19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 07:17

de Edward Berger (cinéaste germano-suisse né en 1970)

Avec Ivo Pietzcker (Jack) Luise Heyer (Sanna la mère) Georg Arms (Manuel)

Jack

Jack? C'est le personnage éponyme. Il sera de tous les plans (comme certains de ses devanciers E Berger le filme souvent de dos dans ses errances). C'est par son regard et seulement par son regard que les "autres" prennent corps (ainsi des critiques plus ou moins oiseuses sur le manque d'envergure ou de consistance des personnages secondaires tombent à faux...).

Si un prologue a pour vocation d'encoder un film, ici il met en évidence en un long plan séquence l'incroyable énergie de ce gamin de 10 ans qui assume le rôle d'un adulte (père ou mère) : préparer le petit déjeuner, habiller son frère Manuel, le conduire à l'école et tout cela, sur un rythme effréné (tout au long du film nous verrons Jack courir, courir, prêt à vaincre tous les obstacles, à la recherche de.... la mère). Après le prologue, voici la scène d'ouverture: quelques mouvements de caméra et quelques propos échangés sur la pelouse de Tiergarten et l'on comprend que cette "femme/adolescente" est la mère des deux garçons; Sanna l'insouciante, l'irresponsable, l'immature??? Le réalisateur ne jugera pas; il se contente de "montrer"

Le film va suivre l'itinéraire de ce gamin:  d'abord chez lui, dans cet appartement où il assure la gestion quotidienne à défaut de ..., où il se plaît à "renvoyer" les amants de sa mère; au centre de placement où il est victime de brimades, et surtout pendant les 3 jours d'errance dans les rues de Berlin à la recherche de sa mère l'éternelle Absente! Il entraîne son frère "petit poucet rêveur" désarticulé (par trop de fatigue). Parcours marathonien: que d'espoirs caressés, vers lesquels on fonce et que de désillusions -(avec dessiné en creux le portrait du monde adulte)

Le cinéaste a d'ailleurs paré à une éventuelle objection sur l'enfance livrée à elle-même dans une capitale C’était important de tourner dans l’anonymat d’une grande ville où les gens, notamment les plus jeunes, peuvent se perdre. La métropole, c’est une jungle où tout le monde est occupé, ce qui rend la présence d’enfants quasiment invisible ».

Au  bout de ce parcours ce sera une prise de conscience terrible (pour des parents); absolue, définitive....

Et si dans sa quête Jack n'avait poursuivi qu'une chimère? ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 09:49

Documentaire réalisé par Emmanuel Gras et Aline Dalbis

 

 

"J’étais sans abri et vous m’avez recueilli" -cette inscription figure sous la fresque du foyer Saint-Jean-de-Dieu, centre d'hébergement de nuit, à Forbin, Marseille.

300 hommes c'est la capacité d'accueil de ce centre. 300,  pas un de plus; à un moment le gardien de nuit refusera -au nom de la sécurité- l'accès à un homme (le 301) en quête de chaleur...

Emmanuel Gras et Aline Dalbis nous immergent dans ce lieu : depuis la réception (au guichet), jusqu'aux dortoirs en passant par la cour (où avant de se coucher certains fument leur dernière clope) avec intrusion dans la chapelle (lieu de la prière et du recueillement pour les Frères ).

300 hommes

Ce travail d'immersion est celui de deux "humains" parmi des "humains hébergés". Ni empathie, ni distance critique. Les hommes ne sont pas filmés face à la caméra mais en train de discuter entre eux, ou avec un(e) responsable; et si un plan en isole un, c'est pour le montrer comme figé dans sa tourmente intérieure. Certains plans (plongée ou contre plongée ou plans d'ensemble) semblent décomposer l'ossature de ce centre -murs et fenêtres; salles, escaliers- quand l'homme est hors champ.... (et pourtant si "présent")

Si la charité est de rigueur, elle a forcément ses limites (des gardiens peuvent houspiller, rudoyer, menacer). Car la violence est quasi omniprésente (gestes paroles); une violence souvent due à l'alcool, violence qui se nourrit de la misère; les disputes éclatent et les tensions sont  bien réelles.

