9 avril 2026 4 09 /04 /avril /2026 07:50

Documentaire réalisé par Pierre Carles (2026)

 

Festivals 2024 : 

Auch Ciné 32 Indépendance(s) et création 

 et  Montpellier Cinemed

Le militant libanais Georges Abdallah a été incarcéré près de 41 ans en France. Ce résistant communiste pro-palestinien s'est vu affubler de l'étiquette "terroriste". À tort. Une incroyable "fake news" et de fortes pressions exercées par les États-Unis sur la France sont à l'origine de cette durée de détention hors-norme. À 74 ans, il a réussi à sortir de prison, debout, et ses convictions politiques intactes.

 

L'affaire Abdallah

Ce qui a conduit la France à emprisonner Abdallah pour une durée invraisemblable (plus de 40 ans), pourquoi les demandes de remise en liberté ont été rejetées au mépris d’ailleurs des principes de justice…tel était bien le questionnement de Pierre Carles et voici sa réponse dans L’affaire Abdallah

Un documentaire qui aura exigé presque 10 ans de travail (enquêtes et recherches d’archives, repérage au Liban puis tournage entre 2021 et 2024 et tournage complémentaire en 2025 au moment de la libération). Un documentaire très riche en images d’archives, interviews etc. et s’il fait la part belle au "journalisme" (extraits de reportages télévisés ou de la presse écrite, commentaires de journalistes) c’est bien pour mettre en évidence l’analyse de N Chomsky "l’opinion ça se travaille"  Pour "mobiliser" une opinion ne fabrique-t-on pas un storytelling apparemment très cohérent ?; et on entraîne dans ce sillage d’autres journalistes d’autres quotidiens à la "recherche de sources" . Aujourd’hui certains font amende honorable (cf Véronique Brocard de Libération avouant qu’ils se sont fourvoyés, se sont laissés berner par … Le Monde… qui alors, décennie de 1980 notamment, jouissait de sa prestigieuse appellation "journal de référence" (lequel est-il besoin de le rappeler a eu aussi une lourde responsabilité dans le traitement de l’info lors du "conflit" dans l’ex Yougoslavie !!! ) Et il en va de même avec les  "politiques" (certains  éludent, se réfugient derrière des arguments fallacieux,  invoquent la "séparation des pouvoirs" (cf Dupont Moretti alors garde des Sceaux gouvernement Castex…) ou le sempiternel "changement d’époque"  mais ils seront pris à leur propre piège car précisément Pierre Carles ne cesse de contextualiser …et l’astuce consiste au montage de "passer"  d’une affirmation à une autre qui la …contredit (étonnamment Fabius a l’aplomb de la mémoire oublieuse est-ce Alzheimer qui me guetterait ?  d’autres décortiquent une fausse polysémie (cf le juge Bruguière spécialisé dans la lutte anti-terroriste.. ;)

En ouverture/prologue nous suivons de dos l'eurodéputée Rima Hassam dans la prison de Lannemezan où George Ibrahim Abdallah est incarcéré ; franchissement de portes (comme autant d’étapes vers…) étreintes et congratulations. A  la question posée par  Pierre Carles hors champ sur la phénoménale "endurance" , le  prisonnier de 74 ans  répond  "c’est grâce à vous tous" et il évoque ses convictions inébranlables, sa foi en ce " continuum " - entre son combat depuis 40 ans  et celui mené en 2025 à Gaza  Cette séquence (du moins un plan) sera reprise à un moment du récit,  lequel après avoir "remonté" dans le temps (la naissance dans un milieu chrétien maronite libanais, le militantisme qui lui fait épouser la cause palestinienne,  l’invasion israélienne au  Liban en 1978, la  création des FARL d’obédience marxiste, les attentats de 1982 sur le territoire français)  décortique par le menu les "invraisemblances" -en mettant en évidence la "vassalisation" de la France et les "mécanismes" qui transforment des fake news   en "vérités"  -- au grand dam de l'avocat Vergès (d'ailleurs un plan où il est filmé de profil comme silhouetté , contrastant   avec les gros plans sur son visage , semble insister sur l'injuste solitude -- (nb on apprendra entre autres que les deux victimes de l'attentat en 1982 sont loin d'être "innocentes" eu égard à leur passé crapuleux, belliciste et inhumain ) 

Le "continuum" revendiqué voire exalté ne sert-il pas de fil conducteur à ce documentaire -- scandé par  la récurrence de ces défilés de manifestants, année après année, décennie après décennie, devant les murs de la prison ?

