Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 13:39

Documentaire réalisé par Charlie Siskel et John Maloof (2012)

 

 

a-la-recherche-de-Vivian-Maier.jpg

 

"incroyable histoire d'une mystérieuse inconnue"

Certes  (pour le contenu)

 

Mais que de défauts dans la réalisation qui gâchent le plaisir de "voir" !

 

Ce documentaire aura au moins le mérite de donner l'envie au spectateur de se familiariser avec l'univers de cette photographe (inconnue il y a encore 5 ans....)

 

 voir le site:

www.vivianmaier.com

 

Elisabeth 

 

 

 

On peut reprocher à ce documentaire ses effets "racoleurs" (miser sur le "sensationnel"par exemple) une bande-son quasiment inutile (faussement illustrative) et l'omniprésence de John Maloof à l'écran pendant une bonne partie du film...Mais ce dernier ne réalise pas un biopic ; il mène une enquête (voir le titre "à la recherche de...") et saluons au moins le travail de titan : numériser les films, scanner les négatifs, rechercher les témoins, interviewer plus de 60 personnes (dont les enfants qui ont eu comme nounou Vivian Maier), solliciter l'avis de photographes "reconnus" dont Mary Ellen Mark, construire un puzzle de plus en plus complexe; bref John Maloof aura été un "révélateur"!

 

Colette  13/07 

Repost 0
Published by cinexpressions
commenter cet article
10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 06:53

Film israélien (2013) d'Aharon Keshales et Navat Papushado.

Avec Lior Ashkenazi, Tzahi Grad, Rotern Keinan, Dav Glickman

 

"Alors même qu'une  fillette est de nouveau retrouvée décapitée la police piétine. Miki un inspecteur aux méthodes peu conventionnelles, pense tenir le meurtrier en la personne de Dror, un professeur de théologie malingre et apparemment inoffensif. Mais la révélation sur Internet de ses interrogatoires musclés lui vaut une mise à pied et la remise en liberté immédiate du suspect. Convaincu de la culpabilité de Dror, Miki décide de le kidnapper pour le faire avouer mais il est devancé par  Gidi le père de la dernière victime en date. Embarqué contre son gré dans la croisade du paternel inconsolable, l'ex-policier va devoir assumer son désir de vérité et prendre part au chemin de croix qui attend Dror (résumé circonstancié)

 

 



big-bad-wolves.jpg

 

Et si le grand méchant loup dans ce "torture porn" était tout simplement Israël?

 

Un pédophile présumé? Qu'à cela ne tienne il va payer! Les tortionnaires sadiques exultent !!

 

Tortures à l'écran, pouah! Elles "tronçonnent" en le "massacrant" le plaisir-voyeur du spectateur

 

Musique souvent pompeuse de Haim Frank Ilfman

 

Décalages dans les surenchères et changements de tons (attention humour grinçant!);

 

 Pas étonnant que Tarantino ait élu ce film "meilleur de l'année" (2013) 

 

J-M Denis

 

 

Repost 0
Published by cinexpressions
commenter cet article
7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 14:21

D' Emma Dante

Avec Emma Dante (Rosa) Alba Rohrwacher (Clara) Elena Cotta (Samira) Renato Malfatti (Saro Calafiore)

A la Mostra de Venise 2013, Coupe Volpi meilleure actrice pour  Elena Cotta; prix de la meilleure musique pour les frères Mancuso

 

En adaptant son roman "Via Castellana Bandiera" Emma Dante construit son film comme une tragédie classique avec les trois "fameuses" unités: de lieu (Palerme et plus particulièrement la rue étroite à sens unique); de temps (24h un dimanche ) et d'action (l'entêtement de deux conductrices "cramponnées" à leur volant, chacune refusant de reculer, faire marche arrière); et dans le dernier plan-séquence, muet, voici un choeur moderne -les habitants, tout âge confondu, courent dans la même rue "miraculeusement" élargie, face à l'oeil de la caméra, coryphée invisible.

 palerme-copie-1.jpg

De l'aveu même de la réalisatrice le film est conçu comme un western, un duel "le volant est un pistolet, le levier de vitesse la gâchette". Il n'en reste pas moins que l'habitacle de la voiture va se transformer, par métaphore, en réceptacle de la conscience: au cauchemar de Rosa (perdre sa compagne Clara) correspond en écho la vision fantomatique de la fille défunte - unique scène où le spectateur entendra la voix de Samira.

