29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 03:54

Documentaire réalisé par Hubert Sauper Autriche France

Nous venons en amis

"Vous saviez que la lune appartient aux Blancs"? un vieillard

"Nos enfants ou nos arrière petits-enfants ne se laisseront pas faire, ce sont des humains comme vous, ils sont intelligents et dignes." Célestine

 

Voici un plan où trottinent par milliers des fourmis -et leur procession établit comme une ligne de démarcation; puis voici un enfant vu de dos qui avance nu sur une piste, c'est le prologue.

Le réalisateur en posant son biplace (qu'il a conçu pour avoir l’air inoffensif et ridicule)  va poser un regard très affûté sur ce qui sera présenté comme une fourmilière....

Nous sommes au Sud Soudan juste après le référendum (de brefs rappels sur Fachoda, le partage de l'Afrique, la colonisation; le référendum de 2011 qui séparera le Soudan Nord (musulman) du Soudan sud (chrétien). La guerre civile sanglante entre partisans du président Salva Kiir (l’homme au chapeau texan, catholique) et ceux du vice-président Riek Machar (presbytérien) sera évoquée à la fin du film (images dont le réalisme trash n'est pas sans rappeler le précédent documentaire "le cauchemar de Darwin)

Ce qui intéresse le "baroudeur" Sauper, c'est d'objectiver en la mettant en images, la pérennisation d'un système colonial qui ne dit pas son nom. Et l'on verra défiler tous les néo-prédateurs: Chinois (pour le pétrole), Américains, entrepreneurs, évangélisateurs -tous animés de "bons sentiments" (c'est qu'ils sont venus en amis  n'est-ce pas?). Filmés de face ou en groupe (lors d'une inauguration célébrant les vertus et bienfaits de la "lumière"), le visage toujours souriant et le discours bien rodé, ils incarnent un fléau dont les victimes paieront le prix fort. La terre de nos ancêtres, la terre de nos morts ne nous appartient plus. Nous n'avons plus rien!  Certaines  autorités locales, elles, avaient pactisé "nous vous donnons gratuitement nos terres en échange de l'eau potable, et de la construction d'aéroports qui occupera de la main-d'œuvre"!  quand on sait -sans être expert -que eau électricité seront utiles dans l'exploitation des réserves d'or...

Parmi des scènes à peine croyables retenons celle-ci: une "dame de charité" (texane?) outrée par la nudité des enfants (quelle horreur!!) va imposer le port de chaussettes blanches et de sandales en plastique à des gamins nus qui pleurnichent et gémissent, tant ils sont désormais entravés dans leur liberté de marcher!

La  construction "fragmentaire" parfois "heurtée" qui procède souvent par juxtapositions peut dérouter; mais n'épouse-t-elle pas la diversité des lieux, des moments et des rencontres - villages, écoles, meetings,  bars, studios, usines, etc.?

Comme dans "le Cauchemar de Darwin" certaines vues aériennes (Lac Victoria magnifié aux dimensions océanes dans Le cauchemar; ici savanes et forêt magnifiées dans leur  beauté tellurique ) et certains cadrages (mettre en exergue des détails qui disent la pollution la misère ou l'horreur du quotidien) prouvent aisément qu'un documentaire c'est une œuvre cinématographique à part entière!

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 06:13

De Nabil Ayouch

Avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs Cannes 2015

 

 

 

Marrakech, aujourd’hui. Noha, Randa, Soukaina et Hlima vivent d’amours tarifées. Ce sont des prostituées, des objets de désir. Vivantes et complices, dignes et émancipées, elles surmontent au quotidien la violence d’une société qui les utilise tout en les condamnant.

Much Loved

Vite, courez  voir ce film

Le regard qu'il  porte sur ces femmes  est si plein d'humanité (vénalité et profonde solitude )

et simultanément celui qu'il porte sur la société marocaine est sans concession (de redoutables Saoudiens qui viennent s'encanailler, des Européens néo colonialistes, des flics ripoux, la pédophilie, une société gangrenée par la misère et la peur du "qu'en dira-t-on"  etc..)

entre les deux un chauffeur placide, Saïd,  homme providentiel???

