21 décembre 2018 5 21 /12 /décembre /2018 05:22

Film de Hirokazu Kore-eda

avec Kirin Kiki (Hatsue Shibata) Lily Franky (Osamu Shabata) Sosuke Ikematsu, Sakura Ando (Nobuyo Shabata) Akira Emoto, Chizuru Ikewaki (kie Miyabe) Naoto Ogata kairi Jyo Mayu Matsuoka (Aki Shabata) , Miyu Sasaki

 

Palme d’or festival de Cannes

Meilleur réalisateur festival international du film d’Antalya 2018

Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets…

"Ce film s’inscrit dans la réflexion que je mène sur la famille depuis tel père tel fils"

Une affaire de famille
La palme d’or attribuée à ce film au festival de Cannes 2018 était bien méritée !
 
Ce n’est pas courant que le cinéma japonais connu en Europe nous emmène chez les pauvres. Ce pays cache sa misère comme une honte et pourtant elle est de plus en plus présente, inévitablement. Ce ne sont pas les pauvres des frères Dardenne mais cela nous rappelle plutôt “l’argent de la vieille” d’Ettore Scola, l’humour cynique en moins.
 
Une prodigieuse distribution avec une direction d’ acteurs-enfants rare; un réalisme non larmoyant ! La joie de vivre des pauvres nous éloigne de l’apitoiement, on rit aussi, on vit au milieu de leur univers confiné. Les plans rapprochés ne sont pas voyeurs, la caméra caresse les visages et les corps en lumière intérieure. Le scénario tient en haleine, on ne voit pas passer les 2 h de projection, et les réflexions existentielles dans la bouche des protagonistes n’ont rien de déplacé, sont très naturelles, si fait que le film qui pourrait être le scénario transposé d’un fait divers a une portée dans le message sur la famille qui porte loin.
 
Emu, surpris, transporté dans un contexte local inhabituel, le spectateur est aussi happé par une mise en scène sans effets, et s’attache à de vrais personnages ni anges ni bêtes, mais terriblement atypiques et attirants.
La scène de larmes de la jeune femme en prison est une prouesse d’actrice dans le cinéma moderne.
 
Allez voir ce film intelligent qui n’est pas si triste qu’il en a l’air mais fin, sensible, profond, intéressant.
 
Serge Diaz

Oui un film à la fois tendre réaliste humain sur les liens familiaux ; un film qui dénonce les limites de l'aide sociale au Japon.

Cette famille d'accueil est en fait une famille "authentique" et elle représente une sorte de  microcosme, une forme d'arène où luttent deux forces (antagonistes??) celle d'une soif de justice et celle des lois sociales

Certains spectateurs s'étonnent de la gloutonnerie (voracité même) des personnages, ce qu'accentuent la bande son et les plans rapprochés; or cela n'illustre-t-il pas la maxime "manger à sa faim"? 

Colette

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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 10:05

De Steve McQueen

avec Viola Davis, Michelle Rodriguez, Elizabeth Debicki, Cynthia Erivo, Colin Farrel, Liam Neeson

A Chicago, où le 18e district est détenu depuis des lustres par la famille Mulligan, issue de la bourgeoisie blanche protestante, arrive un challenger noir. Les deux bords sont autant corrompus l’un que l’autre. Au milieu, un groupe de braqueurs entretient des rapports troubles avec eux. Leur dernier casse tourne mal et ils y perdent tous la vie. Sous pression, leurs veuves, qui ne savaient rien de leurs agissements, doivent rattraper le coup pour sauver leur peau...

 

Les Veuves

Après les incontournables Hunger et Shame et le plus spectaculaire 12 years of slave on était en droit d’attendre beaucoup d’un réalisateur très talentueux qui allait se plier aux codes d’un film de genre...le thriller

Espoir partiellement déçu

 

