30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 08:17

Film franco-belge de Stephan Streker

Avec Vincent Rottiers, Ymanol Perset, Olivier Gourmet, Reda Kateb, Dinara Droukarova, Sam Louwyck

Musique d'Ozark Henry

Prix Magritte du meilleur film et des meilleurs décors

 

Une nuit sur un pont

Un coup de couteau

Il y a Pouga

Et il y a Julien, (dit le pitch)

 


le-monde-nous-appartient.jpg

 

La première séquence correspond en fait (du moins partiellement) à la fin du récit. Qui est ce tueur muni d'un poignard? Qui est la victime et ce personnage qui semble la contempler? À partir de flash back et de scènes fragmentaires et fragmentées, au spectateur de "reconstituer" l'ensemble des faits. Le réalisateur a recours au montage parallèle pour rendre palpables deux destins: celui de Pouga et celui de Julien. Le premier une frappe, (follement amoureux de son assistante sociale qui cherche à le réinsérer), savoure l'extrême plaisir de  conduire des voitures volées (voir l'affiche); sollicité par son "mentor" Zoltan (Reda Kateb) il va participer à un "fameux" coup...Le second très bon footballeur est avide de réussite, non seulement pour satisfaire son ego mais aussi pour "intéresser" son père (admirable Olivier Gourmet) auprès duquel il vit tel un étranger. Qu'ont en commun ces deux jeunes hommes sinon cette soif de réussir, persuadés que "le monde leur appartient"; réussir contre le père absent, (image désastreuse), remplacé par le malfrat ou le coach.

 Jusque-là rien de vraiment original! D'où vient la force persuasive de ce film? De la mise en scène. Film de nuit essentiellement, il happe à grands fracas et renforts de hachures les artères de Bruxelles, ses tunnels, alors que les néons à cause de la rapidité du mouvement rappellent la froideur de forces cinétiques, qui alternent avec de longs travellings. Et sans extrapoler ne pourrait-on concevoir que la ville ainsi filmée est comme une projection "mentale" ou un paysage intérieur? Deux scènes paraissent sortir tout droit du surréalisme belge: un rhinocéros qui traverse une rue entravant le cheminement de Pouga (certes le symbolisme peut être lourd mais d'une lourdeur qui sied à ce pachyderme...); le dédoublement du personnage: c'est le même qui se regarde avec vue en plongée sur son corps mort allongé..(voir l'affiche).

 Et que dire de cette scène où le bleu acier des yeux de Vincent Rottiers (Pouga) tente de convaincre l'assistante de quitter son mari pour lui, l'unique amoureux fou? ou de cette autre où tous les personnages sont rassemblés interprétant la même chanson comme dans une chorale? Dans la noirceur ambiante elle est comme un arpège salvateur...

Un film exalté et incisif que la musique rend encore plus troublant!

 

"On est la somme des gens qu'on rencontre"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 06:23

Documentaire réalisé par Wang Bing

 

 

 Aucune épithète si louangeuse fût-elle, ne saurait qualifier ce documentaire hors norme tant sa rudesse est somptueuse!

 Yunnan  3200 mètres d'altitude. Sur ces hauteurs brumeuses et boueuses vivent trois soeurs seules au début (le père est parti à la ville en quête de travail, la mère a quitté définitivement le hameau...); l'aînée Yingying a 10 ans, la plus jeune Fenfen 4 les-3-soeurs-du-yunnan.jpg. On se chamaille on s'épouille on mange gloutonnement des pommes de terre ou des pâtes chez la tante.

Ces gamines vivent dans une masure, au sol en terre battue, eau parcimonieuse à l'extérieur, pas d'électricité; un semblant de table sert aussi de pupitre à l'aînée qui révise ses cours (houspillée d'ailleurs par le grand-père "toujours dans tes livres").

