5 avril 2026 7 05 /04 /avril /2026 06:13

D'Ildiko Enyedi (Hongrie 2025)

 

avec  Tony Leung Chiu-Wai (Tony) Léa Seydoux (Alice Sauvage) Luna Wedler (Grete) Enzo Brumm (Hannes)

 

Festival de Venise :  prix FIPRESCI et prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir pour Luna Wedler  

 

Présenté dans le cadre du festival A L EST le vendredi 13 mars à l'Omnia Rouen

Dans un jardin botanique, un arbre veille et observe, témoin patient des siècles. En 1908, il suit Grete, qui lutte pour exister dans un milieu qui l'ignore. Dans les années 1970, il voit Hannes s'éveiller à l'amour et au monde des plantes. Aujourd'hui, le vieil arbre parle avec Tony dans son langage secret. Autour de lui, certains se cherchent, d'autres se rencontrent. Lui demeure, ami silencieux, dans un temps plus vaste que le leur.

Silent friend

Un arbre plus que centenaire, un ginkgo biloba, le silent friend du titre ? - dans le jardin botanique, de l’université de Marbourg,- à la fois témoin et complice ? La réalisatrice de corps et âme fait  surgir d’une minutieuse exploration (presque clinique) l’infinie complexité d’un rapport au temps, au silence, à chaque élément du vivant végétal magnifié par des zooms. L’être humain -quelle que soit l’époque 1908, 1972, et 2020 -y déploie sa volonté d’un « être là » : Grete cherche à s’imposer comme femme dans le monde masculin universitaire, Hannes s’étonne de son propre éveil sentimental qui épouse celui d’une plante, et Tony neurologue coincé sur place par la Covid communique avec l'arbre par un langage secret

Laissons-nous transporter par cette approche singulière et envoûtante du vivant. Un transport qui avoisine(rait) une forme d’abandon (sinon nous resterons à quai …ou quitterons la salle…)

Le film s’ouvre avec la présence d’un chercheur hongkongais en neurosciences Tony Wong (des écrans dans l’écran, capteurs et comparateurs), et se clôt sur celle du ginko biloba au feuillage enflammé qui impose sa majestueuse résistance. Entre ces deux moments nous aurons vu s’entremêler -à l’instar des racines de l’arbre- trois histoires. Le passage d’une temporalité à l’autre, est aussi passage du noir et blanc à la couleur, d’un grain de pellicule à un autre, d’une atmosphère à une autre, de « problématiques » spécifiques à d’autres, et si les formats visuels sont différents (35mm pour la période 1908, 16mm pour 1972 et vidéo numérique pour 2020) à aucun moment impression de « décousu » car la cinéaste hongroise enchevêtre les trois « explorations » avec fluidité.

Voici en surimpressions des couleurs qui embrasent, des lignes d’infographies qui se confondent avec les sinuosités du vivant exploré, voici des plans des cadrages qui épousent l’effeuillage, des rhizomes en « réseaux » des pulsions électriques (corps du ginko bardé de capteurs) voici des détails de ramures de feuilles ou de fleurs qui éclosent, des visions microscopiques ….psychédéliques, etc…

 Un gros plan sur un visage, sur une nuque, des plans rapprochés sur  le groupe d'étudiants  -l'effervescence et les cris en 1972 contrastant avec la solitude du chercheur en 2020-, la coiffe  de la jeune Grete qui envahit l'écran ou le crâne dénudé du chercheur équipé de ses écouteurs, des dialogues minimalistes entre humains faisant écho au langage des plantes (?) autant d'échos feutrés dans cette captation du Vivant

Il convient de saluer le travail remarquable du chef opérateur Gergely Pálos, qu’accompagne la musique de Kristóf Kelemen et Gábor Keresztes (suggérant des phénomènes imperceptibles (comme l'activité des racines) et des sons archaïques (insectes, respirations), leur partition agit comme une « force silencieuse » )

Oui la « communication » entre humains et végétaux n’était pas utopie ….dans ce film à la fois contemplatif et sensoriel

Et miracle de l’envoûtement ? La froideur clinique s’est diluée dans l’appel de la nature…

Un film à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 avril 2026 6 04 /04 /avril /2026 10:04

De Ilker Çatak (Turquie 2025)

 

 avec Tansu Biçer (Aziz) ),Özgü Namal (Derya) Leyla Smyrna Cabas (Ezgi),

 

Lion d'Or Berlinale 2025

 

Professeur à la faculté d’Ankara, Aziz reçoit la "lettre jaune" qui lui signifie arbitrairement sa révocation. Quand sa femme Derya, célèbre comédienne au théâtre national, la reçoit à son tour, c’est le coup de grâce pour le couple. L’un et l’autre, condamnés pour leurs idées, sont obligés de se réfugier à Istanbul chez la mère d’Aziz. Le compromis entre cette précarité nouvelle et leur engagement politique va mettre leur mariage à l’épreuve

