1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 06:27

d'Anne Fontaine

Avec Finnegan OldfieldGrégory GadeboisVincent Macaigne, Jules Porier, Catherine Mouchet, Charles Berling, Isabelle Huppert

Marvin ou la belle éducation

Même si le nom d'Edouard Louis n'est pas mentionné au générique, le film d'Anne Fontaine est bien une libre adaptation du roman "En finir avec Eddy Bellegueule": un adolescent stigmatisé par les siens, car ses airs, son comportement ne correspondent pas aux stéréotypes de son sexe; un adolescent qui subit l'opprobre, les injures. Eddy Bellegueule libéré par l'écriture; Marvin par le théâtre. La scène récurrente du crachat, l'ambiance familiale délétère, (la promiscuité, l'omniprésence de la tv, la fainéantise du père, la résignation de la mère) le rôle de l'école, etc. tout cela est le matériau originel. La dernière partie du film renvoie explicitement au battage médiatique qui a suivi la parution du roman (la presse locale picarde était allée interroger la famille d'Edouard Louis dans son village, famille ulcérée par l'odieux portrait que le fils avait osé brosser)

 

Mais  le jeune romancier inscrivait sa rupture dans une perspective sociologique et philosophique. Alors que la réalisatrice noie son film dans des clichés "faciles"

La famille Bijou? Des bidochons en service commandé 

Les représentants du milieu théâtral? des bourgeois homos (efféminés)

Les tentatives de fuite? Un plan qui opposera en frontal le jeune Marvin à une locomotive

La métamorphose de Marvin Bijou en Martin Clément? Certes la réalisatrice prend soin de répertorier les rencontres majeures déterminantes dans l'initiation : la principale du collège (l'interprétation de Catherine Mouchet frappe par sa délicate sobriété), le metteur en scène Albert Pinto (un Vincent Macaigne tout en retenue) et cet amant singulier (Charles Berling) qui lui fait connaître Isabelle Huppert (dans son propre rôle)

Mais au niveau narratif c'est le va-et-vient constant entre le moment présent et le passé, entre Paris  et la province (Vosges). Martin écrit, il se remémore son passé, celui-ci resurgit; Jules Porier (Marvin ado) se substitue à  Finnegan Oldfield (Martin) -cf l'affiche; et des raccords thématiques ou des surimpressions relient les séquences entre elles; mais très vite on se lasse de ce schéma narratif  qui fleure le procédé

Le récit autobiographique consigné dans un carnet,  Martin l'adapte pour le théâtre; il y interprétera son propre rôle aux côtés d'Isabelle Huppert dans le rôle de la mère; la pièce fait un tabac...

 

Marvin s'est ainsi libéré d'un carcan; il est devenu comédien et auteur d'un spectacle sur sa propre vie ... Marvin ou la belle éducation (ce terme étant pris dans ses différentes acceptions)

 

Un casting "parfait" (saluons entre autres la prestation de Grégory Gadebois dans le rôle de Dany, un père bourru, brut de décoffrage mais si "bienveillant") pour un film plus ou moins raté. Et les plans prolongés sur un torse nu, sur un visage angélique vu de trois quarts, le procédé de l'enchâssement -théâtre dans le théâtre- ne vont pas au-delà d'une banale illustration (hélas souvent caricaturale....)

 

Dommage

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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21 novembre 2017 2 21 /11 /novembre /2017 06:36

d'Andrey Konchalovsky Russie Allemagne 2016

avec Julia Vysotskaya, Christian Clauss, Philippe Duquesne, Victor Sukhorukov, Peter Kurt…

 

Lion d'Argent Mostra de Venise 2016

Argument:

Olga aristocrate russe émigrée en France  rejoint la Résistance quand la guerre éclate. Jules bon père de famille français, fonctionnaire de police, choisit de collaborer avec le régime nazi. Helmut, fils de la noblesse allemande, devient officier SS dans un camp de concentration....

Paradis

On croyait la thématique éculée! Le film de Konchalovsky la traite  d'une façon inédite : le choix du noir et blanc, d’un format carré; parfois, le cadre s’élargit quand à la confession succède son illustration, quand un souvenir évoqué se concrétise dans sa représentation.