On peut certes reprocher la prégnance (trop appuyée) de certains antagonismes (le couple de lesbiennes cultivées, venu de Rome s'oppose à la micro société machiste et "primaire" d'une famille sicilienne, les Calafiore) ou de certains symboles (la Via Castellana Bandiera comme parabole d'une Sicile ou du moins d'une société fermée sur elle-même, incapable d'évoluer; la rue qui s'est élargie ne prouverait-elle pas a posteriori que les barrières nullement infranchissables sont de pures créations de l'esprit?).

Cela étant, Emma Dante, bien connue du public rouennais pour ses pièces de théâtre et qui signe là son premier film, excelle dans ce mélange d'humour, d'absurde et d'onirisme tout comme elle sait créer un tempo en alternant scènes d'extérieur (les voisins dans la rue et dans leur appartement) et scènes de réclusion dans la voiture, confidences de l'ordre de l'intime et silences, colères et tentatives d'apaisement ou encore gros plans (sur les visages des deux "ennemies") et plans d'ensemble.

Et cette lumière qui balaie en le diffractant le fond montagneux, qui va s'amenuisant vers le soir, et  s'assombrit jusqu'à la tristesse de l'aube (la tragédie est restée hors champ) imprime l'univers urbain de son empreinte cinégénique !

 

CLD

 

 

 

Au risque d'apparaître au "ras des pâquerettes", j'ai trouvé ce film un peu de bric et de broc, peu crédible (comment croire à l'impossibilité de faire sortir la vieille dame de sa voiture?). La dernière séquence est belle (quoiqu'un peu longue) car elle donne une touche de fantastique qui aurait dû marquer le reste du film.

 

ME  le 7/07

 

,

Repost 0
Published by cinexpressions
commenter cet article
6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 09:40
Film de  Ken Loach présenté à Cannes (compétition officielle) 
Avec Barry Ward, Simone Kirby, Jim Norton, Francis Magee,
Musique George Fenton

  

  jimmy-s-hall.jpg

  

Film remarquable !

C’est un hymne à la joie et aux plaisirs de la vie comme la danse, le chant, la poésie, le partage et la solidarité.

C’est un film politique sur l’Irlande de 1930 qui est d’une formidable actualité pour la France d’aujourd’hui.

La critique  de l'Église, intelligente, montre que le fanatisme fasciste et rabat-joie des Talibans n’est pas étranger au catholicisme lorsqu’il est en position dominante. Et c’était il y a quelques décennies seulement.

Enfin les acteurs sont prodigieux d’authenticité, la mise en scène enlevée, rien de glauque, ni de tire-larmes, ni de triste appuyé, scénario très fin, une œuvre d’une grande jeunesse pour un réalisateur de 78 ans. Ken Loach devrait être au panthéon du cinéma mondial.

Un grand merci à ce sacré réalisateur pour son message si bien dit et si opportun aujourd’hui.

Foncez le voir, si ce n‘est déjà fait, pour votre plus grand bonheur !!!

 

Serge Diaz

 

Repost 0
Published by cinexpressions
commenter cet article
30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 09:17

Film franco-belge de Stephan Streker

Avec Vincent Rottiers, Ymanol Perset, Olivier Gourmet, Reda Kateb, Dinara Droukarova, Sam Louwyck

Musique d'Ozark Henry

Prix Magritte du meilleur film et des meilleurs décors

 

Une nuit sur un pont

Un coup de couteau

Il y a Pouga

Et il y a Julien, (dit le pitch)

 


le-monde-nous-appartient.jpg

 

La première séquence correspond en fait (du moins partiellement) à la fin du récit. Qui est ce tueur muni d'un poignard? Qui est la victime et ce personnage qui semble la contempler? À partir de flash back et de scènes fragmentaires et fragmentées, au spectateur de "reconstituer" l'ensemble des faits. Le réalisateur a recours au montage parallèle pour rendre palpables deux destins: celui de Pouga et celui de Julien. Le premier une frappe, (follement amoureux de son assistante sociale qui cherche à le réinsérer), savoure l'extrême plaisir de  conduire des voitures volées (voir l'affiche); sollicité par son "mentor" Zoltan (Reda Kateb) il va participer à un "fameux" coup...Le second très bon footballeur est avide de réussite, non seulement pour satisfaire son ego mais aussi pour "intéresser" son père (admirable Olivier Gourmet) auprès duquel il vit tel un étranger. Qu'ont en commun ces deux jeunes hommes sinon cette soif de réussir, persuadés que "le monde leur appartient"; réussir contre le père absent, (image désastreuse), remplacé par le malfrat ou le coach.

