27 décembre 2025 6 27 /12 /décembre /2025 10:15

Documentaire réalisé par José Luis Guerin (Espagne France 2024)

 

Prix spécial du jury au festival de San Sebastián 

En marge de Barcelone, Vallbona est une enclave entourée par une rivière, des voies ferrées et une autoroute. Antonio, fils d'ouvriers catalans, y cultive des fleurs depuis près de 90 ans. Il est rejoint par Makome, Norma, Tatiana, venus de tous horizons… Au rythme de la musique, des baignades interdites et des amours naissants, une forme poétique de résistance émerge face aux conflits urbains, sociaux et identitaires du monde.

Histoires de la bonne vallée

Chacun crée son propre monde, et celui qui le construit avec égoïsme est perdu  (parole d’un habitant)

 

Comme le titre le dit explicitement, le documentaire de José Luis Guerin nous invite à être l’écoute, entendre une, des paroles, celle(s) des « habitants » de Vallbona leurs souvenirs (plus ou moins douloureux) leurs interrogations, leurs commentaires, leurs désarrois, la perte de leurs proches, sinon avec gouaille du moins avec un naturel qui emporte souvent l’adhésion de celui qui « écoute ».

Témoignages et instantanés de la vie, pour une approche humaine souvent poétique plus qu’expérimentale quand bien même cette « communauté » multiculturelle (telle une tour de Babel) est présentée comme le microcosme de l’Europe contemporaine, quand bien même la dialectique société/nature irrigue la narration

La construction (cf la rivière comme épicentre, les échos entre la séquence d’ouverture et la scène finale, l’enchevêtrement gestes paroles (parfois récits) et images en un réseau très «organique »  ) les cadrages, et les effets de la lumière, les alternances (entre nature comme inviolée et constructions urbaines bétonnées, entre groupes et duos ou soli, ou intergénérationnels, entre détente et travaux horticoles, etc) tout concourt à exhausser ce documentaire sur Vallbona -village hors du temps tout en étant ancré en lui-  en une œuvre éminemment cinématographique . Tel gros plan sur un visage, sur un arbre que l’on déracine, sur un plongeon qui magnifie l’eau en force vive, tel plan rapproché sur un couple qui danse, tel zoom sur un pleur qui sillonne les rides …Un temps comme suspendu à l’instar de cette enclave…

La dimension politique serait plus manifeste dans la préservation d’une « beauté= » séculaire (Vallbona terre d’accueil, et mémoire vivante des migrations) que dans une attaque frontale

A ne pas manquer

Colette Lallement-Duchoze

 

(attention il reste deux séances dimanche 10h30 et mardi 15h30 salle 8)

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26 décembre 2025 5 26 /12 /décembre /2025 09:38

De Kleber Mendonça Filho (Brésil 2024)

Avec Wagner Moura (Marcelo /Amando/ Fernando) Maria Fernanda Candido (Elza)  Gabriel Leone (Bobbi)  Udo Kier (Hans) Thomas Aquino (Arlindo) Robério Diogenes (Euclides) Sebastiana de Medeiros (Dona Sebastiana) Carlos Francisco (Seu Alexandre) Alice Carvalho (l'épouse décédée de Marcelo) Jamila Facury (Fatima) Roney Villela (Augusto) Laura Lufesi  (Flavia) Luciano Chiurelli (l’industriel)

 

Cannes 2025 : Prix de la mise en scène, Prix d’interprétation masculine,(Wagner Moura)  prix FIPRESCI (fédération internationale de la presse cinématographique)

 

 

Présenté  en avant-première à l'Omnia République samedi 27 septembre 2025

 

 

1977. Dans un Brésil tourmenté par la dictature militaire, Marcelo, un homme d'une quarantaine d'années fuyant un passé trouble, arrive dans la ville de Recife où il espère construire une nouvelle vie et renouer avec sa famille. C'est sans compter sur les menaces de mort qui rodent et planent au-dessus de sa tête.

Agent secret

Après  la formidable fable dystopique Bacurau Prix du jury à Cannes 2019 (Bacurau - Le blog de cinexpressionsle ; après le plus apaisé  Portraits de fantômes Portraits fantômes - Le blog de cinexpressions Kleber Mendonça Filho signe avec Agent secret une traque éblouissante qui se déroule en 1977, au moment de la dictature militaire (1965-1985). Il convoque en les exploitant plusieurs  genres cinématographiques  (thriller western gore entre autres..) tout en reprenant ses thèmes de prédilection, -dont la mémoire, des traumatismes. Mémoire que d’un chapitre à l’autre dans ce film -structuré en 3 parties- la jeune Flavia (Laura Lufesi) presque 50 ans plus tard  après avoir « écouté » des archives, consigne sur une clé USB (à noter que l’éclatement chronologique avec quelques flashbacks et cette prolepse, d'abord déroutant, ne nuira pas à la « compréhension »)

La séquence liminaire frappe par son atmosphère suffocante et absurde à la fois. Suffocante car la station-service située dans un espace désertique (plan large) est écrasée par la chaleur (cf la sueur sur le corps en surcharge pondérale du pompiste et la lumière de fin du monde…) Absurde car la présence d’un cadavre (qui commence à se décomposer) n’intrigue pas les deux policiers pourtant alertés, ils contrôlent la Coccinelle jaune (que conduit Marcelo) plus soucieux d’ailleurs de grapiller quelque  pourboire.

