22 juillet 2024 1 22 /07 /juillet /2024 06:34

de Matt Winn (G-B 2023) 

 

avec Shirley Henderson (Sarah), Alan Tudyk,(Tom) Rufus Sewell,(Richard) Olivia Williams (Beth) Indira Varma (Jessica)

 

présenté en compétition au festival du film britannique de Dinard 2023

Argument: Sarah et Tom sont en proie à de graves difficultés financières : leur seule solution est de vendre leur maison londonienne. Lorsque leurs amis débarquent pour un dernier dîner, Jessica, une vieille amie, s’invite et se joint à eux. Après une dispute à première vue sans importance, Jessica se pend dans le jardin. Tom s’apprête à appeler la police lorsque Sarah réalise que si l’acheteur l’apprend, la vente tombera à l’eau, ruinant ainsi leur couple. La seule façon de s’en sortir est de ramener le corps de Jessica dans son propre appartement. Après tout, qu’est-ce qui pourrait mal tourner...

Dîner à l'anglaise

On ne  se suicide pas chez les autres

 

Un suicide juste avant de déguster le clafoutis ; un cadavre encombrant, -que l’on planquera un moment dans un placard-toilettes- des couples vacillant sous le poids du règlement de compte. N’est-ce pas un ressort de la comédie noire ? Le découpage en tableaux -annoncé par des intertitres « the trouble with… »- le huis clos dans la maison londonienne -dont le plan d’ouverture sur la façade illustre l’aspect carton-pâte, bien que géorgien- un huis clos -hormis l’escapade nocturne pour "conduire"  le cadavre "chez lui" at home", , les visites intempestives (policiers, voisine, acquéreur) comme entrées et sorties de personnages secondaires,, les  unités de temps de lieu et d’action,  tout cela apparenterait "dîner à l’anglaise" à du théâtre filmé. Il est vrai aussi que le comique de répétition (clafoutis) et certains rebondissements et propos -que l’on éructe en bavant- sont typiques du théâtre de boulevard…

Certes par le rôle du hors champ, de quelques flash-backs, ainsi que par la bande son qu’il a lui-même composée Matt Winn tend à s’affranchir de ce dispositif préconçu. Son  dîner à l’anglaise  serait la satire (incisive parfois) de la misanthropie des bourgeois huppés de la middle class  - l’individualisme forcené éclate dans ces volte-face (la femme humiliée a mis en quarantaine sa moralité, ses préceptes et ses larmes, son mari, l'avocat des violeurs… porte  tout en bandoulière)  Et le titre originel  (et original) the trouble with Jessica serait  plus convaincant (celle qui n’existe -dans le film- que par le regard des autres, jaloux ou libidineux est encore plus encombrante morte…. que vivante)

Ecriture ? interprétation ? redondances ? cabotinage ? manque de mordant ?

dîner à l’anglaise ne saurait convaincre…

on risque même de …s’ennuyer (un comble !! pour le « so british »)

 

Colette Lallement-Duchoze

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21 juillet 2024 7 21 /07 /juillet /2024 04:03

de Andi Nachón et Papu Curotto  (Argentine 2023)

Avec Carla Crespo, Susana Pampin, Antonella Saldicco 

 

 

 

 

Festival Premier Film Anonnay 2024,  Prix spécial du jury 

Cinelatino - Toulouse

Festival International du nouveau cinéma latino-américain La Havane

 

Sypnosis: Julia vient de perdre sa compagne, Barby. Déchirée entre son chagrin et sa vie qui bascule, elle s'efforce de maintenir le restaurant qu'elles avaient fondé ensemble et le lien qui l'unit au fils de sa partenaire, León. Mais cette relation privilégiée est désormais menacée par une grand-mère obstinée et le retour inattendu d'un père absent

León

Survivre à l’être aimé, reproduire seule les gestes jusque-là partagés, dans cette absence présente, (qu’illustrent les flashback, parfois inattendus à cause du montage) dans cette présence absente (le discours de la mère déplorant son incurie a la force convaincante d’une confession posthume) tout cela est traité avec délicatesse. (et l’interprétation royale de Carla Crespo y contribue).

