5 mars 2026 4 05 /03 /mars /2026 06:19

D'Alice Winocour (France USA 2025)

 

avec Angelina Jolie,(Maxine Walker la cinéaste américaine)  Ella Rumpf.(Angèle maquilleuse française) Louis Garrel (Anton chef opérateur) Vincent Lindon (Dr Hansen) Anyer Anei (Ada mannequin sud soudanaise) Grégoire Colin (directeur d’image) Aurore Clément (Anne une patiente) Garance Marillier(Christine couturière) Finnegan Oldefield (responsable des réseaux sociaux)

 

2025 au Festival international du film de Toronto 

 Festival du film de Saint-Sébastien 2025

À Paris, dans le tumulte de la Fashion Week, Maxine, une réalisatrice américaine, apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Elle croise alors le chemin d'Ada, une jeune mannequin sud-soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant à une autre vie. Entre ces trois femmes aux horizons pourtant si différents se tisse une solidarité insoupçonnée

Coutures

Un film glamour (relation Maxine et Anton) un vernis tissé d’afféteries à répétition, depuis le choix des locaux de Chanel les vues en surplomb jusqu’à la séquence de l’orage qui tout renverse, traitée comme un clip vidéo, en passant par les déambulations de Maxine (studio hôpital hôtel) les coulisses avant le défilé, et le défilé lui-même. Des gros plans complaisants sur le visage la chevelure d’Angelina Jolie, sur les tournoiements des robes leurs drapés qui flottent aériens ; mais surtout les échos appuyés entre le monde de la mode et le parcours de Maxine dans la déclinaison du mot « coutures ». Oui tout cela conjugué risque de na pas entraîner l’adhésion du spectateur . Et pourtant !!

Travail à l’aiguille …qui peut piquer… Marques sur un mannequin et en écho les délimitations au feutre rouge sur le corps de la cinéaste pour chimio ou/et mammectomie (cf affiche). Accrocs que cette chute du mannequin Ada (et une cheville en douleur) Corps couturés de désillusions (les rêves de la maquilleuse, ceux de la Sud-Soudanaise) ou ulcérés (Maxine doit obtempérer, la gravité de son cancer du sein ne souffre aucun atermoiement).

Quatre destins -si l’on compte celui de la couturière- quatre trajectoires (dans les confrontations à la maladie, aux codes de l’industrie de la haute couture)- reliéEs comme les pièces d’un patchwork mais où les finitions ne sont pas toujours élégantes (déséquilibre trop patent entre les 4) ou trop visibles (voix off de la maquilleuse)

On eût aimé que le fil de la sororité -réelle ou en devenir dans les écrits de la maquilleuse-, apparent ou suggéré fût débarrassé d’oripeaux en s’ouvrant sur une forme de reconquête de soi par soi (être femme et sœur à la fois dans l’alliance de l’intime et du « politique » )

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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3 mars 2026 2 03 /03 /mars /2026 06:58

De Saeed Roustaee (Iran 2025)

 

avec Parinaz Izadyar (Mahnaz), Payman Maadi, (Hamid) Soha Niasti, (Mehri) Maziar Seyedi (Samkhanian) Fereshteh Sadr Orafaee(la mère) , Hassan Pourshirazi,(le grand père) Sinan Mohebi,(Aliyar) Arshida Dorostkar(Neda), Sahar Goldoost

 

Sélection officielle, Compétition, festival de Cannes 2025

Mahnaz, une infirmière veuve de 40 ans, élève seule ses enfants. Alors qu'elle s'apprête à épouser son petit ami Hamid, son fils Aliyar est renvoyé de l'école. Lorsqu'un un accident vient tout bouleverser, Mahnaz se lance dans une quête de justice.

