14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 08:44

Documentaire réalisé par Avril Tembouret et Vladimir Rodionov (2026 France)

 

présenté dans de nombreux festivals dont

le FIFA (festival  international du film sur l'art ) de Montréal 

Alexandre Trannoy. Le nom de ce réalisateur ne vous dit rien ? C’est normal : malgré 30 ans de projets, et de tournages avec Jean Rochefort, Anouk Aimée ou Lino Ventura, Trannoy n’a jamais réussi à terminer le moindre film… Enquête haletante sur un rêveur sublime.

L'Oeuvre invisible

‘Alexandre Trannoy est un fantasme de réalisateur il a quelque part fait la carrière qu’on aurait rêvé d’avoir

Un loser ce n'est pas vendeur  (parole de producteur)

 

Plus de 15 ans d’enquête, de recherches d'aléas de refus - le point de départ ?  la rencontre avec Jean Rochefort, les deux  "futurs cinéastes" ont 20 ans-. Et voici qu’une figure fantomatique du cinéma doit s’incarner à l’écran, prendre corps, et voici que doit advenir l’inespéré alors que subsiste(ra) un doute… Mais peu importe ! l’essentiel n’est-il pas de questionner une absence qui a les vertus de la promesse ?. Ah rémanence quand tu nous tiens… Alexandre Trannoy :Tant de projets ambitieux, tous avortés ! Et ce doc est d’autant plus poignant que la plupart des interviewéEs (entre 2010 et 2011) qui auraient dû être têtes d’affiche,   (Jacques Perrin, Jean Rochefort, Anouk Aimée)  sont décédéEs ainsi que le scénariste  Jean Claude Carrière et  le critique Michel Boujut ; leurs voix ont  "l'inflexion des voix chères qui se sont tues

Comment faire advenir le non visible quand on ne dispose de presque rien comme matériau (rares archives, et fragments de vie,  souvenirs …contradictoires)- Comment rendre palpable concret, l’inconsistant ?

Une voix off celle d’Avril Tembouret qui tutoie interpelle;  une voix qui s’en vient comme habiller le vide  -des plans sur des façades ou des paysages aux couleurs délavées - une liste des films annoncés, les commentaires de ceux qui ont côtoyé Alexandre Trannoy (surtout Rochefort mais aussi Lelouch et E Baer) filmés en frontal en gros plan. N’en doutons pas cette quête de l’absent (et de l’absence) le vrai sujet du film, a le vertige de l’inconnu. Peu importe dès lors qu’Alexandre Trannoy fût un escroc (cf les commentaires dépités pleins de rancœur d’un producteur abusé ou ceux plus "facétieux"  de Rochefort qui se plaît à dissocier "métier"  et  "morale"  afin de justifier son consentement  à une "escroquerie" )

L’image récurrente de brisures (où l’on peine à deviner une silhouette) brisures comparables à celles d’une comète -fracassée sur le bloc de l’Immanence- sera le fil conducteur plus que celle du portrait agrandi auquel répond en écho celui de Marlène Dietrich, la divine,  idolâtrée du cinéaste

Oui en jouant  avec nous (tout en jouant de nous) ce documentaire invite à nous interroger  sur la  "magie"  propre au cinéma : la fabrication d’un fantasme avec ses parts d’ombre – et qui le resteront- , la coexistence d’illusions et de fougue créatrice. Soit le continuum entre l’œuvre invisible  d’Alexandre Trannoy et le documentaire qui lui est dédié ; avec ces effets de mise en abyme et l’ interrogation récurrente sur la frontière (si poreuse) entre réel et imaginaire

Comme il est de bon ton (pour ne pas dire recommandé) d’émettre des réserves de "critiquer"  on pourra toujours déplorer une forme de systématisme, une approche assez  "simpliste" (ne serait-ce qu’au niveau du montage,  convenu).

N’empêche il faut saluer une gageure : faire voir ce qui échappe au regard, et entendre cette ode au cinéma (qui est simultanément ode aux losers) grâce à cette bande-son signée Frédéric Alvarez qui relie les années 50 -70 à notre contemporanéité

A voir

 

Colette Lallement-Duchoze

 

NB  Séances samedi (16/05)  11h et dimanche (17/05) 11h salle 7

 

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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 06:58

Dao

D'Alain Gomis (France Guinée Bissau 2025)

 

Avec Katy Correa (Gloria) , D'Johé Kouasio (Nour) Samir Guesmi (Slimane) Nicolas Bouchaud (François)

 

Compétition officielle Berlinale 2026

"Aujourd’hui Gloria marie sa fille en banlieue parisienne. Il y a peu, en Guinée Bissau, elle assistait à la cérémonie qui consacre son père décédé en ancêtre. D’une cérémonie à l’autre, entre passé et présent, vie et mort, réalité et fiction, Gloria se réconcilie avec son histoire, trouve sa place et connaît un moment de paix".

