11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 10:05

film franco-turc de Deniz Ganze Ergüven

avec Elit Iscan, Erol Afsin, Tugba Sunguroglu, Gunes Sensoy, Ilayda Akdogan, Doga Doguslu

présenté à la Quinzaine des réalisateurs Cannes 2015

Mustang

C'est le genre de film qui ne peut que plaire -même si la thématique n'est pas originale, à savoir le statut des femmes muselées dans une société patriarcale traditionaliste en l'occurrence la Turquie -, tant la fougue juvénile irradiante de beauté, vous emporte et vous habite! Le titre d'ailleurs n'est pas anodin; il renvoie à ce cheval d'Amérique du Nord vivant à l'état sauvage capturé pour le rodéo. Ainsi deux forces en présence: d'une part la belle impulsivité d'autre part la "tragique" domestication

La scène d'ouverture en bord de mer avec ses panoramiques où se confondent le bleu céruléen du ciel et le bleu roi de l'eau, ses mouvements de caméra qui captent les ébats ludiques des jeunes filles et jeunes garçons dans les vagues, sa bande-son (les rires, les cris), est placée sous le signe de la joie de vivre, de la liberté.... Mais à partir du moment où ces jeux seront interprétés comme les signes indéniables de "débauche" (attouchements libidineux, rien que ça!! honte à la famille!!) le sort des cinq sœurs sera (définitivement?) scellé. Séquestrées, contraintes de substituer à l'enseignement de l'école, ceux de la couture et de la cuisine, esclaves d'un oncle tyrannique (une scène d'inceste est pudiquement suggérée hors champ), soumises aux diktats de la grand-mère (apparemment plus humaine mais corsetée dans son respect irrépressible de la tradition), elles sont victimes tour à tour du "mariage forcé", et ce, malgré leur farouche rébellion...Certains cadrages les montrent comme appartenant à un seul et unique organisme vivant (un cheval fou!), organisme qui se crevasse, se délite avec les départs forcés des trois jeunes "mariées"

Le point de vue adopté dans ce film est celui de la petite dernière, Lale (commentaires en voix off) et son comportement subversif d'insurgée  sera au final récompensé!!.( elle est aidée dans son "émancipation" par Yasin – le livreur en camionnette- et l'institutrice).

Un premier film à ne pas rater!

 

Colette Lallement-Duchoze

Un premier film, donc, à ne pas rater pour tout ce qu'en dit Colette mais qui aurait eu encore plus de force sans la fin un peu laborieuse ( les barricades dans la maison ) et surtout son happy end.

M Elkaim 12/07

D'accord pour l'essentiel avec ce qui précède

Cependant un aspect semble occulté: l'humour -situations propos etc.-. Il permet (mais c'est un point de vue) à la réalisatrice de ne pas trop noircir ou du moins de tempérer un état des lieux assez cruel, inhumain

MHL 13/07

Très bon film .Les habiles, gracieux, mouvements de caméra sur ces beaux corps adolescentes, sans insistance, toujours en mouvement avec les cheveux qui ondulent si bien qu'ils sont un langage et complètent les dialogues. Pour répondre à Marcel Elkaim : l'excellente fin lest justement habilement pédagogique bien qu'elle laisse le champ libre à toutes les interprétations, mais c'est bien par l'éducation qu'incarne la prof bien aimée, femme vivant à la capitale de plus, que viendra la sortie de cet enfer où vivent les jeunes filles dans ces régions arriérées. Pour répondre à MHL : La révolte des deux dernières adolescentes donne au film sa note optimiste, elle montre que leur libération ne s'obtiendra que par leur lutte.La situation est objectivement noire, c'est grâce à sa forme que ce film très réaliste nous aide à respirer et ça fait du bien.

Serge Diaz 16/07

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 14:21

De Matteo Garrone

Avec Salma Hayek, Vincent Cassel, John C. Reilly, Toby Jone

Présenté à Cannes 2015

 

"Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d'enfant... Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile"

Tale of Tales

Adapté du Conte des contes, (soit cinq volumes écrits par Giambattista Basile au début du XVII° siècle) , le film de Matteo Garrone nous transporte dans un univers assez foutraque. Le réalisateur de Gomorra (2008) a délaissé la réalité (en l'occurrence la mafia napolitaine) pour un certain fantastique qui mêle habilement fantasme et réalité.

