13 octobre 2025 1 13 /10 /octobre /2025 14:14

De François Ozon (2025)

(d'après le roman d'Albert Camus) 

 
Avec Benjamin Voisin ( Meursault) Rebecca Marder (Marie) Pierre Lottin (Raymond) Denis Lavant (Salamano) Swann Arlaud (le prêtre)
 
Mostra de Venise 2025
 
Vu le dimanche 12 octobre en présence de Benjamin Voisin
 
Sortie  le 29 octobre 
 
 
 
 

Synopsis: "Alger, 1938. Meursault, un jeune homme d'une trentaine d'années, modeste employé, enterre sa mère sans manifester la moindre émotion. Le lendemain, il entame une liaison avec Marie, une collègue de bureau, puis il reprend sa vie de tous les jours. Son voisin vient alors perturber son quotidien en l'entraînant dans des histoires louches, jusqu'à un drame sur une plage, sous un soleil de plomb."

L'Etranger

Les choix du réalisateur s'imposent dès l'ouverture avec l'insertion d'images d'archives : d'une part le noir et blanc comme dans le continuum  d'un " film d'époque", d'autre part la portée politique;  dans l'Algérie colonisée, le cinéaste veut rendre "visible" ce qui se cache sous l'anonymat indifférencié  ( ainsi la victime aura un prénom dont témoignera  le gros plan sur la tombe -comme un clin d'œil appuyé au roman de Kamel Daoud" Meursault contre-enquête" -, il en ira de même pour sa sœur)

 

 
Délaissant le fameux incipit " aujourd'hui maman est morte ou peut être hier" le cinéaste opte pour une prolepse (ou flash-back- tout dépend du "moment" de la narration :  (procédés dont le film sera traversé d'ailleurs) Voici Meursault menotté : il  pénètre dans  la prison, et  répond à la question d'un prisonnier j'ai tué un Arabe" avec une "fausse "  indifférence"
 
 François Ozon n'a pas recours à la voix off pour restituer le monologue intérieur,  (hormis un extrait fin de la première partie à propos des coups de feu  sur "la porte du malheur" et fin de la deuxième partie, -qui est aussi la fin du roman -après l'altercation violente avec le prêtre - quand Meursault dresse un bilan  positif de ses choix de vie, soit au moment où emporté par une forme de lyrisme il "songe" à sa mère et que de spectateur il devient acteur de sa vie  ...)
Choix discursif judicieux ? à condition d'être relayé ( compensé) par le jeu de l'acteur (ce qu'assume Benjamin Voisin ....du moins en partie ) et par un équilibre entre dialogues et faits ( hélas trop souvent bancal si l'on excepte les interventions du génial Denis Lavant en Salamano l'homme au chien) 
 
Cela étant, on appréciera la  maîtrise incontestée des cadrages (sur le visage les corps leurs étreintes)  l'art de la découpe (qui rappelle Bresson) et l'exploitation du  noir et blanc ( qui allie somptuosité de la lumière en ses diffractions et distanciation)
 
 
A voir!
 
Colette Lallement-Duchoze
 
PS Rappelons les propos de Camus lui même, afin d'éviter tous les contresens
" Le héros du livre est condamné car il ne joue pas le jeu. Mentir ce n'est pas seulement dire ce qui n'est pas. C'est aussi et surtout dire plus que ce qui est et en ce qui concerne le cœur dire plus qu'on ne sent. C'est ce que nous faisons tous, tous les jours pour simplifier la vie. Meursault ne veut pas simplifier la vie. Il dit ce qu'il est, refuse de masquer ses sentiments. On ne se tromperait pas beaucoup en lisant dans "L'étranger" l'histoire d'un homme qui sans attitude héroïque accepte de mourir pour la vérité"
 
 
 
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13 octobre 2025 1 13 /10 /octobre /2025 03:29

De Vasilis Kekatos ( Grèce 2025)

 

Avec Daphne Pataka Nikos Zeginoglou Natalia Swift Ioko Kotidis Emmanuel Eleuziova

 

Berlinale  2025

Festival de Cabourg

En rupture avec sa famille, Chloé, 20 ans, est recueillie par un groupe de jeunes marginaux. À bord de leur van, ils sillonnent la Grèce post-crise, venant en aide aux plus démunis, moyennant des combines pas toujours légales. À leur contact, Chloé expérimente une nouvelle vie, plus libre, plus intense, où tout peut s’arrêter demain.