 

León est à la fois le titre du film, le prénom du fils de Barby, la défunte, (fils aimé de son autre mère Julia, de sa grand-mère, du père géniteur) et le patronyme du restaurant (d’ailleurs le passage du lieu d’habitation au lieu de travail s’opère avec fluidité, comme si le spectateur était convié en un lieu unique celui du deuil et de la vie) . C’est là que Julia doit « reconstruire » une autre famille et peut-être « vendre » ce qui avait scellé sa complicité amoureuse avec Barby

 

On devine le parti pris des deux réalisateurs : ne jamais verser dans le pathos , encore moins dans le sentimentalisme, exalter la puissance de l’amour (la tendresse dans les échanges via Skype entre Julia et León,  un flashback sur les corps féminins enlacés dans leur savoureuse nudité, sur les baisers les sourires alors que la mort est suggérée par un panneau « fermeture pour cause de deuil ») exalter la puissance des gestes du quotidien (pour accueillir et satisfaire les clients), tout en ménageant de bout en bout une certaine retenue.

 

Mais n’est-ce pas précisément la limite de ce film sur « le deuil et la parentalité lesbienne » dont le traitement (déplacements de la caméra qui capte le décor intérieur, et/ou l’appropriation de l’espace par les acteurs, passage furtif passé/présent) aura fait triompher la théâtralité - qu’atténue à peine la récurrence du plan sur les poissons colorés

 

A vous de juger !

 

Colette Lallement-Duchoze

,

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19 juillet 2024 5 19 /07 /juillet /2024 05:37

de Victor Iriate (Espagne 2023)

 

avec Lola Dueñas, Ana Torrent, Manuel Egozkue

 

Mostra de Venise (septembre 2023)

Synopsis: Il y a vingt ans, on a séparé Vera de son fils à la naissance. Depuis, elle le recherche sans relâche, mais son dossier a mystérieusement disparu des archives espagnoles. Il y a vingt ans, Cora adoptait un fils, Egoz. Aujourd'hui, le destin les réunit tous les trois. Ensemble, ils vont rattraper le temps perdu afin que chacun puisse panser ses blessures et remettre les choses à leur place.

Dos madres

Ce film s'inspire d'un scandale d'État : l’enlèvement d’enfants à la naissance au prétexte de les éloigner de la « mauvaise influence politique de leur mère…scandale révélé en 2010 par le documentaire « les enfants volés du franquisme »- Et dans la première partie certaines images d’archives -à la force suggestive décuplée car elles sont muettes -- ainsi que la voix off de Vera rappellent cette atroce tragédie…qui a perduré après Franco....

 

Dans ce premier long métrage, chapitré en plusieurs parties, - points de vue, lettres, voix off qui se relaient -à travers le parcours de la mère biologique (admirable Lola Dueñas découverte avec Almodavar) celui de la mère adoptive et de l’enfant, Victor Iriate mêle le roman d’espionnage le roman épistolaire et le carnet de voyage. Sa mise en scène inventive originale n’est pas dénuée toutefois de  maniérisme voire d'affèterie (exercice de style censé tenir à distance le spectateur ?)

 

D’emblée le film se donne à « lire » telle une partition : voyez ces doigts qui suivent un itinéraire routier lequel se prolonge par un plan de ville avant de montrer le continent sud-américain ; une main rencontre une autre main alors que les deux montres au poignet (accordées comme le seront plus tard les pianos sous l’égide d’Egoz à San Sebastian ou les trois montres au final) inscrivent le film dans une forme de durée (formelle réelle et fictionnelle )  lui insufflant un tempo. Doigts qui frappent le clavier de la sténotype (première partie) ou les touches du piano (deuxième partie) , doigts et mains à l’unisson dans le tracé puis l’exécution du « plan » conçu par Vera (troisième partie) 

 

