27 juin 2026 6 27 /06 /juin /2026 05:18

de Pete Ohs (USA Pologne 2025)

 

avec Charli XCX (Bethany) Lena Gora (Nel)  Will Madden (Rob) Jeremy O Harris (Claude)

 

Bethany est en vacances à Varsovie avec son fiancé lorsque son chemin recroise celui d’une amie, Nel, avec qui elle entretenait une relation électrique. Au même moment, l’Etna entre en éruption.

Eruption

Hasard objectif ? Hasard et nécessité ? ou simple coïncidence ? A chaque fois que Nel la Polonaise (la cinéaste Lena Góra) et Bethany la Britannique (Charli Aitchison) se « rencontrent » un volcan entre en éruption… Déflagration et séisme amoureux ? Bethany préfère une relation explosive faite d’imprévus à celle "pépère" que lui propose son « fiancé » Tel serait le matériau de base,  le canevas …

Le format 4,3, la récurrence à intervalles réguliers d’un écran vide, coloré, (bleu rose verdâtre couleurs censées rappeler les plans précédents ou variations chromatiques plus subtiles ? ) la voix off censée expliquer et même disséquer  les comportements passés et présents (du couple Rob /Bethany, de Nel sa compagne Ula,, de l’artiste Claude)  et donner un peu de piment …les personnages arpentant les rues de Varsovie filmés en plongée (comme en surplomb) le jeu constant d’ellipses et de coupes rapides  tout cela donne l’impression d’un film expérimental qui lorgnerait du côté de Rohmer ….( faut-il rappeler ici que ce film collectif a été tourné au jour le jour)

Certains spectateurs découvriront intrigués la « reine de la pop britannique » faire ses premiers pas au cinéma (et ne seront nullement déçus par son naturel)

Mais globalement, le récit malgré une spontanéité parfois désarmante (on sourit on rit de bon cœur) n’a pas la force éruptive attendue. Certes l’Etna dans son incandescence sert de prologue mais jamais il ne va affecter l’espace ou les corps Signe des temps ? incapacité de donner une quelconque épaisseur à la fugacité ? de métaphoriser pleinement une flamboyante secousse ?

Reste la capitale polonaise filmée tel un personnage

Impression très mitigée

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 juin 2026 5 26 /06 /juin /2026 05:31

de Derek Jarman (G-B 1989) version restaurée 

 

avec Laurence Olivier (le vieux soldat)  Tilda Swinton (l’infirmière) Nathaniel Parker (Wilfred Owen) Sean Bean (le soldat allemand)  Alex Jenning (soldat aveugle)

 

Musique  War Requiem de Britten (1962)

Wilfred Owen, poète anglais très connu dans son pays, décide de s'engager volontairement sur le front lors de la Première Guerre mondiale. Basé dans les tranchées de Flandres, ce qu'il voit l'horrifie et le pousse à écrire un long poème décrivant son expérience avec une amertume acerbe et des mots poignants. Il mourra le 4 novembre 1918, une semaine seulement avant l'armistice mettant fin au conflit...

War Requiem

Car par ma joie beaucoup d’hommes auraient ri./ Et de mes sanglots quelque chose est resté, /Qui doit mourir à présent. J’entends la vérité celée, /L’horreur de la guerre, l’horreur qu’elle distille

Seule la partition de Britten comme bande-son -les personnages articulent mais la voix ne nous parviendra jamais- seuls les vers du poète Wilfred Owen déclamés en voix off par Laurence Olivier au tout début - seront la matière sonore de cette condamnation sans appel de la guerre

Et voici que dans la « fiction » vont s’entremêler visions cauchemardesques et images d’archives (avec passage du noir et blanc à la couleur ; de la première guerre mondiale largement représentée au Rwanda en passant par la guerre du Vietnam)  Ainsi la violence des horreurs dénoncées en se heurtant à la musique liturgique de Britten en sera plus insoutenable

