10 juin 2026 3 10 /06 /juin /2026 11:39

Documentaire réalisé par Massoud Bakhshi (Iran 2026)

 

avec Zahra, Mahya et Maleka

Grandir à Téhéran au XXI° siècle. De 2007 à 2026 au sein d’une famille aimante, dix-huit ans dans la vie de trois sœurs de leur prime enfance à leur quotidien de jeunes femmes en quête de liberté

Toutes mes soeurs

Le dispositif choisi est d’emblée expliqué par le menu par la voix du cinéaste -en off; très gros plans sur les boutons arrêt marche)=-, deux visages en médaillon -comme en surplomb- : les sœurs âgées de 20 ans vont "visionner" en même temps que le spectateur des fragments de leur propre vie:  bébés, gamines, et leurs réactions lors de la naissance de la petite soeur Maleka, écolières ; adolescentes, Fragments que leur oncle a précieusement gardés :Du cocon familial émerge la voix (toujours en off) de la "mamie" (une femme très conservatrice dispensatrice de préceptes comme autant d’interdits). Fragments d’une vie, de leur vie dans la succession des âges et des prises de conscience.  Si la chevelure, au montage, assure avec fluidité le passage des "jeunes" années. on sait qu'elle ne doit pas être filmée en extérieur, que le port du voile est obligatoire - les sœurs le porteront dès leur entrée à l'école...-,  et plus tard il faudra ruser, recourir au flou et/ou au noir pour "respecter" les diktats…Etudiantes Zahra et Mayha  adhèrent aux revendications féministes (mouvement de 2022) et simultanément sont à même de se filmer… L’intime - genre film de famille- est devenu  peinture  (du moins évocation) d’une société, d’un pays (quand bien même le bruit et la fureur de la répression nous parviennent par la bande son ou les images télévisées)  Hors champ cette évocation n'en sera que plus suggestive !!

Toutes mes sœurs ? un titre justifié car le documentaire dépasse le portrait d’une famille, L’impact que les principes familiaux, culturels, éducatifs et traditionnels auront sur Zahra et Mahya puis sur Malaka c'est celui qui concerne  la jeunesse en général et  les  filles en particulier. " Mon film est avant tout, un film humain, sur le fait de grandir. affirme le cinéaste  Mais plus encore, c’est un film sur les femmes, accessible à tous les pays et toutes les cultures, car les personnages sont des filles et des mères de différentes générations. Les hommes, eux, sont absents du film", Au spectateur de s'interroger sur cette absence et de la "rationaliser" !!

Le documentaire  s’ouvre sur un poème de Shams Tabrizi (1185–1248), texte sur les miroirs extrait du livre Maghâlât, ​​​les vers s'affichent alors que défile le générique. Des siècles avant l’essor de la psychologie, Shams Tabrizi parlait déjà du miroir comme outil de connaissance de soi, de réflexion. .... Pour moi, ce film est aussi un miroir, une réflexion sur soi, et sur l’évolution.

Et  n'est-ce pas  l’intime, la façon dont il est  appréhendé et jugé par celles-là mêmes qui l’ont vécu, (cf leurs émotions leurs colères), et  le télescopage du passé et du présent, qui  "tendent un miroir"  à la société iranienne ???

A voir

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 juin 2026 1 08 /06 /juin /2026 19:54

Documentaire réalisé par Bennett Miller (1998 USA) 

 

avec Timothy Levitch

 

Musique Marty Beller

Timothy "Speed" Levitch, guide touristique excentrique new-yorkais, transforme chacune de ses visites en une véritable performance. À bord d'un bus à impériale, il déclame des monologues fiévreux mêlant poésie, réflexions philosophiques et humour acerbe. Son regard singulier sur la ville fait de ce de ce rôle banal une exploration profonde de la vie, de l'amour et de l'expérience humaine. …

The cruise /La croisière

H. G. Wells a écrit que raconter l’histoire de New York, c’est raconter le récit du monde. 

Inédit en France ce premier film de Benjamin Bennett (à qui l’on doit l’étonnant Truman Capote 2005) est un documentaire d’une singulière puissance grâce à la rencontre avec un être hors du commun (mais pas hors sol) Timothy Levitch, guide touristique que Bennett Miller a suivi pendant 3 ans, avec sa  caméra Mini-DV. Volubile, érudit surnommé « speed » à cause de son débit, ce guide  tient en haleine les touristes  les vacanciers, à bord du bus à impériale, qui sillonne les rues de New York …Le tour de force est de faire coïncider le discours (le guide semble improviser avec brio) ses envolées lyriques poétiques souvent philosophiques, avec la psyché du personnage, l’histoire de la ville, son architecture,  sa culture citant au passage  les stars de la jet set ou de la politique,  qui ont résidé dans telle ou telle rue,  tout cela agrémenté de citations ou empreint de cet humour juif à la Woody Allen

