de Shu Qi (Taïwan Chine 2025)
avec Bai Xiao-ying :Lin Hsiao-lee Roy Chiu : Chiang, le père, Esther Liu (la mère) n Lin Pin-Tung : (Li Li-li ), Lai Yu-fei : (la sœur)
En compétition à la Mostra de Venise 2025
Récompense : Festival international du film de Busan 2025 : meilleure réalisation
Taïwan, 1988. Hsiao-lee, une jeune adolescente timide, peine à trouver sa place au sein de sa famille dysfonctionnelle. Elle voit sa vie bouleversée par sa rencontre avec Li-li, une jeune fille vive et insouciante qui lui permet de s'évader de son quotidien. Toutefois, lorsque le passé douloureux de sa mère ressurgit, d'anciennes blessures refont surface. Partagée entre un lourd héritage familial et son ardent désir de liberté, Hsiao-lee doit trouver sa propre voie.
Premier film de la comédienne Shu Qi (elle fut l’icône du réalisateur Hou Hsiao-Hsien), Girl est une œuvre exigeante (procédés formels en harmonie avec la thématique essentielle : les meurtrissures de l’adolescence, aux accents autobiographiques) et ce n’est pas pur hasard si au début l’ado émerge d’une sorte de tente, dans l’intérieur cabossé -autant que les personnages- alors que la main de l’adulte se profile en ombre portée…
Timide, le visage apeuré aux yeux de chien battu, comme si elle était habitée par un cauchemar.
Enfer de la relation mère/fille -on verra tout au long du film la mère victime des violences de son mari « ivrogne » se comporter en bourreau avec sa fille aînée -la plus jeune étant épargnée. Enfer de l’inceste suggéré, enfer des relations avec ses camarades de classe Mais rien de doloriste. La réalisatrice « n’analyse pas un trauma » elle le montre dans ses frémissements tout autant qu’elle le suggère dans les non-dits et le cheminement lent vers un univers dénué de ces contraintes se fera grâce à la présence libératrice de Li Li-li (dynamique interne du film)
Certes les effets spéculaires (la mère victime reproduit le comportement de bourreau , la gamine souffre-douleur) trop répétés perdent en force suggestive ; certes la violence du père (et il se targue à plusieurs reprises d’être le seul « propriétaire » des biens comme des personnes ) trop répétitive perd elle aussi en force persuasive ; les contrastes entre la promiscuité dans l étroitesse précaire du logement familial et les échappées vers la verdure et une forme de vastitude, visibles et/ou prévisibles sembleront trop prononcés.
Cela étant il est des moments de grâce presque absolue et comme le quotidien est le lieu où convergent les blessures qui continuent à vivre, on comprend mieux l’importance des allers et retours entre passé présent, et de ces images mentales qui s’imposent à l’écran sans crier gare.
Et quand bien même Girl pourrait se lire aussi comme une chronique de la fin des années 1980 (le port de Keeling, les rues étroites, la modestie des logements, les bars, le karaoké, le mahjong) Shu Qi privilégie le paysage intérieur C’est à n’en pas douter la force et la beauté de ce premier film
Colette Lallement-Duchoze
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