26 avril 2026 7 26 /04 /avril /2026 07:25

Documentaire réalisé par Philippe Béziat (2025)

 

 

  • Grand Prix 2026 du Documentaire musical à Biarritz
  • Prix du public 2025, Œillades

Comment jouer ensemble sans se sentir disparaître dans la masse ? Comment cohabiter si longtemps sans que le groupe explose ? Quel rôle joue vraiment le chef d’orchestre ? Pour la première fois, caméras et micros se faufilent parmi les 120 musiciens de l’Orchestre de Paris, à la Philharmonie, sous la baguette de leur jeune chef prodige, Klaus Mäkelä

Nous l'orchestre

Filmer une matière sonore en train de s’élaborer en étant au plus près de ce « nous » qui compose un orchestre tel est l’enjeu de ce film documentaire aussi passionnant que novateur dans sa forme. – Une forme qui tout en respectant la règle de 3 du cinéma montage mixage cadrage se démarque de certains attendus.

Certes le spectateur est convié à des séances de répétition sous la direction   du charismatique Klaus Mäkelä (nous verrons aussi Elim Chan et Herbert Blomstedt). Ainsi  au tout début lors de la répétition de Stravinsky la caméra saisit en quelques plans sa maestria, l’originalité de ses gestes (à décrypter car porteurs de signes pour celui qui regarde tout autant qu’il est à l’écoute) et l’expressivité de son visage. Hé ben, il n'est pas venu faire de la figuration, celui-là ! (remarque un musicien, un propos plein de sous-entendus… …Rappelons ici que ce jeune « prodige » né en 1998 est directeur musical de l’Orchestre de Paris depuis septembre 2021).

Mais la caméra va individualiser le "collectif" inclus dans le "nous" multiforme sans jamais toutefois dévoiler une identité propre. Voici en gros plan tel musicien interrogé ; l’originalité sera double : d’une part pénétrer sa pensée et la restituer par un encart à lire sur fond noir alors que les lèvres s’animent muettes…(rappel du cinéma muet ?) ; et d’autre part donner à entendre comme a postériori le "son" qu’il a produit avec son instrument ; se dessine à chaque fois sur le visage de l’interviewé la même émotion. Le-nous du titre englobe ainsi des individualités : avec leur vie: hors les murs nous les voyons immergés dans « notre » quotidien familier, à l’intérieur du bâtiment de la Philharmonie ils forment un  "corps" dans l’exercice de leur  "métier", mais avec des  egos  plus ou moins surdimensionnés,  des ressentiments,  des aspirations…(certains envient -ou déplorent- les privilèges des solos ; d’autres ont la douloureuse impression   de « ne servir à rien » …)

A la diversité des individualités répond celle des instruments -avec une prédilection pour le cor anglais ? (de très gros plans sur l’anche et des lèvres, sur des mains et leur archet par exemple vont alterner avec des plans d’ensemble sur l’orchestre) On tourne une page de partition, on annote, on nettoie une embouchure, on change une anche, chaque geste est ainsi valorisé   On se réunit, on échange lors d’audition pour le recrutement d’un violon. Interroger l’instant tout en l’inscrivant dans un continuum !  c’est une autre dynamique de ce film Et quand la caméra filme le bâtiment dans son environnement extérieur le style architectural perd de sa minéralité pour se fondre dans la fluidité du trafic du périph…

Un film documentaire musical ? le cinéaste préfère l’appellation« documentaire symphonie » écoutons-le Ne pas trop me poser la question du récitmais penser en termes de mouvements, comme pour une œuvre musicale. D'abord quelque chose de très puissant, très énergique. Puis un ralenti, plus extatique, qui va nous amener ailleurs. Puis là, tout d'un coup, le petit solo de quelqu'un qui s'exprime..."

 Un film sur la Vie de musiciens ? oui mais dans  leur rapport à la musique, à leur instrument

Un film qui par la maîtrise et la diversité des cadrages, par l’originalité du montage invite le spectateur -mélomane ou non- à vibrer de concert … au point de se sentir inclus dans le « nous » du « vivre ensemble »

UN FILM A NE PAS MANQUER

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
25 avril 2026 6 25 /04 /avril /2026 08:52

De  Leyla Bouzid  (Tunisie France 2025)

 

Avec Eya Bouteraa (Lilia) ,Hiam Abbass,(la mère Wahaida)  Marion Barbeau   (Alice) Feriel Chammari (Hayet une tante) Selma Baccar (Mélissa la grand-mère)

Présenté en Compétition à la Berlinale (février 2026)

-5e Best Emerging Filmmaker Award,  Rendez-Vous With French Cinema in New York

De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, Lilia se retrouve confrontée aux secrets d'une maison où cohabitent trois générations de femmes.

