette place ? Cette phrase de Dickens citée en exergue est « le fil conducteur » de ce film de Laetitia Masson inspiré de sa propre vie et dont le fils Alphonse interprète Ulysse adolescent. Un film entre fiction et documentaire où l’on suivra le parcours du combattant qui frappe à toutes les portes (les force parfois) pour que l’enfant se fonde dans le monde normé …lui qui est précisément hors norme…
Un diaphragme de caméra ouvert…est-ce aussi la mise au monde ? 18 ans de la vie d’une mère et de son fils porteur de handicap ! Un sablier en gros plan, l’écoulement d’un temps dilaté ou plus resserré avec ellipses (la découverte du handicap dès le premier anniversaire, les verdicts qui « tuent », les démarches, les spécialistes, les apprentissages, les milieux dits spécialisés, la sollicitude des parents et leurs comportements différents ; et les changements d’interprètes; Alphonse (porteur de handicap) sera Ulysse au moment où il doit "entrer dans la vie active"
En refusant le mélodrame (écueil dans lequel on tombe souvent …) en recourant aux ellipses, en variant les rythmes, en confiant le rôle de la mère (Mère courage diront certains) à une Elodie Bouchez solaire et tenace de bout en bout, Laetitia Masson traite dans la dignité un combat de tous les instants (l’odyssée est surtout celle d’une mère ) Le piano - à la fois objet, discipline et réussite – peut jouer le rôle de contrepoint -aux institutions froides et trop souvent inadaptées-.Aux portraits "cubistes" de Picasso répondent comme en écho fragmentation et flou de la perception (comme si la caméra restituait une "vision" intérieure du réel ....)
Car le handicap (dans le film syndrome de Noonan) fait résonner ou avive des problématiques plus générales, universelles : qu’est-ce qu’on attend d’un enfant ? qu’accepte-t-on de la différence ? il « oblige à sortir de notre ligne droite » , impose de "faire confiance à l’autre , c’est-à-dire le responsabiliser" "comprendre qui il est et non celui qu’on voudrait qu’il soit" Le couple dans le film illustre les divergences fondamentales moi aussi je souffre dit le père ce à quoi la mère répond "ta souffrance on s’en fout" (non qu’on veuille l’ignorer mais elle doit être gérée à part… tout simplement)
La réussite de ce film est dans cette « geste » (sens latin de gesta) quotidienne , épopée au parcours dédaléen, où mère et enfant avancent à leur rythme, de conserve (de concert aussi); comme si les deux corps étaient soudés ; même si l’on devine sur le visage d’Elodie Bouchez certains stigmates, les pleurs ont tracé un sillon. Face à elle le père aura préféré le « retrait » avant la disparition (départ aux USA) La séquence où en montage parallèle rapide le fils stagiaire dans un restaurant apporte les plateaux et le père pianiste est au sommet de sa gloire, illustrerait par la musique le lien qui les unit ( ?) mais voici le verre éclaté au sol, alors que les mains aériennes s’élèvent au-dessus du clavier …avant leur retombée, Vacillement ? gloire inversée ?
Un film à voir !
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
28 juin 2026
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De Naomi Kawase (Japon France 2025)
avec Vicky Krieps (Corry) Kan'ichirô (Jin), Ojiro Nakamura (Hisashi), Midori Matsuo (la mère de Hitomi), Misaki Kakano (Hitomi), Haruto Tsuchiya (Kakeru), Ukyo Todoshi (Ukyo), Rei Okamoto (la mère de Hisashi)
Musique : Koki Nakano
Festival de Locarno 2025
Corry, une jeune femme française, est infirmière coordinatrice de transplantation cardiaque pédiatrique. Formée dans les hôpitaux parisiens, elle a été envoyée dans un hôpital au Japon pour améliorer le fonctionnement d'un service de transplantations où les greffes d'organes sont encore largement un sujet tabou. Corry se bat au quotidien pour réussir la greffe d'un jeune patient d'une douzaine d'années et vit avec Jin, un photographe originaire de l'île de Yakushima, à l'extrême sud du Japon.