Qui sont ces trois personnages qui face à la caméra s’expriment par-delà la mort ? Comme s’ils subissaient un interrogatoire qui décidera de leur entrée ou non au paradis. Quelles étaient leurs motivations ? Les paroles les faits les circonstances de leur trépas ? Et quel lien -autre que de se croiser- entre un fonctionnaire français qui, pour protéger sa famille, a choisi la collaboration, un officier allemand inféodé à la doctrine nazie et une aristocrate russe entrée en résistance qui a décidé de sauver des enfants juifs ? La réponse ce sont les propos de Karl Jaspers 1946 si l’on en croit le réalisateur russe "Ce qui est arrivé est un avertissement. Il doit être remémoré continuellement. Si les camps ont existé alors ils peuvent de nouveau exister, n’importe quand. Seule la mémoire peut empêcher cela de recommencer. Le danger à présent est le déni, l’oubli, et le refus de croire que c’est effectivement arrivé" 

On retrouve dans Paradis un aspect de la philosophie existentialiste (celle de Sartre, de K Jaspers) un individu est  la somme de ses actes ; si les trois confessions font état d’une faillibilité "humaine" -c’est-à-dire compréhensible-  seuls les actes décideront, au final, du jugement

 

Dispositif figé?. Il doit l’être précisément : le format carré enferme on le sait le personnage dans le cadre. La confrontation avec l’œil d’un Maître qui reste hors champ -même s’il se confond avec l’œil de la caméra, incite le "locuteur" à ne pas biaiser dans sa "justification" (Olga à plusieurs reprises est contrainte de cacher son visage en l’enserrant dans ses bras, Jules affecte un sourire complice quand il avoue quelques turpitudes, Helmut défend tel un tribun sa foi dans le "paradis" imaginé par Hitler celui des “Übermensch” aryens- et son visage s’illumine). Que dire de ces simulations -fausses sorties de bobines- sinon qu’elles s'inscrivent dans cette volonté de "renouer" avec le style "images d’archives" ?

L'alternance entre plans fixes (les moments de confessions) et scènes restituées (manoir, camps, vie familiale, etc.) loin d'être répétitive, participe elle aussi au dévoilement; il y a d'une part la parole et d'autre part son prolongement par l'image  qui  corrobore, infirme ou "montre"concrètement ce que la confession aurait  occulté ou ce que, trop abstraite, elle ne peut "dire" expliciter; simultanément elle élargit le champ de vision sur d'autres protagonistes (personnages dits "secondaires" qui vont être projetés sur le devant de la scène)

Quelques scènes dans la promiscuité malsaine des camps – sous la férule d’une kapo- frappent par leur réalisme alors que l’épisode italien – la rencontre Helmut et Olga- baigne dans un blanc qui sature l’espace où, languides, évoluent les corps.

On saura gré au cinéaste de ne pas avoir insisté sur les atrocités : une montagne de paires de lunettes -Olga travaille dans le centre de triage d'un camp - suggère par métonymie l’ampleur du génocide

 

 

Attention danger! prévient Konchalovsky : le cas d’Helmut est à cet égard exemplaire : nous suivrons le parcours d’un jeune intellectuel brillant, spécialiste de Tchekhov amoureux de Brahms qui s’est transformé en monstre…. Séduit par la rhétorique de la haine....  

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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15 novembre 2017 3 15 /11 /novembre /2017 16:05

De Gaël Morel

 

avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou, Kamal El Amri 

Argument: 

Edith, 45 ans, ouvrière dans une usine textile, voit sa vie bouleversée par un plan social. Loin de son fils et sans attache, plutôt que de se résigner au  chômage, elle est la seule à choisir de rejoindre son usine délocalisée au Maroc…

Prendre le large

Très beau film avec Sandrine Bonnaire ! (mais qu’est-ce qui a pris à cette excellente actrice qu’on aime tant de se faire faire une opération de chirurgie esthétique de la bouche !?).

