De Cherien Dabis (Palestine USA 2025)
avec Cherien Dabis : (Hanan) Saleh Bakri (Salim) Maria Zreik : (Munira) Adam Bakri (Sharif) Mohammad Bakri (Sharif âgé) Muhammad Abed Elrahman : (Noor) Hayat Abu Samra : Layla
Présenté en avant-première au festival du film de Sundance (janvier 2025)
Nominé oscars 2026
Dédié à l'acteur Mohammad Bakri décédé en décembre 2025 (nous l'avions vu entre autres dans La Conspiration du Caire 2022)
Dans ce troisième long-métrage, l'actrice et réalisatrice américano-palestinienne Cherien Dabis revient sur près de 80 ans d'histoire de son pays, à travers une saga familiale qui court sur trois générations
je suis la mer, dans mes profondeurs se cachent des trésors
Cherien Dabis (née en 1976 aux USA d’une mère jordanienne et d’un père palestinien) se rappelle avoir assisté lors de son voyage en Palestine à une fouille humiliante…elle avait 8 ans (ce serait le point de départ de son film) Américaine elle sait que les médias occidentaux déshumanisent les Palestiniens. Je voulais que ce film puisse parler au public occidental et montrer notre humanité
Raconter l’histoire d’une famille palestinienne originaire de Jaffa, sur trois générations, en jouant avec prolepses et analepses, en optant pour une circularité formelle et métaphorique (Jaffa lieu de l’enracinement du déracinement et de l’effacement) va illustrer les propos de l’imam votre humanité c’est votre résistance imam consulté à propos du don d’organe (questionnement éthique par excellence politique et religieux )- le "cœur" de Noor qui continuera à palpiter par-delà sa mort en est la métaphore… Car que reste-t-il de nous quand on a été spolié de ses biens, qu’on a subi de génération en génération des humiliations, qu’on a été contraint à l’exode…que reste-t-il sinon le "don de la vie" Tel serait le "message" de ce film qui traite plus du "lien" -ce qui relie les êtres entre eux d’une génération à l’autre, que de la guerre-
Voici deux jeunes hommes qui dévalent ruelles terrepleins; leur course effrénée est entrecoupée par le défilement des infos du générique ; 1988 ; intifada. Vitalité énergie sourires brusquement volent en éclats ; l’un des deux Noor a été atteint par le tir d’un soldat israélien… Vie et Mort. Raccord cut. Gros plan sur le visage de la mère éplorée dévastée de chagrin ; elle se doit de dire, frontalement, tout ce qui a précédé cet acte… Et le film va remonter l’histoire en sélectionnant 1948 et la Nakba 1978 la "vie" en Cisjordanie occupée et un épisode qui marquera à jamais Noor (gamin il voit son père contraint de s'agenouiller, il le traite de lâche ); Noor plus proche de son grand-père nostalgique du paradis perdu et qui refuse la résignation . Puis de nouveau 1988 ( les tracas administratifs l’hôpital les dilemmes l’enterrement, la rencontre avec…) Mort et Vie. Ultime épisode : 2022 le couple de vieillards (Hanan et Salim) exilé au Canada s’en vient revisiter une toute dernière fois la maison de l’enfance à Jaffa.
Or l’excès de pathos, de dolorisme, l’insistance sur des moments ô combien éprouvants et tragiques dont la perte d’un enfant, les plans prolongés sur des détails métaphorisants et esthétisants à la fois (la longue cicatrice sur le corps mort de Noor et que caresse délicatement le père, les Palestiniens esclaves dans un camp de travaux forcés , après leur expulsion, dressant les instruments aratoires dans un firmament de carte postale ou en ombre portée, la claudication du couple vieilli artificiellement qui en 2022 s’en vient visiter le Jaffa de l’enfance, plan qui renverrait plus à un Chaplin qu’à May be de Maguy Marin ; (on pourrait multiplier les exemples ) tout cela ne risque-t-il pas de transformer l’histoire d’une famille en mélo…. ? quand bien même le spectateur est invité -grâce au prisme de l’intime- à se questionner sur la cruauté de l’exil, sur la notion de chez soi, sur la résistance à l’Occupant … De plus certaines « reconstitutions » sont bien trop léchées (les tentes des réfugiés par exemple)
Soumis à la censure des autorités militaires israéliennes ce film ne sera pas vu par les Palestiniens (les survivants …de Gaza ? de Cisjordanie ? dont le sort est encore pire à ce jour...)
Colette Lallement-Duchoze
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