Un documentaire nécessaire, incontournable à ne pas manquer 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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8 avril 2026 3 08 /04 /avril /2026 09:03

De Meryem Benm Barek (Maroc 2025)

 

avec Driss Ramdi (Mehdii), Nadia Kounda,(Selma) Sara Giraudeau (Marie) Carole Bouquet (la mère de Marie) Olivier Rabourdin (le père)

 

Festival de Marrakech

A Tanger, Mehdi voit sa relation avec Selma bouleversée lorsqu’il rencontre Marie, une riche Française dont les parents ont acheté une luxueuse villa dans la kasbah. Attiré par sa vie mondaine, il délaisse Selma, feignant d’ignorer que ses choix le rattraperont.

Derrière les palmiers

Un film marqué de bout en bout par les « vertiges » de l’emprise  et les tentatives pour  s’y soustraire::  amour religion famille Selma (épatante Nadia Kounda) ’l'amie de Mehdi, une musulmane pratiquante, incarne foi dogme et tradition, mais ....Marie  malgré son apparente liberté de mœurs et sa volonté émancipatrice vit sous l’emprise de sa mère ; laquelle - marâtre bourgeoise – incarne  sans vergogne une forme de néo-colonialisme…Quant à Mehdi il est tourmenté par les injonctions de classe, (emprise de la famille) le  poids de la tradition  il s’ingénie à ménager les contraires, tiraillé entre deux femmes,  deux formes d’amour; à l’instar de la jeunesse marocaine il est pris en étau entre une quête de libertés, et le respect de la tradition. Or  un dilemme est par essence insoluble…à moins de "provoquer"  l’irréparable

Certes la réalisatrice tente d’illustrer cette complexité des sentiments et des aspirations  Le film est la somme de mes expériences amoureuses, où j’ai pu tour à tour être Selma, Mehdi et Marie .avoue-t-elle  Il en irait de même dans l’évocation d’une réalité socio-politique ;Car n’en doutons pas l’intime dans ce film (comme c’est d’ailleurs souvent le cas) devient « espace politique » et l’amour (quelle que soit sa forme) sert de révélateur (de ces  forces vives sociales culturelles historiques qui structurent les vies)

Las ! que de clichés (et pour le spectateur l’impression fort désagréable que les acteurs "récitent" -surtout le trio familial des néo colons … Bien plus le cliché vire à la caricature (on devine même une certaine gêne à proférer des répliques qui trop souvent "sonnent faux" )

Alors quid des attendus autres bien évidemment que ceux liés au suspense, puisque le spectateur était d’emblée prévenu ? Les contrastes entre les lieux (ombres et lumière, exiguïté des ruelles et blancheur de certains quartiers), entre les coulisses et le réel - inclus dans le titre- entre la condescendance des Occidentaux richissimes et le mal-être de la jeunesse marocaine, ou encore les contrastes dans la façon de filmer les corps qui s’abandonnent au désir, toutes ces oppositions accentuent non seulement les clivages de classe tant elles sont exacerbées  mais aussi la tendance fâcheuse au psychodrame moralisateur…Parfois des gros plans prolongés loin d’entraîner l’empathie seraient contre productifs (cf épisode en taxi vers l’hôpital où les mains tentent vainement de sceller un semblant de Vie ; la tentation diabolique de Carole Bouquet alors que Mehdi est pétrifié…)  

Quid aussi du vécu de l’orpheline Selma -outre son emploi dans une boulangerie, et l’existence d’un oncle tuteur ?

Un bémol:  le jeu de l’acteur Driss Ramdi qui agace(rait) plus d’un, a en fait la justesse de l’égaré incapable de prendre une décision (mais quand la violence contenue s’exprime(ra)….)

Derrière les palmiers ? Un  "conte cruel"  décevant 

 

Colette Lallement-Duchoze

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5 avril 2026 7 05 /04 /avril /2026 06:13

D'Ildiko Enyedi (Hongrie 2025)

 

avec  Tony Leung Chiu-Wai (Tony) Léa Seydoux (Alice Sauvage) Luna Wedler (Grete) Enzo Brumm (Hannes)

 

Festival de Venise :  prix FIPRESCI et prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir pour Luna Wedler  

 

Présenté dans le cadre du festival A L EST le vendredi 13 mars à l'Omnia Rouen

Dans un jardin botanique, un arbre veille et observe, témoin patient des siècles. En 1908, il suit Grete, qui lutte pour exister dans un milieu qui l'ignore. Dans les années 1970, il voit Hannes s'éveiller à l'amour et au monde des plantes. Aujourd'hui, le vieil arbre parle avec Tony dans son langage secret. Autour de lui, certains se cherchent, d'autres se rencontrent. Lui demeure, ami silencieux, dans un temps plus vaste que le leur.