Dao

Des spectateurs quittent la salle; cette attitude en dit plus sur leur "ressenti" que sur le film lui-même... Ne pas confondre "émotion" et "raison" (quand bien même la confusion est  devenue une constante dans les appréciations ...quel que soit le domaine envisagé) 

 

Le titre? il fait référence  au  "symbole circulaire de l'énergie matricielle qui unit les choses du monde dans la tradition taoïste" peut-on lire sur l'écran tout au début! Et de fait  en filmant deux  cérémonies (un mariage et une célébration mortuaire) l'une vécue présentement en Ile de France, l'autre en Guinée Bissau mais  revisitée par le souvenir , en les filmant d'abord en montage alterné puis par enchevêtrement,  le cinéaste  illustre avec pertinence la dynamique incluse dans le titre.

Le lien entre mariage et consécration du défunt/ancêtre est  assuré par Gloria,(épatante Katy Correa) mère de l'épousée et fille du défunt , mais aussi par des "raccords" (- cf cette  succession de deux voies de communication typiques de deux "pays"), par les "changements vestimentaires" du personnage principal , par le passage "écran noir"  ou des faux splitscreen. 

Par-delà les "cérémonies" c'est à un voyage tourbillonnant dans le temps (passé et présent de Gloria) l'espace (Yvelines et Guinée Bissau) qu'est convié le spectateur, un  tourbillon de  flux et reflux, prières , danses, chatoiement des couleurs,  exaltation de la voix et des corps,-(quand les personnages sont  filmés de très près par une caméra virevoltante  ou au contraire moments de "pause" et plans américains ) Et  parfois Gloria  est isolée mais jamais en surplomb , manifestant  un certain scepticisme ( du moins  affichant une certaine distance) ou ce sont des  querelles intestines qui (re)font surface.

Une famille un village une contrée un pays , un passé colonial,  un présent où l'immigré est fustigé. Un  film choral(e)  - les nombreux personnages qui participent ont chacun leur "mot à dire" leur corps à faire vibrer au son d'une musique composée par Abdullah Ibrahim 

 

 Dao s'ouvre sur une "séance de casting"  les futures "actrices" face à la caméra d'Alain Gomis (qui restera hors champ) disent leur texte commentent interpellent et  la relation metteur en scène /acteur va ponctuer de façon récurrente le film  Oui Dao est une "fiction" même si elle est traversée ça et là par des  séquences qui rappellent le documentaire ethnographique (dont les croyances animistes,  les rituels, le mode de vie et survie) 

 

Le film est certes assez long (un peu plus de 3h) certains plans prolongés peuvent "heurter"  (sacrifice d'animaux,  propos moqueurs aux relents racistes ) d'autres inutilement insistants (bagarres, mémorial, discussions- récitées )

Est-ce suffisant pour bouder un tel film???  Ma réponse sera NON

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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10 mai 2026 7 10 /05 /mai /2026 07:13

De Yoon Ga-Eun (Corée du Sud 2025)

 

Avec Seo Su-bin, Jang Hye-jin, Kim Jeong-sik 

 

Joo-in est une lycéenne espiègle et appréciée de tous. Un jour, un camarade de classe lance une pétition que tous les élèves signent, sauf elle. Son monde, en apparence paisible et insouciant, dissimule un passé douloureux auquel Joo-in est alors contrainte de faire face

The World of love

La société coréenne se soucie peu de la manière dont [les victimes] continuent à vivre. C’est une société basée, encore aujourd’hui, sur le confucianisme, le patriarcat et qui semble manquer d’empathie envers les victimes. (Yoon Ga-Eun) Dont acte

Un projet original et audacieux (ou du moins considéré comme tel par un public occidental) ne serait-ce que dans le traitement de sujets «graves » (violences sexuelles irresponsabilité parentale) mais la légèreté apparente n’exclut pas la gravité et le choix d’une "mosaïque" de générations (3 ou 4 seront représentées) permet à la réalisatrice de "montrer" -mettre en scène- avec pertinence la façon dont le "trauma" attaque corrode et se métamorphose, comment il s’infiltre dans les relations les oriente (choix du silence complice ou non) , comment il taraude le corps en dehors des plaies évidentes, à colmater, comment il persiste .contamine ou au contraire se dissimule. Rien d’étonnant à ce que les "réactions"  soient très différentes…Or la personnalité de la jeune lycéenne semble les contenir toutes ou du moins illustrer leur tension.