Yellow Letters

Tant que vous n'avez pas vu la mise en scène orchestrée par l'état, je n'ai rien à vous apprendre de la dramaturgie

Que le cinéaste allemand d’origine turque (connu en France pour la salle des profs) s’inspire d’un fait historique (les lettres de licenciement que le gouvernement turc avait envoyées à moult artistes entre 2016 et 2019 au prétexte fallacieux d’avoir « critiqué » le régime) quoi de plus «légitime » ? Que deux villes allemandes soient présentées comme personnages (Berlin dans le rôle d’Ankara et Hambourg dans le rôle d’Istanbul ), prouverait la portée universelle de ce film, - le passé mais aussi le présent de certaines démocraties ressemblent étrangement à du totalitarisme-,  bien plus que la volonté (certes réelle) de  "préserver"  le sort des acteurs turcs

Le film se focalise plus sur le délitement d’un couple, conséquence de la  mesure "politique" discriminatoire, la censure (précarité financière et dilemme -courber l’échine ou lutter-) qu’à la "mise en scène et en images"  d’un pamphlet contre Recep Tayyip Erdoğan (dans la salles des profs les suspicions de vol, les questions de justice de pardon étaient "traitées" sans passer par le conflit "attendu"  prof/élèves et le microcosme de l’école devenait la mise en abyme de la société)

Voici un perchiste, voici en coulisses l’auteur metteur en scène au regard scrutateur, -il voit sous un autre angle le plateau où évolue l’actrice, sa femme. D’emblée nous sommes immergés dans l’univers du théâtre de la représentation des artifices. Le théâtre aurait-il pour vocation de « sauver » le monde ? (Aziz en est convaincu) En écho à la fin c’est le texte « yellow letters » qui sera porté sur scène (écrit par le même personnage) MAIS le couple s’est fissuré, a volé en éclats …Comment en est-on arrivé là ? et à ce tout dernier plan où Aziz est allongé tel un gisant pour l'Eternité ? c’est tout l’enjeu de ce long métrage récompensé par un Lion d'Or au dernier Festival de Berlin

De renoncements en effacements, de discussions en déchirements, voire compromissions (on pactise avec ce que l’on a toujours vilipendé…quand la vie de la fille est mise en danger)  le film imprime le parcours de ce couple de couleurs contrastées (ombres et lumière) ou crée un tempo en faisant alterner séquences caméra à l’épaule si proche des personnages et séquences au "cadre plus posé" comme si le temps était momentanément suspendu ou par ce crescendo tant verbal que gestuel jusqu’à l’implosion alors qu’en filigrane -ou avec plus d’évidence- sont évoquées les thématiques du patriarcat de LGBT du conflit intergénérationnel et surtout des clivages sociaux (Aziz et Derya au début ressemblaient à des artistes bobos …)

Un film à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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2 avril 2026 4 02 /04 /avril /2026 05:37

D'Aurélien  Vernhes-Lermusiaux (France Colombie Brésil 2025)

 

Avec Alexis Lozano Tatur, Miguel Angel Veira, Angela Rodriguez, Laura Valentina Quinero  

Musique Tindersticks

ACID Festival de Cannes 2025

Présenté en séance de clôture au festival A L EST Rouen Omnia le 15 mars 2026

 


 

Après des années d'absence, Ciro revient chez lui, au chevet de sa mère. Dans ce désert colombien de la Tatacoa, il retrouve ceux qu'il avait fuis et affronte les derniers gardiens d'un territoire aussi fragile qu'envoûtant. 

La couleuvre noire

Accepter comme un cadeau l'étreinte redoutée de la couleuvre noire ?

Ecran noir ; une bande son qui fait la part belle aux bruissements, sifflements, chants d’oiseaux (on comprendra rétrospectivement que c’est bien l’identité sonore de la jungle Tatacoa, qui fut espace sylvestre avant d’être ce désert aride à la rugueuse beauté) puis voici un homme sur un chantier où la flamme broie de son feu l’obscurité souterraine…Il quitte son travail suite à un coup de fil…C’est ainsi que s’ouvre ce film (dont le titre, traduction littérale de Tatacoa, invite à embrasser simultanément mythe et mythologie)

Nous allons suivre cet homme Ciro – bus, pick up, et une longue marche-;  il se rend au chevet de sa mère mourante dans une masure isolée. Un long plan séquence, un visage buriné, les mains qui scellent la réconciliation mère/fils, un susurrement, le rappel d’une "légende"  (le temps de "comprendre" que le fils est désormais le "messager" "à ton tour" dit la mère dans son dernier souffle de vie) alors que sinueuse une couleuvre noire (et son double miniature le bracelet de la défunte) serpente sous le corps.