Silent friend

Un arbre plus que centenaire, un ginkgo biloba, le silent friend du titre ? - dans le jardin botanique, de l’université de Marbourg,- à la fois témoin et complice ? La réalisatrice de corps et âme fait  surgir d’une minutieuse exploration (presque clinique) l’infinie complexité d’un rapport au temps, au silence, à chaque élément du vivant végétal magnifié par des zooms. L’être humain -quelle que soit l’époque 1908, 1972, et 2020 -y déploie sa volonté d’un « être là » : Grete cherche à s’imposer comme femme dans le monde masculin universitaire, Hannes s’étonne de son propre éveil sentimental qui épouse celui d’une plante, et Tony neurologue coincé sur place par la Covid communique avec l'arbre par un langage secret

Laissons-nous transporter par cette approche singulière et envoûtante du vivant. Un transport qui avoisine(rait) une forme d’abandon (sinon nous resterons à quai …ou quitterons la salle…)

Le film s’ouvre avec la présence d’un chercheur hongkongais en neurosciences Tony Wong (des écrans dans l’écran, capteurs et comparateurs), et se clôt sur celle du ginko biloba au feuillage enflammé qui impose sa majestueuse résistance. Entre ces deux moments nous aurons vu s’entremêler -à l’instar des racines de l’arbre- trois histoires. Le passage d’une temporalité à l’autre, est aussi passage du noir et blanc à la couleur, d’un grain de pellicule à un autre, d’une atmosphère à une autre, de « problématiques » spécifiques à d’autres, et si les formats visuels sont différents (35mm pour la période 1908, 16mm pour 1972 et vidéo numérique pour 2020) à aucun moment impression de « décousu » car la cinéaste hongroise enchevêtre les trois « explorations » avec fluidité.

Voici en surimpressions des couleurs qui embrasent, des lignes d’infographies qui se confondent avec les sinuosités du vivant exploré, voici des plans des cadrages qui épousent l’effeuillage, des rhizomes en « réseaux » des pulsions électriques (corps du ginko bardé de capteurs) voici des détails de ramures de feuilles ou de fleurs qui éclosent, des visions microscopiques ….psychédéliques, etc…

 Un gros plan sur un visage, sur une nuque, des plans rapprochés sur  le groupe d'étudiants  -l'effervescence et les cris en 1972 contrastant avec la solitude du chercheur en 2020-, la coiffe  de la jeune Grete qui envahit l'écran ou le crâne dénudé du chercheur équipé de ses écouteurs, des dialogues minimalistes entre humains faisant écho au langage des plantes (?) autant d'échos feutrés dans cette captation du Vivant

Il convient de saluer le travail remarquable du chef opérateur Gergely Pálos, qu’accompagne la musique de Kristóf Kelemen et Gábor Keresztes (suggérant des phénomènes imperceptibles (comme l'activité des racines) et des sons archaïques (insectes, respirations), leur partition agit comme une « force silencieuse » )

Oui la « communication » entre humains et végétaux n’était pas utopie ….dans ce film à la fois contemplatif et sensoriel

Et miracle de l’envoûtement ? La froideur clinique s’est diluée dans l’appel de la nature…

Un film à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 avril 2026 6 04 /04 /avril /2026 10:04

De Ilker Çatak (Turquie 2025)

 

 avec Tansu Biçer (Aziz) ),Özgü Namal (Derya) Leyla Smyrna Cabas (Ezgi),

 

Lion d'Or Berlinale 2025

 

Professeur à la faculté d’Ankara, Aziz reçoit la "lettre jaune" qui lui signifie arbitrairement sa révocation. Quand sa femme Derya, célèbre comédienne au théâtre national, la reçoit à son tour, c’est le coup de grâce pour le couple. L’un et l’autre, condamnés pour leurs idées, sont obligés de se réfugier à Istanbul chez la mère d’Aziz. Le compromis entre cette précarité nouvelle et leur engagement politique va mettre leur mariage à l’épreuve

Yellow Letters

Tant que vous n'avez pas vu la mise en scène orchestrée par l'état, je n'ai rien à vous apprendre de la dramaturgie

Que le cinéaste allemand d’origine turque (connu en France pour la salle des profs) s’inspire d’un fait historique (les lettres de licenciement que le gouvernement turc avait envoyées à moult artistes entre 2016 et 2019 au prétexte fallacieux d’avoir « critiqué » le régime) quoi de plus «légitime » ? Que deux villes allemandes soient présentées comme personnages (Berlin dans le rôle d’Ankara et Hambourg dans le rôle d’Istanbul ), prouverait la portée universelle de ce film, - le passé mais aussi le présent de certaines démocraties ressemblent étrangement à du totalitarisme-,  bien plus que la volonté (certes réelle) de  "préserver"  le sort des acteurs turcs

Le film se focalise plus sur le délitement d’un couple, conséquence de la  mesure "politique" discriminatoire, la censure (précarité financière et dilemme -courber l’échine ou lutter-) qu’à la "mise en scène et en images"  d’un pamphlet contre Recep Tayyip Erdoğan (dans la salles des profs les suspicions de vol, les questions de justice de pardon étaient "traitées" sans passer par le conflit "attendu"  prof/élèves et le microcosme de l’école devenait la mise en abyme de la société)