Une séquence d’ouverture qui donne le ton (pression asphyxiante corruption silence complice) Elle reviendra sous forme de cauchemar quand Marcelo hébergé à Recife chez Mme Sebastiana avec d’autres réfugiés se sait traqué menacé de mort… Elle préfigure aussi les aspects « fantastiques » (une jambe retrouvée dans l’estomac d’un requin, une autre jambe (ou la même ?) qui attaque les promeneurs gays d’un parc public, jambe homophobe écrira-t-on dans la presse...) Or ces éléments apparemment mineurs dans le film, participent peu ou prou au dessein de Mendonçà « explorer comment les individus naviguent dans un système oppressif, comment ils résistent ou se soumettent  Le macchabée et le membre inférieur décomposé ne seraient-ils pas une métaphore de la dictature avec son lot d’exécutions sommaires, de disparitions, de cadavres, avec la complicité des « bien-pensants » ? l'illustration de "discours déviants,  fantasmes sécuritaires servant à canaliser une violence d'état qui ne dit pas son nom"? . Et la façon de filmer en très gros plans (ici les orteils du cadavre ou la plaque minéralogique)  prévaudra aussi dans les moments d’intensité dramatique…

Fuir un passé trouble, revoir son fils (la photo de l’épouse décédée l’avait accompagné dans ce « retour » de Sao Paulo à Recife) interroger les archives pour connaître le véritable état civil de sa propre mère constituent l’arc narratif évident. Arc narratif qui ira s’amplifiant (évocation du passé de Marcelo, grâce à quelques flashbacks, passé justifiant comme a posteriori cette traque, le rôle de tueurs à gages - dont certains à la trogne digne de westerns)

Un récit qui mêle habilement réalité historique et fiction, réalisme et fantastique, dramatique et ubuesque, avec des clins d’œil réitérés au cinéma (dont Les dents de la mer).

Un récit où se déploie un labyrinthe de multiples connexions où la "mémoire"  va précisément épouser l'apparente discontinuité avec cette constante chez le cinéaste: moins raconter qu’exhumer, moins  reconstruire  que fouiller (jusqu'au constat final...) et cette façon de filmer si singulière qui scinde et fragmente l’espace avec un accompagnement sonore qui lui aussi  disloque (l’épisode du carnaval en serait la preuve irréfutable)

 

Un film à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 décembre 2025 4 25 /12 /décembre /2025 11:01

De Louise Hémon (2024)

 

avec Galatéa Bellugi (Aimée)  Matthieu Lucci : (Enoch) Samuel Kircher :( Pépin) Oscar Pons : (Daniel) Sharif Andoura : (père de Pépin)

musique Emile Sornin

Quinzaine des Cinéastes Cannes 2025

Prix Jean-Vigo 2025 Prix André-Bazin 2025

1899. Par une nuit de tempête, Aimée, jeune institutrice républicaine, arrive dans un hameau enneigé aux confins des Hautes-Alpes. Malgré la méfiance des habitants, elle se montre bien décidée à éclairer de ses lumières leurs croyances obscures. Alors qu’elle se fond dans la vie de la communauté, un vertige sensuel grandit en elle. Jusqu’au jour où une avalanche engloutit un premier montagnard…

L'Engloutie

le temps passe différemment pour chacun

Avec le prologue s’impose d’emblée la singularité de la bande-son. Un écran quasiment noir -hormis les points lumineux vacillants des lanternes -, mais un accompagnement sonore troublant et vertigineux, une musique faite de frottements de « fausses » dissonances. Ces mugissements du vent. président  à l’arrivée d’une jeune institutrice censée transmettre à la fois la langue (ici on s’exprime en occitan alpin) le savoir (contre les croyances ?) dans un paysage sinon englouti du moins hostile …La musique sera souvent obsédante et le son en continu à l’instar du vent…(Emile Sornin s’inspirant des chants scandés de Morricone, a composé quelque chose de polysémique, la voix d’Aimée, du chœur des enfants, de l’âme sauvage de la montagne et le sabbat de sorcière)

Tout au long de ce long métrage la réalisatrice va jouer sur l’opposition entre deux atmosphères deux tonalités :  le blanc de la neige (et la déclivité du paysage est si impressionnante que la verticalité a englouti l’horizontalité) les clairs obscurs des intérieurs aux tons froids et terreux souvent (avec de lents travellings sur les visages les objets) et la force suggestive de leurs mystères. Blancheur quasi immaculée, blancheur mortifère aussi ; flamboiement des braises, flammes des bougies, chaleur et désir ? . Blanc et noir aussi :vêtements d’Aimée telle une ombre maléfique dans le blanc hivernal ? robe noire de l’Amazone dans le vert printanier alors que de la vallée monte la théorie des épouses au regard interrogateur C’est que la ferveur républicaine qu’incarnait Galatéa Bellugi (avec la même fougue d’ailleurs que pour l’Apparition) s’en est définitivement allée, en même temps que le personnage…! Pourquoi ? Et c’est un des enjeux majeurs du film que ce basculement subreptice vers le fantastique

