9 décembre 2017 6 09 /12 /décembre /2017 06:36

De Mohammed Rasoulof Iran 

avec Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee, Nasim Adabi, Massagh Zareh, Zeinab Shabani, Zhila Shah

Argument

Reza, installé en pleine nature avec sa femme et son fils, mène une vie retirée et se consacre à l’élevage de poissons d’eau douce.  Une compagnie privée qui a des visées sur son terrain est prête à tout pour le contraindre à vendre. Mais peut-on lutter contre la corruption sans se salir les mains ?

 

Un homme intègre

L’homme intègre c’est Reza ; il est de tous les plans. Regard noir sombre. Il est aussi le seul à refuser de pactiser avec un système régi par la corruption. Dans son pays, tout s’achète se monnaye, quel que soit le secteur d’activités (école santé police justice). Porter plainte quand on est dans son bon droit ? Ça coûterait bien plus cher que le versement des indemnités réclamées…. Ce serait se mettre à dos les potentats locaux. Ce serait une "hérésie" !  

 

Le mécanisme -compromissions pressions intimidations menaces- est illustré de façon magistrale et progressive : succession rapide des échanges "monnayés" (avec gros plans sur des mains qui palpent des liasses  ou les tractations répétées dans l’enclos de voitures,  par exemple) ; gradation dans les représailles/catastrophes – depuis la contamination de l’eau jusqu’à l’incendie – en des scènes inoubliables (valse funèbre des corbeaux prédateurs qui cisaillent avec stridence les lambeaux d’un ciel lui aussi contaminé ; valse des motards qui pétaradent dans la nuit devenue complice de leur forfait). Mais le film ne verse pas pour autant dans le "didactisme", tout n'est pas dit  ni "montré" de façon explicite! 

Résister dans un tel contexte c’est TOUT perdre. Si le beau-frère  semble « justifier » la pratique de la corruption « il faut bien qu’ils vivent. Ils ne sont que fonctionnaires » (il a « payé » pour accélérer la sortie de prison de Reza -injustement accusé d’ailleurs…) la femme de Reza (directrice du lycée local) d’abord compréhensive va progressivement accuser son mari, convaincue que l'entêtement est frappé d'inanité. Un couple qui se déchire  : c’est aussi ça le "prix à payer" si l’on entre en résistance ! Face à face, ou visage isolé cadré à l’extrémité d’un plan, paroles comminatoires ou silence, le réalisateur rend palpable cette lente détérioration ….

 

On a l’impression que se mêlent en un saisissant imbroglio tous les intérêts politiques religieux économiques d’un pays; le réalisateur en a lui-même fait les frais (assigné à résidence menacé de prison pour avoir prétendument attenté au pouvoir…)

Y a-t-il encore une place pour l’espoir ? Le film est assez pessimiste…Le plan élaboré par Reza  frappe par son machiavélisme...

 

La scène d’ouverture était surprenante : un très gros plan sur une surface arrondie que pénètre une seringue… le plan s’élargit c’est une pastèque dans laquelle Reza  injecte de l’alcool .

Et la scène récurrente où l’on voit Reza déguster seul son alcool dans cette nappe d’eau chaude naturelle n’illustre-t-elle pas une façon de se "ressourcer" loin de tous les interdits?  Nudité primale retrouvée, exacerbation des sens ou le  bonheur sans entrave ? 

 

Un film "coup de poing", primé au festival de Cannes "Un certain Regard", à voir absolument !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Je confirme ce qu'en dit Colette. C'est un beau film avec des accents de thriller. Il décrit magistralement un Iran que ne voient pas les touristes (j'en reviens) de ce magnifique pays. Saluons Mohammed Rasoulof réalisateur-héros car son courage dans la dénonciation du système n'a d'égal que son talent cinématographique. La fin est remarquable pour la poursuite de la réflexion sur ces états de non-droits (de l'homme). A saluer également l'interprétation toute en retenue et puissance des protagonistes et la beauté divine de l'actrice Soudabeh Beizaee, l'épouse du principal personnage, qui brille aussi par sa lucidité. Hommage à La Femme dans ce pays où le port du voile est obligatoire et paradoxalement le sexe féminin est majoritaire à l'université. Oui, à voir absolument ! Ce film a une grande portée politico-philosophique. 

Serge Diaz 9/12/17

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Serge Diaz 09/12/2017 09:49

Je confirme ce qu'en dit Colette. C'est un beau film avec des accents de thriller. Il décrit magistralement un Iran que ne voient pas les touristes (j'en reviens) de ce magnifique pays. Saluons Mohammed Rasoulof réalisateur-héros car son courage dans la dénonciation du système n'a d'égal que son talent cinématographique. La fin est remarquable pour la poursuite de la réflexion sur ces états de non-droits (de l'homme). A saluer également l'interprétation toute en retenue et puissance des protagonistes et la beauté divine de l'actrice Soudabeh Beizaee, l'épouse du principal personnage, qui brille aussi par sa lucidité. Hommage à La Femme dans ce pays où le port du voile est obligatoire et paradoxalement le sexe féminin est majoritaire à l'université. Oui, à voir absolument ! Ce film a une grande portée politico-philosophique.

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