13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 03:49

de  Sebastián Lelio 

Avec Julianne MooreJohn TurturroMichael CeraCaren Pistorius.

La cinquantaine frémissante, Gloria est une femme farouchement indépendante. Tout en étant seule, elle s’étourdit, la nuit, dans les dancings pour célibataires de Los Angeles, en quête de rencontres de passage. Jusqu’au jour où elle croise la route d’Arnold. S’abandonnant totalement à une folle passion, elle alterne entre espoir et détresse. Mais elle se découvre alors une force insoupçonnée, comprenant qu’elle peut désormais s’épanouir comme jamais auparavant…

Gloria Bell

De même que lactrice transgenre Daniela Vega portait de bout en bout Une femme fantastique (2017) de même dans Gloria Bell, auto remake d’ailleurs de Gloria, c’est bien Julianne Moore qui par son jeu magistral et son omniprésence à l’écran, impose au film son mouvement sa pulsation ; bien plus ses déhanchements ou sa silhouette épousent les rythmes disco des chansons qu’elle affectionne tout particulièrement ; et le plan récurrent où au volant de sa voiture filmée de profil ou de 3/4 elle chante presque à tue-tête des tubes des années 80 le confirmerait aisément

Oui le film est servi par une actrice étonnante; la moindre sensation la moindre émotion sont lisibles dans un regard un sourire ; le dynamisme initial, les espoirs et connivences, la déception amère allant jusqu’au taedium vitae, toutes les nuances du paraître et de l’être, les intermittences du coeur, l’exaltation et l’enfouissement, les pièges du amare amabam, font vibrer cette femme d’âge mûr en quête d’émancipation

 

Ajoutons le jeu tout en nuances de John Turturro, la construction circulaire (séquence inaugurale et séquence finale se font écho même si Gloria n’est plus tout à fait la même sans être tout à fait une autre ), une bande son originale (et la chanson Gloria de Van Morrisson des années 60 que l’on entend pendant le générique de fin)

Tout cela confère à Gloria Bell un charme certain aux accents d'apologue

 

D’où vient alors cette pénible sensation d’ennui qui peut s’emparer de certains spectateurs ?

Est-ce le "passage" obligé de soumission à certaines conventions de genre, en passant de Santiago version 2013 à Los Angeles ?

(Rappelons que c’est l’actrice qui a sollicité le réalisateur chilien pour un remake où elle tiendrait le rôle titre....)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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7 mai 2019 2 07 /05 /mai /2019 06:17

De  Radu Muntean (Roumanie) 

Avec Andra GuţiMihaela SîrbuCristine Hambaseanu

 

Alice est une adolescente qui entretient une relation compliquée avec sa mère adoptive Bogdana. Un jour, lors d’une discussion houleuse, Alice lui avoue qu’elle est enceinte et qu’elle souhaite garder l’enfant. Cet aveu affecte Bogdana qui a longtemps essayé d’avoir un enfant… Ce qui semble être une épreuve va pourtant renforcer leurs liens…

 

Alice T

Tempérament volcanique, chevelure rouge flamboyant (une vraie tignasse) , c'est Alice T. 16 ans.  Sa relation avec sa mère adoptive , avec ses copines, avec ses profs illustre une forte personnalité  de rebelle; elle irrite, elle énerve,  elle épuise -du moins au début (c’est le type d’ado qui sèche les cours, ment impunément, se querelle avec tous, recherche des relations sexuelles avec des hommes beaucoup plus âgés et surtout -signe des temps- ne saurait se passer de son téléphone portable dont les sonneries intempestives ponctuent et perturbent son "itinérance") - Bien plus,  en passant de la "haine" à une forme de connivence avec Bogdana (sa mère adoptive) ou de la complicité à l’engueulade avec Cesonia sa copine, Alice est surtout imprévisible. Décidée à garder l’enfant, elle parvient à convaincre Bogdana mais à l’insu de sa "mère", elle avale des pilules abortives… (longue séquence dans l’appartement de sa copine où elle  saigne abondamment, -au grand dam de Césonia comme si le rouge  qui tache canapé baignoire sol et mur était indélébile ;  un rouge en harmonie avec sa chevelure, un rouge vivifiant aussi si on accepte ses différentes connotations). Alice regarde amusée les "prévenances" complices de celle qu’elle gruge (alors que cette "mère" stérile  vit une grossesse par procuration...); et la séquence finale peut laisser perplexe…Quel sens donner à  ses pleurs?