Le documentariste a opté pour les plans longs afin de synchroniser "flux de l'image" et "flux de la vie au quotidien" (dans ses gestes répétitifs :cueillette, élevage à l'extérieur, rangement, préparation du feu,  repas, à l'intérieur). Et il justifie ce choix "Moi, ce que j’aime, c’est la totalité : je n’aime pas les plans coupés courts. J’aime voir dans un film la richesse de la vie de chacun, la richesse de ses changements, et je veux que le public puisse avoir accès à cet ensemble, pas seulement à des bribes, des fragments de vie ". Ainsi Wang Bing regarde ses personnages de face ou les suit, il semble attendre, jamais ne pratique l'intrusion -refuse toute voix off explicative-; et c'est précisément ce réalisme à la fois organique et contemplatif qui fait l'originalité de ce film. Voici une scène d'intérieur on croirait à s'y méprendre être face à une œuvre picturale tant la répartition des couleurs, l'emplacement des personnages et les effets de clair obscur semblent "travaillés"; or c'est l'inverse c'est parce que l'humain est là au centre, c'est parce qu'il habite le lieu que le plan semble esthétique (ou esthétisé). Il en va de même pour les extérieurs; Yingying se pose, se repose tant elle est exténuée; ainsi filmée au premier plan elle semble s'insérer dans la vastitude d'un paysage comme dans une assomption. Peu de paroles -hormis les plus banales du quotidien et une scène d'altercation entre Yingying et une autre gamine du hameau.

La réalité économique de la Chine affleure ça et là au détour d'une remarque, d'un constat: le père n'ayant pas trouvé de travail à la ville revient au hameau; une femme remplacera la mère disparue définitivement; lors des agapes (fête du cochon) le "chef" du village évoque l'augmentation des "impôts" (il y a l'électricité); pour se rendre à la ville il y a peut-être un bus mais la réservation est obligatoire sinon rien...; une femme vend des confiseries à l'entrée de l'école mais Yingying à l'écart se contentera de "regarder"....

Et pourtant malgré des conditions de dur labeur et malgré l'extrême dénuement, ces gamines aux frimousses morveuses, à la peau rougie par les vents et le froid ressemblent étrangement à ces "herbes qui poussent toutes seules" (Wang Bing)

  

CLD

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 06:01

De Marianne Pistone et Gilles Deroo
Avec  David Merabet, Michael Mormentyn, Cindy Dumont, Benjamin Cordier, Emmanuel Legrand

 

 

 

Synopsis: Il était dit que le jeune Mouton vivrait sa vie simple d'employé au restaurant de la mer pendant trois ans et qu'il serait arraché à cette vie après une nuit tragique au bal Sainte-Anne. Voici l'histoire résiduelle de ses potes restés dans une ville désormais peuplée de chiens et d'espoirs contenus dans de minuscules gestesmouton.jpgVite ! Il vous reste peu de séances pour  voir ce film qui, en quelques plans bien cadrés (à la Dumont dit-on) rend compte de la banalité d'une existence, celle d'un jeune  homme un peu simplet surnommé Mouton, dans la grisaille d'une ville en bord de mer ; mais il y a les potes : que deviennent-ils après l'accident ? Ce sera l'objet du deuxième volet moins convaincant que le premier mais aussi intéressant dans la façon de filmer (acteurs non professionnels, action en temps réel, longs moments de silence, etc.).

Bref un film à ne pas manquer!

(le synopsis laissait entendre qu'on avait  affaire à un conte "il était dit que..."  mais c'est un conte bien ancré dans le réel)

 

 

Elisabeth

 

 

 

 

Un film qui tout à la fois dérange intrigue et séduit. Grâce lunaire et nonchalante de Mouton, baiser glouton capté soudainement dans le drapé d'une tenture/cloison, scène rituelle(?) du crachat, poisson mort que caressent les passants/clients, chien errant qu'abandonne Mimi, les jumeaux qui se figent auprès du corps voluptueux d'une prostituée, un corps mutilé...Des gestes répétitifs cadrés dans de longs plans fixes, des vues d'ensemble sur la côte de Courseulles-sur-Mer comme endeuillée par le gris (en écho la carte postale censée immortaliser une station balnéaire ensoleillée), tout invite à la sidération! Mais d'accord avec vous; dès que la voix off a annoncé et le drame (Mouton disparaîtra de l'écran) et le futur des autres personnages, on a l'impression que le second volet étire quasi inutilement la narration.

 

Colette mercredi 18

 

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 07:16

Documentaire australien de Paul Cox (1987); version restaurée

Avec la voix de John Hurt

 

 vincent

 

Vous connaissez Van Gogh. Mais connaissez-vous Vincent?