Si le film peut rappeler le collage (et en cela dérouter) avec sa chronologie fragmentée sa reprise de plans identiques (celui d’ouverture avec un Laurence Olivier en ex soldat hyper médaillé et qui va se remémorer … Tilda Swinton en infirmière dispensatrice de soins) il se donne moins à lire, à déchiffrer qu’il ne s’adresse à l’émotion à la sensation. Même le choix de plans fixes très théâtralisés -comme autant de tableaux vivants dont un rappelle Piero della Francesca - s’inscrit dans cette perspective : l’impact sur le spectateur doit être quasi identique à celui laissé par les voix leurs tessitures leurs vibrations sur le spectateur qui vient d’assister à un opéra

Oui chaque plan sera chargé d’une empreinte émotionnelle (même si certains réfractaires dénoncent une forme de maniérisme)

Oui une telle approche sera beaucoup plus convaincante que le sensationnalisme le spectaculaire propres aux vastes fresques - reconstitutions (qui se veulent naturalistes ou réalistes) L’explosion nucléaire vers la fin du film dit ô combien la guerre non seulement est multiforme mais s’inscrit dans la permanence (que le semblant de retour à la gloire ne saurait contrarier…tant il est ironique…)

Oui War requiem est un film A NE PAS RATER

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS Un film d’autant plus « poignant » que son réalisateur se savait condamné (sida)

 

Séances salle 8 vendredi 15h45, samedi 18h, dimanche 15h45, lundi 14h et mardi 15h45

War Requiem
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25 juin 2026 4 25 /06 /juin /2026 10:52

De José Mari Goenaga  et Aitor. Arregi (Espagne 2025)

 

avec José Ramon Soroiz  (Vicente), Kandido Uranga (Xanti) Zorion Egileor (Ramon) Nagore  Aranburu (Nerea) 

 

José Ramón Soroizcoquille d'argent du meilleur acteur au Festival International de Cinéma de Saint-Sébastien (2025)

13e cérémonie des prix Feroz : meilleur acteur pour José Ramón Soroiz et meilleur acteur dans un second rôle pour Kandido Uranga

 

Présenté en avant-première le 9 avril 2026 dans le cadre du festival Friendly à l'Omnia Rouen

Alors qu'il savoure en toute insouciance sa retraite depuis 25 ans aux îles Canaries un accident arrache Vicente à son paradis. Il est placé dans une maison de repos où ressurgissent les fantômes du passé 

Maspalomas

Deux lieux --Maspalomas Canaries, un EHPAD au pays basque- deux ambiances et modes de vie » (insouciance vs contraintes de « survie ») mais une thématique commune la sexualité au / du troisième âge et particulièrement l’homosexualité, celle que l’on a dû cacher pendant des décennies à l’ère du franquisme . Alors oui Maspalomas fut pour Vicente synonyme d’Eden…. Mais un accident…de santé au plus fort d’une jouissance partagée à 3, -- et le voici confronté de nouveau  à tout ce qu’il avait fui : Or c’est précisément la résurgence de ce passé enfoui - résurgence par bribes elliptiques - qui rend profondément "humain" le personnage principal …et qui rétrospectivement va colorer "autrement"  la première partie…

Le film débute dans une ambiance à la Guiraudie or ce tout début pourra agacer certains (répétition de scènes de drague dans les dunes gorgées de soleil, relations tarifées corps bedonnants de septuagénaires aimantés vers ces corps sculptés d’éphèbes apéros à profusion)   Vicente encore guilleret au regard à la fois enfantin et concupiscent évolue avec aisance dans ce milieu gay (saluons ici la prestation de Ramón Soroiz) ! jusqu’au moment où…Ellipse

Le présent éternel en I- devient en EHPAD celui de tous les réapprentissages minutés ; et l’ambiance solaire s’est éclipsée,  place à la grisaille délétère ; le voisinage avec lequel il faut cohabiter et donc " pactiser" est -aux antipodes de Maspalomas  avec une charge assez caricaturale (cf le voisin de chambre hétéro machiste et même ce couple hétéro qui tente vainement de s’adonner aux plaisirs de la chair sans tabou) Vicente lui-même vieillard devenu, quasi impotent et muet , est tributaire de sa fille Nerea- qui veut tout régenter-,  du personnel médical etc… mais suffisamment roublard pour contourner certaines règles…(ne pas spoiler)

La construction en trois mouvements sera de ce fait à la fois narrative et dialectique : après l’éden, une remise au placard, et la perspective d’un  éden nouveau ?