A voix basse

Voici un film de facture  très (trop) classique - la démarche -passer par l’intime pour explorer une société , le  découpage - ces jours qui scandent la narration comme autant d’étapes dans le cheminement intérieur de Lilia-; l’alternance entre scènes d’intérieur dans la maison familiale gardienne des secrets et tabous et ces extérieurs lieux de l’émancipation, se détacher des carcans qui ligotent-,  avec parfois des insistances inutiles (cf au final le drapé évanescent au flou hamiltonien où s’épanche la sensualité  caressante des deux corps féminins  et le tout dernier plan quand le poème de Victor Hugo s’en vient saluer la venue de l’enfant…) le recours à un procédé nullement novateur (faire coexister dans le même plan des bribes du passé ressuscité et le moment présent ; coexistence comme substitut de la pensée ? et de la dialectique ?) 

A voix basse n’en reste pas moins un film "militant" . On sait que l’homosexualité masculine est sévèrement réprimée en Tunisie (l’homosexualité féminine étant considérée comme un phénomène annexe  ….: le flic ne portera pas plainte contre les "provocs" de Lilia ;  alors que la mère qui avait adopté les choix de son frère se refuse dans un premier temps à être complice de sa fille ) … Layla Bouzid s’attaque à ce "tabou" et plaide pour la reconnaissance des choix sexuels de chacun et pour l’abolition de la loi

Frontalement (dans les face à face) mais le plus souvent mezza voce avec cette circulation de regards si éloquents et une caméra très proche des protagonistes (plans serrés rapprochés alternant avec de très gros plans sur des visages au mutisme suggestif) la réalisatrice entremêle " enquête" et dépassement des "tabous". L’enquête sur les zones d’ombre qui entourent la mort suspecte de l’oncle sera double (celle menée officiellement et simultanément celle menée par Lilia) avec une figure centrale et pourtant effacée -tel un fantôme- celle de l’amant regardeur. Et simultanément le dépassement des tabous passera par une déconstruction (cette dernière concerne  surtout  Lilia mais aussi sa mère!)   Alice la compagne de Lilia est d’abord présentée comme colocataire.  Lilia se met à l’abri- comme si elle se cachait- pour vivre ses amours "clandestines" afin de se  "protéger" contre les diktats de la famille ; mais progressivement le furtif devient visible (sans être ostentatoire), le non-dit, cette part d’héritage familial, s’affiche en explicite (sans être "trop ostensible"   malgré ces "baffes"  qui claquent ou ces mots perturbateurs)

La voix jusque-là contenue (basse) aura fait advenir l'indicible, (et ce malgré l’ironie des dernières paroles à propos de l’enfant qui ressemble à son père  … )

A voir …en dépit  de nombreuses réserves !

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
24 avril 2026 5 24 /04 /avril /2026 02:32

De Graham Swon (USA 2023)

 

avec Deragh Campbell, Hannah Gross, Peter Vack   

 

(inédit en France ainsi que The world is full secrets 2018)

1939, quelque part dans le Midwest américain : Barbara Fowler, ancienne enfant prodige de la littérature et son mari, Richard, auteur de romans pulp, s’installent à la campagne, où ils se retrouvent pris dans un triangle amoureux avec leur servante profondément religieuse, dans cet examen envoûtant d’un monde voué à disparaître.

An evening song (for three voices)

Voici trois personnages Barbara -autrice empêchée d’écrire depuis ses jeunes années, Richard son mari auteur de romans de gare au succès mitigé et Martha leur servante très pieuse dévouée dont le visage et le corps sont marqués par des cicatrices (comme autant de stigmates de ??) Trois personnages, trois voix qui vont s’entrelacer dans un chant du soir tel un chant du cygne ?

 Certes le cinéaste situe son film à la fin de l’été 1939  mais an evening song (for three voices) n’en sera pas pour autant un « film d’époque » tout au plus l’année choisie 1939 « est une année de transition : après la Grande Dépression, l’industrialisation bat son plein et dans le domaine culturel le système des grands studios hollywoodiens est à son apogée alors que le modernisme littéraire touche à sa fin et la seconde guerre va bouleverser le monde ; le film se déroule entre « la fin » et le « commencement » (Propos du réalisateur)-  L’histoire colportée d’un loup garou qui rôde et dévore des animaux mais aussi des humains en serait-elle la métaphore ? 