Woman and Child

Dénoncer la toute-puissance du mensonge qui va de pair avec celle du patriarcat dans la société iranienne, exalter le combat pour que justice soit faite d’autant qu’il est mené par une femme quasiment seule contre tous,- la famille servant de révélateur des mécanismes d’oppression -, telles seraient les intentions du cinéaste ? Le problème est que l’accumulation de catastrophes (cette jeune femme est de bout en bout écrasée comme par un rouleau compresseur), et surtout la façon de les filmer nuisent au propos ou du moins peinent à créer l’empathie souhaitée…

La construction ? Si la scène d’ouverture met en exergue la puissance de la dissimulation et le  "consentement"  (Mahnaz change de visage pour plaire à Hamid qu'elle va épouser), la présentation progressive des personnages avec focalisation sur son fils, un ado rebelle, est assez laborieuse. Et quand le film bascule avec la chute tragique d’Aliyar , qu’il est consacré au combat de la mère endeuillée à jamais, à la lutte d’’une femme dans une société qui favorise le  "mâle" (rappelons entre autres que la tutelle des enfants a été confiée au beau-père, le mari de Mahnaz  étant décédé), sa façon d’allier chagrin, soif de vengeance, et volonté  de  "sauver"  à la fois la sœur la fille puis le neveu,  verse dans la surenchère avant cette séquence finale qui d'un point de vue narratif assure une  forme de circularité  -Child-  et que d’aucuns trouveront  "sublime"...

Des effets sinon lourds du moins complaisants : espace saturé de vitres, grilles, grillages  -comme autant de pièges d’enfermement-, opposition facile entre plongée -sur la cour intérieure- et mouvement ascensionnel, (épouser la double dynamique qui sous-tend le film ?) long champ contre-champ sur les regards de la gamine et du "bourreau"  Samkhanian,  qui avait condamné le fils et qui doit témoigner contre la mère pour lui arracher la garde de sa fille, les échos (tentatives de réanimation sur le fils et le grand-père) les très gros plans prolongés sur les blessures, etc; à tout cela s'ajoute le "poids" des larmes et du  discours, -avec  quelques rares moments de silence  qui s'en viennent tempérer la volubilité agressive (celle des représentants de l'ordre patriarcal  mais aussi celle des membres de la famille )

Trop de dolorisme dans cette volonté affichée de forcer les émotions !! 

Dommage

Colette Lallement-Duchoze

Ps rappelons que le réalisateur  de La loi de Téhéran 2019 et de  Leila et ses frères  2022 a été condamné en 2023 à 6 mois de prison, qu'il a été interdit  de tourner pendant 5 ans mais  que cette peine a été diminuée. Woman and child  réalisé avec les "autorisations requises", et dans le respect "des lois en vigueur",  souffre peut-être de ces mesures.....

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1 mars 2026 7 01 /03 /mars /2026 05:40

de Maryam Touzani. (Espagne Maroc ,2025)

 

  Avec Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane María Alfonsa Rosso   

 

Prix du public à la 82e Mostra de Venise 2025

Présenté à Arras Film Festival rubrique Cinémas du monde,

Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l'a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d'une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.

Rue Malaga

Le regard et le sourire pétillants, la chevelure soignée Maria Angeles, femme avenante (sublime Carmen Maura), palpe un légume, interpelle un marchand, le vernis de ses ongles prolonge celui des fruits et légumes. Filmée de très près (une caméra qui colle à la peau) elle semble la reine de ce marché qui grouille de vie et d’odeurs. Rue Malaga quartier espagnol de la  ville cosmopolite Tanger. Dans la cuisine de son appartement cette octogénaire concocte avec amour un plat en écoutant Toda una vida (interprétée par Maria Dolores Pradera). D’emblée nous sommes immergés dans une ambiance et un art de vivre - jouir de plaisirs simples (ici la nourriture) faire corps avec son environnement tout en sachant que retentit l’heure du bilan. Lorsque la fille pour des raisons financières s’en vient perturber cette belle osmose en contraignant sa mère à "vendre"  l’appartement qu’en sera-t-il du sort de cette femme ? un court placement dans un EHPAD, une courte algarade avec la coiffeuse de service et retour aux sources …