 

Le Sujet inédit est traité avec une grande sobriété et retenue ce qui rend ce désir de “grand large” tout à fait crédible, et du coup complètement renversant !

Le spectateur quitte ses habits et souvenirs de touriste au Maroc pour entrer dans un monde à l’envers : celui d’une immigrée française contrainte de suivre son usine délocalisée  dans un pays pauvre d’émigration pour pouvoir survivre.

C’est très fort ! surprenant ! L’exploitation d’une population semi-esclave y est montrée sans forcer le trait; mais le scénario nous entraîne aussi dans un curieux rapport mère/fils homosexuel douloureux, la laborieuse construction d’une amitié à petits pas avec son hôte, et les rapports hiérarchiques ou pas entre femmes à l’usine, très réalistes.

 

Le personnage de veuve de la quarantaine, ouvrière de père en fille, sombre et tellement seule, qu’incarne à merveille Sandrine Bonnaire, nous happe dans cet exil douloureux qui nous renvoie à ces pauvres hères venus d’Afrique qui arrivent chez nous avec les mêmes motivations, les mêmes déceptions et parfois, mais rarement, les mêmes sorties hasardeuses de l’enfer.

 

Un film qui marque profondément, à ne pas manquer.

 

Serge Diaz

 

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15 novembre 2017 3 15 /11 /novembre /2017 06:22

argument:

Aujourd’hui, en Algérie. Passé et présent s’entrechoquent dans les vies d’un riche promoteur immobilier, d’un neurologue ambitieux rattrapé par son passé, et d’une jeune femme tiraillée entre la voie de la raison et ses sentiments. Trois histoires qui nous plongent dans l'âme humaine de la société arabe contemporaine.

En attendant les hirondelles

Trois histoires, trois générations. Des gens de catégories sociales diverses. Trois destins qui vont se croiser. Ils s’imbriquent grâce à la présence d'un personnage qui, secondaire à la fin d'un récit sera le personnage principal du suivant. Mais aussi grâce à des  raccords qui pris isolément peuvent  sembler artificiels et  qui, rétrospectivement se chargent de connotations. Qu’il s’agisse de la voiture ou d’une panne occasionnelle : ces raccords illustrent la thématique revendiquée par le réalisateur : être confronté à la crainte d’aller vers ce que l’on ne connaît pas, hésiter à sortir de la "zone de sécurité" ; poids du passé qui vient enrayer la mécanique du présent….On avance on stoppe on bifurque. C’est que l’Algérie est à une "croisée de chemins" ; si elle subit -consciemment ou non-  le trauma de la décennie sanglante (ex l’histoire du neurologue) elle attendrait son réveil (sens littéral du titre)....

Et dans ce "chassé-croisé" le réalisateur fait la part belle au corps : corps de ballet (une comédie musicale en plein désert); corps d'Aicha libérée du poids des traditions,  qui évolue lascive sur une piste de danse dans un lieu improbable sous le regard médusé de Djalil ; corps recroquevillé de cet enfant, né d’un viol dont la parole sera à jamais muselée ; corps de cet homme tabassé que Mourad ne "veut" pas voir…Corps libérés ou en souffrance, c’est une matérialité,  c'est un état brut pour qui veut "ausculter" son pays!

La caméra de Karim Massaoui nous entraîne du nord au sud de l’Algérie -de vastes panoramiques sur des paysages rocailleux  d'une vertigineuse beauté, d'une majestueuse aridité ; des plans rapprochés ou d'ensemble sur des masures ou des bidonvilles. Elle nous plonge dans le milieu urbain rural ou le désert…..Alors que retentit l’incantation du vieux Siméon....Et si précisément le mélange de musique -Bach et Raïna Raï- participait à l’accomplissement d’un rêve ?

 

Certes on pourra reprocher quelques symboliques appuyées (la cataracte de Mourad le promoteur ou l'incapacité à voir le "réel" ; dans les toilettes Dahman le jour de ses noces se regarde fixement dans la glace puis se lave les mains….). De même la lenteur du rythme dans le deuxième épisode ou le jeu théâtral de certains personnages!

