8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 17:39

De John Crowley et Paul Tsan (GB, Irlande)

Avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson

 

 Récompenses:

Festival du film de Hollywood 2015 : Hollywood New Hollywood Award 

New York Film Critics Circle Awards 2015 : Meilleure actrice

Boston Online Film Critics Association Awards 2015 : Meilleure actrice

Les années 50. Attirée par la promesse d'un avenir meilleur, une jeune Irlandaise quitte sa famille pour tenter sa chance en Amérique. A New York son passé vient troubler son nouveau bonheur...

Brooklyn

Romance? Oui. Film ou fresque d'époque? On en doute...

Voici un film à la mise en scène très "académique"; hormis certains "décadrages" et quelques ralentis, encore qu'ils font l'effet de partis pris systématiques. De très gros plans sur le visage de Saoirse Ronan éplorée nous rappellent que le film nous immerge dans une romance style mélo où l'Amérique sert uniquement de "toile de fond" (voir les effets carte postale avec un chromatisme où le rose se marie à des gris; ou encore cet instant où Eilis après la douane, se dissout dans un infini d'aveuglante lumière)

La structure interne frappe par son aspect "mécanique": au prologue irlandais -trop long- va succéder la période d"'intégration" à Brooklyn; puis retour en Irlande et dénouement aux USA. Une structure purement formelle car la binarité - paradoxalement- n'a rien de dynamique; elle se contente de mettre en parallèle deux "mondes" avec des scènes récurrentes de repas; avec des figures qui s'appellent en s'opposant; -soit deux "amours"; deux figures maternelles: ou son avatar en Miss Kelly l'Irlandaise et son double bienveillant en la personne de la logeuse à Brooklyn; avec des lieux contrastés (plage grouillante à Coney Island, mais déserte et sauvage sur la côte irlandaise) etc.

Au lieu d'une plongée dans les années 50 avec en toile de fond les problèmes d'emploi d'émigration de douloureuse insertion, nous assistons à une historiette glamour avec pour unique constat "je suis entre deux rives" (lettre à la sœur Rose).

En aucun cas l'histoire d'Eilis et de sa famille ne saurait être une mise en abyme de l'Histoire; Eilis quitte son pays, habitée par des rêves; tâtonnements, désarroi, puis émancipation; elle connaîtra l'Amour en la personne d'un plombier italien "émigré" lui aussi.

La boucle est bouclée "home is home"

Même l'actrice -nominée pour les Oscars- a parfois (pour ne pas dire souvent) les allures d'une automate

Colette Lallement-Duchoze

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 07:14

de Rodrigo Plà (Mexique)

Avec Jane Raluy, Sebastian Aguirre Boëda, Hugo Albores

 

Présenté en sélection officielle à Venise 2015

Un monstre à mille têtes

Comme dans La zona Rodrigo Pilà choisit la forme du thriller pour dénoncer des injustices criantes d'abjection (Un genre qu'il est désormais convenu d'appeler "thriller social"). Dans "Un monstre à mille têtes" c'est une compagnie d'assurances -métonymie d'ailleurs du capitalisme néo libéral- qui incarne inhumanité, corruption, un monstre qui préfère sacrifier ses adhérents, au nom de la rentabilité. C'est ce que découvrira Sonia Bonet, cette épouse pugnace, farouchement décidée à aller jusqu'au bout (braquage et prise d'otages inclus...).pour "sauver" son mari atteint d'un cancer; elle veut faire parapher son dossier par les autorités "compétentes" afin de mettre en place un protocole thérapeutique - très onéreux certes-  qu'on lui refuse au nom de prétextes fallacieux-; alors qu'adhérente elle a toujours payé ses cotisations !!