Certes le tout début (qu’on peut assimiler à un prologue) est saisissant : montage qui fait alterner l'intimité entre les  braqueurs et leurs femmes et  leur braquage raté. Certes l’écriture du thriller obéit à certaines règles : rythme parfois enlevé, suspense et rebondissements. Et l’on comprendra vite qu’il s’agit moins de l’histoire d’un casse exécuté par les « veuves » que la réappropriation par ces  femmes de leur propre existence jusque-là vampirisée par leurs époux ou bafouée et piétinée par la famille. Et il y a, comme toujours chez Steve McQueen en toile de fond, une analyse sociologique et  politique (on pourrait faire la liste de tous les thèmes abordés depuis les rapports homme/femme jusqu’à la corruption et le contraste entre violence systémique et violence littérale) On retrouve aussi ce goût prononcé pour les plans séquences ou les très gros plans à connotation symbolique (ici par exemple le baiser qu’échangent Harry et Veronica avant le braquage manqué est comme une « dévoration » que la dernière partie du film illustrera…)

 

Mais est-ce parce qu’il s’agit d’une adaptation en 2h d’une série britannique des années 80 (transposée dans le Chicago contemporain) que la multiplicité de personnages induit une forme d’éparpillement ? De même l’intrigue principale déjà pleine de ramifications, est comme délaissée ou du moins juxtaposée à l’intrigue politique (elle-même riche en sous-intrigues : dont le duel père/fils Mulligan) On a l’impression désagréable d’une compilation...Et que dire de ce flash back -mort du fils de Veronica et Harry- censé justifier le retournement de situation et le twist (dans l'intrigue principale) alors qu’il achève le pot pourri

 

On gardera toutefois en mémoire cette scène où Veronica (Viola Davis) pleure en regardant Chicago de son loft blanc alors qu'on entend la voix de Nina Simone

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 09:17

Documentaire de Hendrick Dusollier

 

Récompenses:

Cinéma du réel: prix du meilleur documentaire & prix du jury jeunes

Festival de Brive: prix du jury & prix du public

Idfa: (festival international du film documentaire d'Amsterdam)  prix spécial du jury 

this human world: prix du meilleur documentaire 

Derniers jours à Shibati

Nous sommes à Chongqing la plus grande agglomération du monde (Ouest de la Chine) 83 000 kilomètres carrés, soit une trentaine de fois Paris et sa région…Et plus particulièrement dans un quartier voué à disparaître : Shibati.

 

La tentation eût été facile de procéder à une forme de dichotomie : les bribes d’un monde souterrain presque anachronique et en regard -témoignage de l’urbanisation galopante- la ville moderne. Il n’en est rien -même si revenant deux fois 6 mois après avoir filmé les habitants de Shibati et leur mode de vie – le documentariste illustre leur difficile adaptation à un processus  imposé voire inéluctable. C’est l’humain et uniquement l’humain qui intéresse Hendrick Dusollier ; la dénonciation se lisant en creux. L’humain à travers trois personnages : M. Li, le coiffeur, le gamin Zhou Hong et la femme aux cheveux blancs au sourire d’ange et à l’âme d’enfant, Xue Lian

 

Hendrick Dusollier nous entraîne dans l’univers dédaléen de Shibati fait de ruelles d’escaliers d’échoppes, de détritus, de petites maisons accrochées à la roche recouvertes d’une végétation quasi tropicale Sa méthode ? Se promener innocemment (mais avec tout son matériel vidéo) filmer avec discrétion ; rester extérieur tel un observateur (même si par moments on voit sa main son portable et que l’on entend sa voix qui questionne ou répond ...dans des dialogues de sourds.. forcément quand on ne connaît pas la langue ni de surcroît le dialecte ! D’abord suspect (va-t-en ! Tes images sont fausses ce n’est plus ça la Chine…) il se lie d’amitié avec un enfant, enfant-guide ébloui par la Cité de la lumière et de la Lune (qui n’est autre que l’immense centre commercial dont la façade lumineuse éclaire Shibati !!)   Empathie très forte aussi avec Xue Lian : cette femme âgée qui vit (vivote) du commerce de détritus et de déchets, sait qu’il y a une âme en chacun d’eux et ceux qu’elle conserve elle les exhausse au rang de reliques. C’est son mausolée !