 

Mais le film qui suggère plus qu’il ne dit, qui joue sur le contraste entre espaces ouverts et fermés, rend compte avec intelligence d’une oscillation permanente et peut se lire comme la "radiographie de l’Algérie contemporaine en ses trois symptômes imbriqués: corruption, puissance du patriarcat, refoulé de la sale guerre" 

 

 

Et voici qu’au final "surgit" un quatrième personnage que la caméra va suivre jusqu’au générique de fin ; comme si l’histoire allait se prolonger…...dans l’imaginaire du spectateur....

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 07:35

d'Albert Dupontel 

avec Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel, Laurent Lafite, Niels Arestrup, Emilie Dequenne, Mélanie Thierry 

adapté du roman éponyme de P Lemaître (prix Goncourt 2013)

Argument 

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l'un dessinateur de génie, l'autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l'entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire..

Au revoir là-haut

Je trouvais le livre extrêmement inspirant. J’y ai vu un pamphlet élégamment déguisé contre l’époque actuelle. Tous les personnages me paraissaient d’une modernité confondante. Une petite minorité, cupide et avide, domine le monde" avoue Dupontel quand il décide d’adapter le roman de P Lemaître prix Goncourt 2013

Fort de son budget de 15 millions d’euros, le réalisateur n’a pas lésiné sur le casting, les décors, les effets spéciaux pour une "reconstitution historique" des années 1920  ; tout en jouant sur des effets de miroirs il privilégie le plan séquence ; il fait retravailler la photo -image terne couleurs sépias etc.… Au passage des clins d’œil à ses habitudes facétieuses (le hachoir à viande dans un hôpital où se meurent les blessés...par exemple)

Et pourtant le film qui se veut esthétisant et burlesque, et qui tient aussi du cartoon (Pradelle tel le loup de Tex Avery) pêche par une pesanteur illustrative et c’est encore plus irritant pour qui a lu le roman de P Lemaître. Non qu’il faille à tout prix comparer un roman et son adaptation cinématographique (après tout le romancier a donné son aval à tous les choix du réalisateur ; après tout on sait qu'une adaptation est forcément "trahison") ; mais on peut s’interroger sur certains choix

 

Celui d’une narration en flash back (Maillard est arrêté au Maroc il subit un interrogatoire et il va "raconter" son histoire au brigadier…); ce choix impose une structure trop mécanique voire parfois lourdingue : le verbe paraphrase l’image ou bien le brigadier interrompt le récit en quête d'éclaircissements...

Que dire de cette prédilection pour les vues aériennes ou pour les plans en plongée et ce dès la séquence d’ouverture -du moins le premier épisode relaté par Maillard- ? Sinon qu’elle biaise pour ne pas dire " fausse" le concept de verticalité qui est au coeur du roman. Porté par un drone on suit le cheminement d’un chien qui furette de ci de là avant de pénétrer dans une tranchée où s’entassent les soldats; ils attendent le fameux armistice ; après le coup d’éclat du méchant Pradelle, on aura droit à une séquence spectaculaire ...qu’accompagne une musique grandiloquente digne d’une représentation hollywoodienne

Et cette façon bien trop carrée de présenter un personnage : il sort de l’ombre, le voici c’est lui le méchant Pradelle ; et là attention plan prolongé sur un visage à la douceur angélique ; ce sera la sœur d’Edouard et le dolorisme; que Dupontel s’amuse à faire du Chaplin ou du Keaton, logique ! mais en quoi cela ajoute-t-il au personnage de Maillard ?

Admettons que le saltimbanque et bouffon Dupontel ait voulu renouer aussi avec la Comedia dell arte (et la profusion de masques très artistiques en serait l’illustration) mais sa caméra virevoltante ne produit pas le sens  attendu ; il en va de même pour les scènes de rue réduites à un simple décorum

En revanche les propos auxquels il a habitué son public "les élites sont responsables de la fracture économique et sociale" on peut les deviner au détour d’une phrase (cf la scène où l’on exécute à coups de bouchons de champagne les généraux de la grande guerre (Foch ? Mais un trou du cul comme les autres ) plus éloquente que les contrastes appuyés (faciles) entre les intérieurs bourgeois et le misérabilisme de certains quartiers

 

Au final un film prétentieux qui, surfant avec tous les genres (poésie, critique politique et sociale, burlesque et sublime, etc.. ), rate son objectif !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Pas d'accord avec toi Colette.

