17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 11:15

Du 22 au 31 janvier 2015  

festival-regards-sur-le-cinema-du-monde.jpg

 

"Porter un autre regard sur le monde, ses multiples facettes et ses différentes cultures à travers l’art et le cinéma". Créée en 1992  l'association "Regards sur le Cinéma du Monde"  a donné naissance au festival du même nom en 1995. Le but? promouvoir la culture des pays du monde entier et valoriser la création indépendante des pays du Sud et du Nord".

 

 

 

 Association du festival "Regards sur le cinéma du monde"

BP 30631 – 76001 Rouen Cedex

Tél. +33 (0)2 32 76 12 75 

contact@cinemadumonde.org


http://www.cinemadumonde.org/

 

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 13:29

De Larry Clark

Avec Lucas Ionesco, Diane Rouxel, Hugo Behar-Thinières, Théo Cholbi...

 

2010 les photos de Larry Clark exposées au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris seront interdites aux moins de 18 ans au prétexte qu'elles sont "pornographiques" . 2013 à côté du Musée, Palais de Tokyo, et la "place forte du skateboard français", Larry Clark commence le tournage de "the smell of us"

 

  the-smell-of-us.jpg

  On retrouve dans ce film le thème de prédilection du réalisateur: la jeunesse, le sexe,  la drogue, l'alcool, le stupre. Il nous invite à suivre, entre autres, Math, Marie, JP, Pacman, Guillaume et Toff qui chaque jour se retrouvent au Dôme pour faire du skateboard et se "refiler" de  la drogue. Le soir certains acceptent des plans d'escort boys -histoire de se "faire du blé". Les parents? Certaines scènes en disent long sur les adultes "dégénérés" (la mère de Math alcoolo déjantée qui, pour rompre la vacuité de son existence, invite son fils à se laisser "sucer" ... par elle... ). Mais inutile ici  de chercher voire d'analyser un substrat sociologique!

Le rythme est souvent "trépidant" (comme la musique) : scènes de skate et de coucheries -avec gros plans sur des fesses, des seins, des corps en plein coït -mais parfois la caméra se pose et caresse un visage (celui de Math, gueule d'ange à la Léonard de Vinci ou de ragazzi pasolinien) un bras, une aisselle, une cuisse, un torse, un dos comme métonymies de corps; des corps fragmentés; tout comme est fragmentée la narration qui ressemble à un kaléidoscope où se mêlent, s'entremêlent les images du réalisateur dupliquées d'images numérisées, rêves et flash back. Et à plusieurs reprises des vues en plongée assez vertigineuses.

Une innovation toutefois par rapport à Kids: c'est le rôle prépondérant d'Internet  -pour l'escorting, la commande de board, de drogue certes mais aussi pour les relations entre potes; Toff par exemple filme avec son portable toutes les scènes et peut les divulguer via facebook. Internet pourvoyeur d'illusions! Absence notoire de communication authentique directe! Pour preuve: quand Math se trouve face à Marie il reste coi...car il ne sait que dire -comme s'il était plus aisé de communiquer à distance en tapant sur un clavier!

Une mention spéciale à la scène d'ouverture: un clodo (interprété par le réalisateur) bien imbibé, est allongé et des jeunes voltigent au-dessus de son corps avec leur skate. Une épave figée comme tremplin à une envolée fulgurante! Quant au brasier final....

Mais le constat est amer: car malgré les rires, les fous rires, l'apparente joie de vivre, le sexe débridé, ne serait-ce pas le triomphe d'une solitude fondamentale? celle d'une jeunesse  "dévorée"  par des aînés irresponsables? 