C’est bien du réel que naît l’étrange. Un réel qui par son immensité sidérante, ses strates insoupçonnées provoque le malaise chez cette « étrangère » Aimée -et son « double » le buste de Marianne- incarne le savoir républicain ; la certitude que le monde est intelligible- sa lisibilité est là évidente avec cette loupe sur le planisphère Vidal-Lablache , sur les « frontières », sur cette Algérie plusieurs fois mentionnée. Les habitants du village eux sont pénétrés de croyances (cosmogonie animisme certaines authentifiées par des écrits cf générique de fin).

A partir de la danse folklorique, des fissures lézardent le monde (apparemment) si lisse d’Aimée. Une scène de bascule, on passe d’un siècle à l’autre, de la nuit au jour, un vertige temporel en harmonie avec celui de la montagne, un vertige très physique aussi et le film va « basculer » vers le « sombre » Déjà dans une même et confondante unité , dehors et dedans pouvaient s’entremêler. Aimée s’adonne aux plaisirs solitaires (que la cinéaste illustre avec pudeur ; même pudeur quand guidée par des couinements Aimée est censée découvrir à l’intérieur d’une anfractuosité deux corps masculins Enoch et Pépin ?

Aimée serait-elle un succube ? Le jeune amant d’une nuit disparaît à jamais et d’autres hommes succomberont-ils à son charme au point de disparaître ?  Conspuée jusqu’à l’enfermement … Avant de  réapparaître -... au muletier

 

On peut déplorer une  fâcheuse (et complaisante ?) tendance à aligner des impressions, (ce que renforcent les ellipses le format 4,3 et une certaine redondance), d’autant que la cinéaste multiplie les thématiques (désir, sorcellerie, appréhension du temps,  mission civilisatrice de la République, féminisme, ) et fait côtoyer les genres (ethnographie du réel, naturalisme,  et fantastique)

L'engloutie n'en reste pas moins un film que je vous recommande.

 

Colette Lallement-Duchoze

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23 décembre 2025 2 23 /12 /décembre /2025 07:18

D'Amine Adjina (France 2024)

 

Avec Hiam Abbass (Souhila la mère de substitution), Younes Boucif (Mehdi)  Clara Bretheau (Léa) Gustave Kervern (le patron  Bernard), Laurent Stocker (Christophe le père de Léa)   Malika Zerrouki (Fatima la mère de Mehdi) Agathe Dronne (Sylvie la mère de Léa) Birane Ba (Ibrahim) Inès Boukhelifa (Faiza une soeur de Mehdi) 

 

Présenté dans différents festivals en 2025 (Arras  Sarlat  Bordeaux Saint Jean-de-Luz)

Mehdi avance sur une ligne fragile. Devant sa mère Fatima il joue le fils algérien idéal tout en lui dissimulant sa relation avec Léa et sa passion pour la gastronomie française. Chef de bistrot qu’il prévoit de racheter avec elle il voit Léa perdre patience face à tous ses secrets et réclamer une rencontre avec sa future belle-mère. Acculé Mehdi va alors choisir la pire des solutions

La petite cuisine de Mehdi

« j'ai mixé l'histoire de ta mère avec la mienne, ça fait double souffrance » (Souhila à Mehdi)

Exploiter un des ressorts de la comédie traditionnelle le travesti, le faux semblant, l’échange de rôles (cf Molière au XVII° et Marivaux au XVIII° ) entraîner le spectateur dans un voyage culinaire (l’art culinaire présenté comme le langage social par excellence) afin d’alléger le poids  de la double identité et de la double culture franco-algérienne, tel est le parti pris d’Amine Adjina (dont c’est le premier long métrage)

Le prologue encode ce film fondé sur une métaphore culinaire. Légumes que l’on coupe en rondelles avec la maestria du spécialiste, légumes que l’on écrase avant de les faire mijoter alors que défile générique, gros plans qui se succèdent dans le bouillonnement haut en couleurs de la cuisson avec exhausteur de goût.

C'est à Lyon le lieu de travail de Mehdi (employé comme chef il est sur le point de racheter le bistrot avec son amie Léa). Lieu d’où il exclut une partie de lui-même, son identité et sa culture algériennes. Pour faire voler en éclats ce cloisonnement il accepte la proposition de Souhila (étonnante Hiam Abbas) qui « jouera » la mère de substitution

Et vogue le navire …aimanté de bonne humeur et de convivialité ….

Le bouchon -le bien nommé "le baratin"-, sera le théâtre des volte-face, du passage d'une "culture" à l'autre ou de rencontres abracadabrantesques.