Deux lignes narratives qui s’entrelacent dans l’exaltation quasi panthéiste de la nature (une constante dans la filmographie de la cinéaste japonaise ?) deux approches culturelles de la vie et de la mort (dont la transplantation serait l’illustration avec le questionnement sur ce qui entrave au Japon les greffes d’organes) deux interrogations sur la disparition (Jin, photographe rencontré dans la forêt de Yakushima et devenu l’amant de Corry serait-il un johatsu, ces individus qui disparaissent volontairement sans laisser de traces ? ) oui à l’instar de tous ces embranchements végétaux, tout cela mêlé est au service d’une narration non seulement "croisée" mais non linéaire (comme si la chronologie éclatée avec des flash-back autorisait des variations - approches et ambiances- et surtout une volonté informative voire explicative
Mais le spectateur peine à « retrouver » chez Naomi Kawase le traitement d’antan (cf la nature mystique de Hanezu l’esprit des montagnes; le rapport à la mort de la forêt de Mogari) alors que tous les thèmes chers à la cinéaste sont abordés -dont l’œil du photographe et la caméra subjective, les mystères de la « nature » leur dévoilement si on sait contempler, écouter -les mains … en cornet ? - les réseaux inextricables foisonnants, exaltés d’ailleurs dans et par la poésie. Alors que le passage récurrent du métro en ville (Kobé) est censé s’opposer au bruit cristallin de l’eau que le couple avait su capter dans la forêt
Facticité ? symbolisme appuyé ? redondances ? dans la déclinaison de la thématique de la "greffe" - ses dénotations clinique et culturelle et toutes ses connotations ad libitum…
Isolons la dernière séquence aux allures de thriller. L’instant est sacré (les parents ont accepté de "donner" le cœur de leur enfant mort prématurément) tout est savamment mis en place (autant la liturgie des comportements que les prémices au bloc opératoire) Mais un typhon géant (et la bande son accentue sa force dévastatrice) risque de compromettre l’intervention (le transport du greffon rappelle pour un spectateur occidental le roman de Maylis de Kérangal adapté d’ailleurs par Katell Quillévéré) Avion ,taxi, routes embourbées le temps est minuté chaque seconde est décisive, précieuse …Et ce sera la scène de la transplantation filmée en gros plan (là encore le circuit tubulaire et les pulsations du "cœur qui bat " renvoient mutatis mutandis au tout début, plongée dans les arcanes de la forêt de Yakushima)
Et d’ailleurs la tempête menaçante était-elle réelle ou mentale ? en tout cas ne serait-elle pas la preuve in fine que la vie continue ? (c’est le credo de Corry…elle l’a fait sien après la disparition du père, et celle de Jin ; elle a tenté de convaincre enfants et parents)
Un film que porte de bout en bout Vicky Krieps éclatante de justesse, un film à voir (malgré quelques réserves)
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
27 juin 2026
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de Pete Ohs (USA Pologne 2025)
avec Charli XCX (Bethany) Lena Gora (Nel) Will Madden (Rob) Jeremy O Harris (Claude)
Bethany est en vacances à Varsovie avec son fiancé lorsque son chemin recroise celui d’une amie, Nel, avec qui elle entretenait une relation électrique. Au même moment, l’Etna entre en éruption.
Hasard objectif ? Hasard et nécessité ? ou simple coïncidence ? A chaque fois que Nel la Polonaise (la cinéaste Lena Góra) et Bethany la Britannique (Charli Aitchison) se « rencontrent » un volcan entre en éruption… Déflagration et séisme amoureux ? Bethany préfère une relation explosive faite d’imprévus à celle "pépère" que lui propose son « fiancé » Tel serait le matériau de base, le canevas …
Le format 4,3, la récurrence à intervalles réguliers d’un écran vide, coloré, (bleu rose verdâtre couleurs censées rappeler les plans précédents ou variations chromatiques plus subtiles ? ) la voix off censée expliquer et même disséquer les comportements passés et présents (du couple Rob /Bethany, de Nel sa compagne Ula,, de l’artiste Claude) et donner un peu de piment …les personnages arpentant les rues de Varsovie filmés en plongée (comme en surplomb) le jeu constant d’ellipses et de coupes rapides tout cela donne l’impression d’un film expérimental qui lorgnerait du côté de Rohmer ….( faut-il rappeler ici que ce film collectif a été tourné au jour le jour)
Certains spectateurs découvriront intrigués la « reine de la pop britannique » faire ses premiers pas au cinéma (et ne seront nullement déçus par son naturel)
Mais globalement, le récit malgré une spontanéité parfois désarmante (on sourit on rit de bon cœur) n’a pas la force éruptive attendue. Certes l’Etna dans son incandescence sert de prologue mais jamais il ne va affecter l’espace ou les corps Signe des temps ? incapacité de donner une quelconque épaisseur à la fugacité ? de métaphoriser pleinement une flamboyante secousse ?
