19 février 2026 4 19 /02 /février /2026 05:05

De Diego Cespedes (Chili 2025)

 

avec Tamara Cortes, Matias Catalàn, Paula Dinamarca 

 

Festival Cannes 2025 Prix Un Certain Regard 

Début des années 1980, dans le désert chilien. Lidia, 11 ans, grandit au sein d'une famille queer flamboyante et aimante, qui a trouvé refuge dans un cabaret, aux abords d'une ville minière rude et poussiéreuse. Quand une mystérieuse maladie mortelle commence à se propager, une rumeur affirme qu'elle se transmet par un simple regard, lorsqu'un homme tombe amoureux d'un autre. La communauté devient rapidement la cible des peurs et fantasmes collectifs.

Le mystérieux regard du flamant rose

Voici un récit d’initiation d'une étonnante et tonique inventivité!

Le format choisi (4,3) va envelopper tout autant les paysages arides couleur ocre du "désert chilien" que le cabaret queer (ersatz du saloon de western) flamboyant de couleurs, paillettes et maquillages outranciers. Le sida (pudiquement nommé "la peste") fait des ravages dans cette contrée (les hommes  "usés " par le travail à la mine trouvent " refuge" le soir dans ce cabaret de travestis…accusés de..;) Et c’est à travers le regard de la jeune Lidia (Tamara Cortes). que le spectateur sera "guidé" tout au long de ce premier long métrage du jeune Chilien Diego Céspedes. 

Un film encadré d’ailleurs par deux courses effrénées de la gamine ; apparemment en sens inverse,  elles suivent la même attraction vers la "maison"  là où elle fut élevée par Flamant rose ("mère" de substitution) mama Boa (la tenancière) et ses "tantes"

Récit d’apprentissage précisément sur les "peurs" et fantasmes que génère la "maladie" mortelle -dont on verra certains symptômes sans que la caméra  s’appesantisse, et dont le recours au fantastique dans un premier temps laisse augurer le rôle du regard avant que des propos assez crus ne disent l’évidence de la transmission et la folie de la propagation (même dans les pays riches…)

Certes on peut déplorer des longueurs, évidentes dans cette propension aux "arborescences"  comme autant de digressions Mais globalement on sera sensible à cette "peinture"  (l’expression haute en couleurs n’est nullement galvaudée) d’un milieu celui du « vivre ensemble » où s’affirme le droit à une sexualité différente, où triomphe tout simplement l’amour de l’autre !

Un premier long métrage que je vous recommande

Colette Lallement-Duchoze

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18 février 2026 3 18 /02 /février /2026 07:50

De Valérie Donzelli (2025)

 

avec Bastien Bouillon (Paul Marquet) André Marcon (le père) Virginie Ledoyen (l’éditrice Gallimard  Alice Bosquet)  

 

Festival de Venise 2025,(prix du meilleur scénario)  

Festival du film de Sarlat 2025

Un photographe à succès abandonne tout pour se consacrer à l'écriture et découvre la pauvreté.

A pied d'œuvre

 Achever un texte ne veut pas dire être publié, être publié ne veut pas dire être lu, être lu ne veut pas dire être aimé, être aimé ne veut pas dire avoir du succès, avoir du succès n’augure aucune fortune.