Comique de situation (cf la scène de la danse du ventre dans un train, ou la mini séquence dans la cave de dégustation chez Christophe )  jeu d’oppositions (entre Fatima la conservatrice, et la pétillante Souhila censées incarner deux approches de l'existence ) rebondissements dus aux quiproquos, rythme soutenu , tout cela fait de cette comédie sur l’exil (la souffrance du déraciné incarnée par Fatima) la double identité (incarnée par Mehdi et ses sœurs) le poids des traditions, sur la tolérance et le rôle majeur de la femme, un régal pour certains (à l’instar des mets concoctés) et  pour d’autres un simple divertissement - aux recettes assez lourdes –surcharge d’ingrédients et resucées pour reprendre la métaphore culinaire….

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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21 décembre 2025 7 21 /12 /décembre /2025 12:48

De Jérôme Bonnell (France 2024)

avec Swann Arlaud, Galatéa Bellugi, Louise Chevillotte, Emmanuelle Devos

 

Libre adaptation du roman de Léonor de Recondo Amours paru en 2015

C’est l’histoire de Céleste, jeune bonne employée chez Victoire et André, en 1908. C’est l’histoire de Victoire, de l’épouse modèle qu’elle ne sait pas être. Deux femmes que tout sépare mais qui vivent sous le même toit, défiant les conventions et les non-dits

La Condition

Déclinant presque ad libitum le terme "condition" le réalisateur met les femmes à l’honneur à partir de leur "condition" d’épouse, de servante, de mère- soit trois "conditions" d'asservissement-,  et démontre comment une "condition" - le pacte imposé par Victoire  à son mari qui l’a cocufiée-- va enclencher un processus d’affranchissement de certaines "conditions"  (contraintes extérieures ou luttes intérieures) en l’ancrant dans notre contemporanéité MAIS simultanément il veut prouver que le violeur c’est parfois un type sympathique, sensible, drôle, poli, Un violeur pleure, un violeur s’excuse, un violeur fait culpabiliser ses victimes » (propos du cinéaste) Tel serait le parti pris de Jérôme Bonnell dans cette très  libre adaptation  du roman de Léonor de Recondo Amours paru en 2015

Le cinéaste a soigné les ambiances (cf les jeux si multiples de clairs obscurs - photo de Pascal Lagriffoul- dans le huis clos de la propriété où les montées et descentes d’escalier vont faire voler en éclats des clivages (répartitions spatiales bien cloisonnées) tout en rythmant le cheminement intérieur de Victoire -l’épouse- et celui de Céleste -la servante, victimes toutes les deux des abus du maître de céans.  Il privilégie souvent les plans rapprochés , serrés ou les gros plans sur le visage (en frontal ou de profil) la nuque les mains des principaux protagonistes préférant le discret non-dit et le hors champ à l’explicite, préférant la circulation des regards à la parole (seul le mari aviné laissera exploser sa rage de mâle prédateur non satisfait, ses éructations et ses propos comminatoires se heurtent à l’impassibilité des deux femmes ou au mutisme d’une mère " encombrante " Parque des temps modernes ? (’Emmanuelle Devos évite de justesse le piège du cabotinage…)

Les mini séquences se succèdent sans un support didactique -ou explicatif- trop prononcé- comme autant de « tableaux » (dont certains évoquent la peinture sans verser pour autant dans une reconstitution historique trop léchée ) et les rares séquences hors les murs (en calèche, sur le quai d’une gare, dans la plaine ou le sous -bois )  évoquent elles aussi une approche picturale. L’interprétation frappe par sa justesse (Swann Arlaud en salaud bienveillant et mention spéciale à Galatéa Bellugi dont la simple présence impose  la force suggestive des non-dits)

 

Et pourtant quelque chose empêche cette Condition (quel que soit le sens) de décoller  et ainsi d’entraîner l’adhésion…Faisons fi des faux rebondissements, de l’artificialité de certains gestes (la mère impotente et ses coups de canne, Victoire et sa flûte traversière, Céleste et le corset) de certaines paroles récitées et comme plaquées (lors de réceptions) du déterminisme (André le fruit d’amours extra conjugales, reproduirait le schéma imposé par le père éducateur mais de son père géniteur aurait hérité de ...)

Académisme feutré dans le traitement ? Manque de souffle ? "Mornitude" ? 

Dommage !

 

Colette Lallement-Duchoze

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19 décembre 2025 5 19 /12 /décembre /2025 03:35

De Bi Gan (Chine 2024)

 

avec Jackson Yee Shu Qi, Mark Chao, Li Gengxi, Chen Yongzhong

 

Cannes 2025 Compétition Prix spécial 

Dans un monde où les humains ne savent plus rêver , un homme perd pied et ne distingue plus la réalité de l'illusion. Seule une femme voit clair en lui.  Elle parvient à pénétrer ses rêves en quête de la vérité.

Résurrection

Comme le rêve, le cinéma n’est pas fait pour sauver le monde mais pour le rendre plus beau  (Bi Gan)

Un film odyssée Et quand bien même il déplairait à certains spectateurs,  décidés à le bouder, force est de reconnaître cette ambition -folle unique et inventive- de traverser tout un siècle de cinéma, en adoptant son évolution tout en exploitant différents genres.

