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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 08:52

De Leyla Bouzid (Tunisie)

Avec Baya Medhaffar, Ghalia Benali, Montassar Ayari

Prix du public à Venise

A peine j'ouvre les yeux

À peine j'ouvre les yeux est un extrait de la chanson interprétée par Farah bachelière de 18 ans; une jeune fille rebelle et insouciante, sensuelle et pudique. Mais sous Ben Ali chanter la désolation du pays et celle d'une génération c'est se mettre dans la gueule du loup, en l'occurrence la police via ses mouchards

A peine j'ouvre les yeux, je vois des gens éteints, coincés dans la sueur, leurs larmes sont salées, leur sang est volé et leurs rêves délavés

Le film suit (non sans quelques longueurs et lourdeurs..) le parcours de cette jeune femme; et  on le comprend très vite il symbolise non seulement l'élan et la fougue d'une génération  détruits par la famille la société et le système politique- mais aussi l'éveil de son pays la Tunisie, dans les dernières années de la dictature (un détail qui en dit long: le père ne peut travailler à Tunis car il n'a pas la carte du parti...).

Film solaire dans la première partie même si l'essentiel se passe la nuit dans des bars underground; solaire et sensuel ce dont témoignent les gros plans sur le visage bon enfant, le sourire de bébé de Farah et les très gros plans sur le grain de sa peau que lèche amoureusement l'homme aimé, Borhène, parolier et joueur d'oud dans le groupe rock; une partie irriguée par la musique le rire l'amour et l'alcool.

Sombre et crépusculaire suite à la trahison et l'arrestation, (même si les séquences sont essentiellement diurnes) le film ne versera pas pour autant dans le tragique. Car -et c'est là un autre aspect majeur du film-, nous suivons le parcours parallèle et pourtant inversé de Hayet la mère de Farah. Ex-contestataire, elle se comporte en tant que mère consciente des dangers, comme une "castratrice"; mais au final, après l'angoisse, la hantise de perdre son enfant -et l'époustouflante scène dans la gare routière en communique le vertige - elle incitera Farah à réaliser ses rêves : "chanter"; son visage s'est illuminé (admirable Ghalia Benali), ses bras enserrent en la lovant sa fille qui,  ayant vaincu le mutisme, recouvre la VOIX

Je vois des gens qui s’exilent, traversent l’immensité de la mer en pèlerinage vers la mort

 

CLD

J'y ai vu surtout un film décevant tant les critiques sont élogieuses ! Ce film aux bonnes intentions en direction de la jeunesse ne nous apprend pas grand chose sur le régime policier de Ben Ali, ni sur le machisme arabe, les scènes de concert et de répétitions musicales sont démesurément longues et ennuyeuses car ni les paroles ni l'interprète ne sont renversantes. Problème de montage, mauvais rythme mais aussi faiblesse de scénario. Le sujet méritait mieux

Serge Diaz 28/12

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 08:44

Premier long métrage de Nicolas Pariser

Avec Melvil Poupaud (Pierre Blum) André Dussolier (Joseph Paskin) , Clémence Poésy (Laura), Sophie Cattani (Caroline)

 

Récompense: Prix Louis-Delluc du premier film

Le Grand Jeu

Un film qui s'annonçait prometteur...

Prologue, intérieur nuit : des couloirs, des chambres, une lumière feutrée,  des regards scrutateurs, un homme entravé; attente; on comprendra plus tard que ce réseau (dont le labyrinthe était la métaphore) est dirigé par Joseph Paskin qui a commandité l'enlèvement

Première séquence, extérieur nuit, terrasse d'un Casino; deux hommes se rencontrent, devisent -apparemment sans se connaître....en fait cette "entrevue" a été programmée par l'un d'eux, Joseph Paskin (personnage aux manières onctueuses,  au sourire patelin) et malgré des réticences purement formelles, le quadragénaire Pierre Blum  accepte d'entrer en contact avec ce roublard ...si fier d'avoir "ferré sa proie".