Des décors somptueux de magnificence, des êtres mus par des désirs "monstrueux", un rythme diabolique, ce qui n'exclut pas la satire du pouvoir!

Mais pourquoi avoir choisi un casting international et une langue étrangère (l'anglais!) ??

Qu'on me le dise

J'attends vos réponses ...

Elisabeth

 

Merci de nous avoir prévenu ! Effectivement : un film italien en anglais, ça coupe l'envie d'y aller. Mais le casting international tend vers ça, la crise du cinéma italien, l'exigence de la production qui veut exporter son film, (un acteur français connu aux USA) bref des raisons de rentabilité et l'adaptation pour un large public pousse à ce blasphème...mais c'est peut-être un mauvais calcul de la part de la production. Bientôt nous aurons Mozart avec de l'électro à la place des violons...aîe aîe nous sommes mal barrés dans ce monde qui nivelle par le bas pour ratisser large.

Serge Diaz 10/07

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 07:05

De Paolo et Vittorio Taviani (2014)

Avec Riccardo Scarmacio, Kim Rossi Stuart, ....

Contes italiens

Le titre original "Maraviglioso Boccaccio" (= merveilleux Boccace)  nous informe d'emblée sur les intentions des frères Taviani: rendre hommage au "père de la prose italienne". À la limite, il serait plus question de forme " l'art de conter" que de fond. Il serait donc vain de comparer "contes italiens" (il y en aura cinq) -certes librement inspirés du Décaméron- avec l'oeuvrre de Pasolini puisque les frères octogénaires ont opté pour un parti pris inverse: chez eux ni bouffonnerie, ni "grotesque", ni anticléricalisme forcené, un opus non irrévérencieux; car même dans le traitement de la "fornication" -ah cette abbesse prêchant l'abstinence, elle-même prise en flagrant délit de péché ...- la scène n'a rien de libertin et ne provoque qu'un léger sourire. Et que dire de la farce où un attardé mental se convainc d'être invisible? Kim Rossi Stuart en fait trop et l'effet attendu tombe à faux! Car il faut bien l'avouer tout est bien lisse, bien académique dans ce film.  À commencer par ces jeunes personnes (3  hommes et 7  jeunes filles) qui, rescapés de la peste qui ravage Florence, installés dans une demeure en Toscane, récitent chaque jour un "conte" Ils évoluent dans une nature qui semble inviolée; mais dans les intermèdes (scène de fabrication du pain, course vers un point d'eau, babillages, attouchements, etc..) ils semblent assez "gauches" dans leur déambulation, même si leur beauté qui épouse le paysage toscan, renvoie à des peintures préraphaélites!  (plus évidentes que celles du Quattrocento!)

La scène d'ouverture en revanche frappe à la fois par son réalisme, son rythme et sa composition musicale: nous sommes à Florence: un homme va se jeter du haut d'une tour, un chariot transporte les morts vers les charniers, la foule s'attroupe et/ou recule; gros plan sur des bubons pestilentiels (mais la pestiférée sera sauvée par l'amour et c'est le thème d'un conte...bientôt récité par la ressuscitée elle-même qui a rejoint le groupe des rescapés...)

Ainsi cette ouverture dit simultanément l'urgence d'aimer (face aux pires catastrophes et à la mort) et l'urgence de le conter (en des récits exemplaires ou métaphoriques)!

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 09:35

De Guillaume Nicloux

Avec Isabelle Huppert, Gérard Depardieu, Dan Warner

Film présenté à Cannes (Compétition Officielle)

Valley of Love

Parce que les deux acteurs sont des "monstres" du cinéma, parce qu'ils sont "bankable", le film écoeurant de grossière niaiserie risque de donner une bien piètre image du cinéma français!

Film lourdingue comme l'est Depardieu qui, dégoulinant de sueur, peine à marcher, qui, étalant son énorme ventre, en vient à cacher parfois le décor de la Vallée de la Mort. Et le contraste avec la frêle Isabelle Huppert n'en est que plus ridicule!