A pied d’œuvre est le titre de l’autobiographie de Franck Courtès (2023) dont s’est inspirée Valérie Donzelli. Or, adapter c’est souvent aller de chaussetrappes en chaussetrappes… Ainsi dans le film (quand bien même Gilles Marchand fût co-scénariste) le recours pour le moins tendancieux à la voix off – Cette voix intérieure: justifiée (entendons bienvenue adéquate) quand le photographe/romancier uberisé  "juge" son père, par exemple, mais quand elle énonce des vérités d’évidence pour qui subit le calvaire qui mène de la création à l’édition et à l’appréciation du public (cf achever un texte…) ou pour qui déshumanisé est réduit à un signe sur algorithme , alors qu’elle est censée "dire" le texte originel de Courtès- cette voix off semble artificiellement plaquée et en aucun cas ne saurait servir de  "ponctuation" (les mots si éloquents soudainement galvaudés!!!) Il en va de même pour la récurrence de ces plans censés délimiter scènes -ou décors- d’intérieur et scènes d’extérieur (cf le soupirail leitmotiv formel  "fausse ouverture"  sur un monde dont la vision est parcellaire, celle du regardeur qui  "survit"  dans l’exiguïté monacale d’une cellule …mais qui en fera la "matière"  de l’autofiction (on aurait apprécié les changements de focale en harmonie avec les focalisations narratives..); cf aussi le lent travelling sur un balcon d’un immeuble du XVIème arrondissement où Paul doit déraciner 18 buissons alors qu’il est vu de l’intérieur à travers les baies vitrées, par tout le personnel de service du propriétaire…. Et que dire de cette difficulté (réelle certes) à "montrer"  un écrivain dans sa propre tâche  ? (Marie Hélène Lafon n’hésite pas à utiliser le mot "chantier"  quand elle évoque son travail d’écriture) Certes le "sang"  -en ses diverses acceptions- revient en leitmotiv, illustrant entre autres le fameux propos d’Hemingway Ce n’est rien d’écrire il suffit de s’asseoir et saigner   Or trop souvent une partie du Chantier est réduite à un clavier d’ordinateur sur lequel se penche l’auteur ou  à la relation avec la maison d’édition qui impose ses diktats… L’autofiction que Paul est censé rédiger ne sera pas simple transcription de son vécu mais (re)construction à partir de ce réel, (ce qui sera explicite ou explicité  …. quand l’éditrice "lira" des extraits du  manuscrit ou quand le fils commentera à distance )

Cela étant,  on appréciera la prestation exemplaire de Bastien Bouillon (vu récemment en commissaire monomaniaque dans l’affaire Bojarski ou capable de passer quasi instantanément de la douceur câline à la furie dans  Aux jours qui viennent ) Oui une prestation qui force l’admiration ! il est quasiment de tous les plans et quand son visage envahit l’écran c’est comme s’il était découpé au scalpel par des jeux de lumière, et quand un pleur sillonne sa joue c’est parce que son fils -si loin si proche- lui dit tout simplement sa fierté d’avoir un père tel que lui… De même on sera sensible à cette musique répétitive (piano) qui met en évidence l’obstination (parfois candide) de Paul et la "monotonie" de ses  "tâches répétitives"

Mais on retiendra surtout la peinture sans filtre, réaliste sans misérabilisme, de l’ubérisation de notre société : désormais tout fonctionne sur des plateformes, il faut s’inscrire, jouer avec la "concurrence",  "baisser" les prix, se rendre disponible tant pour le ménage que pour le jardinage le bricolage les déménagements ; et surtout accepter d’être "noté" et  le jugement peut être sans appel….

Le film s’ouvre sur une séquence pour le moins symbolique : chantier de démolition (intérieur d’un immeuble) mouvement effréné des marteaux et masses qu’accompagne une bande-son illustrative, course vers la benne récupératrice Sébastien Bouillon bras demi nus manipule les outils de démolition …Comment en est-il arrivé là ? Le film peut commencer…par un  "décrochage"  précisément (départ de l’épouse et des deux enfants à Montréal, choix de l’écriture, déménagement, emménagement…)

Un film à voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

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14 février 2026 6 14 /02 /février /2026 07:03

Documentaire réalisé par Olivier Azam et Daniel Mermet (France )

 

Avec Howard Zinn, Noam Chomsky, Chris Hedges

 

Vu en avant-première en présence de Daniel Mermet samedi 29 novembre 2025  (festival " Caméra au poing")

Le best-seller d'Howard Zinn a révélé aux Américains une part de leur passé longtemps ignorée par eux-mêmes, redonnant une place dans l'histoire aux Amérindiens, aux Noirs, aux ouvrières et aux ouvriers pris dans la grande fabrique du rêve américain. Le travail d'Howard Zinn s'est opposé aux mythes fondateurs depuis Christophe Colomb et s'impose aujourd'hui comme un contre-feu à la guerre idéologique menée par Donald Trump, qui en a fait sa bête noire en histoire.