 

Un film à  VOIR  ABSOLUMENT

 

Elisabeth

le 23/09

Ce qui frappe -entre autres- c'est la façon de filmer le "corps" de ces femmes; dans les villas luxueuses où il n'est que "marchandise" la caméra le fragmente (gros plans sur les fesses, les seins, les lèvres, etc.) adoptant le point de vue des mâles regardeurs sentant monter en eux le désir; mais dans les moments d'intimité, moments de pause, le réalisateur caresse les visages, il filme en plans rapprochés créant ainsi -par une sorte d'empathie- une proximité à la fois émotionnelle et physique

On comprend (et pourtant on continue à s'interroger avec hypocrisie ) pourquoi ce film est censuré au Maroc (prostitution, pédophilie, travestis, arrogance saoudienne, attention tabou! )

Colette

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 15:08

 Corbo était le titre de ce film de Mathieu Denis, lors de sa sortie au Canada en 2014

 Acteurs:  Anthony Therrien, Antoine L'Ecuyer, K. Tremblay

Insoumis

"Tu allais Jean Corbo au rendez-vous de ton geste" cet extrait du poème de Gaston Miron "Le Camarade" sera cité dans le générique de fin.

Qui était Jean Corbo? Un adolescent de 16 ans, italo-québecois (les élèves dans la classe qu'il intègre en milieu d'année, ricanent en le traitant de "Rital"). Conscient de la douleur des "opprimés", épris de "justice sociale" lui qui est issu d'un milieu assez aisé, est décidé à lutter coûte coûte contre elles en s'inspirant -entre autres- du texte de Fanon qu'il dévore en cachette (Le colonialisme n'est pas une machine à penser, n'est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l'état de nature et ne peut s'incliner que devant une plus grande violence ); avec des "camarades" il commencera par distribuer des tracts (La Cognée) qu'il cache sous son lit; puis il participe à des attentats pour le compte d'une branche clandestine du FLQ (Front de Libération du Québec; un Québec alors "colonisé" par un Canada anglophone): la fabrication très méticuleuse de "bombes" artisanales par un "spécialiste", avec gros plans sur aiguilles et clous,  pourrait faire sourire..

Nous sommes en 1966: les conditions politiques et sociales sont évoquées  au tout début (texte sur fond noir). Mais le réalisateur va concentrer son propos sur la courte période de mars à juillet 1966, de même qu'il "resserre" son film sur le personnage de Jean Corbo; de ce fait l'adolescent peut incarner l'innocence sacrifiée au nom d'un idéal (le film n'est pas pour autant un biopic...)  Comme le réalisateur, de son propre aveu, s'est beaucoup documenté, le film met en évidence d'autres thèmes: soumission de la femme (la mère de Jean est discrète par nécessité; c'est le père qui est tout puissant); sévérité de l'enseignement (un collège très conservateur où le professeur d'histoire s'oppose violemment à ceux qui oseraient mettre en doute l'histoire du pays juste après la seconde guerre mondiale, une histoire telle qu'elle doit être enseignée, transmise aux générations, même si elle s'inscrit en faux contre le factuel!!); difficile intégration des étrangers (ici les Italiens)

L'alternance entre les scènes familiales (quartier Mont Royal) et les rendez-vous avec le groupe (réunions discussions préparations des attentats  -le quartier St-Henri, celui des déshérités), le recours systématique à des couleurs sombres ou mordorées, une musique suggestive signée Alary, tout cela crée de bout en bout une atmosphère, et fait qu'on "oublie" le côté didactique souvent déplaisant (voir par exemple les dialogues entre père et fils, ou les dissensions au sein du groupe, sur le bien-fondé du recours à la violence "militant oui, meurtrier non", qui eût été assez plombant voire caricatural!

Le film est sorti en 2014 en première mondiale au Festival de Toronto où il a été sélectionné dans le Canada’s Top Ten. En 2015, il a été présenté en compétition dans la section Génération de la 65e Berlinale. Considéré comme "une œuvre de première nécessité car il traite avec justesse d’un moment encore douloureux de l’histoire du Québec, enterré au fin fond des manuels scolaires. 50 ans après les événements, le film s’avère donc une pierre importante à l’édification de notre mémoire collective et permet également de mieux saisir le moment présent"

Aura-t-il un impact en France? On peut en douter....Dommage!