Partition d’un « crime atroce ». En citant en exergue, dès le générique,  un extrait d'Amuleto du poète chilien Roberto Bolaño, le réalisateur espagnol imprime à son film (dont le titre originel est sobre todo de noche)   atmosphère angoissante et terreur politique ; quand bien même ça n’en aura pas l’air car c’est moi qui parlerai. Ce dont témoignerait la longue lettre de Vera adressée au fils ? Elle rappelle (voix off) toutes les tentative, les recherches,  les démarches (même les plus illégales) les refus essuyés.  A-t-elle imaginé ? comme on le lui a fait croire.... Et nous suivons son parcours dont le traitement rappelle le film d’espionnage le film noir et le thriller (cf le pistolet caché dans un livre, l'échange de liasses, les morts programmées, les propos comminatoires etc...) elle-même revendique son "basculement dans la clandestinité" 

 

La voix off de Cora prend le relais:  tout un pan de quotidienneté assumée (mère adoptive et fils) dans un traitement plus naturaliste est l’objet de la deuxième partie avant que le « trio » - n’exalte en exultant une sororité exemplaire, ainsi que  les relations aimantes mère(s) et fils. Le voyage au Portugal frappe par son mélange de contemporanéité et d'obsolescence  (ne serait-ce que par le recours systématique aux médaillons/effigies) tout en célébrant la beauté des rives du Douro. 

 

Ainsi s’opèrent non seulement la fusion mère biologique/mère adoptive/fils mais aussi formellement l’effacement des disparités; car les nouveaux masques -perruques ou colorations des cheveux- ont remplacé les spécificités propres à chacune des parties, pour l’exécution du plan, dans l’ex prison de Porto … !

 

On pourra être émerveillé voire subjugué par la puissance créatrice de Victor Iriate, mais parfois  agacé par un formalisme non exempt de préciosité….

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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18 juillet 2024 4 18 /07 /juillet /2024 06:11

De Bas Devos (Belgique 2023)

 

avec Stefan Gota, Liyo Gong, Cedric Luvuezo, Teodor Corban

Sypnosis: Stefan est ouvrier dans le bâtiment à Bruxelles. Sur le point de rentrer chez lui en Roumanie, il rencontre en traversant la forêt une jeune chercheuse d’origine chinoise qui étudie les mousses et les lichens. L’attention qu’elle porte à l’invisible l’arrête net dans son projet de retour.

Here

Un homme a déposé cette soupe pour toi. Comment s’appelle-t-il ? Esquisse d’un sourire sur le visage de ShuXiu (Liyo Gong) écran noir avant le générique de fin et la question restera en suspens …

Une esthétique de l’inachèvement ?

 

Here il est vrai, aura laissé à quai pas mal de spectateurs « il ne se passe rien ; une telle écologie c’est pas pour nous » Et pourtant !!

Here est un pur film sensoriel en ce sens qu’il sollicite simultanément toutes les sensations (gustative visuelle auditive et tactile). Le format 4,3 permet de circonscrire dans le cadre tout un pan de forêt (sous-bois) qu’une pluie inonde et sublime, de mettre face à face les deux visages en extérieur ou à l’intérieur du bar chinois « longue marche » alors que le thème musical répété en leitmotiv surligne ou domine la musique de la pluie ; l’utilisation du microscope jouant sur les échelles fait advenir, en les décomposant, mousses et lichens aux échos des verts émeraude ; un festival de lumières de couleurs au service d’une approche de l’invisible (infiniment petit).

Mais ne nous méprenons pas : le réalisateur ne joue pas sur l’opposition (trop facile) nature/milieu urbain, microcosme (des cellules végétales) et macrocosme (des buildings). La  bryologue dont la passion sera communicative, explore la mémoire du vivant (les mousses qui tapissent la forêt ne contiennent-elles pas toute la « mémoire du monde » ?)

La coexistence (ou cohabitation) de structures, d'éléments apparemment sinon incompatibles du moins antagoniques (grand et petit, visible et invisible, abstrait et concret) voilà ce qui est au cœur de Here ; d’ailleurs une forme d’interchangeabilité dans le passage de l’un.e à l’autre en témoigne aisément !