 

À travers le personnage d’Alice T (admirablement interprété par la jeune Andra Guti récompensée au festival de Locarno en 2018 ) c’est l’image sans fard d’une adolescente -et partant d’une adolescence – versée dans l’affabulation et ses outrances; mais avec une vitalité (présence, rires, regards) si communicative.... qu'elle entraîne parfois l'adhésion voire l'empathie . Le cinéaste ne juge pas, n’explicite pas (quelques bribes glanées çà et là sur la relation au père géniteur ; une séquence consacrée à une fête familiale) . Il livre en longs plans séquences et cet art du cadrage qui enferme un visage ou s’attarde sur un détail, une vision à la fois réaliste et comme désenchantée (putain de vie de merde) d’une génération qui peine à communiquer (alors qu'on ne cesse de parler ….). Au spectateur de démêler... ou tout simplement de se laisser porter

 

Mais dans Alice T c’est bien la relation mère/fille adoptée qui est au premier plan et le cinéaste en illustre toute la complexité : attraction et rejet ; confidences et mensonges ; amour et haine ; confiance et suspicion. Bogdana cette "mère" stérile ne joue-t-elle pas le rôle de miroir inversé ?

 

À voir

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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4 mai 2019 6 04 /05 /mai /2019 15:01

De Ernesto Daranas (Cuba USA) 

Avec Tomás CaoHéctor NoasRon Perlman

 

Prix du Public au festival de La Havane, en 2017

 

1991 : la Guerre froide est terminée, l’URSS s’écroule. Sergeï, un cosmonaute russe reste coincé dans l’espace, oublié par les Soviétiques qui ont bien d’autres soucis sur Terre... À Cuba, à l’aide d’une fréquence radio, Sergio entre en contact par hasard avec Sergeï et va tout mettre en œuvre pour le ramener sur terre. Mais sans le savoir, Sergio est sur écoute et espionné…

Sergio et Sergeï

ce film s’inspire de faits réels ; mais c’est une fiction

Oui le cosmonaute Sergeï Krikalev à bord de la station Mir a failli ne pas revenir sur terre.... Oui Cuba a connu des années dramatiques en perdant son alliée l’URSS. Oui Ernesto Daranas s'est inspiré de son vécu pour évoquer le quotidien de Sergio!

Et le prologue (format 4,3) rappelle en une succession rapide de plans la chute du Mur, l’implosion de la Russie, la "crise" à Cuba, le discours officiel qui insiste sur la volonté de pérenniser la Révolution à tout prix alors que l’île vient de "perdre"  son grand frère…

 

L'écran s'élargit: on entre dans la fiction! Vues aériennes sur la capitale. Terrasse d’un immeuble ; la mère de Sergio étend son linge ; Sergio tente de "communiquer" en morse avec...Le voisin camoufle ses préparatifs (construction d’un radeau pour se rendre à Miami). Une voix off -celle de la fille de Sergio - commentera tout l’événementiel

 

Avec humour et beaucoup de tendresse pour ses personnages le réalisateur transfigure une histoire insolite : communication via une fréquence radio entre un professeur de philosophie cubain, un cosmonaute russe bloqué à bord de son engin spatial, et un journaliste, radioamateur américain, en un hymne à l’amitié par-delà tous les clivages (idéologiques surtout).