Le  "trio", triangle amoureux, où chacun aime les deux autres ? Graham Swon l’exploite certes mais au service d’une expérience cinématographique fort singulière qui n’a rien à voir avec le " naturalisme" du mélo provincial  -même si à la toute fin le film semble renouer avec cette veine (Martha la récitante fait part du sort de tous les protagonistes comme dans un épilogue;  propos non denués d'ironie)

L’essentiel (soit les trois quarts)  frappe par une atmosphère envoûtante diaphane ou nocturne, et l’émotion feutrée qu’elle dégage ! fondus enchaînés, surimpressions , superpositions (des image et des voix) , choix des plans séquences, le flou et son corollaire : le primat de la sensation sur l’histoire, la lenteur hypnotique, la musique de Rachel Evans qui de bout en bout accompagne les textes récités, (successivement, en alternance ou simultanément comme des échos qui se répondent avant de se confondre (qu’il s’agisse des pensées profondes -inavouables ?- des trois personnages de leurs désirs de leurs rêves, ou des extraits des œuvres écrites par le couple, de leurs commentaires, ou encore  de rumeurs qui circulent au village), tout concourt à rendre délicat palpable évanescent et charnel à la fois un univers de signes où le Verbe se fait chair et sa puissance incantatoire aussi fluide que les flux des trois consciences

Un envoûtement

A ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
23 avril 2026 4 23 /04 /avril /2026 08:51

D'Akio  Fujimoto.  (France , Malaisie et Allemagne 2025)

Avec Muhammad Shofik Rias Uddin, Shomira Rias Uddin

 

Festival Venise 2025 Section Orizzonti prix spécial du jury

 

Dans l’espoir de retrouver leur famille dispersée, Shafi, 4 ans, et sa sœur Somira, 9 ans, quittent un camp Rohingya du Bangladesh pour rejoindre la Malaisie. Guidés par leur regard d’enfant, ils entreprennent une traversée périlleuse.

Les fleurs du manguier

Le cinéaste japonais -dont les deux films précédents l’un sur des immigrés au Japon et l’autre sur de jeunes vietnamiennes clandestines -sont restés inédits en France, a travaillé sur « le terrain en Birmanie » et s’est intéressé au sort tragique des Rohingyas. (Rappelons ici le puissant documentaire de Barbet Schroeder qui avait impressionné, ébranlé le public Le Vénérable W - Le blog de cinexpressions)

Mi documentaire mi fiction les fleurs du manguier filmé à hauteur d’enfant -souvent caméra portée-, s’ouvre sur un jeu de cache-cache et 1,2,3 soleil dans une hutte au Bangladesh. Voici Somira 9 ans et son petit frère Shafi 4 ans (et le réalisateur rappellera à intervalles réguliers cette force explosive de l’enfance capable de préserver un espace ludique, au plus fort de la tourmente et de la tragédie…)

Sommés de plier bagage, les deux gamins vont entreprendre un périple (du Bangladesh où ils sont réfugiés à Kuala Lumpur Malaisie) ; 28 jours -ces jours comme égrenés s’affichent ainsi à l’écran- ; 28 jours !  Une éternité quand on est ballotté sur les flots, brinqueballé dans des camions de fortune, qu’on avance péniblement à pied dans la jungle, qu’on affronte autant la fatigue la faim que les garde-côtes armés ou des passeurs véreux avides de profit Et le réalisme (certains passages frappent par leur évidente crudité) se mêle souvent astucieusement d’ailleurs à la douceur préservée dans la relation entre la sœur et le frère

Et pourtant… Le spectateur, certes souvent ému, (les protagonistes sont des gamins !), peut éprouver une certaine lassitude quand bien même il aura été sensible à tous ces « effets » de lumière qui traversent la nuit – horreurs marchandages corps exténués, contrastant avec la bienveillance de ces Rohingyas capables d’humanité de solidarité…

Oui dans le concert du dithyrambe osons une dissonance -car n’est-ce pas à la fois la force et la limite de cette « immersion » dans laquelle veut nous entraîner le cinéaste ? L’enfance dont on sauvegarde la miraculeuse vitalité dans l’onirisme et la fiction ? Force et limite aussi du genre hybride ? l’esthétisation qui dévitalise la portée du propos ? …

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Partager cet article
Repost0
22 avril 2026 3 22 /04 /avril /2026 15:19

De David Roux (France Belgique 2025)

 

avec Mélanie Thierry, Eric Caravaca, Arnaud Valois, Jérémie Rénier  Sarah Le Picard  Alexandra Stewart , Jérôme Deschamps

 

 

Festival du Film Francophone d’Angoulême 2025,

Hors compétition, au Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz 2025.

