d’Eva Trobisch (Allemagne 2025)
avec Frida Hornemann, Max Riemelt, Eva Löbau, Gina Henkel, Rahel Ohm, Peter René Lüdecke, Florian Geißelmann, Yvon Sable Moltzen, Ida Fischer, Florian Lukas, Thomas Schubert, Kara Schröder, Anne Kulbatzki, Nairi Hadodo
Etwas ganz Besonderes (titre original)
Léa a 16 ans, un petit frère, une grande amie, des parents récemment divorcés, et une tante qu’elle admire. Au cœur des forêts majestueuses de l’ex-Allemagne de l’Est, ses grands-parents gèrent un hôtel au passé glorieux aujourd’hui menacé par la faillite. Dans cette famille, chacun cherche sa place et son horizon. Léa, elle, a un talent pour le chant, et se prépare à participer à une émission de téléréalité
Qu'est-ce que l'histoire ? Qui la raconte ?" (interroge Kati, la tante de Léa).
Que diriez-vous de vous-même ? Comment vous définiriez-vous ? (interrogent les membres de l'équipe de l'émission télévisée).
Un film qui intrigue et déroute… Moins par la thématique (séquelles ou stigmates pour qui a vécu en ex RDA ; difficile réunification des deux Allemagne, questionnement sur un "narratif" à transmettre) que par cette façon de filmer qui fragmente, évolue comme en sourdine, s’intéresse plus aux "interstices" Le long prologue en est l’illustration exemplaire. Un cheval malade que l’on doit ausculter au scanner, un gamin en voiture avec son père « tiens voilà maman » et cette lampe que l’on récupère, une ado et sa copine au lycée etc… voici balbutiantes des infos ; au spectateur de les mettre à leur place dans un plus vaste puzzle. Est-ce seulement possible ? l’histoire du cheval malade qui encadre le film, la mère enceinte (de son nouveau compagnon) la tante qui désire ouvrir un musée local, (exposer l’’histoire de l’ex RDA) les grands-parents qui acceptent une "convention" de nazis dans leur hôtel qui périclite au cœur de la forêt de Thuringe … autant d’éléments à la fois symboliques (même si les symboles sont (trop) appuyés) et perturbateurs… …et qui vont se conjuguer dans le maillage de multiples thèmes (dont la filiation et l’incommunicabilité)
Home stories ou comment une famille déjà disloquée va être bousculée par la célébrité de Léa (petite fille, fille, sœur nièce) comment les membres qui la composent sont porteurs de cette histoire qui se marie avec la Grande (l’exemple le plus probant est celui de la grand-mère qui « revit » un passé d’ouvrière au vu des images d’archives) et on comprend assez vite que le télécrochet sert de prétexte au dévoilement de l’identité (doit-on lors d’interview, révéler qui on est, ou se contenter de faits plus ou moins formatés, inscrits dans le fameux storytelling ?) dévoilement qui sera celui de toute la famille. Le tact de la cinéaste -et qui est aussi son talent- est de « reconfigurer » l’histoire (qu’elle infuse de ses propres souvenirs et avec la lucidité du présent) selon le vécu de chacun ; d’où l’impression de décousu de mosaïque de manque de fluidité
Mais cette impression est contrebalancée par des face-à-face audacieux et assez convaincants dans leur ambiguïté même (relation sexuelle des parents…séparés) par de « fausses » échappées (la tante, les grands-parents, Léa et ses potes) par la confrontation vie/mort et par la musique de Teho Teardo
A voir !
Colette Lallement-Duchoze
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