26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 14:31

Film de Pier Paolo Pasolini  avec  Maria Callas, Massimo Girotti, Laurent Terzieff, Giuseppe Gentile, Margareth Clémenti, Paul Jabara, (1969) Version restaurée

 

 

 

medee.jpgUn choc visuel! Décors somptueux dans leur minéralité (Pasolini a tourné en Turquie, en Syrie entre autres); costumes aux couleurs variées; plans audacieux en plongée et contre plongée (palais du roi Créon/Crésus); "théories" de ces habitants qui arpentent les lacets processionnaires; gros plans sur le visage de la Callas (pendant assez longtemps elle restera muette -le réalisateur donnant à voir essentiellement en frontal ou de profil les expressions de son visage-); portraits représentés en icônes byzantines; peintures "vivantes" dans un environnement bucolique; valeurs symboliques du rouge flamboyant (le sang de la victime sacrifiée qui "alimentera" la terre; le feu rouge orangé à la fois purificateur et dévastateur; le rouge quasi organique des fruits et/ou du vin ) etc. Tout cela  servi par un mélange de musiques liturgiques et profanes, avant que les timbres graves des trompettes n'annoncent l'imminence du sacrifice !

 

Dès la scène d'ouverture qui sert de prologue, le spectateur est prévenu. La leçon que dispense à Jason (d'abord enfant, puis adolescent plus mature) le Centaure Chiron (Laurent Terzieff si élégant dans l'interprétation de ce qui pourrait être pontifiant!) n'aura presque plus rien à voir avec Euripide. "il n'y a aucun dieu" exit donc le Sacré. Cette leçon repose sur une opposition Orient/Occident qui sera illustrée par la confrontation entre un monde archaïque (celui de Médée) et un monde plus "rationnel" (celui de Jason). Mais l'auteur n'exclut pas d'autres interprétations; il suffit de se référer à ses propos lus ou entendus à la Cinémathèque "Ce pourrait être aussi bien l'histoire d'un peuple du Tiers Monde, d'un peuple africain, par exemple, qui connaîtrait la même catastrophe au contact de la civilisation occidentale matérialiste". On peut aussi voir une opposition entre Italie du Nord industrielle, technique (Jason) et Italie du Sud agraire (Médée). Après le prologue, la longue séquence du rite sacrificiel sous l'égide de la prêtresse Médée en Colchide, où le sang et chaque partie du corps tranché et dépecé vont "nourrir"  tout ce qui  vit sur terre, renvoie à une croyance "archaïque" qui déifie le Soleil. Ce monde est voué à disparaître, d'autant que Médée hors de son "pays" d'origine sera ravalée, à Corinthe, au rang de "sorcière" Au final le sacrifice de ses enfants ne s'inscrirait-il pas dans une sorte de revanche?

 Si le film "joue" constamment sur les antinomies, (et dans une perspective dialectique ne propose pas de "synthèse") il décline aussi la thématique  du double. Les deux illustrations les plus patentes sont celle du Centaure à la fois homme et animal qui sera dupliqué par un autre Centaure-homme, et celle de l'offrande "empoisonnée" que fait Médée à la fiancée de Jason, (la fille du roi Créon/Crésus), qui se répète -avec une seule variante.

 

N'est-ce pas avant tout à un cérémonial, à une liturgie parfois hiératique que l'on vient de participer?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS  rappel succinct "Médée la magicienne, fille du roi de Colchide, voit arriver sur sa terre le prince Jason venu enlever la Toison d’Or, l’idole de son peuple. Tombée folle amoureuse du jeune Grec, elle trahit sa famille et son pays en dérobant pour lui la Toison d’Or et s’exile à ses côtés. Des années plus tard, alors qu’elle lui a donné deux enfants, l’homme pour qui elle a tout abandonné se détourne d’elle …  "

 

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 04:54

De Martin Scorsese

Avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Margot Robbie

 

Adapté du roman éponyme de Jordan Belfort (écrit à sa sortie de prison), le film retrace la grandeur et la décadence d’un trader New-Yorkais, toxicomane et débauché; de son ascension irrésistible dans le monde de la finance des années 90 à sa disgrâce, sous les coups d’une enquête du FBI.