 

 

Voilà Marianne aujourd’hui : femme d’un riche industriel, enviée et admirée, épouse modèle et mère de famille dévouée. Elle va avoir 40 ans et le confort de la vaste demeure familiale a lentement refermé sur elle son piège impitoyable. Prisonnière d’un inextricable réseau d’obligations sociales, familiales et conjugales, complice de son propre effacement, elle a, sans même s’en apercevoir, renoncé à elle-même. Alors, quand resurgit l’ombre de son passé, une brèche s’ouvre. Une autre vie serait-elle possible ? Et à quel prix ?

La femme de

Adapté du roman d’Hélène Lenoir  Son nom d’avant (1998),  le film de David Roux fait la part belle à ces bâtisses cossues (cf les plans d’ouverture) comme écrins de l’hypocrisie bourgeoise d’un autre temps (XIX°) et qui a perduré .Bâtisse que le couple Marianne/Antoine va habiter (suite à la mort de sa belle-mère, Marianne avait pourtant répondu par la négative à la demande de son mari …mais  dès le plan suivant le couple a emménagé ; la succession rapide de ces deux plans illustre le manque (ou l'absence) de considération de la femme  au sein de la bourgeoisie catholique de province   Ce sont les quelques  confidences « lucides » de Marianne au photographe, les fredaines apparentes de l’aînée en pension qui, par-delà les invectives du beau-père omnipotent (tout en étant physiquement diminué) qui le diront explicitement. Oui Marianne et Antoine Casella font chambre à part, oui Antoine a « prié » pour que le premier enfant soit un garçon digne héritier des Casella, oui Marianne s’étiole … engluée dans des obligations sociales familiales conjugales dont elle semble complice. Mais un regard à l’église, une discussion, des photos (le prologue rappelait cette circulation de regards, lorsque adolescente Marianne fut agressée en pleine rue, traitée de « putain » et que réfugiée dans un bus, elle scrutait (en vain ?) la bienveillance d’autrui...) tout cela conjugué "ouvre une brèche; une autre vie est-elle possible? (cf le pitch)

Récit d’une émancipation, d'une "reconstruction" à partir de …porté par le talent de Mélanie Thierry dont la délicate sensualité affleure à chaque plan

Certes les promenades dans les sous-bois, avec les déclinaisons de vert et les multiples fonctions du pont, les teintes ocres et parfois flamboyantes, la douceur quasi angélique de Jérémie Renier (qu’accentue la coupe de cheveux) les cloisons d'intérieur balisant un parcours obligé , alanguissent un récit au rythme déjà nonchalant (quand bien même l’espace est souvent saturé des invectives colériques du beau-père patriarche) . Et même quand la décision semble prise (définitive) la rupture ne sera pas immédiate -moins pour donner le temps au temps- que pour annihiler une  "dépossession"  jusque-là assumée la transformer  en une plénitude (dont les détails resteront hors champ)

Surtout ne pas comparer avec Chabrol… car David Roux en s’intéressant à l’emprise morale ne choisit pas le cynisme corrosif …Son huis clos n’en reste pas moins troublant, de l’indolence peut naître une forme de sublime (qu’accompagne cette voix plaintive dans le quatuor, tel un appel à la liberté)  

Et voici sur l’écran TV (que regarde la famille réunie…) des extraits de Peau d’âne de Jacques Demy (1970), Delphine Seyrig prodigue ses conseils de Fée des lilas  Ecoutons-la

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
21 avril 2026 2 21 /04 /avril /2026 09:12

D'Alexia Walther et Maxime Matray (2025)

 

Avec  Agathe Bonitzer, Nathalie Richard, Christophe Paou

Sur la Côte d'Azur, une adolescente disparaît le jour de son anniversaire. Géraldine, employée municipale, s'improvise alors détective. Personne n'a rien vu mais tout le monde a son mot à dire et Géraldine aura du mal à ne pas se laisser submerger par les potins, les théories et les croyances de chacun. Et ce n'est pas le retour inopiné de sa mère qui va lui faciliter la tâche. Une petite ville, c'est bien connu, c'est plein de petits crimes...