Même si les trois quarts du film ont été tournés à La Havane, Sergio et Sergeï propose un montage alterné entre deux quotidiens : l’un ancré dans une ville -filmée dans sa spatialité- qui souffre de coupures régulières d’électricité, de privations alimentaires mais où triomphent le système de la débrouille et celui de la "surveillance" … ; l’autre dans l’enfermement d’une prison spatiale russe - habitacle reconstitué en studio-, où la Terre est aperçue à travers un hublot, où l’histoire du pays est évoquée par écrans interposés.  

Deux hommes, deux voix, deux regards sur une époque en tragique mutation, une même soif d’évasion, un désir irrépressible de connivence, d’amitié qui se noue via les ondes…Sans oublier les quelques échappées dans le bureau sinistre de Peter (Ron Perlman, l’inoubliable bossu du Nom de la Rose)

 

Le film s’apparente ainsi à un conte philosophique où la station Mir s’en vient symboliser la fin d’une époque ; où le système dual (Sergio est espionné autant que l’est Peter, alors que Sergeï est assisté par un "ami qui lui veut du bien"  …) est contrebalancé par la noblesse des sentiments

 

Et tant pis pour ce qui ralentit ou alourdit le rythme !

 

La tête dans les étoiles ! Oui ! (cf l'affiche) Mais une volonté d’abolir ici-bas ces murs de la Honte que nos sociétés dites civilisées construisent à tout-va (murs des séparations et/ou clivages sociaux érigés en normes!)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

 

Bien vu Colette, ce film est agréable à regarder pour toutes les raisons que tu décris. Dommage que le personnage du flic cubain du contre-espionnage soit joué caricaturalement. Est-ce pour dédramatiser, rendre comique la paranoïa de l'administration ?

Le film est empreint de douceur et légèreté, de recul, et on le doit beaucoup à l'interprétation aussi du personnage principal Sergio. 

Serge 4/05/19

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2 mai 2019 4 02 /05 /mai /2019 06:02

Documentaire réalisé par Naruna Kaplan de Macedo

 

Présenté à l'Omnia le mardi 30 avril en présence d'Edwy Plenel 

Abonnée de la première heure du site d’informations indépendant Mediapart, la cinéaste Naruna Kaplan de Macedo a suivi pendant un an le fonctionnement de la rédaction, de mai 2016 à mai 2017. La période concernée est riche en rebondissements : élections américaines et françaises, affaires Baupin et Kadhafi-Sarkozy.

Depuis Mediapart

Un documentaire décevant, peu convaincant!

Filmer les "coulisses" d’un journal, en insistant sur un travail d’équipe (la salle de rédaction comme atelier) même et surtout si celle-ci est hétérogène ; privilégier à l’écran 3 ou 4 figures (dont F Bonnet, Lenaig Bredoux, Ellen Salvi) car on ne peut donner la parole à tous, quoi de plus légitime ?

Et certaines scènes (ou séquences) évoquent le travail d’enquête en amont ; on voit les journalistes décortiquer des documents, s’interroger sur des photographies en comparant contextualisant ou scotchés à leur téléphone afin d’obtenir des témoignages ou des rendez-vous. Mais n’est-ce pas le minimum ?? et ce dans n’importe quelle salle de rédaction ? D’autres instantanés illustrent le désenchantement de certains (dont F Bonnet) de ne pas avoir "anticipé"  les résultats du Brexit ni ceux des élections américaines (là où d’autres journalistes battraient modestement leur coulpe….). Que la conférence de rédaction du lundi qu’anime F Bonnet, joue le rôle de marqueur en impulsant les "chapitres" comme dans une narration, pourquoi pas ?

