8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 10:39

Film de Jaime Rosales avec Celia Correras, Yolanda Galocha, Laura Lattore, Aba Ros, Oriol Rossello, Jaume Terradas (tous des acteurs non professionnels); image: Oscar Duran

 

reve-et-silence.jpg

Le film s'ouvre sur un geste "créatif" : le peintre espagnol Barcelò est vu de dos; et de son pinceau fin puis d'un pinceau-brosse il dessine, peint en noir et blanc; en accéléré il donne corps, forme à une toile avant de procéder au "frottage" (sacrifice d'Abraham?). À la fin, le même artiste efface dilue puis il dessine (en couleurs) des croix avant de procéder au "chiffonnage" - (Calvaire?).

Le film emprunte ainsi à Barcelo une structure et les  thématiques de la mort, de la  destruction/reconstruction; mise en place progressive des éléments majeurs de la "narration" soutenue par la dialectique "mort/vie".

À cette fin, Rosales a recours à un dispositif que d'aucuns ne "supporteront" pas (et j'entends déjà leurs critiques amères et/ou désenchantées): caméra fixe (très souvent), plans prolongés fixes, ellipses, non-dits, longs silences, absence de musique (illustrative ou parasite), raccords brutaux, personnages locuteurs ou interlocuteurs hors champ, scène filmée en temps réel (celle de l'enterrement), jeux sur la "distance" de la caméra (Rosales alterne plans rapprochés pour les scènes d'intimité et panoramiques); dissociation entre mise en scène et mise en cadre, etc. bref tout ce qui va faire du spectateur un "acteur"

Acteur ne signifie pas être en empathie avec le réalisateur ou les personnages mais participer à : remplir par exemple les trous, les hors champ; s'interroger sur la position de la caméra par rapport à; sur le passage brusque et pour un seul plan, du noir et blanc à la couleur, etc.

 

Résumer le film serait le dénaturer; rappelons seulement que la tragédie -mort de l'enfant- est suggérée: la fille et le père d'abord dans l'habitacle d'une voiture vont disparaître du cadre et c'est un long plan sur l'asphalte d'une autoroute que viennent traverser en le trouant de zigzags, des rais de lumière/phares (?); et qu'il y a un avant et un après. Avant, le spectateur aura vu des moments de la vie de la famille: salle de classe (Yolanda est professeur d'espagnol), chantier (Oriol est architecte), supérette, magasin vêtements à la recherche d'un anorak, etc...Après ce sera le douloureux "travail" du deuil -surtout pour la mère Yolanda qui ressuscite parfois le fantôme de sa fille-; le père, suite au trauma, est victime d'une amnésie partielle. Vers la fin (avant que ne s'élabore la "nouvelle" toile de Barcelo) un très long plan dans un jardin public animé -c'est-à-dire un lieu où triomphe la Vie!

 

"Contemplatif plutôt que narratif", écrit avec justesse Jean-Christophe Ferrari

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS: le "résumé" que l'on peut lire dans le dépliant de l'Omnia est en fait un copié/collé emprunté à J-C Ferrari (mais il n'y a pas de guillemets...)

 

Partager cet article
Repost0
29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 07:29

Film de Cary Fukunaga. 

Avec Mia Wasikowska, Michael Fassbender, Jamie Bell, Judi Dench

 

Jane Eyre

 

 

 

Disons-le sans ambages ce film de Cary Fukunaga ne m'a pas du tout séduite; non par comparaison avec d'autres adaptations cinématographiques (celle de Stevenson avec Orson Welles ou celle de Zeffirelli avec Charlotte Gainsbourg); non par comparaison avec le texte de Charlotte Brontë (ce serait le travail d'un exégète); mais à cause de certains partis pris (trop patents): effets sonores outranciers (pour exemple le vent qui s'engouffre dans la cheminée lors du baiser...), fonction purement illustrative des jeux d'ombres et lumières (intérieurs du manoir), dilection pour les vues en plongée et/ou vues aériennes -sur la lande nimbée de brume par exemple– qui vire au systématisme, chromatisme dans le rendu des couchers de soleil ou des forêts ombrageuses. De tels partis pris, loin de servir la thématique du roman de Charlotte Brontë : entre autres la dialectique maître/servante, et celle du ça -pulsions sexuelles- et surmoi -conscience des barrières sociales – concourent à créer une mise en scène trop "léchée"; trop "académique" elle n'est pas habitée par les angoisses (celles du personnage éponyme) ou les fantômes (Rochester et le poids du passé)

 

Cela étant, il faut saluer le talent de Mia Wasikowska (sur son visage quand il est filmé en gros plan se dessine une belle "palette" d'émotions); en revanche la direction d'acteurs fait que Fassbender (si admirable dans Hunger et Shame) est ici un peu "falot" dans le rôle de Rochester...