Si l’architecture est l’histoire de toute émotion phallique, alors l’Empire State Building en est la véritable catharsis

Filmé de près ,  à bord du bus , à pied ou dans le métro, quand il n’est pas allongé sur une place, Timothy Levitch ne cesse de surprendre -surtout quand le discours se fait confession Oui Timothy Levitch vit en conflit perpétuel avec la ville ; oui la ville et ses tours gigantesques tels des phallus le saisit l’enveloppe pour une forme d’orgasme tant elle est cet organisme vivant dispensateur de bien tout autant que de Mal. D’’ailleurs la Vie ne serait-elle pas la lutte de type manichéen entre Cruise (croisière) et Anti cruise (anti croisière); lui qui a opté pour the cruise se sent mis au ban  comme ostracisé (une photo de son visage qu’accompagne un numéro…prouverait des démêlés avec la justice ....)

Alors si New York est la « ville du malentendu » si le plan qui la quadrille -au sol- est l’oeuvre de puritain , lui le guide ne serait-il pas son naufragé et sa parole n'aurait-elle pas  la force de la ressusciter?  alors que la caméra -et le choix du noir et blanc- fait se profiler en d’éblouissantes contre-plongées ou en déroutantes plongées un organe sculptural vivant bien que sépulcral par moments (le blanc qui inonde le dernier plan quand s’ouvre la porte du 42ème étage sur le vide ou vers le …ciel ?)

A ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 juin 2026 1 08 /06 /juin /2026 06:59

De  Georgi M Unkovski (Macédoine 2025)

Avec  Arif Jakup (Ahmet), Agush Agushev (Naim), Dora Akan Zlatanova (Aya), Aksel Mehmet (le père d’Ahmet), Atila Klince (le muezzin), Metin Ibrahim (Hakan), Selpin Kerim, Elhame Bilal, Tamer Ibrahim, Adem Karaga, Erdoan Maksut, Nadzi Shaban

Festival Sundance prix du public janvier 2025

Prix Écrans Juniors au Festival de Cannes 2025.

Meilleur long métrage de fiction au festival international du film d’éducation d’Evreux décembre 2025

Présenté en avant-première en ouverture du 20ème festival d’Europe de l’est et d’Amérique latine à l’Ariel Mont Saint Aignan le 3 mars 2026

 

Titre original DJ Ahmet

Ahmet, 15 ans, grandit au milieu des montagnes de Macédoine, où il garde les moutons de son père tout en prenant soin de son petit frère. Mais lui, ce qui le fait rêver, c’est la musique. Entre les attentes de son entourage et ses envies d’ailleurs, Ahmet pourra-t-il un jour suivre son propre chemin ?

Le garçon qui faisait danser les collines

Premier long métrage de Geogi M. Unkovski, ce film semble abuser du contraste « modernité contre tradition, jeunesse contre archaïsme » en le déclinant ad libitum. Et méfions-nous du titre à la poésie racoleuse, préférons-lui DJ Ahmet le titre d’origine…

Voici un quotidien qui s’inscrit dans la ruralité de la Macédoine du Nord peuplée par les Yörüks, quotidien que rythment pâture et transhumance, quotidien qui idéologiquement garde inviolées les lois du patriarcat (du moins chez les adultes et une partie des jeunes), qui passe par la déscolarisation (cf séquence d’ouverture) un quotidien imprégné aussi de croyances (dont la magie ; face noble du charlatanisme … ) Mais les bois qui jouxtent la ferme d’Ahmet abritent aussi des rave-parties …une aubaine pour l’adolescent …Voici en contraste une jeunesse incarnée par Aya Ahmet Naim et d’autres, éprise de musique électro, capable par amour de braver certains interdits et faire voler en éclat (ou du moins de violemment la contester) la puissance du patriarcat (dont le mariage forcé), Ahmet est sollicité pour sa maîtrise de la technologie, pétri de bon sens il sait que l’aphasie de son jeune frère  est due à un trauma et ne pourra être soignée par les « charlatans » .