 

Certes il ne se passe pas grand-chose :  au sens où primeraient action et rebondissements

Minimalisme -des paroles-, plans prolongés fixes, lenteur du rythme, autant de moyens pour capter l’instant dans son tremblé (Dans un bus, face à un réfrigérateur, avec Tatie et ses préparations culinaires, dans ces mains qui se nouent en s’étreignant, rencontres au détour d’une rue de la ville, la caméra est devenue microscope de l’humain tout comme elle recompose les aspects des paysages (urbain et naturel)

 

Voici en arrière-plan un immeuble en construction (première image) voici des arbres comme bordure à l’espace urbain. Serions-nous à la lisière de ? à l’instar de Stefan l’insomniaque …. Lors d’une seconde rencontre avec ShuXiu, entre Bruxelles et Vilvorde (cf l’affiche) l’ouvrier est invité (tout comme le spectateur d’ailleurs) non seulement à regarder à la loupe l’invisible mais aussi à se « tenir à bonne distance » dans son appréhension du ….vivant. Et quand la voix off -celle des réminiscences ou du rêve- quand le souvenir (enfance en Roumanie) se superposent au « hic et nunc » c’est moins pour le supplanter que pour signifier l’importance de l’autre, dans la quête du vivant. En prônant la construction d’une conscience collective du présent, dans sa matérialité comme dans son histoire, le film n’est-il pas éminemment politique ?)

 

Laissons-nous transporter dans cet univers du « vivre ensemble » à la quotidienneté singulière !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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17 juillet 2024 3 17 /07 /juillet /2024 04:55

De Gustav Möller  (Danemark 2023)

 

avec Sidse Babett Knudsen (Eva) Sebastian Bull (Mikkel) Dar Salim (Rami)

 

74ème festival international du film de Berlin (février 2024)

 

Prix Sang neuf au 4e Festival du film policier de Reims. 

Synopsis: Eva gardienne de prison est confrontée à un dilemme quand un jeune homme qu'elle reconnaît, est transféré dans son établissement pénitentiaire. . Sans dévoiler son secret, elle sollicite sa mutation dans l'unité du jeune homme, réputée comme la plus violente de la prison. 

Sons

Rappelez-vous « the guilty » ce premier long métrage de Gustav Möller qui avait emporté notre adhésion ! (cf The Guilty - Le blog de cinexpressions ) Dans Sons nous sommes de nouveau plongé(s) dans une atmosphère anxiogène celle d'un huis clos, hormis qu’ici il s’agit du milieu carcéral et plus particulièrement du quartier haute sécurité -enfermement à la fois physique et mental que renforce le choix du format 4,3- A la puissance du son, de la parole, s’est substituée celle du regard (regard des deux protagonistes, relayé jusqu’au voyeurisme par les œilletons des portes de cellules et les caméras de surveillance). L'intrigue ? Une confrontation savamment dosée, (montée de la tension, son acmé et sa chute) un face à face entre deux « monstres » et le constat amer conclusif de Rami « on ne peut sauver tout le monde »

Voici une matonne -quasiment la seule femme dans un univers d’hommes-, une gardienne de prison dévouée, aimant son métier, (cf les premiers plans où en ouvrant la porte de chaque cellule Eva salue d’un sourire et d’un mot bienveillant chaque détenu) Mais elle a un secret ….et il va ressurgir avec l’arrivée d’un taulard extrêmement dangereux Mikkel Elle demande à être affectée dans l’unité de ce jeune homme. Le sourire a déserté son visage, le regard s’est durci et simultanément cette matonne au-dessus de tout soupçon (admirablement interprétée par Sidse Babett Knudsen, l’héroïne de la série Borgen entre autres) commet les pires actes haineux, motivés par une soif vengeresse (on pense à Camille dans la pièce Horace de Corneille « donne moi donc barbare un cœur comme le tien…tigre altéré de sang) Placide et perverse, elle nargue, transgresse les règles du code carcéral, sadique elle prend plaisir à humilier, jusqu’à un retournement de situation (en faveur de l’autre monstre…mais ne pas spoiler) Face à elle un abominable taulard, un « monstre » de cruauté sanguinaire que la présence maternelle (au parloir du moins) semble atténuer , un monstre « lucide » avec Eva …

