1 mars 2019 5 01 /03 /mars /2019 07:02

Documentaire de Nanni Moretti (Italie) 

Après le coup d'État militaire du général Pinochet de septembre 1973, l'ambassade d'Italie à Santiago (Chili) a accueilli des centaines de demandeurs d'asile. À travers des témoignages, le documentaire de Nanni Moretti raconte cette période durant laquelle de nombreuses vies ont pu être sauvées grâce à quelques diplomates italiens.

Santiago, Italia

Bravo Nanni Moretti d’avoir eu le mérite de réaliser un documentaire sur cet événement  majeur : le coup d’état fasciste de Pinochet au Chili le 11 septembre 1973. Il est question ici surtout d’interviews émouvantes de ces rescapés politiques qui ont pu se réfugier à l’ambassade italienne de Santiago. Pour les sexagénaires qui ont connu cette époque d’enlèvements, crimes et tortures abominables, d’emprisonnement, d’exil contraint,  difficile de retenir quelques larmes.

 

Moretti ravive la mémoire et le parallèle saute aux yeux entre les  événements actuels au Venezuela et le Chili d’avant le coup d’état. Le cuivre, aux mains d’une multinationale américaine, avait été nationalisé par le régime....Aujourd’hui l’impérialisme US veut remettre la main sur les plus grandes réserves pétrolières du monde. Kissinger, futur prix Nobel de la paix (!!) avait organisé le putsch en sous-main tout comme Trump le fait aujourd’hui avec sa haine fougueuse pour installer Guaido.

 

Même illégitimité, même boycott par les forces réactionnaires pour démanteler l’économie du pays donnant prétexte à une intervention militaire. Même silence coupable des médias européens sur la réalité sociale de ces pays d’Amérique latine, même crainte de voir le peuple aux commandes faire tache d’huile sur les pays voisins. Mêmes mensonges, même propagande. Rappelons que Giscard d’Estaing avait  envoyé d’anciens militaires de l’OAS former aux méthodes barbares les militaires sud-américains. 

 

L’Italie à ce moment-là a sauvé l’honneur de l’Europe, elle a été le seul pays à ne pas reconnaître le régime de Pinochet. Aujourd’hui les Macron et Salvini se précipitent à reconnaître un président auto-proclamé, laissent les réfugiés africains se noyer dans la Méditerranée, les temps ont changé....

 

Le réalisateur italien rend hommage à son pays qui à cette époque sut protéger, accueillir, donner du travail à ces hommes et femmes dont le seul tort était de vouloir la démocratie et la justice sociale.

La solidarité en action, combien l’ont oubliée depuis ?...

 

Un documentaire qui vient à point

à voir absolument.

 

Serge Diaz

 

Oui un documentaire mémoire du passé et fenêtre ouverte sur….

Les parallèles établis par Serge ne convaincront peut-être pas les spectateurs habitués à lire d’autres infos sur le Venezuela (presse écrite audio et télévisée à la solde de…). Et pourtant ils existent !!!

Ce que dit le président auto proclamé (de droite ) Guaido, ce que divulguent les médias  d’opposition au Venezuela et largement relayés en Occident, c’est presque terme pour terme ce que disaient les partisans de Pinochet et que nous entendons dans le documentaire (Allende étrangle son peuple ; ses choix économiques mènent le pays à la ruine, nous voulons rétablir la démocratie!!)

Colette 1/03/2019

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28 février 2019 4 28 /02 /février /2019 06:42

De Ciro Guerra et Cristana Gallego (Colombie)

avec José Acosta, Carmina Martinez, Jhon Narvaez

Présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes

Récompenses : 

Festival Biarritz Amérique latine 2018 : Abrazo d'or du meilleur film

Festival international du film d'Antalya 2018 : Prix du public

 

Présenté à Rouen dans le cadre du festival A L’Est (section A l’Est dans le monde )

Dans les années 1970, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu se retrouve au cœur de la vente florissante de marijuana à la jeunesse américaine. Quand l’honneur des familles tente de résister à l’avidité des hommes, la guerre des clans devient inévitable et met en péril leurs vies, leur culture et leurs traditions ancestrales. C’est la naissance des cartels de la drogue.

Les oiseaux de passage

Inspiré de faits réels qui se sont déroulés entre 1960 et 1980, dit le générique.