Les deux cinéastes dont nous avions apprécié Marco, l'énigme d'une vie - Le blog de cinexpressions et Une vie secrète - Le blog de cinexpressions signent ici une ode à la liberté, vibrante d’humanité à travers les thèmes de l’identité et de l’enfermement,  une ode portée par le talentueux José Ramon Soroiz 

A voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

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21 juin 2026 7 21 /06 /juin /2026 10:57

D'Agnès Jaoui (2025)

 

avec Eye Hadaïra (Cora/ Chérubin) Daniel Auteuil (Igor)  Claire Ghust (Mirabelle) Agnès Jaoui (la Comtesse) Jacques Weber (le père de la Comtesse) Patrick Mille (Nicolas Poirier) Vincente Amato  (Piazzoni / le comte Almaviva) Tifaine Daviot (Sophie / Suzanne )

 

Présenté hors compétition Festival Cannes 2026

Dans les coulisses d'une ambitieuse production de l’opéra "Les Noces de Figaro", les tensions montent lorsqu’une accusation d’agression sexuelle éclate, mettant en péril la production et forçant chacun à prendre position. Les conflits d’opinion et de génération se font jour, et comme toujours chez Agnès Jaoui, le rire n'est  jamais loin du drame.

L'objet du délit

Un film choral pour proposer une vision à la fois globale et nuancée ( ?) du milieu de la création, où sévit le système décomplexé de l’emprise, du pouvoir, des attouchements faciles et impunis pourquoi pas ? Bien plus le choix de l’opéra Les Noces de Figaro autorise(rait) une mise en abyme des  rapports de classe  (un comte et son pouvoir sur une soubrette au temps de Beaumarchais ; un producteur et son emprise sur une "inférieure", un siècle plus tard). Et le nom d’Agnès Jaoui -dont on connaît par ailleurs les engagements en tant que femme et le goût pour la satire sociale en tant que réalisatrice (le film est dédié à Jean-Pierre Bacri son ex compagnon et co-scénariste) était « prometteur »  Hélas

Les enjeux de MeToo Agnès Jaoui les "ausculte" par le clivage générationnel- d’un côté l’ancienne génération relativiste ou sur la défensive (cf Igor qui redoute figurer sur la liste balance ton porc) de l’autre la nouvelle génération,  porteuse d’autres valeurs dénonçant avec vigueur l’extrême gravité de certains gestes restés impunis  et entre les deux la comtesse (assez réac) qui s’insurge contre le maccarthysme de la seconde et tente une réconciliation  ……Mais  -et c’est là où le bât blesse- l’"objet du délit" y serait minimisé (après tout, le chanteur est homo…la nouvelle génération n’est-elle pas parano ? Il suffirait de partager les torts… )

On l’aura compris filmer les coulisses, les répétitions des Noces de Figaro, les traiter par la caricature (cf la metteuse en scène Mirabelle qui se lamente de ne pas avoir su faire le safe space  et qui est convaincue que les phallus dégonflables signeront la déchéance du patriarcat …) tout cela n’est qu’un prétexte !