Le film se déploie en 6 fragments, depuis le cinéma muet et expressionniste, ce n’est pas un continuum, plutôt la  "somme" de plusieurs films où le rêvoleur (Jackson Yee) va jouer successivement l’assassin, le voleur, l’escroc et l’amoureux romantique ; où chaque fragment sera pénétré par un "sens" - la vue, l’ouïe, le goût, l’odorat et le toucher, que réunit la "pensée" dans l’épilogue. Où les décors sont construits comme des espaces mentaux (à la frontière du réel et du rêve comme chez Borges ?). Où tous les formats (de l’image carrée au scope), tous les supports (vidéo, pellicule), et presque tous les genres (dont le polar, le film de vampires, et de fantômes…) sont convoqués plaçant le spectateur non devant une histoire, mais dans un rêve devenu orphelin de son rêveur."

Reprenons. Nous sommes projetés dans un futur plus ou moins proche où « rêver » est interdit. (cf le synopsis)  … C’est le prologue; dont le traitement formel renvoie aux caractéristiques du cinéma muet et expressionniste. L'homme/ cinéma vit meurt ressuscite d’un fragment à l’autre, traverse les strates temporelles du XX° siècle soit tout autant l’histoire du 7ème art que celle de la Chine (la censure a failli interdire la projection du film  à Cannes à cause de l’incertitude du statut de cette Autre rêvoleuse ou infiltrée ? …de celui de tous les « rêvoleurs » qui préfèrent leurs  propres visions  à l’uniformisation quitte à survivre dans la clandestinité…)

On pourra être séduit par l’abondance des références, ( elles pullulent !!!),  par le visuel composite et la bande-son composite elle aussi   -Chopin semble faire bon ménage avec des groupes norvégien ou français. On  pourra préférer le deuxième fragment traité sur le mode surréaliste (la démultiplication des images ou illusions, en kaléidoscope) ou encore le 5ème la course effrénée dans l’opacité nocturne et son labyrinthe de ruelles, se " poser" momentanément avec une gamine subornée (en 4) … dont le "flair" est subordonné à l’arnaque. Le tout dernier plan de l’épilogue (salle de cinéma de cire où les fantômes de spectateurs vont s’évanouissant) est-il un clin d’œil ironique ? une pirouette ?

Quoi qu’il en soit l’homme-cinéma fabriqué par le jeune réalisateur chinois est un bel hommage au 7ème art

Raison suffisante pour ne pas rater ce film exigeant et fascinant

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 décembre 2025 4 18 /12 /décembre /2025 07:38

De Hlynur Pälmason (Islande 2024)

 

avec Saga Garðarsdóttir, (Anna) Sverrir Gudnason, (Magnus)  Ída Mekkín Hlynsdóttir, (Ida) Þorgils Hlynsson (Þotgils) Grímur Hlynsson (Grimur) Ingvar Eggert Sigurôsson (Palmi)

Musique : Harry Hunt

Festival de Cannes 2025 : sélection officielle, Cannes Première

Palme Dog

Anna en pleine séparation, est en quête de sens. Son cheminement se juxtapose à celui de Magnus, son ex-conjoint, le père de ses trois enfants. Ce derner a du mal à comprendre ses  propres sentiments

L'amour qu'il nous reste

Un toit qui s’ébranle avant d’être arraché -un temps suspendu entre ciel et terre - d’emblée s’impose la métaphore de la « dislocation » Car il s’agit bien de l’usure du couple dans ce quatrième long métrage de l’Islandais, Hlynur Pälmason plasticien de formation…Tout comme sur le plan formel le cinéaste a opté pour une forme de fragmentation : suite d’images  dont certaines oniriques fantastiques prolongent "comme allant de soi’" celles (plus carte postale) des paysages islandais, en changeant d’ailleurs de format d’image.

Chapitré en saisons l’amour qu’il nous reste s’étale sur un an -Voyez l’épouvantail se parer des couleurs ancrées dans la saisonnalité tout comme le passage du vert à l’ocre mordoré, du roux au blanc neigeux scande la narration. Voici Anna la mère l’épouse mais surtout l’artiste -d’immenses toiles (celles du cinéaste d’ailleurs) qu’elle « souille » de rouille par des plaques métalliques ; la scène qui l’oppose au galeriste suédois vaut son pesant de "mansplaining". Voici Magnus (dit Maggi) le père souvent absent -il travaille sur un chalutier (la décomposition en gros plans de tous les mécanismes  du bateau a la beauté de l’art brut). Un couple « séparé » à défaut d’être divorcé. Les trois enfants (des jumeaux et une fille) partagent repas (en présence du grand-père éleveur de brebis interprété par Ingvar Eggert Sigurôsson  le personnage principal d’Un Jour si blanc) ils s’exercent aux jeux de tirs à l’arc (attention à la flèche mortifère ( ?)  regardent alanguis sur un canapé un programme TV glissent sur la mare gelée, etc.  Panda (palme Dog à Cannes)  fait partie intégrante de cette famille. Des  "petits riens" qui constituent une existence. Apparente banalité ? …