Comme souvent les personnages répondent à des questions précises (hors champ) en expliquant (en voix off aussi) ce qu'ils ont réellement vécu, accusant ou disculpant Sonia, et qu'ils jouent avec une certaine impassibilité, on a l'impression que le film se donne à lire comme une reconstitution lors du procès... Cette simultanéité entre une situation en train de se vivre et son commentaire censé être postérieur, contribue à multiplier les points de vue; une pluralité qui a aussi l'avantage d'établir une certaine distance avec les émotions de Sonia et ainsi de ne pas enfermer le spectateur dans son seul et unique point de vue (quand bien même c'est elle qui, arme au poing, tient à distance les protagonistes depuis le médecin coordonnateur qui refuse d'examiner le dossier et ce faisant, de donner son aval jusqu'à la plupart des représentants de la hiérarchie de la compagnie/mutuelle d'assurances). Multiplicité qu'illustrent aussi ces effets spéculaires :  le jeu constant de reflets, de miroirs, de vitres/écrans, de portes que l'on franchit avec difficulté, comme dans un labyrinthe. À cela s'ajoutent les fondus ou le recours aux filtres comme pour signifier que cette "spirale dans la violence" c'est aussi le chaos et la confusion (confusion tentaculaire du "monstre", confusion des sentiments chez Sonia ce que lui reproche au début son fils complice Dario, et que le spectateur perçoit dans la scène de l'ascenseur par exemple et au final quand dans la position d'une pietà elle caresse son fils en répétant "ça va s'arranger"...)

Dans cette course dédaléenne menée au pas de charge, Sonia incarne le combat (perdu d'avance?) du "faible" qui ose s'attaquer à un "monstre" jusque-là invincible, le combat de l'humain contre la dérive barbare qui l'a annihilé!

 

Encore un film "coup de poing" de ce réalisateur qui met au service de sa lutte, une mise en scène innovante, (ne serait-ce que par cette maîtrise époustouflante des cadres,  le refus  de changement brusque de caméra quand bien même on "change" de point de vue...)

Un film servi par la talentueuse Jana Raluy!

Un film à ne pas rater!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

D'accord avec Colette. Ce thriller ne recherche pas le sensationnel, il est tourné à hauteur d'une femme aimante, ordinaire mais déterminée. Combat de justicier quand le système est pourri et qu'il faut aller vite, que nous reste-t-il sinon l'action individuelle désespérée pour obtenir gain de cause juste ?

La critique de Télérama, Guillemette Odicino, n'a rien compris qui parle d'une "Mexicaine en proie à l'absurdité de l'administration" ! alors que ce film est la dénonciation évidente de ce qu'est une sécurité sociale privée qui n'obéit qu'à la loi du profit.

Le spectateur ne peut pas oublier les tentatives qui sont faites en France de privatiser la santé et qui aboutiraient à des situations dramatiques si bien exposées dans ce film, avec force et sobriété

Serge 6/04/2016

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 07:33

de Dalibor Matanic (Croatie, Serbie)

avec Tihana Lazovic (Jelena / Natasha / Marija), Goran Markovic (Ivan / Ante / Luka), Nives Ivankovic (Mère de Jelena / Mère de Natasha), Dado Cosic (Sasha), Stipe Radoja (Bozo / Ivno), Trpimir Jurkic (Père de Ivanov / Père de Luka), Mira Banjac (grand-mère d'Ivan)

Musique : Mychael Danna

Prix du jury section Un certain Regard Cannes 2015

Festival Rouen "à l'Est du Nouveau" prix jeune public (mars 2016)

Soleil de plomb

Trois dates 1991, 2001 et 2011, trois moments de l'histoire dans l'ex-Yougoslavie, trois histoires d'amour contrarié; mais un même lieu (deux villages voisins) et les deux mêmes acteurs pour interpréter, chacun , trois protagonistes; comme si l'amour transcendait ce "winter is coming" qu'avait prédit la grand-mère....