Toutes les générations sont confondues: un jeune de 20, 22 ans rêve de se procurer un appartement qui abriterait le "couple" à venir...; un trentenaire est persuadé qu'il sera conseiller de personnalités politiques; un homme plus âgé, alcoolique notoire, est convaincu qu'il sera le "seul survivant". Ainsi, certains "hébergés" sont comme des "morts-vivants" quand d'autres refusent ce statut,  conscients que leur  décrépitude est "passagère, mais tous -à leur façon- semblent revendiquer leur part d'humanité tapie, au profond, malgré tous les malgré... .

 

Ce qui frappe au final (et nous émeut tout autant) c'est  le ressassement, celui d'un parcours de "survie" toujours toujours recommencé; et surtout cette façon de filmer qui bannit  les pièges d'un documentaire par trop "voyeur"

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 07:41

De Eugène Green (Italie) Avec Fabrizio Rongione, Christelle Prot, Ludivico Succio

 

 

La Sapienza

 

Pour "entrer" dans ce film et se laisser "habiter" il convient d'accepter les partis pris du cinéaste concernant la langue et la façon de filmer. Si la jeune Lavinia affirme "parler français me donne des forces" en s'adressant à Alienor, c'est qu'Eugène Green amoureux des langues latines, du français donne aux dialogues les tournures de la langue écrite très châtiée (dans les choix lexicaux, les constructions syntaxiques, le refus des gallicismes et des élisions), et il impose une diction qui peut nous sembler surannée ou "pédante" (prononcer toutes les liaisons, sonoriser les "e" muets, par exemple) l'acteur étant comme "extérieur" à son discours, (on devine bien sûr le refus de toute forme de "naturalisme" ou d'exubérance qui gangrènent tant de productions). Filmer en frontal les personnages (et parfois le regard de l'acteur Fabrizio Rongione qui fixe la caméra semble vous "transpercer"), travailler comme au cordeau chaque plan (deux verres vides avec en toile de fond le lac et c'est une nature "morte" qui s'impose à notre regard) chaque cadrage (dans la reconstitution de la dernière nuit de Borrimini seuls en gros plans des mains et des objets). Telle est bien la marque du réalisateur

Tout cela au service d'un double propos: sur l'architecture et la transmission (les deux thèmes majeurs du film selon le cinéaste), l'architecture, cet art de créer des vides destinés à accueillir la lumière; la transmission " base de toute civilisation". Dans le film s'insinuent parfois des incongruités assez triviales (le touriste australien et son outrageuse prétention; certains personnages de la Villa Médicis) mais elles sont destinées moins à faire rire (trop facile) qu'à participer (comme en négatif ou en creux) de/à ce propos.

Ainsi à l'instar du terme "sapienza" qui recouvre deux acceptions (l'église construite par Borrimini reproduite sur l'affiche du film et la sapience, latinisme qui désigne la "sagesse") le film opte pour la forme duale: au décor parisien du prologue (avec les lignes horizontales du périphérique et celles verticales d'immeubles) s'opposent les rives du lac Majeur (large panoramique où se confondent le bleu et la lumière); la relation maître et élève qui s'inversera en relation élève/maître; le montage parallèle (Rome et l'architecture baroque revisitées par Alexandre et Goffrado; les bords du lac Majeur pour la convalescence de Levinia assistée par Alienor); le réel et le fantastique (Alienor et la rencontre improbable d'un Chaldéen interprété d'ailleurs par le réalisateur; Alexandre et la "reconstitution" de la dernière nuit de Borromini) etc...

La musique de Monteverdi accompagne, souveraine, cardinale, le parcours "initiatique", de ces personnages! En quête...de la lumière...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

J'ai eu l'impression en regardant ce film que Julien Green copiait Kaurismaki, Ozou et Rohmer pour essayer de donner du fond à sa métaphysique pâteuse. Mais copier ses maîtres n'est pas gage de réussite. Quête de lumière ? ...et puis après ?...De l'esbrouffe prétentieux, beaucoup de silences accompagnent ce film que la musique au final de Monteverdi ne vient pas rattrapper. On y bâille ! On y baîlle !...