Très vite le quotidien (du moins l’image censée l’illustrer) se métamorphose par l’insert de digressions ou l’intrusion de l’étrange. Parfois grâce à l’humour du cinéaste regardeur (lors d’un pique-nique le mari allongé, le visage sous la robe d’Anna, voit sa petite culotte, et celle-ci se transfigure en astre illuminant tout l’écran ; le documentaire sur des baleines que regardent les enfants met en avant la taille du sexe des mâles plus de 3m !!!) Mais plus on avance dans la narration, plus le réalisateur introduit onirisme et fantastique parfois cauchemardesque.  Ainsi le mari sera « puni » pour avoir tué le coq (après la semonce de sa fille dans la voiture, Magnus dans son « rêve » est tué par le volatile /dinosaure) Le plus évident est le rôle joué par l’épouvantail au casque médiéval ; si la récurrence du plan a une fonction narrative, le « réveil » du pantin peut surprendre … Or un extrait de L’étrange créature du lac noir qu’à un moment sur le bateau est censé visionner Magnus sur l’écran de son ordinateur avant de s’écrouler de …fatigue n’apporte-t-il pas une explication ?? Ici un réel déréglé (sous les eaux dormantes, présence d’un monstre) et là un couple en rupture ; dans les deux cas une forme d’anomalie de dérégulation. La nature figée en des paysages somptueux peut être explosive, tout comme les vagues et leur déferlement…

Magnus chavire sur les flots – un « océan de solitude » -image galvaudée certes mais qui ici joue sur les sens propre et figuré- un cri primal une imploration « pardon »  

Un film déroutant à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

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17 décembre 2025 3 17 /12 /décembre /2025 06:46

D'Anna Cazenave Cambet (2024)

 

Avec  Vicky Krieps (Clémence Delcourt) Antoine Reinartz (Laurent Levêque) Vigo Ferreira-Redier (Paul Levêque) Monia Chokri (Sarah) Aurélia Petit (directrice de la médiation) Feodor Atkine (le père de Clémence)

 

Festival  de Cannes 2025 Un Certain Regard

Une fin d’été, Clémence annonce à son ex-mari qu’elle a des histoires d’amour avec des femmes. Sa vie bascule lorsqu'il lui retire la garde de son fils. Clémence va devoir lutter pour rester mère, femme, libre.

Love me tender

Une femme qui rompt avec son milieu bourgeois d’origine, avec sa fonction d’avocate, pour devenir écrivaine ; une femme qui revendique sa liberté (en l’occurrence ses choix sexuels, elle aime désormais les femmes) et qui, mère aimante, se voit refuser non seulement la garde de son enfant mais aussi les droits de visite, son dilemme et l’homophobie ambiante (qui sévit dans les milieux bobos…) oui tout cela aurait dû entraîner sinon l’adhésion du moins l’empathie. Or si la prestation de Vicky Krieps est exemplaire, si Antoine Reinartz -avocat sans pitié dans Anatomie d’une chute  joue ici avec brio le salaud manipulateur accusant Clémence de pédophilie-,  le film (librement adapté du roman de Constance Debré 2020) souffre de longueurs et de certains choix formels

Certes l’étirement temporel se prête à l’alternance entre ellipses, passages plus introspectifs, séquences à bicyclette, natation, scènes de retrouvailles enfermées dans un dedans, etc.. mais le côté didactique explicatif -d’autant qu’il est comme dupliqué par son illustration à l’écran quand il ne joue pas le rôle d’antiphrase  -a tendance à sacrifier la suggestion au profit d’une volonté démonstrative -typique d’ailleurs des films dits à thèse (ce qu’accentue le huis clos des face à face où les protagonistes représentant de la « justice » ont la fâcheuse tendance à  "réciter") … Là où on aurait apprécié des non-dits on est saturé de …Et l’étirement du temps qui s’inscrit dans la douleur de l’attente aurait dû propulser le spectateur dans l’insupportable (Clémence rappelle le nombre de jours puis de semaines puis de mois d’absence, de dépossession)  Il n’en est rien… Idem pour la redondance de certaines situations (étreintes mère fils, étreintes entre femmes, relations père fille) Ces étreintes ces connivences, sources naturelles d’empathie sont pourtant loin d’être convaincantes (ou alors s’agirait-il de distanciation ???)

D’autres choix formels apparemment judicieux se heurtent en fait à une redoutable "immanence"  qui les fait voler en éclats. Ainsi la scène d’ouverture une piscine avec son jeu de lignes, de démarcations, ses couloirs de nage aurait dû encoder le film moins par l’exercice physique imposé -même si sa récurrence obéit à une discipline qui rythmera l’itinéraire de Clémence -que par l’emprisonnement qu'il  "symbolise"  ne serait-ce que par ses délimitations spatiales (quand Paul demandera à sa mère sous l’œil bienveillant des deux préposées à la médiation qu’est-ce qu’on ferait si on était dehors  le dedans de la prison –  forme d’incarcération imposée- n’est pas palpable…) – Idem pour les balades à vélo censées baliser l’itinéraire entre deux pôles "attractifs" ; et que dire de ces ambiances feutrées, pénombre quasi crépusculaire des attouchements ?

