27 mai 2026 3 27 /05 /mai /2026 05:42

De Pierre Salvadori (2025)

avec  Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vimala Pons,

 

 Film d’ouverture du 79e Festival de Cannes 2026

 

Paris 1928 Antoine jeune peintre en vogue a perdu l’inspiration depuis la mort de sa femme Irène. Alors qu’il croit entrer en contact avec elle chez une voyante il va se retrouver être manipulé par une foraine

La Vénus électrique

Ce film qui a ouvert la 79ème édition du festival de Cannes est sorti le même jour en salles auréolé d’ une critique très positive….

Certes l’ambiance foire foraine avec ses acrobates, ses clowns, ses roulottes, ses attractions dont «la Vénus électrique » qui dispense ses baisers Edison, avec sa machinerie (gros plans sur les boulons ou sur les rouages mécaniques des coulisses qui mettent à nu le subterfuge du « coup de foudre » ) la reconstitution historique de la foire de Saint-Ouen et les ambiances des cafés parisiens tout cela  en fait une comédie "historique" à costumes, Certes les autres thématiques : le  peintre en lutte  (très exploité(e) au cinéma) les jeux de l’être et du paraître doublé par celui de l'imposture - et ces "vertiges" offerts aux personnes crédules ou tout simplement à celles  éprises de "merveilleux", l’amour très romantique aux accents de spiritisme gourou, en font une comédie  de  mœurs et de  "caractères"

Mais avouons-le sans ambages, les répétitions censées créer un comique  dit de situation–  les marivaudages d’outre-tombe", l’ajout (en cachette) de lentilles bleues et la superposition de plans floutés -, certaines interprétations qui frisent la caricature et qu’accentuent encore les gros plans… peinent à convaincre ou du moins à entraîner l’adhésion. Oui l’ennui guette -tout poli ou policé qu’il fût !  Quant au jeu des flash-back -ce qui permet à Irène la morte de s’inscrire en Muse des années 1920, et d’influer sur marchand et peintre – il est comme capillotracté et il en va de même de ce "journal" -qui sera moins un fil narratif reliant deux approches de l’amour, dont un(e) par procuration, qu’un artifice qui révèle bien vite ses limites

Comédie des illusions, des artifices sur la manipulation et l’imposture, mais aussi "évocation" singulière de l'amour romantique,  la Vénus électrique aurait pu séduire…Hélas ! le film est aussi bancal que la claudication (forcée) de Lellouche (en marchand de tableaux)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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26 mai 2026 2 26 /05 /mai /2026 05:18

De Mayra Hemosillo (Mexique 2025) 

 

avec Paloma Petra Georgina Natalia Plascencia Limbania Daniela Porras Maestra Pilly María Castellá Alicia Diego Medellin Arturo Aurora Dávila Roberta Lola Ochoa Tachita Fernanda Baca Manuela Rosy Rojas Concha

 

Prix de la fiction du film d'Adélaïde octobre 2025

Fin des années 1980 au Mexique, vivent dans une petite maison surpeuplée sept femmes luttant ensemble contre la saisie hypothécaire de leur lieu de vie. La plus jeune  Roberta, 8 ans, évolue dans cette dynamique familiale atypique, foyer sans père, 

Vanilla

Nous découvrons la maisonnée à travers le regard de Roberta une gamine de 8 ans perturbée par l’absence du père ;une gamine à la fois naïve émerveillée et mature (cf l’épisode de la querelle avec la garnd-mère Georgina qui feint l’évanouissement accuse Roberta afin de camoufler son méfait -elle a dérobé l’argent de poche de la petite ; cf aussi l’attente prolongée du "père" avec une valise sur le capot de la voiture tant elle est convaincue qu'il a toujours besoin d'elle!)

La mise en scène tout en privilégiant l’intérieur (aussi coloré et chatoyant que les vêtements et les préparations culinaires) tout en le sanctuarisant, va imprimer une sorte de tempo par la récurrence de ces vagues quasi mortifères aux couleurs grisâtres qui envahissent l’écran, un tel déferlement tout droit sorti des cauchemars de Roberta scande ainsi le récit.