     

Colette Lallement-Duchoze

 

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 06:28

De Abel Ferrara

Avec Willem Dafoe, Ninetto Davoli, R Scamarcio, Adriana Asti, Maria de Medeiros 

 

 

pasolini.jpgNovembre 1975. Dernier jour de la vie de Pasolini. Une journée apparemment banale -depuis son lever dans l'appartement de sa mère, jusqu'à son lâche assassinat sur la plage d'Ostie, nous le voyons au travail, répondre aux questions des journalistes, participer à un match de foot, fréquenter les ragazzi, etc... -. Et pourtant ! Abel Ferrara nous fait passer par des fondus enchaînés et/ou des surimpressions, de la fiction-réalité à la fiction pure. Ainsi quand Pasolini (Willem Dafoe) tape le texte de son roman Petrole ou la suite de Porno teo Kolossal le spectateur est invité à pénétrer son imaginaire car le cinéaste Ferrara/Pasolini met "littéralement" en images ce support écrit qui de ce fait se mue en texte iconographique. C'est, de mon humble point de vue, la partie "faible" de ce long métrage même si "la mort accomplit un fulgurant montage de notre vie" (écrivait Pasolini); car les "délires" des projets de Pasolini devenus "délires" de Ferrara sont inévitablement déformés dans cette approche mimétique....

En revanche le travail sur les décors (le film a été tourné essentiellement en intérieurs et l'on reconnaîtra furtivement un Morandi) les lumières et  les profondeurs de champ; le rôle dévolu à la mère (figure tutélaire, elle éveille son fils des limbes; piéta désormais orpheline, elle fermera la partition de la Mort); la présence de Ninetto Davoli (l'ami le complice l'acteur fétiche, sexagénaire au visage lunaire) interprétant un personnage du film en gestation et reliant ainsi Pasolini public et Ferrara; la prestation de Willem Dafoe à l'élégante sobriété; les choix musicaux; tout cela fait de ce faux biopic un film  lumineux (malgré toutes les ombres portées) et attachant (malgré quelques critiques sur le semblant de mimétisme)  qui ne verse nullement dans l'hagiographie.

Sans oublier bien évidemment la ferveur iconoclaste du cinéaste/écrivain; interviewé ce premier novembre 1975, il affirmait "Je pense que scandaliser est un droit; être scandalisé c'est un plaisir et le refus d'être scandalisé c'est une attitude moraliste"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 08:13

De Téona et Thierry Grenade

Avec Irakli Basti Ramishvili Zuka Tsirekidze

 

 

 

Géorgie années 1990. à travers le parcours de deux frères Datuna (jeune pianiste virtuose) et Giorgi (l'aîné qui choisit trafic et corruption comme moyens de survie) le couple de cinéastes ausculte une société, un pays dans sa marche lente vers la "démocratie".

notre-enfance-a-Tbilissi.jpg

Mais que de lourdeurs -même dans les ellipses !! Une profusion de vues en plongée  presque systématique! Que de complaisance aussi -l'opposition de deux "choix" de vie en devient " caricaturale" ! Et de ce fait le film s'étire souvent en longueurs inutiles. Rien à voir (hormis le thème abordé) avec Eka et Natia – Chronique d’une jeunesse géorgienne, auquel on a voulu le comparer! Évoquer un sujet quasi similaire -un pays devenu indépendant mais qui est traversé par des courants et des paradoxes tels qu'il n'échappe pas à une forme de "guerre civile", ne signifie nullement équivalence dans le traitement (choix narratifs et esthétiques par exemple) -il est bon de répéter parfois certains truismes

 

Et pourtant le premier plan-séquence était prometteur! Un carrefour une rue deux êtres âgés qui se croisent et se saluent étonnés du "changement" qui va secouer leur pays; c'est alors que surgit, en sens inverse, et rompant le silence apparent, un camion où des jeunes, excités par l'euphorie de l'indépendance, brandissent leurs drapeaux. Puis la caméra par un travelling ascendant donne à voir derrière une fenêtre le visage du jeune Datuna....qui précisément regardait cette scène. Toute une symbolique! Qui va du contraste (voire de l'opposition) entre générations, entre passé et futur, au dilemme politique (être à la "croisée" ) qu'impose la séparation d'avec l'ex URSS 

Et pourtant la thématique de la solidarité -entre gens du même quartier- résonne parfois d'accents quasi légendaires!

 

Tout cela hélas n'aura pas suffi pour convaincre séduire et habiter le public (du moins certains spectateurs!)

 

CLD

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 07:12

De George Ovashvilli

Avec Ilyas Salman Mariam Buturishvili Tamer Levent

 

Couronné au festival tchèque de Karlovy Vary 2014.