 

 le loup de w s
Beaucoup de bruit autour de ce film à succès, le dernier Scorsese : un must !...3 heures de projection qui en mettent plein la vue avec Di Caprio dans le rôle principal, du bling bling à la puissance 1000. La force d’attraction du film réside justement dans ce déploiement de moyens mis au service d’un grand technicien du cinéma pour faire vivre au spectateur ordinaire que nous sommes ce qu’est la vie d’un homme quelconque devenu rapidement milliardaire aux USA dans les années 90.
Vous avez compris, nous sommes au cœur du système capitaliste puisqu’il s’agit de la vie d’un trader...Et c’est là que je me suis dit en sortant du cinéma : décidément, l’idéologie dominante américaine est insubmersible, elle flotte comme un bouchon de liège sur la mer.
Car que nous dit réellement ce film, au fond, malgré l’apparent regard critique qu’il porte sur les personnages ?
Il nous dit que le système capitaliste devient intolérable “seulement” lorsqu’il est transgressé par des gens déséquilibrés, drogués, malades sexuels. Il y a une barrière à ne pas franchir, disons celle de la légalité de l’ordre libéral. Exactement comme dans “Apocalypse now” la guerre serait jolie s’il n’y avait tous ces fous, tel ce chef de guerre incarné par Marlon Brando que la justice de l’Oncle Sam vient faucher à la fin du film. Ici, c’est le bon agent FBI qui représente l’Amérique honnête (pas comme le juge qui a relaxé DSK, en vrai) ce juge arrêtera le trader fou, débauché, immoral, et tout rentrera dans l’ordre, le meilleur du monde comme chacun sait.
 Autrement dit “le loup de Wall Street” n’est pas une dénonciation politique, humaniste, d’un système économique où règne la loi du plus fort, du plus bête, du plus vulgaire, du plus immoral, mais un divertissement sur un quidam déjanté qui est sorti du cadre légal.
Très symptomatique aussi cette idée que l’homme est mauvais et qu’il est impossible de tuer le mal...illustrée par l’image de la fin où sorti de prison, le trader s’adresse à une foule de gens ordinaires fascinés par la réussite financière, et s’apprête à recommencer ses méfaits : “vendez moi ce stylo”. Il y a vraiment là l’idée que le mal est en chacun de nous et ne demande qu’à se développer. C’est typique de l’idéologie spécifique américaine imprégnée de protestantisme.
Oui, l’idéologie dominante américaine est puissante comme un bouchon de liège sur la mer. Et la Bourse de New-York n’est pas près de disparaître, hélas.
 
Serge Diaz
  
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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 06:41
des frères Larrieu
Avec M. Amalric, B. Podalydes, Karin Viard, Maïwen, Sara Forestier 
  
       

l'amour est un crime parfait

 

Un prologue prometteur! Voici une voiture qui épouse téméraire la "trame" d'une route de montagne enneigée avec pour seul éclairage celui de ses phares; on est subjugué et l'on se dit (naïvement) que les passages obscurité/lumière, les crevasses, les précipices évités de justesse, le rythme et la musique vont être exploités déployés comme des métaphores ou du moins comme éléments représentatifs....Et le film ainsi encodé peut commencer après cette mise en abyme !!!

 

Il n'en est rien. Tout est sur-joué ou mal interprété (Amalric a beau être l'acteur adulé des frères Larrieu, il ne convainc pas en prof à la mémoire trouée, à l'esprit et à la psychologie lacérés; pas plus d'ailleurs que Karin Viard en sœur incestueuse ou Maïwen en fausse belle-mère de Barbara, la victime disparue; ou encore Sara Forestier en étudiante nymphomane). Jamais n'affleure une once d'étrangeté (et quand un crime est censé avoir été commis, écran noir ou ellipse; au spectateur de combler cet interstice...). Certains "éléments" à valeur de symbole(s) ne sont pas utilisés à cette fin (l'architecture du campus si originale dans sa transparence par exemple; et puisqu'on cite Breton il eût été judicieux d'évoquer "la maison de verre" au début de Nadja) ou au contraire ils sont exploités de façon si appuyée qu'ils sont vidés de leur contenu (présence et croassement de corbeaux; paysage et état d'âme, et jusqu'au titre du film que griffonne in fine Marc sur du papier)