Le documentaire de Paul Cox (d'origine néerlandaise) non seulement rend hommage au peintre mais en s'appuyant uniquement sur les lettres envoyées à Théo, il nous fait pénétrer dans le labyrinthe d'une âme, son être le plus profond: ses émois son empathie pour les démunis (les mineurs du Borinage, les mangeurs de pommes de terre) ses révoltes (l'incompréhension de ses congénères) ses aspirations et ses déceptions, ses réflexions sa quête de lumière (le jaune incandescent). La voix off de John Hurt vibrante de raucité module en les rendant vivants les soubresauts d'une conscience à la fois lucide et désespérée. Voyage dans l'espace et le temps, le documentaire suit l'itinéraire de Vincent depuis Groot Zundert jusqu'à Auvers-sur-Oise en passant par La Haye, Paris, Arles, Saint-Rémy de Provence. Voyage dont le mouvement est scandé par l'image récurrente des pales d'un moulin et celle du train (défilement en accéléré de paysages hybrides, mélange de réalité et de reconstruction en aplats de couleurs chaudes ou tourmentées). Voyage exploration, voyage comme illustration du credo "il me semble être toujours un voyageur qui va quelque part et à une destination"."Nous sommes des pélerins, nous ne faisons que passer"

La plupart des tableaux ou reproductions représentés ont bien sûr une fonction illustrative, mais parfois en jouant sur les décadrages -saisie d’un détail à l’exclusion d’une scène- ou en éliminant les proportions, la caméra par ses mouvements permet de transformer la perception que nous avons d'une œuvre : à une vision d'ensemble fondée sur la simultanéité, elle substitue des visions successives

 

Inutile de comparer ce documentaire avec les films de Minelli ou Pialat; ce n'est pas un biopic. Nul acteur pour incarner Van Gogh (que nous ne découvrons que par des auto-portraits ). Toutefois (et ce sera mon grief) en voulant "reconstituer" des ambiances (un café parisien avec des clins d'oeil à Toulouse-Lautrec) ou des scènes tragiques (la mutilation suite à la bagarre -Arles; l'enterrement de Vincent) le documentaire perd en authenticité, et tend vers le factice et l'inutile qu'accentue le déplacement gauche voire dégingandé des acteurs/figurants. (Écueil évité par Resnais dans son court métrage sur Van Gogh 1948).

 

Mais il y a la musique de Vivaldi et de Rossini!

 

CLD

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 12:54

De Jean-Pierre et Luc Dardenne (en compétition à Cannes)

Avec Marion Cotillard, Fabrizio Rongione, Simon Caudry

 

"Avec les frères Dardenne, on n'est jamais déçu 

"Bof! Encore un film social"

deux-jours-une-nuit.jpgParoles de spectateurs, avant la projection. Qu'en fut-il à la sortie? On ose espérer que même les plus réfractaires aux films dits "de genre" (social de surcroit), auront apprécié cette façon de filmer toute en pudeur, en révolte contenue, en silences parfois! Qu'ils auront été sensibles à la progression dans la dramatisation (Sandra est d'abord très motivée, puis elle prend douloureusement conscience de se comporter en "mendiante" en réitérant sa supplique ou de provoquer la violence suite à la bagarre père/fils; tentée par la résignation face à l'inanité de sa démarche, elle ira malgré tout jusqu'au bout..)

Ce qui frappe dans ce film, c'est le contraste entre la sobriété formelle voire son minimalisme, la ténuité scénaristique et le foisonnement, la richesse des idées suggérées. En effet, la quête de Sandra (faire basculer un vote en sa faveur) dessine en creux un contexte social (bas salaires, précarité, chômage) mais aussi l'évolution du concept "classe ouvrière": on est dans la phase de l'ultralibéralisme forcené, une prime de 1000 euros ne peut être que la bienvenue (on va aménager la maison, on va payer les études des enfants, on va pallier un manque à gagner suite au chômage du conjoint, etc...) et qu'importe le sort de l'ouvrière licenciée! (pire, la direction, sadique, imposait de choisir entre la prime et Sandra...). Les réactions des uns et des autres vont trahir à la fois la peur de l'autre (être jugé, d'où la question "qui a déjà voté pour toi"?) une forme d'individualisme (que Sandra ne saurait condamner "oui, oui je comprends") et parfois la résolution du cas de conscience -un vrai dilemme -- fera triompher la "solidarité" (voir la scène avec Timur l'entraîneur des "poussins" où par-delà la barrière du terrain de foot, bras et pleurs scellent l'authenticité de l'amitié, ou encore celle avec l'employé en CDD, à la laverie)

