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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 17:44

Film de Rusudan Chkonia avec Ia Sukhitashvili, Gia Roinishvili

 

 

Un filkeep-smiling.jpgm géorgien, ce n'est pas si fréquent, dont le sujet pourrait paraître convenu: une émission de télé dite de "réalité" où dix mères de famille concourent pour gagner un appartement et une somme d'argent non négligeable. A une exception près, elles sont toutes de milieu très modeste; certaines sont des réfugiées d'Abkhasie et vont se soumettre, par nécessité, à des humiliations de la part du meneur de jeu.
 En contrepoint des séances de préparation, d'un ridicule à peine souligné, on voit  la vie quotidienne -et dramatique - de ces femmes écartelées entre le désir de gagner et la volonté de rester dignes et d'être respectées. A cela s'ajoute la toile de fond d'un régime qui marie de façon épouvantable les habitudes du passé (corruption...) et les travers d'une société de consommation.
Même si l'ensemble n'est pas, d'un point de vue cinématographique, tout à fait maîtrisé, ce film mérite le déplacement    
 
Marcel Elkaim
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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 06:51

Film italien de Rocco Papaleo. Avec Alessandro Gassman (Rocco Santamaria), Paolo Briguglia (Salvatore Chiarelli ), Max Gazzè (Franco Cardillo), Rocco Papaleo (Nicola Palmieri), Giovanna Mezzogiorno (Tropea Limongi).

 

basilicata.jpgVoici quatre musiciens, des potes de longue date, qui vont réaliser un projet "fou" -et ce sera la "chronique d'un anachronisme"- parcourir à pied, avec une carriole tractée par un cheval blanc, les cent kilomètres de cette région, la Basilicate, de la côte tyrrhénienne à la côte ionienne. Leur but? se rendre au festival de "théâtre-chanson" de Scanzano Jonico. Une journaliste interprétée par Giovanna Mezzogiorno (qu'on avait vue en maîtresse de Mussolini dans Vincere) les accompagne; ce sera le prétexte à faire un film dans le film, mais traité sur le mode de la dérision.

Le prologue -assez long- les présente dans l'exercice de leur fonction avant que ne s'élabore le projet; un professeur de mathématiques, un menuisier, un marchand de tabac et un animateur de télévision.

Comme tout "voyage" dans l'espace ou le temps correspond -et c'est un truisme- à une quête de soi, les quatre compères aux allures donquichottesques, auront compris à la fin de leur périple "ce qu'ls ne sont pas" à défaut de savoir "ce qu'ils sont'. C'est qu'en dix jours de marche des lambeaux d'un passé que l'on croyait enfouis, peuvent ressurgir; des désirs inassouvis se libérer, des rencontres jouer le rôle d'épiphanies...On rit de bon coeur avec Rocco (interprété par Alessandro Gassman, fils de Vittorio), avec Nico (interprété par le réalisateur lui-même) tiraillé entre ses rêves d'enfant, son désir d'être reconnu et ses obligations maritales. On sourit de la romance qui s'ébauche entre la journaliste et le musicien muet. Certes on pourra déplorer la ténuité de l'enjeu scénaristique, le recours (peut-être inévitable) à certains clichés et les mimiques de certains acteurs (qu'accentuent de gros plans sur leurs visages). Mais on ne sera pas insensible à la beauté -parfois austère- des paysages de cette région que le grand angle, les vues panoramiques, celles en plongée ou contre-plongée magnifient tandis que la lumière se diffracte ou s'embue d'orages naissants et que sifflent les pales des éoliennes.

Et cet hommage à Carlo Levi, interprété par Gian Maria Volonté dans l'adaptation cinématographique que fit Rosi de son roman "le Christ s'est arrêté à Eboli"; à l'instar de son devancier la caméra de Rocco Papaleo sait se faire "lyrique" :ne serait-ce que par le recours au plan subjectif pour évoquer l'éloignement par exemple.