Le père -aperçu dans l’embrasure de la porte, tel un fantôme- rumine sa haine (Ciro a failli au devoir de mémoire et il l’enjoint de regagner la ville). Mais nous allons assister à un "voyage  dans l’espace " -le désert aride (pour le rituel funéraire) qui sera aussi "voyage dans le temps et voyage intérieur". Une mule portant le corps de la défunte -elle doit rejoindre ses ancêtres à un endroit précis où nous apercevrons la tombe du frère disparu …-Une traversée  labyrinthique:  de gros plans sur les anfractuosités et mamelons pétrifiés, dont les couleurs varient avec les effets des rayons  lumineux, un plan sur les ciels azuréens dessinant une autre matrice cotonneuse, des zooms (qui semblent animer le minéral), le "sifflement" -devenu celui du passé ainsi ressuscité- accompagné de la musique des Tindersticks  - tout cela le cinéaste Aurélien Vernhes-Lemusiaux (rappelez vous Vers la bataille, 2021 ) nous le  fait "sentir" et "entendre" tel un vibrato dans les craquelures - craquèlement en écho à la dislocation de la famille de Ciro ?

La légende de la couleuvre noire centrée sur un monde disparu avec sa forêt, ses animaux, ses hommes qui meurent de faim, ses serpents prenant le dessus, d’abord racontée par une voix de femme, Ciro la communiquera à la gamine….sa fille peut-être …. (Et le dernier plan de ce film par sa puissance suggestive dira la beauté du non-dit)

La figure ambiguë de la couleuvre (porteuse d’eau dans sa reptation insidieuse, capable telle une mue d’adopter et d’adapter des formes, des tailles diverses), n’est-elle pas inscrite dans les choix que nous imposerait le monde d’aujourd’hui (celui qu’exprime sans ambages le passager interrogé par Ciro attendant un bus -départ pour l’un, retour pour l’autre - je vais à la ville pour gagner de l’argent ) et n’inscrit-elle pas le film dans une perspective chère au cinéaste, celle de la transmission et pourquoi pas celle d’une nature libératrice ?

Un film énigmatique, épuré et très sensoriel, à la beauté âpre et comme fossilisée, à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 23:42

du 8 au 11 avril 2026

au cinéma Omnia ROUEN

 

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Festival dédié aux cinémas LGBTQIA+, avec une programmation  mêlant fictions, documentaires et formats courts.

ÀRouen, Ciné Friendly 2026 célèbre les regards queer sur grand écran | Gayviking

Créé en 2015 sous l’impulsion de l’association Gay’T Normande, puis repris en 2018 par l’association Pix’M, le festival s’est progressivement imposé comme un rendez-vous incontournable pour la visibilité des diversités sexuelles et de genre à l’écran. À taille humaine, Ciné Friendly revendique une ligne éditoriale exigeante et accessible.

Festival friendly 9ème édition

PROGRAMME

 

Mercredi 8 avril 20h

Chuck Chuck Baby, comédie romantique britannique de Janis Pugh.

Présenté en exclusivité en ouverture, le film donne le ton d’une édition placée sous le signe des émotions et des récits intimes.

Jeudi 9 avril 20h

En avant première  Maspalomas,  de Jose Mari Goenaga et Aitor Arregi

Drame espagnol très attendu et nommé à plusieurs reprises aux Goya. Le film suit Vicente, retraité confronté à un retour forcé dans un environnement où il doit à nouveau dissimuler son identité. Une œuvre sur la mémoire, l’exil intérieur et la quête de liberté, qui illustre bien la capacité du festival à proposer des récits à la fois politiques et profondément humains.

vendredi, 10 avril 20h

 Habibi, chanson pour mes ami·e·s

Entre performance artistique et exploration du lien communautaire, le film s’inscrit dans une dynamique de célébration des cultures queer contemporaines, notamment à travers l’univers du drag. I

en présence du réalisateur   Florent Gouëlou 

Festival friendly 9ème édition

Samedi 11 avril

– 11h30 : Hélène Trésore Transantionale (en  présence de la réalisatrice Judith Abitbol,) 
– 14h15 : The Best Friend
– 16h10 : Vivre et laisser vivre : la voix de Jackie Shane
– 18h15 : Lesbian Space Princess
– 21h : courts métrages  (5 films en une seule séance) : Queen Size, Totems, des doigts en or, Dr Poppers, Rose Tulipe et Petunia

Soirée spéciale de clôture au bar Le Milk avec de nombreux cadeaux à gagner.

 

Festival friendly 9ème édition
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22 mars 2026 7 22 /03 /mars /2026 05:23

D' Urška Djukić (Slovénie 2025)

 

Avec Jara Sofija Ostan, Mina Švajger, Saša Tabaković

 

Berlinale 2025 Prix de la critique FIPRESCI (fédération internationale de la presse cinématographique) dans la catégorie Perspectives dédiée aux talents émergents

 

 

 

 

Lucia  lycéenne de seize ans, rêveuse et timide, rejoint le chœur de son école catholique et s’y lie d’amitié avec Ana-Maria, une adolescente plus dégourdie   Confrontée à un environnement inconnu et à l’éveil de sa sexualité, Lucia commence à remettre en question ses croyances, perturbant l’harmonie du chœur.