Le choix de "l’intériorité"  qui épouse celui de la "sororité" fait de la maison le symbole de la "féminité" que régulièrement s’en vient assiéger un huissier, relayé par des policiers (coups sur le heurtoir, puis placardage d’une affichette) quand ce n’est pas l’intrusion d’un "mâle prédateur".(se lit en filigrane la pression patriarcale omniprésente malgré l’absence de "mâle"  hormis la figure bienveillante du vendeur de glaces; il faut signaler que ces femmes ont eu maille à partir ou plus avec les hommes...)

La maison comme foyer recomposé (même si au début on a du mal à identifier qui est qui  …) la présence d’un perroquet (double comique) attaché à Roberta (comme le chewing-gum dans ses cheveux ??) l’extravagance et l’effervescence (ambiances), quelques scènes "inventives" et "enlevées"  (sacrifice de la mèche de cheveux, chaises musicales) n’excluent pas quelques réserves …-sur le mariage parfois ambigu entre regard rétrospectif -la réalisatrice dit s’être inspirée de son vécu- et l’option de filmer à hauteur d’enfant, sur les références appuyées  -Little miss sunshine par exemple- sur le dosage entre légèreté et gravité etc.. 

Impression mitigée!

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 mai 2026 5 22 /05 /mai /2026 04:45

De  Pedro Almodovar (Espagne 2025)

 

avec Barbara Lennie (Elsa) Patrick Criado (Bonifacio) Leonardo Sbaraglia (Raul) Victoria Luengo (Patricia) Milena Smit (Natalia) Aitana Sanchez Gijon (Monica) Quim Guttierez (Santi) Rossy de Palma (Gabriela)

 

Musqiue Alberto Iglesias

 

Présenté au festival de Cannes 2026 en Compétition officielle

 

Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu'un drame frappe l'une de ses proches collaboratrices, il s'en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d'un même personnage, dans un jeu de miroirs où l'impudeur de l'autofiction dévoile autant qu'elle détruit. Mais jusqu'où peut-on aller pour raconter une histoire ?

Autofiction

Enchâssement de deux récits (au montage parallèle dans un premier temps) eux-mêmes conçus comme mise en abyme - la 3ème mais diffractée et la seule souveraine-, le film d'Almodovar Autofiction n'en aura pas moins ses détracteurs...

Voici d’abord à l’écran Elsa (interprétée par Barbara Lennie vue dans La piel que habito 2011) sujette à de violentes migraines, à la recherche de comprimés ; début des années 2000; un compagnon pompier et stripteaseur Bonifacio - Ah le corps de Patrick Criado!!! … -un long flash back évoque leur rencontre. Et voici que se superpose le visage de Raul (vu en frontal en train de pianoter) ; Raul un écrivain en panne d’inspiration (requêtes auprès de son assistante Monica qui lui reproche assez vite de "vampiriser" ses proches, de s'approprier  leurs drames dont les siens  -de puiser outrageusement dans le réel le plus intime pour élaborer une fiction)…

Des lettres tapées - en 2004 et/ou  en 2025 - envahissent l’écran se font écho  alors que vont s’enchevêtrer les deux récits : Elsa, personnage fictionnel, double de Raul, Santi double de Bonifacio (Beau) et Raul lui-même "alter ego " du cinéaste ..

A priori cette thématique (avec ses jeux de miroirs) n'est pas "novatrice"  Autofiction, fiction, réel, fantasme sont des "marronniers" de la littérature et de la création en général; idem pour la mise en abyme (cf le manuscrit trouvé à Saragosse ;  les ménines ) Idem  pour l’éthique de l’emprunt (cf les procès ici et là quand l’intimité est profanée jusque dans ses tragédies)

Que les deux fictions en construction aient pour titre Amarga Navidad, Noël amer (tout comme le titre espagnol de Autofiction) ne complexifie pas le propos  ne le densifie pas :: le cinéaste avait habitué son public à ses incarnations en miroirs, dans des doubles masculin ou féminin

Plus subtil est le traitement d’une mutation (ou transformation par distorsion) mais il faudra attendre l’ultime altercation entre l’ex assistante Monica et le romancier Raul pour que l’autofiction (mais aussi le film Autofiction ?)  devenue autocritique soit abandonnée…au profit de …Jusque-là des ambiances saturées de couleurs (le rouge bien évidemment) des cadres bien léchés, un détour par Lanzarote (superbe villa et restaurant chic) où le duo Elsa- Natalia renvoie à celui de « la chambre d’à côté »  …Il est des  instants de pure beauté tragique et formelle à la fois, des instants  comme suspendus  (cf  la plage noire le blanc des serviettes, le lit reposoir linceul et sanctuaire, le très gros plan sur le visage de Natalia)

Un constat amer (cf la voix off au tout début) l’angoisse -celle qui « étreint » Elsa- est encore …rare au début du millénaire (serait-elle devenue la "marque" des années 2020.?) Constat qui sera à peine tempéré par l’humour …(la présence furtive mais ô combien pertinente de Rossy de Palma comme icône de la Movida ; ou la définition de « film-culte » qui restera dans les annales…)

.