L'intrigue peut se déployer

Hélas à partir du moment où Pierre ("écrivain un peu oublié" qui vit très modestement dans une chambre de bonne) accepte le contrat: écrire un pamphlet , non signé -invitation à l'insurrection- afin de déstabiliser le gouvernement et de faire chuter le ministre de l'Intérieur, le film sombre dans les clichés les plus éculés (surtout les séquences consacrées à la communauté gauchiste) et la complexité apparente du scénario (chasse aux gauchistes, manipulations en haut lieu, règlements de compte, ébauche d'une romance amoureuse..) est alourdie par des discours-fleuves peu convaincants (hormis l'intervention laconique du général interprété par Bernard Verley)

Et que dire de cette "relation" amoureuse entre Pierre et Laura jeune gauchiste? Une romance qui patauge à l'instar de l'actrice Clémence Poésy qui a du mal à se dépêtrer dans la gadoue du jardin potager de sa communauté.. et qui au final sauvera Pierre d'une course-poursuite téléguidée ...

Ainsi les thèmes abordés -engagement politique, coulisses du pouvoir, manipulations (véritables arcanes pour le non-initié), crimes-, non seulement ne sont pas originaux mais ils souffrent de leur "mise en forme" (et non de l'interprétation d'André Dussolier ou de Melvil  Poupaud).

Resterait la thématique dite "générationnelle": le père de Louis tente de l'analyser lors du repas "communautaire" ; en fait il se contente de formuler un constat … sur le "rapport au temps"...

Quel serait donc le message de Nicolas Pariser? Lui qui a eu la prétention de se comparer à Chabrol, Rohmer et d'écrire sous l'égide de Pakula ou Coppola?

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 15:21

Film islandais de Grimur Hàkonarson

Distribution : Sigurður Sigurjónsson (Gummi), Theodór Júlíusson (Kiddi), Charlotte Bøving (Katrin), Jon Benonysson (Runólfur), Gunnar Jónsson (Grímur )

Prix un Certain Regard Cannes 2015

Béliers

Une chronique digne du festival du cinéma nordique!!

 

Gummi et Kiddi sont frères; ils habitent chacun dans une bergerie sise à 50 mètres l'une de l'autre; ils ne se sont pas adressé la parole depuis 40 ans -communiquant par chien interposé; ils s'épient.... mais ils partagent la même passion, se dévouer sans compter à la même cause: perpétuer l'élevage des moutons Bolstad. Avant le concours de beauté, Gummi caresse son bélier avec une tendre volupté, Kiddi est si fier du prix que vient de remporter le sien... Tout est "dit" dans la sobriété de ce "prologue": larges panoramiques sur les paysages de cette région du nord de l'Islande, plans rapprochés sur Gimmi qui dans la chaleur retrouvée, ne fait qu'un avec son bélier; osmose entre la Terre, l'Humain et l'Animal!

Mais suite au concours, Gimmi va découvrir (en palpant le bélier vainqueur) l'inéluctable: l'animal est atteint de la tremblante...Accepter la décision d'abattre tous les moutons de la région? Comment survivre? Et c'est le Drame.

Si la neige ensevelit les aspérités des paysages, si les êtres à cause du froid sont confinés dans leur intérieur sans internet sans portable, intérieur plus ou moins propret ou plus ou moins négligé où s'entassent boîtes de puzzle et boissons "énergisantes", les plaies intérieures elles sont "vives".

Kiddi à demi (con)gelé? Grimmi le transporte en pelleteuse et le jette à l'entrée de l'hôpital. En écho (inversé) mais beaucoup plus saisissante la scène finale où Kiddi tente de sauver son frère dans la chaleur de son étreinte (alors que la tempête avait tout obscurci et que la bande-son à la musique amplifiée traversait l'écran jusqu'aux entrailles de la salle).