Nos jours sauvages

Premier long métrage de Vasilis Kelatos (palme d'or du court métrage en 2019 pour " la distance entre le ciel et nous") ce film semble s'inscrire dans la dialectique  de l'ombre et de la lumière qui elle même renvoie à  celle de la précarité économique (une douloureuse réalité pour les Grecs) et utopie collective, la solidarité qui anime ces jeunes ( dans un moment de pause où le couple aimant Chloé et Aris fait corps avec les flots dans une frénésie sensuelle inégalée (anulingus) les révélations du jeune homme sur le passé torturé et torturant de ses parents ont la puissance d'une supplication expiatoire et propitiatoire  assumée)
Road movie aussi: nous suivons le camping car  à  travers la Grèce ,  en marche vers un présent à  réinventer: ( ces nouveaux Robin des bois tout en commettant des actes illicites,  vont redonner une certaine dignité à tous ces êtres sauvagement humiliés ,  dans la spirale de la pauvreté ("nous sommes brisés mais nous vivons solidaires" dira une femme) 

 

La vie nomade n'est pas pour autant enchanteresse même si le réalisateur  a  mis l'accent sur la joie solaire qui préside au refus  de la résignation 

 

Mais les redondances,  les chamailleries répétées et surtout le manque d'une certaine  poésie ou du moins d'un certain équilibre entre " réalisme" et "envolées lyriques"  ( hormis certaines chansons ) entachent  le  plaisir et sont susceptibles de provoquer l'ennui....

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

 

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10 octobre 2025 5 10 /10 /octobre /2025 04:50

De Niki de Saint-Phalle (1976 ) Version restaurée)

 

Avec Laura Duke Condominas (Camélia) Niki de Saint Phalle (la Madame la Mère) Humbert Balsan (l’homme oiseau) Jean Tinguely (le général Rose) Andrée Putman (la cliente) Marina Carélia (la sorcière) Henti Holstein (le roi)

 

Musique Peter Whitehead 

La petite princesse Camélia, transformée par magie en jeune femme, découvre soudainement un monde nouveau, fantastique et périlleux : celui des adultes. Dans un univers aussi attirant qu'inquiétant, elle devra faire face aux règles imposées par les hommes

Un rêve plus long que la nuit

Le titre est délibérément ambigu ; le rêve a-t-il vaincu la lumière (celle du jour et son inévitable effacement, son basculement dans la nuit? C’est qu’en fermant les yeux la jeune Camelia -après le passage du "rose" de la  robe anniversaire au "noir"  de la mort -du père ( ?)-  va pénétrer dans un univers peuplé de créatures fantasques étranges grandguignolesques ou carrément sordides (et dès le moment où son désir de devenir une "grande personne" sera exaucé… c’est la fille de Niki de Saint Phalle qui va incarner Camélia devenue Madone ) Ou alors -et simultanément d’ailleurs-  le temps et l’espace sont-ils indissolublement liés, -la fixité de l’éternel- ou inversés - dans un univers qu’incarnera une succession d’images surréalistes ?

Camélia guidée par la Sorcière va à la recherche d’un "trésor"…

Bienvenue dans le monde des adultes obnubilés par le pouvoir le sexe la guerre -mais où le rite de passage est accompagné par les percussions de Peter Whitehead dans la sculpture monumentale Cyclop (réalisée par Tinguely et Niki de Saint Phalle). Au sein des métamorphoses et des effets de miroir à profusion voici que défilent -entre autres- un dictateur fasciste à qui l’on vend la mort, (Je viens vous vendre la mort mon général) un roi qui se pavane ou encore un cardinal en pleine étreinte ... soit un « triptyque patriarcal que Niki de Saint Phalle s’amuse à désacraliser et à renverser par la dérision et le ridicule Elle-même en mère …maquerelle traînant les hommes-lézards …(à noter toutefois que les  "filles de joie" dans le bordel de pacotille carnavalesque continueront à être soumises aux diktats du Général Rose (quelle antiphrase…) interprété par Jean Tinguely (Tout un programme…) Mais il y aura le « miracologue » et voici dans le film un mini film -d’animation- censé louer les "merveilles" de la nature (ici le graphisme et la calligraphie de la plasticienne rappellent les deux génériques)