Voici un perchiste, voici en coulisses l’auteur metteur en scène au regard scrutateur, -il voit sous un autre angle le plateau où évolue l’actrice, sa femme. D’emblée nous sommes immergés dans l’univers du théâtre de la représentation des artifices. Le théâtre aurait-il pour vocation de « sauver » le monde ? (Aziz en est convaincu) En écho à la fin c’est le texte « yellow letters » qui sera porté sur scène (écrit par le même personnage) MAIS le couple s’est fissuré, a volé en éclats …Comment en est-on arrivé là ? et à ce tout dernier plan où Aziz est allongé tel un gisant pour l'Eternité ? c’est tout l’enjeu de ce long métrage récompensé par un Lion d'Or au dernier Festival de Berlin

De renoncements en effacements, de discussions en déchirements, voire compromissions (on pactise avec ce que l’on a toujours vilipendé…quand la vie de la fille est mise en danger)  le film imprime le parcours de ce couple de couleurs contrastées (ombres et lumière) ou crée un tempo en faisant alterner séquences caméra à l’épaule si proche des personnages et séquences au "cadre plus posé" comme si le temps était momentanément suspendu ou par ce crescendo tant verbal que gestuel jusqu’à l’implosion alors qu’en filigrane -ou avec plus d’évidence- sont évoquées les thématiques du patriarcat de LGBT du conflit intergénérationnel et surtout des clivages sociaux (Aziz et Derya au début ressemblaient à des artistes bobos …)

Un film à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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2 avril 2026 4 02 /04 /avril /2026 05:37

D'Aurélien  Vernhes-Lermusiaux (France Colombie Brésil 2025)

 

Avec Alexis Lozano Tatur, Miguel Angel Veira, Angela Rodriguez, Laura Valentina Quinero  

Musique Tindersticks

ACID Festival de Cannes 2025

Présenté en séance de clôture au festival A L EST Rouen Omnia le 15 mars 2026

 


 

Après des années d'absence, Ciro revient chez lui, au chevet de sa mère. Dans ce désert colombien de la Tatacoa, il retrouve ceux qu'il avait fuis et affronte les derniers gardiens d'un territoire aussi fragile qu'envoûtant. 

La couleuvre noire

Accepter comme un cadeau l'étreinte redoutée de la couleuvre noire ?

Ecran noir ; une bande son qui fait la part belle aux bruissements, sifflements, chants d’oiseaux (on comprendra rétrospectivement que c’est bien l’identité sonore de la jungle Tatacoa, qui fut espace sylvestre avant d’être ce désert aride à la rugueuse beauté) puis voici un homme sur un chantier où la flamme broie de son feu l’obscurité souterraine…Il quitte son travail suite à un coup de fil…C’est ainsi que s’ouvre ce film (dont le titre, traduction littérale de Tatacoa, invite à embrasser simultanément mythe et mythologie)

Nous allons suivre cet homme Ciro – bus, pick up, et une longue marche-;  il se rend au chevet de sa mère mourante dans une masure isolée. Un long plan séquence, un visage buriné, les mains qui scellent la réconciliation mère/fils, un susurrement, le rappel d’une "légende"  (le temps de "comprendre" que le fils est désormais le "messager" "à ton tour" dit la mère dans son dernier souffle de vie) alors que sinueuse une couleuvre noire (et son double miniature le bracelet de la défunte) serpente sous le corps.

Le père -aperçu dans l’embrasure de la porte, tel un fantôme- rumine sa haine (Ciro a failli au devoir de mémoire et il l’enjoint de regagner la ville). Mais nous allons assister à un "voyage  dans l’espace " -le désert aride (pour le rituel funéraire) qui sera aussi "voyage dans le temps et voyage intérieur". Une mule portant le corps de la défunte -elle doit rejoindre ses ancêtres à un endroit précis où nous apercevrons la tombe du frère disparu …-Une traversée  labyrinthique:  de gros plans sur les anfractuosités et mamelons pétrifiés, dont les couleurs varient avec les effets des rayons  lumineux, un plan sur les ciels azuréens dessinant une autre matrice cotonneuse, des zooms (qui semblent animer le minéral), le "sifflement" -devenu celui du passé ainsi ressuscité- accompagné de la musique des Tindersticks  - tout cela le cinéaste Aurélien Vernhes-Lemusiaux (rappelez vous Vers la bataille, 2021 ) nous le  fait "sentir" et "entendre" tel un vibrato dans les craquelures - craquèlement en écho à la dislocation de la famille de Ciro ?