 

Dommage!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 05:09

Film de Carine Tardieu; avec Agnès Jaoui, Denis Podalydes, Isabelle Carré, Judith Magre...Adaptation d'un roman d'apprentissage de Raphaële Moussafir.

 

 

20169197.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Une comédie sur l'enfance d'un ennui mortel !!!l

Les petites filles parlent comme des femmes auxquelles on ne voudrait pas ressembler!

Tout sonne faux dans ce film!

 

DU VENT RIEN QUE DU VENT

 

 

Nicole Rousselet

Partager cet article
Repost0
19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 08:28

Film de Helvécio Marins Jr. &Clarissa Campolina avec Maria Sebastiana,Maria da Conceição, Luciene Soares da Silva




20152347.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

"Ce n'est pas le temps qui s'arrête c'est nous qui nous arrêtons"– (c'est l'un des nombreux aphorismes de Bastu le personnage principal, une octogénaire encore ingambe)

Oui laissons-nous porter par cet hymne  contemplatif à la Vie. Écoutons cette musique qui sourd des éléments naturels ou celle syncopée des batucadas. Regardons le scintillement des eaux du São Sebastião ce lieu des origines d'où surgit le "tourbillon" de dorades improbables!!..Car même si les réalisateurs se sont inspirés de la vie réelle des habitants de São Romão, dans le Sertão Nordeste, et s'ils ont fait jouer aux autochtones leur propre histoire, le travail du chef opérateur Ivo Lopes Araujo et celui des réalisateurs transmuent ces données en un joyau de lumière et d'ombre, en un récit quasi mythique. La caméra est souvent fixe, le cadrage joue sur avant et arrière-plans (avec de majestueuses profondeurs de champ); personnages (et objets) entrent dans le champ pour disparaître puis revenir (sous un autre angle); une porte obture le champ de vision, au spectateur de deviner ce qui est "caché" derrière; de gros plans sur des objets rudimentaires magnifient la quotidienneté. Quand Bastu part avec sa valise/reliquaire et qu'elle vide le contenu – ce qui a appartenu à Feliciano son mari défunt- dans les eaux, une chorégraphie de lumière et d'ondulation dit avec lenteur le mouvement perpétuel de la Vie. Et si l'on fait la part belle au rire franc de Bastu, à la raucité de sa voix, à son visage buriné mais non parcheminé, à l'agilité de son corps, mais aussi à la présence de Maria cette autre octogénaire musicienne et à celle des petites filles, "Tourbillon" serait une danse avec la Vie et la Mort, avec le Rêve et la Réalité mais aussi avec les "Mots"!!!

"Nous ne sommes ni jeunes ni vieux nous vivons c'est tout'.

À voir absolument!

Colette Lallement-Duchoze

PS:  merci à Claude de me l'avoir conseillé...

 

 

   Que rajouter de plus à cette analyse de "Tourbillon"... j'aimerais dire que c'est une œuvre qui me transporte loin et parle à mon âme de rêveuse. Je me suis imprégnée lentement de la démarche tranquille de Bastu déroulant ces façades décrépies, reflétant les belles lumières chaudes et rassurantes. Les chants des Batucadas sont enivrants et reviennent en boucle dans ma tête et me bercent encore. La beauté esthétique et sereine de chaque plan se savoure comme des peintures. La force des liens intergénérationnels des petits-enfants avec Bastu est fascinante. Les multiples pensées de sagesse de cette femme, qui tourne doucement la page du deuil de son époux, sont des bouffées vivifiantes et bien plus efficaces que n'importe anxiolytique.

 

Quel voyage !