 

Alors oui quand 6 mois après, le documentariste revient sur les lieux, il filme une béance à ciel ouvert où survit ça et là un témoignage isolé d’un temps révolu, celui de la Chine pré industrielle. Alors oui quand 6 mois encore après, Hendrick Dusollier retrouve ses « amis » il les filme dans leur nouveau « contexte » de vie fait d’uniformisation... inhumaine…Eux les « survivants » seront fatalement déboussolés une fois relogés dans les immenses tours à la périphérie !

 

C'était la dernière séance hier mardi à l'Omnia...Dommage que ce documentaire exceptionnel qui a su capter avec humanité les derniers moments d’un quartier, d’une époque n’ait pu garder l’affiche plus longtemps !!

 

Devant ce type de cinéma ce qui se passe devant soi et ce qui sera dans le film on ne l’a pas préparé ni mis en scène et on ne l’a pas recréé non plus en post production. Je trouve que c’est une expérience unique (Hendrick Dusollier)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 07:25

de Guillaume Nicloux

avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khé Tran, Gérard Depardieu

Festival de Cannes (Quinzaine des Réalisateurs)

Indochine 1945. Robert Tassen, jeune militaire français, est le seul survivant d'un massacre dans lequel son frère a péri sous ses yeux. Aveuglé par la vengeance, Robert s'engage dans une quête solitaire et secrète à la recherche des assassins. Mais sa rencontre avec Maï, une jeune Indochinoise, va bouleverser ses croyances..

Les Confins du monde

Tête tranchée sanguinolente, phallus couvert de sangsues, corps encagés recroquevillés dans la douleur et la peur, gros plan sur des blessures, collier de langues et d’oreilles, corps tuméfiés lacérés, corps fragmentés, corps dégoulinant de sueur pendant  l’acte sexuel, c’est bien dans et par sa matérialité que le corps est au centre du film de Nicloux, tout comme il est la métaphore de la dichotomie qui l’infuse:  amour et haine, vie et mort. Le sang et sa double connotation ; le sexe lui-même qui dicte une approche très viriliste de la guerre.

L’épisode du 9 mars 1945 - point de départ du film- à savoir la riposte des Japonais - qui occupaient momentanément le Tonkin- pour éliminer -entre autres-  la présence française, est le déclencheur  d’une guerre intime : Robert Tassen (Gaspard Ulliel) seul rescapé de la tuerie est décidé à trouver et punir les assassins de son frère ; en particulier Vo Binh.-qui deviendra la cause de tous les maux- La rencontre dans un bordel français en Indochine (le perroquet) d’une prostituée (Lang-Khé Tran)  dont il s'éprend, suscite  une prise de conscience : les frontières entre ennemi et ami seraient-elles poreuses ?

 

Le titre du film suggère une démarche d’explorateur. Mais c’est bien aux confins d’une âme mue par une folie vengeresse que nous conduit le réalisateur. À travers des chemins tortueux (ceux d'un recrutement paradoxal, ceux de la jungle, ceux de paysages intérieurs révélés par l’opium) qu’accentue un montage fait d’ellipses et de non-dits.

Plongée dans le poisseux le visqueux où l’ennemi est par essence "mauvais" ; car bien sûr !!! les pires atrocités commises par les Français ne sont que "représailles légitimes" (le barbare c’est l’autre, le monstre sanguinaire, en l’occurrence  les insurgés). Il en va de même du Mâle Blanc émancipateur ; de son tout puissant pénis (je ne sais pas si ta bite tiendra jusque-là) il peut imposer sa vision du Monde,  d’un monde 

Un film à la qualité esthétique incontestable (grain de la pellicule, sons lumières, alternance scènes de jungle et scènes d’intérieur dans la caserne ou le bordel, alternance pluie diluvienne et moiteur) un film au montage original (souvent succession de tableaux comme le défilé de souvenirs que la conscience met en ordre ou désarticule- ce que suggèrent les deux plans en écho au début et à la fin où le personnage principal est assis sur un banc face à la caméra alors que des personnages comme en apesanteur et nimbés de brume avancent derrière lui, ou... reculent) ; mais un film à l’idéologie très discutable voire dangereuse ! 