Reste la capitale polonaise filmée tel un personnage
Impression très mitigée
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
26 juin 2026
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de Derek Jarman (G-B 1989) version restaurée
avec Laurence Olivier (le vieux soldat) Tilda Swinton (l’infirmière) Nathaniel Parker (Wilfred Owen) Sean Bean (le soldat allemand) Alex Jenning (soldat aveugle)
Musique War Requiem de Britten (1962)
Wilfred Owen, poète anglais très connu dans son pays, décide de s'engager volontairement sur le front lors de la Première Guerre mondiale. Basé dans les tranchées de Flandres, ce qu'il voit l'horrifie et le pousse à écrire un long poème décrivant son expérience avec une amertume acerbe et des mots poignants. Il mourra le 4 novembre 1918, une semaine seulement avant l'armistice mettant fin au conflit...
Car par ma joie beaucoup d’hommes auraient ri./ Et de mes sanglots quelque chose est resté, /Qui doit mourir à présent. J’entends la vérité celée, /L’horreur de la guerre, l’horreur qu’elle distille
Seule la partition de Britten comme bande-son -les personnages articulent mais la voix ne nous parviendra jamais- seuls les vers du poète Wilfred Owen déclamés en voix off par Laurence Olivier au tout début - seront la matière sonore de cette condamnation sans appel de la guerre
Et voici que dans la « fiction » vont s’entremêler visions cauchemardesques et images d’archives (avec passage du noir et blanc à la couleur ; de la première guerre mondiale largement représentée au Rwanda en passant par la guerre du Vietnam) Ainsi la violence des horreurs dénoncées en se heurtant à la musique liturgique de Britten en sera plus insoutenable
Si le film peut rappeler le collage (et en cela dérouter) avec sa chronologie fragmentée sa reprise de plans identiques (celui d’ouverture avec un Laurence Olivier en ex soldat hyper médaillé et qui va se remémorer … Tilda Swinton en infirmière dispensatrice de soins) il se donne moins à lire, à déchiffrer qu’il ne s’adresse à l’émotion à la sensation. Même le choix de plans fixes très théâtralisés -comme autant de tableaux vivants dont un rappelle Piero della Francesca - s’inscrit dans cette perspective : l’impact sur le spectateur doit être quasi identique à celui laissé par les voix leurs tessitures leurs vibrations sur le spectateur qui vient d’assister à un opéra
Oui chaque plan sera chargé d’une empreinte émotionnelle (même si certains réfractaires dénoncent une forme de maniérisme)
Oui une telle approche sera beaucoup plus convaincante que le sensationnalisme le spectaculaire propres aux vastes fresques - reconstitutions (qui se veulent naturalistes ou réalistes) L’explosion nucléaire vers la fin du film dit ô combien la guerre non seulement est multiforme mais s’inscrit dans la permanence (que le semblant de retour à la gloire ne saurait contrarier…tant il est ironique…)
Oui War requiem est un film A NE PAS RATER
Colette Lallement-Duchoze
PS Un film d’autant plus « poignant » que son réalisateur se savait condamné (sida)
Séances salle 8 vendredi 15h45, samedi 18h, dimanche 15h45, lundi 14h et mardi 15h45
Published by cinexpressions
25 juin 2026
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Alors qu'il savoure en toute insouciance sa retraite depuis 25 ans aux îles Canaries un accident arrache Vicente à son paradis. Il est placé dans une maison de repos où ressurgissent les fantômes du passé
Deux lieux --Maspalomas Canaries, un EHPAD au pays basque- deux ambiances et modes de vie » (insouciance vs contraintes de « survie ») mais une thématique commune la sexualité au / du troisième âge et particulièrement l’homosexualité, celle que l’on a dû cacher pendant des décennies à l’ère du franquisme . Alors oui Maspalomas fut pour Vicente synonyme d’Eden…. Mais un accident…de santé au plus fort d’une jouissance partagée à 3, -- et le voici confronté de nouveau à tout ce qu’il avait fui : Or c’est précisément la résurgence de ce passé enfoui - résurgence par bribes elliptiques - qui rend profondément "humain" le personnage principal …et qui rétrospectivement va colorer "autrement" la première partie…
Le film débute dans une ambiance à la Guiraudie or ce tout début pourra agacer certains (répétition de scènes de drague dans les dunes gorgées de soleil, relations tarifées corps bedonnants de septuagénaires aimantés vers ces corps sculptés d’éphèbes apéros à profusion) Vicente encore guilleret au regard à la fois enfantin et concupiscent évolue avec aisance dans ce milieu gay (saluons ici la prestation de Ramón Soroiz) ! jusqu’au moment où…Ellipse
Le présent éternel en I- devient en EHPAD celui de tous les réapprentissages minutés ; et l’ambiance solaire s’est éclipsée, place à la grisaille délétère ; le voisinage avec lequel il faut cohabiter et donc " pactiser" est -aux antipodes de Maspalomas avec une charge assez caricaturale (cf le voisin de chambre hétéro machiste et même ce couple hétéro qui tente vainement de s’adonner aux plaisirs de la chair sans tabou) Vicente lui-même vieillard devenu, quasi impotent et muet , est tributaire de sa fille Nerea- qui veut tout régenter-, du personnel médical etc… mais suffisamment roublard pour contourner certaines règles…(ne pas spoiler)
La construction en trois mouvements sera de ce fait à la fois narrative et dialectique : après l’éden, une remise au placard, et la perspective d’un éden nouveau ?