Passons outre quelques invraisemblances, ou quelques facilités scénaristiques. Mais force est de constater que malgré une interprétation talentueuse (avec une économie de moyens Sidse Babett Knudsen rend compte de la complexité torturée et torturante de son personnage) , malgré une dramaturgie (sens du récit)  exemplaire (avec ses alternances de tension extrême et d’accalmie, l’absence de temps mort, le caractère imprévisible du comportement de Mikkel) malgré les jeux d’abyme (les deux prisons, Eva et Mikkel cherchant à se « réparer l’un à travers l’autre ( ?) il manque ce « je ne sais quoi » qui entraînerait une totale adhésion….

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 juillet 2024 2 16 /07 /juillet /2024 05:48

de Shujun Wei (Chine 2023)

 

avec Yilong Zhu, Zeng Melhuizi, Tiantai Hou, Tong Lin Kai

 

Prix du jury Festival de Cannes 2024 (ex aequo avec Borgo) 

Synopsis: En Chine, dans les années 1990, trois meurtres sont commis dans la petite ville de Banpo. Ma Zhe, le chef de la police criminelle, est chargé d'élucider l'affaire. Un sac à main abandonné au bord de la rivière et des témoignages de passants désignent plusieurs suspects. Alors que l’affaire piétine, l’inspecteur Ma est confronté à la noirceur de l’âme humaine et s'enfonce dans le doute...

Only the river flows

Une atmosphère trouble et aqueuse de bout en bout, une pellicule 16mm, telle serait la spécificité de ce film adapté d’une nouvelle de Yu Hua. Bien sûr il s’agit d’un « polar » (enquête recherche du coupable, l’auteur présumé de meurtres commis dans une petite ville chinoise et le « fou » serait le coupable idéal) mais cette intrigue est rapidement évincée par l’exploration d’autres tréfonds -quelle est cette folie qui habite chacun d’entre nous ?   Ma Zhe, policier d’élite -qui est de tous les plans- est lui-même tiraillé entre les exigences professionnelles (on le somme de « boucler » au plus vite pour le prestige !)  et celles de sa vie privée (sa femme est enceinte, mais l’analyse de sang place le couple face à un dilemme "garder ou non l’enfant qui risque d'être anormal"  ) Nous pénétrons sa psyché, partageons ses doutes et ses tourments et ce voyage intérieur est bien l’essentiel de ce film primé à Cannes

Une salle de cinéma aménagée, -nouveau local de la police-, une scène d’ouverture (gamin déguisé en policier armé pourchassant des enfants dans de sombres ruelles, dédales d’un immeuble délabré, ouvrant des portes avec fracas avant un « éblouissement » inattendu sur le ….vide ) autant de signes (ou signaux) avant-coureurs, censés alerter le public: il va assister au spectacle de la comédie humaine…dans un Etat qui, en pleine mutation, privilégie les enquêtes policières à l’ouverture par la culture ou l’art !

Quand une sonate au clair de lune -en décalage avec les images- le transportera vers un autre univers (l’onirisme) que la musique incessante de la pluie qui ruisselle le cloue dans des cloaques ou que la traque du fou (adopté par la vieille, première victime d’un criminel jamais appréhendé) le contraint à sinuer dans les méandres de l’enquête, oui le spectateur est constamment pris à partie dans un parcours dédaléen dont se moque le supérieur plus préoccupé par le ping-pong ….(mais ne serait-ce pas encore une métaphore ? )   et qui n’a de cesse de mettre fin à l’enquête (lui-même dépendant de diktats supérieurs…)

Un film exigeant (et dans la construction, une apparente absence de logique, et dans les critiques du pouvoir, nous sommes dans une période de transition, entre sous-développement et modernité, transition douloureuse pour les …plus démunis !)

