7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 09:08

de Nanni Moretti

Avec Margherita Buy, Nanni Moretti, John Turturro

 

 

 

Argument: Margherita (Margherita Buy) est réalisatrice. En plein tournage de son prochain film dont la star (John Turturro), cabotine, menace le résultat, elle doit passer sans cesse du plateau à la chambre d'hôpital où doucement se meurt sa mère, tranquillement épaulée par Giovanni (Nanni Moretti), force imperturbable au chevet de la malade, toujours discrètement présent.

Mia Madre

C'est un GRAND MORETTI

Un film complexe par la diversité des sujets abordés (et le deuil n'est pas le thème majeur)

Un film éblouissant dans sa forme qui joue sur la diffraction permanente: si Moretti interprète le rôle de Giovanni fils de la mourante et frère de Margherita celle-ci ne serait-elle pas le double féminin du cinéaste lui-même et de l'homme Moretti?; tout comme l'acteur cabotin (John Turtorro) le double de Moretti acteur?? C'est qu'en "accompagnant" la mère sur le chemin du départ, il accompagne tout autant le film...

Un film qui joue constamment sur la "distance" (se tenir à côté recommande la réalisatrice lors de son tournage)

 Vous avez été déçu(s) par le formalisme de "journal intime" ou par la froideur de "Caïman"?

Croyez-moi, vous ne le serez pas par Mia Madre...

Elisabeth

Film apparemment intimiste mais qui acquiert très vite une portée universelle

Film dont le rythme épouse les allées et venues du personnage principal (visites à l'hôpital, lieux de tournage, vie privée) avec une progression dramatique dont l'acmé est le face à face avec l'ex compagnon qui lui assène de violentes "vérités".

Afin d'éviter le pathos dans certaines scènes Nanni Moretti "coupe" (en écho aux "coupez" de la réalisatrice...) et il sait doser drame et humour (comme dans le film de Margherita d'ailleurs)

Le choix des musiques n'est pas étranger à l'empathie que suscite Mia Madre: Arvo Pârt surtout; mais aussi P Glass et Cohen

Oui un film à ne pas manquer (c'est aussi une "leçon" de cinéma en écho aux "leçons" de latin prodiguées par la grand-mère...)

Colette 8/12/2015

Un très beau film intime et pudique où rire et larmes se mêlent, porté entre autres par la musique d' Arvo Pärt

Malheureusement perturbée par un groupe de lycéens se levant dès la dernière image parue!..

PS: avis aux professeurs accompagnateurs:   initiez vos élèves !

Nicole 8/12/2015

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 08:38

De Otar Iosseliani (France, Géorgie)

Avec Rufus (concierge), Amiran Amiranashvili (anthropologue), Mathias Jung (préfet), Enrico Ghezzi (baron), Altinaï Petrovitch-Njegosh,  Pierre Étaix, Tony Gatlif, Mathieu Amalric...

Chant d'hiver

Le titre qui fait référence à une chanson géorgienne "c'est l'hiver, ça va mal, les fleurs sont fanées, mais rien ne nous empêchera de chanter" est censé donner le ton et la tonalité: mélancolie et légèreté.

Et de fait ce film juxtapose allègrement les époques et les lieux en jouant avec la temporalité :un vicomte guillotiné la pipe au bec...au temps de la Terreur, c'est la scène d'ouverture; puis sans transition nous voici sur un "champ de bataille" en Géorgie où les "soldats" sont d'affreux pillards; et nous vivrons le quotidien d'une "faune" pittoresque dans un arrondissement parisien d'aujourd'hui.

Le réalisateur a opté pour une structure binaire et une forme "chorégraphiée".

Voici deux amis (le concierge et l'anthropologue), deux patineuses à roulettes cleptomanes; deux instrumentistes (violoniste et violoncelliste); un mur et son au-delà (quand s'ouvre la porte du rêve), les sans papiers et les migrants opposés aux représentants de l'ordre qui les répriment (au rouleau compresseur); potentat local (le baron) dégoulinant de lucre, de luxure et prostituée exploitée; livres troqués contre des armes; réversibilité de la mort et de la vie (tête guillotinée "récupérée" par l'anthropologue; bague volée sur le corps d'une défunte offerte comme gage amoureux).