La légende de la couleuvre noire centrée sur un monde disparu avec sa forêt, ses animaux, ses hommes qui meurent de faim, ses serpents prenant le dessus, d’abord racontée par une voix de femme, Ciro la communiquera à la gamine….sa fille peut-être …. (Et le dernier plan de ce film par sa puissance suggestive dira la beauté du non-dit)

La figure ambiguë de la couleuvre (porteuse d’eau dans sa reptation insidieuse, capable telle une mue d’adopter et d’adapter des formes, des tailles diverses), n’est-elle pas inscrite dans les choix que nous imposerait le monde d’aujourd’hui (celui qu’exprime sans ambages le passager interrogé par Ciro attendant un bus -départ pour l’un, retour pour l’autre - je vais à la ville pour gagner de l’argent ) et n’inscrit-elle pas le film dans une perspective chère au cinéaste, celle de la transmission et pourquoi pas celle d’une nature libératrice ?

Un film énigmatique, épuré et très sensoriel, à la beauté âpre et comme fossilisée, à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 23:42

du 8 au 11 avril 2026

au cinéma Omnia ROUEN

 

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Festival dédié aux cinémas LGBTQIA+, avec une programmation  mêlant fictions, documentaires et formats courts.

ÀRouen, Ciné Friendly 2026 célèbre les regards queer sur grand écran | Gayviking

Créé en 2015 sous l’impulsion de l’association Gay’T Normande, puis repris en 2018 par l’association Pix’M, le festival s’est progressivement imposé comme un rendez-vous incontournable pour la visibilité des diversités sexuelles et de genre à l’écran. À taille humaine, Ciné Friendly revendique une ligne éditoriale exigeante et accessible.

Festival friendly 9ème édition

PROGRAMME

 

Mercredi 8 avril 20h

Chuck Chuck Baby, comédie romantique britannique de Janis Pugh.

Présenté en exclusivité en ouverture, le film donne le ton d’une édition placée sous le signe des émotions et des récits intimes.

Jeudi 9 avril 20h

En avant première  Maspalomas,  de Jose Mari Goenaga et Aitor Arregi

Drame espagnol très attendu et nommé à plusieurs reprises aux Goya. Le film suit Vicente, retraité confronté à un retour forcé dans un environnement où il doit à nouveau dissimuler son identité. Une œuvre sur la mémoire, l’exil intérieur et la quête de liberté, qui illustre bien la capacité du festival à proposer des récits à la fois politiques et profondément humains.

vendredi, 10 avril 20h

 Habibi, chanson pour mes ami·e·s

Entre performance artistique et exploration du lien communautaire, le film s’inscrit dans une dynamique de célébration des cultures queer contemporaines, notamment à travers l’univers du drag. I

en présence du réalisateur   Florent Gouëlou 

Festival friendly 9ème édition

Samedi 11 avril

– 11h30 : Hélène Trésore Transantionale (en  présence de la réalisatrice Judith Abitbol,) 
– 14h15 : The Best Friend
– 16h10 : Vivre et laisser vivre : la voix de Jackie Shane
– 18h15 : Lesbian Space Princess
– 21h : courts métrage (ces 5 films en une seule séance) : Queen SizeTotemsdes doigts en orDr PoppersRose Tulipe et Petunia

Soirée spéciale de clôture au bar Le Milk avec de nombreux cadeaux à gagner.

 

Festival friendly 9ème édition
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22 mars 2026 7 22 /03 /mars /2026 05:23

D' Urška Djukić (Slovénie 2025)

 

Avec Jara Sofija Ostan, Mina Švajger, Saša Tabaković

 

Berlinale 2025 Prix de la critique FIPRESCI (fédération internationale de la presse cinématographique) dans la catégorie Perspectives dédiée aux talents émergents

 

 

 

 

Lucia  lycéenne de seize ans, rêveuse et timide, rejoint le chœur de son école catholique et s’y lie d’amitié avec Ana-Maria, une adolescente plus dégourdie   Confrontée à un environnement inconnu et à l’éveil de sa sexualité, Lucia commence à remettre en question ses croyances, perturbant l’harmonie du chœur.

Little Trouble Girls

« comment sait-on ce qui nous attire »

Ecran noir, bruits de respiration, un plan fixe prolongé sur une peinture dont le dessin rouge écarlate en forme de lèvres peut désigner une vulve (clin d'oeil à un dessin du  court métrage "la vie sexuelle de mamie"?) ; puis vont se succéder de très gros plans sur une oreille, une bouche, des boucles de cheveux. Cette « ouverture » informe à la fois sur un parti pris- -filmer de très près et lentement les personnages féminins comme si la caméra faisait partie de leur être, comme si l’intériorité se donnait à « lire » dans la captation du sensoriel,  et sur les prémices de ce qui sera initiation, éveil des sens, du désir sexuel en particulier

Voici le chœur qu’intègre Lucia (.incarnée avec une confondante justesse  par Jara Sofija Ostan) Voici des visages des regards furtifs, des voix -la polyphonie envahit l’espace sans le saturer - voici de très gros plans sur une bouche des lèvres ou des dents couronnées, voici un grain de peau, l’apprentissage d’une sensation dont le guide suprême serait son propre doigt, tout se mêle s’entremêle mais avec délicatesse -couleurs pastel dominantes- et une certaine virtuosité -dans l’art de varier les approches les angles de vue- sans verser dans la mièvrerie.