Serge Diaz 31/03/2015

Le culte de la diction baroque (sonorisation des "e" muets", prononciation de toutes les liaisons) Eugène Green le pratiquait dès la fin des années 70 (avec sa troupe "théâtre de la sapience"...ça ne s'invente pas). Quant à son film, n'est-ce pas prétentieux de la part d'un spectateur (qui s'est ennuyé) de décreter que le réalisateur n'est qu'un imitateur? Quand bien même ce dernier se "réclamerait" de x ou y, il conviendrait de chercher plutôt du côté de Bresson pour l'exigence formelle et certes du côté de Rohmer pour la légèreté apparente; mais Kaurismaki??? Ah ce besoin d'étiqueter à tout prix (besoin de se rassurer...???) 

Colette mercredi 1/04

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 12:38
Voyage en Chine

De Zoltan Mayer

Avec Yolande Moreau Qu Jing Jing André Wilms

Au départ un vieux couple sinistre (les couleurs des images accentuent cette impression) apprend la mort en Chine du fils qui avait depuis longtemps coupé les ponts avec ses parents. Du fait de la mésentente entre le père et le fils et aussi de la distance à l'intérieur du couple, la mère, part seule pour rapatrier le corps.

On voit Liliane (Yolande Moreau) franchir les obstacles administratifs et géographiques, seule d'abord, puis au fur et à mesure que le film avance, avec l'aide de personnages rencontrés au cours de ses pérégrinations. L'apogée est la rencontre avec les amis de son fils dont elle apprend la vie en Chine, dont elle découvre peu à peu la personnalité, auquel elle écrit les lettres qu'elle ne lui avait jamais écrites.

La fin du film est optimiste.

Les paysages et les acteurs (Yolande Moreau et aussi les Chinois) sont magnifiques. Les arrières-plans flous sont un parti pris. ils reviennent souvent mais jamais sans raison.

Un peu bisounours quand même.

C'est un bon film

Isabelle Lepicard

Alors si c'est "bisounours"....J M Denis le 30/03

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 17:47
Festival à l'Est du Nouveau du 17 au 24 avril

Un festival pour qui?

A l' Est du Nouveau, c'est pour tous les curieux d'autres regards sur le monde. Des vies qui ne sont pas les nôtres mais qui sont en même temps si semblables.
C'est fait pour ceux qui aiment les films drôles et tragiques, déjantés et profonds.
C'est fait pour ceux qui aiment se retrouver à la sortie des salles pour échanger, se dire ce qu'on a vu d'autre et qu'il ne faut pas rater.
C'est fait pour que Rouen le soir soit en effervescence, qu'on y parle tchèque et polonais aussi, qu'on s'y retrouve pour des fêtes improvisées et qu'on renoue avec l'atmosphère festivalière nordique qui nous a tant marqué et manqué.

 

Un festival pour quoi faire?

Le festival A l'Est, du Nouveau a pour objet de montrer des films issus des pays de l'est de l'Europe.

Il est aidé à ce titre par la commission européenne, les collectivités locales nous soutiennent et vous serez nombreux dans les salles.

Mais cela ne suffit pas pour l'objectif particulier que nous avons cette année :

Fêter la dixième édition du Festival!

 

Sur le site Arizuka, toutes les modalités, la description du projet, les contreparties et le processus d'inscription

 

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 06:22
1001 grammes

de Bent Hamer  Avec An Dahn Torp, Laurent Stocker

 

 

Le spectateur rouennais qui a suivi , fidèle,  le festival du cinéma nordique se rappellera l'humour décalé de "Eggs" (1995) ou de "Kitchen Stories" (2003),  la drôlerie poétique  de ce réalisateur norvégien Bent Hamer. Ici nous entrons dans  le monde des poids et mesures; un monde   strict rigoureux  (le dire est  un truisme), alors que la vie au quotidien est marquée, elle, par des aléas; et le réalisateur va jouer (un peu trop) sur ces oppositions, à travers le parcours de Marie -scientifique norvégienne-  qui représentera son pays à la conférence internationale du kilo organisée au pavillon Breteuil dans le parc de St Cloud. Les plateaux d'une balance peuvent illustrer ce parcours: sur l'un le poids du travail , sur l'autre celui des sentiments ; sur l'un, le poids réel du kilo, sur l'autre, celui d'une vie.... en cendres