Colette Lallement-Duchoze

Il serait intéressant de "comparer" les deux affiches

Voici celle de  Corbo quand il est sorti au Canada

Insoumis

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 05:34
Festival de cinéma "Regards sur la Palestine"

Les 9, 10 &  11 0ctobre 2015 à l'Omnia Rouen

 

Programme

Vendredi 9 octobre

 

20h     court métrage    Whadon (11') de Norma Marcos

          

           Film  "Dégradé"  (84') de Arab et Tarzan Nasser

           ce film présenté  en avant-première mondiale " sera suivi  d'un débat avec Norma          Marcos réalisatrice franco-palestinienne

 

 

samedi 10 octobre

 

16h      fiction   "when i saw  you"  (97') de Annemarie Jacir

 

18h      documentaire "promesses"  (106') de Frank Salomé

 

20h      court métrage   " Nation estates" (9')  de Larissa Sansour

           

            fiction "paradise now"  (87') de Hany Abu Assad ; débat avec Taoufik Tahani président AFPS  France, à l'issue de la projection

 

 

dimanche 11 octobre

 

10h30    documentaire   (60')  "voyage dans une guerre invisible" Paul Moreira

 

14h        comédie   (60') "le cochon de Gaza" Sylvain  Estiban

 

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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 05:43

Film de Jacques Audiard

avec Anthonythasan Jesuthasan (Dheepan) Kalieaswari Srinivasan (Yalini) , Claudine Vinasithamby (Illayaal)  Vincent Rottiers (Brahim)

musique Nicolas Jaar

Palme d'Or festival de Cannes

Dheepan

Voici un film brûlant, ténébreux souvent, servi par deux acteurs inconnus au jeu talentueux. Mais...

Prologue: nous sommes au Sri Lanka; Dheepan, le personnage éponyme, jette son costume de guerrier tamoul sur le bûcher où se consument ses frères!! Après la forêt (le son amplifié, est censé multiplier les effets des crépitements, branchages et corps confondus) voici un camp de "triage" une femme Yalini cherche désespérément un enfant orphelin pour former avec l'homme inconnu une "famille"; simulacre efficace comme passeport pour l'ailleurs. Quel ailleurs? La France et plus particulièrement une cité, le Pré, comble de l'ironie! Ce sera l'essentiel du film. Dheepan est gardien, sa "fausse" épouse aide-ménagère tandis que la gamine Illayaal, est inscrite dans une classe spécialisée. Mais présenter une Cité vidée de ses habitants, uniquement investie et gangrenée par des malfrats qui tirent à balles réelles pour délimiter leur territoire sur fond de trafic de drogue, condamner ainsi les trois "migrants" à survivre dans un enfer, victimes d'une autre guerre, n'est-ce pas faire fi de certaines règles -toutes simples au demeurant: contextualiser par exemple- ; n'est-ce pas réduire  le cinéma à une pure mécanique de récit ?? (on quitte un pays en proie à une guerre civile, on s'expatrie avec de faux papiers, on trouve du travail, mais on est victime d'une autre guerre, celle des gangs, d'abord on courbe le dos mais on va se révolter et nettoyer au karcher cet appendice urbain cancéreux;  guerrier vaincu l'on fut, héros vainqueur l'on devient ...). Le cinéaste a beau répéter qu'il ne signe pas de films engagés, que les aspetcs politiques ne l'intéressent nullement; il n'empêche...Traiter ainsi un sujet si ancré dans notre réel, va immanquablement conforter  certains  dans leur idéologie de l''exclusion...

Et pour les scènes d'affrontement, comme à l'accoutumée, Audiard sort la grosse artillerie : violence saisie  frontalement, virilisme, séquences de folle poursuite, rythme accéléré, sons amplifiés, gros plans sur des visages ensanglantés, raccords cut, etc...

Sa Cité ressemble donc à un décor de carton pâte tout comme le gazon en plastique dans l'épilogue londonien où lumière et sourires ont remplacé les ténèbres -même si elles étaient traversées çà et là d'humour et de tendresse, où la famille de parade est devenue une "vraie" famille... Or n'est-ce pas précisément ce que suggère l'affiche du film dans sa volonté racoleuse (mercantile?)  de ne surtout pas "choquer", en réduisant l'intrigue à la trajectoire "d'un récit familial"?

 

Colette Lallement-Duchoze

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 07:03

De Patrick Wang

Avec Wendy Moniz, Trevor St John, Oona Laurence, Jeremy Shinder,  Jessica Pimentel

Présenté à la  section ACID de Cannes 2015.