 

Certes la montagne est belle imposante, attirante et redoutable à la fois, certes les étudiantes de ce professeur (qui enseigne l'art d'écrire en citant à tout va Breton, en projetant des extraits de "l'âge d'or" de Bunuel) sont sculptées telles des figures de Vogue (Marc est un "séducteur"...névrotique et c'est à travers son regard que nous sommes censés voir les "autres"); certes les allers et retours chalet/université scandent en la ponctuant, la narration.

 

Mais à l'instar de Marc qui attend fébrile l'arrivée du printemps, nous (=Nicole et moi) avons attendu, déçues, la fin de la projection! Cette "beauté convulsive" qu'appelait de ses voeux fougueux André Breton ne nous est pas apparue...

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

 

 

 

 
  
Du coup je n'irai pas ! merci les filles - PASC

http://pasccinequanon.over-blog.com/         

 

Pascale

      
   
 
 
         
 
 
 
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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 09:29

R

Film danois de Tobias  Lindholm et Michael Noer. Avec Pilou Asbæk (Rune) , Dulfi Al-Jabouri, Roland Møller, Jacob Gredsted, Omar Shargawi… -

 

 

R! Un étrange parcours! Voici un film tourné presque en même temps qu'Un prophète" de Jacques Audiard mais qui a sommeillé plus de 3 ans dans les "tiroirs" français. À cause d'une thématique presque similaire? (plongée dans l'univers carcéral avec ses codes, ses caïds, ses microcosmes, ses trafics de drogue, sa violence impitoyable, univers qui fabrique l'hyper-délinquance et la criminalité au lieu de les "corriger"); le spectateur ignore les arcanes de la distribution. Mais il a connu séparément les deux réalisateurs en 2013 (Highjacking de Tobias Lindholm et "Northwest"de Mchael Noer); il découvre en 2014 avec R leur premier film cosigné en 2009 !!!

 

Et c'est un peu KO qu'il sort de la projection. Le dernier plan: un long plan fixe sur la façade de la prison, -le bâtiment dans/et son environnement extérieur-, le fait accéder (enfin) à la Vie et à la Lumière après une immersion de plus de 1h30 dans l'enfer carcéral. Il aura été témoin de scènes d'une violence inouïe voire R.jpginsoutenable; il n'aura vu le sourire s'épanouir et le rire n'éclater qu'une seule fois sur les visages complices de Rune et Raschid. Le premier d'abord victime d'humiliations (c'est un euphémisme) va chercher à s'en affranchir par une trouvaille "géniale" (la "circulation" du shit...) mais il sera vite rattrapé..(malgré ses certitudes réitérées "je gère"); le second, du clan des "macaques" (bien séparés dans le dispositif ségrégationniste de la prison) pactise avec ce plan, "trahit" (selon la loi du clan) sera sauvagement "puni"

 

Une approche frontale. Parfois de gros plans sur une nuque ou des bras tatoués, sur un visage dévasté par l'effroi ou la colère. Peu de dialogues (dans ce film le regard se substitue souvent à la parole), des gueulantes parfois (celles des matons pour extorquer des aveux, celles des "taulards trahis" qui éructent leur soif de vengeance). Les rares visites ne sont pas perçues comme une intrusion de l'extérieur mais renforcent la sensation d'étouffement. Jeu de cartes, télé, films pornos, tabac, séances de musculation: tels sont les moments de "pause" dans ce cycle de la Violence toujours recommencée...