La chorégraphie? Celle bien rythmée des patineuses qui dans les rues et sur les trottoirs parisiens détroussent les passants, et sont relayées par des complices collecteurs des larcins...(ballet satirique de notre société??? ); celle de rituels qui obéissent à une liturgie même si celle-ci est "déviée" : le baptême dans l'eau où l'officiant n'est autre qu'un gradé/aumônier tatoué -l'ex-vicomte du début; la "théorie" des chiens empruntant les passages cloutés; etc. etc.

On sourit aux facéties sans s'esclaffer, on est surpris par les audacieux raccords de ce cinéaste octogénaire. Mais le "coq-à-l'âne loufoque"'revendiqué, érigé en valeur suprême, tout autant d'ailleurs que les "ficelles" de la narration (presque tous les personnages de la "chronique parisienne" habitent le même immeuble...) finissent par lasser...

 

Resterait la vision -genre conte féérique- du jardin édénique....

Jardin dont la sérénité est bien vite perturbée par la sonnerie intempestive d'un téléphone portable!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 08:02

Documentaire réalisé par Rithy Panh 2013

Adapté du récit  L'Élimination de Rithy Panh et Christophe Bataille.

Prix du jury Un Certain Regard Cannes  2013

Nominé pour représenter le Cambodge aux Oscars du cinéma 2014 dans la catégorie meilleur film en langue étrangère

 

 

Il y a tant d'images dans le monde, qu'on croit avoir tout vu. Tout pensé. Depuis des années, je cherche une image qui manque. Une photographie prise entre 1975 et 1979 par les Khmers rouges, quand ils dirigeaient le Cambodge. A elle seule, bien sûr, une image ne prouve pas le crime de masse ; mais elle donne à penser ; à méditer. A bâtir l'histoire. Je l'ai cherchée en vain dans les archives, dans les papiers, dans les campagnes de mon pays. Maintenant je sais : cette image doit manquer ; et je ne la cherchais pas - ne serait-elle pas obscène et sans signification ?Alors je la fabrique. Ce que je vous donne aujourd'hui n'est pas une image, ou la quête d'une seule image, mais l'image d'une quête : celle que permet le cinéma.

L'image manquante

Dès les premiers plans des mouvements impétueux de l'eau envahissent l'écran tels le ressac du temps "Au milieu de la vie, l’enfance revient. C’est une eau douce et amère.» dit une voix off celle de Randal Douc ; une voix qui dit la mémoire de Rithy Panh, enfant; une voix qui dit la destruction et la mort; celle d'une famille, celle de tout un peuple; une voix qui dit l'horreur vécue au temps des Khmers rouges

Pour "représenter" ses souvenirs, leur donner la forme visuelle qui soit la plus en harmonie avec l'enfance, et pour combler le vide de "l'image manquante", le cinéaste a eu recours à des figurines (à deux moments dans le film on voit des mains d'artisan créer, ciseler ces statuettes dans un atelier de fabrication  ). Figurines devenues effigies -celles du père, de la mère, du frère guitariste, des sœurs, de la famille; celles en costumes noirs à écharpe rouge, le Karma, représentent les Khmers rouges; d'autres en costumes noirs, les habitants de Pnomh Penh. Figurines qui évoluent dans un univers à leurs dimensions, un univers forcément miniaturisé: qu'il s'agisse des cabanes, des troupeaux de buffles, des rizières, des instruments aratoires, de ces hamacs à la fois lits et tombeaux. Parfois par incrustation elles s'incorporent à des images d'archives en noir et blanc ou elles jouent le rôle de contrepoint.! Par deux fois -en deux séquences qui se font écho- le cinéaste juxtapose le présent et le passé: lui enfant/figurine regarde la chorégraphie du corps et la calligraphie des mains d'une danseuse traditionnelle, bien vivante....

Une histoire personnelle intimement mêlée à l'Histoire; et le choix de ces statuettes  muettes mais  aux visages très expressifs, de ces corps de glaise émaciés par la douleur ou la torture, invite à "voir" ce que l'écran ne figure pas (comme dans S21 le spectateur avait "vu" le réel en le  reconstruisant à partir des discours croisés du bourreau et de la victime)

"Cette image manquante, maintenant je vous la donne, pour qu’elle ne cesse pas de nous chercher"

Avec de la terre et de l’eau, avec des morts et des rizières, on fait un homme.

L’enterrement des mots, je ne veux pas l'oublier, c’était un acte de résistance.»