Oui le film illustre un parcours initiatique (il faut franchir des "portes" comme autant d’étapes vers…) à la fois fantastique (portes et strates de l’inconscient), ludique (les énormes sexes en carton-pâte qui après explosion font gicler des confettis ou des plumes) Oui ce sont les œuvres de la plasticienne (dont les Nanas) et de son mari Jean Tinguely (sa structure métallique et cinétique) qui servent de "décors" ce qui autorise l’enchevêtrement réel et irréel. (car la matérialité identifiable est celle qui précisément remet en question la brutalité productiviste des années 70) Oui l’enchantement peut virer au cauchemar -quand les traumas de la cinéaste (qui fut victime d’inceste) sont comme ravivés ou quand l’homme oiseau terrassé dit adieu à l’enfance. Un adieu teinté  d’espoir ? ou annonciateur de la Mort ? (cf la toute dernière séquence, la toute dernière porte à franchir dans le mordoré de l’aurore…)

Un film où l’interdépendance entre les différents types de "violence" patriarcale, environnementale, économique s’allie à la forme poétique du conte

Un film à ne pas manquer -quand bien même le "jeu" des acteurs par trop de théâtralité rigide  crée un décalage susceptible de déplaire…

 

Colette Lallement-Duchoze

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9 octobre 2025 4 09 /10 /octobre /2025 05:55

Documentaire réalisé par Jean -Boiron Lajous (France 2025)

Six démissionnaires de la fonction publique sont réunis dans un hôpital abandonné. En investissant les lieux, les ancien·ne·s juge, policier, anesthésiste-réanimatrice, enseignante et facteur échangent sur la souffrance au travail et le conflit éthique qu’ils ont vécu suite au démantèlement du service public.

Hors-service

Flou et obscurité -que des lampes torche parviennent à peine à éclairer, tout en accentuant les aspects fantomatiques. C'est la scène liminaire. Nous pénétrons dans un hôpital désaffecté que les 6 protagonistes du documentaire vont transformer en lieu de vie et d’accueil ; un lieu mental aussi. Et la toute dernière scène -qui fait écho à cette séquence d'ouverture- fera intervenir les "autres", ceux que l’on accueille, ceux que l’on va aider. -vus d’abord en surplomb avant que chacun ne prenne sa place (dans tous les sens)

Ils sont 6 Margot, médecin hospitalière. Floriane, juge. Blandine et Rachel, enseignantes. Mikael, facteur. Nabil, policier. Ils seront peut-être 60 et pourquoi pas 600…

Ils sont 6. Ils  ont exercé dans la fonction publique . Ils ont aimé leur métier . Mais  face aux dysfonctionnements  au démantèlement du service public  ils n’ont pu continuer à défendre leur idéal, à prendre le temps d’être à l’écoute (de l’élève de l’usager ou du patient.-) la rentabilité managériale a contaminé la fonction publique tel un cancer;  faire du chiffre en dépensant moins... 

ils ont démissionné

Le documentaire dit et  illustre une  « reconstruction » (sens propre et figuré) en une suite de tableautins où alternent prises de parole, pauses, loisirs. Et voici que prend forme sous nos yeux une nouvelle communauté

Jamais les discours ne s'appesantissent sur  les doléances et de ce fait ne sauraient être « racoleurs » On sera sensible toutefois. à la lecture de la lettre de démission de l’éducation nationale (entrecoupée de larmes…) ou à tous ces autres témoignages: -on ne peut sortir que "cabossé"-  car quel que soit le secteur d'activité (poste hôpital gendarmerie justice éducation nationale) un même cri de douleur et de culpabilité « On n’arrivera jamais à rétablir la confiance des gens  Un aveu qui justifie leur « démission » Aujourd’hui, on a l’impression que l’institution est tellement déviante qu’on ne peut plus la défendre qu’à l’extérieur 

Vers la fin  Jean-Marc, policier encore en exercice, sollicité par Nabil, évoque sans détour la difficulté d’être « lanceur d’alerte »

 

Un documentaire à ne pas rater

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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7 octobre 2025 2 07 /10 /octobre /2025 16:09

De Paul Thomas Anderson  (USA 2024)

 

Avec Leonardo di Caprio (Bob Fergusson) Sean Penn (le colonel Lockjaw) Benicio del Toro (Sensei Sergio) Teyana Taylor (Perfida) Chase Infinitia (Willa) Regina Hall (Deandra)