Commence une seconde vie. Une réappropriation des biens matériels qui va de pair avec une réappropriation de soi par soi : Maria Angeles  ne sera pas la "folle"  que l’on "soignerait"  à renfort de médocs  Oui elle est attachée presque viscéralement à un lieu à une histoire, tant à l’intérieur de l'appartement qu’elle "reconstruit"  morceau par morceau, qu’à cette ville qui l’a vu naître et à ses habitants. Attachement que métaphorise le tourne-disque (non pas simple pièce de collection mais passerelle entre passé et présent)  Régulièrement cette femme fidèle en amitié rend visite à sœur Josefa : elle met son cœur et sa sensualité à nu, elle dit en toute liberté la jouissance sexuelle après 22 ans d’abstinence (le comique naît du décalage entre l’impassibilité de celle qui a fait vœu de chasteté et de silence -tout de noir vêtue- et la volubilité sans tabou de celle qui se confie)

Cette "seconde vie", telle une parenthèse enchantée est l’essentiel d’un film qui avec  délicatesse,  avec une ferveur mêlée de malice (cf les soirées foot imbibées de bière …non alcoolisée…).exalte la simple joie d’être vivant. Carmen Maura (une des muses d’Almodovar) porte le film de bout en bout ; et avec le charismatique Ahmed Boulane -d’abord bourru en marchand intraitable puis séduit par l’énergie rebelle et la beauté espiègle de Maria Angeles- elle forme un couple attachant et convaincant

Oui cette actrice aura transformé un film  -bien sage formellement-,  en une exaltation du carpe diem où les corps vieillissants filmés dans la pénombre n’en expriment pas moins la beauté des empreintes du temps, où la peau vibre des caresses de l’aimé

Malgré quelques réserves (cf celles que nous avions déjà  formulées  Adam - Le blog de cinexpressions Le bleu du caftan - Le blog de cinexpressions -) ce troisième long métrage de Maryam Touzani  vaut  le détour !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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28 février 2026 6 28 /02 /février /2026 14:12

Documentaire réalisé par Raoul Peck (2025)

 

Cannes 2025  Sélection Officielle Cannes première

On plonge dans les derniers mois de la vie d'Orwell et dans son oeuvre visionnaire pour explorer les racines des concepts troublants qu'il a révélés au monde dans son chef-d'oeuvre dystopique: le double discours, le crime par la pensée, la novlangue, le spectre omniprésent de Big Brother.

Orwell 2+2=5

Une voix off (ton monocorde, sons gutturaux et/ou  chauds ) celle d’Eric Ruff qui en jet continu lit des extraits du journal tenu par Orwell ( Eric Blair de son vrai nom  est sur l’île de Jura en Ecosse , "un lieu inatteignable"  il rédige 1984,  il évoque tout autant son mal être physique - tuberculose- sa vie famiiliale sa relation avec le fils adoptif,  son passé que les étapes de son écrit ) extraits de ses œuvres aussi. 

Une matière très diversifiée : photos d’Orwell bébé, gamin ado et  adulte, films de famille, extraits des adaptations filmiques de 1984 dont celle de Radford avec John Hurt , extraits de journaux télévisés, des affiches, des images d’archives couvrant le XX° et le XXI° . Images  qui se succèdent à un rythme rapide sans ordre chronologique, images censées illustrer les propos entendus et les thèmes dits "orwelliens" (la novlangue, la manipulation du langage afin de réécrire l’histoire, l’alliance des contraires « la guerre c’est la paix » la liberté c’est l’esclavage)

Ainsi l’histoire très contemporaine des dictateurs occidentaux (et d'autres sur la planète)  qui rejoint celle de l’époque de la rédaction (Orwell songeait à Staline) va se mêler à une dynamique biographique : le film s’ouvre et se clôt sur la photo d’Orwell bébé dans les bras de sa « nounou » indienne, dans la chaude confusion du noir et blanc …Et nous serons à l’écoute de ses états d’âme de ses bilans de santé, de sa relation amoureuse; tout en "voyant" défiler comme dans un diaporama des visages en gros plan,  des scènes de guerre, des séquences publicitaires, etc.   Raoul Peck ajoute des "cartons" aux calligraphies spéciales censés  mettre en exergue les "théories orwelliennes" (cf les slogans en lettres capitales  big brother is watching you ) 