Mais les enjeux sont trop importants…

Aborder trop de thématiques superficiellement ne peut que nuire au propos

Un film décevant

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 juin 2026 6 20 /06 /juin /2026 07:17

De Derek Jarman ( 1976 G-B)

 

avec Leonardo Treviglio ‘(Sebastiane) Richard Warvick (Justin) Barney James (Sévère)

Au IVe siècle après J.-C., le magnifique Sebastiane est membre de la garde de l’Empereur Dioclétien. Quand il tente d’intervenir pour arrêter une exécution, il est dégradé, puis exilé dans une garnison éloignée, un lieu désertique où les soldats, en manque de femmes, s’adonnent parfois à l’homosexualité

Sebastiane

Certains critiques ont reproché à ce film d’être bêtifiant. En fait ce jugement apparemment sans appel en cachait d’autres : dénoncer l’actualisation au goût du sexe, de la légende de Saint Sébastien et le recours à une langue unique le latin -Une telle « relecture » -vision homosexuelle (ou plutôt homoérotique) aura suscité il est vrai  (1976) un tollé d’indignation (Sébastien victime des quolibets, des coups de matraque, de la vindicte, et bien avant d’être la cible des flèches des tirs à l’arc,  avoue, lui le chrétien, être amoureux fou de la beauté solaire du dieu Phebus Apollon …)

Qu’en est-il ?

La danse des phallus géants (prologue) a ce quelque chose de grotesque qui repose sur une irrévérence foncière ; l’orgie romaine (au palais de Dioclétien) renvoie par l’outrance au Satyricon de Pétrone et bien évidemment à l’adaptation de Fellini. Tout comme dans les déserts  (en fait le film a été tourné en Sardaigne)  le corps masculin exalté désiré renvoie à Pasolini, sans toutefois les aspérités et les déclinaisons existentielles Chez Derek Jarman (plasticien, poète, anarchiste et militant gay) en effet tout est soft aussi lisse que la luisance des sexes et corps sculptés et la lenteur des gestes entremêlés dans la suavité du rapport sensuel et sexuel (suggéré entre Adrien et Antoine) guidée par la musique de Brian Eno ; et ce quand bien même des éructations (avec très gros plans sur les bouches béantes) des mises à mort (le porc que l’on mangera avec voracité pour narguer le.juif!) la bestialité (danse cruelle des insectes)  s’opposent au pacifisme de Sebastiane, à l’érotisme et l’érotisation …Ni dialectique ni revendication historique mais le plaisir simple de réaliser un poème érotique, un songe expérimental et qui dit « expérimentation » ne peut faire abstraction de maladresses

Le martyre de Saint-Sébastien par sagittation -si prisé dans l’art chrétien (vous avez en mémoire ces toiles de Mantegna ou du Perugin) sert ici de trame …Question : est-ce anti historique de faire du martyr (pour sa foi chrétienne) un homo ? (lui qui refuse les avances du commandant de garnison Severus et celles de son ami Justin par amour pour Phebus…)

Ah quand la sagittation décoche les traits du sacrilège et de l’homophobie !!!

A ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

ps ce film s’inscrit dans une rétrospective consacrée à Derek Jarman (1942-1994)

séances Omnia samedi 17h45, dimanche 19h50, lundi 13h30, mardi 15h45

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19 juin 2026 5 19 /06 /juin /2026 05:29

De Lila Pinell (2025)

 

avec Eva Huault, Inès Gherib, Anaïs Monah, Bettina De Van Geneviève Krief Sekoiba Doucouré

Quinzaine des cinéastes Cannes 2026 prix de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques)

Shana traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante et le soutien de sa bande de copines. Lorsque sa grand-mère décède, elle hérite d'une bague censée protéger du mauvais œil. Shana a bien besoin de ce coup de pouce. D'autant qu'avec la sortie de prison de son compagnon toxique, les mésaventures s'accumulent !

Shana

Le film s’ouvre sur des « images »  illustrant les 10 plaies d’Égypte;  une telle référence n'est pas anodine; images  que l’on retrouvera d’ailleurs réduites aux dimensions d’un livre que feuillettent des enfants de la famille juive à laquelle appartient Shana,  La séquence liminaire elle aussi donne le ton :  dans un bar où les personnages sont filmés de très près voici une partie de Loup-garou , Shana, t'es morte cette nuit !" engueulades insultes fusent de plus en plus violentes…Shana se casse.