Des scènes récurrentes d'un fragment à l'autre, avec leur cortège de connotations dont le sens varie avec les périodes -l'eau, celle des ébats amoureux et son double abyssal; la présence d'un chien, témoin impassible de tous les cataclysmes; le gros plan, certes furtif ,sur une mouche ou araignée comme engluée dans les miasmes et cette musique qui tempête vers la fin de chaque épisode et surtout à la fin du troisième où la jeunesse défoncée par l'alcool et la drogue se déchaîne sur de la musique électro comme pour ensevelir ses traumas.

L'alternance entre plans très rapprochés (sur les amants) plans d'ensemble (sur les paysages ou la population) et profondeurs de champ (à l'intérieur des maisons), le jeu des ellipses qui fait du spectateur un auteur/acteur, le traitement de la lumière -scènes de nuit et de jour, les clairs-obscurs- comme expression des sentiments, tout cela participe de la volonté du réalisateur : dénoncer la xénophobie, la haine de l'autre

En I, un troupeau de moutons est effrayé par les armes des belligérants: effets "collatéraux" de la guerre qui se prépare? En II, Ante rabote une porte, Natasha dans une autre pièce fait danser salière et poivrière au même rythme que celui du rabot : succédané d'une danse nuptiale?

Mais ce qui frappe , c'est l'omniprésence de la violence à la fois stigmate de la guerre et quintessence de l'amour; une violence qui par-delà les âges, les générations semble dévolue en héritage. Car ne nous leurrons pas la scène idyllique -traitée de façon naturaliste- qui ouvre le premier fragment, d'abord placée sous le signe apollinien du soleil et de la lumière vire au cauchemar, à la tragédie: l'amour entre jeunes d'ethnie différente est pour les radicaux un non-sens, une tare, une honte qui souille l'honneur de la famille. La caresse voluptueuse du vent, de l'eau, des herbes et des cheveux n'a pu vaincre la haine. Le gros plan sur la main de l'amoureux cherchant en vain l'embouchure de sa trompette sonne le glas de toute fraternité; les larmes et les cris de douleur de l'amante endeuillée vont se perdre dans l'infini de la désolation. Désolation sur laquelle s'ouvre le deuxième volet du triptyque: long travelling latéral sur les maisons en ruines "Les miens ont tué ton frère, les tiens ont tué mon père" dira Ante pour répondre à la colère de Natasha hantée par la mort du disparu qu'elle continue à vénérer ! Son désir -très physique- d'Ante, qu'elle satisfait dans la torridité ambiante, ne pourra se convertir en amour; la guerre perdure au tréfonds de soi.. Dans le troisième volet Luka seul -avec lui-même, avec son passé- attend sur les marches de la maison de Marija; elle-même à l'intérieur, seule  avec l'enfant, d'abord séparée par le mur de silence, celui de l'incompréhension haineuse- consentira à "ouvrir" la porte....

 

Colette Lallement-Duchoze

Soleil de plomb
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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 15:06

documentaire réalisé par François Ruffin

Merci Patron!

Marc-Antoine Jamet (hiérarque du PS, fabiusien cumulard, secrétaire général du groupe LVMH) ose affirmer péremptoire que le documentaire de François Ruffin "Merci Patron" fait le lit du Front national; que tout ce qui est "montré" et "dit" est pur mensonge. Lui-même interviewé dans ce film -qu'il n'a même pas vu..-souffrirait-il d'une amnésie cruelle, hypocrite et rédhibitoire ?

 

Voici un film/documentaire animé par un esprit frondeur, aux allures de BD parfois (et la chanson des Charlots qui l'irrigue en est une des preuves); un film qui par la dérision, l'humour "ose" s'attaquer au géant Bernard Arnault; en donnant la parole à cette classe ouvrière que "tous" avaient un peu vite enterrée....Un film "lutte des classes" sur le mode de la comédie.

Jocelyne et Serge Klur fabriquaient des costumes Kenzo à Poix-du-Nord; l'usine délocalisée en Pologne, ils sont au chômage "on doit vivre avec 4€ par jour"... Endettés, ils risquent l'expulsion Le Robin des Bois François Ruffin (rédacteur en chef de Fakir) vole à leur secours! Gagnera-t-il son pari, malgré tous les pièges tendus par la cruelle Anastasie ?? et les chantages des sbires du Grand Capital??

