30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 15:46

d'André Téchiné 

Avec Catherine DeneuveKacey Mottet Klein, Oulaya Amamra, Stephan Bak,  Kamel Labroudi

Muriel est folle de joie de voir Alex, son petit-fils, qui vient passer quelques jours chez elle avant de partir vivre au Canada.  Intriguée par son comportement, elle découvre bientôt qu’il lui a menti. Alex se prépare à une autre vie. Muriel, bouleversée, doit réagir très vite…

L'adieu à la nuit

Téchiné centre son propos sur l'intime, l'humain: la relation entre la grand-mère et son petit-fils, l'incompréhension de l'une face au choix absurde de l'autre; deux univers dissemblables irréconciliables au sein d'une même famille!!

 

Le découpage -5 jours de printemps 2015 et un épilogue- , l'environnement - soleil, cerisiers en fleurs, chevaux le jour, sangliers la nuit-, le jeu d'opposition -ombre et lumière-, les mouvements de caméra et cette façon de filmer au plus près les personnages en plans rapprochés, le leitmotiv musical, tout devrait concourir à exhausser un fait puisé dans le réel (Téchiné s'est inspiré du livre d'entretiens "les Français djihadistes" de David  Thomson) au rang de la mythologie (ce que revendique le réalisateur) 

 

Or il faut bien le reconnaître, des étirements non justifiés, des montages parallèles complaisants (à la fête au centre équestre s'oppose le rituel austère des préparatifs au djihad), des symboles appuyés (l'éclipse solaire en scène inaugurale, la tête d'Alex derrière des barreaux et en arrière-plan celle placide des chevaux), le jeu un peu figé de Catherine Deneuve (et ce quoi qu'en disent ses aficionados) et peu crédible en femme de la Terre, le "prévisible" (le rôle du repenti et son "double retour" entre autres) , bref tout cela fait que le film n'entraîne pas l'adhésion

 

Un bémol toutefois -quand bien même ce serait un truisme-: les personnages (et certains acteurs sont épatants dans leur interprétation) restent des "personnages". Dès lors le "rôle" de la grand-mère n'est-il pas d'empêcher son "petit-fils" de "sortir du cadre" (par le dialogue, l'enfermement, le recours à un "repenti" , la délation) et de se faire tuer  dans un "hors champ" si redouté???

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 07:07

Orna travaille dur afin de subvenir aux besoins de sa famille. Brillante, elle est rapidement promue par son patron, un grand chef d'entreprise. Les sollicitations de ce dernier deviennent de plus en plus intrusives et déplacées. Orna prend sur elle et garde le silence pour ne pas inquiéter son mari. Jusqu’au jour où elle ne peut plus supporter la situation. Elle décide alors de changer les choses pour sa famille, pour elle et pour sa dignité.

Working woman

Filmé en longs plans-séquences, centré essentiellement sur le couple "patron/employée" (et de ce fait les personnages dits "secondaires" manqueront forcément d’épaisseur) le film de Michal Aviad - à la mise en scène très sobre-,  décrit avec justesse, les étapes d’un harcèlement professionnel, dans sa complexité et ses nuances

Tout commence par des phrases apparemment anodines (coiffure habillement) puis un baiser extorqué ...suivi d’excuses ; de plus en plus d'exigences (travailler plus), une promotion ; un voyage d’affaires à Paris et ce sera le séisme !

Tout cela provoque un mal-être et un mal-vivre : Orna partagée entre son désir de "bien faire" en tant qu’assistante puis directrice des ventes, et sa morale, choisit de souffrir en silence plutôt que d’en parler à son mari  ou à sa mère! 

 

Sournois et insidieux le comportement de Benny ! Celui d’un prédateur qui use et abuse de son pouvoir de mâle et de patron, au service d'une stratégie cauteleuse de déstabilisation ! Face à lui une femme ordinaire compétente efficace dans son travail (vendre des appartements à de riches clients français) contrainte de délaisser un peu sa vie familiale ; sa lutte (cf l’accroche publicitaire sur l’affiche) est surtout intérieure

Démonter les mécanismes (sans didactisme)- opposer prédation et culpabilité, mêler machisme professionnel et intime (et le portrait suggéré du mari Ofer est peu reluisant surtout après l’aveu…) suivre l’évolution psychologique d’une femme tiraillée entre les exigences professionnelles et la vie familiale, telle est bien "l’histoire"  de Working woman celle d’un engrenage