En lice pour l'Oscar du meilleur film étranger

 

 

 

À la faveur des crues du fleuve Ungari qui sépare la Géorgie de l'Abkhazie, émergent des îlots de terre fertile que les paysans s'empressent de cultiver ...dit en substance le prologue.

la-terre-ephemere.jpg

 

Nous allons assister à cette exploitation d'une terre éphémère -avant qu'elle ne soit de nouveau engloutie par les forces vives de la nature. Voici un grand-père secondé par sa petite-fille. Peu de dialogues; le regard est parole; le silence a la force persuasive de l'éloquence. Le grand-père construit la cabane, retourne la terre l'ensemence, irrigue le maïs qui va émerger grandir avant de le récolter. Gestes séculaires répétitifs que rien ne semble entraver sinon par intermittences le bruit des fusils, aux accents menaçants, et la ronde des patrouilles. La force de ce film réside précisément dans un mélange de réalisme et de contemplation. L'îlot de l'espérance semble flotter comme après le Déluge (voir l'affiche); vu de loin il dessine une sorte de cartographie, microcosme d'une réalité historique (même si l'histoire n'est que suggérée au détour d'une réflexion ou d'un constat); filmé de très près il magnifie ce labeur (les travaux et les jours). Insularité et mutisme au service de plans et cadres majestueux dans toutes les variations de la lumière et l'infinité des ambiances : les brumes opalescentes fantomatiques, les échos feutrés de bougies, la lumière vive de l'été qui éblouit le champ de maïs. . Un champ qui participe d'une dramatisation dans ce film si dépouillé: il sert de refuge à l'homme blessé (Abkhaze? Géorgien? Russe?), de cadre à la course "amoureuse" entre l'étranger et l'adolescente; c'est de là qu'on peut épier sans être vu!!.La barque très présente, se pare elle aussi de toutes sortes de connotations (passerelle entre deux mondes, garantie de survie sur une île éphémère!). Et  les personnages comme en osmose avec la nature vont épouser sa respiration et ses rythmes (bourrasques, chaleur caniculaire); vêtements qui collent à la peau ou dont on se débarrasse pour un bain nocturne!

 

Le film se prête à une lecture plurielle, retenons au moins la philosophie de l'éternel recommencement; dans la dernière séquence l'arrivée d'un autre homme sur un îlot renvoie à la scène d'ouverture; gestes identiques à ceux accomplis par le grand-père un an auparavant; on déterre un objet, marque tangible d'un passage; mais ici la "poupée" exhumée -montrée plusieurs fois en gros plan dans le film- a la valeur symbolique de l'initiation: passage à l'âge adulte

 

L'île appartient au fleuve (propos du  grand-père)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 05:26

Film australien de Rolf de Heer

Présenté à Cannes "Un certain regard"

Avec David Gulpilil (prix d'interprétation)

 

 

Depuis 2007 les aborigènes du nord de l'Australie sont victimes d'un programme gouvernemental appelé "l'Intervention"

 

charlies-country.jpgÉtranger dans son propre pays tel serait le lamento de ces aborigènes dont Charlie est le porte-parole; un peuple qui vit dans des "camps à ciel ouvert", un peuple traqué au quotidien par la police. Le premier plan illustre comme en exergue la dichotomie et le paradoxe: d'un côté de l'écran une pancarte (répression de l'alcool) de l'autre une ouverture sur un paysage avec son allée et ses arbres; or ce sont précisément les poisons -drogues et alcool- importés par les Blancs qui ont contaminé et perverti un peuple et son mode de vie et que la loi vient sanctionner!!!  Dans ce film qui est certes un plaidoyer certains gestes de Charlie ont une valeur démonstrative plus éloquente qu'un manifeste : donner de l'argent à ses congénères, piquer des cigarettes à l'un d'eux pour les jeter, narguer la police (voir l'épisode du buffle) réclamer le droit à la "propriété" (ma maison au lieu de cet abri de fortune, sur la terre de mes ancêtres) conspuer la nourriture des supermarchés, etc.