Le film est ainsi traversé par les oppositions binaires (tradition vs modernité, patriarcat vs émancipation); La dichotomie est encore plus évidente dans le choix de la musique (les Sinkauz Brothers ont allié instruments traditionnels et rythmes électro), De même en faisant alterner des séquences aux allures de docu fiction assez réaliste et scènes aux allures de vidéoclips le cinéaste  oppose la dureté du labeur à l’euphorie et parfois il joue sur des gros plans fixes quand les visages envahissent l’écran (père, Ahmet, Aya, Naim) gros plans qui d’ailleurs  alternent  avec les plans  d’ensemble (famille et préparatifs du mariage, danses) L’épisode de la longue course d’Ahmet qui emprunte raccourcis à la poursuite du père, permet au spectateur de se familiariser avec le paysage vu ainsi en plongée- collines, méandres et sinueuses échappées ???

Le burlesque et l’utilisation singulière de la musique tentent de transformer l’ensemble en une sorte de conte, de romance (ce dont témoigneraient les deux plans qui se font écho, en ouverture et clôture  ;ces plans renvoient ironiquement ( ?) au chœur antique de femmes) Côté burlesque : la brebis égarée rose, les difficultés de l’imam à maîtriser la diffusion automatisée des prières avec les nouveaux haut-parleurs du minaret, l’incongruité du troupeau de moutons qui traverse une rave -la fête sera enregistrée sur TikTok. La musique d’autre part, est dans ce film un personnage à part entière. Non seulement Ahmet et Naim ont reçu en héritage de leur mère morte prématurément cet amour de la musique (et de la danse ?) Mais elle dicte quasiment tous les choix dans ce récit d’émancipation. (cf le titre DJ Ahmet). Les arrêts brusques tout comme l’amplification et/ou l’assourdissement sont censé.e.s épouser le trouble les émois d’Ahmet (sa musique intérieure)

Pari réussi ?

Impression mitigée…

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 juin 2026 4 04 /06 /juin /2026 05:17

De Charlie Polinger (USA 2025)

 

avec Joel Edgerton (Daddy Wags) , Everett Blunck,(Ben)  Kajo Martin (Jake) Kenny Rassmussen (Eli) Elliott Heffernan (Tic Tac)

 

musique Johan Lenox

 

Présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025 

Grand prix et Prix de la Critique au festival de Deauville 2025

2003. Dans un camp de water-polo pour garçons, un adolescent de douze ans est marginalisé par ses camarades selon une tradition cruelle qui veut que l’un d’eux soit dit porteur d’une maladie qu’ils appellent « La Peste ». Alors que la frontière entre le jeu et la réalité devient de plus en plus floue, Ben le nouveau venu commence à craindre que la blague ne cache quelque chose de réel...

The Plague

A cause de plaques rouges qui recouvrent son corps Eli subit l’acharnement de ses camarades dans un camp de water polo…Pestiféré, ostracisé…Le leader du groupe attise l’ardeur haineuse. Comment va réagir le nouveau venu, Ben, dont on  moque dans un premier temps  les difficultés de prononciation…? Ce sera la « trame » ou l’enjeu (dramatique) de ce premier long métrage. Ben a beau dire et se convaincre que la peste n'existe pas (the plague est un surnom injurieux) il est tiraillé entre son « besoin » de s’intégrer et ce faisant participer à l’ostracisme et son empathie pour la victime. Cruel dilemme…Mais quand son corps est couvert d’énormes plaques rouges, quand il subit l’acharnement méthodique et cruel des camarades …. Affolement?  volonté d’en découdre ?

Hélas ce premier long métrage a la tendance fâcheuse à tout surligner De la bande-son surdimensionnée (elle doit illustrer le cauchemar que représente l’adolescence ; trop c’est trop) à la démonstration souvent outrancière et complaisante. Certes le dispositif mis en place -une communauté, un club ado, avec sa hiérarchie et la servitude consentie, l’espace du bassin comme espace de pouvoir les couleurs froides-   et les corps filmés enveloppés de cette puissance verdâtre  (cf affiche) "plongent"  le spectateur dans un univers  sordide et glauque, réel et fantastique ; certes  l’alternance entre les séquences sous l’eau et hors d’eau est censée conforter une double approche du mal - : il y a ce que l’on voit à la surface  et ce que l’on ne voit pas mais qui peut être mortifère (tels des abysses qui engloutissent) ; de même qu’elle fait écho aux deux forces contradictoires qui tiraillent Ben.