Mais c’est à une tragédie à l’antique que le spectateur va assister. Le film est en effet découpé en 5 actes, avec une courbe ascendante -la prospérité- et descendante -la guerre- le dernier acte le plus court nous immerge dans la contrée des morts, les limbes. Un récitant joue au final, le rôle de coryphée ; sa silhouette se détache dans un décor sec et désertique alors que la jeune Indira vient de lui acheter trois chèvres et qu’elle s’éloigne, se confondant avec le paysage -celui de la pointe nord de la Colombie

Un film où s’opposent deux forces antagonistes : la tradition clanique et la modernité;  et à l’intérieur des clans, des rivalités dues au commerce florissant de la marijuana et au non respect de codes ancestraux (pour ne pas dire millénaires)

 

Le film s’ouvre sur un rite de passage et une danse prénuptiale. La jeune fille Zaida a terminé son année d’isolement elle peut se marier ; sa mère (dépositaire de la tradition) lui prodigue les ultimes recommandations alors qu’une aînée examine son travail de tissage ; le prétendant Rapayet est adoubé par son oncle Peregrino. Couleurs chants danse croyances langue indigène le wayuu tout concourt à donner une dimension anthropologique qui va bien au-delà du simple folklore. La  robe envahit l’écran de son tissu rouge comme si le personnage était magnifié ; la danse endiablée circulaire semble s’inscrire dans une tradition séculaire ! Il  en ira de même quand on honorera les morts (rite des lamentations, compacité du groupe des pleureuses). Les signes divins méritent interprétation (on pense aux haruspices grecs)  ; ils ponctuent la vie de ces ethnies; s'ils sont maléfiques, c'est que la transmission des valeurs a échoué!. L’honneur bafoué (l’intrépide Léonidas s’est comporté en malotrus envers la fille d’Anibal chef d’un clan rival) exige réparation. La guerre déclarée entre clans est à l’image de celle qui oppose les  trafiquants.

 

C’était pour amasser l’argent nécessaire à la dot  que Rapayet, aidé par son complice Moises, s’était adonné au trafic illicite de la marijuana. D’abord destiné aux touristes américains le petit commerce est devenu une véritable industrie et des cartels s’entre-tuent pour asseoir leur domination ! Hécatombes successives : les corps gisent à terre, le rouge du sang souille  la blancheur du sol

La tragédie à laquelle nous venons d’assister a de ce fait la force d’un apologue!

 

Vastes étendues désertiques (Guajira), panache de poussière au passage des voitures en service commandé, ciel strié de vols d’oiseaux ou lacéré de lambeaux noirâtres, plans rapprochés sur un groupe vu en frontal ou sur des individus isolés, très gros plans sur un criquet, tout dans la façon de filmer associe la cinégénie  des paysages et la photogénie des humains. L’assaut mortel sur une superbe villa en plein désert mêle habilement soleil de plomb et ambiance crépusculaire : ce sera d’ailleurs l’antichambre des limbes!

 

A ne pas rater!

 

Colette Lallement-Duchoze

Les oiseaux de passage

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27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 10:44

de Igor Voloshin (Slovaquie)

avec Jean-Marc Barr, Olga Simonova, John Robinson

 

Dans le cadre du festival A L’EST qui aura lieu à Rouen du 26 février au 5 mars 2019 (14ème édition) le film a été présenté lors de la soirée d’ouverture à l'Omnia, en présence de l’acteur Jean-Marc Barr

 

L'histoire d'un couple dont le mariage bat de l'aile et qui va devoir affronter la disparition de leur fille âgée de 16 ans. Après avoir fêté son anniversaire, la jeune fille ne revient pas à la maison, ce qui va inquiéter ses parents et incite son père à prendre en main la situation..

Cellar

La disparition d’un enfant est vécue par les parents comme une douleur indicible qui lacère le corps le déchiquette, qui mure l’être devenu suffocation dans la solitude et la quête d’un improbable "retour"; ce qu’ont évoqué avec délicatesse David Grossman dans "tombé hors du temps"  et Laurence Tardieu dans "puisque rien ne dure"; ce qu’a porté à l’écran -récemment et avec brio-, le cinéaste roumain Constantin Popescu dans Pororoca, pas un jour ne passe ; dans son film crépusculaire "faute d’amour" le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev imposait une dimension politique : le portrait sans concession d’une Russie en déliquescence -à travers celui des deux parents !

 

Alors que penser de Cellar film slovaque qui traite un sujet identique ?