Ancien révolutionnaire désabusé et paranoïaque, Bob vit en marge de la société, avec sa fille Willa, indépendante et pleine de ressources. Quand son ennemi juré refait surface après 16 ans et que Willa disparaît, Bob remue ciel et terre pour la retrouver, affrontant pour la première fois les conséquences de son passé…

Une bataille après l'autre

Un blockbuster ? (gros budget, médiatisation, action effets spéciaux, stars à l’affiche) En tout cas un film qui assume ses outrances et caricatures et le refus de l’héroïsation (DiCaprio en paranoïaque cabotin grimaçant ou Sean Penn en colonel aussi effrayant que ridicule avec ses tics, ses pulsions ses fantasmes) un film qui mélange avec frénésie satire politique, comédie noire et drame familial. Un film à la puissance tumultueuse, survoltée non dénuée d’humour. Et dans la cavale quasi dantesque il y de savoureux moments d’inventivité (la course poursuite sur une route qui n’en finit pas d’onduler de dos d’âne en dos d’âne, des goulots et tunnels salvateurs pour les migrants, la chorégraphie aérienne des nouveaux "révolutionnaires" ces skaters  qui surfent  sur les toits pour échapper à la traque mortifère des policiers)

Voici sur deux générations (la fin est "ouverte" sur…une bataille à venir) la lutte entre les forces de l’ordre (fascisantes c’est un euphémisme !) et des activistes (extrême gauche ?) sans oublier la présence de ce groupuscule suprémaciste sorte de société secrète toute puissante...Un film qui dépeindrait une Amérique uchronique plus que trumpienne ? A voir…Adaptant librement le livre Vineland, de Pynchon et transposant l’intrigue des années Reagan au XXI°  , écrit et tourné avant la réélection de Trump, le réalisateur  passe au vitriol les dérives idéologiques du président républicain (cf la présence de ces suprémacistes œuvrant pour la "pureté" de la race ou la chasse aux  migrants) en nous immergeant dans le marasme  "actuel", mais à grand renfort de gags, de suspense et d'impayables rigolades. Bien plus on aura reconnu dans la thématique de la  "paternité" -un des fils directeurs- ou de la femme qui refuse d’assumer l’éducation de sa fille (pourtant adorée) et qui aura préféré "balancer" les siens , l’image d’une « mère patrie » à vau-l’eau

Des bémols toutefois: la musique est souvent si envahissante qu’elle écrase au lieu d’illustrer ; les personnages (qui pourraient susciter empathie ou dégoût) sont réduits à de simples stéréotypes (malgré la volonté affichée de ne pas héroïser et de faire des "vedettes" du cinéma des pantins), une certaine complaisance dans la redite ou des effets  "faciles" (cf. le gros plan prolongé sur le visage couturé du colonel qui a échappé à…la mort) ou des références « douteuses » (on le "gaze" avant de le "brûler"…)

Quelle heure est-il ? Bob qui depuis x années n’a pas consulté son Manuel du révolutionnaire, est incapable de se remémorer le mot de passe … et ce faisant de voler au secours de sa fille bien aimée…,

Oui Quelle heure est-il ? alors que triomphe avec fracas tout ce que l’on peut honnir… alors que « la bataille d’Alger » visionnée sur petit écran est omniprésente…

alors que le mot de passe n’a rien de magique  nous ne sommes plus d’actualité….

 

A voir!

 

Colette Lallement-Duchoze

Une bataille après l'autre
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6 octobre 2025 1 06 /10 /octobre /2025 08:05

De Jafar Panahi  (France Iran Luxembourg 2024)

 

Avec Vahid Mobasseri, Maryam Afshari, Ebrahim Azizi, Hadis Pakbaten

 

Palme d’Or Cannes 2025

Les années 2020, en Iran. Chargé d'effectuer des réparations sur un véhicule endommagé, Vahid, mécanicien d'origine azerbaïdjanaise, pense reconnaître en son client un des tortionnaires qui l'a malmené lors d'un séjour en prison. Mais face à cet homme qui nie farouchement avoir été son bourreau , face à ce père de famille, le doute s'installe...