Que d'astuces pour jongler avec la paperasserie administrative, que d'impertinence (potache) dans les propos comminatoires, et le détricotage -style "franche rigolade"- des mensonges et injustices!

Et au final quelle bouffée d'air frais et de chaleur humaine!

Un film qui donne la pêche  (Jacques Littauer Charlie Hebdo)

Un film à ne pas rater!

 

CLD

 

PS: Aux détracteurs soudainement épris de justice en imaginant le sort réservé au "pauvre" Serge (LVMH lui fera peut-être payer les pots cassés), François Ruffin a déjà répondu " S'il devait avoir des problèmes, on est prêt. Le film n'a été financé que grâce à la générosité des lecteurs de Fakir, alors s'il le faut, on lancera la même collecte pour défendre Serge et on récoltera l'argent en une semaine. Et puis en France, on a encore un droit du travail, il faut en profiter tant qu'il existe....

 

Ruffin fera école car il réussit si bien à tourner le tragique en comédie, à montrer la face cachée du système : le cynisme absolu avec Bernard Arnault premier capitaliste de France et la servilité des socio-traîtres avec le maire PS de Val de Reuil Marc Antoine Jamet.

Ruffin venge les humiliés et nous montre la voie, tout semble facile, à portée de la main, ce film est une prouesse révolutionnaire, une perle rare. On voudrait que tout le monde le voie, c'est tellement instructif et jouissif en même temps.

Serge Diaz 28/03/2016

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 08:58

de F. Leon de Aranoa

avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Mélanie Thierry, Olga Kurylenko, Fedja Stukan

présenté au festival de Cannes 2015 (Quinzaine des Réalisateurs)

adaptation du roman de Paula Farias "Dejarse Llover"

argument: Bosnie fin de la guerre. Le seul puits à des kms à la ronde est souillé car le cadavre d'un homme y a été volontairemnt jeté . Il s'agit pour des travailleurs humanitaires de l'extraire avant que l'eau ne soit contaminée...

A Perfect Day

Réalisateur espagnol, casting international, titre anglais (antiphrastique), tournage en Espagne!!! "quelque part dans les Balkans » telle est la mention initiale, suffisamment floue pour ne pas attiser les discordes sur la guerre en ex-Yougoslavie .

Dénoncer l'absurdité de la guerre en général? à travers l'exemple de la Bosnie fin des années 1990?  peut-être; sûrement. Mais sans le trash de MASH, sans la verve loufoque de "no man's land"

 

Les cinq personnages en mission humanitaire en Bosnie à la fin de la guerre , Mambru, Sophie, Katya, B et Damir -le traducteur, interprétés avec plus ou moins de brio,  en sont réduits à illustrer des archétypes tant ils sont stéréotypés (une idéaliste de pacotille, une psycho rigide, un cow-boy charitable, un vétéran déphasé permanent...). Les "villageois" dans la scène d'ouverture se contentent d'une piètre figuration. Si l'on ajoute la récurrence de ces vues aériennes sur les routes en lacets, censées illustrer la pénibilité et la pugnacité des travailleurs humanitaires à bord de leurs véhicules, on se dit avec une certaine amertume que décidément c'est un film assez poussif!!!!

 

Certes il est traversé ça et là par des "signes" : la scène qui ouvre et clôt le film (la présence d'un cadavre dans un puits) est une forme d'allégorie; la coexistence du tragique et du comique autorise une distance critique (les diktats des gouvernements qui au gré des événements se contredisent, la recheche épique d'une corde, la présence d'une vache "piégée" bloquant le passage); les "reflets éclatés " dans le miroir de la maison détruite sont à l'image d'un pays cabossé et disparate, l'horreur qui parfois s'impose frontalement (les pendus), ces morceaux de musique rock et punk qui jouent le rôle de contrepoint; mais globalement cette chronique qui se veut à la fois humaniste et humanitaire, n'est pas convaincante ....