Et comme le film s’inscrit dans un contexte économique d’ultralibéralisme, on serait tenté d’établir des parallèles entre les deux "formes" de mécanismes insidieux  et pervers (ceux qui dictent les rapports bourreau/victime sous couvert de…)

 

à voir

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 07:15

de Jonah Hill (USA)

avec Sunny Suljic, Kathrine Waterston, Lucas Hedges

 

Présenté à la Berlinale 2019 (section Panorama) 

 

 

Dans le Los Angeles des années 90, Stevie, 13 ans, a du mal à trouver sa place entre sa mère souvent absente et un grand frère caractériel. Quand une bande de skateurs le prend sous son aile, il se prépare à passer l’été de sa vie…

90's

En finir avec les parures de lit Tortues Ninja, les t-shirts de cartoon, imiter le grand frère (même si ce dernier est violent;  et le film s’ouvre sur une scène de tabassage!), intégrer le groupe des aînés (amoureux de skate-board) : ce sera le parcours de Stevie, un été des années 90 ; avec des rites de passage (apprentissage alcool drogue sexe), des chutes réitérées (comme autant de "stations" sur un chemin de croix vécues parfois avec une complaisance plus ou moins morbide ou du moins un masochisme enfantin (je grandis par la Douleur ; je convoite cette Douleur ; je la revendique)

Jusque-là rien d’innovant (même et surtout dans le fait de "recréer" une famille que l’on aura choisie, dans un monde dont on se sent exclu)

 

L’originalité de Jonah Hill ? Le choix du format 4:3 (celui par excellence du portrait et à plusieurs reprises le visage de Stevie ou de l’un de ses comparses filmé en gros plan envahit l’écran) ; le montage qui fait alterner les passages plus "contemplatifs" (cf les duos avec Ray dont les dialogues sont empreints d’une sagesse inouïe) et des rythmiques relevées (chorégraphie des skateurs) . La trame sonore est en effet assez époustouflante:  musique composée par Trent Reznor et une playlist qui se partage entre Nirvana Pixies Mobb Depp entre autres. Et enfin un casting qui fait la part belle à des "non professionnels" (choisis lors d'un casting sauvage pour leur performance de skateurs)

 

On retiendra cette scène où Ray confectionne une planche pour l'offrir à Stevie -gage de son intégration. Le réalisateur nous fait assister à toutes les étapes: choix du board, revêtement anti-dérapant, roulettes. N'est-ce pas la métaphore du travail de reconstitution du film lui-même? Ou encore celle où Stevie éructe en hurlant sa haine à l'encontre de sa mère décontenancée au volant de la voiture; cette violence verbale inattendue ne signe-t-elle pas la rupture définitive avec le "giron" maternel?  

 

Et pourtant! sans vouloir comparer 90's -même si la tentation est grande- avec les films de Larry Clark (Wassup Rockers) ou de Gus Van Sant (Paranoïd Park) beaucoup plus "politiques" (fond) et "violents" (forme), il manque au film de Jonah Hill une puissance qui entraînerait l'adhésion...

 

Colette Lallement-Duchoze

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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 05:26

Eve, une jeune femme de chambre, travaille dans un luxueux hôtel de la ville de Mexico. Pour trouver la force et le courage nécessaires d'affronter sa monotonie quotidienne, elle s'évade à diverses fantaisies à travers les objets personnels laissés par les invités de l'hôtel.

 

La Camarista

Film minimaliste, film épure, sans discours frontal, sur la condition de ces invisibles -travailleurs de l’ombre dans les hôtels de luxe au service des "nantis"  des clients souvent capricieux et égoïstes- à travers le portrait d’une jeune femme de 24 ans Eve. Son rêve  d’ascension sociale ? travailler pour un meilleur salaire, au 42ème étage celui des suites somptueuses dédiées aux richissimes clients alors qu’elle est "confinée"  au 21ème…

 

La réalisatrice dit s’être inspirée de Sophie Calle (cette "exploratrice de l’intime" avait décidé en 1981 de se faire embaucher comme femme de chambre à Venise dans un hôtel de luxe, à l’affût d’objets, ces petits riens laissés par les clients, révélateurs de leur existence) Dans la camarista hormis quelques gestes de captation, c’est plutôt la violence -suggérée- des rapports sociaux qui serait au premier plan ; et l’hôtel de par sa verticalité et la circulation incessante de monnaies d’échange deviendrait  la métaphore d’une société