Little Trouble Girls

« comment sait-on ce qui nous attire »

Ecran noir, bruits de respiration, un plan fixe prolongé sur une peinture dont le dessin rouge écarlate en forme de lèvres peut désigner une vulve (clin d'oeil à un dessin du  court métrage "la vie sexuelle de mamie"?) ; puis vont se succéder de très gros plans sur une oreille, une bouche, des boucles de cheveux. Cette « ouverture » informe à la fois sur un parti pris- -filmer de très près et lentement les personnages féminins comme si la caméra faisait partie de leur être, comme si l’intériorité se donnait à « lire » dans la captation du sensoriel,  et sur les prémices de ce qui sera initiation, éveil des sens, du désir sexuel en particulier

Voici le chœur qu’intègre Lucia (.incarnée avec une confondante justesse  par Jara Sofija Ostan) Voici des visages des regards furtifs, des voix -la polyphonie envahit l’espace sans le saturer - voici de très gros plans sur une bouche des lèvres ou des dents couronnées, voici un grain de peau, l’apprentissage d’une sensation dont le guide suprême serait son propre doigt, tout se mêle s’entremêle mais avec délicatesse -couleurs pastel dominantes- et une certaine virtuosité -dans l’art de varier les approches les angles de vue- sans verser dans la mièvrerie.

Voici le décor d’un couvent qui rappelle étrangement celui d’un théâtre avec ses alignements ses étages son avant-scène, ses colonnes, sa salle de répétitions là où le professeur de chant exercera son pouvoir de « maître du cœur » dans une scène d’une humiliation redoutable et presque machiavélique dont on devine les malignes arrière-pensées ; en écho inversé la séquence où Lucia embrasse de son étreinte amoureuse la statue de la Vierge mettrait en évidence non la violation assumée du sacré mais la coexistence  " spirituel - charnel" . …Car ce film -et c’est bien son originalité- va au-delà d’un simple récit d’émancipation (ou d’initiation) Lucia (introvertie taraudée par la culpabilité) aurait franchi des limites en torpillant les diktats de l’enseignement catholique ? En fait ce que l’on croyait simples clichés (le bel éphèbe nu au bord de l’eau, le baiser très sensuel échangé avec Ana-Maria la "dégourdie", le groupe des ouvriers, celui  des ados et celui des religieuses les trois se répondant en écho) s’inscrit dans la découverte d'un lien qui unit le sacré et le profane (dont l’onanisme débarrassé de contraintes culpabilisantes serait l’illustration ) Dès lors les séances de répétitions -ces chants à gorge déployée- sont comme les étapes qui auront ponctué le parcours de la jeune fille… l’acmé étant la découverte dans une grotte d’un cercle de religieuses de blanc vêtues, et de leurs chants non liturgiques ( ?) grotte dans laquelle Lucia a pénétré comme par effraction,- quand bien même ce lieu  -ah que de connotations !!!- serait  "fantasmé"

L’attirance vers l’autre (femme ou homme) va de pair avec la découverte de son propre corps en émoi sous l’œil bienveillant du Christ ou de la Vierge. Foi et sexualité en leur concomitance ? et la transcendance de l’une n’est pas forcément celle attendue (aux questions insidieuses posées par Ana-Maria, la sœur interrogée ne se dérobe pas mais tente de "sérier"- ’immanence et transcendance"- avant de les unir dans l’équation Dieu est Désir …ou comment le Désir charnel amplifie la Foi

Après avoir été multirécompensée pour  le court métrage "la vie sexuelle de mamie" la réalisatrice signe avec  Little Trouble Girls un premier long métrage  qui   "sonde les rêves et les fièvres par les voix et les visages"  ,

Un film  qui mérite vraiment le détour !!

 

Colette Lallement-Duchoze

(Omnia salle 8 dimanche 20h30, lundi 13h45 mardi 16h)

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21 mars 2026 6 21 /03 /mars /2026 07:31

De Mona Fastvold (USA, G-B 2025)

 

Scénario :  Mona Fastvold et Brady Corbet

 

avec Amanda Seyfried (Ann Lee) Lewis Pullman (William Lee) Thomasin McKenzie (Mary Partington), Stacy Martin (Jane Wardley)  Christopher Abbott (Abraham Standerin) Tim Blake Nelson (pasteur Reuben Wright)

 

Compétition officielle Mostra de Venise 2025

 

Fin XVIII° Mère Ann Lee fonde le mouvement Shaker, (communauté religieuse dissidente de l’Eglise anglicane jugée trop rigide), cette cheffe religieuse proclamée par ses adeptes comme le Christ féminin va construire l’une des plus grandes sociétés utopiques de l’histoire américaine.