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 06:45

de Nicholas Hytner (GB)

adaptation  du roman d'Alan Bennett

avec Maggie Smith, Alex Jennings, Jim Broadbent

The Lady in the Van

À l'heure où l'autofiction fait florès dans le roman français, un auteur anglais Alan Bennett se posait la question de dissocier le je -l'auteur et le je -l'homme; toi tu l'écris, et moi je le vis dit  Alex Jennings à son double dans le film. L'expérience qu'il a vécue est si originale qu'elle serait la matière idéale d'un livre. L'écrivain en fera une pièce de théâtre dans laquelle a joué Maggie Smith en 1999 et la même actrice est sollicitée par Nicolas Hytner pour interpréter à l'écran  cette Miss Shepherd, une femme clochardisée acariâtre et sale. Installée dans sa camionnette (qu'elle customise au grand dam des voisins et de la police) sur l'allée du garage d'Alan Bennett ,elle entretient avec ce dernier une relation de "voisinage" pour le moins originale!!! et qui durera 15 ans! (soit de 1974 à 1989, date de sa mort ) Et ce, dans une rue de Camden un quartier  londonien en voie d’embourgeoisement (le comportement des voisins dans le film en est la caricaturale illustration! )

 

Le film s'ouvre sur la scène de l'accident que nous ne voyons pas mais percevons par le bruit amplifié du fracas; puis gros plan sur le pare-brise ensanglanté; puis délit de fuite : la conductrice poursuivie échappe à la vigilance des policiers. Cette scène inaugurale sera revécue soit comme cauchemar, soit comme monnaie d'échange (un ex policier joue le maître chanteur) et dans la séquence finale tarabiscotée qui se veut assomption vers....où les fantômes des morts évoluent dans une fraternité retrouvée

 

Maggie Smith est the lady in the van (comme elle fut récemment  my old lady dans le film d'Horovitz ) et de ce fait elle est de tous les plans (voici un très gros plan sur le visage aux  yeux globuleux inquisiteurs, un plan moyen où recroquevillée dans sa camionnette elle fait corps avec tout son fatras, voici un plan d'ensemble où sa silhouette informe s'est précisément fondue, la voici sur le  fauteuil roulant, elle  se laisse happer par l'ivresse vertigineuse de la  descente;  etc..) Cette actrice octogénaire (elle  joue la comédie depuis 60 ans..) semble si à l'aise dans ses guenilles aux odeurs fétides, sa gouaille et son sens de la répartie,  sa rouerie manifeste dans ses mensonges et son catholicisme de pacotille,  qu'elle suscite l'empathie ce que renforcent les flash-back

Figure "romanesque" par excellence -les étapes de son parcours sont égrenées au fil des rencontres et recherches menées par le dramaturge- Miss Sherphed  intrigue et fascine. Derrière la fenêtre de son bureau l'auteur guette, s'interroge et son double lui répond, le tance ou le conseille; l'un à l'aise sur le clavier de sa machine à écrire, l'autre et pourtant le même, dégingandé et maladroit dans les gestes du quotidien. Vue en contre-plongée pour l'auteur, en légère plongée pour l'homme ou alignement à peine contrasté des deux (hormis le port de la cravate pour l'un) ; sourire narquois de l'un, regard hébété de l'autre; et la prestation d'Alex Jennings n'est nullement entachée par l'omniprésence de Maggie Smith quand bien même cette dernière crève l'écran....Ce pince-sans-rire aux afféteries parfois prononcées incarne entre autres l'humour (que l'on dit si "british") qui irrigue tout le film

Film où l'on rit et sourit de bon cœur -malgré tous les malgré(s)

 