 Certes il fallait insister sur cette plaie béante du XXI° -guerre en Ukraine conflits Haïti, Afrique -le MO est à peine évoqué, (images de dévastation qui succèdent à celles des villes bombardées pendant la Seconde Guerre mondiale) Trump et Poutine sont abondamment ridiculisés dans leur monomanie dictatoriale ; le propos n’est-il pas de dénoncer les dérives autocratiques à l’aune des réflexions d’Orwell ? et comme la pédagogie consiste à répéter : les vérités qui se sont imposées à l’esprit du lecteur de 1984 ou de la ferme des animaux  voici la séquence récurrente du citoyen lambda contraint d’admettre que 2+2=5 - ; terreur et manipulation !

Or tout cela est assez brouillon d’autant qu’il n’y a aucune " aspérité "  tout est mis à plat (entendons au même niveau par une forme d’homogénéisation forcée ? en tout cas tendancieuse ! L’œuvre d’Orwell ne saurait gagner en épaisseur ; bien plus on a la fâcheuse impression que toutes ces images qui défilent (bien que sériées par le commentaire off) servent avant tout à glorifier un esprit "visionnaire"  plus qu’à nous inciter au moins à la vigilance , à défaut d’autres actions…

D’ailleurs à la toute fin,  la question que posait Orwell à ses lecteurs Commencez-vous à voir le monde tel que nous l’avons créé ? , tourne ici à vide…tant l’évidence crève les yeux (alors dessiller des yeux déjà bien ouverts ???)

 

Colette Lallement-Duchoze

Orwell 2+2=5
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27 février 2026 5 27 /02 /février /2026 06:52

De Claude Schmitz  (France Belgique 2025)

 

avec Rodolphe Burger (Alain Crab) Francis Soetens (Francis Conrad) Anne Suarez (Jeanne Hartman) Samia Lemmiz (Nour Zerousi)

 

Présenté à Rotterdam -International Film Festival-

Mutés à titre disciplinaire à Sainte-Marie-aux-Mines, en Alsace, les inspecteurs Crab et Conrad se voient confier une enquête apparemment sans difficulté : la disparition d'une bague. Mais ce qui devait être une simple formalité se transforme rapidement en affaire complexe, bouleversant la tranquille routine de ce duo de célibataires endurcis.

Sainte-Marie-aux-Mines

Si vous appréciez l’humour déjanté et décalé à la P’tit quinquin (raideur hagarde et sérieux à côté de la plaque) le train de sénateur ou les pas alanguis de flics inspecteurs peu débrouillards, irrespectueux de certaines règles de déontologie, aux noms improbables de Crab et Conrad ou tout droit sortis d’une BD, qui ferait la part belle aux Dupont(d)  une enquête prétexte à des déraillements, une ambiance « bon enfant » aux dialogues pimentés de burlesque,  alors ne ratez pas le faux polar de Claude Schmitz et surtout ne quittez pas la salle au moment où va défiler le générique de fin ; car -dernière mini séquence oblige- nous suivons l’acteur et musicien Rodolphe Burger dans son propre studio d’enregistrement.

Or, de  l’aveu même du cinéaste terminer ainsi le film dans cette salle de studio c’est " comme si on levait le rideau à la fin du spectacle"

Oui loin de se terminer le film nous entraîne dans d’autres coulisses  

Et le "spectacle"  auquel nous venons d’assister peut rappeler le "théâtre"   : la commune de Sainte-Marie-aux-Mines comme lieu scénique sur lequel se produisent beaucoup de locaux jouant leur propre rôle, les décors - les ruelles de la déambulation comme chemins de traverse, la chambre d’hôtel et la "fausse émission "des chiens et des autoroutes, (parodie de séries?)  dont se gave Alain…, la brasserie où la gnôle locale est lapée avec jouissance, la gendarmerie où la cheffe ne s’en laisse pas conter, -alors que Conrad délaissant l’enquête se plaît à  "conter fleurette" à Nour, les "faux rebondissements" -jusqu’au "faux"( ?) twist final, avec de bout en bout une alternance paysage/écrin et immersion au sein de la commune alsacienne!!!