Mais cela n’apporte pas grand-chose à la thématique du harcèlement chez les ados, ni à la peinture d’une jungle ado mâle et qui se voudrait viriliste. Et si l’on ajoute toutes les formules clichés (cf face à face entraîneur/Ben quand ce dernier est prêt à tout lâcher ou encore la leçon de "morale" assénée avec virulence par Ben dans son face à face avec Eli vers la fin du film) si l’on ajoute les clins d’œil appuyés à Kubrick (Eli double de Baleine ? pourquoi pas …mais surtout la façon de filmer les regards par en dessous rappelle Orange mécanique) ou si l’on ose mettre en parallèle The Plague et ‘sa majesté les mouches  (pour la régression tribale) ou encore Carrie (pour la coexistence réel fantastique et horreur) on devinera aisément de quel côté penche la balance…

Tout cela ne saurait remettre en cause la formidable interprétation des jeunes acteurs  

 Impression très mitigée

 

 Colette Lallement-Duchoze

 

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31 mai 2026 7 31 /05 /mai /2026 10:45

De   György Pálfi, (Hongrie 2025)

 

Avec Yannis Kokiasmenos :( le propriétaire du restaurant ) Maria Diakopanayotou (la fille)  Argyris Pandazaras ( le garçon ) Machmout Bamerni  ( un passeur )

Vu en avant-première dans le cadre du festival du film d'Europe de l'Est et d'Amérique latine à l'Omnia le samedi 14 mars 2026

À grand pouvoir, grandes responsabilités — mais si l'héroïne était une poule ? Échappée d'un élevage industriel, elle trouve refuge dans la cour d'un restaurant en ruine. Là, elle découvre l'amour, défie la loi du bec et se bat pour protéger ses œufs.

autre synopsis  Une poule Leghorn, née dans un élevage industriel  est mise de côté par un employé qui estime que son patron ne la voudra pas à cause de son apparence non conforme et envisage de la faire cuisiner par sa femme. La poule parvient à s'échapper puis elle erre jusqu'à trouver refuge dans le poulailler d'un petit  restaurant familial lié à un réseau de  trafic de migrants clandestins 

Cocotte

D’une ponte à l’autre (et à chaque fois très gros plan sur le cul d’une poule saisie dans l’effort avant l’expulsion de l’oeuf) voici une  "aventure animalière" dominée par le besoin d’évasion et l’instinct de reproduction, soit deux "motivations" qui éloignent cette poule sans nom au plumage noir, de ses devanciers asins Balthazar et Eo -auxquels on la compare volontiers. Car si le monde des hommes est filmé à sa hauteur (caméra au sol, vues en contre plongée) en aucun cas les tragédies des hommes ne semblent  l’affecter….

Refusant l’anthropomorphisme et l’IA  ou encore les images de synthèse,  c’est bien une gallinacée noire (en fait  8 ont été nécessaires pour le tournage) que le réalisateur nous invite à suivre dans son vagabondage depuis sa  "naissance"  (après que l’œuf a été couvé de façon artificielle dans un élevage industriel, et que le poussin a échappé à la mort) jusqu’à une énième ponte - et l'éclosion finale d'autres poussins en des conditions plus "chaleureuses" Vagabondage erratique dans un premier temps (on traverse avec elle les paysages de la Hongrie, au gré des rebondissements) avant l’escale prolongée au Panorama ; vagabondage musical (Ravel …chansons d’amour en grec ; caquètements en onomatopées) poétique ‘(alignement de ces cous, aigrettes rouges, pattes dansantes) empreint d’humour (Cocotte intégrant malgré elle une manif ; en position d’offrande pour le coq reproducteur). Vagabondage aux allures de conte mais ancré dans le réel..

Adoptant de bout en bout (ou presque) le point de vue de la poule, György Pálfi va reléguer au second plan les humains (la présomption de supériorité humaine sur laquelle repose le spécisme est d’emblée mise à mal) Or silhouettés ou réduits à leurs pieds, leurs sandales (que l’on peut picorer) ils n’en restent pas moins des prédateurs (le sort de migrants importe peu à ce fils expert en trafic en tout genre)

A l’espace cauchemardesque de l’élevage industriel qui ouvre le film (insistance sur les rouages qui broient la vie des poussins) semble correspondre l’univers cauchemardesque des migrants broyés eux aussi…Le cynisme des propos « vous voyez ils se bouffent entre eux » (quand Cocotte picore les restes d’un poulet) ne peut susciter qu’ un « rire jaune »

Cocotte: une aventure singulière inventive qui mérite le détour!