Le testament d'Ann Lee

On était en droit d’attendre beaucoup du couple Mona Fastvold et Brady Corbet : un biopic musical et chanté comme second volet d’un diptyque (avec the brutalist) sur la solitude du rêve américain ? Dans les deux cas un personnage émigré, peu connu du public, mais ayant réellement existé, et la volonté de « créer » comme contrepoint à des traumas ravageurs…

Mais..;

La voix off ? Ce choix est certes dicté par une approche « séduisante » (chaque partie annoncée par un encart calligraphié un dessin des tailles de police variées comme si on nous invitait à « tourner la page » d’un album ou d’un livre-testament) alors que les « visions » - des épiphanies ? si personnelles, seront marquées par le sceau de la foi, celle d’Ann bien évidemment corroborée par son amie et disciple Marie ; mais le recours  systématique à cette voix off (celle de Marie donc) a ici quelque chose de pesant ou fait redondance avec l’image censée illustrer le propos

Les séquences « chorégraphiées » ? celles des « transes » (shaker) -sous l’égide de Celia Rowlson-Hall. Elles ont au départ le charme de la nouveauté (filmées sous différents angles de vue, avec des mouvements circulaires de la caméra, où la flagellation (expiatoire ? propitiatoire ?) doit être incorporée en ports de bras et avant-bras ou fausse supination) Mais trop répétitives elles perdent en efficacité (réduites à des farandoles) comme en pouvoir prétendument  hypnotique

La bande son ? Une musique trop souvent illustrative (cf la séquence de la tempête et l’éventuel naufrage…quand Ann et les siens quittent l’Angleterre pour le Nouveau Monde) L’artiste Daniel Blumberg connu du milieu pour sa musique expérimentale et indie avait reçu un Oscar en 2025 « meilleure musique de film pour the Brutalist » (à noter que certaines chansons -souvent susurrées hormis quand elles sont interprétées par Amanda Seyfried- ont été écrites par lui ) 

Des mini séquences frisent le grotesque le ridicule (Ann est arrêtée, on cherche à identifier son sexe, or les gesticulations, à ce moment qui se veut dramatique… relèvent du comique…) d’autres pactisent avec une forme de complaisance (les accouchements d’Ann cadrés dans un clair-obscur censé rivaliser avec des tableaux !)

Cela étant, il convient de saluer la prestation, la performance d’Amanda Seyfried en « mère » courage, prêtresse ou prophétesse illuminée, (une foi solaire ? capable de rallier les plus réticents, tous ceux qui sont hostiles à la guerre et à l’esclavage, qui croient en l’égalité des sexes tout en prônant l’abstinence mais faisant du corps le réceptacle de l’Esprit Saint ….)

Et comme il s’agit d’un film d’époque on pourra apprécier les costumes très épurés de Malgorzata Karpiuk et pourquoi pas certaines « reconstitutions » (même si l’ancrage historique -l’immigration, l’autarcie comme menace au capitalisme entre autres- reste superficiel, la monstration n’ayant rien à voir avec une « analyse » critique)

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 mars 2026 5 20 /03 /mars /2026 08:48

De Milagros Mumenthaler (Argentine 2025)

 

Avec Isabel Aimé Gonzalez-Sola, (Lina) Esteban Bigliardi ( Pedro le mari) Emma Fayo Duarte (Sofia sa fille) Ernestina Gatti),  Julia l’assistante

 

Dans le cadre du festival A L EST vu à l'Omnia en présence de l'actrice Isabel Aimé Gonzalez Sola

Lina, 34 ans, est une styliste argentine au sommet de sa carrière. En Suisse pour recevoir un prix prestigieux, elle se jette sans raison apparente dans un fleuve. De retour à Buenos Aires, elle garde le silence sur cet épisode. Pourtant, de façon presque imperceptible, quelque chose en elle a changé. Une peur de l'eau s'installe, insidieuse, et finit par paralyser son quotidien. Peu à peu, ce bouleversement intérieur fait remonter à la surface un passé qu'elle croyait à jamais enfoui.

Las corrientes

Les réactions du public à l’issue de la projection et après l’échange avec l’actrice principale étaient contrastées : portrait tout en délicatesse qui rappellerait certains classiques (vertigo) élégance de la mise en scène ou au contraire film prétentieux qui génère l’ennui…

Reprenons S’il est vrai que le prologue ou le début (lors du défilement du générique) encode le film force est de reconnaître que tout intrigue dès la première longue séquence en Suisse; le personnage reçoit un trophée, le son est coupé, une moue, un regard fuyant un corps comme morcelé en deux, voilà ce qui nous parvient de "lisible" à travers le flou de la vitre …puis la jeune femme s’éclipse, aux toilettes,  gros plan sur le "reflet",  sur  l’eau et le lavabo, trophée jeté à la poubelle et nous voici projeté en extérieur : Lina vue d’abord en contre plongée va se  jeter dans les eaux du lac (?) (du fleuve ?) …Tentative de suicide ? Elle émerge … Tout cela est délibérément filmé comme extérieur au personnage (absence d’indices pour pénétrer sa psyché) Mais déjà s’imposent la thématique du double, de la dichotomie chute et ascension vers la gloire,  omniprésence de l'eau  (et Cata- Lina sera aquaphobe,  à moins que cette peur panique préexistait et qu’un élément déclencheur …)