Un long plan fixe sur le paysage environnant ouvre le film : rondeur veloutée du vert qui accroche le regard tout comme la commune de Sainte Marie est adossée au massif des Vosges ; on sait que pour le réalisateur un film est d’abord « l’exploration d’un nouveau territoire » Territoire qu’aimerait découvrir Conrad alors que Crab qui en est originaire s’en dispense volontiers. Jouant avec l’élégance de la connivence sur la "corporalité"  de ses deux acteurs, le cinéaste va l’intégrer à cette  "carte postale": ainsi Francis Soetens, dans sa "masse tranquille" et sa chemise hawaïenne (n’est-il pas incognito ??) filmé de dos arpentant une ruelle ocrée comme en profondeur de champ au moment où il quitte l’écran ;cf aussi Rodolphe Burger exténué dans sa course poursuite, - non plus à la recherche du diamant volé mais de trafiquants- aidé dans sa lourde besogne par ses potes (juchés sur leur Harley !!)

Tout cela est assez jouissif ; peut-être pas assez pour le spectateur épris de provocation ni pour celui sensible aux égalités de traitement (alors  quand s’émiette ou se fracasse le cocasse  …)

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 février 2026 3 25 /02 /février /2026 14:26

FESTIVAL DU FILM D'EUROPE DE L' EST  ET

D'AMÉRIQUE LATINE · 

 

ROUEN  SEINE-MARITIME

 

 

DU  3 AU 15  MARS 2026 

Festival A L EST 20ème édition
Festival A L EST 20ème édition
Festival A L EST 20ème édition
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25 février 2026 3 25 /02 /février /2026 07:39

De  Park Chan-Wook (Corée du sud 2025)

 

Avec Lee Byung-Un, Ye-Jin Son, Park Hee-Soon

Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…

Aucun autre choix

Le roman noir  Le couperet  de Donald Westlake (1997) avait déjà été porté à l'écran par Costa-Gavras (en 2005 avec José Garcia) ; le cinéaste coréen lui dédie d’ailleurs son film… Or le choix du rocambolesque et surtout de toutes ces afféteries visuelles font que ce film n’entraînera pas forcément l’adhésion (et ce malgré une critique quasi unanime très favorable)

Le tout début a de quoi " réjouir" dans la mesure où l’exubérance visuelle (images de cerisiers en fleurs dont les pétales tombent sur la ville), alors que l’on entend les notes funèbres du concerto n°23 de Mozart annonce une dualité. Ce que renforce le plan suivant où l’on voit un homme, heureux, en famille, fier du cadeau offert par l’entreprise…Cadeau hélas empoisonné !!! et l’on apprend très vite que ce cadre supérieur dans une usine de papier est licencié. Adieu vie familiale et chiens bien aiméEs Adieu bonheur... lisse de pacotille !  Dès lors il n’aura de cesse de reconquérir ce poste (et les tentatives échouent lamentablement) quitte à devenir criminel (en éliminant tous ses concurrents)

Le cinéaste se plaît à accumuler inventivités visuelles et autres démarches mortifères  menées tambour battant -on est obligé de rire ou sourire face à ce déploiement aux couleurs fluo ou flashy, aux mouvements quasi forcenés de caméra.  Certes on assiste à une critique du capitalisme en ses rouages extrêmes -cf les fondus, split-screens, surimpressions, autant de mailles qui enserrent enferment (à l’instar de ce corps ligoté en boudin ?)  Certes le comique peut naître aussi de l’incapacité du personnage à "tuer" et ses maladresses répétées rappellent les comiques d’antan -tout en sachant pertinemment que Yoo Man-so (excellent Lee Byung-Un) va tuer des autres employés aussi motivés que lui par leur travail, que sa colère vengeresse ne s’attaque pas aux "vrais responsables" tout simplement parce qu’il a intérêt à ce que le système perdure (et cela s’inscrit précisément dans la stratégie capitaliste,  comme révélateur de ce  symptôme:  l’individualisme poussé jusqu'au paroxysme)