Un simple accident

Film réquisitoire -contre les tortures que pratique un régime totalitaire et le cinéaste qui a connu les geôles d’Evin sait de quoi il parle -(le hors champ s’invite dans les diatribes, la rage, les rappels de détails qui après avoir torturé la chair continuent à torturer l’être tout entier); film qui mêle drame, comédie, absurde…Film d’un résistant qui, condamné à vingt ans d’interdiction de filmer et de sortie de territoire, emprisonné à deux reprises, aura préféré retourner dans son pays et continuer à « militer » de l’intérieur …Ne prenez pas ça pour du courage, c’est de la faiblesse : je n’ai pas la capacité de vivre ailleurs qu’en Iran. J’ai passé trois mois en France pour la postproduction de mon film, cela m’a tellement angoissé que l’on m’a mis sous morphine. Dit-il non sans ironie

Un simple accident a été auréolé de la Palme d’or au festival de Cannes 2025

Dans le concert de louanges osons une voix légèrement discordante…

Certes Jafar Panaha s’efforce d’opposer à la barbarie du régime la dialectique vérité vs aveuglement -avec la métaphore des yeux bandés – surveillance vs liberté ( le comique de situation avec les policiers) ou encore l’humour  -celui de tous les  dérapages  (la panne l’interruption d’une cérémonie, les désaccords entre les protagonistes, la corruption par pots-de-vin interposés etc..) Certes le message empli d’humanisme se devine dans ces déplacements cahoteux qui nous conduisent du coffre scellé aux régions désertiques épousant les questionnements sur la justice immanente,  sur l'humanité profonde des individus;  sur  la "conscience" qui s'acquitte à bon compte en  effaçant  le corps du tortionnaire Eghbal, dont le grincement de prothèse rythmait  le tic-tac du temps,  etc...

Mais…

Le scénario est lourdement lesté de charges démonstratives et les personnages souvent réduits à des stéréotypes s’en viennent déclamer (à tour de rôle et peu convaincants d'ailleurs) ou éructer leur besoin de vengeance (surtout Hamid qui interprète tout à l’aune du complotisme…) comme si nous assistions  à un tribunal "moral" ;  même dans le dernier "acte" où la problématique concerne le pouvoir et les effets de la répression... La tension dramatique attendue en est comme phagocytée,

Un mini huis clos (celui du van) avec son mini conclave (le kidnappeur, la photographe, le couple de jeunes mariés, et Hamid ivre de vengeance) s’interrogeant sur "le chemin"  à parcourir, cela ne crée pas pour autant une ambiance beckettienne, il ne suffit pas de citer « en attendant Godot » dans la solitude aride et la présence d’un arbre sénescent pour rendre palpable l’attente absurde 

Les propos d’Hamid « Il (la Guibole ex tortionnaire) a perdu sa jambe en Syrie dans leur guerre sainte de merde », censés prouver la montée d’une insolence blasphématoire -mais cathartique -  sont vite étouffés …

Le jeu du champ contrechamp qui prévalait au tout début et créait une forme de suspense menaçant (Vahid le garagiste, terrorisé, se cache du "chauffeur" en contrebas à la recherche d'une boîte à outils) s’émousse bien vite  

Force est de reconnaître que Jafar Panahi a été plus inspiré et plus novateur par le passé et que cette Palme d’Or est essentiellement  politique  et non  cinématographique

 

Colette Lallement-Duchoze

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5 octobre 2025 7 05 /10 /octobre /2025 06:48

Documentaire réalisé par Alice Odiot et Jean Robert Viallet (France 2025)

 

2025 • FIPADOC - Festival International Documentaire • Biarritz (France) • Documentaire national - Première mondiale

2025 • Festival 2 Cinéma de Valenciennes • Valenciennes (France) • Compétition documentaire

 

Une grande porte en métal qui coulisse pour laisser entrer les fourgons de la police. Des hommes en sortent, avec leurs histoires. Des murs, des geôles, des escaliers en pierre, des salles d'audience, des coulisses, des larmes, des cris, des regards. Le tribunal de Marseille est débordé par les affaires de stupéfiants. Ceux qui sont jugés là sont les gérants d'une économie du chaos

Stups

Les geôles sont le ventre du tribunal, un lieu qui contient toutes les peurs et les regrets. Filmer cet endroit à Marseille n'avait jamais été fait"(Alice Odiot)

Ceux que nous avons filmés sont des esclaves au sens littéral du terme, ils travaillent gratuitement",( Alice Odiot)

 