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 08:03

Belgique, Pays-Bas, France. Film de P Brosens et J Hope Woodworth. Avec Aurélia Poirier Django Schrevens

  

la-5-saison.jpg

Conte cruel au "réalisme poétique", fable aux allures de "chronique d'une mort annoncée", le film séduit par l'originalité de certains angles de vue (la traite des vaches filmée en plongée par exemple) le signifiant du champ contrechamp, la beauté des cadrages et de la photo (terre craquelée, fusion en ocres brunâtres des hommes et des choses), la lenteur des plans-séquences, en même temps qu'il semble alerter la planète ("quand les abeilles s'en vont, le reste suit, tout disparaît", constate, amer, Pol l'apiculteur phlosophe). La cinquième saison sera celle qui ne s'inscrit pas dans le cycle traditionnel, soit une sorte d'hiver éternel..; à cette "brisure" d'un rythme millénaire, correspond le délitement des rapports humains. Le village fête dans la liesse la fin de l'hiver (premier tableau); mais le printemps attendu n'étant pas venu, été et automne devenus aussi mortifères que l'hiver, au collectif se substituera progressivement l'individualisme (quête de nourriture pour la survie en sachant que "la charité c'est pas bien", délations, accusations)  jusqu'au sacrifice final; les hommes affublés de masques (on songe à J Ensor) seront les nouveaux prêtres de cette cérémonie expiatoire, où le feu doit embraser et purifier (la victime désignée est l'autre, Pol en l'occurrence, malgré les supplications d'Alice)     

  

Un homme assis boit son café, face à lui sur la table son coq; bizarrement"muet"; mutisme qui renvoie au silence minéral des deux sculptures animales qui ornent la pièce? En tout cas mutisme annonciateur de la catastrophe...C'est la scène inaugurale. Ce même personnage on le verra vers la fin du film pourchassant son coq; extérieur jour (en écho à la chasse à l'homme que pratiquent les villageois); ellipse; intérieur; même position que dans le plan d'ouverture; mais le coq a dit adieu au gallinacée..

Le pays où l'on caressait les arbres, où les murs suintaient de pleurs de savon, où les flots ondoyaient de fleurs, n'est plus...

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 06:17

Documentaire de Chris Marker et Pierre Lhomme (1962/63) Copie restaurée présentée à Cannes 2013

 

 

 

le-joli-mai.jpg

Un film/documentaire composé de deux parties séparées par un intermède dans lequel Yves Montand interprète la chanson. En ouverture ce sont des panoramiques sur les toits,  des plongées sur des rues ou des cadrages plus serrés avec en off la voix de Montand le récitant. Mais surtout les réalisateurs et leur équipe sont allés à la rencontre des habitants (un joli  panel de la capitale sous De Gaulle); certains propos recueillis s'apparentent à des conversations: le tailleur de la rue Mouffetard (partie I) obnubilé par l'argent condition sine qua non du bonheur; le couple de jeunes amoureux, la mère et les 9 enfants heureux de quitter un taudis (Aubervilliers); une décoratrice accessoiriste solitaire et heureuse de l'être, un Noir originaire du Dahomey qui revit la confrontation entre l'histoire racontée par sa grand-mère, sa suspicion envers les Français et celle imposée en haut lieu; un jeune apprenti d'origine algérienne  qui subit de plein fouet le racisme "professionnel", les deux sociologues   futurologues, les deux architectes urbanistes, etc. Ces personnages sont vus en frontal, en plans rapprochés ou de trois quarts face à l'interviewer ou la caméra et quelquefois le plan s'élargit en faisant coïncider paroles et factuel; ou bien c'est un groupe (employés de la Bourse; grévistes dans le hall d'une gare, par exemple). Et quasiment à chaque fois des raccords dits thématiques. Seules les voix de femmes incarcérées que l'on entend au final seront en off...