Le personnage est porté par l'incroyable David Gulpilil dont la prestation lui a valu un prix à Cannes "Un certain Regard". Il est de tous les plans : sa silhouette longiligne épouse la gracilité des arbres quand il a décidé de vivre dans le bush; son corps allongé se confond avec l'humus ou les racines; son visage en très gros plan derrière les barreaux de la prison dit la détresse de tous ceux qu'on a spoliés de leur culture; quand on lui tond sa chevelure poivre et sel hirsute et bouclée et qu'on rase sa barbe voici que surgit l'être nouveau celui qui doit obéissance aux Blancs. Faute de vivre comme le faisaient ses ancêtres (l'expérience du bush s'est soldée par un échec et Charlie doit être hospitalisé), il conserve intact le souvenir de l'inauguration de l'opéra de Sydney par la reine d'Angleterre (une photo qu'il commente avec nostalgie; il était jeune garçon et il a dansé lors de cette cérémonie). Il veut et il va transmettre à la nouvelle génération le rituel de la danse (maquillages et chorégraphie). Dès lors le motif musical (au piano) qui scande les étapes du double voyage de Charlie (voyage dans l'espace et voyage intérieur) ne résonne-t-il pas telle une incantation?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 06:28

Film mauritanien d'Abderrahmane Sissako

Avec Ibrahim Ahmed dit Pino Toulou Kiki Abel Jafri .

Présenté au festival de Cannes en Compétition officielle

 

 

Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans. En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques. Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s'en est pris à GPS, sa vache préférée. Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs…

tombouctou.jpg

 

 

Un très beau film, c'est sûr

qui traite avec tact de l'épée de Damoclès, djihadiste, suspendue sur toute une population,

qui décrit, avec une profonde empathie, un mode de vie tiraillé entre les traditions et la modernité (usage du téléphone portable).

De splendides images de la nature et surtout des visages, un peu trop belles, à mon sens, pour le sujet traité.

C'est la seule réserve que je ferais au regard de toutes les louanges, méritées, de la critique.

On aura compris que c'est un film à ne pas manquer.

 

Marcel Elkaim

 

 

 

 

 

 

Réponse à Marcel Elkaim 21/12

La beauté des images sert justement à mettre en évidence le contraste entre la brutalité d'une razzia fasciste et une population pacifique.

Empêcher les gens de chanter, de jouer, de sortir dehors pour palabrer n'est pas seulement un détournement du sentiment religieux mais le film montre bien que ces coercitions ne sont pas d'un autre âge, c'est un moyen efficace pour une bande de voyous venus d'une Libye explosée d'imposer leur pouvoir, de voler, violer et tuer en toute impunité..

Et qui est responsable de l'explosion de la Libye ?...

Ce film nous touche aussi parce que nous ne sommes jamais loin. 

Serge Diaz

 

 

 

Sans oublier le thème musical composé par Amine Bouhafa; non pas une musique d'accompagnement, mais à écouter comme une "seconde voix" au film (atténuer la violence d'une scène par exemple) 

Colette

jeudi 29/01

 

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 05:19

Film hongrois de Kornel Mundruczo

Prix Un certain regard (Cannes 2014) et Palme Dog pour Luke et Body ("interprètes" de Hagen)

 

white-god.jpg

Nous sommes à Budapest -mais ce pourrait être ailleurs; seuls les chiens racés ont droit de cité, les autres les "bâtards" sont traqués, passibles de fourrière (ou alors leur  maître doit payer une amende). Or Lili une gamine de 13 ans, aime son Hagen (un chien croisé certes ..mais objet de délation ou de rejet entre autres par le père qui va l'abandonner). Le "vécu" du chien (errances recherche de nourriture rafles dressage par des êtres avides de sang et d'argent la métamorphose en chien sanguinaire et meneur de la révolte canine) illustre de façon métaphorique (ou allégorique), le destin des minorités mises au ban de la société-et ce de façon "légale" suite aux lois discriminatoires- ostracisées, victimes de l'opprobre généralisé (fondé sur des concepts essentialistes) et qui un jour - qui sait?- vont passer à l'acte (de la soumission forcée à la rébellion libératrice). Une fable canine pour dénoncer les dérives des gouvernements "racistes" pourquoi pas?