Rigueur et justesse, bienveillance et humanité telles sont les qualités indéniables de Stups, qualités que nous avions déjà tant appréciées dans le documentaire Des hommes 2019 Des Hommes - Le blog de cinexpressions

Stups ou l’Anatomie d’un système, le trafic de drogue et sa dévoration (sens propre et figuré) des plus « faibles » . Témoignages bouleversants (mais la part de mensonges ou le déni réitéré n’échappent pas aux juges à la procureure et au spectateur), avec une gradation quasi dramatique depuis l’attente dans les coulisses jusqu’à la dernière comparution,  celle qui illustre le mieux l’état d’esclavage dans lequel risquent de sombrer tous ces trafiquants exploités … et une importance inégalée accordée au hors champ.. Ecran noir quand on passe d’une séquence à l’autre, visage embué et comme terrorisé capté derrière une vitre,  bande son minimaliste (hurlements ou frénésie des coups de poing après le couperet de la sentence) impassibilité des gardiens (immobilité typique de la statuaire), 

Tout cela contribue à l'excellence d'un documentaire qui aura exigé beaucoup de "doigté" en amont et une forme d'empathie On a filmé des destins qui sont en train de se jouer, des gens qui arrivent de garde à vue, qui ont passé 48h sans dormir, sans manger, sans se laver, et qui dans les minutes voire les heures qui suivent vont être jugés. Ce sont ces moments-là qu'on saisit, des moments d'espoir, d'humanité, de puissance et de force",  explique Jean-Robert Viallet,

La caméra nous immerge dans le huis clos du palais de justice (Marseille) en filmant les audiences de ceux qui vont rejoindre (ou non) un établissement pénitentiaire afin de purger leur peine. Dans l’antichambre c’est l’attente angoissée (dont témoigne dès la première séquence un gros plan sur le visage de profil puis de face, sur le regard, sur les mains entravées d’une jeune femme). Interrogatoires réquisitoires et plaidoiries pour 30' de comparution (deux interventions d’avocats en dénonçant l’inanité de la "purge"  signalent la reproduction systématique des "déterminismes sociaux" »récitée telle une litanie comminatoire ). Filmé de dos (ce jeune homme récidiviste) ou en frontal (ce revendeur qui a entraîné dans son trafic sa progéniture ou cette toxico violentée), le prévenu -quelle que soit sa "fonction" -nourrice guetteur transporteur vendeur - n'hésite pas à battre sa  coulpe, aux accents graves de la sincérité, tout en usant  de roublardises....

La parole- la maîtrise ou non du langage-, à l’intérieur du huis clos oppose deux mondes, l’exploitation à l’extérieur dans ce hors champ si prégnant malgré les non-dits c’est le lot quotidien de ces ouvriers du shit (où dans certains quartiers de Marseille, la tentation de l’argent "facile" débute dès l’enfance) (on sait que les véritables responsables et bénéficiaires, ne passeront jamais la porte ni du tribunal, ni de la prison)

Montrer comment une organisation sociale "voue une frange de sa population à la prison"  tel est bien l’intérêt majeur de ce documentaire à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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3 octobre 2025 5 03 /10 /octobre /2025 05:41

Long métrage d'animation réalisé par  Félix Dufour Laperrière (Canada France 2025)

Avec les voix de Zeneb Blanchet (Hélène) Karelle Tremblay (Manon) Mattis Savard Verhoeven (Marc) Barbara Ulrich (la vieille dame) Françoise L. (l’enfant)

Musique Jean L'appeau (alias Gabriel Dufour-Laperrière) 

 

Présenté à la Quinzaine des Cinéastes Cannes 2025

Lors d'un attentat contre de riches propriétaires, Hélène abandonne ses compagnons et s'enfuit dans la forêt. Manon, son amie et complice lors de l'attaque, revient la hanter, pour lui offrir une seconde chance. Ensemble, elles affrontent le choix impossible entre violence et inaction. Si c'était à refaire, jusqu'où Hélène irait-elle cette fois au nom de ses idéaux ?