Au départ un univers glacé où dominent le bleu et le blanc ; l'appartement de Marie ressemble lui aussi, à cause de son vide sidéral, à un laboratoire; il métaphorise le vide de son existence car en dehors de son métier de "métrologue", absence de  relations ou crépuscule d'une vie amoureuse  - à un moment, visite intempestive de l'ex venu récupérer ses biens. A  la fin, dans l'appartement de Pi (en France) domineront les couleurs chaudes comme pour "sublimer" les étreintes de l'amour

On passera ainsi progressivement du quantifiable à l'essence profonde des choses et la métamorphose de Marie n'est pas sans rappeler celle de Pi, chercheur devenu jardinier, qui sait entendre et capter le chant des oiseaux (avec leurs modulations, leurs stridences )

Mais si le film est proche de "Kitchen Stories" (par la rigueur esthétique et la dénonciation de l'absurde ) il n'en a pas la savoureuse drôlerie: les analogies (urne funéraire réceptacle des cendres du père et "urne" habitacle du fameux kilo norvégien; le père rêvant dans la paille avant de mourir que relaiera Marie comme pour en garder  l'empreinte ) les oppositions (des couleurs surtout) et les métaphores (ornières que l'on cherche à éviter en les contournant;  déclinaison des notions de "masse" et de "pesanteur" !!) ont un caractère trop appuyé  à l'instar de cet adage "Le fardeau le plus lourd de la vie, c’est de n’avoir rien à porter."

Reste cette musique lancinante de John Erik Kaada qui vient scander les démarches de Marie comme autant de marches vers...

Colette Lallement-Duchoze

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 17:07
Gente de Bién
Film colombien (2013) de Franco Lolli. Avec Brayan Santamaria, Carlos Fernando Perez

 

Le rêve de la mixité sociale perdu d'avance?

C'est ce que semble nous dire le film colombien "Gente de Bien" de Franco Lolli

 

Ici pas de trafic de drogue, on parle d'inégalités sociales.

Un père menuisier travaille et vend ses services tant bien que mal à une riche bourgeoise et traîne avec lui son fils. Ce dernier joue avec le fils de la propriétaire; mais au fil des jours tout s'effrite (disputes, moqueries, la domination s'installe)

 

Tout est dit par le jeu et le rôle de l'enfant de 10 ans

 

Un film pessimiste certes, mais à voir

 

Nicole Rousselet

 

 

 

Très beau film qui fait réfléchir, en effet, mais pas pessimiste. Des parents pas préparés à avoir un enfant (c'est hélas plus que courant). Un gamin qui n'est pas ébloui par le confort et les plaisirs de la classe bourgeoise mais voudrait simplement vivre avec ses deux parents d'origine modeste, être aimé d'eux, structuré, rassuré. Le scénario n'est pas piégé par la différence de classes pourtant omniprésente mais démontre que le développement d'un enfant ne passe pas par les biens matériels. Propos banal mais la mise en scène sans effets, le jeu d'acteurs réaliste mais réservé, apportent une douce tristesse à ce film qui force la réflexion sur l'éducation. Serge Diaz

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 12:25

de Stéphane Lafleur (Canada)

Avec Julianne Côté, Marc-Antoine Grondin, F. La Haye

Présenté à Cannes (quinzaine des réalisateurs)

 

 

tu-dors-Nicole.jpg

 

C'est l'été, un été caniculaire (on transpire on se baigne dans la piscine on actionne les ventilateurs). Nous sommes  invités à suivre le parcours de Nicole, en charge de la maison familiale en l'absence des parents: Vélo (en compagnie de son amie) mini golf, piscine, job alimentaire (trier des vêtements pour une organisation caritative); mais aussi fréquentation de personnages assez folklos ou insolites: le frère qui transforme une pièce de la maison en studio d'enregistrement; le collègue de travail assez simplet et surtout Martin un gamin chérubin de 10 ans à la voix très mâle (ah la magie du doublage); il s'exprime tel un sage en recourant à des aphorismes sur l'amour et les bienfaits de l'attente, ou sur le temps qui passe

 

Dès la première scène qui joue le rôle de prologue, le ton est donné: celui d'une indolente étrangeté: Nicole est comme "l'étranger", réfractaire à toute forme d'engagement; le choix du noir et blanc (plutôt "cotonneux") et d'une caméra fixe ou de plans fixes participe aussi à/de cette "étrangeté" Nicole entrera dans le cadre, pour bien vite le quitter et y réapparaître après un fondu au noir. Et voici une source lumineuse jaillissante qui sera un des leitmotive du film: ah! les geysers d'Islande; aller sur cette île mais pour quoi faire? rien précisément!!!