Il faut certes oublier le livre en voyant ce film mais j'ai adoré la réalisation de Dupontel. Travail soigné, on se laisse emporter par un tourbillon d'images, de drôleries, d'émotions, d'horreurs, de dénonciation de l'absurde total. Sans oublier ce qui est montré avec la force du cynisme : comment dans ce monde le pouvoir économique (Niels Arestrup) domine le politique (le maire idiot du 8ème arrondissement de Paris). Le jeu des acteurs trouve le ton : un air de libertaire complètement dingue.

J'ai été transporté. 

Serge

14/11/17

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7 novembre 2017 2 07 /11 /novembre /2017 04:42

Dans le cadre du jumelage entre les villes de Rouen et de Norwich, le Rouen-Norwich Club organise le 6ème festival du court métrage This is England 

du 13 au 18 novembre 2017

Omnia Rue de la République Rouen 

"l'édition 2017 propose une trentaine de courts métrages -fiction, documentaire, animation- après une sélection rigoureuse parmi de nombreux films reçus du Royaume-Uni "

 

http://www.thisisengland-festival.com/?p=home


 

 Festival du court métrage britannique
Dates & horaires

Du  13 au 18 novembre 2017
 

La grille horaire est disponible ici.

 

Tous les films sont présentés en version originale anglaise, sous-titrée en français.

 
Accès

Toutes les séances du festival ont lieu au cinéma Omnia République. 
28 rue de la République, 76000 Rouen

 

Billetterie

Les places pour le festival sont en vente au guichet de l'Omnia pendant toute la durée du festival.

  • Plein tarif : 6€

  • Tarif réduit* : 4€

  • Pass festival** : 21€

 

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6 novembre 2017 1 06 /11 /novembre /2017 04:18

De Han Hrebejk  2016 Slovaquie

avec Zuzana Mauréry Csongor Kassai Peter Bebjak

 

Présenté à la soirée de clôture du Festival à l'Est du nouveau (Rouen mars 2017)

Argument

Bratislava, 1983, au moment où le communisme s’achève…Maria Drazdechova, enseignante et membre du parti communiste manipule élèves et parents afin de prouver que tout individu est naturellement prédisposé à être corrompu.

 

Leçon de classes

Avec l’air de rien.... quel film puissant !

 

Le réalisateur slovaque règle son compte au socialisme en place en 1983, mais il va même au-delà car à la  fin on voit le même personnage principal, sous l’après-socialisme quelques années plus tard en une très courte séquence, et c’est terrible aussi !...

Le scénario part de petits riens de la vie quotidienne : une enseignante pernicieusement malfaisante qui s’inscrit dans le système pour en tirer des avantages personnels en transformant en enfer la vie des enfants et des familles sur lesquels elle exerce un chantage permanent.

 

Leçons de classes est une comédie dramatique qui part d’un sujet banal et développe une analyse de l’humain en régime oppresseur, une réflexion sur nos capacités ou non à refuser l’humiliation, l’abus de pouvoir, à vaincre sa peur aussi. Le film nous montre que n’importe quel système social engendre et se nourrit de la lâcheté, de la nullité des uns,  du sadisme ou de l’absence de morale des autres.

 

Pour ceux qui ont cru, comme moi à une époque au socialisme “globalement positif”, on reçoit une claque monumentale. La fin intelligente et désespérante du film interpelle le spectateur sur les phénomènes identiques dans son propre pays.

Magistrale leçon de lucidité.

Bref, à voir absolument.

 

Serge Diaz

 

 

Bilan mitigé à propos de ce film vu en mars (soirée de clôture du festival à l’est du nouveau) ; son titre à l’époque "the teacher"

Une première séquence séduisante -choix d’une double narration et montage alterné ; puis le huis clos de la classe et celui des appartements comme métaphore de l’enfermement -avec toutes ses connotations- est prometteur : on va mêler réalisme et allégorie.