Colette Lallement-Duchoze

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 16:58

De Hou Hsiao-hsien

Avec Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou

Argument : Chine, IX siècle. Nie Yinniang revient dans sa famille après de longues années d’exil. Son éducation a été confiée à une nonne qui l’a initiée dans le plus grand secret aux arts martiaux. Véritable justicière, sa mission est d'éliminer les tyrans. A son retour, sa mère lui remet un morceau de jade, symbole du maintien de la paix entre la cour impériale et la province de Weibo, mais aussi de son mariage avorté avec son cousin Tian Ji’an. Fragilisé par les rebellions, l'Empereur a tenté de reprendre le contrôle en s'organisant en régions militaires, mais les gouverneurs essayent désormais de les soustraire à son autorité. Devenu gouverneur de la province de Weibo, Tian Ji'an décide de le défier ouvertement. Alors que Nie Yinniang a pour mission de tuer son cousin, elle lui révèle son identité en lui abandonnant le morceau de  jade. Elle va devoir choisir : sacrifier l'homme qu’elle aime ou rompre pour toujours avec "l'ordre des Assassins".

The assassin

La critique enthousiaste de Télérama m’a donné envie de voir le dernier film du cinéaste Taiwanais dont ce magazine s’est entiché.

 

Mal m’en a pris car je me suis ennuyé ferme.

 

Scénario simplissime, une intrigue obscure, pas de vrai personnage, aucun ressort psychologique, absence de dialogues, aucune émotion, vacance d’idées, univers de BD !

Les images, certes soignées, ne suffisent pas à donner de l’épaisseur à ce film qui reprend tous les clichés du genre chevalerie-sabre et art martial, dont on est fatigué.

Dommage que ce cinéaste techniquement talentueux n’ait pas été mieux inspiré.

 

Restent de beaux costumes et une photographie qui nous fait un peu voyager dans l’espace et le temps...mais Bertolucci l’a déjà fait (le dernier empereur) en mille fois mieux .

 

Serge Diaz

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 05:58

de Sharunas Bartas Lituanie

Avec le réalisateur dans le  rôle du père,  sa fille Marija Bartas  dans celui de la fille, Lora Kmieliauskaite

 

présenté à la Quinzaine des réalisateurs Cannes 2015

 

en compétiton à Rouen dans le cadre du festival "à l'Est du nouveau"

Peace to us in our dreams

Le film du réalisateur lituanien Sharunas Bartas est arrivé au festival de Rouen auréolé de sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs et d’une rétrospective qui vient de s’achever au centre Pompidou.

En huit films, Bartas s’est acquis la réputation d’un cinéaste exigeant et atypique pour lequel les "mots ne peuvent dire ce qui ne peut s’exprimer qu'en images". « Peace to us… » confirme ce parti pris : aux dialogues, Bartas préfère les longs silences dans un film centré sur le mal-être et l’incommunicabilité. « Peace to us… » raconte l’histoire d’un couple et de leur fille ado qui partent pour un week-end à la campagne. Auparavant, la femme, violoniste, a connu un magistral pétage de plombs au milieu d’un concert, quittant la salle et laissant une assistance médusée, incident dont elle ne parlera pas à son mari (ni à personne).

Le film présente ainsi en longs plans séquences deux couples, d’une part les bobos venus à la campagne, d’autre part deux fermiers locaux. Une autre relation se forme entre la jeune ado et un vagabond. Au fil du temps qui semble s’étirer à n’en plus finir, Bartas met en scène non pas des existences partagées, mais des solitudes juxtaposées, dont la tristesse intrinsèque est encore renforcée par l’absence de parole. Et lorsque la parole se libère, c’est sous la forme des insultes (et des coups) qu’échangent le fermier et sa femme, ou bien du rejet brutal des tentatives que fait la violoniste pour évoquer Beethoven auprès de la vieille fermière qui ne jure que par les chants folkloriques lituaniens… Une autre parole, plus intime, plus authentique, finit par se manifester à la nuit tombée, mais sombre rapidement dans les lieux communs et ne parvient pas à masquer la fragilité (ou l’absence) des sentiments. 