Colette Lallement-Duchoze

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5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 08:44

de Kheiron

avec Kheiron, Catherine Deneuve, André Dussollier

Waël, un ancien enfant des rues, vit en banlieue parisienne de petites arnaques qu’il commet avec Monique, une femme à la retraite qui tient visiblement beaucoup à lui.Sa vie prend un tournant le jour où un ami de cette dernière, Victor, lui offre, sur insistance de Monique, un petit job bénévole dans son centre d’enfants exclus du système scolaire. Waël se retrouve peu à peu responsable d’un groupe de six adolescents expulsés pour absentéisme, insolence ou encore port d’arme.De cette rencontre explosive entre « mauvaises herbes » va naître un véritable miracle.

Mauvaises herbes

Il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs

Cette phrase de Victor Hugo citée en exergue servira de fil conducteur au second métrage de Kheiron

Certains critiques vont s’en emparer et la décliner pour mettre à nu les failles de cette comédie….

 

Dans "nous trois ou rien"  l’acteur réalisateur humoriste -qui interprétait le personnage du père- s’inspirait du parcours de ses parents, depuis leur départ d’Iran jusqu’à leur intégration en France. Dans Mauvaises herbes il s’inspire de ses années d’éducateur; mais le prologue (scènes de guerre, survie d’un gamin dans les décombres) double le point de vue : la guerre et ses séquelles. L’enfant rescapé c’est Waël. Et le film va jouer avec deux temporalités : le passé où Waël l’enfant orphelin vivote de larcins et le présent où Wael adulte est plus ou moins "contraint" d’exercer le métier d’éducateur face à 6 rebelles les "mauvaises herbes" exclues du système scolaire. Les images du passé -tournées au Maroc- dans des tons ocres donnent progressivement un corps à une enfance plus que cabossée ; et si Waêl survit c’est grâce à une sœur de Bonté...Le moment présent, le collège en particulier, a été filmé à Montreuil- lieu clos comme renfermé sur lui-même aux tons gris où les touches de vert rappellent la poussée des mauvaises herbes à travers la chape de béton

 

La thématique de cette comédie ? Importance de l’éducation et de la transmission. Non pas un pseudo- documentaire qui stigmatiserait la "banlieue" mais un hymne (sincère, un tantinet naïf parfois) à la solidarité au courage à la fraternité

Certes il y a de la surenchère, des maladresses, voire de l’outrance (Victor-le personnage- est effaré devant l’accoutrement ridicule de Monique -Catherine Deneuve- mais Dussolier -l’acteur- ne peut réprimer un (sou) rire…) Certes des personnages secondaires n’échappent pas à une typologie caricaturale (flic éducateur véreux) ou sont mal traités (la sœur avocate)

Mais le réalisateur a souvent trouvé le "ton"  juste (il se contente par exemple de "suggérer" la pédophilie et l'inceste;) il n'est jamais "moralisateur"; et certains dialogues et/ou situations sont tout simplement savoureux..

Alors oui on peut rire de bon coeur ; alors oui ces mauvaises herbes sont en réalité des êtres  attachants porteurs de  valeurs que  ce conte a révélées

 

Colette Lallement-Duchoze

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30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 16:48

de Marcelo Martinessi (Paraguay)

avec Ana Brun , Margarita IrúnAna Ivanova  Regina Duarte, Alicia Guerra, Nida Gonzalez

 

Berlinale 2018 : prix Ours d’Argent meilleure interprétation féminine ; prix Alfred Bauer ; prix critique internationale

Asuncion, Paraguay. Chela, riche héritière, a mené la grande vie pendant 30 ans avec Chiquita. Mais au bord de la faillite, elle doit vendre tous ses biens et regarde Chiquita, accusée de fraude, partir en prison. Alors qu’elle n’a pas conduit depuis des années, Chela accepte de faire le taxi pour un groupe de riches femmes âgées de son quartier et fait la rencontre de la jeune et charmante Angy. A ses côtés, Chela prend confiance en elle et cherche à ouvrir un nouveau chapitre de sa vie.

Les héritières

Très souvent les premiers plans encodent le film : ici on assiste à une dépossession -de biens matériels- à travers le regard d’une femme en retrait ; clair-obscur, lumières feutrées, ambiance floue, les pas sur le sol résonnent comme le tic tac de l’horloge du temps. Un interstice -embrasure d’une porte- d’où l’on peut épier et entendre un état des lieux, un inventaire : vaisselle mobilier à vendre... Caméra subjective donc !