 

Les réalisateurs ont filmé dans une ex prison et la plupart des rôles de détenus sont joués par d'ex taulards; ceux-ci ont raconté aux réalisateurs des anecdotes, ont dit leur vécu. Là est la matière brute du film "Nous avons fait ce film dans un réalisme presque total. Nous n'avons pas ajouté d'idées"

 

Un film danois plus violent, plus sombre que celui d'Audiard...Un film qui s'inscrirait si bien dans la programmation du festival du cinéma nordique !!!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 04:37

Film documentaire de Gilles Perret

Avec Raymond Aubrac (résistant mort en 2012) Léon Landini (résistant FTP MOI) Robert Chambeiron ( né en 1915 secrétaire général adjoint du CNR) Daniel Cordier (secrétaire de Jean Moulin) Stéphane Hessel (résistant déporté diplomate mort en 2013) Laurent Douzou (historien) Nicolas Offenstadt (historien) ; hommes politiques interviewés: Bayrou, Copé, Dupont-Aignan, Hollande, Mélenchon

 

 

les-jours-heureux.jpg

 

Ce documentaire s'intéresse (dans une première partie) à la genèse :  comment  (et pourquoi) 16 hommes entre 1943   et 1944  vont rédiger un programme, celui du  CN R (Conseil national de la résistance) intitulé "les jours heureux"

Un   film complexe à voir plutôt deux fois qu' une !

Un film à conseiller vivement aux collégiens et lycéens, à leurs professeurs afin de comprendre et ne pas oublier d'où viennent  la sécu, les lois sociales,  la liberté, le non au fascisme

Un film très émouvant sans être larmoyant 
Envie d' y croire à nouveau quand on a démissionné malgré les commentaires pathétiques de nos hommes politiques! ("je suis au pouvoir pour pouvoir".... propos de  Hollande; seconde partie)

 

Ne pas oublier
Et que la lutte continue!
 
 
Nicole Rousselet
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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 13:15

de Stephen Frears avec Judi Dench, Steve Coogan

 

 

philomena.jpg

 

N'hésitez pas!

 

Cette recherche de "l'enfant perdu" signée Stephen Frears est tout simplement époustouflante de justesse. Un film où le rire côtoie les larmes, soutenu par le jeu remarquable de Judi Dench (dans le rôle-titre) et de Steve Coogan (dans celui du journaliste). Mais tout en dénonçant l'emprise de l'Eglise catholique et de ses pratiques "douteuses" (nous sommes en Irlande...) le réalisateur ne s'attaque nullement à la "foi"...ni à la "religiosité" du personnage principal.

 

Une leçon de cinéma et de pardon

 

 

 

Elisabeth

 

 

Commentaire 12/01/2014

 

Hélas je ne partage pas l'enthousiasme de la quasi totalité des critiques et des spectateurs!

Hormis les scènes qui reconstituent le passé traumatisant de Philomena (rythme, gros plans sur le visage marqué par la Douleur) et le "film" dans le film (la vie du fils qui se déroule sous le regard d'une mère aimante devenue elle aussi spectatrice ) tout le reste m'a paru assez "convenu" (même le dosage humour tendresse drame; même l'exploitation par la presse à sensation des malheurs humains). Cela étant la prestation de Judi Dench est remarquable et certains paysages (en automne ou hiver) formidablement cadrés

Colette 

 

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 07:44

Documentaire réalisé par Marianne Lamour

 

 

 la ruée vers l'art

 

Que l'art contemporain soit devenu un produit financier mondialisé, que son axe commercial se soit déplacé de l'Ouest vers l'Est (Singapour, Shanghai) via Dubaï et le Qatar, que quelques artistes (fabriqués) hyper médiatisés fassent les choux gras de nouveaux milliardaires ignares en matière d'Art, n'est un mystère pour personne! (le requin de Damiens Hirst, les "oeuvres" de Jeff Koons, Murakami, Urs Fischer ,et même les toiles à partir de cendres du Chinois Zhang Huan sont dans l'imaginaire de qui s'intéresse peu ou prou à "l'art contemporain"; de même que les noms de Pinault propriétaire de Christie's entre autres, ou Gagosian le plus riche marchand du monde)