 

Colette Lallement-Duchoze

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 05:49

De Lydie Wisshaupt-Claudel

 

Grand Prix Cinéma du Réel 2015

 

Killing  time, entre deux fronts

Comment tuer le temps dans cet espace écrasé de chaleur quand on revient du front? Et qu'on y sera de nouveau appelé? (question implicitement posée par le titre)

Nous sommes à Twentynine Palms, petite ville au sud de la Californie avec sa base militaire qui accueille chaque année de jeunes marines de retour d'Irak ou d'Afghanistan.

Voici un plan fixe prolongé: deux pancartes  "welcome to the city"; au tout premier plan des palmiers;  au second l'immense plaine et en arrière-plan quelques collines bleutées. Bienvenue dans ce vide, celui du désert de Majave précisément. De longs plans fixes sur des façades (station service par exemple) que l'homme semble avoir désertées; une route serpente déserte elle aussi. De larges panoramiques sur le paysage environnant semblent créer des analogies avec ceux  (hélas) "familiers" aux marines  à des milliers de kilomètres... sur le front...

Comment tuer le temps? Il y a bien sûr l'entraînement; il y a bien sûr la vie en famille (quand elle existe encore); il y a les fast-food, les bars discothèques; mais surtout les séances chez le tatoueur et le coiffeur. Dans ces salons, la réalisatrice filme au plus près ses personnages (très gros plans sur les nuques, les visages au regard souvent absent, les corps que l'œil de la caméra morcelle donnant à voir ou à lire la calligraphie qui s'imprime sur la peau). Corps robustes momentanément meurtris dans leur chair; mais n'est-ce pas une meurtrissure assumée car elle est désirée?

Killing  time, entre deux fronts

Qu'en est-il de la meurtrissure des esprits? On a l'impression que ces jeunes sont anesthésiés. Mais le trauma de la guerre (que l'on met à distance et qui reste hors champ) affleure ici et là au détour d'une remarque "si jeunes qu’ils n’ont pas encore le droit de boire, mais déjà celui de tuer et de mourir »(la coiffeuse) "quand tu es sur le terrain, tu encaisses, on ne te laisse pas le choix"(un marine dans un fast food). "Pizza, beer and pussy et dans l'ordre c'est ce qui m'a le plus manqué au front". Et de la Bible on choisira de préférence les extraits qui cautionnent la "guerre"

 Et l'on va entasser les objets du quotidien le plus banal (frigo, canapé, lave-linge...) dans l'un de ces nombreux garages,  gardiens provisoires d'un vécu lénifiant (scène en écho -mais inversée- à une des premières du film).

Et si ces jeunes étaient animés, dans cet entre-deux (civil et militaire) par le seul désir de "retourner", pour un face à face avec la mort alors que Twentynine Palms suinte d'ennui?

 

Vers la fin on entend cette voix qui, amplifiée par le haut parleur, martèle

"le soldat (x) basé à Palms âgé de 19 ans est mort en Afghanistan....

Merci pour ces infos...

il fait 30 degrés" 

 Comme si prévalait un principe d'équivalence,

Comme si la mort annoncée obéissait à une logique imperturbable, celle de l'ordre des choses...

Ô la puissance suggestive des non-dits!

 

CLD

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 10:08

De Roberto Minervini

Avec  Mark Kelly, Lisa Allen James Lee Miller (qui jouent leur propre rôle)

Présenté en Sélection Officielle (Un certain regard) au festival de Cannes

Prix du Jury au Festival du Film Grolandais de Toulouse.

The other side

Dès les premiers plans des hommes armés en tenue de camouflage semblent traquer un ennemi...Un homme seul nu sur le bitume d'une route....comme égaré... Ces deux plans séquences d'ouverture annoncent la  construction en diptyque de "the other side"

Un film où circulent des odeurs de bière et de sperme, où retentit le bruit des armes à feu; mais où sous la dureté apparente des êtres qui composent les deux communautés (l'une toxicomane, vivant en "marge" à West Monroe en Louisiane, l'autre une milice citoyenne paramilitaire, au Texas qui se prépare à une guerre civile) le réalisateur a exhumé une grande part d'humanité (scène bouleversante quand Mark étreint le corps de sa mère condamnée par un cancer ou quand il serre très fort celui de sa grand-mère; les larmes du vétéran Ray quand il évoque le 4 juillet sourdent de son être profond)

Quel rapport entre les deux communautés? Les racines politiques d'un mal-être et cette volonté de préserver à tout prix ses libertés (Obama est responsable de cette marginalisation et on ne peut que le haïr). Mais aussi peut-être un cheminement qui conduit quasi inexorablement des frustrations à la désolation, à la colère et à... Filmer cette trajectoire (possible) montrer de façon palpable les "errements" de desperados, ne signifie nullement qu'on va les cautionner.