Affection affection

Glissements mystérieux d’ordre spatio-temporel tout autant que sémantique (dont la redondance du titre et  la calligraphie de l'affiche  seraient l’illustration ?) le spectateur est invité - tout autant d’ailleurs que Géraldine (Agathe Bonitzer)-  à les faire siens … à cheminer entre ciel et terre, pinèdes mer rivages ville comme dans un paysage mental,  fait d’échos répétés de loin en loin ou de proche en proche ; fruits d'un  hasard réel ou objectif ?!  C’est que de bout en bout triomphe l’équivoque : un chien blanc ou un sac plastique ? cartésienne ou cartomancienne ?

En alléE disparuE revenuE ? Disparition? Réapparition ? Les deux cinéastes Alexia Walther et Maxime Matray se plaisent à  "détourner" les éléments spécifiques des films noirs jusqu’à les vider de leur contenu : ainsi cette ville balnéaire proche de St Trop (?) déserte (très basse saison) car désertée par les touristes mais qui recèle tant de secrets de tragédies de crimes jamais résolus alors que les "rares" personnes rencontrées par Géraldine qui s’improvise détective arborent une atonie déroutante (accentuée par le phrasé théâtral du récitant). Comme si la mort redoutée était sinon banalisée du moins apprivoisée ou abstraite (et l'impassibilité apparente d'Agathe Bonitzer est assez désarmante)

Et pourtant les lieux les couleurs les lumières de fin de journée, les profondeurs vertes abyssales vont se délester de leur beauté quand éclate une mine antipersonnel (ce qui justifie la présence des deux ouvriers spécialisés mais aussi la visite rendue à l'amputé à l’hôpital ....)

A contrario le chemin était balisé de repères -, une pierre de quartz, les signes du zodiaque, la phrase taguée empruntée à T. S. Eliot, Les Hommes creux  » ​​​This is the way the world ends  ("c’est ainsi que finit le monde" pas sur un boom mais sur un murmure ).

Un film qui intrigue.

Un film sur la fin du monde ? d’un monde ? que "murmure" la musique de Micha Vanony ? Ou tout simplement un film ludique voire expérimental ? sorte de  jeu de piste(s)  aux coutures trop apparentes parfois… et qui risque de  "lasser"

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
20 avril 2026 1 20 /04 /avril /2026 13:22

De Gus Van Sant (USA 2025)

 

Avec Bill Skarsgärd (Tony Kiritsis) Diacre Montgoméry (Richard Hall) Colman Domingo (Fred Temple) Cary Elwes (détective Michael Grable)  Al Pacino (M L Hall) John Robinson (le cameraman)

 

Mostra de Venise Sélection officielle hors compétition

festival Polar Reims 2026

festival international de Toronto 2025

Ceci est l’histoire vraie de Tony Kiritsis, un homme ruiné à cause d’un emprunt. A Indianapolis, le 8 février 1977, il kidnappe le fils du courtier responsable de sa situation. Il réclame 5 millions de dollars et des excuses. La prise d’otage va durer 63 heures, sous les yeux de la télévision locale, puis nationale. L’Amérique se passionne pour cette affaire. Chacun choisit son camp. Tony est-il un criminel, ou simplement une victime qui réclame justice ?

La corde au cou

Plus que le récit d’une prise d’otage - qui a d’ailleurs réellement eu lieu à Indianapolis en février 1977- , le film de Gus Van Sant transforme un fait divers hypermédiatisé en une  comédie humaine panachée de thriller, lui-même étant -pour le traitement des images- comme le double du DJ du film -auquel s’adresse avec courtoisie le "ravisseur"…