Une séquence assez longue (10’ environ) celle qui confronte Yoo Man-soo à un riche entrepreneur frappe par cette surenchère d’effets -travellings sur les verres cadre renversé plan à partir de l’intérieur de la pinte. Autant d’effets venant contrarier le "faux" suspense ! volonté affichée d’inventivité de qui sait  "toucher à tout" 

Affirmons-le sans ambages autant nous avions apprécié le kaléidoscope d’images et d’errements en arborescence de Decision to leave (qui avait reçu le prix de la mise en scène à Cannes en 2022 ) autant nous sommes restés à quai face à un déploiement visuel, aussi virtuose soit-il…

Serait-ce dû à la comparaison implicite avec le film de Costa-Gavras ? (les choix esthétiques sont certes opposés alors que le sujet serait presque identique à savoir « le dilemme qui pousse un homme à agir comme un monstre pour s'éviter la culpabilité de voir la déchéance des siens dans la jungle sociale )

 

A vous de juger !!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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24 février 2026 2 24 /02 /février /2026 06:45

De Alexander Murphy (France Népal 2025)

 

Avec  Jamuna Budha MagarAnmuna Budha MagarAnjali Budha MagarLachhin Maya Budha Magar (qui jouent leur propre rôle) 

Installées à Katmandou, Jamuna et sa sœur Anmuna décident de retourner dans leur village natal, perché dans les hauteurs de l'Himalaya. Elles vont  prendre part avec la famille à la périlleuse récolte du yarsagumba, une créature rare, mi-champignon, mi-insecte, aux propriétés aphrodisiaques, dont la valeur dépasse aujourd'hui celle de l'or.

Au-delà de Katmandou

Le film s’ouvre sur un paysage à la sidérante beauté ; un paysage où une brume délicate enveloppe l’espace de monts légèrement bleutés alors qu’on entend un chant local (diffusé comme en écho d’un flanc à l’autre) Est-ce  l'Au-delà de Katmandou? 

Nous allons suivre le chemin de Jamuna accompagnée de sa sœur cadette, qui les mène de la ville grouillante de bruits d’odeurs, Katmandou, au village de leurs parents ; chemin parcouru en bus, balisé par des encarts (noms des lieux et leur altitude) avant que la famille réunie n’entreprenne un autre périple : la cueillette du yarsagumba à plus de 5000 mètres d’altitude. Un champignon rare mais dont la vente va assurer en partie les études de Jamuna au Japon (elle pourra envoyer de l’argent à ses parents pour qu’ils (sur)vivent dans de "meilleures conditions").

Le film se déploie ainsi sur deux « niveaux » qui  s'imbriquent ou se superposent. Si l’humain est au cœur de la démarche du cinéaste (cf entretien Arte « 28 minutes » samedi 21/02) il a trouvé son écrin dans cet environnement : les liens familiaux -insistance sur le sort des femmes, sur la précarité de ceux qui vivent dans les villages, sur l’avenir des  "jeunes" - sont aussi inébranlables (voire plus…) que les monts népalais, monts que le cinéaste invite à contempler dans leur somptuosité celle qui s’impose d’emblée au regard, celle que la lumière et l’altitude transforment en majestueuse quiétude ou inquiétante majesté.  Le périple -tel un chemin initiatique ou un « calvaire »- (c'est à 4 pattes que l'on peut "voir" le  yarsagumba avant de  l'extraire avec précaution )- se clôt sur les aveux (Jamuna dira à ses parents tant aimés qu’elle ne reviendra que dans 8 ans et que c’est pour leur bien-être qu’elle s’éloigne momentanément ); de cette vérité le cinéaste montre les  "effets"   sur la mère (gros plan sur son visage au regard sombre, voix off de Jamuna) et sur la sœur cadette qui ne peut contenir ses pleurs…

Une ascension où les protagonistes filméEs -en groupe ou séparément, silhouettéEs ou en gros plan- semblent soit se détacher du, soit faire corps avec un environnement, grâce au changement d'échelle et de focales; environnement où la rudesse de la survie (évoquée comme hors champ par le père) se déploie dans le mystère -inviolé- d'une sauvage   poésie …

Aux spectateurs qui  reprocheraient une esthétisation outrancière,  osons faire valoir la "spécificité" de ce film : l'alliance duale -parfois duelle-  entre  ethnographie et poésie,  

Oui  nous avons  assisté à une quête.  Oui ce  film analyse avec délicatesse les liens qui unissent les 4 sœurs  et leurs parents ainsi que le bouleversement "émotionnel" qui précède une séparation .