Chela (la femme en retrait) et sa compagne Chiquita (plus alerte et gaillarde) sont contraintes de se débarrasser de leurs biens pour "survivre" . A l’opulence (suggérée) succédera l’enfermement : prison pour Chiquita (fraude fiscale?) solitude forcée pour Chela qui telle une ermite se coupe du monde extérieur dans cette maison désormais vide.  Muette -souvent- elle assiste hébétée et passive à ce qui la concerne au premier chef : on "brade"  son passé comme on "brade"  tous ses biens…

Hormis la voiture ! Et c’est précisément grâce à elle (Chela sera chauffeur de taxi pour gagner sa vie) que le personnage jusque-là neurasthénique, se réveille et que son corps éprouve à nouveau le désir (suite à la la rencontre avec Angy). La caméra quitte le décor de la maison vide ou du club des bridgeuses ou de la prison pour femmes et s’aventure aux côtés de la conductrice sur un horizon élargi (le défilé incessant de camions sur l’autoroute rythme différents aperçus de paysages comme autant de morceaux éclatés du pays). Chela ouvre les yeux !!!!

 

On devine l’empathie du réalisateur pour ses personnages : en variant les angles de vue sur le visage de Chela, en insistant sur sa passivité ou plus tard en la faisant accéder à la lumière dans un éclat solaire, il semble avant tout pénétrer une conscience ; en montrant les vieilles bridgeuses avec leurs breloques et leur maquillage outrancier, il ne les ridiculise pas, mais quand s’amorce la valse des prédatrices, nulle tendresse pour ces bourges ignares...

 

Marcelo Martinessi procède par ellipses et non-dits dans son film d’atmosphère où il n’y a quasiment pas d’hommes. Et seuls des regards échangés, les paroles de chansons ou les commérages des vieilles vont aider le spectateur à  "deviner"  le contexte politico-économique du pays. Mais trop de distanciation peut confiner à une sorte d’effacement. Dommage !

Reste le portrait d’une femme fragile et troublée à la gravité tranquille qui à 60 ans s’engage dans une voie nouvelle. (admirablement interprétée par Ana Brun)

Si la voiture est sans conteste la métaphore de l’ouverture au monde, la page que vient de tourner Chela serait-elle celle de l’histoire de son pays ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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27 novembre 2018 2 27 /11 /novembre /2018 07:00

De Kim Ui-seok (Corée du sud)

avec Jeon Yeo-bin, Seo Young-hwa, Jeon So-nee

Prix du Meilleur Film et de la Meilleure Actrice au Festival de Busan (créé en 1996 ce festival est engagé en faveur du nouveau cinéma et du cinéma d’auteur)

 

La disparition soudaine d’une élève d’un lycée pour jeunes filles précipite la communauté scolaire dans le chaos. Famille de la victime, enseignants et élèves cherchent à fuir toute responsabilité, l’image de l’école étant en jeu. Pourtant, sans indice ni corps, on suspecte un suicide. Young-hee, l’une de ses camarades d’école, dernière à l’avoir vue vivante, est suspectée par tout le monde, à commencer par la mère de la victime. Bouc-émissaire idéal, Young-hee va chercher à n’importe quel prix à échapper à la spirale de persécutions qui l’accablent. Mais quel secret, quel pacte peut-elle bien cacher… ?

 

 

After my death

C’est parce qu’il est fait de ruptures narratives et qu’il semble investir successivement tous les "genres" assez "codés", c’est parce que le réalisateur multiplie situations et points de vue, que ce premier long métrage de Kim Ui-seok intrigue et séduit tout à la fois. Drame intime, enquête policière, film de fantômes, fable sociologique, After my dearth ne se laisse pas apprivoiser facilement...(même si le point de départ renvoie à une cruelle réalité de la société sud-coréenne : le suicide, dont le taux est un des plus élevés du monde). Ainsi on va basculer de l’enquête (interrogatoires; indices) aux persécutions que subit Young-hee, la meilleure amie de la "suicidée " ; puis à la "survie" de cette même Young-hee dans un espace proche des « limbes » (du moins pour elle)