 

Les images d'actualités prises sur "le vif" en temps réel, deviennent pour un spectateur de 2013, des images d'archives: la manif et le métro Charonne, le cortège silencieux pour les 8 morts; le  procès Salan, les cérémonies officielles aux Champs Elysées (avec De Gaulle). On danse le madison, le twist, on joue l'Année dernière à Marienbad,  Cléo de 5 à 7 Mais que s'est-il passé de singulier en ce mois de mai 1962? Si la question porte  sur la guerre d'Algérie ou les accords d'Evian c'est souvent l'omerta....(Fantomas est revenu: titre la seconde partie et de nouveaux vocables sont entrés dans le dictionnaire "plastiquer", par exemple...) En tout cas, des problèmes sociaux évidents - logements insalubres en plein centre de la capitale ou dans la banlieue proche, les bidonvilles de Nanterre, -conditions de travail-,  qui hélas perdurent...au XXI° siècle...

Au final, la voix de Montand égrène le bilan chiffré concernant la météo, les kgs de nourriture ingérée ou les hectolitres de boissons, les morts, etc.; une réalité paradoxalement abstraite face à l'authenticité des personnages devenus acteurs du film (tous en quête du bonheur) et de leurs propos (individualistes ou non, réactionnaires ou non )

 

Un tel film où l'on sent à chaque plan l'empathie des deux réalisateurs pour les personnes rencontrées, ne nous invite-t-il pas à nous interroger sur notre présent (un demi-siècle plus tard..) en le mettant en perspective?? sous le regard profond, énigmatique de ces chats ("Des parcelles d'or ainsi qu'un sable fin/ Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques" Baudelaire)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 18:59

Film grec de Spiros Stathoulopoulos

Avec Théo Alexander, Tania Kouleva-Karantinaki

 

 

meteora.jpg

C'est sur un triptyque que s'ouvre le film; panneau de droite Théodore, panneau de gauche Urania; et dans le panneau central la représentation des deux pitons rocheux des Météores qui se font face; leurs escarpements, un escalier abrupt ou un mécanisme rudimentaire d'un filet hissé par une corde pour y accéder. Le récit alternera séquences filmées (les plus nombreuses) en extérieur ou intérieur  et séquences animées traitées telles des icônes byzantines ou des enluminures. Loin d'être de redondantes duplications, celles-ci prolongent la narration et/ou lui impriment une dimension poétique et fantasmatique -les cheveux déployés d'Urania, le bain de sang qui submerge les "amants" pour ne citer que les plus signifiants. À la fin, dernier plan, le même triptyque, mais sans ….

 

On pourra reprocher au cinéaste de traiter de façon trop lisse le dilemme qui taraude les deux personnages (foi, vœu de chasteté et désir, appel de la chair). Nulle passion dévastatrice, nul érotisme.

 

Mais on ne pourra rester insensible à la beauté à la fois majestueuse et austère des Météores. La caméra, fixe la plupart du temps, restitue en longs plans (en contre plongée) la masse hiératique des monolithes ou cadre dans la vallée des scènes presque champêtres (pique-nique du moine et de la moniale par exemple) joue avec les clairs-obscurs pour les scènes d'intérieur (prières, lectures silencieuses, préparations culinaires)

 

Lenteur du rythme, maîtrise des cadrages et des lumières, animation stylisée, ellipses et/ou non-dits, tout concourt à faire de l'histoire de ce moine et et de cette nonne, tiraillés entre la culpabilité et le désir, une sorte de conte aux résonances universelles!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 05:56

de Noah Baumbach
avec Greta Gerwig, Mickey Sumner

 

frances-ha.jpg

 

 

Un film en noir et blanc qui se passe à New-York. Pourquoi pas ? Cela va me rappeler avec nostalgie les premiers films de Woody Allen. L’affiche donne envie : un beau visuel de cette jeune fille dansant avec grâce. Présenté en compétition à Berlin et à Toronto et encensé dans la presse française, je m’attendais à découvrir de la fraîcheur et un portrait exubérant de New-York. Le résultat fut bien décevant.