Les Secrets des Autres

"On dirait que personne ne vit sur la même planète" constate désenchantée Jess la demi-soeur. C'est bien là le drame de cette famille où chacun se ment et ment aux autres en se réfugiant dans un imaginaire (celui qui accueille en le sublimant ou le dénaturant le "secret" enfoui??). On dira que la thématique est banale voire éculée; un fils obèse (Paul) qui est la risée de ses camarades à l'école; une petite fille (Biscuit) qui fugue; un mari (John) autoritaire, jaloux  ou du moins suspicieux ; une femme (Ricky) qui délibérément a caché les risques d'une grossesse...; et une fille d'un premier mariage (Jessica) qui débarque...enceinte, de surcroît...

Mais il y a cette façon de filmer, ingénieuse souvent, hardie et déroutante parfois! Non seulement parce que le réalisateur a recours aux ellipses et qu'il brise la linéarité narrative par des flash back; (et l'on découvrira progressivement, par bribes, la personnalité de chacun) ; non seulement parce qu'il entraîne le spectateur sur de "fausses" pistes en mêlant réel fiction et fantasme; présent et passé; mais aussi parce qu'il "ose" certains plans et cadrages. Deux exemples parmi d'autres, emblématiques de cette audace formelle. Sur fond rouge délavé se penchent deux visages féminins d'abord souriants puis grimaçants c'est ce qu'est censé "voir" le nourrisson qui vient de mourir et ce plan qui sert de générique reviendra au moins deux fois à des moments "cruciaux" (les aveux..). Dans le dernier plan séquence, aux images de la cuisine que vient de quitter la famille, se substitue celle d'un parc où avancent les mêmes personnages pour rendre un ultime hommage au bébé; on a l'impression qu'ils évoluent -simultanément- dans deux univers...ou que ces deux univers  n'en forment plus qu'un (métaphore d'une réconciliation??). On peut ajouter certaines astuces: rendre compte d'un embouteillage sur une autoroute uniquement par le visage de la femme en gros plan dans le rétroviseur; un off (bruitages ou paroles susurrées) qui recouvre l'essentiel (lequel appartenait au non-dit) ou une bande-son d'une scène mais  avec  des images  d’une autre séquence.!!!

On pourra certes reprocher une volonté explicative  trop manifeste dans les scènes de discussions où les personnages donnent l'impression de réciter un texte comme sur une scène de théâtre; on pourra toujours "contester" l'idéologie qui sous-tend cette narration: «Il y a de la souffrance dans ce film, mais j’ai tenté de faire en sorte qu’elle mérite d’être vécue.» Il n'empêche! Ce réalisateur américain d'origine taïwanaise incarne un cinéma indépendant américain qui ne peut que séduire les cinéphiles!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS info complémentaire "le film à été tourné dans un Super 16 délavé par le chef opérateur Frank Barrera, et ce, sans retour sur moniteur, c’est-à-dire quasiment à l’aveuglette et sans informer les comédiens du cadre, que ceux-ci traversent et débordent allègrement...."

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 17:24

Film de Radu Jude (Roumanie)

Avec Teodor Corban, Toma Cuzin, Alexandru Dabija

Ours d'Argent du meilleur réalisateur au festival de Berlin

Aferim

"Western" valaque et "picaresque",  au format scope,  en noir et blanc et en costumes !,  Aferim nous plonge dans la Roumanie du XIX° ou plutôt la Valachie 1835 (car la Roumanie en tant que telle naîtra en 1859 par l’union de la Valachie et de la Moldavie). Les deux hommes à cheval (le brigadier Costandin et son fils Ionita) tels des "chasseurs de primes"  recherchent un esclave gitan qui s'est enfui (il aurait "séduit" la femme du potentat local) et dans leur traque que d'espaces parcourus!  que de rencontres inopinées ou non (c'est l'aspect picaresque)!

Le réalisateur fait alterner les pauses dans des villages ou des intérieurs (cf. l'inénarrable séquence de la taverne!!) et les duos père/fils chevauchant dans des immensités, filmées en larges panoramiques. On entendra tout au long du film des propos vulgaires et venimeux sur la haine de l'autre, le sexisme, la xénophobie, soit toutes les formes de racisme tandis que vénalité et poltronnerie font bon ménage (les réticences du fils à livrer Carlin l'esclave capturé, car il le sait innocent et beaucoup plus "cultivé" que tous les personnages rencontrés) resteront des vœux "pieux". La séquence d'émasculation illustre le triomphe de la barbarie dont la cause est à chercher dans un racisme primaire, une vengeance primitve!  Au XIX° le "gitan" c'est le "corbeau" (à cause de son teint), un sous-homme juste bon à être exploité par les potentats certes mais aussi par la population locale....  En écho on devine la dénonciation satirique du racisme dont sont victimes aujourd'hui les "Roms"!

