3 août 2018 5 03 /08 /août /2018 17:37

De Guillaume Brac 

avec Milena Csero, Lucie Gunstein, Jean Joudé, 

 

argument: 

Paris, sa banlieue. Cinq filles, cinq garçons. Deux histoires. Un jour d’été . Premier conte - L’Amie du dimanche Milena et Lucie, deux collègues de travail, profitent d’un dimanche ensoleillé pour aller se baigner sur l'île de loisirs de Cergy-Pontoise. Leur rencontre avec un agent de prévention très entreprenant met à mal leur amitié naissante.Deuxième conte - Hanne et la fête nationale Tandis que les festivités du 14 juillet battent leur plein, Hanne, une étudiante norvégienne, se trouve successivement aux prises avec trois hommes. Tout ce petit monde passe la soirée ensemble à la Cité Universitaire.

Contes de juillet

Deux contes, deux courts-métrages qui réunissent chacun cinq des jeunes étudiants du Conservatoire national d’art dramatique, deux approches du "marivaudage"  moderne, deux lieux bien identifiés (la base de loisirs de Cergy Pontoise et la Cité Universitaire), une journée de juillet 2016 ; une thématique commune  : comment sortir de sa solitude - à travers une intrigue simple faite de tentatives de séduction

 

Le titre et l’esprit de marivaudage renvoient bien évidemment à Rohmer : élans brisés, frivolité apparente, au spectateur d’être à l’écoute de ces intermittences du coeur….

 

Cela étant, malgré la  "fraîcheur"  malgré le désir de "bien faire"  qui anime ces étudiants, il y a cette fâcheuse tendance à « réciter » et pour certains d’évidentes difficultés à se déplacer dans l’espace ; cela vaut pour l’interprétation

 

En revanche on retrouve le sens de l’épure (Tonnerre) et surtout celui de la dramaturgie : mise en place mise en scène dans des espaces fermés -chambre d’étudiant, RER- ouverts -balade en barque, apprentissage insolite de l’escrime en pleine nature- interpénétration avec l’environnement, dénouement "soigné" comme la fermeture d'une parenthèse (désenchantée?) sur des instants fugaces de la Vie ; les "femmes" comme dans Tonnerre "dominant" la situation

Dans Hanna et la fête nationale on entendra les commentaires de la tragédie de Nice - en ce mois de juillet 2016-. Le contraste entre l'horreur -réelle mais hors champ- et la légèreté -fictionnelle mais ancrée dans le réel- n'en sera que plus troublant!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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3 août 2018 5 03 /08 /août /2018 03:19

de Benedikt Erlingsson (Islande) 

avec  Halldora GeirhardsdottirJóhann SigurðarsonDavíd Thór Jónsson

prix SACD de la Semaine de la Critique, festival de  Cannes 2018

 

 

Argument:

Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l'industrie locale de l'aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d'Islande ...Mais la situation pourrait changer avec l'arrivée inattendue d'une petite orpheline dans sa vie... 

Woman at War
 

Sorti à l’Omnia de Rouen le 4 juillet, le film islandais de Benedikt Erlingsson reste toujours à l’affiche en plein été!
 
Le bouche à oreille pour ce film fonctionne à fond, tant ce film est réussi :
 
Un très bon scénario, une grande actrice, des paysages qui nous emmènent en vacances, une belle langue rocailleuse, un suspense politique, des répliques drôles, un grand humanisme qui traverse tout le film, des émotions justes et tantôt une musique de fanfare dramatique pour accompagner les séquences tantôt des mélodies ukrainiennes par un trio féminin, tout cela réjouit le spectateur qui plonge en résistance héroïque et juste avec ce personnage d’Halla, hors du commun, comme on aimerait en rencontrer dans la vie.
 
Un film à voir absolument pour la profondeur du  message qu’il diffuse et la grâce de sa forme.
 
Serge Diaz
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24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 06:55

de Patricia Mazuy

avec Laurent Laffitte, Zita Hanrot, Philippe Girard

 

Argument:

Paul Sanchez, un criminel qui a assassiné toute sa famille et qui a disparu depuis 10 ans, semble être revenu sur les lieux de son crime ! Il est du moins signalé aux abords de la gare des Arcs dans le Var. À la gendarmerie de la ville, personne n’y croit, sauf peut-être Marion, une jeune gendarme de 25 ans. Elle va alors se mettre à le traquer seule.

Paul Sanchez est revenu

Après un générique « psychédélique » voici un homme épuisé prêt à acheter une voiture pour son épouse, mais sa banque refuse le virement ; au même moment une jeune policière trop zélée a retiré sa voiture à Johnny Depp au prétexte plus ou moins fallacieux d' "ébriété et fellation" ...; un journaliste avide de scoops ; et  l’annonce faite à (puis par)  la gendarmerie « Paul Sanchez est revenu »

 

Le ton est donné….En s’inspirant de faits divers (disparition de Xavier Dupont de Ligonnès ou du docteur Godard) la cinéaste va mêler plusieurs "genres" -drame policier, western provençal, comique de l’absurde, avec un jeu incessant et étonnant de "ruptures". Car la problématique est moins le fait divers en lui-même (et d’ailleurs s’agit-il bien de Paul Sanchez le criminel que l’on traque depuis dix ans ou d’un autre homme ????) que la façon dont on fantasme un fait divers…(le « cas » de Marion  est  exemplaire)

 

La métamorphose de Laurent Laffitte tout au long du récit (bête traquée, visage monstrueux filmé en gros plan, -surtout quand il téléphone- , paquet de chair garrotté, pauvre diable au regard hébété à bout de course et d’efforts, stature vue de dos surplombant, comme s’il le dominait, le paysage), le parallèle constant entre deux lieux -la gendarmerie où l’exercice du pouvoir est parfois grotesque- et l’extérieur où "sévirait"  Paul Sanchez;  le paysage provençal -avec ses anfractuosités ses escarpements le rocher de Roquebrune- qui épouse les convulsions et(ou) motivations profondes des uns et des autres-; la folle obsession de Marion;  le jeu de pistes et fausses pistes; tout cela participe d’une forme d’hystérie collective que dénonce précisément Patricia Mazury

 

Serait-ce pour autant un "film trop barré" ? raison pour laquelle il a été refusé au festival de Cannes ?