Il obéit à une double dynamique, déconstruction/reconstruction pour le couple parental et l’inverse pour la quête de la vérité. En effet, le couple qui se délitait se "reconstruira" progressivement  dans la douleur de la perte de leur fille unique Lenka. Agacé par l’impéritie de l’enquêteur officiel, le père Milan (Jean-Marc Barr) prend le relais en se faisant lui-même justicier et ...tortionnaire afin de soutirer les aveux du "présumé coupable" 

Les premières images (ambiance de drogue fumée matelas incandescence de cigarettes  ) qui s’imposent à l’écran -malgré le flou- encodaient le film  sous la forme d’un puzzle dont chaque élément extirpé de  la multiplicité serait l’objet d’un traitement particulier. Et dès la disparition de l’adolescente, -elle quittera définitivement l’écran alors qu’elle marche seule sur la route et qu’elle tente désespérément d’appeler sa mère- le spectateur sait ou du moins devine …la suite est hors champ,  elle sera mise en images lors des aveux -soutirés sous la menace. Un refus du suspense "traditionnel" donc ; ce qui n’est nullement un défaut ! Bien au contraire !

 

Mais le scénario installe pesamment un dispositif dans une dimension binaire -opposition générationnelle quant aux choix musicaux ; alternance scènes de colère contenue -les parents- et d’exaltation de la vie -Lenka et son amie Beta-

Et après la disparition de Lenka, il impose une  "logique" dont le traitement est peu convaincant. Que de longueurs et de plans récurrents inutiles ! (voiture et itinéraire en lacets ; escalier à l’intérieur de la maison, vue en plongée sur le feu dans le jardin, etc..) Et que dire de la séquence où la femme Tana découvre quasiment in situ la relation adultère de son mari, sinon qu’elle frise le ridicule ? Et que penser du jeu de l’acteur principal Jean-Marc Barr ?? (on ne voit pas la transformation d’un père éploré en individu habité par la monomanie d’une soif vengeresse)

 

Impression plus que mitigée donc...

Mais ce n’est qu’un point de vue ; le film a conquis de nombreux spectateurs  (à la fois pour son scénario, ses ambiances musicales et le jeu de tous les acteurs)

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 06:59

d'Etienne Kallos (Afrique du Sud)

avec Brent VermeulenAlex van DykJuliana Venter

 

Présenté au festival de Cannes ( un Certain Regard)

Afrique du Sud, Free State, bastion d’une communauté blanche isolée, les Afrikaners. Dans ce monde rural et conservateur où la force et la masculinité sont les maîtres-mots, Janno est un garçon à part, frêle et réservé. Un jour, sa mère, fervente chrétienne, ramène chez eux Pieter, un orphelin des rues qu'elle a décidé de sauver, et demande à Janno de l'accepter comme un frère. Les deux garçons engagent une lutte pour le pouvoir, l'héritage et l'amour parental.

Les moissonneurs

Une voix off -celle de la mère- supplie Dieu de faire de son fils un être fort "faites que son sang soit fort; faites que sa semence soit forte" Entendons "afin que vive, survive notre propriété...

Après avoir entendu ces vœux , nous voyons Janno l'adolescent aider son père (sévère) dans l'accomplissement de tâches journalières (mener le troupeau au fouet entre autres); l'occasion pour le réalisateur de filmer en plans larges et/ou panoramiques les immenses champs, avec une lumière tamisée qui nimbe paysages et personnages d'une sorte de brume. Il en ira de même pour les intérieurs où dominent les contre-jours, comme dans les toiles flamandes. Ce parti pris de lumière, qui au début peut gêner, semble illustrer une atmosphère où se marient étrangeté et enfermement! 

 

Travaux des champs (magnifique gros plan sur les lames de moissonneuses batteuses, plan resserré sur le troupeau ou les oeufs qui vont éclore dans une couveuse), rites de la prière et des repas partagés. L'équilibre (apparent) est rompu avec l'arrivée de Pieter -un gars de la ville, un junkie- que la mère prend sous son aile protectrice décidée à le "sauver"; elle enjoint Janno de lui "ouvrir son coeur"

 

S'ensuivra une lutte fratricide -pour avoir la faveur des parents et ... la propriété en héritage. Cette lutte (on se méfie, on s'espionne, on se bat, on s'invective) est au coeur du film d'Etienne Kallos (Sud-Africain d'origine grecque) . C'est elle qui transforme une chronique en tragédie à l'antique (avec son acmé: l'embrasement!). C'est à travers elle que le réalisateur dénonce le caractère suranné d'une famille ultra conservatrice qui cultive avec la même "foi" ses terres immenses et son amour de Dieu!