 

Une chronique faite de rugosité de force d'humour et de maladresse aussi; une chronique où le microcosme haineux d'une fratrie va se dissoudre dans la chair de la terre insulaire

 

Colette Lallement-Duchoze

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 07:44

De Alex Van Warmerdam (Pays-Bas)

avec Tom Dewispelaere (Schneider) Alex Van Warmerdam (Bax)

La Peau de Bax

Cette comédie/thriller qui respecte la règle classique des trois unités [de lieu -région marécageuse hormis pour le prologue et l'épilogue-, de temps -un mardi- et d'action -chasse à l'homme- ] aurait dû à mon humble avis, garder son titre d'origine "Schneider vs Bax"; opposition binaire qui épouse précisément la binarité du film; deux mouvements; va-et-vient intérieur/extérieur; double chasse à l'homme; deux types de vie et de comportement; et partant, deux façons de les appréhender. Schneider mari et père aimant? (comme le montre explicitement la scène inaugurale); Bax écrivain alcoolo drogué rustre? (comme l'atteste une scène en montage parallèle dans laquelle il renvoie sans ménagement sa jeune maîtresse, au prétexte que sa fille va débarquer). Cette première impression se fissure très vite: Schneider est un tueur à gages...l'alcoolo drogué macho d'abord antipathique se révélera...plus humain. (idem pour sa fille Francisca d'abord agaçante en femme dépressive, mais qui va se révéler adversaire redoutable, dans la défense de son père...)

 

Une intrigue faite de rebondissements, d'imprévus, de coups de théâtre, n'est-ce pas un des ressorts de la comédie? Mais la prolifération de personnages dits "secondaires", autre ressort du comique, peut gêner car le cinéaste se contente souvent de les aligner telles des figurines représentatives d'une tare ou d'une fonction (le papi obsédé sexuel, la jeune maîtresse hystérique, l'épouse/mère aimante et compréhensive, le mac etc.)

Plus convaincante est cette façon de filmer intérieurs et extérieurs. Dès le début le spectateur est plongé dans une lumière écrasante; certes nous sommes en été; mais la blancheur a une connotation sépulcrale surtout dans le bungalow qu'occupe Bax: chambre, salle de bains, façades tout est empreint de cette froideur (macabre...). En revanche les jeux de lumière sur les marécages, les roseaux et partant, les variations de verts font que ces lieux où l'on se guette, où l'on s'épie et où l'on se perd, deviennent des personnages à part entière. Et comme il s'agit avant tout de "chasse à l'homme" c'est la récurrence du "viseur" (qu'il s'agisse de celui de Schneider de Bax ou de Francisca) qui rythme le mouvement et crée une sorte de tempo...

 

Si vous ne connaissez pas Alex Van Warmerdam (réalisateur entre autres de La robe, Les Habitants, Borgen),  voir La Peau de Bax est une belle occasion d'aller à sa rencontre!

 

Colette Lallement-Duchoze

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 11:22

Film d'animation réalisé par Jan Bultheel (France Belgique Pays-Bas)

avec pour la version française les voix de Benoît Magimel (Jean Mordant le lutteur), Jean-Hugues Anglade (Victor le coach) , Julie Gayet (Jelena)

Cafard

Le réalisateur Jan Bultheel s'est inspiré de l'histoire authentique du régiment d'élite belge ACM (autos-canons-mitrailleuses). Les faits: lors de la Première Guerre Mondiale, la Belgique envahie par les armées prussiennes va rejoindre la Triple Entente (menée par la France la Russie et le Royaume-Uni contre le Kaiser Guillaume II), et elle crée la première unité blindée du monde -(des photos en attesteront l'authenticité dans le générique de fin).

Cette histoire Jan Bultheel la transpose sur un mode fictionnel, afin de rendre hommage à ces "Belges qui se sont engagés et qui ont vécu une aventure incroyable mais peu connue" et pour ce faire, il a eu recours (entre autres) à la "capture de mouvement" ou  mocap: filmer des acteurs flamands interprétant leurs rôles couverts de capteurs.

Cafard c'est le surnom du blindé des "héros": le lutteur J Mordant (doublé par Benoît Magimel avec un formidable accent belge) le coach Victor (doublé par Jean-Hugues Anglade) et le neveu. Mais le motif de l'engagement n'a rien de "patriotique": Jean Mordant veut "tuer de l'allemand" afin de venger l'honneur perdu de sa fille unique violée par des soldats.  S'ensuit une odyssée pas forcément héroïque autour du monde qui durera 4 ans - d'Ostende à Saint Petersbourg, puis retour forcé (il y eut entretemps la Révolution russe; or les blindés "étaient" du côté des tsars..) par la Mongolie, la Californie, avant de rejoindre Ostende par bateau.