L'itinéraire de ce couple, (séparé depuis quelques années, convoqué par Michael leur fils suicidé qui doit leur apparaître tel jour à tel endroit dans la Vallée de la Mort) est balisé de "signaux" aussi artificiels qu'improbables (un chien esseulé dans le désert, les stigmates -marques sur les chevilles de la mère et au final sur les mains du père- tête de chien borgne baignant dans son sang dans les toilettes, apparition d'un "fantôme" dans les jardins du Motel, etc.) même si le spectateur a l'intime conviction qu'il s'agit de fantasmes hallucinatoires. Les effets d'échos ou de parallélismes (d'abord Isabelle Huppert vue de dos, puis vers la fin Depardieu), le procédé de l'alternance ou du montage parallèle, avant la rencontre des deux "parents", les plans sur les deux acteurs de face ou de dos, sont éculés et ici trop appuyés. Et ce ne sont pas quelques réparties "j'ai les pieds comme des rumstecks", "où veux-tu que je trouve du poivre ici", etc. dites avec un semblant de "sérieux" qui vont racheter la fadeur d'un scénario où manifestement le réalisateur maquille l'inconsistance de son propos par des panoramiques sur la Vallée de la Mort

Bien sûr on pourra toujours alléguer que le rendez-vous prévu par le fils  est à la fois un rendez-vous avec eux-mêmes avec leurs propres fantômes leurs angoisses (donc interpréter le tout comme un voyage initiatique), que la Vallée de la Mort peut se métamorphoser en Vallée de l'Amour, que Guillaume Nicloux tente d'opposer "vision et croyance", que son film résonne d'indices  biographiques (Gérard Depardieu et son propre fils, Gérard et Isabelle à nouveau partenaires depuis le film de Pialat), et que... et que...

Rien n'y fait!

 

Hormis la musique de Charles Ives!

 

Colette Lallement-Duchoze

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 16:28

Documentaire réalisé par Denis Robert et Nina Robert

 

Pour rendre hommage à l'iconoclaste, le fondateur d'Hara Kiri en 1960 (hebdomadaire bête et méchant), au pourfendeur des "culs bénits", héraut de la liberté d'expression, mais aussi à l'écrivain, Denis Robert a réalisé un documentaire (au sous-titre évocateur "jusqu'à l'ultime seconde j'écrirai) où se croisent interviews, images d'archives et témoignages (Siné, Willem, Delfeil de Ton et Sylvie Caster.). Un documentaire qu'il a dû financer avec prêt participatif -aucune chaîne n'ayant consenti à l'aider financièrement!

Ironie de l'histoire: son travail commencé bien avant 2014, vient percuter sur le roc de l'immanence: la mort de Cavanna en janvier 2014 et un an après, sur l'atroce fêlure de l'Histoire: les événements tragiques de janvier 2015 (le rendez-vous prévu avec Wolinski ne put avoir lieu...). Il s'en trouve illuminé d'autres feux!

Cavanna

Cela étant, alors que dans sa déclaration d'intention Denis Robert affirme "ne pas faire oeuvre hagiographique", le choix au montage de prendre comme fil directeur les extraits d'oraisons funèbres de témoins et amis (Charb, Laclavetine, pour ne citer qu'eux) lors des funérailles de Cavanna, verse malgré tout dans la litanie spécifique de l'hagiographie. Donner à voir des paragraphes calligraphiés en exergue aux chapitres consacrés à l'oeuvre de Cavanna (Les Ritals, Les Russkoffs, Lune de miel, etc.) tourne au procédé "facile". Le recours aux très gros plans (visage de Cavanna répondant aux questions de Denis Robert, lequel reste la plupart du temps hors champ) est assez plombant (et ce, malgré une beauté inaltérée par l'âge et la maladie!). Parfois même alors que le spectateur entend en off certaines voix amies, son attention est perturbée par un défilement rapide d'images qui donnent l'impression d'une accumulation à peine maîtrisée

 

On l'aura compris: un sujet très porteur mais une mise en forme décevante

Résonne malgré tout la vibration du Vivant par-delà la Mort!

 

Colette Lallement-Duchoze

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 16:18

de Stéphane Brizé

Avec Vincent Lindon (Thierry) Karine de Mirbeck (sa femme) Xavier Mathieu (délégué syndical) et des acteurs non professionnels

chef opérateur Eric Dumont

Présenté en Compétition Officielle au Festival de Cannes 2015

Prix d'nterprétation masculine décerné à Vincent Lindon

La Loi du Marché

"On ne me l’a pas dit" "On aurait dû vous le dire, je sais". C'est sur un entretien d'embauche que s'ouvre le prologue; entretien qui met en lumière les failles, les aberrations (délibérées) d'un système: car pour bénéficier de ses indemnités, le chômeur est dans l'obligation d'effectuer des stages même s'ils sont inutiles, même (et surtout) s'ils ne déboucheront pas sur un contrat d'embauche ("nous étions 15, et 13 sont dans mon cas" répète Thierry -formidable Vincent Lindon). Tout (ou partie) vient d'être évoqué, tel un message subliminal, sur "la loi du marché" , sa cruauté,  et particulièrement sur l'aspect dédalien de Pôle Emploi (n'en déplaise à l'ex présidente du Medef)