 

Mais en étant le spectateur de ces duettistes septuagénaires Danièle Granet et Catherine Lamour filmées par Marianne Lamour, en suivant leurs déambulations de "bécassines" néophytes dans les foires internationales (Bâle, Venise Miami Beach...) dans les salles de ventes (cf. la première scène vente Bergé Saint Laurent chez Christie's) en les voyant approcher un Larry Gagosian qui les repousse par un comique "ne me touchez pas"; en les entendant interpeller Pinault (toujours en "représentation" dans toutes les manifestations d'art contemporain), faire appel à Richard Texier qui sera leur intermédiaire en Chine, on aura ainsi fait un tour de manège plus ou moins agréable, écarquillé les yeux face au requin de Hirst, aux géants de Zhang Huan...écouté dubitatif les clichés de Ségalot (conseiller de Pinault) ou de Montebello (ex directeur du Met à New York) et autres "connaisseurs". Ce "voyage" dans la jet set le duo de journalistes le doit en partie aux collectionneurs Don et Mera Rubell des "stakhanovistes de l'art contemporain qui passent leur temps à sillonner la planète pour dénicher les artistes de demain"; puis qui les "montrent" dans leur musée privé en Floride

 

Le premier défaut de ce documentaire est de s'être intéressé uniquement à une certaine catégorie d'artistes (les plus médiatisés  un peu dépassés déjà...) et d'acteurs les plus puissants les plus riches certes, mais la vision n'en est pas moins réductrice et anti-pédagogique. En outre si la dynamique interne du film est celle du cheminement: telle personne rencontrée va mener sur la piste d'une autre, le film se limite trop souvent à des interviews (à l'instar des documentaires TV) avec en off une voix à la raucité désagréable!. Il ne s'interroge pas sur la relation entre la reconnaissance "instituée sur le marché" et celle "instituée par les instances culturelles" par exemple; souvent il constate mais ne met pas en perspective. Et que dire de ces musiques de "fond" :arabisantes quand on est transporté au Moyen Orient, plus orientales et japonisantes quand on approche de l'Asie? (Le livre "grands et petits secrets du monde de l'art" co-écrit par  les deux journalistes est peut-être plus convaincant...)

 

 

Un immeuble colossal, conçu pour résister aux attentats et aux pires intempéries, nous ouvre ses entrailles à Singapour. C'est là que les richissimes du monde entier déposent leurs "biens" -entendez leurs collections de vins de bijoux et de tableaux- ...dans des coffres immenses sécurisés....

 

Colette Lallement-Duchoze

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 07:59

Un film de Bertrand Tavernier; avec Thierry Lhermitte, Raphaël Personnaz, Niels Arestrup, Bruno Raffaelli, Anaïs Demoustier Julie Gayet

D'après le premier tome de la bande dessinée de Abel Lanzac et Christophe Blain  "quai d'Orsay" (Dargaud)

 

 

Après avoir vu le film de Tavernier, j'ai voulu acheter la BD dont il est l'adaptation;

je "sentais intuitivement" qu'elle me séduirait plus  ....Et de fait!

quai-d-Orsay.jpg

Si le cinéaste est fidèle à "l'esprit" des "chroniques diplomatiques" (un monde de farce et chausse- trapes; une interrogation sur la force persuasive du langage, entre autres), s'il respecte scrupuleusement (et ce fut un travail de réécriture à 6 mains: les 2 auteurs de la BD + Tavernier) le découpage en chapitres (annoncé à chaque fois par une pensée d'Héraclite), s'il transpose les dialogues (les paroles de chacun des protagonistes -ministre, chef de cabinet, conseillers et secrétaires- telles qu'on les lit dans les phylactères), si des détails (le stabilo entre autres) sont restitués avec minutie; il faut se rendre à l'évidence: certains graphiques propres à la BD ne peuvent pas toujours fonctionner à l'écran :ainsi le gemmick des papiers qui s'envolent à chaque passage du ministre – une vraie tornade-; trop répété il perd en efficacité et se vide de son contenu comique. En outre, les transformations du physique (dos qui s'élargit jusqu'à envahir l'espace d'une vignette, visage et mains qui se démultiplient par exemple) les changements de couleurs, les oppositions masse compacte et dessins ou contours épurés, les onomatopées, -avec leurs polices et leurs tailles qui s'enflent progressivement - inscrites dans des éclairs ou des nuages ou des stries, perdent leur pouvoir suggestif que ne sauraient compenser dans leur transposition,  les effets sonores, le recours au split-screen, les changements de cadre ou de point de vue