Bien sûr, le film d'animation destiné essentiellement aux adultes dénonce les ravages et l'absurdité de toute guerre; mais il repose en ce qui concerne la dramaturgie sur l'évolution du personnage principal Jean Mordant; nous le voyons d'abord au sommet de sa gloire (le prologue oppose deux séquences: le viol de sa fille à Ostende, et la cérémonie qui consacre le champion de lutte en Argentine) puis il va peu à peu évoluer suite à toutes les épreuves endurées, comparables à un calvaire; au final il trouvera un nouveau sens à son existence!!

Nul ne contestera la beauté des aplats et d'un certain graphisme minéral. Toutefois il y a trop souvent un aspect "pataud" (dû surtout au pathos omniprésent!). Objets anguleux, visages et corps massifs (certains) à la Gromaire, couleurs contrastées: vert sombre et jaune intense (épisode mongol) rouge feu (ballet russe à Paris, dégâts dus à la guerre) blanc intense (neige) ou grisâtre (panache de la fumée du train), bande-son trop souvent illustrative, simplisme manichéen (Bolcheviks forcément sanguinaires par exemple), tout cela fait que l'on sort de la séance avec un sentiment très très mitigé....

(ce qui ne remet nullement en cause les intentions louables du réalisateur et sa maîtrise de la technique "mocap")

 

Colette Lallement-Duchoze

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 09:08

de Nanni Moretti

Avec Margherita Buy, Nanni Moretti, John Turturro

 

 

 

Argument: Margherita (Margherita Buy) est réalisatrice. En plein tournage de son prochain film dont la star (John Turturro), cabotine, menace le résultat, elle doit passer sans cesse du plateau à la chambre d'hôpital où doucement se meurt sa mère, tranquillement épaulée par Giovanni (Nanni Moretti), force imperturbable au chevet de la malade, toujours discrètement présent.

Mia Madre

C'est un GRAND MORETTI

Un film complexe par la diversité des sujets abordés (et le deuil n'est pas le thème majeur)

Un film éblouissant dans sa forme qui joue sur la diffraction permanente: si Moretti interprète le rôle de Giovanni fils de la mourante et frère de Margherita celle-ci ne serait-elle pas le double féminin du cinéaste lui-même et de l'homme Moretti?; tout comme l'acteur cabotin (John Turtorro) le double de Moretti acteur?? C'est qu'en "accompagnant" la mère sur le chemin du départ, il accompagne tout autant le film...

Un film qui joue constamment sur la "distance" (se tenir à côté recommande la réalisatrice lors de son tournage)

 Vous avez été déçu(s) par le formalisme de "journal intime" ou par la froideur de "Caïman"?

Croyez-moi, vous ne le serez pas par Mia Madre...

Elisabeth

Film apparemment intimiste mais qui acquiert très vite une portée universelle

Film dont le rythme épouse les allées et venues du personnage principal (visites à l'hôpital, lieux de tournage, vie privée) avec une progression dramatique dont l'acmé est le face à face avec l'ex compagnon qui lui assène de violentes "vérités".

Afin d'éviter le pathos dans certaines scènes Nanni Moretti "coupe" (en écho aux "coupez" de la réalisatrice...) et il sait doser drame et humour (comme dans le film de Margherita d'ailleurs)

Le choix des musiques n'est pas étranger à l'empathie que suscite Mia Madre: Arvo Pârt surtout; mais aussi P Glass et Cohen

Oui un film à ne pas manquer (c'est aussi une "leçon" de cinéma en écho aux "leçons" de latin prodiguées par la grand-mère...)

Colette 8/12/2015

Un très beau film intime et pudique où rire et larmes se mêlent, porté entre autres par la musique d' Arvo Pärt

Malheureusement perturbée par un groupe de lycéens se levant dès la dernière image parue!..

PS: avis aux professeurs accompagnateurs:   initiez vos élèves !

Nicole 8/12/2015

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 08:38

De Otar Iosseliani (France, Géorgie)

Avec Rufus (concierge), Amiran Amiranashvili (anthropologue), Mathias Jung (préfet), Enrico Ghezzi (baron), Altinaï Petrovitch-Njegosh,  Pierre Étaix, Tony Gatlif, Mathieu Amalric...