Aphorismes, jurons,  images, le père s'exprime avec verve et faconde; un pope haineux  voue aux gémonies  tous les peuples car différents; quant au  mari "trompé",  il  s'inspire de la Bible. Or d'après le générique de fin (qui souligne l'importance de la documentation) le réalisateur n'a pas "inventé" de tels propos essentialistes. Et certains individus, aujourd'hui, s'en gargarisent encore et encore!!

 Comédie loufoque ou fable outrancière, peu importe,  Aferim (qui signifie bravo, en turc) aura  le "mérite" de remonter  aux sources du Mal! 

Aferim: une "leçon d'histoire" plus que salutaire!

 

Colette Lallement-Duchoze

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 12:23

De Andreï Kontchalovski (Russie)

Avec Aleksey Tryapitsyn, Irina Ermolova, T. Silich

Lion d'Argent du meilleur réalisateur à Venise 2014

Les nuits blanches du facteur

On se laisse aisément emporter comme hypnotisé aux côtés d'Aleksey Tryapitsyin dit Lyokha (qui joue son propre rôle de facteur) sur les eaux si calmes de ce lac immense, le Kenozero dans la région d'Arkhangelsk. On se sent très vite en empathie avec Timur ce gamin dont Lyokha est comme le père adoptif, avec Brioche qui titube à longueur de journée, Youri, Vitya et surtout Irina la mère de Timur revenue au village, aimée en secret depuis si longtemps...avec tous ces êtres que côtoie le facteur à la fois passeur et médiateur. Personnages que nous surprenons, dans leur intimité, grâce à un montage parallèle, en train d'effectuer les gestes les plus anodins ou scotchés devant le poste de télévision.

Mais ce film dépasse "la simple chronique de gens ordinaires" qui, miséreux attendent du facteur non seulement le paiement de leur retraite mais aussi tous les menus objets nécessaires à leur survie. Dans cette région de la Russie, les nuits "blanches" une partie de l'année réveillent des fantômes -quand Lyokha est filmé allongé sur son lit, une lumière blanche qui contraste avec le gris d'un énorme chat, nous met en éveil... rêve ou réalité? la frontière est bien poreuse!! Et quand dans la barque, le facteur raconte à Timur l'histoire de la sorcière Kimora, qui sévit dans les abymes lacustres, alors que résonne le requiem de Verdi, la "chronique" confine au "surnaturel": le lac, lieu de passage entre deux mondes, serait aussi le réceptacle des peurs, des fantasmes, millénaires à l'instar de sa mythologie. La "chronique" peut tout uniment inviter à la contemplation: photos du générique commentées par Lyokha, pan de mur vert, motifs fleuris de la taie d'oreiller, du papier peint mais surtout  présence d'un arbre qui inévitablement évoque Tarkovski !

Une petite incursion dans le monde urbain (Lyokha avait décidé de quitter le village...suite à deux fâcheux contretemps) oppose -avec complaisance- les déboires de ce monde mécanisé (exiguïté du logement, proximité assourdissante du train) aux bienfaits d'une Russie "immémoriale", celle des bords du lac Kenozero

Les paysages sont sans conteste magnifiques mais la façon de les capter flirte parfois avec le chromo. Plus subtilement filmés, les intérieurs des maisons en bois au mobilier si rudimentaire-avec effet de fish-eyes ou cadrages qui renvoient à des peintures aux couleurs chaudes ou froides!

On l'aura compris ce film est un hymne à une Russie rurale, immuable

Pourquoi malgré les retraites confortables et les magasins bien achalandés, on est victime du stress"  ? s'interroge l'un des protagonistes ....

 

Colette Lallement-Duchoze

 

La bande annonce du film était prometteuse mais l'ennui gagne car le scenario est mince.

De plus il n'y a pas d'humour et ça manque, on aurait pu imaginer quelques scènes drôles comme les Russes savent le faire, ce qui aurait donné de l'épaisseur à cette langueur triste qui ressemble à du déjà vu.

Serge Diaz 6/08

La ténuité d'une intrigue (ou la minceur d'un scénario) n'induit pas forcément "ennui ";

tout repose sur la "façon de filmer" ....