Buenos Aires.  Des éléments du décor (atelier de la styliste ou appartement luxueux) insisteraient sur l’enfermement contrastant avec des semblants d’ouverture ; quant aux relations avec l’époux la fille, elles sont apparemment normales. (même si le mari manifeste quelque agacement) plus distantes avec la belle-mère. Foin d’une approche psychologisante ? alors que les gros plans sur le visage, sur une chevelure qui envahit l’espace (plus magrittien qu’hitchcockien), l’abondance des reflets,  le minimalisme des dialogues, le mutisme de Lina, la dualité (Catalina devenu Cata et Lina) le choix des couleurs des robes (bleu vert) rappelant celles de l'eau et cerise sur le gâteau la rencontre avec la mère (comme une remontée vers le passé ?) …  tout devrait concourir à intriguer le spectateur (dérives et courants contraires ? en soi et à l'extérieur de soi? ce à quoi le titre fait référence ; émergence d’un pan du passé ?) … Alors oui tant que le film ne confond pas mystère et énigme, tant qu’un halo (sens propre et figuré) tient comme à distance l’insaisissable, et que le  "rêve"  s’invite dans le réel  ou épouse un réel fantasmé, tant que  le jeu de décadrages isole Lina au sein même du plan et qu’une bande son sert de  contre- point (marteau-piqueur guttural, et hautbois plus cristallin par exemple) oui le film peut entraîner l’adhésion. Mais à partir du moment où triomphent  l’insistance complaisante (même et surtout) sur le sensoriel (et les déambulations de l’actrice savamment calculées s’inscrivent dans cette perspective), les réitérations perçues comme des redondances, esthétisantes de surcroît (quid d’une dépression et de la sensation d’étouffement jugulant ?) oui le film peut provoquer une forme d’agacement

Cela étant,  on retiendra  la visite au musée, et cet arrêt sur image Nul ne se connaît soi-même (gravure de Goya), la découverte d’une broderie dans une vitrine en Suisse broderie de figures sans visage, la vue en surplomb de Buenos Aires alors que Lina est au sommet du Palacio Barolo et que le phare diffracte ses feux étincelants, autant d’instants dans la quête de soi, quête qui se confond avec celle du spectateur …

Colette Lallement-Duchoze

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15 mars 2026 7 15 /03 /mars /2026 08:01

De László Nemes (Hongrie  France Allemagne G-B 2025)

Avec Bojtorján Barabas (Andor) Andrea Waskovics (Klara) Gregory Gadebois (Berend Mihaly)

Mostra de Venise 2025 Sélection officielle

Budapest 1957, après l'échec de l'insurrection contre le régime communiste. Andor, un jeune garçon juif, vit seul avec sa mère Klara qui l'élève dans le souvenir de son mari disparu dans les camps. Mais quand un homme rustre tout juste arrivé de la campagne prétend être son vrai père, le monde d’Andor vole soudain en éclats…

Orphelin

Après le fils de Saul -(cf Le fils de Saul - Le blog de cinexpressions) après Sunset -cf Sunset - Le blog de cinexpressions) voici Orphelin avec en toile de fond la Hongrie juste après la répression de 1956. A travers le parcours d’Andor jeune ado juif révolté, à la recherche du père, on retrouve les thématiques si chères au cinéaste (filiation "fantasmée", troubles de l’identité et marasme collectif). D’ailleurs le jeune révolutionnaire auquel Andor rend visite clandestinement n’est-il pas la réplique du frère d’Irisz Leiter contraint lui aussi de se cacher dans Sunset ? (Andor lui-même tout au début du film se cache recroquevillé dans une sombre anfractuosité nous sommes en 1949 il sort de l’orphelinat) ; la liquidation des juifs hongrois a son écho par la récurrence de la scène dans laquelle Andor rend visite à son cher père disparu dans les camps, lui dédie une prière,  après avoir descendu les marches dans les entrailles de la terre mais un halo de lumière n’autorise pas la comparaison avec l’univers dantesque .. En revanche avec ce troisième film le cinéaste ne met-il pas en parallèle le sort d’Andor orphelin de père et celui d’une nation orpheline abandonnée par le monde occidental au lendemain de l’insurrection de Budapest de 1956 ?

 

Hirsch je m’appelle Hirsch clame crie vitupère Andor quand le "nouveau père" (étonnant Gadebois en boucher manipulateur faussement bienveillant) le contraint à signer le papier "officiel" (entendons qui officialiserait sa paternité et le changement de patronyme de l’ado). Andor est-il le fils de l’homme mort en déportation fantasmé et "idéalisé"  ou celui de Berend (lequel avait sauvé Klara, et en échange  ???…) Or si Klara continue à vénérer la mémoire du disparu, ses apparents consentements ses compromis (voire compromissions) et son silence sont de bout en bout nimbés de mystères … Le "père" ex vendeur de billets de spectacles dicte par son absence si présente les comportements du trio . Et la grande roue illuminée que l’on actionne pour la "famille recomposée" avec un jour d’avance sur l’inauguration, brille d’une fausse rutilance ne tourne-t-elle pas sur des cadavres ensevelis à jamais ? mais qu’une mémoire oublieuse chercherait à exhumer… ? l’usage d’un pistolet ou une fouille ne sauraient en venir à bout ...