Chant d'hiver

Le titre qui fait référence à une chanson géorgienne "c'est l'hiver, ça va mal, les fleurs sont fanées, mais rien ne nous empêchera de chanter" est censé donner le ton et la tonalité: mélancolie et légèreté.

Et de fait ce film juxtapose allègrement les époques et les lieux en jouant avec la temporalité :un vicomte guillotiné la pipe au bec...au temps de la Terreur, c'est la scène d'ouverture; puis sans transition nous voici sur un "champ de bataille" en Géorgie où les "soldats" sont d'affreux pillards; et nous vivrons le quotidien d'une "faune" pittoresque dans un arrondissement parisien d'aujourd'hui.

Le réalisateur a opté pour une structure binaire et une forme "chorégraphiée".

Voici deux amis (le concierge et l'anthropologue), deux patineuses à roulettes cleptomanes; deux instrumentistes (violoniste et violoncelliste); un mur et son au-delà (quand s'ouvre la porte du rêve), les sans papiers et les migrants opposés aux représentants de l'ordre qui les répriment (au rouleau compresseur); potentat local (le baron) dégoulinant de lucre, de luxure et prostituée exploitée; livres troqués contre des armes; réversibilité de la mort et de la vie (tête guillotinée "récupérée" par l'anthropologue; bague volée sur le corps d'une défunte offerte comme gage amoureux).

La chorégraphie? Celle bien rythmée des patineuses qui dans les rues et sur les trottoirs parisiens détroussent les passants, et sont relayées par des complices collecteurs des larcins...(ballet satirique de notre société??? ); celle de rituels qui obéissent à une liturgie même si celle-ci est "déviée" : le baptême dans l'eau où l'officiant n'est autre qu'un gradé/aumônier tatoué -l'ex-vicomte du début; la "théorie" des chiens empruntant les passages cloutés; etc. etc.

On sourit aux facéties sans s'esclaffer, on est surpris par les audacieux raccords de ce cinéaste octogénaire. Mais le "coq-à-l'âne loufoque"'revendiqué, érigé en valeur suprême, tout autant d'ailleurs que les "ficelles" de la narration (presque tous les personnages de la "chronique parisienne" habitent le même immeuble...) finissent par lasser...

 

Resterait la vision -genre conte féérique- du jardin édénique....

Jardin dont la sérénité est bien vite perturbée par la sonnerie intempestive d'un téléphone portable!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 08:02

Documentaire réalisé par Rithy Panh 2013

Adapté du récit  L'Élimination de Rithy Panh et Christophe Bataille.

Prix du jury Un Certain Regard Cannes  2013

Nominé pour représenter le Cambodge aux Oscars du cinéma 2014 dans la catégorie meilleur film en langue étrangère

 

 

Il y a tant d'images dans le monde, qu'on croit avoir tout vu. Tout pensé. Depuis des années, je cherche une image qui manque. Une photographie prise entre 1975 et 1979 par les Khmers rouges, quand ils dirigeaient le Cambodge. A elle seule, bien sûr, une image ne prouve pas le crime de masse ; mais elle donne à penser ; à méditer. A bâtir l'histoire. Je l'ai cherchée en vain dans les archives, dans les papiers, dans les campagnes de mon pays. Maintenant je sais : cette image doit manquer ; et je ne la cherchais pas - ne serait-elle pas obscène et sans signification ?Alors je la fabrique. Ce que je vous donne aujourd'hui n'est pas une image, ou la quête d'une seule image, mais l'image d'une quête : celle que permet le cinéma.