Or, dès le début, la déclaration d’intention est sujette à caution "c’est mon journal". Le choix d’une voix off (certains commentaires frappent en outre par un style empreint d’afféterie) induit le parti pris, en donnant un sens à l’image, tout en renforçant l’aveu inaugural. Avoir sélectionné au montage sur les 300 h celles concernant la campagne présidentielle -au prétexte que rien ne se passerait comme prévu- et du même coup avoir délaissé ce qui fait la spécificité de ce journal d’investigation, relève d’une forme de complaisance. Et ce ne sont pas les détournements humoristiques empruntés à Khled Frak qui vont compenser le manque. On a droit à la première invitation de Macron sur le plateau de Mediapart (rappelons que le journal propose tous les mercredis une émission en live) aux primaires, à l’abandon de Hollande, aux affaires Fillon, à l’entre-deux tours, etc...

Rappelons que Mediapart créé en 2008 est un journal en ligne payant (11 euros/mois l’abonnement) qui peut se targuer de son autonomie financière (seuls nos lecteurs peuvent nous acheter…) Pour gagner de nouveaux abonnés, il doit développer des  "articles de fond", entretenir le buzz, proposer des promos. Un aspect vital qu’ignore le documentaire…Or c’est précisément cet équilibre délicat entre réaction à chaud et distance critique, quête et enquête, indépendance et gestion financière qui assure la pérennité de ce  journal d'opinion

On regrette que la préposition depuis (Depuis Mediapart) -qui induisait une vision : "le monde vu depuis Mediapart"- se réduise à une  dimension spatiale -"un tournage réalisé à l’intérieur des locaux de médiapart" nous enfermant dans une sorte de bocal (mal filmé de surcroît) 

 

Colette Lallement-Duchoze

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1 mai 2019 3 01 /05 /mai /2019 17:38

La 19ème édition du Festival de courts-métrages Courtivore démarre

 

au Cinéma Ariel de Mont-Saint-Aignan Place Colbert

ce vendredi 3 mai 2019 à 20h.

 

Lors de chaque acte, le public pourra voter pour son film favori. Le vote du public qualifiera pour la finale du festival, 2 films sur les 8 diffusés dans cet acte. 

Acte II vendredi 10 mai (Ariel)

Acte III vendredi 17 mai (Ariel) 

Finale vendredi 24 mai à l'Omnia (rue de la République Rouen)

Courtivore 19ème édition du festival de courts-métrages

 5€ la place

Pass 3 actes : 12€*

*Accès aux 3 actes de la compétition. Ne garantit pas une réservation de place si la salle est complète à 20h. Ne donne pas accès à la Finale. 

courtivore.com

 

Le programme des
courts-métrages

 

 

 

 

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30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 15:46

d'André Téchiné 

Avec Catherine DeneuveKacey Mottet Klein, Oulaya Amamra, Stephan Bak,  Kamel Labroudi

Muriel est folle de joie de voir Alex, son petit-fils, qui vient passer quelques jours chez elle avant de partir vivre au Canada.  Intriguée par son comportement, elle découvre bientôt qu’il lui a menti. Alex se prépare à une autre vie. Muriel, bouleversée, doit réagir très vite…

L'adieu à la nuit

Téchiné centre son propos sur l'intime, l'humain: la relation entre la grand-mère et son petit-fils, l'incompréhension de l'une face au choix absurde de l'autre; deux univers dissemblables irréconciliables au sein d'une même famille!!

 

Le découpage -5 jours de printemps 2015 et un épilogue- , l'environnement - soleil, cerisiers en fleurs, chevaux le jour, sangliers la nuit-, le jeu d'opposition -ombre et lumière-, les mouvements de caméra et cette façon de filmer au plus près les personnages en plans rapprochés, le leitmotiv musical, tout devrait concourir à exhausser un fait puisé dans le réel (Téchiné s'est inspiré du livre d'entretiens "les Français djihadistes" de David  Thomson) au rang de la mythologie (ce que revendique le réalisateur) 

 