Stéphane Brizé fait alterner scènes d'entretien, séquences plus intimes en famille (Thierry sa femme et leur enfant handicapé) ou scènes de loisirs (cours de danse); dans la deuxième partie, aux séances d'entretien se substituent les séquences sur le lieu de travail : un supermarché où Thierry a accepté d'être vigile, donc être à l'affût de clients ou d'employés (les caisisères particulièrement) qui osent commettre des larcins ou autres petits arrangements... Et c'est là  qu'éclatent au grand jour les pratiques odieuses des grandes surfaces (la scène où le DRH, suite au suicide d'une employée, tient à "déculpabiliser" l'entreprise en minimisant ses torts, est le comble du cynisme; et l'enterrement celui de l'hypocrisie!)

On comprend que le film se veut être une approche quasi documentaire de la réalité, celle du monde du travail. Mais le recours à des plans séquences (en temps réel) souvent trop longs (cf la vente du mobile home), aux plans très rapprochés ou gros plans (visage, nuque, buste) censés enfermer le personnage en sa conscience, aux raccords parfois "cut", font que ce témoignage social perd quelquefois en efficacité... (et ce, même dans les  scènes où sont filmés, comme à  huis clos,  les "fauteurs" que le vigile vient "d'épingler" grâce aux écrans de surveillance !!!) Un bémol: la toute dernière scène où Thierry (devenu à son corps défendant le valet d'un capitalisme sauvage qu'il abhorre) quitte définitivement l'habit de vigile; il n'endossera plus la fonction délétère qui avait assuré momentanément sa "survie" (matérielle); rythme rapide, solitude d'un personnage réduit à une silhouette à peine floutée. Écran noir!

 

Au moins ce film -loin des querelles oiseuses à propos d'un éventuel plagiat: Brizé copiant Deboosère- a le mérite de rendre palpable la "loi du marché" : ce libéralisme dévastateur qui a contaminé notre quotidien en ses plus minuscules recoins...

 

Colette Lallement-Duchoze

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 05:56

D'Emmanuelle Bercot

Avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Sara Forestier, Benoît Magimel

La tête haute

Quelque chose ne tourne pas rond dans ce film qui a fait l'ouverture du festival de Cannes; et pourtant il serait, dit-on,  ovationné et plébiscité par le public et la critique

Faisons fi des invraisemblances (irruption du jeune Malony au bloc opératoire afin d'éviter une IVG, choix de Catherine Deneuve pour interpréter la juge; un procureur forcément inhumain, des éducateurs forcément dévoués) puisque nous sommes dans une fiction et non dans un documentaire. Mais la dialectique intrinsèque qui fait de Malony (et de ce qu'il est censé représenter -incarner un  déterminisme social, à Dunkerque de surcroît -) un individu partagé constamment entre deux forces contradictoires qu'un happy end va dissoudre, est assez suspecte. Si l'on ajoute l'interprétation de Sara Forestier qui en fait trop en mère ignare, fragile et pourtant aimante (pourquoi diable l'avoir en plus défigurée avec ces lamentables chicots....) Et violoncelle sur le gâteau, du Schubert....

On est trimbalé avec Malony en centres d'accueil, en CEF et jusqu'à la prison, avec visites régulières dans le bureau de la juge. (10 ans  ça crée des liens!!  ce que renforcent les clichés faciles -mère de substitution ou gros plan sur les mains qui se cherchent).  La caméra est certes souvent convulsive virevoltante à l'image de ce rebelle délinquant; et le rythme de la narration fait alterner moments de rage et d'accalmie. Mais on fait comprendre que le "dressage" est nécessaire au processus "réinsertion éducation". Le spectateur assiste à un face à face quasi permanent entre deux camps aux comportements antinomiques: réserve, empathie parfois, ténacité dans la volonté de "bien faire" d'une part, violence comportementale et verbale de l'autre . Pire, on prend soin de rappeler à cet ado combien il coûte à la "société" (200 voire 800 euros/jour)

Un manichéisme trop voyant; un hommage appuyé au système qui a su mettre en place tant de structures d'accueil de réinsertion d'éducation (dont les jeunes n'auraient que faire....) après tout "on les met sur des rails à eux de...."