Mark et Lisa forment un couple qui se défonce avec la même énergie que quand ils font l'amour; un couple emblématique de cette communauté qui, dépossédée de tout, n'existe que par un sentiment d'appartenance au groupe et ne survit que par le recours à la méthamphétamine. Le cinéaste fervent défenseur d'une "anthropologie partagée" les filme au plus près comme s'il s'était lui-même immergé dans leur quotidien. Et c'est là que le bât blesserait selon certains spectateurs; il manquerait la distance imposée par le documentaire. Ce à quoi on peut opposer les propos de Roberto Minervini lui-même qui résonnent comme une profession de foi: le documentaire reste une forme très "didascalique" où la beauté des images est vue comme négative Quand on approche l’intimité et qu’une relation du réalisateur au sujet est en jeu, ce n’est pas toléré. Dans The Other Side, je repousse ces limites.

 

Ce documentaire donne à voir au plus près une réalité misérable, sordide parfois; sans fioritures sans compromis. Mais un documentaire où le spectateur ne pourra qu'admirer cette science de la lumière, cette maîtrise du cadre (les couleurs vertes sont comme sublimées; le langage du corps exalté par des bruitages; les travellings arrière dosés au centimètre près, etc.) même s'il est (forcément et légitimement) perturbé par l'exacerbation de certains comportements!!

 

"Le monde connaît l'Amérique au travers de sa politique extérieure, mais ce que le monde perçoit moins, c'est que d'un point de vue intérieur, l'Amérique veut également accomplir sa démocratie par le biais du conflit"..Un pays qui a besoin d'instiller de l'instabilité et de la peur afin que la population encourage sa politique extérieure d'agressivité" (dépliant GNCR: groupement national des cinémas de recherche)

 

Colette Lallement-Duchoze

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 09:01

De Jayro Bustamante (Guatemala)

Avec Maria Mercedes Croy Manuel Antun

Ours d'argent Alfred Bauer -  Festival de Berlin 2015

Ixcanul (El Volcano)

Peut-on échapper à son destin? Maria, jeune Cakchiquel, qui vit avec ses parents pauvres sur les flancs d'un volcan, est promise à Ignacio, le contremaitre de la plantation de café. Mais la jeune maya rêve de partir avec El Pepe aux USA, loin de la dureté, de l'immobilisme de sa vie ici sur les hauteurs volcaniques. Donner son corps et le rêve d'un ailleurs, par-delà, au-delà du volcan serait exaucé!!!!

Le monde des paysans mayas tel que le filme Jayro Bustamante frappe par sa noblesse d'âme, son respect des croyances millénaires (la grossesse d'abord refusée et combattue sera acceptée au nom d'une sagesse ancestrale), sa calme soumission au labeur, gage de survie; un peuple qui parle peu (d'où l'absence de dialogues souvent). Égaré dans le monde urbain dont il méconnaît les codes et la langue, il sera la proie facile de traducteurs malhonnêtes....

Dans cette famille mononucléaire c'est la femme qui exerce une sorte de matriarcat. C'est elle qui transmet le savoir à son unique fille. Une mère tendre compréhensive et autoritaire tout à la fois. Filmées de près (belle scène où les deux corps nus s'enlacent lovés dans un bain de vapeur) la mère et la fille suscitent l'empathie. Et les travailleurs saisonniers font corps avec cette région qui "sent le café et le volcan". Aux senteurs se mêlent les bruits et les couleurs (contrastes ou correspondances entre l'anthracite du paysage mêlé de poudre et les vêtements très colorés ou sombres).

Le film s'ouvre sur le visage de Maria en gros plan; il a la beauté étrange impassible d'un masque; celui de la tragédie tandis que la mère aimante va le parer de la coiffe traditionnelle, silence et liturgie!. Et c'est sur un plan quasi identique que se clôt le film. Entre les deux, que de chemin parcouru! Que d'espoirs brisés!