Mais la linéarité n’est qu’apparente...Le film s’ouvre sur le retour de Young-hee qui désormais s’exprime par signes...pourquoi ??? signes incompréhensibles pour les lycéennes!  Puis la caméra nous immerge dans un magasin de cosmétique où apparaît comme en surimpression derrière une vitre la "future disparue" et sur le trottoir voici les deux amies Kyung-min et Young-hee; et c’est après ce flash back que le film peut commencer. Ainsi les deux protagonistes auront incarné en deux séquences -post et ante mortem-  ce je ne sais quoi qui les rend si proches dans leur fausse essentialité -ce que confirmera la récurrence de l’image du tunnel coudé où ces deux jeunes filles telles des formes spectrales s’embrassent.

 

L’enquête -du début- ne se limite pas à des interrogatoires ni à la recherche d’indices : elle est comme parasitée soit par des images mentales soit par des flash back. Les images récurrentes de vitres et miroirs dans les hôpitaux et à l’école illustrent une forme de dédoublement comme si la présence/absente de la défunte « occupait » pour toujours ces lieux après sa mort. Et cette tentative de suicide -quand Young-hee avale de l’essence, et que son corps n’est plus que spasmes de douleur, alors qu’au même moment dans une autre pièce sont célébrées -selon un rite chamanique- les funérailles de son amie Kyung-min- illustre à la fois la coexistence dans l’instantanéité même d’Eros et Thanatos et le primat de la Mort sur la Vie.

 

Des mouvements de caméra aux cadrages en passant par une science de la lumière- ; des multiples motivations qu’incarnent les représentants des institutions- police école et famille avec mention spéciale à la mère de Kyung-min-, au sort de jeunes filles bravant la mort comme unique chance de survie, tout concourt à faire de ce film à la fois un thriller passionnant (cf le pitch) et une illustration de la déflagration (physique et mentale) que le suicide peut déclencher 

à voir absolument !

Colette Lallement-Duchoze

 

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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 09:30

Aga

de Milko Lazarov (Bulgarie) 

avec Mikhail Aprosimov, Shahira Fahmy 

 

La cinquantaine Nanouk et Sedna vivent harmonieusement le quotidien traditionnel d'un couple du Grand Nord de la Sibérie. Jour après jour, le rythme séculaire qui ordonnait leur vie et celle de leurs ancêtres vacille. Ils vont devoir se confronter à u nouveau monde qui leur est inconnu... 

Aga

Un long plan fixe sur une femme -visage en frontal-, parée d’un costume traditionnel très coloré et de bijoux : elle joue de la guimbarde….C’est l’ouverture ; une ouverture qui va contraster avec les plans suivants où la couleur vive rouge de l’habit d’apparat a cédé la place à une immensité neigeuse : terre et ciel semblent se confondre ; silhouettés, se détachent sur la ligne d’horizon un homme son traîneau et un chien ; si minuscules...qu’il sont comme aspirés

 

Nous sommes en Iakoutie (zone arctique de la Sibérie) La femme c’est Sedna, l’homme c’est Nanouk (tout au long de cette fiction on devinera l’hommage que rend le réalisateur bulgare à Nanouk l’esquimau, de Robert J. Flaherty, documentaire sorti en 1922). Ils  "vivent" dans une yourte plantée au milieu de nulle part. Des gestes ancestraux -pêche tannage de peaux préparation d’onguents. Peu de dialogues. Une immersion dans des contes ou rêves (dont celui de l’ours à valeur prémonitoire…) Filmés à l’intérieur de la yourte -où le traitement des poses de la lumière des ambiances emprunte aux toiles de Vermeer - le réalisateur dit s'en être inspiré-; ou filmés en extérieur affrontant  neige et  blizzard, ces quinquagénaires vivent un "drame" : l’absence de leur fille Anga;  celle-ci a choisi la "modernité"; les parents ne le lui pardonnent pas... du moins pas encore!!!