Et nous allons la suivre de galères en galères…(sentimentales financières familiales) Parfois plus mature que sa propre mère (un face à face violent en dit long sur le « purgatoire » qu’elle a subi préadolescente …Présente auprès de sa demi-sœur -qui  prépare sa Bat Mitzvah.  Lila Pinel ne verse ni dans la dentelle ni dans une approche psychologisante; or son personnage (la caméra semble faire corps avec Eva Huault) suscite assez vite l’empathie Pourquoi ?  comme dans diamant brut une même volonté de filmer une jeune femme souvent jugée avant d’être regardée un même refus du mépris de classe. Et si les thématiques abondent dans Shana (depuis l’emprise amoureuse jusqu’à l’identité juive marocaine en passant par l’héritage migratoire  l’ode à la sororité, les trafics de drogue) elles servent à démonter tous les mécanismes qui fabriquent ces féminités hypercodées (outrance des maquillages et excès de la sexualisation comme si le corps était l’unique capital disponible ) mécanismes à l’œuvre tant dans les discours, que dans les faits

Ce fut paraît-il une des « bonnes surprises » de la Quinzaine des cinéastes à Cannes. On comprend aisément pourquoi…Osmose totale adéquation parfaite entre le personnage de Shana et son interprète Eva Huault. Une jeune femme au franc parler parfois gouailleur, les lèvres siliconées (une bouche de suceuse lance-t-elle provocatrice à sa mère) les sourcils dessinés avec excès, poitrine sexualisée, sous l’emprise de Moïse, incarcéré, autant que des réseaux sociaux, oui Eva Huault qui est de tous les plans (parfois le visage en très gros plan envahit l’écran de sa détresse) aura su donner "corps"  à toutes les nuances du  personnage 

Le tableau final -- idylle quasi champêtre -en fait périphérie de verdure où triomphe la sororité- est le contre-pied apaisé à la tourmente qui a failli engloutir …Shana. (cf l'affiche) 

Certes on a parfois la fâcheuse impression de tourner en rond  tout comme on peut déplorer l’inefficacité de la voix off (dédoublement inutile superfétatoire ?) et une tendance à la caricature   Shana n’en reste pas moins un film (à la fois chronique et récit initiatique) que je voue recommande !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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17 juin 2026 3 17 /06 /juin /2026 07:14

Long métrage d'animation réalisé par Quentin Dupieux (2025)

 

Avec Alain Chabat (Jacques) Jonathan Cohen (Bruno)  Anaïs Demoustier (Fabienne), Jean Marie Winling (Christophe Bourgeois)

 

Présenté en clôture de la Quinzaine des Cinéastes festival Cannes 2026

Jacques se rend chez son ami Bruno pour lui annoncer une nouvelle importante: l’humanité toute entière vit dans une simulation

Le vertige

Pour ce premier long métrage d’animation, Quentin Dupieux (auteur prolifique et souvent déjanté) a d’abord tourné en prises de vue réelles avec les acteurs puis capté les « performances » via « motion capture » avant leur conversion en 3D . L’impression d’étrangeté (et pour certains d’inabouti) s’inscrit en fait dans le projet « créer un pont entre cinéma et jeu vidéo sans masquer la technique » ; voir évoluer chaque personnage « dans une simulation régie par un code invisible » est précisément en harmonie avec le thème du film : le monde est une simulation (révélation désarmante dans la longue séquence d’ouverture, un matin à  5h52 ;Jacques recense toutes les preuves comme autant de bugs)  Auquel cas le cinéaste aura mêlé astucieusement fond et forme. Il nous invite à « regarder » son vertige comme s’il s’agissait d’un vieux logiciel avec toutes les imperfections, les approximations graphiques, les textures aplaties, les animations raides qu’il met en évidence, qu’il affiche avec aplomb, où l’artificiel a le primat sur le réalisme. Un tel dispositif de l’imperfection -là où on aurait souhaité plus de « fluidité »- peut provoquer -on en conviendra aisément- une forme de malaise (visuel bien évidemment).  Ainsi le contraste entre les voix bien réelles des acteurs avec leurs enveloppes numériques fait que ce qui nous est familier se métamorphose sous nos yeux en avatars …