Chaque rencontre avec un(e) employé(e) de l'entreprise est filmée en plan-séquence; la position de Sandra varie en fonction des lieux; en extérieur sur le trottoir face à l'interphone -vue de dos ou de profil-; à l'intérieur d'un immeuble,sur un palier dans l'embrasure d'une porte; et s'il y a franchissement c'est que l'autre aura dit "oui". L'indigence des paroles est compensée par le regard (et là il faut reconnaître à la fois le travail de direction d'acteurs et la performance de Marion Cotillard). La répétition (aller à la rencontre de l'autre, dire les raisons de la visite) n'est pas redondante: le déplacement se fait à pied, en bus, en voiture avec le mari (Fabrizio Rongione un fidèle des frères Dardenne); le discours change lui aussi: Sandra taira le nom de ceux qui ont déjà dit "oui" (peu importe! le vote est secret...). Ces différentes rencontres alternent avec des scènes d'intérieur (Sandra chez elle avec son mari très combatif et ses deux enfants; Sandra allongée dans la chambre; Sandra à la salle de bains. La présence récurrente d'une bouteille d'eau en dit long sur l'état psychologique du personnage!)

 Femme affolée par l'urgence, au regard de "bête traquée", Sandra (qui sort d'une dépression) sera tentée par le suicide, une TS à valeur de point d'orgue! Son "itinéraire" limité dans la durée (deux jours, une nuit) ne peut-il pas s'apparenter à un voyage initiatique? De sujet asservi par les contingences économiques et sociales, Sandra devient -dans la dernière scène- maîtresse de son destin (fût-il en dehors de cette entreprise). Victoire collective "on s'est bien bagarré" clame-t-elle triomphante et lumineuse!

  "On n'est jamais déçu avec les frères Dardenne"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Tout à fait d'accord avec la critique élogieuse de Colette.

Un bémol cependant : le point de départ du film, vote, comportement du patron sent un peu l'artifice du scénariste, mais une fois cette hypothèse admise...   

Marcel  Elkaim 9/06  14h55  

 

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 05:44

D'Audrey Estrougo

Avec Marie Denarnaud, Marie-Sohna Condé, Oumar Diaw

 

une-histoire-banale.jpgQuel dommage! Voici un film qui malgré son caractère ambitieux et sa volonté affichée d'être "utile" (propos de la réalisatrice) n'aura eu que très peu d'échos dans la presse nationale et aucun dans la presse locale (il est vrai que cette dernière daigne s'intéresser au Melville quand il y a "péril en la demeure""...)

Tourné en 4,3, dans l'appartement de la réalisatrice (pour toutes les scènes d'intérieur), avec un budget minuscule (8000 euros collectés sur internet), le film attaque frontalement un problème qui ravage notre société: le viol. Le titre (on l'aura compris) est ironique; mais l'antiphrase masque une douloureuse réalité: la banalisation du fléau; ce dont rend compte l'interrogatoire au commissariat : Nathalie a finalement décidé de porter plainte; mais les questions posées (l'inspecteur de police est hors champ!) tendent, insidieuses, à la "culpabiliser" (Portiez-vous une jupe? Connaissiez-vous la personne? Évidemment puisque Damien, le violeur, était un collègue de travail; etc.)

 

Le format choisi permet à la réalisatrice de centrer son propos sur le personnage de Nathalie et surtout sur son corps, le grain de sa peau, les formes voluptueuses du ventre des cuisses ou des fesses. Un corps qui frémit de plaisir quand il se fond dans celui de son fiancé, un corps recroquevillé par la peur suite au viol, un corps que l'on brosse avec énergie pour le "purifier", un corps que l'on veut mutiler pour en finir avec la détresse et la solitude, un corps aguicheur et qui se laisse pénétrer par n'importe qui, dans une vertigineuse descente aux enfers (les scènes au rythme rapide et répétitif ont pour cadre les toilettes de boîtes de nuit..) un corps à la grâce reconquise dans l'espace d'une salle de gym/danse (le miroir offre à Nathalie l'image d'un double qu'elle peut à nouveau regarder en face. ).