Les deux cinéastes dont nous avions apprécié Marco, l'énigme d'une vie - Le blog de cinexpressions et Une vie secrète - Le blog de cinexpressions signent ici une ode à la liberté, vibrante d’humanité à travers les thèmes de l’identité et de l’enfermement, une ode portée par le talentueux José Ramon Soroiz
A voir !
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
21 juin 2026
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D'Agnès Jaoui (2025)
avec Eye Hadaïra (Cora/ Chérubin) Daniel Auteuil (Igor) Claire Ghust (Mirabelle) Agnès Jaoui (la Comtesse) Jacques Weber (le père de la Comtesse) Patrick Mille (Nicolas Poirier) Vincente Amato (Piazzoni / le comte Almaviva) Tifaine Daviot (Sophie / Suzanne )
Présenté hors compétition Festival Cannes 2026
Dans les coulisses d'une ambitieuse production de l’opéra "Les Noces de Figaro", les tensions montent lorsqu’une accusation d’agression sexuelle éclate, mettant en péril la production et forçant chacun à prendre position. Les conflits d’opinion et de génération se font jour, et comme toujours chez Agnès Jaoui, le rire n'est jamais loin du drame.
Un film choral pour proposer une vision à la fois globale et nuancée ( ?) du milieu de la création, où sévit le système décomplexé de l’emprise, du pouvoir, des attouchements faciles et impunis pourquoi pas ? Bien plus le choix de l’opéra Les Noces de Figaro autorise(rait) une mise en abyme des rapports de classe (un comte et son pouvoir sur une soubrette au temps de Beaumarchais ; un producteur et son emprise sur une "inférieure", un siècle plus tard). Et le nom d’Agnès Jaoui -dont on connaît par ailleurs les engagements en tant que femme et le goût pour la satire sociale en tant que réalisatrice (le film est dédié à Jean-Pierre Bacri son ex compagnon et co-scénariste) était « prometteur » Hélas
Les enjeux de MeToo Agnès Jaoui les "ausculte" par le clivage générationnel- d’un côté l’ancienne génération relativiste ou sur la défensive (cf Igor qui redoute figurer sur la liste balance ton porc) de l’autre la nouvelle génération, porteuse d’autres valeurs dénonçant avec vigueur l’extrême gravité de certains gestes restés impunis et entre les deux la comtesse (assez réac) qui s’insurge contre le maccarthysme de la seconde et tente une réconciliation ……Mais -et c’est là où le bât blesse- l’"objet du délit" y serait minimisé (après tout, le chanteur est homo…la nouvelle génération n’est-elle pas parano ? Il suffirait de partager les torts… )
On l’aura compris filmer les coulisses, les répétitions des Noces de Figaro, les traiter par la caricature (cf la metteuse en scène Mirabelle qui se lamente de ne pas avoir su faire le safe space et qui est convaincue que les phallus dégonflables signeront la déchéance du patriarcat …) tout cela n’est qu’un prétexte !