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 mai 2026 3 20 /05 /mai /2026 09:13

D' Asghar Farhadi  (France USA Italie Belgique 2026)

 

avec Adam Bessa, Isabelle Huppert, Virginie Efira,  Vincent Cassel, Catherine Deneuve, Pierre Niney,  India Hair  

Présenté au Festival  de Cannes 2026 en Compétition officielle

En quête d’inspiration pour son nouveau roman, Sylvie espionne ses voisins d’en face. Quand elle engage le jeune Adam pour l’aider dans son quotidien, elle ignore que celui-ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu’à ce que la fiction qu’elle avait imaginée dépasse la réalité de tous.

Histoires parallèles

Construction déconstruction, déconstruction reconstruction il semble que cette dynamique (voire dialectique) préside à ce film sur la vérité et le mensonge, la manipulation du réel et de...l'opinion, le voyeurisme, les dangers de l’imaginaire, le pouvoir plus ou moins maléfique -ou du moins ambigu- de la création ( ses pièges,  sa soumission à  certains diktats) ce  qu’illustre tout un jeu d’échos et de miroirs (inclus d’ailleurs dans le titre ; et si les parallèles se "rencontraient"  ??)

En déplaçant sa caméra de Téhéran en France (il l’avait déjà fait pour Le passé ) le réalisateur Asghar Farhadi n’en conserve pas moins cette maîtrise du "mode opératoire" et surtout celle d’évoquer les relations humaines avec ses thèmes de prédilection: la culpabilité et le jeu des apparences  Après une assez longue séquence d’ouverture (qui correspond au défilement du générique) se met en place un dispositif où un personnage presque mutique (au passé secret au présent énigmatique) aura en fait le rôle principal…Saluons d’emblée l’interprétation d’ Adam Bessa  (déjà vu dans Harka, les Fantômes, La source )…

Montage en puzzle (première partie ) avec éclatement des temporalités (confrontation passé et présent pour l’écrivaine Sylvie ) et fragmentation (réel et imaginaire) le film est censé s’inspirer du Décalogue n°6 de Kieslowski. (il conserve d’ailleurs la musique de   Zbigniew Preisner qui en établit comme une "jonction") Certes l’usage d’une longue vue et cette plongée par effraction dans l’intimité d’autrui n’ont pas (pour nous) la puissance suggestive de Kieslowski encore moins de Michael Powell (le voyeur) Mais ce n’est pas le but recherché  …

Une écrivaine Sylvie (elle tape son texte sur une Olivetti…) s’inspire à la fois de son propre passé (parents séparés) d’un présent vérifiable (elle lorgne sur l’appartement d’en face- un studio de bruitage où coopèrent trois personnes (les succédanés sonores semblent comme l’Olivetti d’un autre âge et contrastent avec la table d’enregistrement ) ; présent qu’elle va transformer en leur inventant des relations ambiguës et mortifères ; c’est la matière, le substrat de sa création « littéraire »)…Or dès l’instant où Adam est introduit chez elle comme "aide ménager factotum" par la nièce (rencontrée dans le prologue) qu'il s’empare du manuscrit, le « complète » à son gré,  dès l’instant où il décide de s’immiscer réellement dans le quotidien du trio, tout va basculer …cloisons, vitres, positions en retrait ….tout se charge se décharge d’un pouvoir délétère en apparence du moins…le puzzle prend les allures d’un thriller alors qu’en voix off Adam dit à la fois son inexpérience et la magie de l’écriture (Adam ou l’imposture???) 

Non le film ne saurait se réduire à une '"exploration" (qui départagerait fiction et autofiction,  vécu et fantasme) ni à l’imbrication réel imaginaire (cf la métaphore du canard en bouteille) non ce jeu sur les apparences grâce aux mises en abyme ne "tourne pas à vide" , non la brochette rutilante d’acteurs hyper starisés et médiatisés ne contrarie pas le rôle décisif de l’acteur -imposteur…)….