Alors que Tony Kiritsis (admirablement interprété par Bill Skarsgärd) contrôle avec un certain brio la  "narration de son geste" -grâce à une radio locale  et au basculement  exigé sur l’échelle nationale, le cinéaste lui, ne se contente pas de "restituer"  l’événement (cf les étapes depuis le ravissement à la Meridian Mortgage Company jusqu’à l’appartement de Kris,  les tractations) il se plaît surtout à multiplier les points de vue en les " manipulant" (au sens de triturer) dans un jeu d’alternance -cf l’air ébahi de la journaliste soucieuse avant tout de sa propre carrière, les gros plans sur le visage de l’animateur radio, sur le fils du courtier, sur les policiers obséquieux, etc) tout en utilisant les techniques de l’époque, les formats (dont le 1,66 :1 ) De ce fait il transforme assez vite un acte (désespéré ?) en immersion dans une Amérique qui souffre de ses inégalités et d’une violence latente -laquelle ne demanderait qu’à exploser ? (cf ces plans d’ensemble sur la foule qui semble se "reconnaître" dans le ravisseur -du moins dans ses motivations : œuvrer pour plus de justice sociale quand on a cru en toute bonne foi au "rêve américain"  Oui Tony Kiritsis a été trahi… …Oui Tony serait la victime d’un système "pourri" Oui la vengeance est possible et précisément le cinéaste touché par la solitude d’un homme qui ose se dresser contre le système rend palpable la solitude dans le huis clos de l’appartement même si sa caméra alterne les points de vue (comme pour un face à face ravisseur/otage séquestré), et la peint dans sa nudité sans les oripeaux de la morale

La séquence d’ouverture rappelle les fondamentaux et du banditisme et des polars (on entre par effraction, on ouvre une mallette qui contient un manuel ….pour monter un fusil… et très rapidement le fils du banquier (alors en Floride) est  "attaché"  à l’arme par un fil de fer enroulé autour de son cou… Sortie (triomphale ?) impuissance du service d’ordre ! Début des "négociations" Or progressivement s’opère un glissement, à cause de la "métaphore" de la  "corde" -sens propre et sens figuré ; Qui a les jugulaires prises en étau ?? Or le titre original Dead Man’s Wire. Le fil de l’homme mort dit explicitement ce qui lie ravisseur et otage (quel que soit le cas de figure envisagé le dispositif meurtrier engage la vie de chacun simultanément)

Quoi qu’il en soit, en "adaptant" ce fait divers de 1977 Gus Van Sant ne fait-il pas "entendre" les tintements (affreux et dissonants) de l’Amérique actuelle ???

A voir (et pour les fans de Gus Van Sant à comparer avec ses autres films !)

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
19 avril 2026 7 19 /04 /avril /2026 05:28

D'Olivier Nakache et  Eric Toledano (2026)

 

avec Camille Cottin (Sandrine Dayan, la mère) Louis  Garrel (Yves Dayan, le père) Simon Boublil (Vincent Dayan le cadet )  Alexis Rosensthiel (Arnaud Dayan le grand frère) Jeanne Lamartine (Anne Karine) Pierre Lottin (le gardien) Rony Kramer (le rabbin) 

Nous sommes en 1985, Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant et des parents en conflit permanent. Alors qu’il n’est « déjà plus » un enfant et qu’il n’est « pas encore » un adulte nous allons partager ses questions et ses doutes sur l’identité, l’amitié, la famille, la religion, le désir et les premiers élans amoureux.

Juste une illusion

Film d’époque (situé dans la décennie 1980 et plus particulièrement l’année 85) ? Conte initiatique (le jeune Vincent doit préparer son rite de passage la bar-mitsvah, simultanément il connaît ses premiers émois amoureux) ? Comédie familiale (dans la succession de saynètes triomphent le comique de situation et le comique de mots alors que le rythme épouse les engueulades des parents ou des frères, et leurs réconciliations, les poursuites) ? Oui le dernier opus du duo Nakache/Toledano est tout cela à la fois - sur fond de chômage et d’émancipation féminine,- et ce faisant semble obligé de passer par certains "clichés", "stéréotypes" . Or les deux cinéastes après l’échec d'Une année difficile ont voulu faire la part belle à leur propre vécu ; en 1985, ils avaient le même âge que Vincent; la période sera appréhendée par le regard d’un préado bientôt "adulte" (et revisitée par...) :Juste une illusion?  Ou  "la vie qu'on s'imagine avoir déjà vécue au moment de l'adolescence et des premières conquêtes, alors que bien sûr qui peut prétendre avoir fait le tour de la sienne à tout âge ?  Illusion que de croire au tremblé des souvenirs,?  ou que respirer les années 80 n’est pas les "(re)«vivre",? que le changement aura déjà eu lieu…..Illusion d’optique ? illusion de cette mémoire qui biaise ?