Après un long plan sur un baiser entre deux lycéens, voici une succession rapide de tableautins, tels des fragments, où s’impose la personnalité facétieuse  de la lycéenne (excellente Seo Su-bin) et ce, quel que soit le contexte (en famille, en classe , dans la salle de sport où elle pratique le taekwondo -la voie du coup de pied et du coup de poing- ) ; elle a ses fans, elle séduit mais ne s’attache pas ; son jeune frère pratique la magie, sa mère (alcoolique …) a aussi la charge de l’établissement scolaire, son père absent ne répond pas à ses sms …

Mais dès l’instant où elle refuse de signer une pétition (qui s’oppose au retour d’un pédocriminel) ou du moins exigera -t-elle d’en supprimer une phrase, tout se fissure…le passé ressurgit. Elle avoue  avoir été victime  de violence sexuelle… se rétracte.. et simultanément  son univers relationnel s’étrécit  (ce dont témoigne une "suspicion" quasi générale)

La séquence la plus terrible (celle qui prend aux tripes celle qui fait hérisser le poil) est bien celle dans la voiture,  où mère et fille  sont  filmées de dos ; la voiture est à l’arrêt dans une station de lavage automatique ; l’eau asperge progressivement le pare-brise la carrosserie  ; la parole se libère, plus le bruit des balais-brosses ira s’amplifiant plus la jeune fille va hurler son désespoir; mère accusée impassible … Et….le mouchoir offert  n’est pas cynique dérision !

Un film qui refuse les stéréotypes et les clichés faciles sur les difficultés d’une "reconstruction"  (suite au trauma  lié à des  violences sexuelles)

The world of love un film à ne pas manquer  

 

Colette Lallement-Duchoze

Nb s’interroger sur la récurrence de la pomme (qui n’a sûrement pas les connotations liées à la culture biblique occidentale…)

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9 mai 2026 6 09 /05 /mai /2026 13:23

de Paolo Virzi (Italie 2025)

 

avec Valerio Mastandrea, Galatea Bellugi, Valeria Bruni Tedeschi , Ilaria Spada

Présenté à la 20ème édition de la  Fête du cinéma de Rome

Adriano, un homme solitaire, vit dans les anciennes écuries de la Villa Guelfi, une demeure abandonnée. Lorsqu’une communauté de jeunes s’installe sur la propriété pour restaurer les terres et les vignes, il tente d’abord de les chasser. Parmi eux, Matilde, profondément liée à la villa où elle a grandi auprès de son grand-père, ravive la mémoire des lieux. Ils vont devoir apprendre à vivre ensemble…

Cinque secondi

5 secondes et TOUT peut basculer

Qui est cet homme bourru au physique négligé, reclus dans une maison isolée en Toscane ? (le film a été tourné dans le village de Ceri, hameau de Cerveteri) Quels secrets enfouis dans cette maison -ex écuries de la Villa Guelfi ? Et le paysage toscan filmé à différentes saisons en est-il le réceptacle ?

Il est vrai que le film au début intrigue et qu’une des astuces de la mise en scène -où triomphe d’abord la suggestion- sera de livrer progressivement, par fragments, touches successives, les éléments d’un puzzle, (grâce à des flash-back au moment du procès) sur la relation père/enfants, sur la responsabilité de celui qui a failli à ses "devoirs", grâce aussi à des révélations presque inattendues au cours de conversations

De ce drame humain (poignant par instants il est vrai) on devine la finalité–(re)donner aux deux personnages principaux comme endeuillés (Mathilde et Adriano) moins la force de …que la conscience d’eux-mêmes …Et on ne saurait critiquer l’interprétation magistrale de Valerio Mastandrea ; la présence irradiante de Galatea Bellugi -même si son jeu est moins convaincant que dans l’Engloutie ou la Condition ou encore l’Apparition !!