 Jusque-là rien de vraiment original! D'où vient la force persuasive de ce film? De la mise en scène. Film de nuit essentiellement, il happe à grands fracas et renforts de hachures les artères de Bruxelles, ses tunnels, alors que les néons à cause de la rapidité du mouvement rappellent la froideur de forces cinétiques, qui alternent avec de longs travellings. Et sans extrapoler ne pourrait-on concevoir que la ville ainsi filmée est comme une projection "mentale" ou un paysage intérieur? Deux scènes paraissent sortir tout droit du surréalisme belge: un rhinocéros qui traverse une rue entravant le cheminement de Pouga (certes le symbolisme peut être lourd mais d'une lourdeur qui sied à ce pachyderme...); le dédoublement du personnage: c'est le même qui se regarde avec vue en plongée sur son corps mort allongé..(voir l'affiche).

 Et que dire de cette scène où le bleu acier des yeux de Vincent Rottiers (Pouga) tente de convaincre l'assistante de quitter son mari pour lui, l'unique amoureux fou? ou de cette autre où tous les personnages sont rassemblés interprétant la même chanson comme dans une chorale? Dans la noirceur ambiante elle est comme un arpège salvateur...

Un film exalté et incisif que la musique rend encore plus troublant!

 

"On est la somme des gens qu'on rencontre"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Repost 0
Published by cinexpressions
commenter cet article
25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 07:23

Documentaire réalisé par Wang Bing

 

 

 Aucune épithète si louangeuse fût-elle, ne saurait qualifier ce documentaire hors norme tant sa rudesse est somptueuse!

 Yunnan  3200 mètres d'altitude. Sur ces hauteurs brumeuses et boueuses vivent trois soeurs seules au début (le père est parti à la ville en quête de travail, la mère a quitté définitivement le hameau...); l'aînée Yingying a 10 ans, la plus jeune Fenfen 4 les-3-soeurs-du-yunnan.jpg. On se chamaille on s'épouille on mange gloutonnement des pommes de terre ou des pâtes chez la tante.

Ces gamines vivent dans une masure, au sol en terre battue, eau parcimonieuse à l'extérieur, pas d'électricité; un semblant de table sert aussi de pupitre à l'aînée qui révise ses cours (houspillée d'ailleurs par le grand-père "toujours dans tes livres").

Le documentariste a opté pour les plans longs afin de synchroniser "flux de l'image" et "flux de la vie au quotidien" (dans ses gestes répétitifs :cueillette, élevage à l'extérieur, rangement, préparation du feu,  repas, à l'intérieur). Et il justifie ce choix "Moi, ce que j’aime, c’est la totalité : je n’aime pas les plans coupés courts. J’aime voir dans un film la richesse de la vie de chacun, la richesse de ses changements, et je veux que le public puisse avoir accès à cet ensemble, pas seulement à des bribes, des fragments de vie ". Ainsi Wang Bing regarde ses personnages de face ou les suit, il semble attendre, jamais ne pratique l'intrusion -refuse toute voix off explicative-; et c'est précisément ce réalisme à la fois organique et contemplatif qui fait l'originalité de ce film. Voici une scène d'intérieur on croirait à s'y méprendre être face à une œuvre picturale tant la répartition des couleurs, l'emplacement des personnages et les effets de clair obscur semblent "travaillés"; or c'est l'inverse c'est parce que l'humain est là au centre, c'est parce qu'il habite le lieu que le plan semble esthétique (ou esthétisé). Il en va de même pour les extérieurs; Yingying se pose, se repose tant elle est exténuée; ainsi filmée au premier plan elle semble s'insérer dans la vastitude d'un paysage comme dans une assomption. Peu de paroles -hormis les plus banales du quotidien et une scène d'altercation entre Yingying et une autre gamine du hameau.