Or il faut bien le reconnaître, des étirements non justifiés, des montages parallèles complaisants (à la fête au centre équestre s'oppose le rituel austère des préparatifs au djihad), des symboles appuyés (l'éclipse solaire en scène inaugurale, la tête d'Alex derrière des barreaux et en arrière-plan celle placide des chevaux), le jeu un peu figé de Catherine Deneuve (et ce quoi qu'en disent ses aficionados) et peu crédible en femme de la Terre, le "prévisible" (le rôle du repenti et son "double retour" entre autres) , bref tout cela fait que le film n'entraîne pas l'adhésion

 

Un bémol toutefois -quand bien même ce serait un truisme-: les personnages (et certains acteurs sont épatants dans leur interprétation) restent des "personnages". Dès lors le "rôle" de la grand-mère n'est-il pas d'empêcher son "petit-fils" de "sortir du cadre" (par le dialogue, l'enfermement, le recours à un "repenti" , la délation) et de se faire tuer  dans un "hors champ" si redouté???

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 07:07

Orna travaille dur afin de subvenir aux besoins de sa famille. Brillante, elle est rapidement promue par son patron, un grand chef d'entreprise. Les sollicitations de ce dernier deviennent de plus en plus intrusives et déplacées. Orna prend sur elle et garde le silence pour ne pas inquiéter son mari. Jusqu’au jour où elle ne peut plus supporter la situation. Elle décide alors de changer les choses pour sa famille, pour elle et pour sa dignité.

Working woman

Filmé en longs plans-séquences, centré essentiellement sur le couple "patron/employée" (et de ce fait les personnages dits "secondaires" manqueront forcément d’épaisseur) le film de Michal Aviad - à la mise en scène très sobre-,  décrit avec justesse, les étapes d’un harcèlement professionnel, dans sa complexité et ses nuances

Tout commence par des phrases apparemment anodines (coiffure habillement) puis un baiser extorqué ...suivi d’excuses ; de plus en plus d'exigences (travailler plus), une promotion ; un voyage d’affaires à Paris et ce sera le séisme !

Tout cela provoque un mal-être et un mal-vivre : Orna partagée entre son désir de "bien faire" en tant qu’assistante puis directrice des ventes, et sa morale, choisit de souffrir en silence plutôt que d’en parler à son mari  ou à sa mère! 

 

Sournois et insidieux le comportement de Benny ! Celui d’un prédateur qui use et abuse de son pouvoir de mâle et de patron, au service d'une stratégie cauteleuse de déstabilisation ! Face à lui une femme ordinaire compétente efficace dans son travail (vendre des appartements à de riches clients français) contrainte de délaisser un peu sa vie familiale ; sa lutte (cf l’accroche publicitaire sur l’affiche) est surtout intérieure

Démonter les mécanismes (sans didactisme)- opposer prédation et culpabilité, mêler machisme professionnel et intime (et le portrait suggéré du mari Ofer est peu reluisant surtout après l’aveu…) suivre l’évolution psychologique d’une femme tiraillée entre les exigences professionnelles et la vie familiale, telle est bien "l’histoire"  de Working woman celle d’un engrenage

Et comme le film s’inscrit dans un contexte économique d’ultralibéralisme, on serait tenté d’établir des parallèles entre les deux "formes" de mécanismes insidieux  et pervers (ceux qui dictent les rapports bourreau/victime sous couvert de…)

 

à voir

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 07:15

de Jonah Hill (USA)

avec Sunny Suljic, Kathrine Waterston, Lucas Hedges

 

Présenté à la Berlinale 2019 (section Panorama) 

 

 

Dans le Los Angeles des années 90, Stevie, 13 ans, a du mal à trouver sa place entre sa mère souvent absente et un grand frère caractériel. Quand une bande de skateurs le prend sous son aile, il se prépare à passer l’été de sa vie…