Voici le décor d’un couvent qui rappelle étrangement celui d’un théâtre avec ses alignements ses étages son avant-scène, ses colonnes, sa salle de répétitions là où le professeur de chant exercera son pouvoir de « maître du cœur » dans une scène d’une humiliation redoutable et presque machiavélique dont on devine les malignes arrière-pensées ; en écho inversé la séquence où Lucia embrasse de son étreinte amoureuse la statue de la Vierge mettrait en évidence non la violation assumée du sacré mais la coexistence  " spirituel - charnel" . …Car ce film -et c’est bien son originalité- va au-delà d’un simple récit d’émancipation (ou d’initiation) Lucia (introvertie taraudée par la culpabilité) aurait franchi des limites en torpillant les diktats de l’enseignement catholique ? En fait ce que l’on croyait simples clichés (le bel éphèbe nu au bord de l’eau, le baiser très sensuel échangé avec Ana-Maria la "dégourdie", le groupe des ouvriers, celui  des ados et celui des religieuses les trois se répondant en écho) s’inscrit dans la découverte d'un lien qui unit le sacré et le profane (dont l’onanisme débarrassé de contraintes culpabilisantes serait l’illustration ) Dès lors les séances de répétitions -ces chants à gorge déployée- sont comme les étapes qui auront ponctué le parcours de la jeune fille… l’acmé étant la découverte dans une grotte d’un cercle de religieuses de blanc vêtues, et de leurs chants non liturgiques ( ?) grotte dans laquelle Lucia a pénétré comme par effraction,- quand bien même ce lieu  -ah que de connotations !!!- serait  "fantasmé"

L’attirance vers l’autre (femme ou homme) va de pair avec la découverte de son propre corps en émoi sous l’œil bienveillant du Christ ou de la Vierge. Foi et sexualité en leur concomitance ? et la transcendance de l’une n’est pas forcément celle attendue (aux questions insidieuses posées par Ana-Maria, la sœur interrogée ne se dérobe pas mais tente de "sérier"- ’immanence et transcendance"- avant de les unir dans l’équation Dieu est Désir …ou comment le Désir charnel amplifie la Foi

Après avoir été multirécompensée pour  le court métrage "la vie sexuelle de mamie" la réalisatrice signe avec  Little Trouble Girls un premier long métrage  qui   "sonde les rêves et les fièvres par les voix et les visages"  ,

Un film  qui mérite vraiment le détour !!

 

Colette Lallement-Duchoze

(Omnia salle 8 dimanche 20h30, lundi 13h45 mardi 16h)

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21 mars 2026 6 21 /03 /mars /2026 07:31

De Mona Fastvold (USA, G-B 2025)

 

Scénario :  Mona Fastvold et Brady Corbet

 

avec Amanda Seyfried (Ann Lee) Lewis Pullman (William Lee) Thomasin McKenzie (Mary Partington), Stacy Martin (Jane Wardley)  Christopher Abbott (Abraham Standerin) Tim Blake Nelson (pasteur Reuben Wright)

 

Compétition officielle Mostra de Venise 2025

 

Fin XVIII° Mère Ann Lee fonde le mouvement Shaker, (communauté religieuse dissidente de l’Eglise anglicane jugée trop rigide), cette cheffe religieuse proclamée par ses adeptes comme le Christ féminin va construire l’une des plus grandes sociétés utopiques de l’histoire américaine.

Le testament d'Ann Lee

On était en droit d’attendre beaucoup du couple Mona Fastvold et Brady Corbet : un biopic musical et chanté comme second volet d’un diptyque (avec the brutalist) sur la solitude du rêve américain ? Dans les deux cas un personnage émigré, peu connu du public, mais ayant réellement existé, et la volonté de « créer » comme contrepoint à des traumas ravageurs…

Mais..;

La voix off ? Ce choix est certes dicté par une approche « séduisante » (chaque partie annoncée par un encart calligraphié un dessin des tailles de police variées comme si on nous invitait à « tourner la page » d’un album ou d’un livre-testament) alors que les « visions » - des épiphanies ? si personnelles, seront marquées par le sceau de la foi, celle d’Ann bien évidemment corroborée par son amie et disciple Marie ; mais le recours  systématique à cette voix off (celle de Marie donc) a ici quelque chose de pesant ou fait redondance avec l’image censée illustrer le propos