 

Caméra fixe -hormis pour la dernière séquence, celle d’une ouverture- Elle emprisonne le personnage dans son cadre (travaillé avec un soin particulier) ; quand Eve quitte le champ, un chuchotement l’accompagne hors champ (là encore la bande-son qui restitue le fond sonore de l’hôtel a été particulièrement soignée). Et voici que défile sous forme de tableautins le quotidien d’une femme de chambre apparemment placide et résignée : elle évolue entre les chambres du 21ème -où elle lisse les draps et récure la salle de bains-,  l’ascenseur, les sous-sols, blanchisserie, cantine, elle se lie d’amitié avec une collègue, suit des cours. Nous apprenons -par ses appels téléphoniques- qu’elle a un enfant, qu’elle ne rentrera pas tous les soirs, que les conditions d’existence sont bien précaires (une carafe d’eau en guise de douche)

 

Un huis clos donc - la mégalopole que l’on devine à travers les baies vitrées des chambres semble figée telle une carte postale ; le laveur de vitres sur sa nacelle est perçu comme une intrusion de l’extérieur sur lequel Eve semble avoir tous les pouvoirs mais quand le personnage est à "l’intérieur" de l'hôtel,  les tentatives de communication sont vouées à l’échec…

Les tonalités sont neutres, le blanc des draps presque sépulcral (cf affiche) les uniformes des employées filmées en plans rapprochés sont traités en aplats ; seule couleur chaude : le rouge de la robe tant convoitée !!!

 

 

La camarista ou la sobre élégance de la dignité !

 

Un film à découvrir

A voir absolument ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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20 avril 2019 6 20 /04 /avril /2019 06:42

De Rodrigo Sorogoyen  Espagne

Avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, Josep Maria Pou

Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu'il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal...

El Reino

 Père de famille taciturne dans la isla minima, "vengeur placide" dans la colère d’un homme patient,  Antonio de la Torre est de tous les plans dans le film de Rodrigo Sorogoyen El Reino.

 

Qu’il soit filmé de dos -quand la caméra le suit épousant les battements de la musique répétitive d’Olivier Arson, en très gros plan (visage), avec effet spéculaire (miroirs des toilettes), en face à face avec ses ex-complices devenus ses ennemis etc. c’est le portrait d’un homme politique corrompu rattrapé par la justice et qui, tel un animal traqué, cherche coûte que coûte une échappatoire -par la trahison, le mensonge, la manipulation -il a été à bonne école !!!

 

Mais ce film au rythme soutenu nerveux, dénonce moins un système de corruption généralisé -détournements de fonds publics,  pots-de-vin- qu’il n’illustre l’histoire d’un engrenage -Colère d’un homme impatient, animal traqué soucieux avant tout de sa propre survie et...du sort de sa famille... quitte à opter pour des choix peu judicieux --glisser une clef USB dans sa chaussure lors d'une perquisition,  enregistrer ses "compagnons"-  et/ou peu vraisemblables -récupérer des documents compromettants dans la villa d'un ex ami- : c’est l’aspect loufoque et cynique du film.

Le politique sert ainsi de prétexte à un thriller psychologique

 

Or, pour le spectateur il s’agit moins d’identifier tous les protagonistes (et ils sont nombreux) , d’emplir les béances elliptiques d’un semblant de rationalisation que de s’interroger sur la récurrence de ce cliché  "le monde politique est pourri"  comme si l’exercice du pouvoir était fatalement lié à la corruption et justifiait à bon compte l’aveuglement de ceux qui en font un métier (un cliché accepté devenu truisme …)

De plus en se focalisant sur un seul homme, en adoptant son seul point de vue, on en viendrait presque à éprouver une forme d’empathie pour cette "victime" crapuleuse délaissée par ses pairs, animée d'une soif vengeresse à la limite de la parano, et ce n’est pas la séquence finale (face à face sur un plateau de télévision) trop moralisante -et décevante d’ailleurs- (la leçon venant d’une journaliste au service de médias corrompus …) qui in extremis ferait basculer le film dans la pure dénonciation.;

 

Cela étant, on appréciera la construction, le rythme, l’interprétation et la musique de El Reino :

film plus ou moins convaincant que le précédent  "que dios nos perdone" ?