Colette

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 06:21

Premier long métrage de Jairo Boisier (Chili)

Avec Paola Lattus, Cataline Saavedra, José Soza, D Antivillo

Le retour de Fabiola

Caméra fixe, plans séquences, absence de musique, parcimonie des dialogues, teintes souvent froides, hivernales, tels sont les choix du réalisateur chilien pour illustrer un problème à la portée universelle "peut-on retourner à ses origines, revenir aux sources, quand un passé largement décrié vous colle à la peau?" Fabiola, 30 ans,  est de "retour" de Santiago où elle jouait dans des films X (nous n'en saurons pas plus, c'est le parti pris de Jairo Boisier et nous lui en saurons gré). Seule, descendant du bus avec sa valise à roulettes (lieu de l'enfouissement?) -c'est la séquence d'ouverture-, elle "revient" dans sa ville natale. Mais elle va devoir "affronter" à la fois son père et sa soeur (voilà pour le microcosme familial) et tous les "autres" (Moises le patron de la déchetterie pour qui demander des "faveurs" est tout à fait légitime, son fils Tarentule qui se branle en visionnant les films pornos dans lesquels elle a joué, l'amie de jadis avide d'histoires croustillantes, etc.). Gestes de tendresse à peine esquissés (relation au père), démentis et discours de justification censés l'exonérer; dur dur d'imposer une autre image de soi !!!

L'actrice Paola Lattus est de tous les plans, de tous les tableaux. Grâce à la variété des cadrages et des lumières, à la diversité des attitudes et des positions  le spectateur l’accompagne plutôt qu’il ne regarde à travers ses yeux;  (comme une forme de distanciation qui romprait avec la subjectivité psychologique du personnage). Personnage central certes; mais le village des origines n'est-il pas lui aussi un personnage à part entière? avec ses tensions internes, avec ses non-dits, etc.?

Un drame, étouffant au début, -heureusement empreint d'humour- et qui ira se déliant jusqu'à la scène finale

Cela étant, il n'est pas exclu que ce film soit pour certains fort ennuyeux!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 19:53

De Alberto Rodriguez

Avec Raul Arevalo, Javier Gutteriez, A de la Torre

Récompensé par 10 Goya (équivalent de nos César)

La isla minima

Voici un polar dont la maîtrise formelle est indéniable et qui, tout en empruntant les codes spécifiques du genre, véhicule (en filigrane ou de façon plus patente) une réflexion politique. La présence de deux flics "que tout oppose" (dit le résumé) n'est pas traitée de façon manichéenne. Certes Juan le plus âgé a fait partie de la milice franquiste, et Pedro a été formé aux "valeurs de la nouvelle démocratie" (la fameuse période de "transition", nous sommes en 1980); mais leurs portraits sont plus subtils car plus nuancés. Et le fait de "pactiser" pour lutter ensemble contre le crime, ne revient-il pas à poser la question "le compromis serait-il la solution?" le réalisateur semble en douter...

Dès le prologue, les vues aériennes sur la vallée du Guadalquivir avec ses méandres, son labyrinthe végétal en forme de circonvolutions, permettent à Alberto Rodriguez d'établir des analogies entre tissu géographique et complexité humaine. Dans cette région de l'Andalousie, encore imprégnée de l'image de Franco (voir à un moment, de gros plans sur des slogans pro franquistes..) sévissent corruption et collusion avec les autorités locales (qui se soucient plus des manifestations de grévistes que des trafics en tout genre; le pouvoir des propriétaires terriens triomphe toujours...). Le monstre du passé est là, tapi sous la fange... L'omerta est de rigueur (la tenancière du pavillon de chasse n'a-t-elle pas été payée pour se taire?). Dans cette région de marécages où l'on se perd, non seulement l'enquête sur les meurtres de jeunes filles risque de s'enliser (malgré le rythme étourdissant des rebondissements) mais on risque aussi d'y "perdre son âme"...Une "voyante" qui écaille, évide des poissons saura le rappeler. Le vol d'oies sauvages, la matérialisation en rouge vif de cauchemars, transportent le polar aux confins de l'irréel, du fantastique!

Des séquences à valeur d'anthologie: course poursuite le long des canaux dans la poussière qui aveugle, course dans la boue sous une pluie torrentielle, une musique signée  Julio de la Rosa qui de bout en bout envoûte, sans être purement illustrative; tout dans ce polar est fascinant!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS Inutile de comparer ce film avec la série "true detective" Pure coïncidence"J’étais en montage quand ils ont commencé à diffu­ser, je ne connais­sais donc pas cette série" avoue le réalisateur....  

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