90's

En finir avec les parures de lit Tortues Ninja, les t-shirts de cartoon, imiter le grand frère (même si ce dernier est violent;  et le film s’ouvre sur une scène de tabassage!), intégrer le groupe des aînés (amoureux de skate-board) : ce sera le parcours de Stevie, un été des années 90 ; avec des rites de passage (apprentissage alcool drogue sexe), des chutes réitérées (comme autant de "stations" sur un chemin de croix vécues parfois avec une complaisance plus ou moins morbide ou du moins un masochisme enfantin (je grandis par la Douleur ; je convoite cette Douleur ; je la revendique)

Jusque-là rien d’innovant (même et surtout dans le fait de "recréer" une famille que l’on aura choisie, dans un monde dont on se sent exclu)

 

L’originalité de Jonah Hill ? Le choix du format 4:3 (celui par excellence du portrait et à plusieurs reprises le visage de Stevie ou de l’un de ses comparses filmé en gros plan envahit l’écran) ; le montage qui fait alterner les passages plus "contemplatifs" (cf les duos avec Ray dont les dialogues sont empreints d’une sagesse inouïe) et des rythmiques relevées (chorégraphie des skateurs) . La trame sonore est en effet assez époustouflante:  musique composée par Trent Reznor et une playlist qui se partage entre Nirvana Pixies Mobb Depp entre autres. Et enfin un casting qui fait la part belle à des "non professionnels" (choisis lors d'un casting sauvage pour leur performance de skateurs)

 

On retiendra cette scène où Ray confectionne une planche pour l'offrir à Stevie -gage de son intégration. Le réalisateur nous fait assister à toutes les étapes: choix du board, revêtement anti-dérapant, roulettes. N'est-ce pas la métaphore du travail de reconstitution du film lui-même? Ou encore celle où Stevie éructe en hurlant sa haine à l'encontre de sa mère décontenancée au volant de la voiture; cette violence verbale inattendue ne signe-t-elle pas la rupture définitive avec le "giron" maternel?  

 

Et pourtant! sans vouloir comparer 90's -même si la tentation est grande- avec les films de Larry Clark (Wassup Rockers) ou de Gus Van Sant (Paranoïd Park) beaucoup plus "politiques" (fond) et "violents" (forme), il manque au film de Jonah Hill une puissance qui entraînerait l'adhésion...

 

Colette Lallement-Duchoze

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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 05:26

Eve, une jeune femme de chambre, travaille dans un luxueux hôtel de la ville de Mexico. Pour trouver la force et le courage nécessaires d'affronter sa monotonie quotidienne, elle s'évade à diverses fantaisies à travers les objets personnels laissés par les invités de l'hôtel.

 

La Camarista

Film minimaliste, film épure, sans discours frontal, sur la condition de ces invisibles -travailleurs de l’ombre dans les hôtels de luxe au service des "nantis"  des clients souvent capricieux et égoïstes- à travers le portrait d’une jeune femme de 24 ans Eve. Son rêve  d’ascension sociale ? travailler pour un meilleur salaire, au 42ème étage celui des suites somptueuses dédiées aux richissimes clients alors qu’elle est "confinée"  au 21ème…

 

La réalisatrice dit s’être inspirée de Sophie Calle (cette "exploratrice de l’intime" avait décidé en 1981 de se faire embaucher comme femme de chambre à Venise dans un hôtel de luxe, à l’affût d’objets, ces petits riens laissés par les clients, révélateurs de leur existence) Dans la camarista hormis quelques gestes de captation, c’est plutôt la violence -suggérée- des rapports sociaux qui serait au premier plan ; et l’hôtel de par sa verticalité et la circulation incessante de monnaies d’échange deviendrait  la métaphore d’une société

 

