Documentaire réalisé par Avril Tembouret et Vladimir Rodionov (2026 France)
présenté dans de nombreux festivals dont
le FIFA (festival international du film sur l'art ) de Montréal
Alexandre Trannoy. Le nom de ce réalisateur ne vous dit rien ? C’est normal : malgré 30 ans de projets, et de tournages avec Jean Rochefort, Anouk Aimée ou Lino Ventura, Trannoy n’a jamais réussi à terminer le moindre film… Enquête haletante sur un rêveur sublime.
‘Alexandre Trannoy est un fantasme de réalisateur il a quelque part fait la carrière qu’on aurait rêvé d’avoir
Un loser ce n'est pas vendeur (parole de producteur)
Plus de 15 ans d’enquête, de recherches d'aléas de refus - le point de départ ? la rencontre avec Jean Rochefort, les deux "futurs cinéastes" ont 20 ans-. Et voici qu’une figure fantomatique du cinéma doit s’incarner à l’écran, prendre corps, et voici que doit advenir l’inespéré alors que subsiste(ra) un doute… Mais peu importe ! l’essentiel n’est-il pas de questionner une absence qui a les vertus de la promesse ?. Ah rémanence quand tu nous tiens… Alexandre Trannoy :Tant de projets ambitieux, tous avortés ! Et ce doc est d’autant plus poignant que la plupart des interviewéEs (entre 2010 et 2011) qui auraient dû être têtes d’affiche, (Jacques Perrin, Jean Rochefort, Anouk Aimée) sont décédéEs ainsi que le scénariste Jean Claude Carrière et le critique Michel Boujut ; leurs voix ont "l'inflexion des voix chères qui se sont tues "
Comment faire advenir le non visible quand on ne dispose de presque rien comme matériau (rares archives, et fragments de vie, souvenirs …contradictoires)- Comment rendre palpable concret, l’inconsistant ?
Une voix off celle d’Avril Tembouret qui tutoie interpelle; une voix qui s’en vient comme habiller le vide -des plans sur des façades ou des paysages aux couleurs délavées - une liste des films annoncés, les commentaires de ceux qui ont côtoyé Alexandre Trannoy (surtout Rochefort mais aussi Lelouch et E Baer) filmés en frontal en gros plan. N’en doutons pas cette quête de l’absent (et de l’absence) le vrai sujet du film, a le vertige de l’inconnu. Peu importe dès lors qu’Alexandre Trannoy fût un escroc (cf les commentaires dépités pleins de rancœur d’un producteur abusé ou ceux plus "facétieux" de Rochefort qui se plaît à dissocier "métier" et "morale" afin de justifier son consentement à une "escroquerie" )
L’image récurrente de brisures (où l’on peine à deviner une silhouette) brisures comparables à celles d’une comète -fracassée sur le bloc de l’Immanence- sera le fil conducteur plus que celle du portrait agrandi auquel répond en écho celui de Marlène Dietrich, la divine, idolâtrée du cinéaste
Oui en jouant avec nous (tout en jouant de nous) ce documentaire invite à nous interroger sur la "magie" propre au cinéma : la fabrication d’un fantasme avec ses parts d’ombre – et qui le resteront- , la coexistence d’illusions et de fougue créatrice. Soit le continuum entre l’œuvre invisible d’Alexandre Trannoy et le documentaire qui lui est dédié ; avec ces effets de mise en abyme et l’ interrogation récurrente sur la frontière (si poreuse) entre réel et imaginaire
‘Comme il est de bon ton (pour ne pas dire recommandé) d’émettre des réserves de "critiquer" on pourra toujours déplorer une forme de systématisme, une approche assez "simpliste" (ne serait-ce qu’au niveau du montage, convenu).
N’empêche il faut saluer une gageure : faire voir ce qui échappe au regard, et entendre cette ode au cinéma (qui est simultanément ode aux losers) grâce à cette bande-son signée Frédéric Alvarez qui relie les années 50 -70 à notre contemporanéité
A voir
Colette Lallement-Duchoze
NB Séances samedi (16/05) 11h et dimanche (17/05) 11h salle 7
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