 

Mais quel souffle! Le réalisateur abandonne pour ce long métrage l'ambiance de torpeur qui imprégnait Delta (2008) par exemple. Il insuffle un rythme plus que trépidant -surtout pour toutes les scènes de la horde  à un point tel que les scènes consacrées aux humains pourraient sembler bien fades. La séquence d'ouverture frappe par la variété et la rapidité des plans une fois que déboulent ces 200 chiens dans une avenue quasi déserte -seule pédale une jeune fille; pourquoi? .Or ce prologue s'inscrit en fait au début de la séquence finale du film...à ce moment-là seulement le spectateur comprendra la présence de Lili dans une ville désertée par les humains!!. Une caméra aux mouvements heurtés, de très gros plans sur Hagen (la star du film) filmé à sa hauteur (et le spectateur devient le double) des ralentis ou une déferlante qui envahit tout l'écran, et ces jeux sur les lumières ! On ne peut rester insensible à un tel "savoir-faire"!

 

Même si certains parallélismes sont un peu trop patents (rébellion canine et rébellion de Lili contre le père, séparation mère/fille et séparation Lili/Hagen, astuces de "survie" dans le monde animal et humain, traitement de choc infligé à Hagen et plongée dans le coma de Lili en boîte de nuit, etc.) ils n'alourdissent pas une narration qui progressivement nous entraîne vers un enfer... jusqu'à ce moment….où... "tout ce qui est terrible a besoin de notre amour" (Rilke cité en exergue à ce film que le réalisateur dédie  à un de ses maîtres et devanciers Jancso)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 08:11

De Laurent Cantet (2013)

 

Avec Nestor Jeminez (Amadeo) Fernando Hechavarria (Rafa) Isabel Santos(Tania) Jorge Perugorria (Eddy)Pedro Julio Diaz Ferran (Aldo)

 

En 1997, Amadeo a profité d’un voyage pour disparaître. Il n’est pas revenu pour voir sa femme, qui mourait ici d’un cancer. Pourquoi ? Pourquoi est-il parti ? Qu’a-t-il vécu en Espagne ? Pourquoi veut-il maintenant rentrer ? Autant de questions qui renvoient chacun aux siennes.

retour-a-Ithaque.jpg

 

Le dispositif d'ensemble est toujours bien rodé chez Cantet : la sphère du privé (ici un microcosme quatre amis fêtent le retour d'Amadeo cet Ulysse du XXI° après 16 ans d'exil en Espagne) sur fond historique (la révolution cubaine les attentes et les illusions perdues, la foi et la rancœur ). Or même si le monde né avec l'espoir ne semble susciter aujourd'hui que révolte et pleurs face à la fin de l'utopie, les arguments des amis pour dissuader Amadeo de rester (eux-mêmes, anciens partisans de la révolution,  ne sont plus que de pauvres hères) vont se heurter à ses "aveux" (c'est le dernier mouvement du film ou "la révélation": Amadeo dit les VRAIES raisons de son exil) aveux qui du coup jouent le rôle de catalyseurs (un passé revisité un présent désormais assumé dans sa victoire sur la PEUR; amitié (re)vivifiée;  et le dernier plan où l'on voit le peintre Rafa (Fernando Hechavarria), devant son immense tableau réalisé avant le départ d'Amadeo soit à l'époque où il était "reconnu", semble le corroborer ou du moins l'illustrer)

 

Si le film obéit dans sa construction au schéma du théâtre classique (de la scène d'exposition au dénouement; avec ses dialogues et ses unités de lieu de temps et d'action) Laurent Cantet veut éviter le piège du "théâtre filmé" en variant les cadrages et les angles de vue (au début allegro plans rapprochés sur les 5 protagonistes ou gros plans sur leurs visages radieux; on chante on danse on rit on boit; puis quand il s'agit d'épanchements plus personnels plus intimes alternance duos solos et plans d'ensemble sur le groupe; et à des moments "ciblés" le plan s'élargit aux dimensions de la capitale cubaine ou plonge dans les rues en contrebas, lieu de tensions "conjugales"...). On devine malgré tout l'artifice!!