 

En effet le noir et blanc est joli mais le tout est fort ennuyeux. C’est une succession de bavardages incessants, de scènes vides sans intérêt dans lesquelles Frances rechigne et se plaint comme une enfant. Elle est toujours à côté de la plaque et ressort inaboutie comme son nom qu’elle écourte au final. Les dialogues n’ont pas de charme, sont creux et finissent par m’agacer. Le thème, ces jeunes qui ont du mal à se stabiliser et à passer à l’âge adulte (comme le berlinois dans le réussi « Oh boy ! ») aurait pu être amené avec finesse et profondeur. Le sujet est traité en surface.

C’est un puzzle de films indépendants intergénérationnels qui m’a laissée de glace.

 

Béatrice Le Toulouse

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 14:39

De Ruben Alvens

Avec Rita Blanco, Joaquim de Almeida, Roland Giraud, Chantal Lauby, Barbara Cabrita, Lannick Gautry, Nicole Croisille

 

la-cage-doree.jpg

 

Je voulais "m'éclater" lors de cette fête du cinéma

 

On me conseille "la cage dorée" "tu verras une comédie super"  (déjà le titre beurk! mais bon!)

 

Bingo? NON

 

Côté distribution. Une Nicole Croisille qui aurait oublié son botox au vestiaire; un Giraud vraiment pas au top;  un Lannick Gautry plus gauche que jamais. Les deux acteurs "super" paraît-il je ne les  connais pas!!!

 

Une bourgeoise qui confond Salazar et Alcazar, oeillets et tulipes ( il fallait rire???)

 

Lourdingues aussi les "clichés" sur "travail famille religion"

 

 

Alors que Vive le Portugal; mais le VRAI....

 

 

J-M Denis

 

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 08:03

Lettre de Serge Diaz ( 20 juin 2013)  à Hervé Aguillard, directeur de l'Omnia, suite à l'édito n°54 (rappelons que le mardi 4 juin le tribunal administratif de Rouen avait  annulé la DSP -délégation de service public - passée par la Ville en 2010  pour le cinéma Omnia)

 

 

Monsieur Aguillard

 

J’ai été choqué en lisant votre édito de la semaine de lire que l’Omnia était devenu “ le centre vivant du cinéma art et essai sur Rouen ”. Qu’il soit le centre le plus vivant, certes et je vous félicite, mais pas le seul...! Ce n’est pas la première fois que les cinéphiles de cette ville soulignent votre suffisance et votre mépris pour le cinéma le Melville. Il n’y a pas de gloire à frapper les blessés, votre succès, ne l’oublions pas, est dû à la compétence de votre équipe et de vous- même mais aussi à l’assassinat par Madame Fourneyron de l’agent historique d’un cinéma de qualité. Comment un cinéma d’art et essai avec un loyer exorbitant et sans aucune subvention pourrait-il faire face à la concurrence ? C’est miracle qu’il se maintienne vaille que vaille et c’est grâce à vos mêmes clients et à son personnel particulièrement héroïque.

Vous écrivez concernant la casse de la DSP “certains vieux rancuniers se réjouissent de ce qui nous arrive” . S’agit-il de vos anciens employeurs ou de Jean-Michel Mongrédien que vous avez contribué à faire partir ? Sachez que les cinéphiles, dont je fais partie, ne se réjouissent pas de ce qui vous arrive. Ils apprécient votre programmation, vont voir les bons films à l’Omnia et continuent d’aller au Melville. Et que vive le cinéma d’art et essai où qu’il soit !

Mépriser son ancien directeur est aussi mépriser vos nouveaux clients. Peut-être d’ailleurs JMM aurait-il dû, comme vous, répondre oui à toutes les exigences du cahier des charges pour l’emporter ? J’ai souvenir que des travaux importants (fauteuils, mise aux normes de sécurité et accès handicapés,...) faisaient partie de l’accord. J’avoue que les exigences nous paraissaient irréalistes, mais les naïfs sont aussi les plus honnêtes et mal leur en prend parfois.

Enfin, nous n’oublierons jamais que le festival du cinéma nordique a disparu, encore un dégât collatéral de Madame Fourneyron et ses amis, et que ce festival nous manque. Aucun autre festival n’a su le remplacer ni combler ce manque.