L'image manquante

Dès les premiers plans des mouvements impétueux de l'eau envahissent l'écran tels le ressac du temps "Au milieu de la vie, l’enfance revient. C’est une eau douce et amère.» dit une voix off celle de Randal Douc ; une voix qui dit la mémoire de Rithy Panh, enfant; une voix qui dit la destruction et la mort; celle d'une famille, celle de tout un peuple; une voix qui dit l'horreur vécue au temps des Khmers rouges

Pour "représenter" ses souvenirs, leur donner la forme visuelle qui soit la plus en harmonie avec l'enfance, et pour combler le vide de "l'image manquante", le cinéaste a eu recours à des figurines (à deux moments dans le film on voit des mains d'artisan créer, ciseler ces statuettes dans un atelier de fabrication  ). Figurines devenues effigies -celles du père, de la mère, du frère guitariste, des sœurs, de la famille; celles en costumes noirs à écharpe rouge, le Karma, représentent les Khmers rouges; d'autres en costumes noirs, les habitants de Pnomh Penh. Figurines qui évoluent dans un univers à leurs dimensions, un univers forcément miniaturisé: qu'il s'agisse des cabanes, des troupeaux de buffles, des rizières, des instruments aratoires, de ces hamacs à la fois lits et tombeaux. Parfois par incrustation elles s'incorporent à des images d'archives en noir et blanc ou elles jouent le rôle de contrepoint.! Par deux fois -en deux séquences qui se font écho- le cinéaste juxtapose le présent et le passé: lui enfant/figurine regarde la chorégraphie du corps et la calligraphie des mains d'une danseuse traditionnelle, bien vivante....

Une histoire personnelle intimement mêlée à l'Histoire; et le choix de ces statuettes  muettes mais  aux visages très expressifs, de ces corps de glaise émaciés par la douleur ou la torture, invite à "voir" ce que l'écran ne figure pas (comme dans S21 le spectateur avait "vu" le réel en le  reconstruisant à partir des discours croisés du bourreau et de la victime)

"Cette image manquante, maintenant je vous la donne, pour qu’elle ne cesse pas de nous chercher"

Avec de la terre et de l’eau, avec des morts et des rizières, on fait un homme.

L’enterrement des mots, je ne veux pas l'oublier, c’était un acte de résistance.»

 

Colette Lallement-Duchoze

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 05:49

De Lydie Wisshaupt-Claudel

 

Grand Prix Cinéma du Réel 2015

 

Killing  time, entre deux fronts

Comment tuer le temps dans cet espace écrasé de chaleur quand on revient du front? Et qu'on y sera de nouveau appelé? (question implicitement posée par le titre)

Nous sommes à Twentynine Palms, petite ville au sud de la Californie avec sa base militaire qui accueille chaque année de jeunes marines de retour d'Irak ou d'Afghanistan.

Voici un plan fixe prolongé: deux pancartes  "welcome to the city"; au tout premier plan des palmiers;  au second l'immense plaine et en arrière-plan quelques collines bleutées. Bienvenue dans ce vide, celui du désert de Majave précisément. De longs plans fixes sur des façades (station service par exemple) que l'homme semble avoir désertées; une route serpente déserte elle aussi. De larges panoramiques sur le paysage environnant semblent créer des analogies avec ceux  (hélas) "familiers" aux marines  à des milliers de kilomètres... sur le front...

Comment tuer le temps? Il y a bien sûr l'entraînement; il y a bien sûr la vie en famille (quand elle existe encore); il y a les fast-food, les bars discothèques; mais surtout les séances chez le tatoueur et le coiffeur. Dans ces salons, la réalisatrice filme au plus près ses personnages (très gros plans sur les nuques, les visages au regard souvent absent, les corps que l'œil de la caméra morcelle donnant à voir ou à lire la calligraphie qui s'imprime sur la peau). Corps robustes momentanément meurtris dans leur chair; mais n'est-ce pas une meurtrissure assumée car elle est désirée?

Killing  time, entre deux fronts

Qu'en est-il de la meurtrissure des esprits? On a l'impression que ces jeunes sont anesthésiés. Mais le trauma de la guerre (que l'on met à distance et qui reste hors champ) affleure ici et là au détour d'une remarque "si jeunes qu’ils n’ont pas encore le droit de boire, mais déjà celui de tuer et de mourir »(la coiffeuse) "quand tu es sur le terrain, tu encaisses, on ne te laisse pas le choix"(un marine dans un fast food). "Pizza, beer and pussy et dans l'ordre c'est ce qui m'a le plus manqué au front". Et de la Bible on choisira de préférence les extraits qui cautionnent la "guerre"

 Et l'on va entasser les objets du quotidien le plus banal (frigo, canapé, lave-linge...) dans l'un de ces nombreux garages,  gardiens provisoires d'un vécu lénifiant (scène en écho -mais inversée- à une des premières du film).