Mais les enjeux sont trop importants…
Aborder trop de thématiques superficiellement ne peut que nuire au propos
Un film décevant
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
20 juin 2026
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De Derek Jarman ( 1976 G-B)
avec Leonardo Treviglio ‘(Sebastiane) Richard Warvick (Justin) Barney James (Sévère)
Au IVe siècle après J.-C., le magnifique Sebastiane est membre de la garde de l’Empereur Dioclétien. Quand il tente d’intervenir pour arrêter une exécution, il est dégradé, puis exilé dans une garnison éloignée, un lieu désertique où les soldats, en manque de femmes, s’adonnent parfois à l’homosexualité
Certains critiques ont reproché à ce film d’être bêtifiant. En fait ce jugement apparemment sans appel en cachait d’autres : dénoncer l’actualisation au goût du sexe, de la légende de Saint Sébastien et le recours à une langue unique le latin -Une telle « relecture » -vision homosexuelle (ou plutôt homoérotique) aura suscité il est vrai (1976) un tollé d’indignation (Sébastien victime des quolibets, des coups de matraque, de la vindicte, et bien avant d’être la cible des flèches des tirs à l’arc, avoue, lui le chrétien, être amoureux fou de la beauté solaire du dieu Phebus Apollon …)
Qu’en est-il ?
La danse des phallus géants (prologue) a ce quelque chose de grotesque qui repose sur une irrévérence foncière ; l’orgie romaine (au palais de Dioclétien) renvoie par l’outrance au Satyricon de Pétrone et bien évidemment à l’adaptation de Fellini. Tout comme dans les déserts (en fait le film a été tourné en Sardaigne) le corps masculin exalté désiré renvoie à Pasolini, sans toutefois les aspérités et les déclinaisons existentielles Chez Derek Jarman (plasticien, poète, anarchiste et militant gay) en effet tout est soft aussi lisse que la luisance des sexes et corps sculptés et la lenteur des gestes entremêlés dans la suavité du rapport sensuel et sexuel (suggéré entre Adrien et Antoine) guidée par la musique de Brian Eno ; et ce quand bien même des éructations (avec très gros plans sur les bouches béantes) des mises à mort (le porc que l’on mangera avec voracité pour narguer le.juif!) la bestialité (danse cruelle des insectes) s’opposent au pacifisme de Sebastiane, à l’érotisme et l’érotisation …Ni dialectique ni revendication historique mais le plaisir simple de réaliser un poème érotique, un songe expérimental et qui dit « expérimentation » ne peut faire abstraction de maladresses
Le martyre de Saint-Sébastien par sagittation -si prisé dans l’art chrétien (vous avez en mémoire ces toiles de Mantegna ou du Perugin) sert ici de trame …Question : est-ce anti historique de faire du martyr (pour sa foi chrétienne) un homo ? (lui qui refuse les avances du commandant de garnison Severus et celles de son ami Justin par amour pour Phebus…)
Ah quand la sagittation décoche les traits du sacrilège et de l’homophobie !!!
A ne pas manquer !
Colette Lallement-Duchoze
ps ce film s’inscrit dans une rétrospective consacrée à Derek Jarman (1942-1994)
séances Omnia samedi 17h45, dimanche 19h50, lundi 13h30, mardi 15h45
Published by cinexpressions
19 juin 2026
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De Lila Pinell (2025)
avec Eva Huault, Inès Gherib, Anaïs Monah, Bettina De Van Geneviève Krief Sekoiba Doucouré
Quinzaine des cinéastes Cannes 2026 prix de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques)
Shana traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante et le soutien de sa bande de copines. Lorsque sa grand-mère décède, elle hérite d'une bague censée protéger du mauvais œil. Shana a bien besoin de ce coup de pouce. D'autant qu'avec la sortie de prison de son compagnon toxique, les mésaventures s'accumulent !
Le film s’ouvre sur des « images » illustrant les 10 plaies d’Égypte; une telle référence n'est pas anodine; images que l’on retrouvera d’ailleurs réduites aux dimensions d’un livre que feuillettent des enfants de la famille juive à laquelle appartient Shana, La séquence liminaire elle aussi donne le ton : dans un bar où les personnages sont filmés de très près voici une partie de Loup-garou , Shana, t'es morte cette nuit !" engueulades insultes fusent de plus en plus violentes…Shana se casse.
