d'Ulrich Köhler (Allemagne France 2025)
avec Avec Jean-Christophe Folly, Maren Eggert, Nathalie Richard, Anna Diakhere Thiandoum
Sur le plateau du tournage d'une adaptation de Médée au Sénégal, Maja trouve du réconfort auprès de son partenaire, Nourou. Quelques mois plus tard, ils se retrouvent à la première du film à Berlin. Les sentiments refont surface, mais un incident raciste vient troubler leurs retrouvailles.
Le titre énigmatique annonce(rait) un débat d’ordre linguistique sur les limites de la traduction…. ???. En fait le cinéaste allemand revisite le mythe des Argonautes et plus précisément la relation Médée/Jason En l’actualisant il interroge moins le choc de deux cultures, de deux pensées philosophiques (Médée Pasolini) que le regard européen sur l’Afrique. En une forme d’autocritique.
En effet la réalisatrice dans sa fiction, interprétée par Nathalie Richard, est tyrannique sur le tournage (première partie), trop condescendante quand elle doit répondre aux questions de la presse lors de Berlinale. Autodérision ? Critique du cinéma d’auteur ? Or si la ressemblance avec Claire Denis est patente la satire serait mal venue ; Claire Denis est une des rares cinéastes européennes qui a porté (et depuis longtemps) un regard lucide sur les rapports coloniaux (à moins qu’il ne s’agisse d’un »malentendu »).
Plus intéressante est la démarche qui déplace le mythe grec (version d’Euripide) sur le continent africain actuel (où Médée est la « Blanche » rejetée par les autochtones). Jouant avec les « mises en abyme », leurs effets de miroir (film dans le film du film) Gavagai et autres malentendus imagine une histoire d’amour entre Maja (Maren Eggert), actrice allemande, et Nourou (Jean-Christophe Folly), acteur sénégalais résidant en France. Séparés par la fin du tournage (fin du long prologue), les deux comédiens se retrouvent à l’occasion de la première lors de la Berlinale Si un changement notoire a eu lieu, il est opposé à celui relaté dans le mythe (abolis l’odieux et le sanguinaire encore « visibles » dans l’adaptation de Caroline/ Nathalie Richard, place à la bienveillance ce que confirme Nourou/Jean-Christophe Folly en quête de « réparation », victime d’un acte « raciste » il a provoqué -malgré lui- le renvoi d’un vigile et veut s’en excuser… mais les clichés et préjugés ont la vie dure… )
Deux temporalités, deux intrigues, deux villes, deux continents mais à chaque fois une façon de filmer où la relation postcoloniale sera patente même là où on ne l’attendrait pas (ainsi autant dominent superpositions fondus enchaînés dans le « rendu » de Berlin et sa fameuse Potsdamer Platz, autant s’impose la netteté dans celui de Dakar -ruelles façades plages …). Les relations Nord Sud, leurs relents postcoloniaux(ou néocoloniaux) éclatent par bribes comme autant de brisures (catalogué Français par son père, Nourou star de la jet set maltraite le personnel) ; la Médée africaine serait « néocoloniale » (reproche formulé par la presse) Quoi qu’il en soit les « enjeux » invisibles à Dakar vont se révéler au grand jour à Berlin (Nourou est, sera l’étranger MAIS qui sert de caution en « légitimant » un film européen tourné en Afrique; Nourou à qui on a confisqué la parole lui qui s’exprimait en wolof anglais ou allemand, CAR on « agit pour son bien »)
FIN le mot apparait en majuscules à l’écran ; fin du film « Médée » auquel viennent d’assister à Berlin les acteurs la presse entre autres « Fin » de Gavagai auquel le public vient d’assister et pourtant c’est l’ouverture à d'autres possibles comme autant de « malentendus » ....
Colette Lallement-Duchoze
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