Or dès l’instant où sont mises en place plusieurs dynamiques (opposition générationnelle, la jeune comtesse idéaliste vs le quinqua bourru pétri de préceptes "démodés",  responsabilité et culpabilité, tentative de  "rédemption", dès l’instant où elles se clarifient -entendons quand la raison explicative  a remplacé la "suggestion ",  le regard est trop paternaliste et l’approche trop sociologisante.

Bien plus des mini séquences (le travail de la terre, des vignes, le pressage à l’antique, l’évacuation par les forces de l’ordre, l’accouchement …) et certains discours (sollicitude presque expiatoire vs refus de la modernité technologique et médicale) laissent pantois tant ils/elles (ré)sonnent faux; et jusqu’au traitement de l’humour par trop appuyé -les larmes de la mère au tribunal et en écho les perles de sueur sur le front de l’avocate, visite de la maison à de futurs promoteurs  casqués …(avec toutefois un bémol : Valeria Bruni Tedeschi,- en Giuliana ex associée ?  Maîtresse ? ou les deux ?-  donne le change, personnage fantasque arborant truculence langagière, augmentation mammaire et perruque…alors que l’on devine…)

Mais il est un personnage à part entière : cet endroit de Toscane à l’abri du tourisme de masse, presque archaïque (ou proto historique) - les Etrusques sont encore « vivants » !!!! que le chef op Luca Bigazzi, magnifie dans ses métamorphoses (lumières et saisons)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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8 mai 2026 5 08 /05 /mai /2026 05:38

Du 13  mai au 13 juin 2026

 

LIEUX

 Cinéma Ariel Mont Saint Aignan

Cinéma  Omnia République Rouen

Quartier libre

Musée des Beaux-Arts 

Bibliothèque Simone de Beauvoir

Bibliothèque Saint Sever 

Centre photographique de Rouen

Le Courtivore Festival du court métrage 25ème édition

Le Courtivore revient pour son 25ème anniversaire ! 18 films seront en compétition (sur près de 1600 reçus cette année), parmi lesquels 11 pays de production seront représentés. Une programmation qui, cette année, fait la part belle aux documentaires ; mais continuera de présenter tous les genres, pourvu qu’ils soient courts !
Le monde du court métrage évolue au rythme de la société et de ses préoccupations, avec des thématiques comme celle des nouvelles technologies, et notamment de l’intelligence artificielle, décortiqués sous différents angles et expérimentations ; venant se mêler à d’autres explorations et sensibilités humaines.Cette édition dirigera ses projecteurs également sur les métiers du cinéma, avec des partenaires qui viendront transmettre leurs savoir-faire et leur passion pour ces métiers variés et si complémentaires

Le Courtivore Festival du court métrage 25ème édition

PROGRAMMATION

 

Programmation 2026 | courtivore

 

Mercredi 13 Mai 20h 

BEST OF 2025  Les courts de rattrapage QUARTIER LIBRE 

 

Vendredi 15 Mai 20h  

ACTE I (6 courts métrages) Cinéma ARIEL 

 

Vendredi 22 Mai 20h 

 ACTE II  (6 courts métrages) Cinéma OMNIA

 

Vendredi 29 mai 20h 

ACTE III  (6 courts métrages) Cinéma ARIEL

 

Samedi 13 juin 20h

LA FINALE  Cinéma OMNIA

 

SEANCES THEMATIQUES (hors compétition)

 

Filmons sous la pluie

Samedi 23 mai 21h MUSEE DES BEAUX ARTS 

 

Grande soirée Archimède 

Mercredi 27 mai 19h Cinéma OMNIA

 

Sueurs froides 

Mercredi  3 juin 20h Quartier libre 

 

Horticourt

Vendredi 5 juin 19h Centre photographique Rouen Normandie

 

Dans les coulisses d'un film

Mardi 9 juin 19h30 Bibliothèque Saint Sever

 

L'arrière du décor 

 Mercredi 10 juin  19h Quartier Libre (Rouen)

 

Making of 

Mercredi 10 juin 20h30 Quartier libre (Rouen)

 

 

Le Courtivore Festival du court métrage 25ème édition
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5 mai 2026 2 05 /05 /mai /2026 11:43

De Lynne Ramsay (Canada 2025)

Avec Jennifer Lawrence, Robert Pattinson, , Sissy Spacek, Lakeith Stanfield, Gabrielle Rose

Adapté du roman "Crève mon amour" de l’autrice argentine Ariana Harwicz,

Présenté en Compétition officielle au festival de Cannes 2025

Grace et Jackson fuient New York et décident de fonder une famille dans l’immensité sauvage du Montana. Mais quand leur fils naît, lasse et en proie à une solitude grandissante, Grace sent sa réalité lui échapper. Peu à peu, elle perd pied, fragilisée par une maternité qu’elle affronte presque seule.