Et nous allons la suivre de galères en galères…(sentimentales financières familiales) Parfois plus mature que sa propre mère (un face à face violent en dit long sur le « purgatoire » qu’elle a subi préadolescente …Présente auprès de sa demi-sœur -qui prépare sa Bat Mitzvah. Lila Pinel ne verse ni dans la dentelle ni dans une approche psychologisante; or son personnage (la caméra semble faire corps avec Eva Huault) suscite assez vite l’empathie Pourquoi ? comme dans diamant brut une même volonté de filmer une jeune femme souvent jugée avant d’être regardée un même refus du mépris de classe. Et si les thématiques abondent dans Shana (depuis l’emprise amoureuse jusqu’à l’identité juive marocaine en passant par l’héritage migratoire l’ode à la sororité, les trafics de drogue) elles servent à démonter tous les mécanismes qui fabriquent ces féminités hypercodées (outrance des maquillages et excès de la sexualisation comme si le corps était l’unique capital disponible ) mécanismes à l’œuvre tant dans les discours, que dans les faits
Ce fut paraît-il une des « bonnes surprises » de la Quinzaine des cinéastes à Cannes. On comprend aisément pourquoi…Osmose totale adéquation parfaite entre le personnage de Shana et son interprète Eva Huault. Une jeune femme au franc parler parfois gouailleur, les lèvres siliconées (une bouche de suceuse lance-t-elle provocatrice à sa mère) les sourcils dessinés avec excès, poitrine sexualisée, sous l’emprise de Moïse, incarcéré, autant que des réseaux sociaux, oui Eva Huault qui est de tous les plans (parfois le visage en très gros plan envahit l’écran de sa détresse) aura su donner "corps" à toutes les nuances du personnage
Le tableau final -- idylle quasi champêtre -en fait périphérie de verdure où triomphe la sororité- est le contre-pied apaisé à la tourmente qui a failli engloutir …Shana. (cf l'affiche)
Certes on a parfois la fâcheuse impression de tourner en rond tout comme on peut déplorer l’inefficacité de la voix off (dédoublement inutile superfétatoire ?) et une tendance à la caricature Shana n’en reste pas moins un film (à la fois chronique et récit initiatique) que je voue recommande !!
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
17 juin 2026
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Long métrage d'animation réalisé par Quentin Dupieux (2025)
Avec Alain Chabat (Jacques) Jonathan Cohen (Bruno) Anaïs Demoustier (Fabienne), Jean Marie Winling (Christophe Bourgeois)
Présenté en clôture de la Quinzaine des Cinéastes festival Cannes 2026
Jacques se rend chez son ami Bruno pour lui annoncer une nouvelle importante: l’humanité toute entière vit dans une simulation…
Pour ce premier long métrage d’animation, Quentin Dupieux (auteur prolifique et souvent déjanté) a d’abord tourné en prises de vue réelles avec les acteurs puis capté les « performances » via « motion capture » avant leur conversion en 3D . L’impression d’étrangeté (et pour certains d’inabouti) s’inscrit en fait dans le projet « créer un pont entre cinéma et jeu vidéo sans masquer la technique » ; voir évoluer chaque personnage « dans une simulation régie par un code invisible » est précisément en harmonie avec le thème du film : le monde est une simulation (révélation désarmante dans la longue séquence d’ouverture, un matin à 5h52 ;Jacques recense toutes les preuves comme autant de bugs) Auquel cas le cinéaste aura mêlé astucieusement fond et forme. Il nous invite à « regarder » son vertige comme s’il s’agissait d’un vieux logiciel avec toutes les imperfections, les approximations graphiques, les textures aplaties, les animations raides qu’il met en évidence, qu’il affiche avec aplomb, où l’artificiel a le primat sur le réalisme. Un tel dispositif de l’imperfection -là où on aurait souhaité plus de « fluidité »- peut provoquer -on en conviendra aisément- une forme de malaise (visuel bien évidemment). Ainsi le contraste entre les voix bien réelles des acteurs avec leurs enveloppes numériques fait que ce qui nous est familier se métamorphose sous nos yeux en avatars …
Si l’on retrouve dans ce film ce qui a fait (et fait) la singularité de Quentin Dupieux (distorsion du réel, humour et absurdité, règne de l’arbitraire) ainsi que des thèmes qui lui sont familiers (la toute-puissance de l’argent, l’omnipotence malsaine de la « représentation », amoralité et immoralité) et quand bien même certains n’y verraient que de l’enfonçage de portes ouvertes (miroirs, reflets et sujets, attrait, dépendance au numérique ) Le vertige (moins glauque et moins déjanté que certains films précédents ) prend en fait le contrepied des avancées technologiques actuelles -dont l’IA - et ne serait-il pas au final une simulation de film ?
Vaut bien plus qu'un (simple) détour !
Colette Lallement-Duchoze
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