Ecoutons le réalisateur Une question qui court à travers tout le film consiste à interroger ce qu’on nous donne à voir comme étant le réel. Dans quelle mesure ce qui nous est donné comme parfaitement conforme à la réalité comporte-t-il un noyau dur incontestable et une part de fabrication, de construction autour ? Formulation bien générale qui inclut l’Iran c’est une évidence, mais aussi d’autres régimes prétendus  plus démocratiques…

A ne pas bouder !

 

Colette Lallement-Duchoze

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19 mai 2026 2 19 /05 /mai /2026 05:37

De Rodrigo Sorogoyen (Espagne 2025)

 

Avec Javier Bardem (Martinez Esteban) Victoria Luengo (Emilia) Marina Foïs, Raùl Arevalo, Miguel Garcès

 

Présenté en Compétition  officielle Festival  de Cannes 2026

Réalisateur mondialement célèbre, Esteban Martínez revient en Espagne pour tourner son nouveau film. Il en offre le rôle principal à une jeune actrice inconnue, sa fille, qu’il n’a pas vue depuis treize ans. La jeune femme accepte cette formidable opportunité, mais sait qu’à l’occasion de ce tournage, elle va se confronter à un homme qu’elle n’a jamais pu considérer comme un père. Le poids du passé menace de rouvrir leurs blessures.

L'Etre aimé

Ecran noir mais espace envahi par une matière sonore ; c’est le tout début (en écho après le générique de fin une matière sonore qui ne sera entendue  que par les rares spectateurs qui n’auront pas quitté la salle avant la "vraie" fin)…Un film dédié au père,-lui aussi  L’être aimé ? Car -et c’est une des lectures de ce film polymorphe et si riche en thématiques comme autant de mises en abyme- la relation père/fille est cardinale aussi impériale que sont les deux interprètes Javier Bardem et Victoria Luengo  Une relation qui s’exprime en ses nuances (souvent muettes , les non-dits sont relayés par une circulation de regards et de très gros plans sur les visages) et ses aspérités aussi (quand le père en réalisateur tyrannique va jusqu’à vampiriser l’équipe et clouer d’un revers d’engueulade les tentatives de rébellion de sa fille/actrice). D’ailleurs la scène d’ouverture 20’--les retrouvailles après plus de 10 ans dans un restaurant - faite de champs contrechamps de plus en plus serrés tout en exprimant la tension que les sourires ont du mal à maquiller (-père et fille en manque de…parole qui balbutie…efforts frappés d’inanité) crée une forme de suspense ; la tension est vite oppressante et telle une épée de Damoclès elle restera « suspendue » tout au long du film. Si le film Désert qu’est en train de tourner Esteban invite à revisiter le passé colonial de l’Espagne, très vite l’Etre aimé glisse vers l’intime mais le désert sera une page blanche où tout est à réécrire… Ce que suggèrent d’ailleurs le passage régulier au noir et blanc, le changement de formats, et la désynchronisation de la musique. Le tournage sera simultanément le lieu des retrouvailles avec exhumation  de pans du passé et lieu de révolte contre les méthodes autoritaires abusives tyranniques du réalisateur (illustrées par le « virilisme » de Bardem)

On retiendra cette scène où Esteban au moment du montage, pleure face aux rushes où Emilia avance sur les dunes. Une révélation Oui il la VOIT (Désert ou l’histoire de gens qui n’arrivent pas à se regarder dans les yeux avait-il proclamé lors de leur première entrevue ; la récurrence du très gros plan sur l’œil de Bardem qui se substitue à celui de la caméra confortait précisément le choix de ne  regarder que du coin de l’œil...)