La réalité économique de la Chine affleure ça et là au détour d'une remarque, d'un constat: le père n'ayant pas trouvé de travail à la ville revient au hameau; une femme remplacera la mère disparue définitivement; lors des agapes (fête du cochon) le "chef" du village évoque l'augmentation des "impôts" (il y a l'électricité); pour se rendre à la ville il y a peut-être un bus mais la réservation est obligatoire sinon rien...; une femme vend des confiseries à l'entrée de l'école mais Yingying à l'écart se contentera de "regarder"....

Et pourtant malgré des conditions de dur labeur et malgré l'extrême dénuement, ces gamines aux frimousses morveuses, à la peau rougie par les vents et le froid ressemblent étrangement à ces "herbes qui poussent toutes seules" (Wang Bing)

  

CLD

Repost 0
Published by cinexpressions
commenter cet article
17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 07:01

De Marianne Pistone et Gilles Deroo
Avec  David Merabet, Michael Mormentyn, Cindy Dumont, Benjamin Cordier, Emmanuel Legrand

 

 

 

Synopsis: Il était dit que le jeune Mouton vivrait sa vie simple d'employé au restaurant de la mer pendant trois ans et qu'il serait arraché à cette vie après une nuit tragique au bal Sainte-Anne. Voici l'histoire résiduelle de ses potes restés dans une ville désormais peuplée de chiens et d'espoirs contenus dans de minuscules gestesmouton.jpgVite ! Il vous reste peu de séances pour  voir ce film qui, en quelques plans bien cadrés (à la Dumont dit-on) rend compte de la banalité d'une existence, celle d'un jeune  homme un peu simplet surnommé Mouton, dans la grisaille d'une ville en bord de mer ; mais il y a les potes : que deviennent-ils après l'accident ? Ce sera l'objet du deuxième volet moins convaincant que le premier mais aussi intéressant dans la façon de filmer (acteurs non professionnels, action en temps réel, longs moments de silence, etc.).

Bref un film à ne pas manquer!

(le synopsis laissait entendre qu'on avait  affaire à un conte "il était dit que..."  mais c'est un conte bien ancré dans le réel)

 

 

Elisabeth

 

 

 

 

Un film qui tout à la fois dérange intrigue et séduit. Grâce lunaire et nonchalante de Mouton, baiser glouton capté soudainement dans le drapé d'une tenture/cloison, scène rituelle(?) du crachat, poisson mort que caressent les passants/clients, chien errant qu'abandonne Mimi, les jumeaux qui se figent auprès du corps voluptueux d'une prostituée, un corps mutilé...Des gestes répétitifs cadrés dans de longs plans fixes, des vues d'ensemble sur la côte de Courseulles-sur-Mer comme endeuillée par le gris (en écho la carte postale censée immortaliser une station balnéaire ensoleillée), tout invite à la sidération! Mais d'accord avec vous; dès que la voix off a annoncé et le drame (Mouton disparaîtra de l'écran) et le futur des autres personnages, on a l'impression que le second volet étire quasi inutilement la narration.

 

Colette mercredi 18

 

Repost 0
Published by cinexpressions
commenter cet article
13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 08:16

Documentaire australien de Paul Cox (1987); version restaurée

Avec la voix de John Hurt

 

 vincent

 

Vous connaissez Van Gogh. Mais connaissez-vous Vincent?

Le documentaire de Paul Cox (d'origine néerlandaise) non seulement rend hommage au peintre mais en s'appuyant uniquement sur les lettres envoyées à Théo, il nous fait pénétrer dans le labyrinthe d'une âme, son être le plus profond: ses émois son empathie pour les démunis (les mineurs du Borinage, les mangeurs de pommes de terre) ses révoltes (l'incompréhension de ses congénères) ses aspirations et ses déceptions, ses réflexions sa quête de lumière (le jaune incandescent). La voix off de John Hurt vibrante de raucité module en les rendant vivants les soubresauts d'une conscience à la fois lucide et désespérée. Voyage dans l'espace et le temps, le documentaire suit l'itinéraire de Vincent depuis Groot Zundert jusqu'à Auvers-sur-Oise en passant par La Haye, Paris, Arles, Saint-Rémy de Provence. Voyage dont le mouvement est scandé par l'image récurrente des pales d'un moulin et celle du train (défilement en accéléré de paysages hybrides, mélange de réalité et de reconstruction en aplats de couleurs chaudes ou tourmentées). Voyage exploration, voyage comme illustration du credo "il me semble être toujours un voyageur qui va quelque part et à une destination"."Nous sommes des pélerins, nous ne faisons que passer"