Oui nous avons été subjugué  par la maîtrise d'une caméra qui sait imposer à notre  contemplation,  la magnificence des paysages l

 

A NE PAS MANQUER 

 

Colette Lallement-Duchoze

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23 février 2026 1 23 /02 /février /2026 06:53

De Cyril Aris (Liban 2025)

 

avec  Hassan Akil (Nino) Mounia Akl (Yasmina),

 

Prix du public au Giornate degli Autori (sélection parallèle de la Mostra de Venise (2025)

 

Sélectionné pour représenter le Liban dans la section du meilleur film international lors de la 98ème cérémonie des >Oscars 

Nino et Yasmina tombent amoureux dans la cour de leur école à Beyrouth, et rêvent à leur vie d'adulte, à un monde merveilleux. 20 ans plus tard, ils se retrouvent par accident et c'est à nouveau l'amour fou, magnétique, incandescent.

Un Monde fragile et merveilleux

Comment aimer dans un pays où tout menace constamment de s’effondrer ? Comment construire un futur heureux quand on a toujours connu la violence et la perte ?

 

 Dès le prologue la coexistence Vie/Mort va  encoder le film  tout en l'inscrivant  dans le conte, la "romance". L’hôpital où naissent à une minute d’intervalle Nino et Yasmina est bombardé -rythme et bande son illustrent cette déflagration par-delà les vagissements et pour la fiction vont sceller le destin de ces deux personnages Oui nous sommes d’emblée propulsés dans un "monde fragile" celui du Liban (Nino et Yasmina seront témoins de toutes les dévastations, qui simultanément façonnent et contrarient  leurs projets surtout ceux de Yasmina). Alors que le dernier tronçon de rail a été détruit ce jour-là, le cinéaste va faire d’un wagon désaffecté le lieu de l’évasion (rendez-vous des gamins, puis des adultes devenus) afin d’atteindre cette île (thématique récurrente) havre de quiétude (où reposent les parents de Nino) et idéal inaccessible ( ?)

Un conte romantique qui fait dialoguer sur  30 ans une histoire d’amour avec l’histoire du Liban en mêlant (cf l’oxymore du titre) la réalité d’un pays fracturé par les crises- et sa transcendance de et par l’amour. -quand bien même les  "amants" sont dissemblables (en écho voici deux visages de la capitale lumineuse et sombre, somptueuse et sordide) Grâce aux analepses, l’enfance et la pré-adolescence s’en viennent colorer le présent. Un présent encore marqué par des traumatismes -perte ou divorce des parents-  et dont la linéarité chronologique n’aurait pu rendre compte. Un présent des  "compromis" ou du moins des  "choix"  toujours renouvelés, à cause précisément de la situation fragile et précaire du Liban (cible entre autres malheurs, des frappes israéliennes, ce dont témoignent des images d’archives) Des scènes "comiques" (on retiendra l’entêtement du chef cuisinier qui revendique ses spécificités italo-libanaises et refuse d’apporter du sel aux convives…) des séquences d’intense sensualité et le recours à l'humour ponctuent le parcours en rompant momentanément avec les "cauchemars" ; momentanément car le contexte impose des choix de rupture ; et la mise en scène d’abord lumineuse et pétillante se fait de plus en plus grave. Gravité relayée il est vrai par l’invention d’une émancipation…  .Ô prodige du fantasme! 