 

Thierry Lhermitte a beau être pétulant il est étonnamment loin  du personnage de la bande dessinée (une caricature de Dominique de Villepin en géant volcanique qui veut en imposer à l'univers, en Hercule naïvement (?) persuadé qu'Héraclite est la solution à tous les problèmes, même celui de l'anchois). En revanche j'ai apprécié l'interprétation de Niels Arestup: habitué à des rôles qui l'invitent à extérioriser les sentiments, il a trouvé ici (en Claude Maupas chef de cabinet) un phrasé une retenue une certaine pudeur qui contrastent -c'est délibéré- avec la force explosive du ministre. L'ensemble du casting révèle d'ailleurs  des choix judicieux (Bruno Raffaelli en Stéphane Cahut, Thierry Frémont en Guillaume Van Effentem, Anaïs Demoustier en Marina...et même Jane Birkin en Molly Hutchinson..)

 

Le principe "légitimité -ta ca ta ca tac, unité-ta ca ta ca tac,efficacité-tchac tchac tchac"que martèle le ministre Alexandre Taillard de Worms et qui sera la clef de voûte de son fameux discours à l'ONU, ne peut-il pas nous servir de critère pour apprécier le film? 

à défaut méditons avec Alexandre ces pensées d'Héraclite"le combat est le père de toutes choses"(fragment n°129 ) "fatigue, c'est: peiner aux mêmes tâches et par elles commencer" (fragment n°93) "si toutes les choses devenaient fumées, les narines les connaîtraient" (fragment n°78) "l'homme stupide, devant tout discours, demeure frappé d'effroi"(fragment n°173)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 07:55

De Ryan Coogler (Forest Whitaker est coproducteur)

Avec Michael B. Jordan, Melonie Diaz, Octavia Spencer

  

Présenté au festival de Cannes (Un certain regard) Grand Prix du festival de Sundance et prix du public au festival du Cinéma Américain de Deauville

 

 

fruitvale-station.jpgCe premier long métrage de Ryan Coogler s'inspire d'un fait divers: le premier janvier 2009, Oscar Grant jeune Noir de 22 ans est abattu par un policier sur le quai de la station Fruitvale (San Francisco) suite à un contrôle qui a dégénéré, .sous le regard de passagers impuissants mais qui ont pu filmer la scène de leur téléphone portable...Pour rendre hommage à cette victime du racisme, le réalisateur imagine quelles furent ses dernières 24h. Oscar est non seulement une victime innocente, il est présenté aussi comme l'archétype de la justice bafouée;  l'empathie ainsi imposée au spectateur complice ne trouve-t-elle pas ses propres limites?

Le film s'ouvre sur des documents d'archives : la vidéo du meurtre; il se clôt sur sa commémoration en janvier 2013 tandis qu'au générique de fin défilent les informations (vérifiables) des suites judiciaires de l'affaire. Entre ces deux moments (prologue et épilogue) la fiction: ce que fut la journée du 31 décembre 2008. Michael B Jordan (que la caméra portée de Ryan Coogler filme au plus près) incarne avec allant et justesse le père aimant, le fils reconnaissant, le compagnon soucieux du bonheur de son amie. Un être souriant compréhensif qui certes a fait de la prison (comme vient le rappeler un rapide flash back) mais qui en cette veille de Nouvel An a décidé de rompre définitivement avec ses activités de dealer. Bien plus, nous le voyons s'apitoyer sur la mort d'un chien écrasé, face à l'indifférence des automobilistes (ah les taches rouges qui maculent la chemise blanche, comme les prémices d'une mort annoncée), se démener pour trouver des toilettes, acheter un gâteau pour l'anniversaire de sa mère (admirablement interprétée d'ailleurs par Octavia Spencer), etc. Un vrai   Samaritain!  Une journée de bonheur "assuré" dont l'apogée est le feu d'artifice!. Au fur et à mesure que défilent ces moments -dont le spectateur connaît l'issue fatale-  on est acculé à la compassion et à la révolte...