Howard Zinn, une histoire populaire américaine 2

Tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera racontée par les chasseurs. (proverbe africain)

 

Après Du pain et des roses voici le deuxième volet d’une trilogie qui va "parcourir l’histoire populaire des États-Unis de Christophe Colomb à nos jours, à travers l’histoire personnelle extraordinaire de Howard Zinn historien des lapins. Ex bombardier (cf l’image d’archive) farouche opposant à la guerre du Vietnam, militant des "droits civiques" cet historien (1922-2010) est devenu le  "chroniqueur des damnés de la terre"  en  "revisitant" les prétendus  "mythes fondateurs"  du "rêve américain"  Il est la bête noire  de Donald Trump …(lequel avec sa bouche en cul de poule condamne  ses travaux  avec de faux arguments.. Nos enfants sont instruits à partir de tracts de propagande comme celle de Howard Zinn, qui tente de faire honte aux étudiants de leur propre histoire. La gauche a dénaturé et souillé l’histoire américaine)

 D’emblée nous savons que le point de vue adopté est celui des  lapins  (entre autres les autochtones, les personnes noires, les migrants) contre celui des "chasseurs" ! Et la construction circulaire (très gros plan sur le départ d’un train alimenté à l’antique…avant qu'il ne traverse  le noir d’un tunnel alors que s’impose en off la voix de Daniel Mermet) nous rappelle que nous sommes embarqués dans ce train de l’histoire …qui, au final,  va annoncer  le troisième volet

Voici des images d’archives (dont certaines rares) -avec prolepses XXI° - des interviews (celle d'Howard Zinn sert de ponctuation ) des extraits de films (Chaplin B Keaton) etc. et en off  les commentaires -souvent teintés d’ironie- de Daniel Mermet. Un travail colossal ! (à l’instar de celui de Howard Zinn ????)

Très dense l’ensemble est certes d’un point de vue purement formel parfois touffu, sans grande ambition affichée. L’essentiel est bien évidemment "ailleurs" . S’articulant sur un long entretien avec Howard Zinn à Boston, en 2007 (?), il chemine au gré de cette rencontre tout  en affichant une volonté explicative qui ne versera ni dans le didactisme ni dans l’hagiographie : il s'agit à l'instar de l'historien, de revisiter des "événements"  depuis la perspective des "oubliés" TOUT en les reliant au présent (càd aux crises actuelles sociales et politiques). Un documentaire qui invite à  regarder autrement (les Américains et leur propre histoire; nous-mêmes et  les Américains) (On sera  étonné   d'apprendre  l'existence d'un mouvement  nazi  et l’anti sémitisme forcené d'un Ford….au début du XX° )

La réflexion sur race et classe - une constante- est illustrée au final par la longue interview de Cheney, une Amérindienne, son visage est celui de l’affiche (son sourire si lumineux  "éclaire"  la " nouvelle" statue de la Liberté…)

Une œuvre "d’émancipation" :  A ne pas manquer …

l’avenir .... c’est ce qu’on en fait (Mermet)

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 février 2026 3 04 /02 /février /2026 09:26

d’ Erige Sehiri (France Tunisie 2024)

Avec Deborah Christelle Lobe (Naney) Aïssa Maïga (Marie) Laetitia Ky (Jolie)

 

 Festival de Cannes 2025 Un Certain Regard

l’Etoile d’Or au Festival international de Marrakech

prix de la Critique  et Prix Les Grenades au Cinemamed 2025, à Bruxelles.

Festival du film francophone d’Angoulême trois Valois  : le prix du meilleur scénario, le prix de la mise en scène et le prix de la meilleure actrice pour Deborah Christelle Lobe (Naney) 

Marie, pasteure ivoirienne et ancienne journaliste, vit à Tunis. Elle héberge Naney, une jeune mère en quête d'un avenir meilleur, et Jolie, une étudiante déterminée qui porte les espoirs de sa famille restée au pays. Quand les trois femmes recueillent Kenza, 4 ans, rescapée d'un naufrage, leur refuge se transforme en famille recomposée tendre mais intranquille dans un climat social de plus en plus préoccupant.