Très vite on déchante : des dialogues "sur écrits", un scénario trop "balisé" (martelé à l’instar des talons de la teacher)

Le côté bouffon aurait pu être plus amplement développé (il affleure certes ça et là surtout en ce qui concerne les " services rendus")

Reste la "leçon" (apologue) à tirer de ce film que Serge a bien analysée 

Colette

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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 16:21

Film d'animation réalisé par Dorota Kobiela et Hugh Welchman (Pologne Angleterre)

avec Douglas Booth (Armand) Saoirse Ronan (Marguerite Gachet) Jerome Flynn (docteur Gachet) Eleanor Tomlinson (Adeline Ravoux) John Sessions (Père Tanguy) Robert Gulaczyk (Vincent Van Gogh)

 

Voix de Pierre Niney (Armand Roulin) Gérard Boucaron (Joseph Roulin) Chloé Berthier (Marguerite Gachet ) Gabriel Le Doze (Docteur Gachet)

 

musique Clint Mansell

 

Prix du public Festival d’animation Annecy juin 2017

Argument

Quelques semaines après la mort de l’artiste (1890) Armand Roulin, fils turbulent du postier Roulin, est chargé par son père, qui a bien connu Vincent Van Gogh lors de son passage à Arles, de remettre une lettre posthume à son frère Théo. Alors qu’il se fait une piètre image du peintre, le jeune homme découvre, au fil de ses rencontres, quel artiste Van Gogh était. Son frère, Théo, étant mort, Armand Roulin se rend à Auvers-sur-Oise pour chercher à découvrir les raisons qui l’ont poussé à se suicider. La simple mission que lui a confiée son père tourne à l’enquête…

La Passion Van Gogh

Une fois n'est pas coutume: ce film invite à dissocier la forme et le contenu

Pour la forme: nul ne saurait en contester la performance technique. Dorota Kobiela (spécialiste du court métrage d'animation) et son mari Hugh Welchman (co-scénariste, co-réalisateur et producteur) ont voulu illustrer les propos du peintre "on ne peut s'exprimer que par ses tableaux" en mêlant peinture et animation.

Comment? Tourné en prise de vues réelles avec des comédiens -britanniques pour la plupart, cf la distribution- le film est reproduit manuellement en peinture puis animé en infographie. Une centaine d'artistes ont travaillé dans les ateliers de Gdansk "à la manière de.."

Soit plus de 60 000 plans à partir de 120 tableaux originaux; un tableau peint à la main pour chaque plan; en fait un même tableau sera modifié imperceptiblement entre chaque prise et après l'ensemble sera (re)travaillé sur ordinateur pour des transitions plus souples!

Travail de Titan  quand on sait que certains plans de 3 secondes ont demandé un mois de travail 

Dès lors le film se donnerait à voir comme une Toile immense où se répondent le jeu des acteurs et le travail des peintres animateurs. Une Toile où vibre lumineux et sonore le fameux "coup de pinceau" de l'artiste 

 

Mais un film ô combien bavard, ô combien débilitant et au final peu convaincant!

Passons sur l'intrigue -qui se veut enquête sur les circonstances de la mort du peintre cf argument. Le romancier Jean-Michel Guenassia dans son exofiction " la valse des arbres et du ciel" (2016) avait malencontreusement cassé sa plume en optant à mi-voix pour la thèse de l'homicide

Que dire de la distribution française (La Belle Company) qui a choisi le doublage; on entend des dialogues roucoulades souvent insipides artificiellement plaqués -et la voix de Pierre Niney n'y change rien

Quand un personnage interrogé évoque une scène du passé dont il fut le témoin oculaire ou un acteur , celle-ci est restituée en un noir et blanc convenu purement formel -et la démarche répétitive tourne vite au procédé

 

Une musique parfois trop illustrative; et l'omniprésence de clignotements  obstrue voire condamne toute ouverture vers l'imaginaire, etc.