à vous de juger !!

 

Colette Lallement-Duchoze 

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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 17:57

Ciné Friendly, les journées du cinéma LGBTI+ de Rouen reviennent pour une 5ème édition…

 

Cette nouvelle édition de Ciné Friendly se déroulera au cinéma l’Omnia République du mercredi 24 au samedi 27 avril 2019. Quatre journées de cinéma LGBTI+ autour du vivre ensemble et de la culture. Cet événement s’inscrit également dans le cadre du “Mois des Fiertés” à Rouen.

Cet événement est organisé par l’association Pix’M avec des exclusivités, des avant-premières, des invités. Trois prix seront attribués cette année : le prix du public où le public pourra voter à chaque séance, mais également le prix du public documentaire et le prix du jury composé de 5 personnes.

Le Président de Pix’M, Etienne Duval, souhaite “mettre la culture comme facteur d’inclusion”. Il nous précise que “la culture n’a ni genre, ni sexe. Et dans toutes les cultures, il y a le cinéma”. Ciné Friendly permet au public de voir des films qui sont très peu diffusés dans les salles. Il existe encore 8 festivals de cinéma LGBT en France dont Rouen.

Festival Ciné Friendly du 24 au 27 avril 2019

Ciné Friendly dépassera les murs du cinéma l’Omnia avec des soirées spéciales auprès de trois établissements rouennais :
– la soirée d’ouverture au bar XXL à 22h le mercredi 24 avril
– un apéro spécial CinéFriendly au Vixen dès 18h le jeudi 25 avril
– et la soirée de clôture officielle au bar le Milk dès 22h30 le samedi 27 avril

Le coordinateur du festival Ciné Friendly, Benjamin Duval, tient à souligner qu’il y aura cette année, une représentation significative de films d’Amérique du Sud comme le Brésil avec la présence de deux réalisateurs. L’actualité brûlante au Brésil illustre bien la difficulté de vivre sa différence.

Ciné Friendly reste aujourd’hui unique en Normandie avec plus de 1000 spectateurs. Un festival où les différences et les identités s’expriment sur grand écran. Le cinéma LGBT comme une forme de militantisme.

Tarifs

séance 6,50€ (et 5 tarif réduit) pass 3 séances 10,5€

Programme

https://www.gayviking.com/rouen-festival-cine-friendly-5eme-edition-du-24-au-27-avril-2019/

 

 

 

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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 16:46

Salam, 30 ans, vit à Jérusalem. Il est Palestinien et stagiaire sur le tournage de la série arabe à succès "Tel Aviv on Fire !" Tous les matins, il traverse le même check-point pour aller travailler à Ramallah.  Un jour, Salam se fait arrêter par un officier israélien Assi, fan de la série, et pour s’en sortir, il prétend en être le scénariste. Pris à son propre piège, Salam va se voir imposer par Assi un nouveau scénario. Evidemment, rien ne se passera comme prévu.

Tel Aviv on Fire

Un film du cinéaste  "israélo- palestinien"  Sameh Zoabi

 

mais ce n'est pas encore un plaidoyer pour l'une ou l'autre des deux parties en conflit.

 

Zoabi a choisi un mode "comico-absurde" pour parler de ce conflit qui n'en finit pas

 

Le scénario est un peu compliqué et ne s'apprécie qu'a posteriori.

 

Dans le fond, c'est une analyse fine des obstacles "culturels" à la paix mais qui pourraient aussi aboutir à la paix.

 

L'action est censée se passer en 1967 à la veille de la guerre des "Six jours"…!

 

 

Compte tenu de la modestie des moyens dont a disposé Zoabi, ce n'est pas un sommet du 7ème Art mais il mérite le déplacement.

 

Marcel Elkaim

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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 05:08

de Lou Jeunet

Avec Noémie MerlantNiels SchneiderBenjamin Lavernhe  Camélia Jordana, Amira Casa

Pour éponger les dettes de son père, Marie de Héredia épouse le poète Henri de Régnier, mais c’est Pierre Louÿs qu’elle aime, poète également, érotomane et grand voyageur. C’est avec lui qu’elle va vivre une initiation à l’amour et à l’érotisme à travers la liaison photographique et littéraire qu’ils s’inventent ensemble.