Tendresse pour les personnages, déclaration d’amour à Beyrouth et au Liban c’est ce que revendiquait le cinéaste  pour son premier long métrage 

Un pari réussi  (malgré parfois un manque de fluidité, et des  étirements inutiles )

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 07:00

De Jonàs Trueba (Espagne 2016)

 

Avec Itsaso Arana (Manuela) Francesco Carril (Olmo) Candela Recio (Manuela jeune) Pablo Hoyos (Olmo jeune) Aura Garrido (Carla) Rafael Berrio (le père de Manuela)

 

Musique Rafael Berrio

Madrid. Manuela et Olmo se retrouvent autour d’un verre, après des années. Elle lui tend une lettre qu’il lui a écrite quinze ans auparavant, lorsqu’ils étaient adolescents et vivaient ensemble leur premier amour. Le temps d’une folle nuit, Manuela et Olmo se retrouvent dans un avenir qu’ils s’étaient promis.

La Reconquista

Nous avions suivi Eva en août 2019 dans la torpeur madrilène; nous avions vu entendu de micro événements à la Rohmer répondant à l’injonction « venez voir »2022 , avant d’être sollicité pour une urgence -célébrer la séparation entre Ale et Alex après 14 ans de vie commune- dans septembre sans attendre 2024…. Dans La reconquista réalisé en 2015 inédit en France nous retrouvons la même dilection pour les dialogues- qui enchevêtrent références philosophiques, ou littéraires le même goût prononcé pour les plans séquences et plans fixes et le « jeu » sur les temporalités (éphéméride, éclatement de la chronologie , dilution ou resserrement) C’est dire l’importance d’un long métrage qui d’un point de vue purement biographique scelle la rencontre du réalisateur avec l’actrice Itsaso Arana (qui sera sa compagne) et d’un point de vue créatif est une sorte de prélude -il contient l’essentiel des œuvres à venir…

Composé de deux mouvements (cf l'affiche) -une nuit à Madrid et un flashback sur les adolescents de 15 ans -est-ce le souvenir qui s’impose à Olmo quand il sommeille ? mouvements entrecoupés par l’intermède et le rôle de Carla- La Reconquista s’ouvre sur un plan-portrait, plan fixe prolongé sur le visage d’Itsaso Arana qui se détache sur un mur bleu. Un regard une légère moue une attente « je confie mon cœur au futur et j’attends »- (a-t-on pu lire auparavant). Silence (avant la logorrhée…). Une promesse (se retrouver après 15 ans) Au bout de la nuit, aurore  insoupçonnée? 

Des détails en I -dont certains anodins- acquièrent en densité dans leur confrontation avec le passé ressuscité en II -ainsi les propos d’Olmo -initiateur de la rupture?- seront démentis par le flashback.

Voici les corps des deux trentenaires, séparés dans le parc puis face à face au restaurant chinois côte à côte au concert avant leurs frôlements sur un air de swing et la tentative (avortée) d’un baiser… En parallèle voici les adolescents main dans la main, (balade en extérieur) corps contre corps dans la caresse pudique des attouchements (chambre) et l’ivresse de la première fois

La lettre elle-même écrite par Olmo 15 ans auparavant (dont le spectateur ne connaîtra la genèse et le contenu que dans la deuxième partie ) et que Manuela lors de cette « rencontre » programmée fait lire à son auteur - se pare de fonctions différentes (catalyseur révélateur mode de questionnement) selon qu’elle est lue en silence, en off ou à haute voix mais aussi selon les extraits choisis. C’est au terme d’une troisième lecture par Olmo adulte que le spectateur lui aussi est amené à déchiffrer le sens profond de ces troublants arcanes Et précisément cette « première fois » a-t-elle été sacralisée ou au contraire effritée par les marques du temps ? Carla la compagne (actuelle) d’Olmo dira explicitement l’importance d’un premier amour …

Les deux chansons écrites et interprétées par leur auteur (dans le film Rafael Berrio interprète aussi le père de Manuela) disent ce désir de l’ailleurs tout en insistant sur la solitude de qui serait prisonnier de sa propre mélancolie (à noter ici que la séquence concert propice aux jeux de dédoublement a la délicatesse du film dans le film qu’on avait appréciée d’ailleurs dans septembre sans attendre 2024)

Mais ne pas se méprendre :  la reconquête est moins celle de l’amour que celle de la mémoire, du temps (aux accent proustien.et rohmérien à la fois ??)

Un film à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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