Si l’on retrouve dans ce film ce qui a fait (et fait) la singularité de Quentin Dupieux (distorsion du réel, humour et absurdité, règne de l’arbitraire) ainsi que des thèmes qui lui sont familiers (la toute-puissance de l’argent, l’omnipotence malsaine de la « représentation », amoralité et immoralité) et quand bien même certains n’y verraient que de l’enfonçage de portes ouvertes (miroirs, reflets et sujets, attrait, dépendance au numérique ) Le vertige (moins glauque et moins déjanté que certains films précédents ) prend en fait le contrepied des avancées technologiques actuelles -dont l’IA - et ne serait-il pas au final une simulation de film ?

Vaut bien plus qu'un (simple) détour !

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 juin 2026 2 16 /06 /juin /2026 05:49

Long métrage d’animation de Marco Nguyen et Nicolas Athané (2025)

coscénariste Simon Balteaux

avec les voix d’Alex Ramires (Jim), Jérémy Gillet (Lucien), Shirley Souagnon (Nina) François Sagat (Pavel) Christine Bayer (Elisabeth Wiener) Robear (Alex Brik) et Glamydia (Harald Marlot) Philippe Katerine ( prostate)

Porté par le studio Bobbypills

Présenté en sélection officielle en séance de minuit au Festival de Cannes

Avant-première à l'Omnia Rouen le 12 juin en partenariat avec Ciné Friendly by Pix’M, Fiertés colorées et le Milk Bar

Jim Parfait icône sexy de la scène gay parisienne voit sa vie basculer lorsqu'il contracte l'Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays en hétérosexuels ! Il voit alors tout le monde lui tourner le dos à l'exception d'un admirateur  Lucien un jeune homme d'une vingtaine d'années, timide et homosexuel refoulé, Ensemble ils vont chercher  le remède à cette maladie.....

 

Jim Queen

"bears ”, gym queen ”, kiffers ”. Nicolas Athané n’y comprenait  "tellement rien" qu’il a demandé à Marco de lui  "parler de la vraie vie ” et ce dernier de répondre : “ Mais c’est ça, ma vraie vie. ”(extrait de l’interview accordée à Baz’art)

 Partir du réel : : la gym queen ses codes, les autres communautés qu’elle fréquente, celles qu’elle déteste celles qu’elle adore, comment elle est perçue… y ajouter l’humour et l’enjeu de l’hétérose, faire un film drôle, mais avec des côtés sérieux. On tourne en dérision tout le monde, notamment les hétérosexuels pour dénoncer l’hétéronormativité Tel était l’enjeuPari réussi ? La réaction de la salle, lors de l’avant-première vendredi 12 juin, fut éloquente...

Traits ciselés, couleurs flashy (Chupa Chups de la gay pride ? ) aplats agressifs caricatures et contrastes, allusions à l’actualité (homophobie; sida, et thérapie; Dr Ragout) musique rythme et tempo, tout dans ce film d’animation (jusqu’à la panoplie de la sexualité gay des clubs, ....tournée en dérision) aspire le spectateur dans une bouffée parfois délirante qui se moque de tout (quand bien même il y aurait pléthore de références,  de codes et de symboles ….) : l'obsession des hommes gays pour leur physique est clouée au pilori tout comme celle des hommes hétéros pour le sport, il en va de même des clichés hétéros ou homos (surtout dans la hiérarchisation qui va de pair avec l’exclusion, ah le rôle de gaystapo ) il convient d’ajouter les ruptures de ton qui d’ailleurs en épousant différents genres (dont la comédie musicale et le buddy movie ) illustrent et scandent  les  moments/étapes de la  "trame" narrative  -de l’exhibition mise en exergue, à la chute ; de la chute à la reconquête; de la difficulté de Lucien à faire voler en éclats la puissance castratrice de la mère à son émancipation et simultanément métamorphoser l’idolâtrie et ses pièges. Oui ce film est traversé de bout en bout par une irrévérence salutaire  où le principe de l'inversion fonctionne tel un bolide dévastateur