 

Curiosa

En art, Curiosa désigne une représentation, écrite ou visuelle, érotique voire pornographique ; -ce que rappelle d'emblée le prologue-;  l’art érotique est appelé  erotica ou curiosa

Pierre Louÿs (1870-1925), l’érotomane connu du public, en fut l’adepte ; moins connue, sa maîtresse Marie de Régnier (1875-1963) (fille du poète José Maria de Hérédia ; épouse d’un autre poète Henri de Régnier ) l’a pratiqué elle aussi et c’est la "passion" -érotisme/photographie- entre ces deux êtres que Lou Jeunet porte à l’écran.

 

Certes la réalisatrice apporte un soin particulier aux décors (ah ces papiers peints!!) aux costumes, aux cadres, aux postures lascives et/ou sculpturales et aux éclairages ; certes le personnage de Marie est admirablement interprété par Noémie Merlant (vue récemment dans "les drapeaux de papier " ); certes le thème de l’amour est scruté dans sa dialectique (séduction manipulation aliénation) et pourtant la volupté languide et flamboyante n’est pas au rendez-vous et le film est moins esthétique qu’esthétisant. Or la recherche plastique à tout prix ne saurait rendre compte de la fulgurance du désir et du plaisir ; et les personnages -surtout Niels Schneider qui interprète Pierre Louÿs- ne sont pas  "habités".

Bien plus, curiosa mêle sans subtilité préciosité et scènes plus triviales (cf les crêpages de chignon entre Marie et Zohra (Camélia Jordana) la maîtresse algérienne)

Et que dire de ce décalage que provoque la musique électro de Rebotini (revisitant par moments Schubert) ?

 

La toute première séquence donnait le ton : un jeune homme regarde trois filles et leur mère derrière le miroir sans tain d’un appartement ; c’est Pierre Louÿs chez son ami José Maria de Hérédia .C’est aussi derrière un tel miroir que se tiendrait le spectateur ?

 

Reste le parcours d’une femme  qui s’émancipe des tutelles familiale et conjugale ; elle sera contrainte néanmoins de recourir à un pseudo masculin -Gérard d’Houville- pour éditer son premier livre "l’inconstante"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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6 avril 2019 6 06 /04 /avril /2019 08:15

De Michel Leclerc

avec  Edouard Baer, Leïla Bekti, Tom Levy (Corentin), Baya Kasmi

Sophia et Paul emménagent dans une petite maison de banlieue. Elle, brillante avocate d’origine magrébine, a grandi dans une cité proche. Lui, batteur punk-rock et anar dans l’âme, cultive un manque d’ambition qui force le respect ! Comme tous les parents, ils veulent le meilleur pour leur fils Corentin, élève à Jean Jaurès, l’école primaire du quartier. Mais lorsque tous ses copains désertent l’école publique pour l’institution catholique Saint Benoît, Corentin se sent seul. Comment rester fidèle à l’école républicaine quand votre enfant ne veut plus y mettre les pieds? Pris en étau entre leurs valeurs et leurs inquiétudes parentales, Sofia et Paul vont voir leur couple mis à rude épreuve par la « lutte des classes »....

La lutte des classes

Se croiser? Oui.  Se mélanger ? Non

Serait-ce le constat amer de cette comédie ? Car hormis le « twist » final (un happy end farfelu aux couleurs bigarrées où l’entraide a eu raison de tous les clivages en une chaîne de vêtements dans une école pauvre sous financée et délabrée …) il s’agit bien de l’échec de la mixité sociale dans l’école publique des quartiers populaires. Michel Leclerc et la co-scénariste Baya Kasmi -qui interprète d’ailleurs Melle Delamare, professeur des écoles- ont pris le parti de l’humour, de la comédie, voire de l’extravagance, pour traiter ce sujet (assez grave ..) ; mais dans leurs dialogues qui revisitent tous les "clichés" (sur la prégnance de la religion, l’ascension sociale, la liberté, l’émancipation de la femme, le financement public) ils ont trouvé le ton juste ! -même si quelquefois certains interprètes donnent l’impression de réciter un texte !

 

C’est alors qu’éclate au grand jour la "vraie" problématique : changer d’école – en contournant la carte scolaire par exemple - au lieu de changer l’école ??…. « pour qu’il y ait de la mixité il faut qu’il y ait de la mixité » ce jugement formulé par Paul le père, n’est tautologique que par la forme ; il interroge sur le concept même de mixité : quel sens lui donner dans des quartiers qu’une politique urbaine a ghettoïsés ?