Sur les quatre mouvements qui scandent le récit, Audrey Estrougo a privilégié le troisième -la déconstruction du personnage- , soit les conséquences psychologiques physiologiques et morales du viol. Ressenti et vécu comme une abjection, il contraint la victime à l'isolement, à la solitude (la meilleure amie de Nathalie, inquiète, ne parvient pas à communiquer donc à comprendre); parce qu'il a été inexorablement souillé, le corps violé prolonge cette souillure en "s'offrant" à des inconnus de passage, en des actes sexuels expéditifs. Le reconquérir en le contrôlant, est-ce possible?

Marie Denardaud (que le grand public a connue dans la série télévisée "les vivants et les morts" de Mordillat) donne corps au projet d'Audrey Estrougo, grâce à sa magistrale interprétation!

 

Un film "nécessaire" !!!

 

CLD

 

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 06:18

De Tommie Lee Jones

Avec lui-même dans le rôle de Briggs et Hilary Swank (Mary Bee Cuddy)

 

Synopsis: En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy, une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska. Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de George Briggs, un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente. Ils décident de s'associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière

 

 

 

the-homesman.jpgUne louable intention: en adaptant le roman de Glendon Swarhout, Tommie Lee Jones voulait faire la part belle aux femmes (ignorées ou souvent absentes dans les légendes sur la "conquête de l'Ouest") mais le côté lisse et sage de ce "faux western" le rend insipide. Et dans la dernière demi-heure le "cow-boy" Briggs, seul, après avoir rendu les 3 folles à Miss Carter (Meryl Streep), passe son temps à cabotiner! On s'ennuie! Dommage!

 

Elisabeth

 

 

 

 

Certes la plus longue partie de ce film peut générer l'ennui (paysages à la beauté convenue et fondus enchaînés à répétition) mais l'ensemble repose sur une dynamique, celle de la dichotomie assez intéressante dans le sens où elle déboulonne les clichés sur la conquête de l'Ouest : ici l'Ouest est sauvage et maléfique, l'Est lumineux et civilisé; profane et sacré; insane et raisonné; la femme May Bee Cuddy (courageuse autoritaire et généreuse) l'homme G Briggs le "rapatrieur" ( menteur et intéressé) etc. dichotomie jusque dans la musique de Marco Beltrami. Et ce piano "virtuel", bande de tissu brodé , sur lequel continue à s'exercer May Bee Cuddy en quête de mari??

Colette le 5/06

 

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 07:50

Documentaire réalisé par Stéphanie Valloatto présenté à Cannes (hors compétition) 

Avec Plantu (France) Pi San (Chine), Jeff Danziger (USA) Mikhail Zlatkovsky, (Russie) Nadia Khiari (Tunisie), Michel Kichka (Israël), Baha Boukhari (Palestine), Angel Boligan (Mexique), Damien Glez (Burkina Faso), Rayma Suprani (Venezuela), Baki Boukhalfa (Algérie), Kurt Westergaard (Danemark), Lassane Zohore (Côte d'Ivoire)

 

 

caricaturistes.jpg Si le documentaire affiche (dès le titre) une volonté manifeste de rendre hommage à ces dessinateurs de presse, ces "fantassins" qui "luttent" pour la liberté d'expression (souvent bafouée), force est de constater que la forme choisie est assez décevante. Hormis le générique -où se mêlent images d'actualité et dessins des caricaturistes- et les tout derniers plans -défilement rapide des différents ancrages quotidiens-, le reste au montage souffre des insuffisances typiques des docus TV: tant dans le rythme, que dans l'orchestration des commentaires; un va-et-vient répétitif et convenu: tel moment d'émotion (gros plan sur le visage tuméfié du dessinateur syrien et sur ses mains "bousillées" par les  tortionnaires de Bachar ..) sera placé avant telle séquence plus informative; d'où cette impression désagréable de "formatage" (= application de recettes prétendues efficaces)

Un dessin/caricature ne fait sens que s'il est mis en perspective. Mais dans l'effort de "recontextualisation" on devine souvent les clichés de la doxa occidentale. Le "fantassin de la démocratie" est censé combattre l'obscurantisme de "la pensée unique" et le film qui lui rend hommage tomberait dans ce piège? Il suffit d'écouter Rayma Suprani égrener tous les griefs de la presse d'opposition au Venezuela à l'encontre du "monstre" Chavez ou d'entendre les propos de Lassane Zohore sur l'élection d'Ouattara (légitime...); on peine à croire (Michel Kichka) qu'on a érigé le Mur dit de "Sécurité" sans se soucier du sort de ceux qui vivraient de "l'autre côté"...les Palestiniens!