 Les  thérapies de "conversion" ? Un cercueil à clous et symboles gay. La manif pour tous et l’extrême droite passées au moulinet corrosif, Le pullulement de  vannes (qui n’ont plus rien de potache) les parodies de slogans publicitaires, les jeux de mots, les gags …tout cela exploité -au mieux ?..- afin de dénoncer le caractère discriminatoire, et dégradant,  dont sont victimes tous(tes) ceux(elles) qui refusent l'hétéronormativité 

Et  si au final le personnage de Nina l’amie de Jim était porteuse du "message" ? Elle qui sait apprécier Jim en dehors de son corps athlétique, de ses abdominaux (marques de son identité queer avant la chute spectaculaire) est convaincue  que le désir peut exister hors des grammaires imposées, hors des économies du désirable

Jim Queen? Une fabrication collective, une écriture polyphonique, une direction artistique indépendante au service d’une odyssée fantastique,  à  ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

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13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 11:13

De Mark Jenkin. (2019 G-B) inédit en France 

Avec Edward Rowe(Martin Ward) Giles King (Steven Ward), Isaac Woodvine (Neil Ward fils de Steven), Mary Woodvine (Sandra Leigh), Georgia Ellery (Katie Leigh) Simon Shepherd (Tim Leigh) Joan Jacobs (Hugo Leigh)

 

Prix de la meilleure révélation britannique BAFA 2020 (Les British Academy Film Awards)

Dans un village de pêcheurs au cœur des Cornouailles, la pêche se fait de plus en plus rare au profit d’une activité́ touristique grandissante. Martin Ward, est un pêcheur sans bateau, son frère ayant transformé́ celui de leur père à des fins touristiques. Après la vente de leur maison familiale à de riches londoniens qui n’y passent que leurs vacances, Martin lutte pour conserver une place au sein de son village.

Bait

Un film singulier, qui intrigue, déroute et dérange tout à la fois… Cela est dû essentiellement aux choix formels: la problématique soulevée --difficile survie de la pêche dans un village des Cornouailles, collision avec les touristes londoniens, les vacanciers propriétaires, et l’inéluctable transformation du littoral en « villégiature » – cette problématique est traitée en une dramaturgie moins psychologisante que formelle. Ce qu’illustre d’ailleurs le montage parallèle du début : -gestes du pêcheur comme entremêlés à l’arrivée des "propriétaires" vacanciers; la famille Leigh   La dissonance sera entretenue tout au long du récit grâce à une mise en scène "fragmentée"  

A rappeler ici que Mark Jenkin -dont c’est le premier long métrage- est à la fois scénariste réalisateur,  photographe,  monteur et compositeur..

Il a tourné avec sa caméra Bolex en16m ; il a opté pour le format 4,3 (censé enfermer en les enserrant dans un cadre étroit, personnages et paysage) et pour un noir et blanc granuleux  voire poisseux. S’ajoutent au montage le rythme haché, la déroutante simultanéité de prolepses et d’analepses dans une même séquence, le passage écran blanc inondé de lumière comme repère/ élément narratif. Mark Jenkin affiche aussi sa prédilection pour les gros voire très gros- plans : fixes prolongés sur le visage de Martin Ward , ou se succédant plus  rapidement  mais répétitifs sur des objets (nasses à homards ; nœuds coulissants) ou sur les pieds, les chaussures. Les occurrences de verre brisé illustrent (?)  les brisures et fissures d’un monde lacéré de part en part, ainsi que le changement de rythme au sein d’une même mini séquence. Et voici comme surgie du tréfonds une musique presque hypnotique ; son omniprésence qui sourd des abysses semble corréler profondeurs maritimes et colères rentrées, et la surface inapaisée de la mer agitée - qui revient en leitmotiv-  sert de  prélude à la tragédie

Oui tout cela crée une tension -et le silence (s’il renvoie au cinéma muet)- participe à(de) cette ambiance anxiogène qui peut saisir le spectateur (et même le subjuguer) au plus fort du drame ….