 

On peut se poser la question: le système autarcique ancestral d'une communauté afrikaner a-t-il encore sa raison d'être? (cf la peur panique des assassinats de fermiers); la fameuse "terre de nos ancêtres"  à sauvegarder à tout prix,  n'a-t-elle pas été usurpée??

Or la construction circulaire du film (reprise de la séquence d'ouverture) laisse supposer que ce système va perdurer !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 12:01

de  Radu Jude (Roumanie) 

Avec  Ioana IacobAlexandru DabijaAlexandru Bogdan


 

En 1941, l’armée roumaine a massacré 20 000 Juifs à Odessa. De nos jours, une jeune metteuse en scène veut retranscrire cet épisode douloureux, par une reconstitution militaire, dans le cadre d’un évènement public. La mise en scène sera-t-elle possible ?

Peu m'importe si l'Histoire nous considère comme des barbares

Peu m'importe si l'histoire nous considère comme des barbares revient sur un fait peu connu et délibérément laissé dans l’oubli en Roumanie : le massacre de 20 000 juifs par l'armée roumaine. Mariana Marin, metteur en scène de théâtre, travaille à une reconstitution du massacre d'Odessa, en 1941, qui sera présentée sur une place publique.

 

Elle se heurte à l’opposition des acteurs amateurs qui ont leur propre lecture de cette période et la façon dont elle doit être montrée au peuple; à celle des représentants de la ville qui ne souhaitent pas voir exhumer cette période historique, et préféreraient que soient traitées les exactions de la période communiste et la souffrance du peuple roumain.

D’ailleurs le metteur en scène souligne dans son film que la posture de victime est plus confortable que celle de bourreau.

 

Parfois drôle, corrosif et moraliste, Radu Jude dresse un portrait peu flatteur de la Roumanie, qui apparaît comme désireuse d’oublier cet épisode abominable de son histoire et donc proche du négationnisme.

 

Ce film a une valeur pédagogique, il témoigne de l’ampleur de l’Holocauste roumain - 380 000 mille victimes dont de nombreux Roms - et dénonce le racisme et l’antisémitisme.

 

 

Claude Beuzelin

 

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25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 04:54

de Nathan Ambrosioni

avec Noémie Merlant, Guillaume Gouix, Jérôme Kircher

 

Prix du public Jean-Claude Brialy, longs métrages français, au festival Premiers plans d'Angers

Charlie, bientôt 24 ans, mène une vie sans excès : elle se rêve artiste et peine à joindre les deux bouts. Quand son frère vient la retrouver après douze ans d’absence, tout se bouscule. Vincent a 30 ans et sort tout juste de prison où il a purgé une longue peine. Il a tout à apprendre dans un monde qu’il ne connait plus. Charlie est prête à l’aider. C’est son frère après tout, son frère dont la colère peut devenir incontrôlable et tout détruire malgré lui.

Les drapeaux de papier

Il n’a pas 20 ans. Il a commencé le tournage à 18 ans. Son film a reçu le prix du public au festival d’Angers (premiers plans)

Nathan Ambrosioni signe un film au sujet grave : la difficile réinsertion d’un détenu non accompagné, après plus de 10 ans d’incarcération. Un thème - inspiré d'un fait réel-  qu’il traite de façon épurée (pour ne pas dire minimaliste) : absence de bavardage, de fioriture ; pas de flash-back pour évoquer le passé, ou expliquer les raisons de la détention ; celles-ci seront livrées au compte-gouttes.  Une question "pourquoi tu n’es plus venue me voir ?"  une information glissée subrepticement "maman m’envoyait des drapeaux de papier",  laconisme  et  sous-entendus…

 

Ce très jeune et talentueux réalisateur s’inspire (c’est une évidence) de Xavier Dolan pour les cadrages très serrés qui emprisonnent les personnages tout  en les exhaussant au rang de "héros". Visages qui disent les fêlures, mais visages magnifiés. Dès les premières images, de très gros plans sur le crâne la nuque d’un individu que l’on ne verra que de dos jusqu’à sa sortie de prison, suggèrent un malaise  tout en imposant une évidente matérialité.  Ambrosioni soigne aussi les effets de lumière, de même qu’il irrigue son film de couleurs expressives (certaines carrément flashy) 