Nouvelle interrogation sur la "quiddité" du cinéma ?

Un film à la beauté âpre - que je vous recommande

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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15 juillet 2024 1 15 /07 /juillet /2024 07:53

de Yorgos Lanthimos (USA 2023)

 

avec Jesse Plemons Emma Stone Willem Dafoe

 

 

Sélection Festival de Cannes 2024 (Compétition officielle) 

Prix d'interprétation masculine pour Jesse Plemons 

 

 

Une fable en trois volets: Un homme  tente de prendre le contrôle de sa propre vie ; un policier s'inquiète  du retour de son épouse disparue; une gourou recherche une femme providentielle pour sa secte 

Kinds of kindness

Yorgos Lanthimos a ses détracteurs qui lui reprochent une démarche à la fois intellectualisée et trop cruelle dans l’analyse des bassesses de l’être humain et  un goût prononcé pour certaines outrances stylistiques, …D’autres érigent en qualités souveraines ces deux reproches !

Le triptyque  Kinds of kindness, (avec les mêmes acteurs et un personnage  R.M.F qui donnera son titre à chacun des trois volets, la mort de  R.M.F,  R.M.F vole, R.M.F mange un sandwich … ) n’y échappe pas (en l'absence toutefois d'outrances stylistiques) . Plans et cadres tirés au cordeau, très millimétrés, coexistence -parfois dans le même cadre -, d’un réalisme cru (voire gore) et d’un fantastique onirique (annoncé parfois par cet «aveu/constat : j’ai fait un rêve ») choix du format et d’une musique qui nous immergent dans la « prison » mentale des protagonistes (et la prestation d’Emma Stone ou de Jesse Plemons récompensé d’ailleurs par le prix d’interprétation masculine au festival de Cannes, y contribue) ce qui n’exclut pas l’humour (noir certes) Car à n’en pas douter les fans de ce réalisateur grec vont apprécier le fait de « transposer » dans l’Amérique contemporaine les dystopies plus ou moins expérimentales de ses débuts (Canine Alps ou The Lobster) avec une rigueur qui confine -délibérément ?- à la rigidité  (enfilades, rues désertes, maisons témoins, rôle des vitres avec le jeu des « transparences »)

Tout cela au service d’une démonstration qui ne peut que désenchanter : l’amour y est évoqué tel un moyen de soumission et de …consommation.

Le titre, une ’antiphrase ?? En fait R.M.F n’est-il pas le témoin de ces personnes qui s’efforçant d’être « bienveillantes » en viennent à accomplir les pires monstruosités, dans un monde déréglé…Raymond ce patron persuadé d’œuvrer pour le « bien » de Robert son employé, en contrôlant son alimentation, en le sommant de ne pas avoir d’enfant et… de commettre des actes répréhensibles n'est-il pas l’exemple le plus probant de ce dérèglement ? et Robert devenu esclave, va apprendre la soumission, soumission qui galvanise ou du moins entretient le délire du patron…

Serviabilité qui se confond avec servilité dans les rapports de travail, dans les relations conjugales ou les relations communautaires n’est-ce pas ce que dénonce Yorgos Lanthimos dans Kinds of kindness ?

Sa fable est cauchemardesque j’en conviens. Désopilante aussi

Une fable avertissement, une fable mise en garde, que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

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11 juillet 2024 4 11 /07 /juillet /2024 07:47

Documentaire musical de Miri Navesky, Karen O'Connor et Maeve O'Boyle  (USA 2023)

 

2023 • Festival international du film de Berlin - Berlinale • Berlin (Allemagne) • Panorama Dokumente - Première mondiale

Légende de la musique folk et célèbre militante pacifiste, Joan Baez a décidé de mettre un terme à une carrière longue de 60 ans. Ce documentaire la suit dans les coulisses de sa tournée d’adieu, mais utilise aussi des archives personnelles inédites pour composer le portrait mosaïque et intime d’une artiste plurielle à la vie parfois douloureuse.