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 mai 2026 4 28 /05 /mai /2026 19:04

De Vincent Garenq (2025)

 

Avec Antoine Reinartz Emmanuelle Bercot Emma Boumali

 

Musique Nicolas Errera

 

Inspiré du livre enquête du journaliste Stéphane Simon Les Derniers Jours de Samuel Paty, 2023

 

Présenté hors compétition au festival de Cannes 2026

Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d'Histoire-Géographie, est assassiné à la sortie de son collège. À la lumière des enquêtes et des procès, ce film revient sur ses onze derniers jours, et l'engrenage qui a conduit à sa mort tragique.

L'Abandon

Les dissensions entre les deux sœurs de Samuel Paty, les accointances de l’auteur du livre (dont s’est inspiré Vincent Garenq) avec …, la filmographie même de ce dernier «grand spécialiste des affaires judiciaires  (au nom de ma fille, présumé coupable …) la récupération et son instrumentalisation par l’extrême droite, oui tout cela conjugué avait justifié des réticences…et conforté le choix ne pas aller voir ce film…

Maintenant que c’est chose faite (j’y suis allée à reculons certes) que penser de ce film de « reconstitution » auquel a contribué (donc forcément orienté certains choix) la sœur Mikaëlle ?  

Les derniers pas de Samuel Paty, vivant, filmé de dos encapuchonné, c’est la séquence d’ouverture ;  et on entend cette voix intérieure comme venue d’outre-tombe Jamais, je n’aurais imaginé que mon nom entrerait dans les livres d’histoire.  Le spectateur -qui sait l’épouvantable tragédie-,  sera peut-être surpris par ces propos … Un raccord cut va l’inviter à  un retour en arrière, « suivre » Samuel Paty pendant les 11 jours qui ont précédé l’assassinat . … et ce sera  un déroulé méthodique (apparemment neutre ) de la mécanique du mensonge

Une construction qui peut rappeler la tragédie  avec son acmé avant le dénouement suivi ici d’un épilogue. Une narration - c’est la dynamique interne- qui resserre l’étau autour de ce prof pourtant discret et apprécié et qui avait l’habitude de terminer ses cours par une « blague » La récurrence de plans en plongée sur la ville, sur ces façades d'immeubles ces fenêtres qui s’allument -le clignotement illustrant la propagation d’une « rumeur » qui fait de Samuel Paty un professeur islamophobe, à rayer de l’Education nationale ; suite à la révélation -fake news- d’une élève, -La vengeance organisée par un père "aveuglé" encouragé par un "prédicateur" djihadiste. Vengeance et mise au tombeau. L’alternance entre scène « familiale » hors collège et scène en classe contribue à illustrer la bienveillance dont fait preuve le.père ( séparé) autant que  le prof. Un rythme de plus en plus rapide (à la propagation de la fake news qui devient calomnie à chaque mot ajouté ou transformé … répond l’angoisse de la principale qui sollicite tous les « services » « censés » protéger le professeur et le collège. Et ce grand moment de silence, de fausse quiétude avant la tragédie …Ecran dans l’écran ou la folie des réseaux sociaux qui colportent sans vérification aucune ces contre-vérités. Manipulation de l’opinion.

Rien de singulier de novateur  au niveau formel donc (hormis cette absence délibérée de masques -alors que nous sommes en 2020..-.une invitation à faire tomber tous les masques? et la capuche d'Antoine Reinatz une façon de se prémunir contre la menace??? )

Certains reprochent à ce film d’être islamophobe. Certes les deux protagonistes adultes sont parfois caricaturaux et l’assassin est traité selon les clichés habituels - chambre sinistre du tueur qui "médite" dans l’ombre; Mais le rôle des mères musulmanes, la solidarité des élèves musulmans autour de leur prof ne plaident pas pour cette interprétation.  Le thème est toujours clivant objet de suspicions (suite à des amalgames) facilement récupérable.

Abandon ? -par les collègues, par l’Education nationale, par un ministre jamais nommé et pourtant…par un de ces référents laïcité (certes grotesque) ? Abandon ? Oui même si la principale s’est battue « bec et ongles » même si des parents ont refusé de souscrire aux propos du père. Abandon ou trahison ? ou les deux ?

Ni militant ni islamophobe voilà un film qui aligne (parfois avec lourdeur) les failles aux responsabilités multiples ...  En aucun cas un film  d'utilité publique. 