 

Guillaume Gouix est habité par le personnage de Vincent : en témoigne ce mélange  de fougue quasi viscérale et de tendresse : traumatisé par ses années de rétention il n’est pas à l’abri de violentes colères qui font voler en éclats les objets à portée de main et qui tétanisent, par la fureur de la parole, la sœur chez qui il a trouvé refuge ; mais il sait aussi être délicat: un regard d’enfant, une étreinte qui réconcilie. Le jeu de Noémie Merlant (qui interprète Charlie, la sœur) est quant à lui tout en nuances, sa maîtrise (et  c’est le nec plus ultra) paraît naturelle, comme  allant de soi! 

 

Les drapeaux de papier c’est une chronique à la fois intimiste (relation frère et sœur) et sociale (l’abandon d’un ex prisonnier quand il recouvre la "liberté" ) servie par deux brillants acteurs et filmée par un "génie"  précoce (les petits ratés et autres imperfections sont vite oubliés!!! )

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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24 février 2019 7 24 /02 /février /2019 06:03

de François Ozon

avec Melvil Poupaud (Alexandre) Denis Ménochet (François) Swann Arlaud (Emmanuel) Josiane Balasko (mère d'Emmanuel)  Hélène Vincent (mère de François)  François Marthouret (Mgr Bernardin)  Bernard Verley (père Preynat) Frédéric Pierrot (le capitaine Courteau) Eric Caravaca (Gilles) 

 

Grand prix du jury Berlinale  2019

Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi. Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

Grâce à Dieu

"grâce à Dieu les faits sont prescrits" dit pince-sans-rire Mgr Barbarin (excellent François Marthouret) , lors d’une conférence de presse en 2016 ; un intervenant s’insurge contre l’incongruité de tels propos "oui c’est vrai je m’en excuse"  rétorque patelin l’archevêque de Lyon (ben voyons). Est-ce ce faux lapsus qui a dicté à Ozon le titre de son film ? Assurément ? Peut-être ? Un titre polysémique donc...et polémique ! Rappelons que le premier titre était « L’homme qui pleure » (accent mis sur la douleur des victimes et sur la dignité de leurs larmes)

 

Laissons de côté les démêlés avec la justice (les médias ont suffisamment pris le relais) passons outre la documentation qui a présidé à la genèse du film et osons faire entendre une voix légèrement dissonante dans le concert de louanges (elle concerne plus la forme que le fond)

 

Voici un homme d’Eglise (archevêque?) vu de dos, il avance lentement brandissant un immense ostensoir (?) (la caméra le suit  en travelling) puis il s’arrête, surplombant la ville, il semble être au-dessus de ...tout...soupçon.... Ce plan d’ouverture (que nous retrouverons une fois en écho) me semble trop appuyé (même et surtout s’il est censé opposer la superbe de l’Église, de ses représentants au désarroi de ceux qui furent victimes d’actes pédophiles jamais condamnés)

Et pour illustrer le parcours des trois victimes, le cinéaste opte pour une structure très classique : mettre au premier plan et successivement chacune des trois en accordant un soin très méticuleux à montrer ces adultes dans leur quotidien, leur intimité, trente ans après les faits. Par moments le passé resurgit sous forme de flash back (voici de très jeunes scouts sous l'égide du  père Preynat …la "relation"  restera pudiquement hors champ)

Une forme très convenue de "découpage"

A cela s’ajoute une  alliance "faussée" entre la véracité, (l'authenticité documentaire) celle des faits rapportés  (entretiens avec Régine Maire, avec le père Preynart, avec Mgr Barbarin, échange de courriels, dépôt de plainte en gendarmerie, création de l’association "parole libérée"), et le travestissement fictionnel ! Le film à trop vouloir "coller aux faits" se fait illustratif voire didactique : le moindre dialogue, le moindre geste, le moindre regard, tout n’existe que par rapport à la "mécanique"  du film ! avec parfois une impression désagréable de mauvaise théâtralisation (cf les réunions, la vie familiale d'Alexandre) 

 

Cela étant, les acteurs Melvil Poupaud Denis Ménochet et Swann Arlaud jouent à merveille leur partition d’ex scouts, traumatisés, Josiane Balasko et Hélène Vincent celle de mères aimantes !