Promis le ciel

Racisme, hostilité du régime tunisien aux migrants subsahariens, comportement très répressif de la police, difficulté à vivre, survivre dans un pays qui n’est pas le sien, oui c’est tout cela que dénonce la cinéaste franco tunisienne Erige Sehiri dans ce troisième long métrage (souvenez-vous de Sous les figuiers ce « huis clos à ciel ouvert »). Elle nous immerge dans le  quotidien de trois femmes. 3 âges, 3 statuts différents d’ailleurs Marie la cinquantaine directrice de l’église de la persévérance néo pentecôtiste, persuadée que « chaque jour est un combat » ; Naney trentenaire, mère exilée sans carte de séjour, dynamique et débrouillarde, et Jolie 20 ans étudiante incarnant les espoirs d’une jeunesse ?? Trois femmes qu’une bienveillance protectrice réunit auprès de Kenza, gamine rescapée d’un naufrage. Le naufrage hors champ est restitué par les bribes de commentaires de l’orpheline de 4 ans ; elle ne connaît pas encore le vocabulaire de l’horreur, ses mots dans leur naïveté même n’en sont que plus déchirants, et leur impact est « lisible» sur les visages des trois femmes. Oui Marie Naney ou encore Jolie ont dû vivre d’identiques tourmentes. Passé douloureux présent précaire et avenir incertain …et celui de Naney est exemplaire … (mais ne pas spoiler…) Les infos radio confirment la vague de racisme qui ravage la Tunisie. Ces trois femmes, certes capables de faire des études du business ou d’ouvrir des églises, vivent dans l’angoisse …permanente

Et les trois comédiennes Aïssa Maïga, Deborah Christelle Lobe Naney et Laetitia Ky les incarnent avec conviction noblesse et émotion; la photo de Frida Marzouk souvent les magnifie tout comme elle magnifie les ambiances en accentuant le contraste avec la noirceur de la « tragédie migratoire »

Cela étant, le choix d’une dynamique binaire risque par son systématisme sa mécanique, soit de ne pas entraîner l’adhésion soit de forcer l’empathie (ainsi de l’alternance entre gros plans ou plans très rapprochés sur les 3 protagonistes , plans serrés prolongés -comme pour isoler les visages, les sourires les pleurs - et plans plus larges pour les scènes de groupe mais où les trois femmes seront impliquées grâce aux montages parallèles, comme pour tisser une forme de « sororité » malgré tous les malgré (contrôles injustifiés, refus d’un chauffeur de taxi de prendre en charge Naney et Jolie, refus de Foued d’aider son « amie » Naney, transfert de la gamine, etc..).

Plus problématique serait le procédé de l’accumulation   déchirures profondes, désirs contrariés, luttes incessantes censé.es mettre en évidence la « complexité » de la tragédie migratoire, -et la Tunisie n’est qu’une étape-, ne risquait-il pas de faire de l’expérience (le vécu, surtout après les appels à la haine en 2023) un exercice de « représentativité » ? une pure illustration, aussi lumineuse soit-elle… ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS Le titre arabe « ciel sans terre » est plus éloquent (état de suspension corps en attente en flottaison sans ancrage;  c’est le sort de ces migrants…)

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3 février 2026 2 03 /02 /février /2026 05:05

De Sharunas Bartas (Mexique Lituanie 2025)

 

Avec Sharunas Bartas Una Marija Bartaite Ina Marija Bartaite

 

Sélection Venice Days - Giornate degli Autori • Rome (Italie)

Sur la côte pacifique mexicaine, la terre adoptée par Ina Marija avant de mourir trop jeune à Vilnius (1996-2021), son père et sa jeune sœur Una entreprennent un voyage dans ses pas. Là, au cœur de la nature luxuriante des mangroves - dans une lagune ravagée par les ouragans et qui ne cesse de renaître - ils entament le travail du deuil. Alors qu’il filme ce parcours, Sharunas Bartas, met à nu ses émotions et, dans un acte de transmission, cherche une reconstruction nourrie par les cycles naturels de la vie.

Laguna

Patiemment posément les gestes de la nature, ceux de ses habitants (villageois de Ventanilla) mais surtout la relation entre le père et sa fille endeuillés par la perte d’Ina (1996-2021) sont filmés successivement ou dans un montage parallèle dans ce documentaire sur le deuil, sur le renouveau, dans cette méditation sur la vie et la mort.