Dès le début nous sommes immergés dans l’ambiance des années 80 - logos des chaînes TV, enseignes, décors, vêtements-,; Et le film sera traversé de bout en bout par la musique  de l’époque -depuis just an illusion du groupe électro pop Imagination jusqu’au concert sur la place Concorde -"un autre monde"  du groupe Téléphone lors du rassemblement autour de Harlem Désir touche pas mon pote ;  en passant par les Pointer Sisters -I’m so excited , et les dissensions entre les fans de funk et ceux de la new-wave de The Cure

Certes le film se donne parfois à lire comme une succession de saynètes -telles des vignettes plus ou moins bien léchées- mais le spectateur ne saurait bouder le plaisir d’ avoir participé (peu ou prou) à un "vivre ensemble"  dont la justesse du ton (au montage) aura évité les excès et/ou facilités du pathos

Un vivre ensemble porté par l’interprétation enthousiaste des acteurs (avec mention particulière au jeune Simon Boublil fils d’Elsa Boublil et de Philippe Torreton)

A voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
17 avril 2026 5 17 /04 /avril /2026 06:51

De Francesco Sossai (Italie 2025)

 

Avec Filippo Scotti, (Giulio) Sergio Romano (Carlobianchi), Pierpaolo Capovilla (Doriano)

musique Krano

 

Festival de Cannes 2025 Un Certain Regard

Mention spéciale accordée par le jury de la critique au festival du cinéma italien de Villerupt (2025)

Carlobianchi et Doriano, deux cinquantenaires fauchés, errent la nuit en voiture de bar en bar, obsédés par l’idée d’un dernier verre, lorsqu’ils croisent la route de Giulio, un étudiant en architecture aussi timide que naïf. Entre confidences et gueule de bois, cette rencontre inattendue avec ces deux mentors improbables va bouleverser la vision que Giulio porte sur le monde, l’amour… et son avenir.

Le dernier pour la route

Buddy movie aussi cabossé que les deux pieds nickelés, ce duo de cinquantenaires dont les ravages du temps sont accentués par le choix de plans rapprochés et de très gros plans (yeux bouches) ? Peut-être.

Si des références aux devanciers de la comédie italienne (le fanfaron de Risi par exemple) sont plus ou moins évidentes les allusions aux films d’Ozu méritent un détour dans cet itinéraire imbibé où l’asphalte de la route que l’on suit par deux fois à un rythme débridé dans ses virages où insidieuse guette une embardée… semble dessiner une cartographie mentale !

Et d’abord la visite de la tombe Brion conçue par l’architecte Scarpa, enterré là lui aussi : les explications de l’étudiant sont étincelantes de beauté sans érudition forcée et le jeune cinéaste italien a recours au « plan tatami » Mais aussi le jeu verticale /horizontale (assis dans un bar les trois compères mettent à plat les composantes d’une « carte » qui s’en viendrait relayer une carte officielle pour aller d’un point à un autre puis ces « papiers » comme les pièces d’un puzzle auront la force vivante du « reliquaire » tout comme -mutatis mutandis – leur pote creuse une terre qui se dérobe à la recherche d’un trésor. Enfin (mais d’une façon plus générale) le choix d’un étudiant en architecture (Giulio -Filippo Scotti), et la découverte d’un « palais » opèrent un glissement vers une forme d’épure (certes de courte durée) et qui s’inscrit aussi dans un jeu de contrastes et de strates (une dynamique du film d’ailleurs dont le dernier verre n’est que prétexte)

Le titre original - Le città di pianura-(les villes de la plaine) rend mieux compte des intentions du cinéaste. Traversant une Vénétie loin des rutilances des cartes postales nous serons ce passager « clandestin » découvrant des paysages comme en friche (et c’est un des messages : les crises économiques successives ont transformé l’environnement et la Vénétie en terre de désolation « Tout ce qui n’est pas lié au commerce disparaît, les écosystèmes sont pollués, les vieilles maisons sont abandonnées » constate Francesco Sossai.

Dès lors ces quinquas si imbibés à la recherche réitérée du dernier verre remontant sans nostalgie mais avec un peu de mélancolie le « temps » voient encore les vestiges …à réenchanter ? c’est du moins la leçon qu’emporte avec lui l’étudiant quand son sourire complice les laisse sur le quai au petit matin…

La séquence inaugurale (un improbable hélicoptère, la remise d’une Rolex pour fêter le départ en retraite d’un certain Sossai, les visages faussement étonnés de la foule, la gêne apparente ou perplexe de Genio) n’était-elle pas sortie de l’imagination de ces compères en train de cuver affalés dans la voiture arrêtée au milieu de la chaussée ; -plan d’ouverture-…Ou l’illustration d’une légende ou la clé d’une énigme … ?