Die, my love

Enfermés dans le cadre (format 4,3) -et en eux-mêmes d'ailleurs face à un monde qui se déroberait-, enfermés dans cette maison et un environnement aux fausses perspectives (la marche vers -un ailleurs ?- ramène immanquablement à la maison qui  devient le "regardeur") les deux personnages (l'une hystérique, l'autre falot) semblent condamnés au huis clos mortifère. Serait-ce l'aboutissement inéluctable de ce qui a précédé -hors champ- mais que l’embrasement initial d'une forêt, avec ses crépitements incandescents symbolisant l’enfer (du couple...). laisse augurer, alors que le titre s’affiche en écriture néon et qu’une musique très agressive s'empare du tout (en écho l’embrasement final …. chargé d’un  autre message??) Seraient-ils ces rats de labo (identiques ou opposés à ceux qui frémissent grignotent  libres tout au début de l’emménagement dans la maison dont a hérité Jackson suite au décès de son oncle )?

La bande-son saturée (aboiements du chien, vagissements du bébé, cris hystériques de Grace, bris de verre, musique à pleins décibels) est au service d’une narration électrique –! Mais les scènes répétitives (Grace en féline sur le gazon, Grace et ses provocs, son visage maculé de plaies, de sang de cernes, Grace et le couteau Grace et ses mutilations Grace et ses fantasmes (le voisin motard) Grace et toutes ses visions mentales) si elles rythment son existence, en même temps que le film, si elles sont censées marquer une gradation dans la "dépression" ou du moins "l'illustrer" (tout en  alternant avec des instants de "délicatesse" de la mère aimante et caressante), peinent à convaincre ..( ce n'est pas seulement un film sur le post partum Je pense que le film parle de beaucoup de choses mais surtout de la dépression . Grace est déprimée,  elle n’arrive plus à faire ce qui d’ordinaire lui plaît ; je pense que beaucoup de gens peuvent s’identifier à elle,  même si leur souffrance n’est pas si intense explique la cinéaste)

Certes le film est traversé par des fulgurances (récurrence de la présence d’un cheval, cet animal aussi indomptable que Grace ; lumières étranges qui donnent l’impression d’un kaléidoscope à l’instar d’une psyché disloquée ) Certes Grace (saluons ici la prestation de Jennifer Lawrence) qui se moque de toutes les convenances et conventions d’usage incarne une soif de vivre et une appétence sexuelle -que la grossesse et la maternité n’ont pas ternies- et qu'elle oppose simultanément aux pulsions  (?) suicidaires !!!

Mais… globalement Die, my love est trop boursouflé pour entraîner l’adhésion et le spectateur a envie de faire sienne l’injonction finale « ASSEZ »...

 

Colette Lallement-Duchoze

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3 mai 2026 7 03 /05 /mai /2026 08:27

De Zeki Demirkubuz (Turquie 2025)

 

avec Avec Miray Daner, Burak Dakak, Cem Davran, Umut Kurt

Contrainte à un mariage arrangé, Hicran s’enfuit de chez elle. Inquiété par sa disparition, son supposé fiancé Riza quitte son village pour Istanbul, à la recherche de celle qu’il n’a pas eu le temps de connaître. Face à la réalité d’un monde masculin qui veut la soumettre, Hicran s’abandonne à son destin qui ne cessera de la surprendre

Hayat

 La thématique ? le mariage arrangé- et son corollaire la domination masculine- que dénonce le cinéaste avec une singularité… désarmante. Absence de musique (ou presque) , longs plans séquences, alternance dialogues et silences pesants, laconisme et prolixité, mais surtout ellipses et procédés d’attente. Ainsi le personnage féminin Hacran au début n’est qu’un « nom », un visage sur une photo, ou une apparition (rêve) le point de vue adopté étant celui de l’éconduit Riza parti à sa recherche…. Car la jeune femme a fugué  et son « geste » est commenté du seul point de vue de l’homme (la scène d’ouverture où l’on voit le père proférer des propos comminatoires tant il est décidé à « tuer » celle qui a « fait honte » à sa famille est d’une violence inouïe ; en écho nous le verrons plus tard la tabasser avec un acharnement tel qu’il aurait entraîné la mort sans l’intervention de la mère …)