 

Bref, un film qui se targue d'être une peinture vivante mais qui n'en ressuscite pas pour autant l'homme/Artiste. Dommage! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 06:51

Documentaire d'Eric Caravaca

 

Présenté hors compétition au festival de Cannes 2017

Argument:

Carré 35 est un lieu qui n’a jamais été nommé dans ma famille ; c’est là qu’est enterrée ma sœur aînée, morte à l’âge de trois ans. Cette sœur dont on ne m’a rien dit ou presque et dont mes parents n’avaient curieusement gardé aucune photographie. C’est pour combler cette absence d’image que j’ai entrepris ce film. Croyant simplement dérouler le fil d’une vie oubliée j’ai ouvert une porte dérobée sur un vécu que j’ignorais, sur cette mémoire inconsciente qui est en chacun de nous et qui fait ce que nous sommes 

Carré 35

L’épitaphe sur la tombe de Christine tel un livre ouvert revient en leitmotiv; de même que la façade aux volets clos (l’Oasis à Casablanca) : une photo en noir et blanc -ombre et lumière comme l’ombre blanche de l’enfance... Epitaphe qui parce qu’elle est citation/exhortation devient l’exergue de ce film . Un film-enquête sur la sœur aînée disparue en 1963 à l’âge de 3 ans. Pourquoi les parents n’ont pas gardé de photo ? Pourquoi quand ils en parlaient s’exprimaient-ils en espagnol – la langue de leurs ancêtres- ? Pourquoi la mère dans une forme de déni permanent "invente" une autre histoire,  mais qui est "sa propre" vision de l'histoire?...

Enquête qui se mue bien vite en quête de Soi! 

Eric Caravaca convoque toutes les images d’archives dont il dispose; il interroge restant pudiquement hors champ. Voici des photographies, des extraits de films en super-8: mariage des parents, vacances en bord de mer. Tombe, objets, murmures, livret de famille -et commentaire de cette tache qui couvre l’identité de la sœur- interviews (frère, oncle, père, mère surtout ): ainsi  se construit dans le réel et l’imaginaire l’histoire de cette aînée,  pour lui,  Eric à qui l’on ne dit rien ou à qui l’on ment,  à qui l’on a menti....

Et de même qu’Annie Ernaux dans L’’autre Fille est convaincue que la sœur disparue joue un rôle dans sa propre identité, de même Eric Caravaca sinuant dans l’ombre blanche de l’enfance, associe sa naissance à la perte de l’aînée...

 

Le point de départ de cette démarche ? Un malaise inexpliqué lors de la visite du carré -espace du cimetière dédié aux enfants- il est alors en Suisse pour un tournage.. Cet épisode furtif va vite devenir l’épicentre, le centre même du film. En effet le réalisateur inscrit son histoire intime dans l’Histoire ; à un moment nous voyons défiler les visages d’enfants dits "anormaux" (extraits de films de propagande nazie) où montrer le handicap sert de blanc-seing à l’élimination -la mort comme délivrance-. Ce faisant, le cinéaste place le spectateur face à lui-même, face à son appréhension de l’Autre, cet Etrange Etranger si différent,  et pourtant sa vie ne vaut-elle pas d’être vécue ??

Eric Caravaca sait aussi tisser en les entremêlant l’histoire de sa famille et l’Histoire de la décolonisation (au Maroc en Algérie), celle des crimes qu’exhument des images d’archives… Et si des mécanismes similaires engendraient la culture de l’oubli ? La censure voire l’autocensure ? Ses parents n’ont-ils pas enterré avec leur fille un passé trop lourd ? Semble nous révéler le fils qui malgré tout se penche sur ce palimpseste, l’ausculte et l’interprète

 

Annie Ernaux avouait dans la lettre à sa sœur inconnue "j’ai l’impression de ne savoir parler de toi que sur le mode de la négation, du non-être continuel. Tu es l’anti-langage". Le cinéaste lui, loin du genre "littérature de la perte, du manque" a trouvé un langage, son langage en déposant sur la tombe de Christine  ce film tout en délicatesse, sans voyeurisme ni pathos -ce film qui est aussi un voyage initiatique dans le temps et l’espace-

 

Ultime hommage à la Vie  Carré 35  est  dédié à François Dupeyron disparu en 2016

 

Un homme vu de dos (Caravaca acteur) se dirige lentement vers la chambre d’où viennent des cris d’enfant ; il va fermer la porte sans entrer… Cet extrait du "Passager" inséré dans  "carré 35", n'illustre-t-il pas, rétrospectivement, la culpabilité inconsciente de la mère ??