 

«Sinite parvulos venire ad me» (évangile selon saint Luc) laissez venir à moi les petits enfants. C’est au nom de ce précepte que des représentants de l’Église auraient abusé de la crédulité de garçonnets (certains recevaient avec orgueil les faveurs de leur prêtre, car ils se croyaient des "élus") et de la confiance de leurs parents (même et surtout les plus catholiques, pratiquants de surcroît)

Le réalisateur s‘attaque moins à deux figures de l’Église (le Père coupable de pédophilie, l’archevêque coupable de complicité  pour l’avoir protégé) qu’à une Institution qui prône le silence, pratique l’omerta et bafoue ses règles fondamentales pour ne pas dire cardinales. (Question d'interprétation: les spectateurs ayant assisté à l'avant-première en janvier, en présence du réalisateur, pourront  infirmer ou corroborer ces propos ...)

 

Oui la parole doit être libérée, sans entrave !

 

Colette Lallement-Duchoze

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23 février 2019 6 23 /02 /février /2019 08:46

Film de François Ruffin et Gilles Perret

 

A partir du 15 février et jusqu’à la sortie du film (le 3 avril) Gilles Perret et François Ruffin parcourent le pays.

Hier soir ils venaient présenter leur documentaire à l’Omnia (deux projections pour deux salles combles)

 

J'veux du soleil

À tous les députés de l’Assemblée Nationale, à toute l’équipe gouvernementale (Castaner au premier chef) à tous les éditocrates de service qui sévissent sur les plateaux dits d’information, aux lobbystes à la solde de.., aux distillateurs de haine, à Luc Ferry, Yves Calvi, Jean-Michel Apathie, Patrick Cohen, Alain Finkelkraut, Christophe Barbier, à tous ceux qui par leur discours -largement repris sur les ondes- cherchent depuis le début, à discréditer le mouvement des GJ, je formule un seul voeu: prenez le temps de vous "informer autrement"  en allant voir (ou en vous faisant projeter en privé…) le film documentaire de Gilles Perret et François Ruffin

Doux et cruel, émouvant et décapant, mais surtout profondément humain, il vous fera approcher au plus près la réalité des ronds-points (des havres patiemment "construits" puis diaboliquement démolis par les forces de l’ordre); il vous fera partager la réalité de ce que vivent au quotidien ces "invisibles" qui, grâce au mouvement des GJ, accèdent enfin à la  "lumière" et seront désormais immortalisés dans le film documentaire « j’veux du soleil ». Ne vous laissez pas intimider par les "débordements" lors de manifestations, que des chaînes de TV diffusent en boucle (à croire que des "infiltrés" sabotent le mouvement avec l'aval de...)

 

François Ruffin et Gilles Perret sont partis de la Somme, et nous les suivons lors de leur "périple"  (une forme de road movie) à différents ronds-points jusque Marseille.

Ce qui intéresse le député de la FI, c’est toujours et avant tout l’humain. Il sympathise, interroge, prend des notes, commente avec beaucoup d’humour et l’on reçoit en plein visage (pour ne pas dire en plein cœur) des témoignages dont certains arrachent les larmes : malgré des vies cabossées, la revendication de la dignité -par trop bafouée !

 

Ecoutez  la parole enfin libérée, celle de Corinne Carine Khaled Rémi Denis Cindy et de tant d’autres.

Regardez cet immense totem à l’effigie de Marcel ( Ruffin en expliquait la genèse et la portée métaphorique hier soir à l’Omnia)

 

Un film salutaire ! À ne pas rater !!

 

C’est un éclair, alors, qui déchire la nuit noire de l’histoire.  Un éclair, un éclair jaune, fluorescent même, qui ne dure qu’un instant, un instant seulement, mais se grave dans les mémoires. Derrière , le tonnerre fait résonner ce mot: espoir (cf le dépliant)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Tout à fait d'accord avec l'analyse de Colette ! ce film décrasse, émeut, et donne envie de se battre contre ce pouvoir méprisant, de classe. A voir absolument car il fera date, élément majeur dans cet épisode historique de l'Histoire contemporaine de notre pays.

En plus, les musiques qui accompagnent sont chouettes !

Serge Diaz 23/02

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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 15:58

Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.