 

Béatrice Le Toulouse

 



Partager cet article
Repost0
15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 18:14

 

Film de Xavier Dolan; avec Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Monia Chokri, Nathalie Baye

 

20138436-r 160 240-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-20120614 120411«Laurence Anyways » de Xavier Dolan est surtout une Histoire d’amour passionnée et non conventionnelle car "transgenre" entre Laurence et Fred sur 10 ans (elle commence en 1989). Les pistes identitaires et sexuelles se brouillent d’ores et déjà dans les présentations, car Laurence est l’Homme et Fred, La Femme. Ils débordent d’énergie et de passion l’un pour l’autre : l’un est un écrivain poète et farceur et l’autre une extravertie au tempérament de feu. Le hic survient à l’annonce troublante que Laurence fait à Fred : « Je vais mourir » mais c’est la mort de son corps qu’il souhaite pour rentrer dans celui d’une femme. Troublée, la réponse de Fred résume toute la situation : « tout ce que j’aime de toi, c’est ce que tu détestes de toi ».

Le contexte est gênant pour beaucoup : les parents de Laurence, l’université qui l’exclut, les regards extérieurs. L’ensemble est traité sans tabou ni voyeurisme avec une poésie planante, un kitch, une beauté esthétique explosive et un humour déconcertant.

Laurence est un héros moderne qui se bat toujours, fier de son désir, bien que son couple s’effiloche et se raccommode sur dix ans pour prendre la forme d’un amour impossible.

L’interprétation des deux personnages contrastés est remarquable. Melvil Poupaud tient là le plus beau rôle de sa carrière (pourtant bien longue et éclectique) tant son jeu est rempli de finesse et de retenue, et Suzanne Clément est émouvante et drôle. Les seconds rôles sont très importants. Nathalie Baye en mère déstabilisée par le choix de vie son fils est bouleversante et la sœur de Fred (Monia Chokri vue dans « les amours imaginaires » précèdent film de Xavier Dolan) influence la vie des deux êtres perdus avec sa drôle de franchise québécoise.

La jeunesse du réalisateur se voit par une mise en scène énergique avec une bande-son allant de Beethoven à Cure et une palette de couleurs très vives, des ralentis. Le projet est bien ambitieux mais le résultat est limpide et charmant. Bravo

Béatrice le Toulouse

Partager cet article
Repost0
31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 08:29

 

Film de Johnnie To (Hong-Kong) avec Lau Ching-Wan, Richie Ren, Denise Ho

 

 

 

 

20144898-r 160 240-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-xxyxx

 

Le sujet est (c'est un truisme) plus que d'actualité: crise financière, système des subprimes, rôle des usuriers (soit secteur bancaire + bulle immobilière + milieu mafieux). Pour le traiter, le cinéaste opte pour une construction narrative efficace: trois récits (qui vont s'enchevêtrer), trois personnages principaux (une employée de banque,qui, pour faire ses quotas est consciente d'engager ses clients dans des voies tortueuses à haut risque; un flic honnête dont la femme va demander un prêt pour l'achat d'un superbe appartement et un gangster de seconde zone, Panther, qui boursicote afin de faire sortir un pote de la prison), soit trois manières de vivre cette "crise" au quotidien.

Éclatement des points de vue, éclatement de la chronologie, recours à des ellipses aussi. Et à l'instar des "récits" qui s'enchâssent jusqu'à la fusion finale (plan sur la mallette emplie d'argent liquide), le cinéaste use du montage parallèle, fait alterner plans d'ensemble (sur la ville par exemple) et gros plans (sur les individus majeurs de cette chronique acide). Un rythme très soutenu à l'instar des mouvements quasi sismiques de la Bourse, avec des moments de "pause" lourds de silences ou de conséquences; (voir la personne retraitée qui a tout "perdu" alors que l'employée de banque lui avait garanti de bons placements...)

Ne nous y trompons pas; dans ce film -et c'est ce qui fait son originalité- l'argent qui n'a pas la même odeur selon que l'on est gros bonnet de la finance, employée de banque ou simple particulier emprunteur, a une résonance très particulière avec Panther: il aime l'argent, le recherche à condition qu'il soit au service des Frères...une "éthique"(croyance en la Fraternité) "démoralisée"(on se  moque des moyens "répréhensibles")

"Nous vivons dans un casino géant où tout le monde joue avec l'argent de tout le monde» (propos du cinéaste)

 

Pour les habitués du cinéma de Johnnie To, la scène d'ouverture - scellés policiers dans le couloir d’un immeuble miteux, présence d'un inspecteur sondant les lieux -leur rappellera l'ambiance d'autres films dont "Election"

 

 

PS pour les spectateurs qui ont vu le film de  Scorsese et/ou celui  de Cronenberg, il serait intéressant de "comparer" ...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 18:02

Film iranien de Asghar Farhadi. Avec Taraneh Alidoosti, Babak Ansari

 

20133714.jpg-r_75_106-f_jpg-q_x-20120608_035640.jpgBelle Ville, c'est le nom d'une prison (Cf. Bonne Nouvelle à Rouen !) pour jeunes délinquants dans une banlieue misérable d'une grande ville iranienne.