Les séquences « chorégraphiées » ? celles des « transes » (shaker) -sous l’égide de Celia Rowlson-Hall. Elles ont au départ le charme de la nouveauté (filmées sous différents angles de vue, avec des mouvements circulaires de la caméra, où la flagellation (expiatoire ? propitiatoire ?) doit être incorporée en ports de bras et avant-bras ou fausse supination) Mais trop répétitives elles perdent en efficacité (réduites à des farandoles) comme en pouvoir prétendument  hypnotique

La bande son ? Une musique trop souvent illustrative (cf la séquence de la tempête et l’éventuel naufrage…quand Ann et les siens quittent l’Angleterre pour le Nouveau Monde) L’artiste Daniel Blumberg connu du milieu pour sa musique expérimentale et indie avait reçu un Oscar en 2025 « meilleure musique de film pour the Brutalist » (à noter que certaines chansons -souvent susurrées hormis quand elles sont interprétées par Amanda Seyfried- ont été écrites par lui ) 

Des mini séquences frisent le grotesque le ridicule (Ann est arrêtée, on cherche à identifier son sexe, or les gesticulations, à ce moment qui se veut dramatique… relèvent du comique…) d’autres pactisent avec une forme de complaisance (les accouchements d’Ann cadrés dans un clair-obscur censé rivaliser avec des tableaux !)

Cela étant, il convient de saluer la prestation, la performance d’Amanda Seyfried en « mère » courage, prêtresse ou prophétesse illuminée, (une foi solaire ? capable de rallier les plus réticents, tous ceux qui sont hostiles à la guerre et à l’esclavage, qui croient en l’égalité des sexes tout en prônant l’abstinence mais faisant du corps le réceptacle de l’Esprit Saint ….)

Et comme il s’agit d’un film d’époque on pourra apprécier les costumes très épurés de Malgorzata Karpiuk et pourquoi pas certaines « reconstitutions » (même si l’ancrage historique -l’immigration, l’autarcie comme menace au capitalisme entre autres- reste superficiel, la monstration n’ayant rien à voir avec une « analyse » critique)

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 mars 2026 5 20 /03 /mars /2026 08:48

De Milagros Mumenthaler (Argentine 2025)

 

Avec Isabel Aimé Gonzalez-Sola, (Lina) Esteban Bigliardi ( Pedro le mari) Emma Fayo Duarte (Sofia sa fille) Ernestina Gatti),  Julia l’assistante

 

Dans le cadre du festival A L EST vu à l'Omnia en présence de l'actrice Isabel Aimé Gonzalez Sola

Lina, 34 ans, est une styliste argentine au sommet de sa carrière. En Suisse pour recevoir un prix prestigieux, elle se jette sans raison apparente dans un fleuve. De retour à Buenos Aires, elle garde le silence sur cet épisode. Pourtant, de façon presque imperceptible, quelque chose en elle a changé. Une peur de l'eau s'installe, insidieuse, et finit par paralyser son quotidien. Peu à peu, ce bouleversement intérieur fait remonter à la surface un passé qu'elle croyait à jamais enfoui.

Las corrientes

Les réactions du public à l’issue de la projection et après l’échange avec l’actrice principale étaient contrastées : portrait tout en délicatesse qui rappellerait certains classiques (vertigo) élégance de la mise en scène ou au contraire film prétentieux qui génère l’ennui…

Reprenons S’il est vrai que le prologue ou le début (lors du défilement du générique) encode le film force est de reconnaître que tout intrigue dès la première longue séquence en Suisse; le personnage reçoit un trophée, le son est coupé, une moue, un regard fuyant un corps comme morcelé en deux, voilà ce qui nous parvient de "lisible" à travers le flou de la vitre …puis la jeune femme s’éclipse, aux toilettes,  gros plan sur le "reflet",  sur  l’eau et le lavabo, trophée jeté à la poubelle et nous voici projeté en extérieur : Lina vue d’abord en contre plongée va se  jeter dans les eaux du lac (?) (du fleuve ?) …Tentative de suicide ? Elle émerge … Tout cela est délibérément filmé comme extérieur au personnage (absence d’indices pour pénétrer sa psyché) Mais déjà s’imposent la thématique du double, de la dichotomie chute et ascension vers la gloire,  omniprésence de l'eau  (et Cata- Lina sera aquaphobe,  à moins que cette peur panique préexistait et qu’un élément déclencheur …)