 

Colette Lallement-Duchoze

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27 mai 2026 3 27 /05 /mai /2026 05:42

De Pierre Salvadori (2025)

avec  Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vimala Pons,

 

 Film d’ouverture du 79e Festival de Cannes 2026

 

Paris 1928 Antoine jeune peintre en vogue a perdu l’inspiration depuis la mort de sa femme Irène. Alors qu’il croit entrer en contact avec elle chez une voyante il va se retrouver être manipulé par une foraine

La Vénus électrique

Ce film qui a ouvert la 79ème édition du festival de Cannes est sorti le même jour en salles auréolé d’ une critique très positive….

Certes l’ambiance foire foraine avec ses acrobates, ses clowns, ses roulottes, ses attractions dont «la Vénus électrique » qui dispense ses baisers Edison, avec sa machinerie (gros plans sur les boulons ou sur les rouages mécaniques des coulisses qui mettent à nu le subterfuge du « coup de foudre » ) la reconstitution historique de la foire de Saint-Ouen et les ambiances des cafés parisiens tout cela  en fait une comédie "historique" à costumes, Certes les autres thématiques : le  peintre en lutte  (très exploité(e) au cinéma) les jeux de l’être et du paraître doublé par celui de l'imposture - et ces "vertiges" offerts aux personnes crédules ou tout simplement à celles  éprises de "merveilleux", l’amour très romantique aux accents de spiritisme gourou, en font une comédie  de  mœurs et de  "caractères"

Mais avouons-le sans ambages, les répétitions censées créer un comique  dit de situation–  les marivaudages d’outre-tombe", l’ajout (en cachette) de lentilles bleues et la superposition de plans floutés -, certaines interprétations qui frisent la caricature et qu’accentuent encore les gros plans… peinent à convaincre ou du moins à entraîner l’adhésion. Oui l’ennui guette -tout poli ou policé qu’il fût !  Quant au jeu des flash-back -ce qui permet à Irène la morte de s’inscrire en Muse des années 1920, et d’influer sur marchand et peintre – il est comme capillotracté et il en va de même de ce "journal" -qui sera moins un fil narratif reliant deux approches de l’amour, dont un(e) par procuration, qu’un artifice qui révèle bien vite ses limites

Comédie des illusions, des artifices sur la manipulation et l’imposture, mais aussi "évocation" singulière de l'amour romantique,  la Vénus électrique aurait pu séduire…Hélas ! le film est aussi bancal que la claudication (forcée) de Lellouche (en marchand de tableaux)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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26 mai 2026 2 26 /05 /mai /2026 05:18

De Mayra Hemosillo (Mexique 2025) 

 

avec Paloma Petra Georgina Natalia Plascencia Limbania Daniela Porras Maestra Pilly María Castellá Alicia Diego Medellin Arturo Aurora Dávila Roberta Lola Ochoa Tachita Fernanda Baca Manuela Rosy Rojas Concha

 

Prix de la fiction du film d'Adélaïde octobre 2025

Fin des années 1980 au Mexique, vivent dans une petite maison surpeuplée sept femmes luttant ensemble contre la saisie hypothécaire de leur lieu de vie. La plus jeune  Roberta, 8 ans, évolue dans cette dynamique familiale atypique, foyer sans père, 

Vanilla

Nous découvrons la maisonnée à travers le regard de Roberta une gamine de 8 ans perturbée par l’absence du père ;une gamine à la fois naïve émerveillée et mature (cf l’épisode de la querelle avec la garnd-mère Georgina qui feint l’évanouissement accuse Roberta afin de camoufler son méfait -elle a dérobé l’argent de poche de la petite ; cf aussi l’attente prolongée du "père" avec une valise sur le capot de la voiture tant elle est convaincue qu'il a toujours besoin d'elle!)

La mise en scène tout en privilégiant l’intérieur (aussi coloré et chatoyant que les vêtements et les préparations culinaires) tout en le sanctuarisant, va imprimer une sorte de tempo par la récurrence de ces vagues quasi mortifères aux couleurs grisâtres qui envahissent l’écran, un tel déferlement tout droit sorti des cauchemars de Roberta scande ainsi le récit.

Le choix de "l’intériorité"  qui épouse celui de la "sororité" fait de la maison le symbole de la "féminité" que régulièrement s’en vient assiéger un huissier, relayé par des policiers (coups sur le heurtoir, puis placardage d’une affichette) quand ce n’est pas l’intrusion d’un "mâle prédateur".(se lit en filigrane la pression patriarcale omniprésente malgré l’absence de "mâle"  hormis la figure bienveillante du vendeur de glaces; il faut signaler que ces femmes ont eu maille à partir ou plus avec les hommes...)