Certes la mise en abyme réitérée est parfois insistante (film dans le film; mise en scène et  en images, mentalement et concrètement, des retrouvailles avec Emilia ;mélange  parfois sauvage de la vie privée et de la  vie professionnelle,   combo, plateau  équipe devenuEs  point focal où se télescopent l’autorité abusive -du cinéaste- et la douleur - du père) . Mais on ne saurait rester insensible à la maîtrise de la mise en scène et de la narration, à cette "radiographie" du pouvoir - de l'image et plus encore de qui en est le détenteur et le manipulateur, ainsi qu' à l'intensité psychologique (une des marques de fabrique du cinéaste ) 

Et si  l’Etre aimé était  la palme d’ogre de Rodrigo Sorogoyen ???  (Olivier Lamm)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 08:44

Documentaire réalisé par Avril Tembouret et Vladimir Rodionov (2026 France)

 

présenté dans de nombreux festivals dont

le FIFA (festival  international du film sur l'art ) de Montréal 

Alexandre Trannoy. Le nom de ce réalisateur ne vous dit rien ? C’est normal : malgré 30 ans de projets, et de tournages avec Jean Rochefort, Anouk Aimée ou Lino Ventura, Trannoy n’a jamais réussi à terminer le moindre film… Enquête haletante sur un rêveur sublime.

L'Oeuvre invisible

‘Alexandre Trannoy est un fantasme de réalisateur il a quelque part fait la carrière qu’on aurait rêvé d’avoir

Un loser ce n'est pas vendeur  (parole de producteur)

 

Plus de 15 ans d’enquête, de recherches d'aléas de refus - le point de départ ?  la rencontre avec Jean Rochefort, les deux  "futurs cinéastes" ont 20 ans-. Et voici qu’une figure fantomatique du cinéma doit s’incarner à l’écran, prendre corps, et voici que doit advenir l’inespéré alors que subsiste(ra) un doute… Mais peu importe ! l’essentiel n’est-il pas de questionner une absence qui a les vertus de la promesse ?. Ah rémanence quand tu nous tiens… Alexandre Trannoy :Tant de projets ambitieux, tous avortés ! Et ce doc est d’autant plus poignant que la plupart des interviewéEs (entre 2010 et 2011) qui auraient dû être têtes d’affiche,   (Jacques Perrin, Jean Rochefort, Anouk Aimée)  sont décédéEs ainsi que le scénariste  Jean Claude Carrière et  le critique Michel Boujut ; leurs voix ont "l'inflexion des voix chères qui se sont tues " 

Comment faire advenir le non visible quand on ne dispose de presque rien comme matériau (rares archives, et fragments de vie,  souvenirs …contradictoires)- Comment rendre palpable concret, l’inconsistant ?

Une voix off celle d’Avril Tembouret qui tutoie interpelle une voix qui s’en vient comme habiller le vide ; -des plans sur des façades ou des paysages aux couleurs délavées - une liste des films annoncés, les commentaires de ceux qui ont côtoyé Alexandre Trannoy (surtout Rochefort mais aussi Lelouch et E Baer) filmés en frontal en gros plan. N’en doutons pas cette quête de l’absent (et de l’absence) le vrai sujet du film, a le vertige de l’inconnu. Peu importe dès lors qu’Alexandre Trannoy fût un escroc (cf les commentaires dépités pleins de rancœur d’un producteur abusé ou ceux plus «"facétieux"  de Rochefort qui se plaît à dissocier "métier"  et  "morale"  afin de justifier son consentement  à une "escroquerie" )

L’image récurrente de brisures (où l’on peine à deviner une silhouette) brisures comparables à celles d’une comète -fracassée sur le bloc de l’Immanence- sera le fil conducteur plus que celle du portrait agrandi auquel répond en écho celui de Marlène Dietrich, la divine,  idolâtrée du cinéaste

Oui en jouant  avec nous (tout en jouant de nous) ce documentaire invite à nous questionner sur la  "magie"  propre au cinéma : la fabrication d’un fantasme avec ses parts d’ombre – et qui le resteront- , la coexistence d’illusions et de fougue créatrice. Soit le continuum entre l’œuvre invisible  d’Alexandre Trannoy et le documentaire qui lui est dédié ; avec ces effets de mise en abyme et l’ interrogation récurrente sur la frontière (si poreuse) entre réel et imaginaire

‘Comme il est de bon ton (pour ne pas dire recommandé) d’émettre des réserves de "critiquer"  on pourra toujours déplorer une forme de systématisme, une approche assez  "simpliste" (ne serait-ce qu’au niveau du montage,  convenu).