Oui chaque habitant de ces lieux (les mangroves) dit son rapport à la vie au monde. Le début fait la part belle à cette tortue marine -magnifiée par les effets de zoom- qui creuse le sable pour y déposer ses œufs et en écho au final voici des bébés tortues olivâtres que la gamine Una caresse avant de les rendre à leur élément liquide ; entre ces deux moments la violence d’une tempête (ouragan, cyclone) aura zébré le ciel d’éclairs tonitruants et saccagé le littoral où des carapaces de tortues sont alignées tels des gisants…

La perte d’un enfant n’est-elle pas comparable à une dévastation, en ses effets ravageurs ? Oui. Or à l’instar du Vivant, de cette nature luxuriante, celle qu’Ina aimait tant - et de ses animaux qui bravent les éléments, le père sait (se convainc ?) qu’une reconstruction est possible. Ina apparaît en noir et blanc nous l’entendrons aussi. Elle s’éclipse. Mais sur ses pas avec la fille cadette le père va perpétuer ses gestes (caresser un iguane ou un papillon faire griller des chamallows), Et de ses gestes protecteurs (gros plan sur les mains qui s’enserrent) de sa participation au mausolée (autel où se côtoient coquillages bougies et photo de la disparue), de ses paroles plus que consolatrices (long plan séquence autour du feu) il fait entrer la fille aimée dans un « autre » cycle de la Vie. (ne pas pleurer parce qu’Ina Marija n’est plus mais être reconnaissant qu’elle ait existé)

Un film documentaire rare qui procède par fragments sensoriels, qui mêle « reconstruction personnelle et essai esthétique » où la beauté plastique épouse  la puissance  du  vivant  toujours recommencé...

 

Colette Lallement-Duchoze

extrait d'une lettre de Sharunas Bartas  sur la genèse du film 

Après des années de tournage au Mexique, le film a radicalement changé par rapport à son concept original. Je crois que c'est compréhensible. Le film avait, après tout, commencé quand ma fille Ina Marija était encore en vie. Alors que le tournage touchait à sa fin – ou plutôt, alors que je finissais quelque chose dont je n'avais plus besoin – soudain, tout a changé. Tout a recommencé – avec ma plus jeune fille Una Marija, nous avons découvert un autre début, la seconde partie de ma vie. Avec l'aide d'Una Marija – et avec le soutien de mes proches – j'ai finalement réussi à faire ce que j'ai toujours fait dans tous mes films. Montrer aux gens mes sentiments en toute honnêteté. J'ai retrouvé mon chemin

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2 février 2026 1 02 /02 /février /2026 07:20

De Jean-Paul Salomé (France Belgique 2024)

 

Avec Reda Kateb, Bastien Bouillon, Sara Giraudeau, Pierre Lottin

 

Festival 2 Cinéma 2 Valenciennes 2025 : prix du jury étudiants

Festival Jean-Carmet 2025 à Moulins (Allier), sélection second rôle : prix du jury – meilleur second rôle masculin pour Bastien Bouillon prix du public – meilleur second rôle masculin pour Bastien Bouillon.

Jan Bojarski, un jeune ingénieur polonais, se réfugie en France pendant la guerre. Il y utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers pendant l'occupation allemande. Après la guerre, son absence d’état civil l’empêche de déposer les brevets de ses nombreuses inventions et il est limité à des petits boulots mal rémunérés… jusqu’au jour où un gangster lui propose d’utiliser ses talents exceptionnels pour fabriquer des faux billets. Démarre alors pour lui une double vie à l’insu de sa famille. Très vite, il se retrouve dans le viseur de l’inspecteur Mattei, meilleur flic de France.

L'affaire Bojarski

Le cinéaste est attiré par des destins presque "hors norme", par des personnages de l’Ombre (rappelez-vous La syndicaliste vu en sa présence en 2023). Pour l’affaire Bojarski il a mené tout un travail préparatoire phénoménal (documentation certes sur le faussaire de génie et la fabrication artisanale de billets plus beaux que ceux de la Banque de France,(-bleus Minerve, Terre et mer, Bonaparte, prétendument infalsifiables -,) mais aussi pour le "rendu" :  re visionnage de certains films, tout en dirigeant ses acteurs comme s’il était Melville et eux A Delon, allant jusqu’à exiger de Bastien Bouillon diction et gestuelle  à la Paul Meurisse…)

Intéressé par la motivation profonde de ce talentueux faux-monnayeur -défi, reconnaissance du génie-, il l’inscrit dans son "passé" d’immigré. Polonais exilé sans papier (il s’est échappé des geôles hongroises pendant la Seconde guerre mondiale) cet inventeur de génie ne pourra jamais après  la guerre valider ses découvertes -il est le "Polak";  priorité aux Français …  JP Salomé dénonce ainsi les politiques d’immigration françaises…la xénophobie ambiante (dont sera victime le fils dans son biopic/fiction ) Et pourtant Bojarski  faussaire -par nécessité- ne fut jamais  gangster. Non pas  "tromper " le monde   mais le  "reproduire"  Il aurait pu être graveur à la Banque de France (poste refusé par le Général de Gaulle)