Bartas impose un rythme résolument lent, en harmonie avec la nature environnante et les interminables journées d’été de l’Europe du Nord, dans lequel sourdent néanmoins une tension constante et un spleen généralisé, le tout enveloppé dans des images d’une grande beauté (Bartas est/a été également photographe. La galerie du Passage de Retz à Paris présentait ses photos le mois dernier).

Mais l’indigence du scénario amène à se demander si cette fois, la machine ne tourne pas à vide, sauf à considérer que le réalisateur nous invite à partager sa désespérance. Ce mal-être devient à ce point perceptible que, par moments, l’ennui guette le spectateur.

Dominique Dudouble

 

 

Certes le film de Sharunas Bartas -cinéaste connu du public rouennais grâce au festival du cinéma nordique- est  aride et il ne nous donne pas un récit structuré: C'est une chronique silencieuse d'un monde en bouleversement(s) et de drames qui s'annoncent.

Bartas s’intéresse autant à ses personnages qu'aux paysages et les longs plans larges de la nature sont l’occasion pour ses personnages de prendre un peu de liberté et de se retrouver.

Néanmoins son scénario est construit, organisé

Il émane de ce film une atmosphère mélancolique et une tension palpable, qui nécessite de se laisser aller à contempler cette nature magnifiquement filmée et à accompagner dans leur solitude intérieure les personnages.

C'est un film profondément mélancolique mais sublime

Claude le 10/03/2016

 

 

Parlez-moi plutôt de biches et de musique en raccord!

parlez-moi du bonheur aussi fragile ou fugace que les ailes de papillon!

on sait que l'événement chez Bartas est le non-événement que les paysages ne l'intéressent que dans leur rapport aux personnes (tout le contraire de l'esthétisme donc...)

Elisabeth 12/03

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 06:37

de Carlos Saboga Portugal

avec Joana Ribeiro (Ilda) Paulo Pires (Vargas) Judith Davis (Laura)

 

argument: 1942. Dans le Portugal de Salazar, deux réfugiés Français suspects, Boris et Laura, sont arrêtés. L’inspecteur Vargas, séduit par la jeune femme, décide de les cacher chez lui : un hôtel désert où il vit avec sa fille Ilda et sa femme gravement malade. Ilda découvre leur présence et, rongée par la jalousie, s’attache à les faire disparaître coûte que coûte…

A une heure incertaine

À l'écart de la Deuxième Guerre Mondiale (dont les échos nous parviennent par intermittences à la radio qui diffuse surtout les discours de Salazar) le Portugal est comme une terre d'accueil pour des réfugiés à la recherche de liberté. Ce qui motive  les attentes de  Boris et Laura; ils  ont échappé aux camps de la mort (ces camps dont Boris immortalise les horreurs dans des dessins cauchemardesques) et ils espèrent trouver un asile. Mais......Après les interrogatoires et la cellule, c'est la réclusion,  "dorée" en apparence mais  vécue comme une seconde "garde à vue" !?

L'essentiel du film se passe à l'intérieur de cet hôtel désaffecté. Soit un décor unique en clair-obscur avec de longs couloirs et de belles profondeurs de champ, des escaliers "dérobés"(?), des salles au mobilier recouvert de draps blancs aux formes spectrales, des portes fermées (détentrices de secrets?), des fenêtres capitonnées de rubans protecteurs.

Atmosphère oppressante (plus que lugubre) d'autant que cet hôtel imprime la matrice des obsessions érotiques et de la mort: Ilda la fille de l'inspecteur Vargas, en est la douloureuse incarnation. Sa lecture de la Bible (les filles de Lot) satisfait par procuration sa libido; lovée auprès de sa mère Marta (malade?paralysée?) qui repose tel un gisant, elle renoue avec la prime enfance; sa passion incestueuse dévorante pour son père lui fait commettre l'irréparable; en utilisant les mêmes armes que les bourreaux -violence verbale, menace de renvoi- elle parvient à ses fins. "A une heure incertaine" c'est aussi le passage à l'âge adulte (mais à quel prix pour Ilda? Celui de la déraison de la mort et du deuil)