La caricature -politique- est une arme. Son humour corrosif peut "choquer" . Kurt Westergaard (Danemark) se souvient: en caricaturant le prophète Mahomet avec un bonnet en forme de bombe, il dénonçait l'intégrisme musulman; réponse? une violence inouïe à l'échelle planétaire.. Plantu a des déboires avec des intégristes cathos: une vignette représentant Benoît XVI sodomisant un gamin les a indignés; l'auteur, lui, fustigeait l'hypocrisie de l'Eglise. Angel Boligan (Mexique) sait pertinemment que certains sujets sont prohibés (l'armée par exemple) sous peine de... La "bien-pensance" ne saurait faire bon ménage avec la facétie audacieuse, la provocation et l'impertinence; Anastasie rôde encore dans les démocraties dites "confirmées" mais elle cisaille allègrement ailleurs où la presse est muselée.

 Si dans ce documentaire, Plantu est sur-représenté, c'est qu'il est plus ou moins à l'initiative du projet, en tant que fondateur et président de l'association "Cartooning for Peace"(2006) et ami du producteur Radu Mihaileanu. Il joue ainsi le rôle de "passerelle" entre les différents pays. On le voit, entre autres, avec Yasser Arafat en 1990 et Simon Peres en 1992; chacun va apposer sa signature sur le même dessin et ce, avant l'entérinement des accords d'Oslo!!!

 Pour commenter l'actualité en Tunisie, depuis le départ de Ben Ali, Nadia Khiari a créé un personnage, Willis le Chat;("Willis from Tunis") mais depuis la victoire des Islamistes, l'encre s'est empourprée de sang!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 08:01

Film de Cronenberg en compétition à Cannes,

Avec Julianne Moore (prix d'interprétation féminine) Robert Pattinson, Mia Wasikowska (Agatha) Evan Bird (Benjie) John Cusack (le père)

 

cronenberg.jpgFond bleu -ciel- émaillé d'étoiles et de figures géométriques, les génériques de début et de fin illustrent au sens littéral le titre "maps to the Stars". Starification? Le film investit un espace, celui d'en-bas, que Cronenberg peuple d'emblée de bizarreries: d'où vient cette jeune post-ado (Mia Wasikowska) qui claque 200 dollars pour se faire conduire en limousine vers la maison de...? Quelle est cette femme hystérique (Julianne Moore), "actrice sur le retour' qui cherche à "rejouer" le rôle de sa mère, star des années 60, fantôme qui la persécute? Et cet ado de 13 ans (cocooné par une mère irresponsable) qui a déjà subi des cures de désintox? Etc. La trame narrative qui s'élabore progressivement, mêle adroitement présent, passé et fantasme (au spectateur de démêler ce qui revient à l'un ou à l'autre). Quelques scènes-choc (le coach-gourou, John Cuzack, juché sa "proie" (Julianne Moore) qu'il triture , l'ado arrogant (Evan Bird) face à ses figures de "tutelle" impresario, producteur etc., la fille "revenante" ou "mutante" frappée violemment par le père) en disent long sur la famille Weiss, installée dans des décors design glacés, famille/microcosme qui renvoie, métaphoriquement, au monde d'Hollywood, la cité des stars! Monde où vont se (re)jouer des scènes de vie familiale marquées par l'inceste, où vont surgir la pourriture (vomissements, défécation) et ses stigmates (brûlures sur le visage et les bras d'Agatha, la sœur pyromane); la pourriture comme métaphore d'un milieu abject où, tous, à tous les niveaux (producteur, star, attaché de presse, etc.) et quel que soit leur âge (surtout les plus jeunes) flagornent pour obtenir un rôle, pour être "reconnus". .Hollywood! La cité du cinéma gangrenée par le Mal.(l'égoïsme surtout). Une fresque  assez trash que scande -comme en contrepoint- le poème d'Eluard "Liberté"...