Un bémol: la scène inaugurale: dans le bureau de la juge, Malony, 6, 7 ans, est abandonné par sa mère qui a pété les plombs; quelques gueulantes quelques mouvements de caméra, et le regard presque hébété de l'enfant: tout est dit!

Et une mention spéciale à Diane Rouxel (en Tess la petite amie de Malony) dont le jeu si élégant de sobriété force l'admiration (on l'on avait vue récemment dans The Smell of us )

 

Colette Lallement-Duchoze

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 06:18

De Diego Lerman Argentine, Colombie

Avec Julieta Diaz, Sebastian Molinaro

Refugiado

Pour dénoncer les violences conjugales, le réalisateur insiste sur les effets collatéraux et pervers. Tout d'abord fuir le bourreau : le mouvement de la caméra épouse ainsi les spasmes et hoquets de la peur; rythme saccadé et rapide; caméra à l'épaule aux mouvements heurtés, plans rapprochés sur le visage de la mère; on hèle un taxi, on prend le bus, le métro, et au final le bateau pour retrouver la mère dans une contrée lacustre. Laura et son fils Matias seront hébergés successivement dans un "refugiado" (refuge pour femmes battues)  dans l'appartement d'une amie, ou encore dans un hôtel de passe (cf l'affiche;  superbe plan en plongée sur un love bed de velours rouge) avant d'être accueillis par la mère. La peur, se sentir traqué, emprisonne englue l'être au profond même et surtout si l'ennemi reste invisible (à peine silhouetté au sortir de l'ascenseur; sa voix? nous l'entendrons deux fois au téléphone ainsi que son discours bien rodé de pénitent éploré). Diego Lerman avait dès le début rendu tangible cette impression d'emprisonnement avec ces grillages, cette immense "cage" de jeux pour enfants....(qui rétrospectivement acquièrent une connotation métaphorique)

L'enfant! C'est à travers son regard que nous captons la violence des adultes; et c'est précisément ce qui fait la force du film, à défaut de son originalité. À la scène d'ouverture (Matias, cape sur le dos et lunettes ventouses sur le visage sort d'un tunnel toboggan; puis seul attend vainement sa mère) répond comme en écho le début de la dernière séquence: (recroquevillé seul dans un pneu sur le bord de la rive) Entre ces deux plans que de chemin parcouru! -et ce dans tous les sens de l'expression! Le foyer pour femmes battues, à l'ambiance assez glauque, il parvient avec sa petite copine à le transformer en terrain d'expériences. Il souffre de la souffrance de sa mère; il lui emboîte le pas dans leur "traque" ; il répond à l'appel du père; il se rebiffe; mais au final alors que Laura se blottit dans les bras de sa mère et redevient enfant, lui, après avoir arpenté et défié seul les arcanes d'une nature hostile aimante et souveraine à la fois, ne se sentira plus ni réfugié ni fugitif!

 

Et pourtant quelque chose ne "fonctionne" pas bien dans ce film.... Faux thriller? Dans la course-poursuite... Scènes entre adultes? Par trop explicatives démonstratives... Maturation de l'enfant de 7 ans? Je ne sais....

Reste prégnante cette musique assez envoûtante de violon et violoncelle..

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 06:32

de Israël Horovitz

Avec Maggie Smith (Mathilde) Kevin Kline (Mathias) Kristin Scott Thomas (Chloé)

My old Lady

Israël Horovitz est un dramaturge bien connu de certains spectateurs rouennais (en effet il a accompagné la Comédie errante depuis sa création; en 1995 il assistait à deux de ses pièces présentées par la compagnie; et surtout il lui a offert de créer en France plusieurs de ses textes...). Avec My old Lady il signe son premier film en adaptant pour l'écran sa pièce "Très chère Mathilde". Afin d'éviter le piège du "théâtre filmé" il promène sa caméra au gré de l'itinéraire de son personnage principal: Mathias (Kevin Kline) qui vient prendre possession d'un appartement légué par le père défunt. Ainsi quand il n'est pas à l'intérieur de l'hôtel particulier, il déambule dans le Marais, sur les quais, sur les bords de Seine, il découvre des "jardins secrets" etc. Paris, la ville où ont vécu les auteurs que le réalisateur vénère Ionesco, Beckett et auxquels il rend hommage dans le générique de fin. Mais cette immersion dans le "charme de la capitale" ne résiste pas aux pièges du dépliant touristique (un panoramique saisit Notre Dame drapée de lumière, un travelling suit le flux ondulant de la Seine, et que dire de ces gros plans isolant des panneaux?) C'est à mon humble avis la partie faible de ce film...