Reste le choix final (même si les images restent en deçà des extraits du roman -lus en voix off- extraits trop nombreux d’ailleurs, tant est patente la dissonance entre l’écriture et son illustration). Un choix qui ne saurait être celui d’une reddition (comme dans une guerre d’usure) mais celui d’une émancipation Oui Clémence s’affranchit définitivement de tous les stéréotypes concernant le rôle de la  "mère"  (imposés par des millénaires de patriarcat… et dont Laurent serait encore l’incarnation)

Cela étant, on reste  "globalement " dubitatif

 

Colette Lallement-Duchoze

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15 décembre 2025 1 15 /12 /décembre /2025 10:40

De Julia Kowalski (France 2024)

 

avec Maria Wróbel (Nawojka), Roxane Mesquida (Sandra), Wojciech Skibiński (Henryk), Kuba Dyniewicz (Bogdan), Przemysław Przestrzelski (Tomek), Raphaël Thiéry (Badel), Jean-Baptiste Durand (Franck), Eva Lallier Juan (Alice) Laurence Côte

 

Festival de Cannes 2025 Quinzaine des Cinéastes

Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel 2025 : Compétition Internationale - Mention du jury

La jeune Nawojka, qui vit avec son père et ses frères dans la ferme familiale, cache un terrible secret : un pouvoir monstrueux, qu'elle pense hérité de sa défunte mère, s'éveille chaque fois qu'elle éprouve du désir. Lorsque Sandra, une femme libre et sulfureuse originaire du coin, revient au village, Nawojka est fascinée et ses pouvoirs se manifestent sans qu’elle ne puisse plus rien contrôler

Que ma volonté soit faite

L’écran est noir mais on entend une grande inspiration tel un halètement. D’emblée le spectateur est intrigué :Obscurité (celle qui préfigure toutes les zones d’ombre ?). Un chalumeau qui s’allume (jeux de clair-obscur propices aux rituels ?) Puis, alors que défile le générique voici en quelques plans toute la rudesse de la ruralité mise en exergue.

La dualité sera au cœur de ce film - dichotomie ou dialectique pour le fond, oscillation entre réalisme naturalisme crus et surréalisme fantastique glissant vers l’horreur pour la forme. Le feu -dont la récurrence s’apparenterait à un leitmotiv- est décliné dans sa polysémie mais surtout dans son ambivalence : dévastation et purification Les personnages ? Dans cette famille d' émigrés Polonais : voici le père aimant mais qui « freine » l’émancipation de sa fille ; deux fils rustres machos odieux mais animés par une fureur vengeresse quand on  "blesse" leur sœur Nawojka. Elle-même dispensant ses caresses félines, ses œillades ses prières ses implorations mais régulièrement sujette à une cruelle métamorphose - distorsions convulsives du visage et du corps dévasté par un trop plein de désir, L’actrice Maria Wröbel est surprenante dans ces séquences de  "possession"

Nous voici propulsé avec elle dans un univers fantastique qui mêle onirisme et horreur. Des masses visqueuses au confluent du liquide et du solide dégoulinent en anamorphoses, se parant de l'incandescence du feu, elles envahissent le réel qui s’évanouit en filigrane - et la musique de Daniel Kowalski le frère de la cinéaste, accentue ce phénomène : Nawojka possédée par ce qu'elle croit être le Mal -que lui aurait légué sa mère - peut commettre l’irréparable. La "venue" (plutôt la réapparition) de Sandra (étonnante Roxane Mesquida en blonde décolorée) va  "cristalliser"  les attentes et les désirs ; elle qui porte déjà les stigmates du "sacrifice"  sera le bouc émissaire. Ange salvateur -pour Nawojka-?  ange exterminateur?   c'est le credo des villageois. La forêt, la nuit, la boue, le feu, les animaux insidieusement malades (ah cette façon de les filmer en très gros plans comme pour expurger le Mal qui les dévore avant leur effondrement) tout participe de cette atmosphère étouffante jusqu’à l’épouvante (parfois)

La longue séquence du banquet de mariage restera dans les annales (discours du père interrompu par les paysans autochtones avinés, humiliations racistes, virées avec tentatives de viol sur la personne de Sandra, éprouvante chasse à la biche….. ) Mais aussi la dernière séquence où la jeune fille nue - couverte de boue- traverse le village ébahi ; renaissant de ses  "cendres" elle s’est débarrassée de tous les oripeaux, entraves à son émancipation.

Car le film est sans conteste le récit d’une émancipation. Ce qu’affirmait d’ailleurs la réalisatrice présente samedi 13 à l’Omnia, réalisatrice qui revendiquait en outre ses accointances avec Mandico (explosion des couleurs des sensations et des sons dans un univers fantasmagorique du cru  -celui de la dévoration par exemple)

La pellicule de 16 mm confère un relief très particulier à l’image, comme l’a expliqué le directeur de la photographie Simon Beaufils présent lui aussi lors du débat qui a suivi la projection. La matière est mieux capturée dans tous ses tons.