Par un jeu d'analogies et sa science des cadres le réalisateur dépasse l'aspect "purement" ethnologique. Un plan-séquence au début du film où l'on gave d'alcool les porcs afin de faciliter l'accouplement -lequel restera hors champ alors que retentit le cri primal de la bête-, dépasse la portée documentaire; nous le voyons à travers les yeux de Maria qui établit d'évidentes analogies avec l'espèce humaine... Des plans en contre-plongée sur les personnages debout sur un roc noir au flanc de la masse anthracite épousent une forme d'interdépendance entre volcan et monde des hommes. La passion (de la chair entre autres) est vécue telle une force qui sourd des entrailles du volcan; il en serait de même de la piqûre du serpent. Après des péripéties dramatiques, Maria semble toucher le "fond de l'horreur". Mais précisément c'est du fond des entrailles de cette chair meurtrie, que resurgira la volonté de "vivre". Blottie auprès de ses parents aimants, blottie dans le creux du volcan!

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 08:07

Film chilien de Pablo Larrain

Avec Alfredo Castro, Roberto Farias, Antonia Zegers, J. Vadeli

Ours d'argent à Berlin 2015

El Club

Dieu vit que la lumière était bonne; il sépara la lumière des ténèbres" extrait de la Genèse I,4 cité en exergue

Que font ces hommes (et cette unique femme) apparemment sans histoires dans une maison apparemment calme dans une petite ville côtière du sud Chili (Patagonie)? L'arrivée d'un "intrus" (à l'intérieur de la communauté) et le discours très cru plein de ressentiments d'un homme apparemment ivre (extérieur) qui, adolescent a subi les abus sexuels de ce prêtre! vont lézarder l'image initiale, et pour le spectateur jouer le rôle de prémices dans ce théâtre de l'hypocrisie et de la violence .

Spectateur déjà alerté par cette circulation de regards peu "catholiques" et d'attitudes peu "orthodoxes". Mais surtout le recours à une image délavée décolorée (grâce à des filtres des années 60) l'avait plongé dans une ambiance crépusculaire contaminant aussi bien les extérieurs (plage, champ de courses) que les intérieurs de la maison de "retraite"

 

Oui au Chili, l'Eglise catholique et souveraine préfère parquer ses prêtres pédophiles et/ou délinquants dans ce "club purgatoire" en se faisant justice elle-même, plutôt que de subir les assauts de la  presse à scandale (si vous nous expulsez je dis tout à la télévision " propos comminatoire de sœur Monica à l'émissaire du Vatican venu enquêter et prêt à fermer les lieux). Les ex-prêtres en ont conscience: aux paroles lénifiantes de sœur Monica chargée de l'intendance et du bien vivre ensemble Nous menons une bonne vie, une vie de sainte répondent en contrepoint leurs propos réalistes  C'est moi l'Eglise!  Ici c'est une prison une prison de merde avec des prisonniers de merde

 

Le cinéaste insiste là où ça fait très mal quand le refoulé éclate: mensonges turpitudes fourberies, chiens décapités ou empoisonnés et accusation de Sandokan bouc-émissaire idéal -lui par qui le scandale était arrivé- victime sacrificielle qui n'en finira pas d'être tabassée sous les regards approbateurs des vrais criminels tandis que résonne la musique d'Arvo Pärt....

 

A situation explosive dénouement apaisé? (on vous laisse découvrir le modus vivendi qui clôt le film...)

 

CLD

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 07:13

De Kore-Eda Hirokazu

Avec Haruka Ayase (Sachi) , Masami Nagasawa (Yoshimo) , Kaho (Chika) Suzu Hirose (Suzu Asano)

Film japonais présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes

 

 

 

Argument: Trois sœurs, Sachi, Yoshino et Chika, vivent ensemble à Kamakura (ville balnéaire au sud de Tokyo) . Par devoir, elles se rendent à l’enterrement de leur père, qui les avait abandonnées une quinzaine d’années auparavant. Elles font alors la connaissance de leur demi-sœur, Suzu, âgée de 14 ans. D’un commun accord, les jeunes femmes décident d’accueillir l’orpheline dans la grande maison familiale

Notre petite soeur

C'est à la façon d'Ozu que Kore-Eda Hirokazu filme  les scènes -et elles sont nombreuses- des repas partagés;  il affectionne aussi les plans fixes -soeurs vues de dos mais dont on peut imaginer le regard scrutant un infini de paysages comme autant de paysages mentaux; ou vues de profil en plans américains-  comme pour souder une fratrie. Son  théâtre d'ombres grises, qui fait suite au noir du deuil, contraste avec les scènes  aux couleurs vives (match de foot, cuisines). Alternance constante entre intérieurs et extérieurs (un tissu semi urbain et/ou la plage). Chuchotements ou rires; pleurs réprimandes; inconscience et insouciance, érotisme revendiqué (cf le plan inaugural et en écho celui où Suzu offre son corps ruisselant de pluie, à sécher)  ou pudeur;  c'est toute une palette de sensations de sentiments mais aussi de non-dits, que le cinéaste explore, restitue par bribes et propose à notre regard souvent subjugué par l'élégance et la délicatesse de ces jeunes filles!