 

Quelques intrusions oniriques, un humour quasi omniprésent (surtout dans les réparties saugrenues proférées avec naturel) qui va tempèrer en les dédramatisant, les désillusions, nonchalance languide, et cette musique en live, tout cela (malgré quelques longueurs dans la seconde partie) fait de "tu dors Nicole" une œuvre singulière où le temps peut être suspendu!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 14:20

Premier long métrage du cinéaste estonien  Martti Helde

Avec Laura Peterson, Tarmo Song, Mitr Preegel, Ingrid Isotamm

Musique de Part Uusberg

Présenté au Festival "Premiers Plans" d'Angers (janvier 2015)

 

Des clauses secrètes du pacte germano-soviétique de "non-intervention" ont permis à la Russie d'occuper l'Estonie. Et le 14 juin 1941 sur ordre de Staline des familles chassées par milliers de leurs foyers sont envoyées dans des camps de déportation en Sibérie.

En l'absence d'archives (film ou documentaire) sur cette période, le cinéaste estonien a lu des témoignages , rencontré des "survivants" et surtout il a découvert des lettres, dont celles d'Erna! Ce sera le "matériau" de son film Crosswind

 

 

crosswind.jpgLes lettres d'Erna destinées à son mari -jamais envoyées car elle ignorait où il se trouvait- insistaient sur la notion de temps. Un temps comme aboli dans le camp de déportation (pour femmes) en Sibérie. Aussi pour en rendre compte, Martti Helde a-t-il opté pour un "dispositif" qui donne l'impression d'un temps suspendu: lents travellings latéraux, personnages comme figés dans une posture, une position  ou l'incomplétude d'un geste,  longs plans fixes et/ou "tableaux vivants", que renforcent le choix du noir et blanc et la musique de Part Uusberg. L'absence de dialogues est compensée par la voix off de l'actrice qui lit les lettres de cette épouse séparée de son mari, de cette femme  qui lutte pour "survivre", de cette mère angoissée par la santé fragile de sa petite fille.  Des lettres qui disent l'ineffable, des lettres qui modulent un tempo dans ce double exil: celui de la déportation et l'exil intérieur parsemé de réminiscences de l'intime. Elle appartient désormais à une autre époque cette robe aux motifs assortis à la vaisselle; bien loin aussi ce petit déjeuner  d'avant le basculement dans l'Horreur; horreur de la captivité dont le travail forcé, la faim, la misère et la mort sont le lot quotidien....

 

À l'instar d'Erna prisonnière dans la forêt de Sibérie le spectateur doit se sentir prisonnier de chaque plan" telle est la volonté du cinéaste. Certains spectateurs seront réfractaires dubitatifs ou dénonceront un "exercice de style superfétatoire". D'autres (dont je suis) se laisseront envoûter par la beauté tragique de la forme et habiter  par la Douleur !

Au retour des camps Erna est sans repères "que vaut la liberté si le prix à payer est la solitude"

Colette Lallement-Duchoze

 

Certes Crosswind est esthétiquement très réussi, le noir et blanc intense avec ses camaïeus de gris nous plongent dans une tristesse accablante. Mais quel ennui ! Un moyen métrage de 50 minutes (soit moitié moins) eut suffi. Car il n'est question que d'une longue litanie sur la souffrance, le malheur, l'arbitraire, sans que le film ne nous éclaire en quoi que ce soit sur les vraies raisons de cette déportation, les conditions de vie... hormis la faim. Le réalisateur accomplit un exercice de style mais pas un vrai film avec un scenario qui dépasserait l'anecdote au profit d'un témoignage sur un évènement historique cruellement mal connu. Le spectateur sort de la salle triste mais frustré, renvoyé seulement à de la compassion. Il n'est pas étonnant que Télérama, magazine à l'idéologie chrétienne très marquée ait aimé ce film.. On attend de ce très jeune (27 ans) réalisateur talentueux de sortir du diaporama la prochaine fois.              Serge Diaz   lundi  16/03/2015

 

 

 