La maison comme foyer recomposé (même si au début on a du mal à identifier qui est qui  …) la présence d’un perroquet (double comique) attaché à Roberta (comme le chewing-gum dans ses cheveux ??) l’extravagance et l’effervescence (ambiances), quelques scènes "inventives" et "enlevées"  (sacrifice de la mèche de cheveux, chaises musicales) n’excluent pas quelques réserves …-sur le mariage parfois ambigu entre regard rétrospectif -la réalisatrice dit s’être inspirée de son vécu- et l’option de filmer à hauteur d’enfant, sur les références appuyées  -Little miss sunshine par exemple- sur le dosage entre légèreté et gravité etc.. 

Impression mitigée!

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 mai 2026 5 22 /05 /mai /2026 04:45

De  Pedro Almodovar (Espagne 2025)

 

avec Barbara Lennie (Elsa) Patrick Criado (Bonifacio) Leonardo Sbaraglia (Raul) Victoria Luengo (Patricia) Milena Smit (Natalia) Aitana Sanchez Gijon (Monica) Quim Guttierez (Santi) Rossy de Palma (Gabriela)

 

Musqiue Alberto Iglesias

 

Présenté au festival de Cannes 2026 en Compétition officielle

 

Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu'un drame frappe l'une de ses proches collaboratrices, il s'en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d'un même personnage, dans un jeu de miroirs où l'impudeur de l'autofiction dévoile autant qu'elle détruit. Mais jusqu'où peut-on aller pour raconter une histoire ?

Autofiction

Enchâssement de deux récits (au montage parallèle dans un premier temps) eux-mêmes conçus comme mise en abyme - la 3ème mais diffractée et la seule souveraine-, le film d'Almodovar Autofiction n'en aura pas moins ses détracteurs...

Voici d’abord à l’écran Elsa (interprétée par Barbara Lennie vue dans La piel que habito 2011) sujette à de violentes migraines, à la recherche de comprimés ; début des années 2000; un compagnon pompier et stripteaseur Bonifacio - Ah le corps de Patrick Criado!!! … -un long flash back évoque leur rencontre. Et voici que se superpose le visage de Raul (vu en frontal en train de pianoter) ; Raul un écrivain en panne d’inspiration (requêtes auprès de son assistante Monica qui lui reproche assez vite de "vampiriser" ses proches, de s'approprier  leurs drames dont les siens  -de puiser outrageusement dans le réel le plus intime pour élaborer une fiction)…

Des lettres tapées - en 2004 et/ou  en 2025 - envahissent l’écran se font écho  alors que vont s’enchevêtrer les deux récits : Elsa, personnage fictionnel, double de Raul, Santi double de Bonifacio (Beau) et Raul lui-même "alter ego " du cinéaste ..

A priori cette thématique (avec ses jeux de miroirs) n'est pas "novatrice"  Autofiction, fiction, réel, fantasme sont des "marronniers" de la littérature et de la création en général; idem pour la mise en abyme (cf le manuscrit trouvé à Saragosse ;  les ménines ) Idem  pour l’éthique de l’emprunt (cf les procès ici et là quand l’intimité est profanée jusque dans ses tragédies)

Que les deux fictions en construction aient pour titre Amarga Navidad, Noël amer (tout comme le titre espagnol de Autofiction) ne complexifie pas le propos  ne le densifie pas :: le cinéaste avait habitué son public à ses incarnations en miroirs, dans des doubles masculin ou féminin

Plus subtil est le traitement d’une mutation (ou transformation par distorsion) mais il faudra attendre l’ultime altercation entre l’ex assistante Monica et le romancier Raul pour que l’autofiction (mais aussi le film Autofiction ?)  devenue autocritique soit abandonnée…au profit de …Jusque-là des ambiances saturées de couleurs (le rouge bien évidemment) des cadres bien léchés, un détour par Lanzarote (superbe villa et restaurant chic) où le duo Elsa- Natalia renvoie à celui de « la chambre d’à côté »  …Il est des  instants de pure beauté tragique et formelle à la fois, des instants  comme suspendus  (cf  la plage noire le blanc des serviettes, le lit reposoir linceul et sanctuaire, le très gros plan sur le visage de Natalia)

Un constat amer (cf la voix off au tout début) l’angoisse -celle qui « étreint » Elsa- est encore …rare au début du millénaire (serait-elle devenue la "marque" des années 2020.?) Constat qui sera à peine tempéré par l’humour …(la présence furtive mais ô combien pertinente de Rossy de Palma comme icône de la Movida ; ou la définition de « film-culte » qui restera dans les annales…)