Chronique familiale que cette bal(l)ade légère et distanciée dans un univers sororal?

Ce n'est pas un hasard si le film s'ouvre sur les funérailles du père: pour le trio des sœurs ce sera un nouveau départ avec la présence acceptée de leur demi-sœur (dernier lien avec le père); ce n'est pas pur hasard si vers la fin on assiste aux funérailles de cette restauratrice (spécialiste des maquereaux frits ou des toasts d'alevins) :la sœur aînée Sachi sorte de marâtre dans ce  gynécée familial, accompagne aussi de par son métier d'infirmière, les mourants en soins palliatifs. Même désir exaucé chez les deux disparus "voir les cerisiers en fleurs" Or n'était-ce pas une voûte de cerisiers qui accompagnait tutélaire la balade  de Suzu et de son compagnon timide mais follement amoureux?

Les cerisiers et ces pruniers -dont les fruits servent à faire des liqueurs -Sachi offrira à sa mère le dernier bocal datant de l'époque de la grand-mère;-ces arbres, ces fruits comme des symboles et qui vont peut-être dans cette apparente chronique familiale, effacer les spectres du passé... Spectres à peine suggérés par des allusions ou plus clairement identifiés lors de conversations.

Mais peut-être... que l'incapacité à "dire" les choses, même dans des altercations plus violentes -où une tierce personne  met fin aux hostilités- serait  la clé de cette harmonie sororale !!!

 

"Suzu si tu veux parler de ton père..." Oui. Certes.  Mais ce sera après le temps du film....

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 07:21

De Christian Carion

Avec Olivier Gourmet, August Diehl, Mathilde Seigner

 

 

 

Argument: Mai 1940. Pour fuir l'invasion allemande, les habitants d'un petit village du nord de la France partent sur les routes, comme des millions de Français. Ils emmènent avec eux dans cet exode un enfant allemand, dont le père opposant au régime nazi est emprisonné à Arras pour avoir menti sur sa nationalité. Libéré dans le chaos, celui-ci se lance à la recherche de son fils, accompagné par un soldat écossais cherchant à regagner l'Angleterre

En mai fais ce qu'il te plaît

Ce film a été assassiné par Le Monde et Télérama (qui avaient par ailleurs encensé Lobster!!)

J'ose dire qu'il m'a plu. 

Il y a certes des invraisemblances dans le scénario (je ne veux pas dévoiler la fin). 

Mais le film, émaillé de documents d'époque retrace bien ce qu'a été cet exode. (sans l'avoir vécu nous en avons entendu parler)

La musique d'Ennio Morricone, éreintée par les critiques susvisés, accompagne agréablement les images. Les acteurs sont bons

 

Bref, même si ce n'est pas un "grand " film, on passe un bon moment.

 

Isabelle Lepicard

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 16:17

De Kheiron

Avec lui-même,  Leilla Bekhti  Gérard Darmon

Nous trois ou rien

C’est vraiment un film très réussi, qui allie le politique et un humour énorme, inattendu (la lutte en Iran contre le shah, puis contre Khomeiny, et l’exil en France d’un couple avec enfant et leur intégration réussie) .

Excellent dosage de grave, -voire dramatique- et de léger, enlevé, scénario bien ficelé, rythme bien trouvé. Belles images au moment de la fuite via la Turquie.

L’installation à Stains de cette famille de réfugiés est décrite de manière dédramatisée, tonique, et ça fait du bien, (ça change !) tout en restant le fruit d’une observation très juste, réaliste.

Bref, un film original, -avec des répliques vraiment marrantes-, bien interprété par des personnages sympathiques : Kheiron, le réalisateur qui raconte sa propre histoire, Gérard Darmon, et surtout la jolie et vive Leila Beikhti.

 

A voir, à Rouen au Pathé Gaumont les docks 76.

Il y avait du monde dans la salle avec un mélange de public (cinéphiles et black beurs), bref de la diversité qui se retrouve sur un film de qualité. La VF se justifie.

A voir, surtout après ces terribles évènements du 13 novembre à Paris. 

 

Serge Diaz

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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