Le film, biopic romancé, est autant thriller (une traque pendant plus de 15 ans) que sociétal (ancrage dans les Trente Glorieuses) et politique ; le duel commissaire/faussaire -duel de deux obsessionnels- est comme le fil conducteur et la métamorphose artisan/artiste sert d’épilogue (Bojarski est devenu le Cézanne de la fausse monnaie)

Certes les reconstitutions semblent impeccables -surtout la fabrication artisanale : "les presses de Vincent Guillier, utilisées pour le tournage des scènes d’impression, et pour la reconstitution de l’atelier de Bojarski situé lui aussi au sous-sol de sa maison."  Bojarski  fabriquait TOUT et seul : les machines (presse plaques mélangeurs)  le papier (avec le papier à cigarettes OCB , calque, encre avec aspirine) les outils dont la  fraise de dentiste pour la gravure...) Certes les acteurs Reda Kateb et Bastien Bouillon interprètent à merveille leurs rôles respectifs (le premier tout en nuances et silences)

Mais l’ensemble, de facture très classique  n’a pas la « densité » ni « le sens du tragique » des devanciers dont le cinéaste se réclame….( malgré ces clins d'oeil en télescopage à  Casino ou  Heat entre autres)

Plus problématique le "vertige"  de la création -censé animer le talentueux faussaire- est constamment réduit au travail minutieux de l’artisan tenace    Dommage !

Colette Lallement-Duchoze

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1 février 2026 7 01 /02 /février /2026 07:42

De Paolo Sorrentino (Italie 2025)

 

avec Toni Servillo (Marino De Santis) Anna Ferzetti (Dorotea) Orlando Cinque (colonel Massimo Labaro) Massimo Venturiello (Ugo Romani) Milvia Mariagliano (Coco Valon) Rufin Doh Zeyenouin (le pape) Francesco Martino (Ricardo De Santis) Alexandra Gottschlich : (L'ambassadrice lituanienne) Linda Messerklinger(Isa Rocca) Vasco Mirandola : (Cristiano Arpa)

 

Mostra de Venise (2025) Prix d’interprétation masculine  (Toni Servillo)

 

Mariano De Santis, président de la République italienne à la fin de son mandat, doit s’acquitter de deux missions projet de loi sur l’euthanasie qu’il peut signer ou laisser à son successeur, accorder la grâce à un homme et une femme condamné.es à perpétuité pour avoir tué leurs conjoints respectifs. Mais une troisième question d’ordre privé le hante.

La Grazia

Défilé des articles de la constitution italienne, ballet d’avions sillonnant le ciel des 3 couleurs, c’est bien l’ensemble des prérogatives qui incombent au président italien qui s’imposent au regard dès l’ouverture de ce film (des devoirs au service de l’unité nationale), Voici un président en fin de mandat. Mariano De Santis ou « béton armé » ce surnom insiste sur une psycho-rigidité une impavidité que Toni Servillo incarne à la perfection et qu’illustrent la mise en scène (soin extrême dans le cadrage des plans, obsession de l'équilibre dans les compositions symétriques,  trop léché diront méprisants les détracteurs) et une théâtralisation volontairement appuyée. Et la multitude des charges va contraster (quasiment tout au long du film) avec le vide la solitude. –Mariano filmé souvent seul en gros plan et son visage envahit l’écran ou alors ravalé à un animalcule quand il est filmé de loin (rarement) comme égaré.