Reste la comédie, soit l'essentiel; et comme souvent chez l'auteur la légèreté n'est qu'apparente. Le viager -pratique bien française mais saugrenue pour un étranger, un Américain à Paris de surcroît - va être le prétexte à des élucubrations, à des jeux de mots (comique de situation, comique de langage). Mais bien vite les "maux" qui ressurgissent tels des fantômes -et dont les trophées ne seraient que la piètre caricature – loin de solder définitivement le passé, le réhabilitent en un jeu de miroirs grâce à une série de légers rebondissements, pour mieux l'assumer!!! Dans cet intérieur où s'entassent meubles et objets poussiéreux, où certaines pièces ne sont même plus "habitées", où les photos de famille sont lovées dans des tiroirs, Mathias guidé par Mathilde la nonagénaire et sa fille Chloé, entraînera le spectateur dans son voyage intérieur, la quête de soi!

Si le contraste entre le jeu (exubérant) de Kevin Kline et celui (plus en retenue) des deux actrices Maggie Smith et Kristin Scott Thomas participe du ressort de la comédie; le décalage entre Mathilde la nonagénaire qui impose désormais ses horaires fixes, et la jeune femme au tempérament volcanique qu'elle a été, en dit long sur la dégradation de la vie....Ne serait-ce pas, au final, la thématique essentielle de ce film?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 10:25

De Giulio Ricciarelli (Allemagne)

Avec Alexander Fehling, Friederike Becht

Le Labyrinthe du Silence
J’encourage à aller voir Le Labyrinthe du silence, film allemand de Giulio Ricciarelli, tous ceux qui comme moi se disaient, au vu de la bande annonce, bof... encore un film tourné à l’américaine sur les nazis.
Eh bien, non, heureuse surprise ! Le film est de facture classique, certes, image et montage très soignés, avec un scénario solide, une décoration qui nous plonge dans le Francfort de la fin des années 50, une succession de tableaux de couleurs froides, acteurs bien présents, le procureur bien aryen ! tout indique un pays qui se reconstruit sans vouloir se retourner en arrière. Plongée dans une Allemagne d’après guerre, donc, dont on a peu parlé et qui ressurgit avec un questionnement universel. En dehors des 150 grands criminels de guerre jugés à Nuremberg par un tribunal des forces alliées (toutes ?) que sont devenus tous ces nazis qui ont participé à l’horreur ?...
Le personnage qui mène l’enquête est jeune, on ne peut plus lambda, bien joué au demeurant, et l’histoire d’amour qu’il noue avec une charmante jeune femme réussit à prendre sa place dans cette histoire toute braquée sur le devoir de justice.
On ne peut en sortant du cinéma que se demander : mais nous, les Français ? N’avons nous pas aussi refoulé notre passé criminel ? Combien de collabos pétainistes ont continué de vivre et même pour certains, comme Papon ou Bosquet à devenir ministre, haut fonctionnaire ?! Avons nous jugé les militaires qui ont torturé pendant la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie, à commencer par Le Pen ? Pourquoi les peuples ensevelissent si vite leur histoire lorsqu’ils sont coupables, complices d’actes de barbarie ?...
 
Comme ce jeune juge, par nos racines individuelles ou collectives nous ne sommes pas totalement vierges en ce domaine, reste le courage de certains individus de tenir au dessus de l’eau l’idée que justice doit toujours être faite. La justice est un combat et c’est avec intelligence ce que nous rappelle ce bon film inédit.
 
Serge Diaz
 
 
 
 
D'accord sur l'ensemble de la critique mais on peut regretter le côté un peu trop "lisse" du film. On aurait aimé plus de mordant et d'implication de la part du cinéaste. Bien sûr à voir quand même !
Marcel Elkaim le 28/05/2015
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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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