 

Mais ce qui m'a le plus "gênée" c'est que dans la multitude des thèmes abordés (militantisme foot écrivains célèbres magie et mysticisme choix musicaux guerre en Angola problèmes très personnels et j'en passe...) les dialogues donnent souvent l'impression d'être "récités" car ils sont très bien "écrits" (alors que les protagonistes sont de plus en plus "imbibés"); en outre le catalogue/panorama de la société cubaine pendant et après la révolution castriste ne donne pas l'impression d'être "vu de l'intérieur" tant il porte l'empreinte d'un non-Cubain (même si Leonardo Padura a participé au scénario)

 

Et si c'était un film sur la "vocation de l'écrivain", son écriture et sa langue ?? Le problème qui a taraudé Amadeo en exil ressemble étrangement à celui de Guillermo Cabrera Infante dont Leonardo Prada disait en 2003 "Il a écrit deux chefs-d’œuvre qui portent la langue de La Havane. Mais, en exil, il ne l’a plus entendue, et peu à peu il a cessé d’écrire.»

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

 

Bien vu Colette !

Sur la forme le film est très réussi. Sur le fond, c'est plus discutable. Le parti pris de montrer Cuba comme un pays proche de l'enfer est forcé. Il est question dans ce film de médicaments envoyés d'Espagne par un mari en exil pour soigner sa femme restée à Cuba, victime d'un cancer....Ce trait est faux : Cuba a le meilleur système de soins du monde. Ce petit pays internationaliste se permet d'envoyer des médecins au Libéria et en Guinée actuellement pour soigner les populations atteintes de la maladie d'Ebola. Quid des Américains et Français qui ont envoyé des militaires à la place...?

L'intérêt du film réside néanmoins sur le croisement entre responsabilités politiques et choix individuels pour réussir sa vie ou pas.

Serge Diaz  (mercredi 10 )
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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 19:31

Documentaire de Marcel Trillat l

 

des-etrangers-dans-la-ville.png

 

Marcel Trillat, documentariste de talent, sait parler de la situation des 400.000 travailleurs sans-papiers en France sans tomber dans le pathos. La démonstration est efficace : ces gens-là travaillent, paient leurs cotisations aux organismes sociaux et des impôts mais ne peuvent circuler librement. Résidents depuis des années, (certains depuis 10 ans et plus) ces hommes, femmes, et enfants risquent à tout moment d’être renvoyés dans leur pays d’origine où parfois la mort les attend, alors qu’ils sont innocents de tous délits. Curieux monde où les capitaux, les marchandises, peuvent circuler à travers le monde mais pas les individus.

Certains ne voient pas mourir leurs parents ou ne voient pas leurs enfants restés au pays grandir car partir c’est ne plus pouvoir revenir.

 

La franche haine et l'hostilité colportées par un Valls ou une Le Pen à leur égard font croire qu’immigrés = délinquants, alors que c’est faux ! La délinquance est le fait de jeunes Français, et pour ceux d’origine étrangère de la 2ème ou 3ème génération, elle n’est pas le fait de ces sans-papiers qui mènent un parcours du combattant pour pouvoir travailler et survivre.

Il y a une volonté politique dans le parti pris des gouvernements de droite ou de “gauche” de ne pas régulariser ces 400.000 immigrés : leur précarité extrême profite aux entrepreneurs sans scrupules, particulièrement dans le bâtiment et l’hôtellerie-restauration.

 

Le ton du réalisateur n’est pas celui de la stigmatisation des fonctionnaires qui appliquent une politique injuste et inhumaine, bien au contraire. Pas d’extrême compassion non plus . L’émotion surgit naturellement de l’intelligence du propos, de la raison. L’immigration rapporte davantage à notre pays qu’elle ne coûte.

 

En 1 H 09 , le réalisateur nous en apprend davantage sur notre administration que 20 ans de journaux télévisés.

Allez voir ce film déclencheur de prise de conscience (il devrait être re-programmé à l’Omnia...) ou achetez le DVD, c’est l’occasion d’affirmer ce très beau slogan inscrit sur les tee-shirts de la Cimade :il n’y a pas d’étrangers sur la terre.

 

Serge Diaz

 

 

 

 

 

 

 

Et l'on apprend que 400 000 sans papiers vivraient actuellement en France; OR CE CHIFFRE EST STABLE DEPUIS 30 ANS...

Où l'on VOIT l'incroyable patience de ces êtres humains "égarés" dans les dédales souvent loufoques des administrations qui ne font qu'appliquer l'absurdité d'un système "pas de travail sans carte de séjour, mais pas de carte de séjour sans travail"

 Colette   (dimanche 7/12)

 

 

 

 

 

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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