Mais voici des statues;  immobiles, inanimées  elles côtoient le souffle du Vivant.  Un vivant qui lui aussi va s'immobilisant.  Permanence vs impermanence? Figement vs échappée vers ….l’ imaginaire ?

Un film à ne pas rater

Colette Lallement-Duchoze

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10 juin 2026 3 10 /06 /juin /2026 11:39

Documentaire réalisé par Massoud Bakhshi (Iran 2026)

 

avec Zahra, Mahya et Maleka

Grandir à Téhéran au XXI° siècle. De 2007 à 2026 au sein d’une famille aimante, dix-huit ans dans la vie de trois sœurs de leur prime enfance à leur quotidien de jeunes femmes en quête de liberté

Toutes mes soeurs

Le dispositif choisi est d’emblée expliqué par le menu par la voix du cinéaste -en off; très gros plans sur les boutons arrêt marche)=-, deux visages en médaillon -comme en surplomb- : les sœurs âgées de 20 ans vont "visionner" en même temps que le spectateur des fragments de leur propre vie:  bébés, gamines, et leurs réactions lors de la naissance de la petite soeur Maleka, écolières ; adolescentes, Fragments que leur oncle a précieusement gardés :Du cocon familial émerge la voix (toujours en off) de la "mamie" (une femme très conservatrice dispensatrice de préceptes comme autant d’interdits). Fragments d’une vie, de leur vie dans la succession des âges et des prises de conscience.  Si la chevelure, au montage, assure avec fluidité le passage des "jeunes" années. on sait qu'elle ne doit pas être filmée en extérieur, que le port du voile est obligatoire - les sœurs le porteront dès leur entrée à l'école...-,  et plus tard il faudra ruser, recourir au flou et/ou au noir pour "respecter" les diktats…Etudiantes Zahra et Mayha  adhèrent aux revendications féministes (mouvement de 2022) et simultanément sont à même de se filmer… L’intime - genre film de famille- est devenu  peinture  (du moins évocation) d’une société, d’un pays (quand bien même le bruit et la fureur de la répression nous parviennent par la bande son ou les images télévisées)  Hors champ cette évocation n'en sera que plus suggestive !!

Toutes mes sœurs ? un titre justifié car le documentaire dépasse le portrait d’une famille, L’impact que les principes familiaux, culturels, éducatifs et traditionnels auront sur Zahra et Mahya puis sur Malaka c'est celui qui concerne  la jeunesse en général et  les  filles en particulier. " Mon film est avant tout, un film humain, sur le fait de grandir. affirme le cinéaste  Mais plus encore, c’est un film sur les femmes, accessible à tous les pays et toutes les cultures, car les personnages sont des filles et des mères de différentes générations. Les hommes, eux, sont absents du film", Au spectateur de s'interroger sur cette absence et de la "rationaliser" !!

Le documentaire  s’ouvre sur un poème de Shams Tabrizi (1185–1248), texte sur les miroirs extrait du livre Maghâlât, ​​​les vers s'affichent alors que défile le générique. Des siècles avant l’essor de la psychologie, Shams Tabrizi parlait déjà du miroir comme outil de connaissance de soi, de réflexion. .... Pour moi, ce film est aussi un miroir, une réflexion sur soi, et sur l’évolution.

Et  n'est-ce pas  l’intime, la façon dont il est  appréhendé et jugé par celles-là mêmes qui l’ont vécu, (cf leurs émotions leurs colères), et  le télescopage du passé et du présent, qui  "tendent un miroir"  à la société iranienne ???

A voir

 

Colette Lallement-Duchoze

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