Nous sommes immergés dans un quotidien où paroles et gestes sont ritualisé es même au plus fort de la flagornerie ;simultanément nous pénétrons une conscience avec ses dilemmes (accorder ou non la grâce, signer ou non la loi sur l’euthanasie) tout cela dominé par cette obsession : qui fut l’amant d’Aurora la femme aimée ? Question de « macho » qui taraude  torture (recours à la voix off intérieure) au point d’accuser son meilleur ami Ugo Romani, éventuel successeur Enfermé dans ses dilemmes d’homme politique Mariano ex juriste hyper catho, ose enfreindre le règlement lors de sa visite à la prison- approcher au plus près la vérité affirme-t-il,- alors que simple humain, ex mari aimant et jaloux il s’empêtre dans une fausse résolution liée à l’intime (il y a prescription dit, ironique, sa fille)

Un pape noir avec dreadlocks et scooter, un astronaute et son pleur en apesanteur, un robot animal comme guide suprême, une danse sur un rap débridé, autant d’instants de « fantaisie » censés ponctuer l’errance existentielle d’un personnage pour le moins crépusculaire… - le chant alpin explose quant à lui de solidarité renouvelée…

Et si la question oratoire formulée par sa fille Dorotea « à qui appartiennent nos jours » était in fine la seule approche -capable de transcender « failles du pouvoir » et « mélancolie »?  

Irrigué par la dialectique du faste et du vde, du politique et de l’intime, jouant sur la polysémie du mot « grâce » (lourdeur du pouvoir régalien et légèreté, état d’apesanteur) La Grazia est un film A VOIR !! Assurément !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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31 janvier 2026 6 31 /01 /janvier /2026 06:44

Documentaire réalisé par Vincent Munier (2025)

 

Deux nominations aux César 2026

Après La Panthère des neiges, Vincent Munier nous invite au cœur des forêts des Vosges. C’est ici qu’il a tout appris grâce à son père Michel, naturaliste, ayant passé sa vie à l’affut dans les bois. Il est l’heure pour eux de transmettre ce savoir à Simon, le fils de Vincent

Le chant des forêts

Le film est encadré par des images de brume d’un noir et blanc cotonneux ; poétiques elles invitent à saisir la beauté des choses, la beauté du vivant qui – à l’instar de la circularité narrative formelle- ira se répétant. Ainsi dès le prologue  avec une lenteur assumée dans les métamorphoses (telle une paréidolie) et surtout grâce à l’accompagnement musical, -pièce vocale de Hildur Guðnadóttir (Folk Fær Andlit)- le photographe animalier Vincent Munier donne un caractère quasi liturgique et sacré à son documentaire, qui n’est pas sans rappeler le sonnet Correspondances de Baudelaire -au moins le premier quatrain La nature est un temple ou de vivants piliers/Laissent parfois sortir de confuses paroles /L’homme y passe à travers une forêt de symboles /Qui l’observent avec des regards familiers.

Oui ce film invite à  " regarder " autrement (somptuosité des images, effets de lumière et de zooms, qu’accompagne la musique de Warren Illis et Olivier Goignard); regarder dans le " silence" pour qui est à l’affût (comme le fut pendant des décennies Michel le père de Vincent) Silence qu’interrompt volontiers le langage des oiseaux -pour qui sait le capter voire l'interpréter-,  ou le brame des cerfs (lors de parades amoureuses) Le chant du monde animal se confond comme par synesthésie avec celui de la nature et plus spécialement de la forêt en tous ses bruissements vagabonds alors que de ses textures peut émerger l’image d’un animal (quand les épois se confondent avec des écorces, quand du feuillage émerge le profil d’un volatile, cela étant dû aux effets -peut-être involontaires- de paréidolie)

Mais "le chant des forêts" est surtout un film sur la transmission . Voici  trois générations Michel Vincent et Simon Le premier friand d’anecdotes raconte ; il consigne aussi dans son cahier découvertes et réflexions, il transmet sa passion animalière, en apprenant à son petit-fils un art de vivre et de penser. Qui fut le sien.  

Et comme le tétras -oiseau ancestral des Vosges, - a disparu de la région depuis quelques années – une parenthèse hors Hexagone, en Norvège,  s’impose; afin que le jeune Vincent soit émerveillé à son tour par les caroncules rouges le bec blanc la palette bigarrée et les plumes caudales en éventail…. de ce gros gallinacé, dit grand coq de bruyère !!   Là sur l'écran en gros plan....à destination d'un public -émerveillé lui aussi???

Un film à voir certes malgré toutes les artificialités (le dispositif qui systématiquement fait suivre par une séquence animalière l'anecdote rapportée, l’escapade hors forêt vosgienne qui rompt avec le titre, les discours de Michel qui sans être didactiques n’en sont pas moins parfois pontifiants, etc…)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 Hildur Guðnadóttir – Fólk fær andlit

 

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27 janvier 2026 2 27 /01 /janvier /2026 09:24

La 16e Semaine italienne se déroulera du 4 au 15 février 2026

au Cinéma Ariel Mont-Saint-Aignan !