 

Colette Lallement-Duchoze

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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 04:07

d'Ildiko Enyedi (Hongrie)

avec Alxandra Borbély, Morcsanyi, Réka Tenki

 

Ours d'Or Berlin 2017

Argument   Mária, nouvelle responsable du contrôle de qualité dans un abattoir et Endre, directeur financier de l'entreprise, vivent chaque nuit un rêve partagé, sous la forme d'un cerf et d'une biche qui lient connaissance dans un paysage enneigé. Lorsqu'ils découvrent ce fait extraordinaire, ils tentent de trouver dans la vie réelle le même amour que celui qui les unit la nuit sous une autre apparence...

Corps et âme

Le film s’ouvre sur la chorégraphie amoureuse d’un cerf et d’une biche : forêt enneigée, couleurs bleutées, silence alentour que le martèlement de leurs pas s’en vient troubler. À la délicatesse de cette scène inaugurale s’opposent bien vite la froideur et la rudesse d’un abattoir : regards inquiets des bêtes, bruits métalliques ; c’est l’antichambre de la mort, c’est là que vont être tués dépecés puis suspendus alignés en carcasses, les bovins...C’est là que travaillent Endre directeur financier … et la nouvelle employée Maria responsable des contrôles qualité ; le premier, handicapé (bras) , la seconde complètement inadaptée au monde des humains (autiste à la mémoire phénoménale… rigide insensible, ce dont rendent compte ses gestes son allure et les quelques bribes de paroles…).

À partir de ces prémices le film propose une sorte d’éducation des sens et des sentiments. Car ces deux personnages que tout semble opposer se rencontrent la nuit dans leurs rêves (Endre est le cerf et Maria la biche). Cette connexion nocturne et poétique à la fois, impose au film son tempo : va-et-vient entre réel et rêve, alternance entre scènes de la vie ordinaire – le self, les chambres froides, l’abattage … et séquences hors les murs dans cette nature préservée, réceptacle des ébats amoureux entre les cervidés.  Progressivement le visage de Maria jusque-là impassible va s’illuminer d’un sourire ; progressivement la jeune femme va découvrir la volupté des sens (caresser le poil d’un bovin, regarder sans voyeurisme des corps qui s’ébattent sur l’herbe, etc.) et au final disparaîtra de l’écran le "couple" qui hantait -berçait - leurs nuits 

Illustration du principe de synchronicité (cher à Jung?) : le même rêve que font deux personnages qui ne se connaissent pas ; rêve qui va les mener l’un vers l’autre…Peut-être

L'opposition un peu facile et ici trop appuyée entre le paysage extérieur immaculé -où évoluent les deux animaux sauvages- et les sols rouges de l’abattoir, (le sang des bêtes que l’on a tuées afin de nourrir les hommes….) ne renvoie-t-elle pas à une autre dichotomie celle qui s’exerce au sein même du monde des humains et dont l’orgie - hors champ- due au vol de doses d’aphrodisiaque est le point d’orgue ? Et dont les scènes récurrentes du self -lieu par excellence de tous les cancans : on mâche on mange on déblatère- seraient l’illustration ? Peut-être.

En tout cas le film est d’emblée biaisé : on plaque sur deux êtres "mal en peine" (mutilation physique ou psy) une mécanique psychologisante -en contraste permanent avec la mécanique froide et quasi inhumaine du lieu de travail- ; on ouvre les portes sur un onirisme feutré ou grandiose...le rêve comme principe libérateur et l’on signe une romance amoureuse certes délicate, certes empreinte d’humour – celui grinçant des pays de l’Est post communiste- mais qui n’émerveille pas...ou du moins où le charme cesse vite d’opérer

 

Colette Lallement-Duchoze

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