La plupart des tableaux ou reproductions représentés ont bien sûr une fonction illustrative, mais parfois en jouant sur les décadrages -saisie d’un détail à l’exclusion d’une scène- ou en éliminant les proportions, la caméra par ses mouvements permet de transformer la perception que nous avons d'une œuvre : à une vision d'ensemble fondée sur la simultanéité, elle substitue des visions successives

 

Inutile de comparer ce documentaire avec les films de Minelli ou Pialat; ce n'est pas un biopic. Nul acteur pour incarner Van Gogh (que nous ne découvrons que par des auto-portraits ). Toutefois (et ce sera mon grief) en voulant "reconstituer" des ambiances (un café parisien avec des clins d'oeil à Toulouse-Lautrec) ou des scènes tragiques (la mutilation suite à la bagarre -Arles; l'enterrement de Vincent) le documentaire perd en authenticité, et tend vers le factice et l'inutile qu'accentue le déplacement gauche voire dégingandé des acteurs/figurants. (Écueil évité par Resnais dans son court métrage sur Van Gogh 1948).

 

Mais il y a la musique de Vivaldi et de Rossini!

 

CLD

Repost 0
Published by cinexpressions
commenter cet article
9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 13:54

De Jean-Pierre et Luc Dardenne (en compétition à Cannes)

Avec Marion Cotillard, Fabrizio Rongione, Simon Caudry

 

"Avec les frères Dardenne, on n'est jamais déçu 

"Bof! Encore un film social"

deux-jours-une-nuit.jpgParoles de spectateurs, avant la projection. Qu'en fut-il à la sortie? On ose espérer que même les plus réfractaires aux films dits "de genre" (social de surcroit), auront apprécié cette façon de filmer toute en pudeur, en révolte contenue, en silences parfois! Qu'ils auront été sensibles à la progression dans la dramatisation (Sandra est d'abord très motivée, puis elle prend douloureusement conscience de se comporter en "mendiante" en réitérant sa supplique ou de provoquer la violence suite à la bagarre père/fils; tentée par la résignation face à l'inanité de sa démarche, elle ira malgré tout jusqu'au bout..)

Ce qui frappe dans ce film, c'est le contraste entre la sobriété formelle voire son minimalisme, la ténuité scénaristique et le foisonnement, la richesse des idées suggérées. En effet, la quête de Sandra (faire basculer un vote en sa faveur) dessine en creux un contexte social (bas salaires, précarité, chômage) mais aussi l'évolution du concept "classe ouvrière": on est dans la phase de l'ultralibéralisme forcené, une prime de 1000 euros ne peut être que la bienvenue (on va aménager la maison, on va payer les études des enfants, on va pallier un manque à gagner suite au chômage du conjoint, etc...) et qu'importe le sort de l'ouvrière licenciée! (pire, la direction, sadique, imposait de choisir entre la prime et Sandra...). Les réactions des uns et des autres vont trahir à la fois la peur de l'autre (être jugé, d'où la question "qui a déjà voté pour toi"?) une forme d'individualisme (que Sandra ne saurait condamner "oui, oui je comprends") et parfois la résolution du cas de conscience -un vrai dilemme -- fera triompher la "solidarité" (voir la scène avec Timur l'entraîneur des "poussins" où par-delà la barrière du terrain de foot, bras et pleurs scellent l'authenticité de l'amitié, ou encore celle avec l'employé en CDD, à la laverie)

Chaque rencontre avec un(e) employé(e) de l'entreprise est filmée en plan-séquence; la position de Sandra varie en fonction des lieux; en extérieur sur le trottoir face à l'interphone -vue de dos ou de profil-; à l'intérieur d'un immeuble,sur un palier dans l'embrasure d'une porte; et s'il y a franchissement c'est que l'autre aura dit "oui". L'indigence des paroles est compensée par le regard (et là il faut reconnaître à la fois le travail de direction d'acteurs et la performance de Marion Cotillard). La répétition (aller à la rencontre de l'autre, dire les raisons de la visite) n'est pas redondante: le déplacement se fait à pied, en bus, en voiture avec le mari (Fabrizio Rongione un fidèle des frères Dardenne); le discours change lui aussi: Sandra taira le nom de ceux qui ont déjà dit "oui" (peu importe! le vote est secret...). Ces différentes rencontres alternent avec des scènes d'intérieur (Sandra chez elle avec son mari très combatif et ses deux enfants; Sandra allongée dans la chambre; Sandra à la salle de bains. La présence récurrente d'une bouteille d'eau en dit long sur l'état psychologique du personnage!)