Le film raconte le "rachat " (sens moral) de l'un d'eux, c'est-à-dire ses efforts désespérés pour sauver de la mort un copain, qui, ayant atteint 18 ans va être pendu. Il s'appelle A'LA. Il va se débattre dans la complexité juridique et coranique de la société iranienne dont aucune critique que j'ai lue ne m'en a expliqué les méandres, mais c'est sans importance au regard d'une œuvre qui sans atteindre le niveau d'élégance et de rigueur de la "Séparation" (auquel il est antérieur) montre des qualités cinématographiques remarquables : évolution du récit, mise en scène, cadrages et jeu des acteurs. Sont évoqués, chemin faisant et sans aucune lourdeur, les problèmes de l'Islam, de la femme en Iran, de la pauvreté...

Inutile, je crois, d'en dire plus pour inciter à aller voir, à l'Omnia, ce film de FARAHDI qui annonce "A propos d'Elly" et la "Séparation".

 

Marcel Elkaim

 

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 16:27
  de Woody Allen; avec Woody Allen, Alec Baldwin, Roberto Benigni, Penélope Cruz, Judy Davis, Jesse Eisenberg, Ellen Page
 
 
  20104459_jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20120511_010706.jpgCertes, ce n'est pas un "grand Woody" mais les grimaces et la moue de pas mal de critiques ne me paraissent pas vraiment justifiées.
 
Certes il y a des images clichés de la Rome touristique mais, comme dans "Minuit à Paris", outre qu'elles ne sont pas très nombreuses, elles ont pour but de "déréaliser" le contexte de ce qui au fond est un conte.
 
Certes le scénario qui enchevêtre plusieurs histoires apparaît mal maîtrisé, mais le film donne du plaisir et même parfois de la jubilation : on y retrouve les thèmes favoris de Woody sur la création artistique, la psychanalyse, les rapports amoureux... et le vieillissement, et tout cela sans avoir l'air d'y toucher (sauf pour l'amour bien sûr).
 
Tout cela est fait avec cette intelligence qui est la marque de tous ses films, même ceux qu'on considère comme ratés.
 
A voir donc, avec et malgré tous ses défauts.
 
 
 
Marcel Elkaim
 
 
 
 
Partager cet article
Repost0
16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 12:59

  

  

  

 Alma20086678_jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20120420_104737.jpgnya film allemand de Yasemin Samdereli, avec Vedat Erincin, Fahri Ogün Yardim, Lilay Huser

 

Le 10 septembre 1964, le millionième travailleur immigré est accueilli en RFA. Mais le film va raconter l'histoire du suivant, Hüseyin Yilmaz un Turc, et de sa famille. Pour restituer cette période de 45 ans (soit trois générations de 1964 à 2009), c'est une voix off qui prédominera. Au début commentaire des  photos familiales. Puis ce sera celle de Canan petite-fille de Hüseyin Yilmaz, elle s'adresse à son cousin Cenk, 10 ans.(déboussolé il ne sait s'il est Turc ou Allemand quand il doit choisir son équipe de foot).  Le récit, que des va-et-vient constants entre passé et moment présent structurent, se rapprochera ainsi plus du "conte" que du documentaire sociologique. L'esssentiel  est ailleurs "avoir une famille c'est avoir une histoire"

 

Une histoire d'immigration et d'adaptation. Et pour mettre en évidence  le choc des cultures, mais aussi la peur de l'Autre (l'étrange étranger), la réalisatrice a choisi le mode comique: clichés culturels appuyés, (les W-C, le port de la moustache) mimiques des visages accentuées, questionnements de ceux qui sont confrontés à un autre mode de vie et de pensée que les leurs forcément drôles (fête de Noêl, homme crucifié, coca-cola) etc. Et quand une information semble confuse, le petit Cenk imagine -et c'est un diaporama où défilent les "citoyens appelés" par une Voix qui semble venir d'un minaret planétaire. De même, quand les grands-parents reçoivent leur passeport allemand, Hüseyin voit sa femme en Bavaroise; le préposé ne leur a-t-il pas affirmé "désormais vous pourrez manger du porc et aller en vacances aux Baléares"?