La favorite
En résumé : 2 femmes intrigantes et garces à souhait se font une guerre terrible pour séduire la reine Anne d’Angleterre. Cette dernière est une grosse imbécile souffrant de la goutte qui se joue de chacune d’elles tout en dirigeant son pays au gré des influences de ses servantes-maîtresses.
 
Le jeu est appuyé, la mise en scène est soignée mais que d’anachronismes de langage : “fuck” et “cunt” en anglais du 18ème siècle ?...
Le risque, comme disait Michel Onfray, quand on fait un film historique est de faire passer ce que l’on montre comme la réalité de l’époque surtout lorsque les décors, les costumes, le maquillage sont puisés fidèlement dans cette époque. Le spectateur a du mal à faire la part de la fiction débridée, américano-centrée, de celle de la vraie reconstitution. Finalement le réalisateur greco-américain réalise un film très américain, au sens où la problématique est simplissime : ah les méchantes courtisanes, oh ! la pauvre reine abusée mais pas facile quand même !.
 
On ne voit le peuple, surtout les femmes, qu’en cuisine du château ou au lupanar pour ces messieurs aristos. Les valets sont humiliés mais ridicules. L’intérêt du réalisateur ne porte que sur le match entre deux femmes comme on regarde une course de canards, pour s’amuser.
 
Ce film est un détournement à des fins commerciales d’une vraie réflexion sur ce qu’est le pouvoir. Le grand public américain aime le binaire, l’exotisme historique ramené à son époque tout comme le ketchup sur des tournedos de première qualité.
Il reste la photo, très belle, c’est du gâchis de moyens.
 
Il y avait là les prémices pour un bon film, dommage, seuls les amateurs de farces apprécieront.
 
 
Serge Diaz

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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 18:33

de Félix Moati

avec Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Mathieu Capella, Anaïs Demoustier

Joseph et ses deux fils, Joachim et Ivan, formaient une famille très soudée. Mais Ivan, le plus jeune, collégien hors norme en pleine crise mystique, est en colère contre ses deux modèles qu’il voit s’effondrer. Car son grand frère Joachim ressasse inlassablement sa dernière rupture amoureuse, au prix de mettre en péril ses études de psychiatrie. Et son père a décidé de troquer sa carrière réussie de médecin pour celle d’écrivain raté. Pourtant, ces trois hommes ne cessent de veiller les uns sur les autres et de rechercher, non sans une certaine maladresse, de l’amour…

 

Deux fils

La séquence d’ouverture donne la tonalité et révèle une façon de filmer qui prévaudra dans ce premier long métrage de Félix Moati (connu jusqu’ici comme acteur). Joseph (Benoît Poelvoorde) filmé de dos encadré par deux garçons va choisir un cercueil pour feu son frère. Convaincu de l’étroitesse de cet habitacle de la mort, il le teste…Exit pathos ou larmes !!!

Mélange de légèreté et de gravité, d’ humour et de drame c’est bien ce qui va caractériser le parcours des trois personnages (on a parfois l’impression que c’est le même à trois moments d’une vie)

 

Un père médecin qui change brutalement de métier convaincu de ses talents d’écrivain (n’est pas Tolstoï qui veut) ; le fils aîné qui caresse le rêve d’être "le plus grand psychanalyste du monde" (mais il est englué dans le ressassement d’un échec amoureux) et le cadet accro de religiosité et d’alcool essaie de se frayer son propre chemin. Leurs parcours apparemment solitaires et douloureux vont en fait tisser une trajectoire, celle de la réconciliation -surtout entre les frères -même si le titre du film "Deux fils" induit la figure parentale  (ici le père fantasmé, le père réel, le père enfant que deux fils prennent en charge cf l'affiche signée Floc'h) ; fébrile et chaotique cette quête de soi mais  ô combien éminent le rôle positif des femmes !!

 

Filmés souvent de dos (seuls ou en duo) en plans rapprochés ou en très gros plans (visages) ils pourraient envahir l’écran -la fluidité du rythme le déleste de cette éventuelle lourdeur.

Musique jazzy, ambiances nocturnes parisiennes, acteurs formidables (mention toute spéciale à Mathieu Capella et Anaïs Demoustier),  tout concourt à faire de ce premier long métrage un film attachant.

Des esprits chagrins en mal de critique à tout prix souligneront  le côté anodin de l’histoire (parcours initiatique et  histoire d'une reconstruction)

 

Contentons-nous de saluer  un talent prometteur !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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