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Colette Lallement-Duchoze

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20 mai 2026 3 20 /05 /mai /2026 09:13

D' Asghar Farhadi  (France USA Italie Belgique 2026)

 

avec Adam Bessa, Isabelle Huppert, Virginie Efira,  Vincent Cassel, Catherine Deneuve, Pierre Niney,  India Hair  

Présenté au Festival  de Cannes 2026 en Compétition officielle

En quête d’inspiration pour son nouveau roman, Sylvie espionne ses voisins d’en face. Quand elle engage le jeune Adam pour l’aider dans son quotidien, elle ignore que celui-ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu’à ce que la fiction qu’elle avait imaginée dépasse la réalité de tous.

Histoires parallèles

Construction déconstruction, déconstruction reconstruction il semble que cette dynamique (voire dialectique) préside à ce film sur la vérité et le mensonge, la manipulation du réel et de...l'opinion, le voyeurisme, les dangers de l’imaginaire, le pouvoir plus ou moins maléfique -ou du moins ambigu- de la création ( ses pièges,  sa soumission à  certains diktats) ce  qu’illustre tout un jeu d’échos et de miroirs (inclus d’ailleurs dans le titre ; et si les parallèles se "rencontraient"  ??)

En déplaçant sa caméra de Téhéran en France (il l’avait déjà fait pour Le passé ) le réalisateur Asghar Farhadi n’en conserve pas moins cette maîtrise du "mode opératoire" et surtout celle d’évoquer les relations humaines avec ses thèmes de prédilection: la culpabilité et le jeu des apparences  Après une assez longue séquence d’ouverture (qui correspond au défilement du générique) se met en place un dispositif où un personnage presque mutique (au passé secret au présent énigmatique) aura en fait le rôle principal…Saluons d’emblée l’interprétation d’ Adam Bessa  (déjà vu dans Harka, les Fantômes, La source )

Montage en puzzle (première partie ) avec éclatement des temporalités (confrontation passé et présent pour l’écrivaine Sylvie ) et fragmentation (réel et imaginaire) le film est censé s’inspirer du Décalogue n°6 de Kieslowski. (il conserve d’ailleurs la musique de   Zbigniew Preisner qui en établit comme une "jonction") Certes l’usage d’une longue vue et cette plongée par effraction dans l’intimité d’autrui n’ont pas (pour nous) la puissance suggestive de Kieslowski encore moins de Michael Powell (le voyeur) Mais ce n’est pas le but recherché  …

Une écrivaine Sylvie (elle tape son texte sur une Olivetti…) s’inspire à la fois de son propre passé (parents séparés) d’un présent vérifiable (elle lorgne sur l’appartement d’en face- un studio de bruitage où coopèrent trois personnes (les succédanés sonores semblent comme l’Olivetti d’un autre âge et contrastent avec la table d’enregistrement ) ; présent qu’elle va transformer en leur inventant des relations ambiguës et mortifères ; c’est la matière, le substrat de sa création « littéraire »)…Or dès l’instant où Adam est introduit chez elle comme "aide ménager factotum" par la nièce (rencontrée dans le prologue) qu'il s’empare du manuscrit, le « complète » à son gré,  dès l’instant où il décide de s’immiscer réellement dans le quotidien du trio, tout va basculer …cloisons, vitres, positions en retrait ….tout se charge se décharge d’un pouvoir délétère en apparence du moins…le puzzle prend les allures d’un thriller alors qu’en voix off Adam dit à la fois son inexpérience et la magie de l’écriture (Adam ou l’imposture???) 

Non le film ne saurait se réduire à une '"exploration" (qui départagerait fiction et autofiction,  vécu et fantasme) ni à l’imbrication réel imaginaire (cf la métaphore du canard en bouteille) non ce jeu sur les apparences grâce aux mises en abyme ne "tourne pas à vide" , non la brochette rutilante d’acteurs hyper starisés et médiatisés ne contrarie pas le rôle décisif de l’acteur -imposteur…)….

Ecoutons le réalisateur Une question qui court à travers tout le film consiste à interroger ce qu’on nous donne à voir comme étant le réel. Dans quelle mesure ce qui nous est donné comme parfaitement conforme à la réalité comporte-t-il un noyau dur incontestable et une part de fabrication, de construction autour ? Formulation bien générale qui inclut l’Iran c’est une évidence, mais aussi d’autres régimes prétendus  plus démocratiques…

A ne pas bouder !

 

Colette Lallement-Duchoze

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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