La situation d’aujourd’hui profite égoïstement aux cinéphiles de l’agglomération puisqu’un grand choix de bons films nous est proposé grâce à l’existence rive-droite de deux cinémas d’art et essai. Nous vous remercions de nous apporter de quoi alimenter notre plaisir, mais de grâce, soyez modeste(s); quant à l’agressivité, vous savez bien qu’elle n’aide pas à grandir.

Cordiales salutations

Serge Diaz (ex-membre du bureau de l’Association 2ème souffle)

 

 

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 18:41

Film roumain de Paul Negoescu

Avec Andrei Mateiu (Radu)  Joana Anastasia Anton (Adina) , Sinziana Nicola (Nadia)

 

 

un-mois-en-Thailande.jpg

 

Ennuyeux,

Scénario faible,

Personnage principal d’un terne !!!

Sans doute fait exprès,

 

Mais je n’ai vu aucun intérêt à ce film sur un trentenaire classe moyenne, que le réalisateur s’efforce à tout prix de retirer du contexte socio-culturel roumain actuel.

 

Serge Diaz

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 08:39

Film d'Alain Guiraudie.

Avec Pierre Deladonchamps (Frank), Patrick d'Assumçao (Henri) Christophe Paou (Michel)

 

 

l-inconnu.jpg   

Voici des hommes, nus, au bord d'un lac; ils exhibent leurs regards et leurs corps, s'adonnent aux plaisirs de la chair dans les bosquets attenants.

Une liturgie identique se répète chaque après-midi; vue en plongée, caméra fixe, sur le mini espace qui sert de parking; bruit moteur, arrivée de la R25 qui se gare (presque toujours à la même place); la caméra fixe capte l'arrivée de face de Franck dans la sente qui conduit à la grève; puis le personnage est filmé de dos (caméra fixe toujours) avant qu'il ne s'installe se déshabille ou se dirige vers la droite saluer un personnage solitaire, Henri le seul ventripotent ...Rituel de la drague aussi: un regard une parole et deux corps s'arrachent à la grève pour s'étreindre dans une frénésie sexuelle (les rares scènes de fellation ou de pénétration sont bien évidemment doublées).  

Mais il y a l'immensité de l'eau! Ces hommes pour la plupart bons nageurs,  s'immergent dans un bain lustral ou tout simplement hédonistes jouissent de cette osmose avec l'élément liquide. (comme le montrent d'ailleurs de très beaux plans sur le corps le visage de Frank quand il crawle). Ce lac est aussi le repaire du Mal; dès le début on apprend qu'un silure immense y aurait élu domicile; mort et croyances légendaires.!.. Eau et obscurité seront les complices du meurtre commis par Michel; mort et profondeurs abyssales!. Quand l'eau ne frémit plus mais se "déchaîne", que le vent ne susurre plus mais violente feuilles et arbres (à noter que dans ce film les bruits de la nature certes parfois amplifiés sont la seule musique) la conscience de Frank est elle aussi ébranlée (mais les conseils du sage Henri seront frappés d'inanité) Eros et Thanatos!

Ainsi dans un espace à la fois clos et ouvert -lac, rives, bosquets - la lumière édenique des premiers jours s'est muée à partir du sixième en  obscurité crépusculaire; Frank dans la pénombre d'un soir qui tombe, assiste au meurtre; et son silence "résonne" comme un aveu: il crie sa passion pour le meurtrier..

."L'inconnu du lac" a reçu à Cannes le prix de la mise en scène dans la section "Un certain regard" . Un prix bien justifié: cadrages, lumières, scènes apparemment répétitives (hormis un détail, un angle de vue), la grève comme espace "théâtral" avec ses entrées et sorties, avec ses dieux apolliniens et dionysiaques, avec ses dialogues à la fois anodins et empreints de philosophie.

Quant au contenu, le réalisateur a visé l'universel : "Il y a beaucoup de films hétéros qui sont devenus des métaphores homos, eh bien disons que là, j'avais envie de faire l'inverse, qu'un film au contenu au départ teinté par l'homosexualité devienne une métaphore de la société, du désir, de l'humain en général"  

 

 

 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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