On pourra certes reprocher l’aspect mélodramatique dans le traitement renchéri d’ailleurs par ces surcadrages que semble imposer la volonté de filmer à hauteur d’enfant. Certes les déambulations d’Andor -souvent des courses des sauts des escalades - si elles scandent les étapes d’un parcours initiatique(?) peinent à révéler simultanément les failles ou fractures de la société hongroise (hormis dans le choix du format 4,3, des décors qui peu ou prou métaphorisent l’enfermement ou l’emprisonnement dans les multiples acceptions du terme). Certes l’utilisation de la morphologie de Grégory Gadebois en prédateur vorace assoiffé de violences comme de passe-droits le transforme facilement en ogre ; c’est oublier  son aspect hybride (tendresse du regard et gestes oblatifs) dualité qui caractérise chaque protagoniste...

Le travail sur la photographie de Mátyás Erdély le fidèle   ! fera l’unanimité ! C'est une évidence

Un film à voir ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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14 mars 2026 6 14 /03 /mars /2026 06:38

De  Cherien Dabis (Palestine USA 2025)

 

 avec Cherien Dabis : (Hanan)  Saleh Bakri  (Salim) Maria Zreik : (Munira)  Adam Bakri (Sharif) Mohammad Bakri (Sharif âgé) Muhammad Abed Elrahman : (Noor) Hayat Abu Samra : Layla

 

Présenté en avant-première au festival du film de  Sundance (janvier 2025)

Nominé oscars 2026

 

Dédié à l'acteur Mohammad Bakri décédé en décembre 2025  (nous l'avions vu  entre autres dans La Conspiration du Caire 2022)

 

Dans ce troisième long-métrage, l'actrice et réalisatrice américano-palestinienne Cherien Dabis revient sur près de 80 ans d'histoire de son pays, à travers une saga familiale qui court sur trois générations

Ce qu'il reste de nous

je suis la mer, dans mes profondeurs se cachent des trésors

Cherien Dabis (née en 1976 aux USA d’une mère jordanienne et d’un père palestinien) se rappelle avoir assisté lors de son voyage en Palestine à une fouille humiliante…elle avait 8 ans (ce serait le point de départ de son film) Américaine elle sait que les médias occidentaux déshumanisent les Palestiniens. Je voulais que ce film puisse parler au public occidental et montrer notre humanité

Raconter l’histoire d’une famille palestinienne originaire de Jaffa, sur trois générations, en jouant avec prolepses et analepses, en optant pour une circularité formelle et métaphorique (Jaffa lieu de l’enracinement du déracinement et de l’effacement) va illustrer les propos de l’imam votre humanité c’est votre résistance imam consulté à propos du don d’organe (questionnement éthique par excellence politique et religieux )- le "cœur" de Noor qui continuera à palpiter par-delà sa mort en est la métaphore… Car que reste-t-il de nous quand on a été spolié de ses biens, qu’on a subi de génération en génération des humiliations, qu’on a été contraint à l’exode…que reste-t-il sinon le "don de la vie" Tel serait le "message" de ce film qui traite plus du  "lien" -ce qui relie les êtres entre eux d’une génération à l’autre, que de la guerre-  

Voici deux jeunes hommes qui dévalent ruelles terrepleins; leur  course effrénée est entrecoupée par le défilement des infos du générique ; 1988 ; intifada. Vitalité énergie sourires brusquement volent en éclats ; l’un des deux Noor a été atteint par le tir d’un soldat israélien… Vie et Mort. Raccord cut. Gros plan sur le visage de la mère éplorée dévastée de chagrin ; elle se doit de dire, frontalement,  tout ce qui a précédé cet acte… Et le film va remonter l’histoire en sélectionnant  1948 et la Nakba 1978 la  "vie" en Cisjordanie occupée et un épisode qui marquera à jamais Noor (gamin il voit son père contraint de s'agenouiller,  il le traite de lâche ); Noor plus proche de son grand-père nostalgique du paradis perdu et qui refuse la résignation . Puis de nouveau 1988 ( les tracas administratifs l’hôpital les dilemmes  l’enterrement, la rencontre avec…) Mort et Vie. Ultime épisode : 2022 le couple de vieillards (Hanan et Salim) exilé au Canada s’en vient revisiter une toute dernière fois la maison de l’enfance à Jaffa.