 Comme souvent chez le réalisateur des plans aux cadrages très précis renvoient par analogie à des espaces mentaux, la présence d'un seul personnage au centre d'un plan semble insister à la fois sur la solitude et l'égoïsme. Alors que des effets spéculaires -le film en train de s'élaborer et des extraits d'autres films "bad baby sitter" par exemple- vont mettre en évidence la ténuité de la frontière entre réel et fiction (le jeune acteur n'interprète-t-il pas à l'écran, le trauma qu'il a réellement subi?). Mais c'est bien Agatha la sœur, gantée de noir, pyromane, consumée elle-même de l'intérieur, qui impose les règles du jeu: son arrivée coïncide avec le début du film, son union incestueuse en position de gisant vue en plongée le clôt; c'est elle qui récite le poème d'Eluard, qui s'incruste comme assistante chez l'actrice (Julianne Moore) pour mieux la "manipuler", la posséder et la déposséder. Ne serait-ce pas là une des fonctions majeures du cinéma?  

"c'était un rêve mais c'est fou comme ça avait l'air vrai" (Benjie/Evan Bird)  

"sur les marches de la mort j'écris ton nom : liberté" (voix off de Mia Wasikowska)

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

 

Marcel Elkaim le 30/06

Critique au vitriol (plutôt à l'hémoglobine) d'Hollywood mais d'un Hollywood phantasmé... Dès lors pourquoi tant de sang et de complicité dans l'horreur ? Trop c'est trop ! 

 

 

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 10:44

Documentaire réalisé par Yves Montmayeur (France, Autriche)

 

haneke.jpgYves Montmayeur a, depuis Code inconnu, réalisé des "making of" de tous les films de Haneke (hormis La pianiste) et dans le documentaire qu'il propose aujourd'hui il mêle des extraits de ce matériau de base (accumulé pendant plus de 15 ans) aux scènes des différents films (images d'archives), qu'il entrecoupe d'interviews d'acteurs (Jean-Louis Trintignant, Emanuelle Riva, Isabelle Huppert, Béatrice Dalle, Juliette Binoche, Susanne Lothar, etc.) et du réalisateur lui-même. Ainsi vont s'opérer des "glissements" entre les images de plateau et le film lui-même achevé, qui donnent l'impression de "prolongements" voire de "confusions" (est-on en plein tournage ou dans le film?). Et au montage, à l'instar de Haneke qui utilise souvent des transitions brutales, Yves Montmayeur a recours parfois à de brefs écrans noirs ou à des raccords "cut"(qui pourront déplaire à certains)

Le documentariste a respecté les exigences de Michael Haneke: pas de questions sur les "interprétations possibles" de ses films (certains spectateurs seront donc inévitablement déçus), et "pas d'intrusion dans la vie privée". Dès lors les critiques qui déplorent l'absence d'"autobiographie" (entendons le "vécu" la vie intime du réalisateur) tombent à faux.. C'est bien un artiste au travail, dans l'exercice de sa fonction, que le spectateur est invité à découvrir: Voici un "chef d'orchestre, exigeant", mais aussi "facétieux" (il s'esclaffe l'œil goguenard) sous ses allures d'intellectuel calviniste ou luthérien. Avant une prise il interprète souvent lui-même le geste, la pose, le déplacement dans l'espace, bref tout ce qu'il exige d'un acteur (voir la scène du cauchemar dans Amour par exemple), veille avec son chef opérateur à tous les éclairages, aux cadrages, et une fois la "bonne prise" effectuée, il congratule chaleureusement ou peut déplorer, véhément, une insuffisance patente (Code inconnu)

Comme scène liminaire Yves Montmayeur a choisi celle du meurtre dans Benny's Video 1992 (qui reste comme souvent d'ailleurs chez Haneke, hors champ).  C'est que tout est déjà dans cette critique de la télévision qui banalise la violence. Et surtout dans la représentation que nous avons de la réalité (nous sommes confrontés à nous-mêmes alors qu'il est si facile de nous dédouaner...). Et pour les autres films (Funny Games, 71 fragments,  Le ruban blanc, Code inconnu, La pianiste, le Temps du loup, Caché,  Amour ) les extraits choisis sont-ils judicieux? (servent-ils ou non le propos?...) Quoi qu'il en soit,  ce n'est pas pur hasard si le documentaire s'ouvre et se clôt sur Amour...Cette dernière création (2012) du réalisateur autrichien permet à Yves Montmayeur de "revisiter" comme à rebours tout son univers filmique!

 

Il se laisse guider par le mouvement d'un visage, c'est ça qui rend sa mise en scène très organique (Isabelle Huppert)

Haneke s'amuse peut-être beaucoup mais les acteurs ne s'amusent pas du tout (J-L Trintignant)



 

Colette Lallement-Duchoze

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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