Caméra fixe -hormis pour la dernière séquence, celle d’une ouverture- Elle emprisonne le personnage dans son cadre (travaillé avec un soin particulier) ; quand Eve quitte le champ, un chuchotement l’accompagne hors champ (là encore la bande-son qui restitue le fond sonore de l’hôtel a été particulièrement soignée). Et voici que défile sous forme de tableautins le quotidien d’une femme de chambre apparemment placide et résignée : elle évolue entre les chambres du 21ème -où elle lisse les draps et récure la salle de bains-,  l’ascenseur, les sous-sols, blanchisserie, cantine, elle se lie d’amitié avec une collègue, suit des cours. Nous apprenons -par ses appels téléphoniques- qu’elle a un enfant, qu’elle ne rentrera pas tous les soirs, que les conditions d’existence sont bien précaires (une carafe d’eau en guise de douche)

 

Un huis clos donc - la mégalopole que l’on devine à travers les baies vitrées des chambres semble figée telle une carte postale ; le laveur de vitres sur sa nacelle est perçu comme une intrusion de l’extérieur sur lequel Eve semble avoir tous les pouvoirs mais quand le personnage est à "l’intérieur" de l'hôtel,  les tentatives de communication sont vouées à l’échec…

Les tonalités sont neutres, le blanc des draps presque sépulcral (cf affiche) les uniformes des employées filmées en plans rapprochés sont traités en aplats ; seule couleur chaude : le rouge de la robe tant convoitée !!!

 

 

La camarista ou la sobre élégance de la dignité !

 

Un film à découvrir

A voir absolument ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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20 avril 2019 6 20 /04 /avril /2019 06:42

De Rodrigo Sorogoyen  Espagne

Avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, Josep Maria Pou

Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu'il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal...

El Reino

 Père de famille taciturne dans la isla minima, "vengeur placide" dans la colère d’un homme patient,  Antonio de la Torre est de tous les plans dans le film de Rodrigo Sorogoyen El Reino.

 

Qu’il soit filmé de dos -quand la caméra le suit épousant les battements de la musique répétitive d’Olivier Arson, en très gros plan (visage), avec effet spéculaire (miroirs des toilettes), en face à face avec ses ex-complices devenus ses ennemis etc. c’est le portrait d’un homme politique corrompu rattrapé par la justice et qui, tel un animal traqué, cherche coûte que coûte une échappatoire -par la trahison, le mensonge, la manipulation -il a été à bonne école !!!

 

Mais ce film au rythme soutenu nerveux, dénonce moins un système de corruption généralisé -détournements de fonds publics,  pots-de-vin- qu’il n’illustre l’histoire d’un engrenage -Colère d’un homme impatient, animal traqué soucieux avant tout de sa propre survie et...du sort de sa famille... quitte à opter pour des choix peu judicieux --glisser une clef USB dans sa chaussure lors d'une perquisition,  enregistrer ses "compagnons"-  et/ou peu vraisemblables -récupérer des documents compromettants dans la villa d'un ex ami- : c’est l’aspect loufoque et cynique du film.

Le politique sert ainsi de prétexte à un thriller psychologique

 

Or, pour le spectateur il s’agit moins d’identifier tous les protagonistes (et ils sont nombreux) , d’emplir les béances elliptiques d’un semblant de rationalisation que de s’interroger sur la récurrence de ce cliché  "le monde politique est pourri"  comme si l’exercice du pouvoir était fatalement lié à la corruption et justifiait à bon compte l’aveuglement de ceux qui en font un métier (un cliché accepté devenu truisme …)

De plus en se focalisant sur un seul homme, en adoptant son seul point de vue, on en viendrait presque à éprouver une forme d’empathie pour cette "victime" crapuleuse délaissée par ses pairs, animée d'une soif vengeresse à la limite de la parano, et ce n’est pas la séquence finale (face à face sur un plateau de télévision) trop moralisante -et décevante d’ailleurs- (la leçon venant d’une journaliste au service de médias corrompus …) qui in extremis ferait basculer le film dans la pure dénonciation.;

 

Cela étant, on appréciera la construction, le rythme, l’interprétation et la musique de El Reino :

film plus ou moins convaincant que le précédent  "que dios nos perdone" ?

à vous de juger !!

 

Colette Lallement-Duchoze 

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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