 

La lutte des classes n’est pas celle qui oppose les élèves de Jean Jaurès (l’école publique) et ceux de Saint Benoît (école privée) ; c’est celle d’un combat intérieur : celui de parents confrontés à une réalité que jusque-là leurs idéaux, leurs convictions avaient plus ou moins gommée ou transcendée. Ecole publique versus école privée ? Que choisir pour son enfant ? l’idéal républicain revendiqué s’effritera quand Corentin le "seul blanc" peine à s’intégrer !

 

On pourra toujours déplorer  les limites d’un tel film -la tendance à ménager chèvre et chou, la caricature facile, le foisonnement de sujets abordés-, il n’en reste pas moins que cette comédie très alerte et vivifiante propose une sociologie de quartier ; elle est, en outre, servie par des acteurs hors pair (mention spéciale à Edouard Baer en anar ébouriffé)

A voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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2 avril 2019 2 02 /04 /avril /2019 13:07

De  Beatriz Seigner (Colombie) 

Avec Doña AlbinaYerson CastellanosEnrique Díaz 

 

Présenté au festival de Cannes (Quinzaine des Réalisateurs)

 

Présenté en avant-première dans le cadre du festival "elles font leur cinéma" à Rouen le samedi 30 mars 2019  en présence de la réalisatrice 

Fuyant les exactions des FARC, des groupes paramilitaires et de l'armée, une mère et ses deux enfants se réfugient à la frontière brésilienne dans un village habité par les fantômes des victimes de la guerre, à commencer par celui du mari et père de famille.

ou

Nuria, 12 ans, Fabio, 9 ans, et leur mère arrivent dans une petite île au milieu de l’Amazonie, aux frontières du Brésil, de la Colombie et du Pérou. Ils ont fui le conflit armé colombien, dans lequel leur père a disparu. Un jour, celui-ci réapparaît mystérieusement dans leur nouvelle maison.

Los silencios

Quelle est donc cette île « de la fantasia » où cohabitent vivants et morts ?

Une île sur l’Amazone à la frontière entre le Brésil, le Pérou et la Colombie ; envahie par les eaux 4 mois par an elle refait surface comme par magie…

C’est là que Beatriz Seigner a tourné « los silencios »

 

Dès la première séquence le spectateur est plongé dans une atmosphère étrange celle d’un nocturne énigmatique et inquiétant; on devine la silhouette d’un frêle esquif, une pirogue, on entend le clapotis de l’eau, le bruit des rames et voici qu’une mère et ses deux enfants débarquent dans un village sur pilotis accueillis par une parente (Morte ? Vivante?) « c’est un miracle que vous soyez vivants »

 

Ces déplacés, -suite aux affrontements entre paramilitaires colombiens et guérilleros dont faisait partie le mari tout juste disparu- ces réfugiés vont peiner à s’insérer dans ce village (trouver un emploi, inscrire à la cantine le fils Fabio, lui acheter un uniforme, etc.) mais ils ne sont pas perturbés quand le mari s’assoit tout naturellement à la table, quand la fille caresse le visage de sa mère éplorée, quand la mère dans la lenteur et la délicatesse de ses gestes lisse les cheveux de Nuria ou quand l’assemblée des morts prodigue ses conseils aux habitants...

 

Les âmes errantes ne sont pas traitées sur le mode surréaliste surnaturel ou fantastique. Beatriz Seigner les signale par de petites touches de couleurs fluorescentes et c’est au spectateur d’accepter  la cohabitation, spectateur si accoutumé aux logiques cartésiennes qu’il en oubliera peut-être tous les signaux qui balisent la narration….

Des bruits répétitifs -bruissement de l’eau et du végétal, chant des oiseaux et de la pluie, frémissements – contribuent eux aussi à transformer un récit en une authentique liturgie (dont la longue séquence finale serait le fulgurant aboutissement)

 

Cette alliance entre allégorie et réalité sociale et politique s’inscrit-elle dans ce qu’on appelle "réalisme magique" ? Le concept d’abord réservé à la peinture puis à une forme de littérature latino américaine, peut sans conteste s’appliquer à ce film où la normalité du quotidien le plus banal épouse presque à chaque instant (au détour d’un cadre d’une lumière d’un geste) la magie du sublime;

Un réalisme magique comme  "mode d'écriture" 

 

à voir absolument !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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