N’empêche il faut saluer une gageure : faire voir ce qui échappe au regard, et entendre cette ode au cinéma (qui est simultanément ode aux losers) grâce à cette bande-son signée Frédéric Alvarez qui relie les années 50 70 à notre contemporanéité

A voir

 

Colette Lallement-Duchoze

 

NB  Séances samedi (16/05)  11h et dimanche (17/05) 11h salle 7

 

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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 06:58

Dao

D'Alain Gomis (France Guinée Bissau 2025)

 

Avec Katy Correa (Gloria) , D'Johé Kouasio (Nour) Samir Guesmi (Slimane) Nicolas Bouchaud (François)

 

Compétition officielle Berlinale 2026

"Aujourd’hui Gloria marie sa fille en banlieue parisienne. Il y a peu, en Guinée Bissau, elle assistait à la cérémonie qui consacre son père décédé en ancêtre. D’une cérémonie à l’autre, entre passé et présent, vie et mort, réalité et fiction, Gloria se réconcilie avec son histoire, trouve sa place et connaît un moment de paix".

Dao

Des spectateurs quittent la salle; cette attitude en dit plus sur leur "ressenti" que sur le film lui-même... Ne pas confondre "émotion" et "raison" (quand bien même la confusion est  devenue une constante dans les appréciations ...quel que soit le domaine envisagé) 

 

Le titre? il fait référence  au  "symbole circulaire de l'énergie matricielle qui unit les choses du monde dans la tradition taoïste" peut-on lire sur l'écran tout au début! Et de fait  en filmant deux  cérémonies (un mariage et une célébration mortuaire) l'une vécue présentement en Ile de France, l'autre en Guinée Bissau mais  revisitée par le souvenir , en les filmant d'abord en montage alterné puis par enchevêtrement,  le cinéaste  illustre avec pertinence la dynamique incluse dans le titre.

Le lien entre mariage et consécration du défunt/ancêtre est  assuré par Gloria,(épatante Katy Correa) mère de l'épousée et fille du défunt , mais aussi par des "raccords" (- cf cette  succession de deux voies de communication typiques de deux "pays"), par les "changements vestimentaires" du personnage principal , par le passage "écran noir"  ou des faux splitscreen. 

Par-delà les "cérémonies" c'est à un voyage tourbillonnant dans le temps (passé et présent de Gloria) l'espace (Yvelines et Guinée Bissau) qu'est convié le spectateur, un  tourbillon de  flux et reflux, prières , danses, chatoiement des couleurs,  exaltation de la voix et des corps,-(quand les personnages sont  filmés de très près par une caméra virevoltante  ou au contraire moments de "pause" et plans américains ) Et  parfois Gloria  est isolée mais jamais en surplomb , manifestant  un certain scepticisme ( du moins  affichant une certaine distance) ou ce sont des  querelles intestines qui (re)font surface.

Une famille un village une contrée un pays , un passé colonial,  un présent où l'immigré est fustigé. Un  film choral(e)  - les nombreux personnages qui participent ont chacun leur "mot à dire" leur corps à faire vibrer au son d'une musique composée par Abdullah Ibrahim 

 

 Dao s'ouvre sur une "séance de casting"  les futures "actrices" face à la caméra d'Alain Gomis (qui restera hors champ) disent leur texte commentent interpellent et  la relation metteur en scène /acteur va ponctuer de façon récurrente le film  Oui Dao est une "fiction" même si elle est traversée ça et là par des  séquences qui rappellent le documentaire ethnographique (dont les croyances animistes,  les rituels, le mode de vie et survie) 

 

Le film est certes assez long (un peu plus de 3h) certains plans prolongés peuvent "heurter"  (sacrifice d'animaux,  propos moqueurs aux relents racistes ) d'autres inutilement insistants (bagarres, mémorial, discussions- récitées )

Est-ce suffisant pour bouder un tel film???  Ma réponse sera NON

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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10 mai 2026 7 10 /05 /mai /2026 07:13

De Yoon Ga-Eun (Corée du Sud 2025)

 

Avec Seo Su-bin, Jang Hye-jin, Kim Jeong-sik 

 

Joo-in est une lycéenne espiègle et appréciée de tous. Un jour, un camarade de classe lance une pétition que tous les élèves signent, sauf elle. Son monde, en apparence paisible et insouciant, dissimule un passé douloureux auquel Joo-in est alors contrainte de faire face

The World of love

La société coréenne se soucie peu de la manière dont [les victimes] continuent à vivre. C’est une société basée, encore aujourd’hui, sur le confucianisme, le patriarcat et qui semble manquer d’empathie envers les victimes. (Yoon Ga-Eun) Dont acte