La mort n'existe pas

Autant on sera sensible à la beauté formelle de ce film d’animation autant on pourra être déçu par le propos trop sentencieux – ce qui ne remet nullement en cause le questionnement  sur les enjeux climatiques face à l’imminence d’une catastrophe …

Le graphisme, les aplats de couleurs et leurs métamorphoses (du vert à l’ocre, de l’ocre au noir charbonneux)  les ambiances spectrales ou sombres, la diffraction par démantèlement craquèlement et les « résurrections » -censées illustrer les orientations et les choix politiques envisageables ( ?), les analogies entre la meute des loups (noir et rouge sang opposés à la blancheur virginale d’un ovin) et celle des révolutionnaires solidaires dans l'élimination des responsables du mal qui contamine la planète, (un couple prédateur propriétaire richissime ), la forêt comme théâtre de tous les enjeux et surtout le procédé de la réitération (le spectre  de Manon propose à Hélène une seconde chance) tout cela au service d’un double questionnement intime et politique -qu’accompagne une musique censée donner corps à la psyché d’Hélène-, fait que l’intérêt suscité s’émousse assez vite …. 

La problématique engagement ou immobilisme, action violente ou repli petit-bourgeois, choix de société, et sur le plan strictement personnel -le repentir, le sacrifice de ses amours (cf les appels désespérés à Marc …) problématique en elle-même intéressante, (et bien ancrée historiquement) tourne vite hélas ! au didactisme déclamatoire  (Même quand Hélène désabusée fait le constat "on a été naïfs", auquel un personnage rétorque "plutôt romantiques")

Entraîné dans le voyage  mental  d’Hélène, (revivant la scène inaugurale qui provoqua la mort de ses amis, elle convoque réminiscences souvenirs, est en proie à des visions hallucinées), ballotté dans cette sorte d’espace-temps qui mêle réalisme et fantastique, (cf les métamorphoses et résurrections), le spectateur ne saurait adhérer pour autant à toutes ces bifurcations dans cette forêt aussi luxuriante que moribonde…

Dommage !

 

Colette Lallement-Duchoze

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1 octobre 2025 3 01 /10 /octobre /2025 07:22

De Pierre Schoeller (France Belgique 2024)

 

Avec Camille Cottin (Claire Lescure)  Romain Duris (Yves Lescure) Céleste Brunnquell (Salomé Lescure)  Denis Podalydès (Grégoire) , Bruno Podalydès (Terrence), Myriem Akheddiou (Anne Gomez-Taddei) Joël Ödmann (Gunnar) )

Claire et Yves, physiciens de formation, travaillent dans le nucléaire depuis toujours. Lors d'une visite à la National Gallery, Claire va être bouleversée par trois toiles de Rembrandt. Cette rencontre avec ces trois œuvres magistrales va les changer à jamais.

Rembrandt

Dénoncer les ravages du nucléaire en s’appuyant sur le syndrome de Stendhal, après tout pourquoi pas ? assigner à l’art (en l’occurrence la peinture) des vertus épiphaniques voire prophylactiques (le regardeur en allant au-delà de la simple apparence, de la représentation, pénètre dans un monde jusque-là inconnu qui le met en garde, le prémunit  contre les méfaits du présent) pourquoi pas ? Mais à condition que la fiction ne verse pas dans une dystopie hasardeuse brumeuse et racoleuse ….

Or c’est précisément l’écueil de Rembrandt alors que Pierre Schoeller nous avait habitué à plus d’ingéniosité (cf L’exercice de l’état)

Et si l’on reprend la typologie des 5 films dans un film, les 5 approches dans Rembrandt (politique, scientifique, sentimentale, artistique, paranormale- alogique) manquent de fluidité entre elles, contraignant le spectateur à "patauger" 

Claire a contemplé, s’est approprié en les pénétrant, trois toiles de Rembrandt (Vieil homme assis dans un fauteuil Un homme âgé comme St Paul et Portrait of Hendricke Stoffels) lors d’une visite à la National Gallery (son mari et sa fille décomptant, perplexes,  les heures d’attente…) D’abord un évanouissement (syndrome de Stendhal) puis une prise de conscience, et enfin un changement radical d’idéologie et de mode de vie… tout plaquer (portable, famille) vivre à l’ancienne (sans électricité) Mais ce cheminement est traité de façon parfois si caricaturale qu’il en devient ridicule (cf l’épisode d’isolement, de retour aux "fondamentaux" et un épilogue assez racoleur…)

Certes les reproductions ( ?) des toiles de Rembrandt quand elles sont agrandies aux dimensions de l’écran ou qu’elles trouvent leur écho (clair-obscur, position des personnages, ambiances mordorées) dans certains plans du film sont soudainement exhaussées quittant la fixité théâtrale de la National Gallery Mais comparées plusieurs fois -comme mises en parallèle- aux vagues mortifères (démonstration par infographie animée des risques du changement climatique ) ou à des paysages quasi lunaires, comme inviolés, elles engloutissent le propos au moment précisément où celui-ci aurait dû être convaincant.