Dans un premier temps donc le personnage « principal » (car il y va de sa vie, de son présent et de son avenir) Hacran n’existe  que par le regard du mâle, elle n’est qu’une « ombre » et ce choix narratif -et  dramatique à la fois-  participe de (à) cette thématique de l’effacement (auquel le final déroutant fera écho, quand la voiture s’engouffre dans l’obscurité d’un tunnel…mais ne pas spoiler…)

Effacement ? Le discours de l’homme (le père, les amoureux prétendus et prétendants, le milieu stambouliote de la prostitution, le professeur plus âgé épousé …) ravale la femme au rang de simple domestique, d’officiant obéissant, mais quand Hacran revient, qu’elle est sur le devant de la scène, subsiste une forme paradoxale d’effacement, l’opacité, car la jeune femme se dérobe aux attendus (cf le regard de l’actrice Miray Daner, un paysage si loin si proche, difficile à décrypter !). Refus de volonté interprétative (hormis quand elle affirme ne pas détester son père, déplorer la soumission de sa mère, ou qu’elle se comporte en « sœur » aimante avec sa propre petite sœur et avec la fille du professeur …) Ce qui justifierait le paradoxe (incompréhensible pour le spectateur) épouser un homme plus âgé qu’elle (cf les longs monologues égocentrés du « professeur ») Et si cette « opacité » était marque de « révolte » plus qu’« astuce » narrative ? Le film dans son entièreté s’interroge avec subtilité sur la notion de « point de vue » (par-delà les clivages ville/campagne, par-delà toute forme de manichéisme) dès lors on est en droit de se demander si le cheminement séparé et conjoint de Riza et Hacran ouvre une « autre » perspective » ou illustre la résignation !!!

Ellipses et paradoxes apparents ; singularité d’un film dont on peut certes déplorer quelques longueurs -dont certaines conversations) mais qui (sans l’esthétisme et la langueur  propres à Nuri Bilge Ceylan) dénonce avec une âpreté non dissimulée la société turque (ainsi la succession de deux scènes -tabassage et mosquée- en dit long sur les deux forces concomitantes qui la régissent religion et patriarcat…)

A ne pas bouder !

 

Colette Lallement-Duchoze

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2 mai 2026 6 02 /05 /mai /2026 06:06

De Yūho Ishibashi (Japon 2023)

Avec Erika Karata (Nozomi Iizuka) Haruka Imo (Kanako Omo) Kazuma Ishibashi (Shunsuke Moriguchi) Yūto Nakayama (Keisuke Tabuchi) Oto Abe (Ayano Saito) Toshiro Yashiba (Sugimoto Minoru)

Musique Abe Umitaro

Film d’ouverture Festival des cinémas d’Asie Vesoul

d'après le roman La Fille de la Supérette de Murata Sakaya

À 24 ans, Nozomi a abandonné son tailleur de commerciale pour l'uniforme modeste d'une supérette. Entre la monotonie rassurante du quotidien et la complicité de ses collègues, elle pense avoir trouvé un fragile équilibre. Cependant, l'irruption d'une ancienne amie du lycée dans le "konbini" vient bouleverser sa routine et la confronter à ses choix de vie.

La fille du konbini

Se méfier de certaines réactions « Que c’est ennuyeux, il ne se passe rien » En tout cas ne pas se fier à

Oui il ne se passe pas grand-chose. Et comment pourrait-il en être autrement dans un film qui se veut minimaliste et délicat afin d’être en harmonie avec le personnage principal (tout en intériorité en proie à ses problèmes existentiels à l’opposé d’ailleurs de sa collègue extravertie) ? Une ténuité scénaristique doublée de répétitivité n’est pas pour autant synonyme d’ennui…

Accomplir au quotidien les mêmes gestes (prise de repas seule dans l’appartement, couchers et réveils, déplacement à vélo, attente du client dans le konbini, dans la position figée d’une statue filmée en frontal, encaisser rendre la monnaie, encaisser aussi la mauvaise humeur de certains clients, accepter les remplacements à la demande du « boss ») serait un « choix » assumé quand il s’agit de jeunes étudiants (le job est passager) mais problématique pour Nozomi Iizuka ? ( on apprendra par bribes qu’elle sort d’un burn out et qu’elle n’ose avouer à sa mère avoir quitté son métier de cadre commerciale …)