 

 

 

 

La Semaine italienne revient pour sa seizième édition, toujours avec les animations gourmandes de l'association Circolo italiano de Rouen, et pas moins de 20 films à l'affiche !

 

Cinq avant-premières nationales, du cinéma transalpin récent, des classiques du patrimoine, une conférence, et l'incontournable chorale du Circolo ! 

 

«viva il cinema» !

 

 

Settimania italiana (16ème édition)
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27 janvier 2026 2 27 /01 /janvier /2026 07:29

D' Anne Emond Canada 2025

 

Avec Patrick Hivon (Adam) Piper Perabo (Tina) Gilles Renaud (Eugène) Elisabetfh Mazeren (Romy) Gord Rand (Scott le mari de Tina)

 

Grand Prix du festival romantique de Cabourg.

Propriétaire d'un chenil, Adam, 45 ans, est éco-anxieux. Via la ligne de service après-vente de sa toute nouvelle lampe de luminothérapie, il fait la connaissance de Tina. Cette rencontre inattendue dérègle tout : la terre tremble, les cœurs explosent... c'est l'amour !

Amour Apocalypse

Amour et déflagration de tous les sens (cf le choc amoureux de F Alberoni) amour au temps de l’Apocalypse (pour parodier le titre d’un roman de Gabriel Garcia Marquez) ? Le titre est volontairement ambigu à l’instar d’ailleurs de la double acception du mot apocalypse : catastrophe, fin du monde (dénotation) et révélation (connotation religieuse)

Moins fin du monde que fin d’un monde auquel nous étions habitués (répétera Tina)

Caméra fixe Plan prolongé sur la façade d’un immense hangar ; une voiture des postes laisse un paquet à même le sol et voici qu’entre dans le cadre le quadragénaire …Maladroit, empoté il va s’adresser à ses chiens puis découvrir la fameuse lampe … remède à sa dépression. Oui Adam (le choix du prénom n’est pas pur hasard) est un éco-anxieux, un être bizarre (épithète dite et redite par l’entourage). Incapable de relations humaines apaisées, il trouve en Gobelet un golden retriever une forme de sérénité, sérénité qu’il cherche aussi dans la luminothérapie, avant la « rencontre » avec l’Amour

Les "catastrophes" -tremblements de terre, pluies diluviennes ravageuses, vents impétueux dévastateurs canicule dantesque, incendies de forêts, ces  prémices incontestées de l’Apocalypse s’insèrent dans la banalité du quotidien (le film se présente comme une fable écologique !) Les "évasions" mentales (lors des méditations) dans des paysages enneigés d’un blanc immaculé contrastant avec les huis clos -maison chenil habitacle de la voiture- s’inscrivent dans la dichotomie enfermement/échappées, angoisse/respiration  Dichotomie qui va perdurer avec Tina (d’abord une voix chaude enchanteresse celle du SAV ) alors que le film bascule dans une romance assez convenue et que les personnages dits secondaires sont réduits à des stéréotypes (le père le frère ou le mari de Tina) voire des caricatures (la psy et ses diagnostics griffonnés en acrostiche, l’employée Romy obsédée par le sexe)

Être séduit par une voix n’a rien de singulier ; entendre au bout du fil une déflagration et "voler" au secours de l'inconnue en danger, voilà plus surprenant (la distance est longue, le chemin semé d’embûches dit le cliché) …

Le paradoxe de ce film – qui se veut  hybride- est précisément d’avoir cédé à la tentation de la romance délaissant par là même le projet initial -et le jeu de l’acteur avec ses mimiques sa logorrhée – un jeu qui force l’admiration-  va participer à une autre déflagration celle d’une promesse non tenue - incluse dans le titre (titre dont le dernier plan serait la copie bucolique ?)

Ajoutons la voix off sentencieuse (qui va jusqu’à submerger le générique de fin) ou ces propos comminatoires très (trop) didactiques

Dommage

Un bémol : telles des aubes nouvelles voici l’image du pommier et celle de l’énergie du monde animal, antidotes aux menaces crépusculaires…

 

Colette Lallement-Duchoze

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