15 mars 2026 7 15 /03 /mars /2026 08:01

De László Nemes (Hongrie  France Allemagne G-B 2025)

Avec Bojtorján Barabas (Andor) Andrea Waskovics (Klara) Gregory Gadebois (Berend Mihaly)

Mostra de Venise 2025 Sélection officielle

Budapest 1957, après l'échec de l'insurrection contre le régime communiste. Andor, un jeune garçon juif, vit seul avec sa mère Klara qui l'élève dans le souvenir de son mari disparu dans les camps. Mais quand un homme rustre tout juste arrivé de la campagne prétend être son vrai père, le monde d’Andor vole soudain en éclats…

Orphelin

Après le fils de Saul -(cf Le fils de Saul - Le blog de cinexpressions) après Sunset -cf Sunset - Le blog de cinexpressionsvoici Orphelin avec en toile de fond la Hongrie juste après la répression de 1956. A travers le parcours d’Andor jeune ado juif révolté, à la recherche du père, on retrouve les thématiques si chères au cinéaste (filiation "fantasmée", troubles de l’identité et marasme collectif). D’ailleurs le jeune révolutionnaire auquel Andor rend visite clandestinement n’est-il pas la réplique du frère d’Irisz Leiter contraint lui aussi de se cacher dans Sunset ? (Andor lui-même tout au début du film se cache recroquevillé dans une sombre anfractuosité nous sommes en 1949 il sort de l’orphelinat) ; la liquidation des juifs hongrois a son écho par la récurrence de la scène dans laquelle Andor rend visite à son cher père disparu dans les camps, lui dédie une prière,  après avoir descendu les marches dans les entrailles de la terre mais un halo de lumière n’autorise pas la comparaison avec l’univers dantesque .. En revanche avec ce troisième film le cinéaste ne met-il pas en parallèle le sort d’Andor orphelin de père et celui d’une nation orpheline abandonnée par le monde occidental au lendemain de l’insurrection de Budapest de 1956 ?

 

Hirsch je m’appelle Hirsch clame crie vitupère Andor quand le "nouveau père" (étonnant Gadebois en boucher manipulateur faussement bienveillant) le contraint à signer le papier "officiel" (entendons qui officialiserait sa paternité et le changement de patronyme de l’ado). Andor est-il le fils de l’homme mort en déportation fantasmé et "idéalisé"  ou celui de Berend (lequel avait sauvé Klara, et en échange  ???…) Or si Klara continue à vénérer la mémoire du disparu, ses apparents consentements ses compromis (voire compromissions) et son silence sont de bout en bout nimbés de mystères … Le "père" ex vendeur de billets de spectacles dicte par son absence si présente les comportements du trio . Et la grande roue illuminée que l’on actionne pour la "famille recomposée" avec un jour d’avance sur l’inauguration, brille d’une fausse rutilance ne tourne-t-elle pas sur des cadavres ensevelis à jamais ? mais qu’une mémoire oublieuse chercherait à exhumer… ? l’usage d’un pistolet ou une fouille ne sauraient en venir à bout ...

On pourra certes reprocher l’aspect mélodramatique dans le traitement renchéri d’ailleurs par ces surcadrages que semble imposer la volonté de filmer à hauteur d’enfant. Certes les déambulations d’Andor -souvent des courses des sauts des escalades - si elles scandent les étapes d’un parcours initiatique(?) peinent à révéler simultanément les failles ou fractures de la société hongroise (hormis dans le choix du format 4,3, des décors qui peu ou prou métaphorisent l’enfermement ou l’emprisonnement dans les multiples acceptions du terme). Certes l’utilisation de la morphologie de Grégory Gadebois en prédateur vorace assoiffé de violences comme de passe-droits le transforme facilement en ogre ; c’est oublier  son aspect hybride (tendresse du regard et gestes oblatifs) dualité qui caractérise chaque protagoniste...

Le travail sur la photographie de Mátyás Erdély le fidèle   ! fera l’unanimité ! C'est une évidence

Un film à voir ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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