Un projet original et audacieux (ou du moins considéré comme tel par un public occidental) ne serait-ce que dans le traitement de sujets «graves » (violences sexuelles irresponsabilité parentale) mais la légèreté apparente n’exclut pas la gravité et le choix d’une "mosaïque" de générations (3 ou 4 seront représentées) permet à la réalisatrice de "montrer" -mettre en scène- avec pertinence la façon dont le "trauma" attaque corrode et se métamorphose, comment il s’infiltre dans les relations les oriente (choix du silence complice ou non) , comment il taraude le corps en dehors des plaies évidentes, à colmater, comment il persiste .contamine ou au contraire se dissimule. Rien d’étonnant à ce que les "réactions"  soient très différentes…Or la personnalité de la jeune lycéenne semble les contenir toutes ou du moins illustrer leur tension.

Après un long plan sur un baiser entre deux lycéens, voici une succession rapide de tableautins, tels des fragments, où s’impose la personnalité facétieuse  de la lycéenne (excellente Seo Su-bin) et ce, quel que soit le contexte (en famille, en classe , dans la salle de sport où elle pratique le taekwondo -la voie du coup de pied et du coup de poing- ) ; elle a ses fans, elle séduit mais ne s’attache pas ; son jeune frère pratique la magie, sa mère (alcoolique …) a aussi la charge de l’établissement scolaire, son père absent ne répond pas à ses sms …

Mais dès l’instant où elle refuse de signer une pétition (qui s’oppose au retour d’un pédocriminel) ou du moins exigera -t-elle d’en supprimer une phrase, tout se fissure…le passé ressurgit. Elle avoue  avoir été victime  de violence sexuelle… se rétracte.. et simultanément  son univers relationnel s’étrécit  (ce dont témoigne une "suspicion" quasi générale)

La séquence la plus terrible (celle qui prend aux tripes celle qui fait hérisser le poil) est bien celle dans la voiture,  où mère et fille  sont  filmées de dos ; la voiture est à l’arrêt dans une station de lavage automatique ; l’eau asperge progressivement le pare-brise la carrosserie  ; la parole se libère, plus le bruit des balais-brosses ira s’amplifiant plus la jeune fille va hurler son désespoir; mère accusée impassible … Et….le mouchoir offert  n’est pas cynique dérision !

Un film qui refuse les stéréotypes et les clichés faciles sur les difficultés d’une "reconstruction"  (suite au trauma  lié à des  violences sexuelles)

The world of love un film à ne pas manquer  

 

Colette Lallement-Duchoze

Nb s’interroger sur la récurrence de la pomme (qui n’a sûrement pas les connotations liées à la culture biblique occidentale…)

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9 mai 2026 6 09 /05 /mai /2026 13:23

de Paolo Virzi (Italie 2025)

 

avec Valerio Mastandrea, Galatea Bellugi, Valeria Bruni Tedeschi , Ilaria Spada

Présenté à la 20ème édition de la  Fête du cinéma de Rome

Adriano, un homme solitaire, vit dans les anciennes écuries de la Villa Guelfi, une demeure abandonnée. Lorsqu’une communauté de jeunes s’installe sur la propriété pour restaurer les terres et les vignes, il tente d’abord de les chasser. Parmi eux, Matilde, profondément liée à la villa où elle a grandi auprès de son grand-père, ravive la mémoire des lieux. Ils vont devoir apprendre à vivre ensemble…

Cinque secondi

5 secondes et TOUT peut basculer

Qui est cet homme bourru au physique négligé, reclus dans une maison isolée en Toscane ? (le film a été tourné dans le village de Ceri, hameau de Cerveteri) Quels secrets enfouis dans cette maison -ex écuries de la Villa Guelfi ? Et le paysage toscan filmé à différentes saisons en est-il le réceptacle ?

Il est vrai que le film au début intrigue et qu’une des astuces de la mise en scène -où triomphe d’abord la suggestion- sera de livrer progressivement, par fragments, touches successives, les éléments d’un puzzle, (grâce à des flash-back au moment du procès) sur la relation père/enfants, sur la responsabilité de celui qui a failli à ses "devoirs", grâce aussi à des révélations presque inattendues au cours de conversations

De ce drame humain (poignant par instants il est vrai) on devine la finalité–(re)donner aux deux personnages principaux comme endeuillés (Mathilde et Adriano) moins la force de …que la conscience d’eux-mêmes …Et on ne saurait critiquer l’interprétation magistrale de Valerio Mastandrea ; la présence irradiante de Galatea Bellugi -même si son jeu est moins convaincant que dans l’Engloutie ou la Condition ou encore l’Apparition !!