Nimbés ou non de brume éthylique, ils sont à même d’accueillir la Sérénissime …..

 

Un film à ne pas bouder

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
16 avril 2026 4 16 /04 /avril /2026 05:52

Documentaire réalisé par Rubika Shah (Allemagne France 2026)

 

avec Nick Davis, Ben Mankiewicz, Sydney Stern, Steven J. Ross, Thomas Doherty

En 1932, Herman J. Mankiewicz, qui deviendra célèbre dix ans plus tard pour son scénario de Citizen Kane, écrit The Mad Dog of Europe : un script visionnaire dénonçant la menace hitlérienne. Entre pressions diplomatiques et intérêts économiques, les studios hollywoodiens préfèrent se taire et enterrer le projet. L'histoire de ce film jamais produit semble résonner avec les fractures de plus en plus menaçantes de notre époque.

The mad dog of Europe

L’extrême droite attend la disparition des derniers témoins comme moi pour réécrire l’histoire Jean Lafaurie, ancien résistant déporté à Dachau

 

The mad dog of Europe est moins l’anatomie d’un film avorté que l’analyse clinique -très documentée- de TOUS les mécanismes qui ont contribué à sa NON EXISTENCE. Et la réalisatrice britannique en interrogeant l’Histoire, en explorant ses zones d’ombre (l’inaction en Europe "fragilisée" par les séquelles de la première guerre et la crise de 1929, le silence "complice "  et  la complaisance d’Hollywood avec l’hitlérisme) interroge parallèlement en creux notre présent. Oui il y va de la responsabilité de tous les pouvoirs dans l’acquiescement tacite aux horreurs, dans le choix du silence ou des prétextes fallacieux pour cautionner l’innommable….

Le scénariste Herman J Mankiewcz (frère du cinéaste) aura fait les frais… d’une  collusion idéologique et économique (le documentaire est d’ailleurs sous-titré « comment le nazisme a infiltré Hollywood ») 

Dès 1932 il conçoit un scénario visionnaire  qui devait alerter sur la menace hitlérienne (à travers l’histoire de deux familles l’une juive l’autre catholique) Mais ce projet  ne verra jamais le jour…Pendant 8 ans le scénariste  va se heurter à l’antisémitisme qui sévit aux USA, aux tractations entre l’ambassadeur du Reich Georg Gyssling, et la MPA (Motion Picture Association) -refus de TOUS les studios à produire son scénario ; on fera croire qu’un film anti-nazi ne peut qu’être le fruit de juifs américains (nombreux dans l’industrie cinématographique) et partant refuser de le produire c’est anticiper les représailles du Reich sur l’exportation voire la production d’autres films. Un opportunisme économique qui épousait sans vergogne la pire idéologie

Voici comme intervenants : Ben Mankiewicz, -petit-fils du scénariste, Nick Davis,, des journalistes et chercheurs, amis et historiens ; interrogés ils sont filmés en frontal le plus souvent Voici des images d’archives sur des rassemblements du Ku Klux Klan, des manifestants pro nazis, voici des extraits de journaux, ou du film Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl; voici  Herman et son père et à chaque fois un commentaire en voix off, Voici à intervalles réguliers des extraits du scénario, pages qui envahissent l’écran, en surimpression leur adaptation cinématographique  (il sera de "bon ton" d’être antinazi…. après l’entrée en guerre des USA …mais trop tard pour Mankiewicz….)

Herman J  Mankiewicz après son accident sera sollicité par Orson Welles ; il écrit le scénario de Citizen Kane et le documentaire de Rubika Shah dans sa dernière partie met en parallèle certains plans de ce film devenu culte avec The Mad Dog of Europe dont inévitablement il s’est inspiré…

Un documentaire où l’on devinera un continuum, entre les années 1930 et les années « Trump »  isolationnisme, capitalisme outrancier, complaisance avec le Mal- Et partant, un documentaire efficace -quand bien même le côté pédagogique et télévisuel est prégnant ne serait-ce que dans cette façon de tronçonner les interviews, de répéter certains plans d’ensemble, et surtout d’accompagner le tout d’une musique trop souvent sirupeuse (surtout si on le compare avec le long métrage biographique  Mank    cf Mank - Le blog de cinexpressions)

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0

Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

Retrouvez aussi Cinexpressions sur Facebook

 

 

Recherche