Simultanément des "indices" très (trop) signifiants sonnent le glas de leur propre mode d’existence : une traînée blanche qui s’en vient maculer le ciel en le  striant alors que la bande-son amplifie le passage de l’avion ; une tache noire sur le blanc immaculé (celle de la motoneige du fils), la tache rouge de l’animal tué, le renne qui mortellement blessé entrave la chaussée qu’emprunte le chauffeur de poids lourd ; -à noter que cette tache renvoie aussi à celle qui apparaît sur le ventre de Sedna (un "mal incurable"?) qu’elle tente de guérir par des onguents. D'autres indices parlent d'eux-mêmes ou suggèrent "d'inévitables" (?) mutations  : Nanouk  rentre bredouille plusieurs jours d'affilée, la glace fond de plus en plus tôt...

La récurrence de l’image -cette forme ovale -contrastant avec l’aspect rectiligne alentour-- désigne le trou que fore Nanouk à la recherche de poissons et d’eau pure (gages de survie) ; et plus tard, en un violent contraste, désignera le cratère -vue aérienne par drone- de cette mine de diamants, comme une immense trouée blasphématoire dans la pureté quasi virginale du paysage.

 

Hormis ce symbolisme un peu appuyé, hormis les gros plans sur le visage du fils qui l’apparentent à une icône,  Aga est un film à la beauté plastique sidérante, que je vous recommande vivement 

 

Colette Lallement-Duchoze

PS pour infos sur les conditions de tournage consulter  le dépliant dans le hall de l'Omnia

 

Aga

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20 novembre 2018 2 20 /11 /novembre /2018 10:43

Documentaire réalisé par Leonor Teles    Portugal

présenté en compétition internationale au Cinéma du réel 2018

 

Un an dans la vie du pêcheur lisboète Albertino Lobo, entouré de sa femme Dalia et de ses filles, dont l'aînée s’apprête à se marier. La fin d'un cycle de vie, à hauteur de barque et de regard.

Terra Franca

Un pêcheur cadré en plan américain, telle une figure de proue, sur son bateau, un fleuve -le Tage-, un pont, un rivage semi urbain, ce plan récurrent qui semble rythmer le film, suggère plus qu’il ne montre (que regarde cet homme dans un lointain pourtant si proche ?- Alors qu’il semble faire corps avec l’élément liquide  qu’appréhende-t-il?).

Le passage d’un train, des voies poussiéreuses, une morne tranquillité, c’est l’environnement sur terre. Un bar où travaille Dalia l’épouse. Une petite maison où la famille réunie (les parents leurs filles Laura et Lucia le gendre Tiago la petite fille Alice) entre deux plats ou deux verres discute d’un aspirateur très sophistiqué, des préparatifs de la noce (c’est que l’aînée va bientôt se marier…) Un village entier dans la lumière nocturne de la fête.

C’est cette apparente banalité du quotidien que filme avec beaucoup d’empathie, en plans fixes, et dans un format 4/3, la documentariste Leonor Teles.

 

Nous sommes à Vila Franca de Xira. (commune située dans le Grand Lisbonne)

La réalisatrice procède par touches successives et  passe du portrait d’un homme à celui d’une famille, alors que se dessine en creux la dureté du monde Ils affament les gens dira à un moment Albertino ; son métier de pêcheur est en voie de disparition. On lui a saisi son matériel car la zone de pêche est désormais réserve naturelle et il faut des autorisations pour jeter les filets. Attaché à la famille (même s’il affirme pince-sans-rire qu’après 5 ans un couple...ce à quoi Dalia lui rétorque et pourtant ça fait 3 décennies que ... Lui " le pire vient après le mariage, hein Dalia" Elle "et le meilleur...")  Attaché aux liens sacrés du mariage (les préparatifs de la noce, puis la cérémonie elle-même le prouveraient aisément). Homme ancré dans son temps mais nostalgique d’une autre époque  ? (en tout cas conscient qu'une ère est révolue.)  Lui le taiseux forme avec sa femme -habituée par son métier à communiquer- et ses filles -qui ont opté pour la modernité- un saisissant contraste .. Mais la chronique de Leonor Teles jamais ne verse  dans le drame social et la répétitivité des gestes ou des situations jamais ne  provoque quelque ennui (conversations pimentées d'humour et de rires, regards si éloquents dans leur mobilité silencieuse)