Dès le premier plan les couleurs pastel délavé (on a l’impression que le personnage se fond dans le vide de l’environnement), et la voix off, même si je n’étais plus là, le monde n’arrêterait pas de tourner laissent perplexe. Tentation du suicide d’autant que le personnage s’est arrêtée, accoudée sur la rambarde du pont ? Ou acceptation d’un sort ? celui que précisément l’on met en scène ou en image afin de dénoncer l’aliénation et la banalité du travail dans un monde normatif

La répétition des mêmes gestes (à signaler que la réalisatrice en modifie les approches par différents angles de vue) va être perturbée d’abord par la défaillance d’une tringle à rideaux (à l’instar d’ailleurs d’une pensée qui titube avant les choix décisifs) Mais la transformation profonde de la jeune femme va s’opérer au contact de ses co-équipiers (dont le jeune Moriguchi) certes et surtout par la rencontre inopinée d’une ex camarade de classe ; la fragile la solitaire la pudique et quasi muette Nozomi Iizuka progressivement se confie, prend conscience de, et après avoir dépassé son mal-être, assume le quotidien qui s’est mué en choix de vie - (l’excellente Erika Karata que nous avions admirée dans Asako I & II de Ryusuke Hamaguchi interprète, délicate et raffinée, ce cheminement)

Oui quitter un emploi « prestigieux » aura été synonyme de rupture avec les injonctions d’un système qui bannit le bien-être personnel Et n’est-ce pas le « message » de cette chronique que de signaler l’échec d’un modèle en mettant en exergue l’authenticité de certaines relations ?  « Le sens d’une vie peut émerger du simple fait d’exister, de voir, de s’incliner vers les petites joies et les rencontres fortuites »

A voir

 

Colette Lallement-Duchoze

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1 mai 2026 5 01 /05 /mai /2026 07:43

de Lucio Castro (Argentine USA 2025)

 

avec Laith Khalifeh, Ezriel Kornel, Joel Isaac, Matthew Risch

Présenté en avant-première mondiale lors de l’édition 2025 du Festival de Cannes dans la section de l’ACID.

Puis sélectionné dans un grand nombre de festivals internationaux Munich, Melbourne, Palm Springs ou encore Göteborg.

Adnan, un jeune étudiant en art, arrive à New York pour y passer l’été. Il effectue un stage dans une galerie où est exposé un artiste atypique et plus âgé qu’il a croisé par le passé. Alors que des moments de son passé et de son présent s’entrelacent, une série de rencontres — à la fois artistiques et érotiques — ouvrent des brèches dans sa réalité quotidienne.

Drunken noodles

Un film singulier où s’enchevêtrent passé et présent (un chapitre sera comme le flashback du précédent) , réel et fantasme (surtout en II avec le surgissement d’un satyre hors du récit mythologique) un film sur le "double"  (les mises en abyme d’un segment à l’autre  comme autant d’approches à la fois narratives et érotico-sexuelles)  un film où alternent les ambiances urbaines et la sérénité de la forêt (ou bien au sein même de la ville ces espaces de verdure dédiés le jour aux jeux d'enfants et la nuit aux "rencontres"; en I premier rapport sexuel Adnan/Yariel dans un parc …Et le chapitre  IV – addendum ou épilogue ?- est tourné dans un parc new yorkais…. déserté par son public habituel,  habité par le seul Adnan ) Le choix du format 4/3, l’absence de profondeur de champ et le jeu constant de la lumière participent de cette singularité (ou l’accentuent)

Oui ce film de l’Argentin Lucio Castro mérite plus qu’un détour.

Le peintre sur canevas (broderies érotiques, très explicites dont certaines envahiront l’écran alors que la plupart des séquences filmées en sont l'illustration) ? C’est Sal Salandra (interprété par Ezriel Kornel) Il est exposé dans la galerie new yorkaise (Brooklyn) que le temps d’une saison  va  garder l’étudiant stagiaire en art Adnan (Laith Khalifeh) (en I). C’est la main de cet artiste qui d’une partie à l’autre en tisse le titre annonciateur (souvent énigmatique d’ailleurs) Ainsi le "brodeur" septuagénaire (personnage principal de II) métaphorise l’ensemble (d’abord présenté comme  "bricoleur/réparateur" il va initier Adnan à  " écouter sans toucher "  quand surgira un faune, après avoir capté dans le silence les bruissements naturels bientôt remplacés par la musique ….étrange de Robert Lombardo)