Les portes sont censées cacher des secrets, la clef, celle qui donne accès au refuge de Boris et Laura, est objet de chantage; les caresses incestueuses (Boris et Laura, Ilda et Andreolina) les frôlements amoureux (Ilda et sa mère, Vargas et Laura) les rapports violents (Andreolina victime de Jasmin), les ellipses et les non-dits, les chuchotements, tout dans ce huis clos transforme bien vite les fragrances en parfums vénéneux...

Un espace-temps délétère à l'image du pays lui-même? Indubitablement

Au final et pour paraphraser le titre (qui renvoie à un poème de Primo Levi) tous les personnages ne seraient-ils pas des "morts en sursis" ?? Mors certa, hora incerta

 

Colette Lallement-Duchoze

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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 13:31

de Malgorzata Szumowska Pologne

avec Janusz Gajos, Justyna Suwala, Maja Ostaszewska

 

Présenté en compétition à Rouen dans le cadre du festival "à l'Est du nouveau"

 

Ours d'argent du meilleur réalisateur au festival Berlinale 2015

Body

Dans ce film qui mêle humour, fantastique et réalisme, la réalisatrice décline différentes approches du "corps", de la relation que nous entretenons avec lui.

Corps que l'on détruit pour en finir avec la vie (un pendu, un nouveau-né démembré dans les toilettes d'une gare); corps que l'on renie en le maltraitant (anorexie hyperphagie); corps qui palpite de désir, corps "mystique" (succédané du corps physiologique?).

Trois personnages en sont l'incarnation. Janusz en tant que médecin légiste est confronté aux morts violentes; en tant que père il est démuni face aux comportements suicidaires de sa fille...Olga sa fille vit une relation conflictuelle avec lui; elle est devenue anorexique à la mort de sa mère; Anna la thérapeute qui, en séance collective de cri primal entre autres, soigne des anorexiques; elle-même suite à un trauma -la perte de son enfant- entre mystérieusement, et au nom d'une foi inébranlable, en contact avec les chers disparus..

Comme le film procède par montage parallèle et/ou alterné, nous suivons le parcours croisé de ces trois personnages (Olga sera hospitalisée et "soignée" par Anna) avec la récurrence de scènes du quotidien le plus banal certes mais si vital (les repas par exemple)

La scène d'ouverture donne le ton: un pendu que l'on détache mais qui, à l'insu des représentants de la médecine et de la police, ressuscite et se fond dans le paysage -ce qui prépare le spectateur à "accepter" l'anormal comme allant de soi...

L'humour chez la réalisatrice est toujours léger jamais hilarant ni décapant (on se souvient de "aime et fais ce que tu veux"). Voici Anna et son énorme chien dans l'exiguïté d'une cuisine;  Anna épiant un couple qui s'adonne aux plaisirs de la chair; voici un très gros plan sur les aliments que Janusz va dévorer face à sa fille anorexique; voici Janusz fumant sur une marche de l'escalier et se faisant tancer par un voisin;  et le clou: cette séance de spiritisme qui réunit les trois personnages et se termine à vau-l'eau!!

Cela étant, le film souffre de quelques longueurs, c'est-à-dire d'étirements inutiles du scénario - ce qui, faut-il le rappeler, n'a absolument rien à voir avec la durée (longueur) de plans fixes; laquelle chez certains réalisateurs dont S Bartas est au service d'une écriture belle dans son exigence et sa plasticité!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Trés bon texte.  Si je peux ajouter quelque chose au sujet du corps, je trouve que les séances de danse pendant la thérapie sont très techniques, ainsi que celle de la femme à demi nue dans l'obscurité : essayez de faire les pas, vous verrez que cela demande une certaine maîtrise de son corps ...

Très bon film et l'actrice super !!!

 

Nicolas   8/03/2016

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