 

Le fleuve ne symbolise-t-il pas une mouvance inéluctable, le flux inexorable ? (Inutile de verser dans la philosophie héraclitéenne pour  répondre à la question; les photos que l'on voit dans le générique de fin illustrent  en un saisissant raccourci les différentes étapes de ce qui a été la vie....leur vie)

Des plans somptueux sur sa majesté inviolable, une lumière qui fait vibrer les variations de paysages au gré des heures et des saisons; l'espace  que filme Leonor Teles est devenu un personnage à part entière ; et dans un tel « cadre » son portrait de famille, s’en trouve  magnifié …

 

Un documentaire à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 08:11

d'Andrea Bescond et Eric Métayer

avec A Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps, Cyrille Mariesse

 

présenté au festival de Cannes (Un Certain Regard)

Ce film est l'adaptation de leur pièce de théâtre "Les Chatouilles ou la danse de la colère"

Odette a huit ans, elle aime danser et dessiner. Pourquoi se méfierait-elle d'un ami de ses parents qui lui propose de "jouer aux chatouilles"? Adulte, Odette danse sa colère, libère sa parole et embrasse la vie.... 

Les Chatouilles

Avouons-le sans ambages : l’adaptation à l’écran du spectacle Les chatouilles Ou la danse de la colère -Andréa Bescond seule sur scène y interprétait tous les rôles- m’a déçue.

Le pathos, que l’extrême vélocité dans le changement de personnages, le fait de happer l’air ou de s’arc-bouter dans le silence et les pointes d’humour avaient évacué sur scène, investit dans le film trop de séquences -ne serait-ce que par des plans trop appuyés sur ou sur…

On pourrait appliquer à ce film le "bilan" qu'un professeur de danse (interprété par Eric Métayer) fait d’une chorégraphie d’Odette  "elle dégage beaucoup d’émotion mais manque totalement de technique"

Certes l’énergie rageuse d’Andrea Bescond - elle interprète Odette adulte trentenaire- est restée intacte, Sur scène l'actrice usait de son corps comme d'un partenaire pour faire naître la cohorte des témoins :  Elle avait trouvé le ton juste entre l'hyperréalisme et la petite touche de comédie qui permet au spectateur de respirer, voire de rire. .Mais en passant de la scène à l’écran, "son" personnage est comme "héroïsé"…Et  son interprétation - une forte tendance à surjouer - se heurte à celle de tous les autres acteurs si "justes" au demeurant (Pierre Deladonchamps le violeur pédophile, Karine Viard la mère bourgeoise plus préoccupée du regard des autres que de la douleur de sa propre fille ou encore Clovis Cornillac en père bienveillant )

L’éclatement chronologique et  la coexistence de deux époques dans le même plan voire le même cadre, le déplacement de la psy à l’intérieur de la pensée reconstituée, ce procédé trop répété a quelque chose d’artificiel. Et pourtant le début avait entraîné le spectateur vers une autre manière de filmer : Odette (Andrea Bescond) danse sur un fond noir puis flash back par un raccord sur un dessin que la jeune Odette (Cyrille Mariesse) esquisse, avant que n’entre dans le champ de la caméra Gilbert, une proposition, la porte rose de la salle de bains qui se ferme – tout est dit et suggéré à la fois : viol hors champ trauma que l’on cherche - des années plus tard- à exorciser dans la danse dans la dernière scène (en écho d’ailleurs avec la première) l’enfance que les viols lui avaient arrachée, Odette la retrouve symboliquement !!

Il semblerait qu’à force de mélanger tous les styles (certains plans sur fond noir  renvoient même à la théâtralité)  le film ne parvienne pas à "trouver" le sien propre alors que la pièce assurait un juste équilibre entre texte et chorégraphie

Cela étant, il faut saluer une démarche courageuse : dénoncer la pédophilie, évoquer le lent cheminement vers la "résilience"

Mais elle est moins convaincante dans le film (même si le duo a jugé opportun d'ajouter le témoignage de la soeur de Gilbert, lors du procès )

On peut être écriveur sans être écrivain

Ce n’est pas la colle qui fait le collage (Max Ernst)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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