Joan Baez : I am a noise

« Il y a trois vies :  la vie publique, la vie privée et une vie plus secrète »

 

Et c’est bien la superposition des trois qui sert de "fil conducteur"  à ce documentaire autobiographique au foisonnement aussi spectaculaire. Certes la préparation de la dernière tournée en 2019 alternant avec l’évocation d’une longue carrière crée une dynamique interne, mais certains indices qui ponctuent le récit orientent vers une autre perspective

 

Une porte à coulissante verticale s’ouvre -et se fermera- sur la pièce qui contient des archives précieuses, archives privées collectées par la mère ; la chanteuse y pénètre, elle consulte et va « découvrir pour la première fois certaines choses, - expliquant peut-être ses traumas existentiels ?

Son corps plonge dans la piscine de la propriété californienne -scène inaugurale reprise en écho vers la fin - tout comme le documentaire plonge dans le passé et les souvenirs…. Très personnels !

 

Eclatement chronologique superposition de périodes grâce à des archives riches dans leur multiplicité. Voici  des extraits de concerts, des enregistrements sur cassettes, des interviews à des époques différentes, voici des dessins commentés qui vont jalonner un parcours et scander le récit, voici des photographies -dont celles avec ses sœurs ses parents à différentes périodes, et des films de familles, etc…

 

Ce documentaire cosigné par trois femmes, Karen O’Connor, Miri Navasky et Maeve O’Boyle, a été sinon supervisé du moins contrôlé par l’intéressée et de ce fait se distingue des biopics plus « traditionnels ». Et si la présence de personnalités connues Martin Luther King, Bob Dylan, ou le mari antimilitariste Harris fait revivre tout un pan de l’histoire américaine avec luttes engagements répressions, une histoire connue d’un large public, même si l’hommage à la musique et à une voix si particulière dans sa délicatesse envoûtante est patent, c’est bien un autre aspect (méconnu) qui sera mis en exergue 

 

Face à l’écran Joan Baez, octogénaire, se « livre » en se « dévoilant »

 

A voir  !

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 juillet 2024 3 10 /07 /juillet /2024 06:37

de Éléonore Saintagnan, (2023)

 

avec Eléonore SaintagnanRosemary StandleyWayne StandleyAnna Turluc'hJean-Benoît Ugeux...

 

 

 Festival de Locarno

Semaine de la critique de Berlin

Éléonore roule vers l'ouest. Sa voiture tombe en panne en pleine Bretagne. Elle y loue un bungalow dans un camping avec vue sur le lac, dans lequel, dit-on, vit une bête légendaire. De mobil-home en mobil-home, elle observe le présent, convoque le passé et se laisse envahir par la fiction.

Camping du lac

 Il m’est arrivé un drôle de truc que j’aimerais bien vous raconter

Une voix off un regard curieux une attente dans un lieu baigné de lumière et de soleil, l’argument scénaristique frappe par sa ténuité. Et pourtant ! A cause d’une pause imposée (attente d’un joint de culasse) puis assumée, puis prolongée, Eléonore va prendre le temps de se « familiariser » avec les résidents, avec les touristes, mais surtout avec un lac qui devient le personnage principal.

Des « instruments » d’observation (à distance) laisseraient supposer que la narratrice/réalisatrice s’adonne à un travail de documentariste avec la minutie parfois de l’entomologiste…Il n’en est rien. Surtout quand la rencontre avec l’élément religieux fait basculer dans le fantastique (une église une légende et la coexistence dans le même cadre du quotidien le plus banal et des images du conte (Pour rappel, le poisson aurait eu pour ancêtre le poisson/compagnon de Saint Corentin, ermite devenu évêque de Quimper, qui retrouvait son « ami » dans les eaux claires d’un cours d’eau se nourrissait d’un bout de sa chair avant que l’animal ne se reconstitue, par miracle …Jusqu’au jour où il dut s’enfuir pour échapper à la violence des hommes