Certes la façon de filmer le visage, le regard, l’allure de Camille Cottin s’inscrirait dans la transcription  d’un paranormal (à l’opposé, les interventions, les remontrances de Romain Duris l’engluent dans un engoncement revendiqué, du moins jusqu’à l’épilogue) mais est-ce suffisant pour appréhender cet illisible qu’elle seule Claire serait censée approcher ?

Quant au mot magique gardé un temps secret et qui s’en viendra au final commenter la vastitude des  panoramiques, alors que l'humain est rapetissé, nanifié, il laisse perplexe… ou fait sourire...

 

Colette Lallement-Duchoze

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27 septembre 2025 6 27 /09 /septembre /2025 04:59

Documentaire réalisé par Andrei Ujicà (Roumanie France 2024)

 

présenté hors compétition à la Mostra de Venise 

Une chronique de la ville de New York entre le 13 et 15 août 1965, date de l'arrivée des Beatles dans la ville et de leur premier concert à guichets fermés au Shea Stadium du Queens.

TWST : Things we said today

Et si la venue des Beatles aux USA en août 1965 pour leur concert au Shea Stadium du Queens n’était qu’un prétexte pour le documentariste roumain?  . Du  "fameux" concert nous ne verrons que l’arrivée de la foule hystérique…Andrei Ujicà semble  plus intéressé par l’effet médiatique d'un tel événement, par le lien (peut-être ?) entre certains idéaux du groupe et la réalité "quotidienne" vécue aux USA. Il lui aura fallu 12 ans de travail – dont 100 heures de films d’actualités 16mm, 100 heures de séquences amateurs 8mm  -,  pour  "replacer l’histoire du groupe dans celle, plus vaste, de la musique populaire et de son influence sur la société américaine"

Certes , au tout début de TWST nous assistons à l’arrivée des quatre musiciens sur le tarmac de l’aéroport JFK , puis nous les  suivons  dans le hall du Warwick Hotel pour   leur conférence de presse assez tumultueuse au demeurant. Mais en s’appuyant sur des images tirées de la presse locale ou de films d’amateurs, le documentariste propose d’emblée une autre « vision » que celles auxquelles le public  fut habitué… à l'échelle planétaire d'ailleurs...(les images familiales et personnelles frappent souvent par leur simplicité,  leur spontanéité)

En faisant la part belle aux écrits d’O’Brien, Andrei  Ujicà va en outre, établir un « lien » entre ses déambulations et les images convoquées. Ainsi, des incrustations à même les archives  "animent" le  personnage (dessiné)   : il marche aux côtés de la foule de passants, il s'installe   à l’intérieur d’un taxi, il prend la parole, etc...

Voici donc Geoffrey O’Brien (journaliste) fils du jockey Joe O’Brien et Judith Kristen (écrivaine) ; adolescents, ils ont été les témoins de ce week-end effervescent. Leurs déambulations vont révéler au public de 2025 d’autres aspects de la vie  newyorkaise  en particulier et américaine en général. Et nous nous laissons embarquer dans un voyage temporel assez original où certaines saynètes restituent des ambiances typiques des années 60 ( le twist frénétique dans un club, le réalisme du marché aux poissons (Fulton) l’envol amusé de la Foire du futur) , la découverte de la Statue de la Liberté, alors que d’autres mettent en évidence la dure réalité des Afro-Américains de Harlem, ou les violences policières à Los Angeles -émeutes de Watts, en 1965 visualisées  sur petit écran.

Quand Judith prend le relais  -en voix off elle aussi- quand  elle évoque son arrivée à New York (pour assister au fameux concert), mais aussi sa relation amoureuse  il faut avouer que l’espace sonore est saturé par le trop plein de cette voix off et l’espace visuel par la métaphore filée  du papillon …

On pourra donc  être séduit par une approche singulière (sorte de « greffe » tous azimuts où s’interpénètrent mémoire collective et imagination) et simultanément en signaler les défauts majeurs : voix off par trop envahissante et recours peu convaincant aux images générées par l'IA…

 

Colette Lallement-Duchoze

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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