Fils brodés, fils de couleurs autant de fils conducteurs vers le passé amoureux d’Adnan (sa relation perturbée avec Iggie (Matthew Risch) ; séquence III dans un Airbnb en forêt, séquence faite d’ellipses de non-dits autant que d’explicite avec ces montées et descentes d’escaliers, ce cheminement périlleux vers les points d’eau, une eau lustrale et tempétueuse, Iggie écrivain d’autofiction?) Fils conducteurs dans ces instants de frénésie amoureuse (en I avec le livreur de -nouilles ivres (?) ce livreur Yariel (Joel Isaac), s’avérera en fait un authentique poète/conteur… en écho au final (en IV) les vers que l'on déchiffre tel un haïku

Enchevêtrement qui (paradoxalement ?) fera émerger une Vie, celle du Merveilleux où éclosent et se rencontrent tous les arts (peinture photographie roman et poésie) et où l’érotisme queer acquiert ses lettres de noblesse à la Guiraudie ??

Film que d'aucuns vont juger avec sévérité! Qu'importe ! 

A voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

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30 avril 2026 4 30 /04 /avril /2026 05:17

de Mahamat-Saleh Haroun (Tchad France )

 

Avec Maïmouna Miawana, Eriq Ebouaney, Achouackh Abakar Souleymane, Christ Assidjim Mbaihorno

 

Berlinale 2026 prix FIPRESCI

Dans un village isolé du Tchad, Kellou est traversée par des visions qu’elle ne comprend pas. Grâce à sa rencontre avec Aya, une exilée aux secrets douloureux, elle va découvrir une autre façon de regarder son passé, ses rêves et son village. Mais en prenant la défense d’Aya, que le chef du village tente de chasser, elle se heurte à la peur et à la colère des habitants, et devra se battre pour garder sa liberté.

Soumsoum, la nuit des astres

C’est un village isolé- où préjugés racistes empreints d’animisme ont la vie dure et dictent la vie de la «  communauté » ,- c’est un désert, les plateaux de l’Ennedi, où les immenses blocs minéraux embrasés de rouge incandescent et de lumière,  les grottes préhistoriques gardent les secrets des morts, (le désert de l’Ennedi est d’une telle majesté qu’il mérite un récit aux dimensions mythologiques affirme le cinéaste ) et quand la caméra (ou l’œil de Kellou) scrute le firmament c’est l’ensemble stellaire qui se pare du divin.

Ce long métrage (qui se démarque du réalisme auquel l’auteur de "l’homme qui crie" nous a habitués) peut s’apparenter à un voyage initiatique -réaliste et fantastique à la fois- mais aussi à une ode célébrant la sororité (Kellou entretient et revendique sa relation amoureuse avec Baba lequel  d'ailleurs ne saura enfreindre les préceptes patriarcaux  ; Aya qui, souveraine, a gardé le récit de « la nuit des astres »   Aya ou le retour suspect de l’exilée devenue la « sorcière » infréquentable, Aya la paria le bouc émissaire que le village (son chef suivi par ses sbires) rend responsable de la mort de nourrisson et de cette pluie torrentielle (dont le vacarme dévastateur envahit le prologue) une pluie susceptible d’effacer  la "mémoire collective" 

Kellou si proche d'Aya;  Kellou qui, par-delà la mort, accomplit sa promesse...

Avec l’adolescente nous déambulons dans de vastes "tableaux" - panoramiques  bien cadrés où alternent ambiances solaires et ambiances nocturnes (la lenteur de certains travellings et le choix du scope accentuent cette impression) et les visages (dans la première partie) filmés de très près ont la majesté sculpturale de paysages à tel point que  dans la seconde partie le spectateur ne sera pas surpris de voir  dans tel bloc rocailleux un visage identifiable… Avec Kellou nous pénétrons dans ce fantastique onirique où les âmes des morts vous parlent vous touchent et revendiquent leur terre 

Un film à la beauté somptueuse et …pourtant !

Quelque chose s’en vient heurter (presque de plein fouet) ce dispositif à l’esthétique très recherchée. : maladresse du jeu des acteurs (hormis Kellou,)  théâtralité outrancière, (le conte africain a -surtout dans la deuxième partie -les allures de la tragédie grecque d'Antigone ; on sait aussi que le romancier Gaudé a participé au scénario le dotant ainsi de références aux mythologies antiques), absence d’aspérité dans le déroulé au récitatif trop lisse à force d’impassibilité

On est séduit ….sans être convaincu !

 

Colette Lallement-Duchoze

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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