Un procédé récurrent : filmer cadre dans le cadre, (visages scrutateurs qui démultiplient les points de vue ») ; comme pour « imager » les coexistences du réel et du fantasme ? S’intéresser à des détails du quotidien (épluchage de légumes coupe de cheveux) écouter, apprendre à.., Restituer les ambiances des sous-bois, des plans d’eau et des intérieurs des mobile homes, se focaliser sur des « cas » qui se veulent exemplaires (un trentenaire et sa passion pour les voitures, l’Américain originaire de l’Ohio et ses complaintes, la trans et son gamin)

Or à cause de l’alternance systématique dans la trame narrative, Camping du lac loin de « sublimer » le tout, le confine dans l’espace clos de la redite. Ainsi le spectateur est d’abord sollicité par des petits riens (des tâches répétitives le plus souvent) puis par des incursions (immersions ?) dans le fantastique (la voix off l’entraîne vers un ailleurs légendaire ou mythique qui n’exclut pas l’humour cf la nageuse nue, la danse érotique avec le poisson, le cri de pamoison et le giclement de l’eau dans une jouissance réciproque) Un va et vient permanent, entre une quotidienneté ordinaire et l’extraordinaire nuit à une approche plus approfondie de la vie authentique de tous ces « campeurs » car il la  réduit au simple pittoresque (cf l’Américain, sa guitare ou encore la danse « folklorique », dont l’aspect hypnotique est d’abord assez bien rendu, mais en substituant une musique électro à la musique traditionnelle, le décalage (comique ?) entre son et danse, semble frappé d’inanité…

On retiendra la prestation de Rosemary Standley et de son père…. ainsi que le « message » écolo (?) (l’assèchement du lac -dû à une « libéralisation de l’eau »- …à l’instar de tous ces assécheurs de la planète ??)

A voir !!!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 juillet 2024 3 10 /07 /juillet /2024 04:19

 

 De Christine PAILLARD et Chad CHENOUGA (2024)

Avec Jean-Pascal ZADI, Emmanuelle DEVOS et Raphaël QUENARD

Wisi est en galère. Il débarque à Bordeaux dans l’espoir de trouver un boulot et croise la route de Marina, une humanitaire au grand cœur. Pour se faire héberger chez elle, il prétend être un sans-papier.
Un soir, il rencontre Jérôme, lui-même à la rue après le décès de sa mère. Malgré ses propos racistes et son étrange phobie de l’effort, Wisi accepte de le cacher pour une nuit chez Marina.
Mais flairant le bon plan, Jérôme est bien décidé à s’incruster. Surtout depuis qu’il a découvert la combine de Wisi pour amadouer Marina…

Pourquoi tu souris?

Encore une comédie label Français très réussie dans la foulée de La petite Vadrouille et Juliette au Printemps.

Pourquoi tu souris a en plus une profondeur plutôt rare pour un film comique.

Les trois acteurs y sont pour quelque chose (Raphaël Quenard, Jean Pascal Zidi, et Emmanuelle Devos) mais le scenario avant tout est remarquable. Il dissipe tout malaise par ses rebondissements inattendus. Il fallait oser inverser les stéréotypes !

 

Nul doute que ce film n'a pas les faveurs de Telerama car il n'est pas "bien pensant" au sens consensuel du terme. Le regard sur les deux protagonistes est lucide et déconstruit avec énormément d'humour les préjugés de toutes sortes sur le racisme et le mépris des déclassés .Le tableau non angélique des SDF donne le ton, sans complexe, et ne  fait que renforcer le grand humanisme non niais qui se dégage de l'histoire.

 

Le personnage d'Emmanuelle Devos, bénévole dans une association d'aide aux démunis, est très juste, pas si naïve qu'à première vue, généreuse mais pas sacrificielle. Les répliques fusent et nous régalent.

 

Bref, un film à voir absolument en ces temps gris d'obscurantisme.

 

Serge Diaz

 

 

 

 

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