Crosswind n'est pas un documentaire (le réalisateur  expliquait d'ailleurs à Angers pourquoi il avait choisi la fiction).  Donc  ne pas imputer à une oeuvre de  fiction d'éventuelles faiiblesses qui seraient peut-être  justifiées  pour un documentaire- Les lettres d'Erna ont valeur de témoignage; mais elles sont  si  éloquentes dans leur pudeur et si poignantes dans leur  prosaïque vérité qu'elles acquièrent une valeur universelle!  La gageure pour Martti Helde était de rendre compte du temps " pour Erna le temps s'est arrêté en Sibérie; sa seule réalité ce sont les souvenirs qu'elle a du passé"  Très bien dans ce cas je vais filmer ce qu'elle écrit, je vais figer le temps de façon à ce que le spectateur ressente exactement ce qu'elle décrit" L'enfermement du spectateur dans chaque plan est donc délibéré; certains se sentiront  asphyxiés ! d'autres seront comme aspirés!  Mais le réallisateur lui aura mené à bien son projet...                    Colette mardi 17/03

 

Je sors du cinéma. J'ai été subjuguée par ce film. je ne me suis pas ennuyée une seconde. il faut dire que pour connaitre un peu l'Estonie, j'étais peut-être plus sensible à l'histoire. je le recommande aussi pour ce choix de mise en scène et en images.

Isabelle Lepicard lundi 30/03

 

 

 

 

 

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 07:12
de A Gonzales Inarritu
avec Michael Keaton Edward Norton Emma Stone
4 Oscars
 
 
birdman.jpgUne thématique par trop éculée, une facticité formelle deux raisons bien suffisantes pour être très déçu par le dernier film du Mexicain Inarritu (alors que la trilogie "Amours chiennes" "21 grammes" et "Babel" laissait assez pantois....). Une "célébrité" plus ou moins has been taraudée par les affres du "never more" et qui tente de reconquérir un nouveau public? Quoi de plus banal (et l'on songe à Sils Maria..ou Maps to the stars ) Opposer la côte Ouest (=Hollywood) à la côte Est (=Broadway) quoi de plus convenu dans le cinéma américain? La thématique du "double" et/ou le jeu d'oppositions d'antinomies que renforce la présence de miroirs (dans la loge de l'acteur ou la chambre d'hôpital) se décline ad libitum: acteur et célébrité; l'acteur et son double -ici voix caverneuse de Birdman; illusion et réalité; la scène et les coulisses; le ça et le surmoi; le fantastique (lévitation, télékinésie) et le trivial (une robe coincée dans une porte et l'acteur en slip se met à courir au vu et su de badauds interloqués sur Times Square...); la création et la critique (incarnée ici par une harpie qui se doit d'"assassiner la pièce" avec des formules convenues) etc.. Tout cela est certes délibéré: des poncifs devenus caricatures? Resterait la forme: elle impose au film une fluidité que donne l'illusion d'un seul plan-séquence . La caméra avec ses travellings arrière (ou avant) pénètre dans les coulisses du théâtre alors que l'on vient juste de quitter le plateau (et du coup se profile comme en surimpression un espace mental) ou élargit son champ de vision par une ouverture sur la rue. Des travellings ascendants et descendants sur les immeubles de Broadway font écho à l'affiche (en contre plongée le visage de l'acteur Riggan Thomson et en plongée Michael Keaton). Un changement de lumière et l'on est passé presque subrepticement de la nuit au jour! Filmer simultanément réalité et fantasme, en insérant les trucages typiques des blockbusters pour mieux les discréditer, et la caméra se met à virevolter à l'instar de l'acteur qui s'envole (car il a été Birdman) tel  le nouvel Icare des Temps Modernes.. Mais tout cela est assez "factice"
Deux bémols toutefois : l'humour (un acteur sur scène veut "faire vrai" pour preuve sa propre érection! le Birdman qui suit sa proie telle une ombre n'est plus qu'une affreuse Chimère etc.) et la musique ( entre autres les solos du batteur Antonio Sanchez et des extraits de la symphonie 9 de Mahler)
 
"Comment en est-on arrivé là?"Question liminaire. Que voit réellement Sam tout à la fin du film, alors que son père s'est "volatilisé"?


Colette Lallement-Duchoze
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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