Or dès l’instant où sont mises en place plusieurs dynamiques (opposition générationnelle, la jeune comtesse idéaliste vs le quinqua bourru pétri de préceptes "démodés",  responsabilité et culpabilité, tentative de  "rédemption", dès l’instant où elles se clarifient -entendons quand la raison explicative  a remplacé la "suggestion ",  le regard est trop paternaliste et l’approche trop sociologisante.

Bien plus des mini séquences (le travail de la terre, des vignes, le pressage à l’antique, l’évacuation par les forces de l’ordre, l’accouchement …) et certains discours (sollicitude presque expiatoire vs refus de la modernité technologique et médicale) laissent pantois tant ils/elles (ré)sonnent faux; et jusqu’au traitement de l’humour par trop appuyé -les larmes de la mère au tribunal et en écho les perles de sueur sur le front de l’avocate, visite de la maison à de futurs promoteurs  casqués …(avec toutefois un bémol : Valeria Bruni Tedeschi,- en Giuliana ex associée ?  Maîtresse ? ou les deux ?-  donne le change, personnage fantasque arborant truculence langagière, augmentation mammaire et perruque…alors que l’on devine…)

Mais il est un personnage à part entière : cet endroit de Toscane à l’abri du tourisme de masse, presque archaïque (ou proto historique) - les Etrusques sont encore « vivants » !!!! que le chef op Luca Bigazzi, magnifie dans ses métamorphoses (lumières et saisons)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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8 mai 2026 5 08 /05 /mai /2026 05:38

Du 13  mai au 13 juin 2026

 

LIEUX

 Cinéma Ariel Mont Saint Aignan

Cinéma  Omnia République Rouen

Quartier libre

Musée des Beaux-Arts 

Bibliothèque Simone de Beauvoir

Bibliothèque Saint Sever 

Centre photographique de Rouen

Le Courtivore Festival du court métrage 25ème édition

Le Courtivore revient pour son 25ème anniversaire ! 18 films seront en compétition (sur près de 1600 reçus cette année), parmi lesquels 11 pays de production seront représentés. Une programmation qui, cette année, fait la part belle aux documentaires ; mais continuera de présenter tous les genres, pourvu qu’ils soient courts !
Le monde du court métrage évolue au rythme de la société et de ses préoccupations, avec des thématiques comme celle des nouvelles technologies, et notamment de l’intelligence artificielle, décortiqués sous différents angles et expérimentations ; venant se mêler à d’autres explorations et sensibilités humaines.Cette édition dirigera ses projecteurs également sur les métiers du cinéma, avec des partenaires qui viendront transmettre leurs savoir-faire et leur passion pour ces métiers variés et si complémentaires

Le Courtivore Festival du court métrage 25ème édition

PROGRAMMATION

 

Programmation 2026 | courtivore

 

Mercredi 13 Mai 20h 

BEST OF 2025  Les courts de rattrapage QUARTIER LIBRE 

 

Vendredi 15 Mai 20h  

ACTE I (6 courts métrages) Cinéma ARIEL 

 

Vendredi 22 Mai 20h 

 ACTE II  (6 courts métrages) Cinéma OMNIA

 

Vendredi 29 mai 20h 

ACTE III  (6 courts métrages) Cinéma ARIEL

 

Samedi 13 juin 20h

LA FINALE  Cinéma OMNIA

 

SEANCES THEMATIQUES (hors compétition)

 

Filmons sous la pluie

Samedi 23 mai 21h MUSEE DES BEAUX ARTS 

 

Grande soirée Archimède 

Mercredi 27 mai 19h Cinéma OMNIA

 

Sueurs froides 

Mercredi  3 juin 20h Quartier libre 

 

Horticourt

Vendredi 5 juin 19h Centre photographique Rouen Normandie

 

Dans les coulisses d'un film

Mardi 9 juin 19h30 Bibliothèque Saint Sever

 

L'arrière du décor 

 Mercredi 10 juin  19h Quartier Libre (Rouen)

 

Making of 

Mercredi 10 juin 20h30 Quartier libre (Rouen)

 

 

Le Courtivore Festival du court métrage 25ème édition
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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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