L'hommage est vibrant, le plaidoyer sincère, mais ils ont  les défauts de leurs qualités...

 

Un temps fort: la reconstitution du meurtre -précédée dans le film par une succession rapide de contretemps-; c'est l'altercation injustifiée, la meute de la police; Oscar est plaqué au sol,  et sa blessure sera mortelle...Pour le découpage de cette séquence,  et son rendu -la rapidité du rythme surtout-, Ryan Coogler s'est inspiré des vidéos qu'il avait visionnées...(cf. le prologue) .De sorte qu'en cet instant précis vont se "confondre" fiction et réalité!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS: Le tarif a augmenté en ce premier jour de l'année 2014 -du moins à l'Omnia-, alors qu'on nous avait laissé entendre que le taux de la TVA (cinéma) allait baisser de 7% à 5%. (ou 5,5%) Pourquoi?  Les "explications" de M Aguillard "le tarif est  réduit uniquement pour  les moins de 14 ans,  il est de  4 euros" ne m'ont nullement convaincue...

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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 09:23

De Clio Barnard

Avec Conner Chapman (Arbor) Shaun Tomas (Swifty) Sean Gilder (Kitten) 

Film présenté à Cannes 2013 (Quinzaine des réalisateurs)

 

le géant égoïste

Caméra à l'épaule, Clio Barnard nous immerge dans le quotidien de deux ados aussi dissemblables -par leur morphologie et leurs ambitions- que complémentaires. A la "faveur " d'un renvoi de l'école, ils vont s'adonner (à cheval) à des activités illégales sous la férule du "géant égoïste" Kitten: la récupération ou le vol d'objets métalliques usagés. Swifty amoureux des chevaux (et à un moment un gros plan fait fusionner son visage avec la tête de l'équidé) participera à des courses "illégales" (elles aussi). Tout cela sur fond de crise, de chômage, de distorsion dans les rapports familiaux,  d'irresponsabilité des adultes (certains sont violents et/ou rapaces) dans la zone "industrielle" de  Bradford. Un film tendre et violent, qui jamais ne verse  dans le misérabilisme..

Un "film social britannique"? Et l'on pense tout naturellement à Ken Loach Mike Leigh (les pionniers incontestés) Certes. Mais...Dans ce premier long métrage Clio Barnard non seulement fait coexister réalisme, fantastique et onirisme, mais elle parvient au final à ouvrir sa narration à tous les possibles... Les plans récurrents sur la centrale électrique abandonnée et les lignes à haute tension qui émergent du brouillard comme des fantômes scandent la narration et servent de contrepoint à cet autre plan récurernt : la ligne d'horizon où se profile la procession immobile de chevaux (rêve et réalité). Le gros plan sur les mains qui se nouent se serrent (scène inaugurale) dit le réconfort qu'apporte Swifty à son pote Arbor; en écho à la fin le jeune Arbor toujours en proie à ses crises recherche une main salvatrice et en surimpression au visage de Swifty qui se dissout, celui du frère junkie! Voici un gros plan sur la mère et l'enfant; d'abord une sorte de Piéta inversée -Arbor console sa mère désemparée car elle est dépassée par les événements-; à la fin après la tragédie, l'étreinte consolatrice de la mère aimante aura valeur de "rédemption": (re) naissance d'Arbor

 

."Si vous vous ouvrez à l’amour, vous vous ouvrez aussi à la souffrance" affirmait la réalisatrice....

 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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