Et si ces jeunes étaient animés, dans cet entre-deux (civil et militaire) par le seul désir de "retourner", pour un face à face avec la mort alors que Twentynine Palms suinte d'ennui?

 

Vers la fin on entend cette voix qui, amplifiée par le haut parleur, martèle

"le soldat (x) basé à Palms âgé de 19 ans est mort en Afghanistan....

Merci pour ces infos...

il fait 30 degrés" 

 Comme si prévalait un principe d'équivalence,

Comme si la mort annoncée obéissait à une logique imperturbable, celle de l'ordre des choses...

Ô la puissance suggestive des non-dits!

 

CLD

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 10:08

De Roberto Minervini

Avec  Mark Kelly, Lisa Allen James Lee Miller (qui jouent leur propre rôle)

Présenté en Sélection Officielle (Un certain regard) au festival de Cannes

Prix du Jury au Festival du Film Grolandais de Toulouse.

The other side

Dès les premiers plans des hommes armés en tenue de camouflage semblent traquer un ennemi...Un homme seul nu sur le bitume d'une route....comme égaré... Ces deux plans séquences d'ouverture annoncent la  construction en diptyque de "the other side"

Un film où circulent des odeurs de bière et de sperme, où retentit le bruit des armes à feu; mais où sous la dureté apparente des êtres qui composent les deux communautés (l'une toxicomane, vivant en "marge" à West Monroe en Louisiane, l'autre une milice citoyenne paramilitaire, au Texas qui se prépare à une guerre civile) le réalisateur a exhumé une grande part d'humanité (scène bouleversante quand Mark étreint le corps de sa mère condamnée par un cancer ou quand il serre très fort celui de sa grand-mère; les larmes du vétéran Ray quand il évoque le 4 juillet sourdent de son être profond)

Quel rapport entre les deux communautés? Les racines politiques d'un mal-être et cette volonté de préserver à tout prix ses libertés (Obama est responsable de cette marginalisation et on ne peut que le haïr). Mais aussi peut-être un cheminement qui conduit quasi inexorablement des frustrations à la désolation, à la colère et à... Filmer cette trajectoire (possible) montrer de façon palpable les "errements" de desperados, ne signifie nullement qu'on va les cautionner.

Mark et Lisa forment un couple qui se défonce avec la même énergie que quand ils font l'amour; un couple emblématique de cette communauté qui, dépossédée de tout, n'existe que par un sentiment d'appartenance au groupe et ne survit que par le recours à la méthamphétamine. Le cinéaste fervent défenseur d'une "anthropologie partagée" les filme au plus près comme s'il s'était lui-même immergé dans leur quotidien. Et c'est là que le bât blesserait selon certains spectateurs; il manquerait la distance imposée par le documentaire. Ce à quoi on peut opposer les propos de Roberto Minervini lui-même qui résonnent comme une profession de foi: le documentaire reste une forme très "didascalique" où la beauté des images est vue comme négative Quand on approche l’intimité et qu’une relation du réalisateur au sujet est en jeu, ce n’est pas toléré. Dans The Other Side, je repousse ces limites.

 

Ce documentaire donne à voir au plus près une réalité misérable, sordide parfois; sans fioritures sans compromis. Mais un documentaire où le spectateur ne pourra qu'admirer cette science de la lumière, cette maîtrise du cadre (les couleurs vertes sont comme sublimées; le langage du corps exalté par des bruitages; les travellings arrière dosés au centimètre près, etc.) même s'il est (forcément et légitimement) perturbé par l'exacerbation de certains comportements!!

 

"Le monde connaît l'Amérique au travers de sa politique extérieure, mais ce que le monde perçoit moins, c'est que d'un point de vue intérieur, l'Amérique veut également accomplir sa démocratie par le biais du conflit"..Un pays qui a besoin d'instiller de l'instabilité et de la peur afin que la population encourage sa politique extérieure d'agressivité" (dépliant GNCR: groupement national des cinémas de recherche)

 

Colette Lallement-Duchoze

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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