 Femme affolée par l'urgence, au regard de "bête traquée", Sandra (qui sort d'une dépression) sera tentée par le suicide, une TS à valeur de point d'orgue! Son "itinéraire" limité dans la durée (deux jours, une nuit) ne peut-il pas s'apparenter à un voyage initiatique? De sujet asservi par les contingences économiques et sociales, Sandra devient -dans la dernière scène- maîtresse de son destin (fût-il en dehors de cette entreprise). Victoire collective "on s'est bien bagarré" clame-t-elle triomphante et lumineuse!

  "On n'est jamais déçu avec les frères Dardenne"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Tout à fait d'accord avec la critique élogieuse de Colette.

Un bémol cependant : le point de départ du film, vote, comportement du patron sent un peu l'artifice du scénariste, mais une fois cette hypothèse admise...   

Marcel  Elkaim 9/06  14h55  

 

Repost 0
Published by cinexpressions
commenter cet article
6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 06:44

D'Audrey Estrougo

Avec Marie Denarnaud, Marie-Sohna Condé, Oumar Diaw

 

une-histoire-banale.jpgQuel dommage! Voici un film qui malgré son caractère ambitieux et sa volonté affichée d'être "utile" (propos de la réalisatrice) n'aura eu que très peu d'échos dans la presse nationale et aucun dans la presse locale (il est vrai que cette dernière daigne s'intéresser au Melville quand il y a "péril en la demeure""...)

Tourné en 4,3, dans l'appartement de la réalisatrice (pour toutes les scènes d'intérieur), avec un budget minuscule (8000 euros collectés sur internet), le film attaque frontalement un problème qui ravage notre société: le viol. Le titre (on l'aura compris) est ironique; mais l'antiphrase masque une douloureuse réalité: la banalisation du fléau; ce dont rend compte l'interrogatoire au commissariat : Nathalie a finalement décidé de porter plainte; mais les questions posées (l'inspecteur de police est hors champ!) tendent, insidieuses, à la "culpabiliser" (Portiez-vous une jupe? Connaissiez-vous la personne? Évidemment puisque Damien, le violeur, était un collègue de travail; etc.)

 

Le format choisi permet à la réalisatrice de centrer son propos sur le personnage de Nathalie et surtout sur son corps, le grain de sa peau, les formes voluptueuses du ventre des cuisses ou des fesses. Un corps qui frémit de plaisir quand il se fond dans celui de son fiancé, un corps recroquevillé par la peur suite au viol, un corps que l'on brosse avec énergie pour le "purifier", un corps que l'on veut mutiler pour en finir avec la détresse et la solitude, un corps aguicheur et qui se laisse pénétrer par n'importe qui, dans une vertigineuse descente aux enfers (les scènes au rythme rapide et répétitif ont pour cadre les toilettes de boîtes de nuit..) un corps à la grâce reconquise dans l'espace d'une salle de gym/danse (le miroir offre à Nathalie l'image d'un double qu'elle peut à nouveau regarder en face. ).

Sur les quatre mouvements qui scandent le récit, Audrey Estrougo a privilégié le troisième -la déconstruction du personnage- , soit les conséquences psychologiques physiologiques et morales du viol. Ressenti et vécu comme une abjection, il contraint la victime à l'isolement, à la solitude (la meilleure amie de Nathalie, inquiète, ne parvient pas à communiquer donc à comprendre); parce qu'il a été inexorablement souillé, le corps violé prolonge cette souillure en "s'offrant" à des inconnus de passage, en des actes sexuels expéditifs. Le reconquérir en le contrôlant, est-ce possible?

Marie Denardaud (que le grand public a connue dans la série télévisée "les vivants et les morts" de Mordillat) donne corps au projet d'Audrey Estrougo, grâce à sa magistrale interprétation!

 

Un film "nécessaire" !!!

 

CLD

 

Repost 0
Published by cinexpressions
commenter cet article

Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.


Pour vos enfants et petits enfants cinexpressions a aussi un petit frère:

http://cinemavisjunior.over-blog.com

 


Recherche