Buenos Aires.  Des éléments du décor (atelier de la styliste ou appartement luxueux) insisteraient sur l’enfermement contrastant avec des semblants d’ouverture ; quant aux relations avec l’époux la fille, elles sont apparemment normales. (même si le mari manifeste quelque agacement) plus distantes avec la belle-mère. Foin d’une approche psychologisante ? alors que les gros plans sur le visage, sur une chevelure qui envahit l’espace (plus magrittien qu’hitchcockien), l’abondance des reflets,  le minimalisme des dialogues, le mutisme de Lina, la dualité (Catalina devenu Cata et Lina) le choix des couleurs des robes (bleu vert) rappelant celles de l'eau et cerise sur le gâteau la rencontre avec la mère (comme une remontée vers le passé ?) …  tout devrait concourir à intriguer le spectateur (dérives et courants contraires ? en soi et à l'extérieur de soi? ce à quoi le titre fait référence ; émergence d’un pan du passé ?) … Alors oui tant que le film ne confond pas mystère et énigme, tant qu’un halo (sens propre et figuré) tient comme à distance l’insaisissable, et que le  "rêve"  s’invite dans le réel  ou épouse un réel fantasmé, tant que  le jeu de décadrages isole Lina au sein même du plan et qu’une bande son sert de  contre- point (marteau-piqueur guttural, et hautbois plus cristallin par exemple) oui le film peut entraîner l’adhésion. Mais à partir du moment où triomphent  l’insistance complaisante (même et surtout) sur le sensoriel (et les déambulations de l’actrice savamment calculées s’inscrivent dans cette perspective), les réitérations perçues comme des redondances, esthétisantes de surcroît (quid d’une dépression et de la sensation d’étouffement jugulant ?) oui le film peut provoquer une forme d’agacement

Cela étant,  on retiendra  la visite au musée, et cet arrêt sur image Nul ne se connaît soi-même (gravure de Goya), la découverte d’une broderie dans une vitrine en Suisse broderie de figures sans visage, la vue en surplomb de Buenos Aires alors que Lina est au sommet du Palacio Barolo et que le phare diffracte ses feux étincelants, autant d’instants dans la quête de soi, quête qui se confond avec celle du spectateur …

Colette Lallement-Duchoze

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16 mars 2026 1 16 /03 /mars /2026 08:49

D'Álvaro Olmos Torrico (Bolivie Pérou Uruguay 2025)

 

 

Avec Maria Magdalena SANIZO, Marisol VALLEJOS, Nely HUAYTA

Photographie: Nicolás Wong

 

 

Prix de l'Arthouse Cinema Award 44ème édition de la section "Cinéma en Construction - Rencontres de Toulouse de Cinélatino.

Présenté dans le cadre du festival A L EST samedi 14 mars à Rouen; débat  en présence de Djam Zerrifi fondatrice de l’association Awinskâa Tribe

 

Clara est une doula quechua qui chante pour apaiser la douleur des femmes enceintes. Sa mère Ana, sage-femme chevronnée, considère ce don comme un miracle. Influencée par une amie, et après une dispute avec sa mère, la jeune femme décide de partir pour la grande ville. Depuis la communauté subit la mort mystérieuse d'animaux et des récoltes, les villageois attribuent cette punition au départ de Clara. Sa mère décide de la retrouver

La Fille Condor

En justifiant son choix le jury (à Toulouse) a évoqué outre la puissance des deux actrices et la simplicité élaborée du filmage une sublimation par le cadre à couper le souffle des Andes. Et de fait la lenteur du rythme, le minimalisme des dialogues s’inscrivent dans un cadre contemplatif  où l’image de Nicolas Wong Díaz frappe par son immense délicatesse. Alternance entre gros plans sur la fille Clara, la mère Ana accoucheuse, dans les intérieurs aux clairs obscurs savamment élaborés et les plans larges sur les paysages alentour -où souvent les personnages sont comme silhouettés courbés sous le labeur, Oui l’image semble glorifier une "sororité" partagée non seulement le temps d’un accouchement – mais dans la perpétuation de coutumes plus que séculaires (les chants se conjuguent aux massages sans passer par les directives plus "scientifiques" pour la délivrance en présence du mari)

Or -et c’est la dynamique du film ,(ô cette loquacité qui se lit dans  le silence de ces regards !) -la trajectoire toute tracée va se briser dans le heurt entre modernité et tradition. La jeune fille à la voix "divine" veut s’émanciper de cette tutelle dans un acte libérateur qui la conduit à la ville (maquillages lumières artificielles, exploitation aussi) ;  la longue marche de la mère à la recherche de sa fille, la découverte sidérante d’un autre univers, et l’acceptation muette, dramatisent la double finalité de l’itinéraire choisi par Clara: en allant de la campagne à la ville c’est le choix de la modernité contre la tradition c’est aussi celui du projet individuel contre le collectif. Est-ce pur hasard si depuis son départ les animaux meurent, les cultures se dessèchent ? Rompre un élément dans le tout et c’est l’équilibre qui est menacé…...

Ce film aux allures de conte initiatique (on ne dévoilera pas la fin ni l’épilogue) tourné en langue quechua et espagnole vaut plus que le détour

Le  condor: cet oiseau si majestueux  aux ailes déployées apparait  dans cet espace azuréen; oiseau menaçant? La quotidienneté  et son osmose  quasi mystique avec l'univers  serait-elle menacée d’extinction ???

 

Un film à ne pas manquer

Colette  Lallement-Duchoze

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