Or l’excès de pathos, de dolorisme, l’insistance sur des moments ô combien éprouvants et tragiques dont la perte d’un enfant, les plans prolongés sur des détails métaphorisants et esthétisants à la fois (la longue cicatrice sur le corps mort de Noor et que caresse délicatement le père, les Palestiniens esclaves dans un camp de  travaux forcés , après leur expulsion, dressant les instruments aratoires dans un firmament de carte postale ou en ombre portée, la claudication du couple vieilli artificiellement qui en 2022 s’en vient visiter le Jaffa de l’enfance, plan qui renverrait plus à un Chaplin qu’à May be de Maguy Marin ; (on pourrait multiplier les exemples ) tout cela ne risque-t-il pas de transformer l’histoire d’une famille en mélo…. ? quand bien même le spectateur est invité -grâce au prisme de l’intime- à se questionner sur la cruauté de l’exil, sur la notion de chez soi, sur la résistance à l’Occupant … De plus certaines « reconstitutions » sont bien trop léchées (les tentes des réfugiés par exemple)

Soumis à la censure des autorités militaires israéliennes ce film ne sera pas vu par les Palestiniens (les survivants …de Gaza ? de Cisjordanie ? dont le sort est encore pire  à ce jour...)

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 mars 2026 2 10 /03 /mars /2026 06:32

de Mélisa Godet (France 2025)

 

avec Karin Viard: (Diane) Laetitia Dosch (Manon) Eve Haïdara (Awa) Ouleya Amamra (Inès) Pierre Deladonchamps (Alexandre) Juliette Armanet (Lucie) Jean Charles Clichet (Gilles) Laurent Stocker (l’inspecteur) Aure Atika (la mère d’Inès)

À la Maison des femmes, entre soin, écoute et solidarité, une équipe se bat chaque jour pour accompagner les femmes victimes de violences dans leur reconstruction. Dans ce lieu unique, Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues accueillent, soutiennent, redonnent confiance. Ensemble, avec leurs forces, leurs fragilités, leurs convictions et une énergie inépuisable.

La Maison des femmes

Mélisa Godet découvre La maison des femmes de Saint-Denis (fondée en 2016) à travers la voix de sa fondatrice Ghada Halem, entendue à la radio ; séduite par son engagement elle décide d’en faire une fiction. Problème : Comment pour un genre hybride -mélange de réalisme documentaire et de fiction- trouver le ton juste sans verser dans une forme de misérabilisme tire-larmes ou de voyeurisme de la violence,  ou encore de féminisme outrancier ? comment restituer au plus près le travail de "reconstruction" ou du moins de "réparation" (dans ses sens propre et figuré)?  La violence sexiste et sexuelle dont ces femmes furent victimes, restera hors champ (mais elle s’exprimera par de gros plans sur des yeux hébétés, sur des larmes ou par des plans prolongés sur un visage muet et pourtant si éloquent ou dans les mots quand la parole se libère)

Le décor dira dans sa pluralité même, la diversité propre  à cette maison (bureau et accueil de la parole, salles d’examen et corporéité des patientes, couloirs et croisement des situations, cafétéria et "reconstruction"  souvent plaisante du personnel soignant) et le casting (essentiellement des actrices) sera à l’image de la société (où les métiers du soin sont encore largement occupés par des femmes - et où  les victimes de violences sexuelles sont  des femmes,  en grande majorité)

Au début tout en reprenant un "marronnier" du cinéma social (une nouvelle recrue, ses découvertes qui seront simultanément celles du spectateur) voici une succession rapide des différentes activités proposées à ces femmes en souffrance (nous passons d’un atelier à un autre d’un service à un autre) Puis grâce au procédé de l’alternance (groupes et face à face -plans courts hachés et plans séquences  ; personnel « soignant » intra et extra muros soit travail et vie privée,-,  grâce à l’intrusion régulière de forces extérieures (visite des inspecteurs) qui menacent l'existence de cette  Maison.....grâce au mélange d’humour (le franc parler de Manon ou de Awa, les réflexions de Gilles, les situations comiques ) et de gravité (les témoignages bouleversants de ces femmes au corps mutilé  ou sous l’emprise de leurs "conjoints"),  oui grâce à tout cela,  le travail pluridisciplinaire de la Maison des femmes se métamorphose en "un film choral" . Et  la longue séquence au moment de la Covid,  du confinement  imposé, vaut surtout pour ses non-dits hors champ (au spectateur d'imaginer  ce qu'ont subi des femmes cloitrées d'office... en présence de leurs bourreaux)

Le plan récurrent du corps qui embrasse l’eau d’une piscine en la chorégraphiant de ses battements de pieds et de mains comme pour y puiser force calme et volupté semble scander un parcours fait de méandres (administratifs et/ou personnels) d’avancées prometteuses et de menaces d’abandon.

Et pourtant !

On a trop souvent l’impression d’assister à un catalogue/défilé des violences faites aux femmes, catalogue inévitable à force de vouloir les rendre palpables ?  Et comme à l’accoutumée,  Karin Viard (elle incarne la gynéco Ghada Halem) a tendance à sur-jouer, à l’opposé d’autres actrices (mention spéciale à Ouleya Amamra hormis dans le face à face final où elle éructe ses reproches  face à sa mère…) …Et que dire de ces longueurs ou redondances ...évitables !!

Malgré ces réserves  le premier long métrage de Mélisa Godet n’en reste pas moins un film ….à découvrir ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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