Au va-et-vient dans le temps se superpose celui dans l'espace: de l'Anatolie natale vers l'Allemagne et de l'Allemagne vers la terre d'origine -pour un ultime voyage...Tout un cycle de vie (enterrement et quasi simultanément promesse d'une nouvelle naissance)

 

La nécessité de la transmission d’un héritage, le culte des ancêtres et des disparus toujours présents, le goût des scènes de table comme symboles du partage, et l’amour inconditionnel de la famille, (voir les réticences de l'ami anglais de Canan) tout cela est restitué sur un rythme soutenu; et l'on rit souvent de bon cœur.

 

Et pourtant ! Est-ce cette légèreté (volontairement gauche parfois dans le traitement) ou cette forme d'angélisme dans le discours latent? Est-ce la succession de faits comme "téléphonés"?

 

Une phrase prononcée pendant le générique de fin, est plus que choquante si  elle est prise au sens littéral "si c'était à refaire, on n'aurait fait venir que des Turcs"...(quid des autres immigrés espagnols, grecs, italiens sinon le mépris?)

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 07:19

Film de Gustave Kervern et Benoît Delépine avec Albert Dupontel, Benoît Poelvoorde, Brigitte Fontaine,  Areski Belkacem

 

 

20086704_jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20120420_105346.jpgPrix spécial "Un certain regard" au festival de Cannes 2012, le dernier film du duo frapadingue n'a certes pas la veine surréaliste d'Avida (présenté à Cannes hors compétition en 2006). Mais quelques moments telles des fulgurances rappellent leur inventivité première (qu'on avait tant appréciée dans Aaltra): le pendu d'abord dépendu (son geste manquait de panache) et qui se repend ballotté ad infinitum dans la ronde des chaises d'un manège; la panne de Fenwick en pleine campagne; la scène d'immolation (Jean-Pierre le frère de Not est désespéré suite à son licenciement) à l'intérieur de Carrefour, dans l'indifférence générale; le gâteau anniversaire offert à la mère (interprétée par Brigitte Fontaine) qui chante avec un accent chinois "happy birthday" et les "bougies" soufflées avec un éventail; l'épluchage laborieux des patates (les  Bonzini interprétés par Areski Belkacem et Brigitte Fontaine, tiennent un restaurant "la Pataterie" toujours désert); les leçons de "punkitude" que donne Not à son frère devenu Dead; la lecture de l'avenir que propose un Gérard Depardieu coiffé d'un bonnet péruvien; les rêves de Not en star adulée de la musique punk..

Le titre renvoie au rêve de la  Révolution (auquel Zola avait donné un souffle épique) mais c'est un titre antiphrastique. Point de grand soir –le rendez-vous avec le "peuple", avec l'Histoire, que Not et Dead avaient proposé aux clients accoutumés des grandes surfaces, à 20h près de Leroy Merlin, est un fiasco: l'appel n'a pas été entendu. Rien de grave cependant; arrachons quelques lettres des enseignes commerciales (à l'instar du père), écrivons un nouveau slogan "we are not dead", brandissons-le haut et fier par-delà le monde des contingences et de la surconsommation –que représente cette zone commerciale, personnage à part entière du film-; que son programme (même imparfait) accroche l'œil comme les immenses lettres Hollywood sur la colline de l'Art…

 

Certains spectateurs ont déploré le manque de…et de…

Rappelons (sans être forcément l'avocat des causes perdues) qu'il s'agit de punks sur le retour (au début très gros plan sur le front et crâne de Not et la phrase "je suis le plus vieux punk d'Europe avec chien" si souvent répétée joue le rôle de passeport); que ces personnages sont censés prolonger l'esprit de Groland à ses débuts (punk anar et potache); que le rêve d'un avenir meilleur dessine en creux la misère et/ou désespérance sociale(s) que les deux auteurs préfèrent traiter sur le mode déjanté (on ne saurait reprocher à des cinéastes ce choix). Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel en font-ils trop? Je ne sais. En tout cas cadres et images m'ont paru très aboutis…

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Partager cet article
Repost0

Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

Retrouvez aussi Cinexpressions sur Facebook

 

 

Recherche