Un film à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze**

 

 

PS le film a été tourné dans une exploitation de vaches laitières en Vendée et la complicité des agriculteurs aura transformé la ferme en « studio à ciel ouvert »

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12 décembre 2025 5 12 /12 /décembre /2025 04:34

De Benoît Delépine  (France 2024) 

 

Avec Samir Guesmi (Darius) Olivier Rabourdin (Philippe Ripauillac) Solène Rigot (Coli) Patrick Bouchitey (le poète) Pierre Lottin (un garde du corps) Jonas Dinal (Teger King) Yolande Moreau (voix)

 

Musique de Sébastien Tellier 

Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) Belgique, 2025 Compétition officielle

De l’aéroport de Beauvais à La Défense, accompagné de sa valise à roulettes, Darius traverse à pied campagnes et banlieues pour mener à bien, et sans empreinte carbone, une mystérieuse mission...

Animal Totem

Ce qui frappe d’emblée c’est le format de l’image, un format scope étiré au maximum- Animascope dit le cinéaste. Car dans ce road movie à pied qui conduit Darius, en costume cravate, menotté à sa valise à roulettes, de l’aéroport de Beauvais à La Défense, la faune va jouer un rôle majeur. L’œil du regardeur se doit de la capturer avec une rétine de prédateur, la plus large possible, grâce au vrai cinémascope anamorphosé Chenille, chouette, abeille, rapace, poissons rouges limace cerf, libellule, martin-pêcheur, grillon, araignée, effraie…animaux et insectes sont là, bien présents, eux les « invisibles » des  décors  habituels, ils font partie intégrante de notre écosystème, ils regardent l’univers de l’homme (arrêt sur image)  -certains insectes et rongeurs sont myopes, la mouche voit le monde au ralenti, l’aigle a une vision panoramique bien plus développée que l’homme… Darius adopte leur point de vue prolongeant en cela le regard de B Delépine et celui du chef op animalier Thomas Labourasse qui les filme plein cadre (lors d’échanges avec le marcheur Votre malice et votre art de la dissimulation sont un modèle pour moi. Bon appétit, maître ! », conversation avec un renard) ou par des plans dits subjectifs qu’accompagne la bande son de leur « langage» (ou la musique de Sébastien Tellier) ; une caméra à même le sol et voici l’humus capté dans sa biodiversité (son odeur et sa vie grouillante) Approche sensorielle toute en délicatesse!

Format dédié aux « animaux » donc ; format qui en isolant l’homme à la valise dans la vastitude des champs crée de surprenantes échelles et proportions. Le très grand Samir Guesmi (choisi par le cinéaste car il est beau comme un James Bond mâtiné de Monsieur Hulot") peut ainsi être rapetissé alors que ses  "compagnons" de voyage (dont une limace  captive dans la valise avant d'être rendue à son environnement) seront  agrandis.

Le format choisi autorise aussi certaines audaces (cf l’étrange arrivée de la voiture de police municipale, sa signalisation lumineuse  est comme la prédelle d’un retable, cf aussi le landau qui reposait sur le toit d’une voiture puis capturé emporté par les griffes d’un rapace ; ou encore la séquence dans le bar et l’apothéose des  "coups de billard").

De champs pollués (gros plan sur un bidon de pesticides…) en zones pavillonnaires désertées, d’échangeurs en départementales, de sous-bois en cités, Darius rencontre aussi des humains (mention spéciale à Patrick Bouchitey en poète qui voit l'au-delà du visible et entend le langage des choses muettes) A chaque  "rencontre"  le cinéaste  exploite des clichés (cf le gendarme zélé, la vieille femme solitaire épiant derrière son rideau, le chasseur en tenue de camouflage, la jeune écolo …assez escroc). Et ce, avant l’ultime rendez-vous avec Philippe Ripauillac (Olivier Rabourdin) un mégalosaure à la fois président de Totem Energie --sans vergogne il va  implanter une nouvelle usine, mortifère pour l’écosystème-, et chasseur invétéré, sadique (cf la collection de trophées de cervidés  dans le sous-sol de son immense château à Saint Germain, un sanctuaire …)

Animal totem a les allures d’une fable antispéciste, écologique, à l’humour décalé - cette forme d'humour et la dénonciation du capitalisme outrancier sont la "marque" du tandem Benoît Delépine/ Gustave Kervern, d’ailleurs. Réalisé en solo, ce film s'inspire  " d’un combat écologique contre une usine d’enrobage de goudron qui devait s’installer dans la région de Nantes" où vit précisément B Delépine. Après une mobilisation, le projet a été annulé Le CNC a refusé une avance sur recettes ?  C’est que le cinéaste "voulait marquer les esprits sans prendre de gants"  (l’énigmatique et débonnaire Darius avec sa valise gadgets -à la James Bond- va se révéler un redoutable militant, face aux pollueurs tueurs, .... impunis ….)

Un plaidoyer pour la sauvegarde de notre écosystème, à la fois poétique et audacieux où l’humour décalé se marie aux outrances, à la fantaisie et à l’absurde

Une invitation à voir le monde autrement,  à ne pas manquer !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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