On peut en douter…

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 06:44

de Gustav Möller  Danemark

avec Jakob Cedergren Laura Bro J Ulrik Lohmann

 voix de  Jessica Dinnage Johan Olsen, Omar Shargawi

Prix de la Critique au festival du Film Policier de Beaune 2018

 

Argument: 

Une femme victime d’un enlèvement appelle le 112. La ligne est coupée. Le policier qui a reçu l’appel n’a que son intuition son imagination et son téléphone pour la retrouver

The Guilty

Le 112 c'est le n° d'urgence de la police au Danemark. Asger est à l'écoute, il doit localiser les appels -des infos livrées avec parcimonie nous apprendront qu'il occupe ce poste de façon provisoire et qu'il est tendu dans l'attente d'un procès-  "Où êtes-vous? Qu'est-ce qui ne va pas? Vol d'un PC, chute de vélo; des gens saouls des drogués  "On vous envoie quelqu'un" ...La routine ! 

Mais un appel l'intrigue: celui d'une femme désespérée, kidnappée enfermée dans une voiture "Quel véhicule"? Blanc "Quelle direction" "sais pas" qui est le kidnappeur? Appel coupé . Cette inconnue, il faut la sauver

 

Tout le film (un huis clos) repose sur les échanges téléphoniques entre Asger et les protagonistes :  la femme Iben, son mari Michael, sa fille Mathilde et tous les "collègues" du centre d'urgence. Conscient du danger qu'encourt la "victime" le policier veut faire avancer au plus vite "l'enquête" quitte à outrepasser ses prérogatives. Entraîné dans ses choix, le spectateur va lui aussi construire son propre film -hors champ- à partir des paroles, des timbres de voix, des pleurs, des bruits (remarquable travail sur la bande-son). The Guilty mise ainsi sur la capacité d'écoute du public et la puissance de son imagination

 

Par un effet spéculaire le huis clos de la pièce devient l'univers mental d'Asger et partant, celui du spectateur. Et quand "l'intrigue" bascule, quand Asger comprend qu'il a été piégé et qu'il fulmine de rage,  le spectateur lui aussi  est contraint de "changer de point de vue" . Le scénario ne reposant que sur la suggestion, le film invite ainsi à s'interroger sur la "représentation" , sur les "projections de l'esprit" à partir de commentaires entendus et conséquemment sur toute  la "machinerie" inhérente à la création cinématographique. De plus à travers la "confession" d'Asger -et le titre est à cet égard éloquent- le film interroge les concepts du bien et du mal.

 

Le cinéaste dont c'est le premier film, maîtrise un dispositif narratif minimaliste (un acteur, un décor fait de bureaux avec des postes téléphoniques et des ordinateurs, une voix) par le jeu des gros plans ou des plans rapprochés, le sens du cadrage, la répartition des lumières. Puisque la caméra  rivée sur le personnage d'Asger (qu'interprète avec brio l'acteur Jakob Cedergen) ne peut rendre compte de l'emballement, des soubresauts de "l'intrigue" , c'est le dispositif sonore et son pouvoir évocateur qui pallient ce "manque" et c'est assurément une réussite 

 

 

Un film à ne pas rater.

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 18:44

de Matteo Garrone Italie

avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, A. Baldari  Calabria

 

prix d'interprétation masculine Cannes 2018

Dogman

Un homme à l’allure chétive (il rappelle Buster Keaton ou Toto l’acteur de Uccellacci Uccelini ou du pigeon) il est toiletteur pour chiens, il aime son métier, parle aux animaux comme à des êtres humains, sait les amadouer C’est Marcello. En face un colosse/molosse Simoncino accro à la cocaïne violent sans état d’âme apparent, la brute épaisse qui terrorise le quartier. Leurs liens ? Le premier fournit de la drogue (l’argent récolté lui permettra de faire de la plongée avec Alida sa fille adorée…) et il croit en l’amitié…. Mais à force d’humiliations de bagarres de propos comminatoires, face au non respect de la parole donnée, trahi abandonné par les « siens » Marcello « craque »

C’est ce parcours, cette perte de l’innocence (propos du cinéaste) que « raconte » cette tragédie, inspirée d’un fait réel.

Dogman

Dès le premier plan, le spectateur recule comme pris à la gorge par les crocs -en très gros plan- d’un chien rétif au toilettage. En écho inversé à la fin les chiens encagés regardent, placides, le spectacle de la bestialité : le combat à mort de deux humains…..

L’environnement participe lui aussi de la tragédie : lagunes et béton à la périphérie de Naples ; une place entourée d’immeubles comme lacérés lézardés voire déglingués. Filmés à différents moments de la journée et de la nuit, ils sont comme la « ponctuation » du récit qui prend très vite les allures d’une farce macabre. Laquelle se mue en parabole politique : le visage de Marcello empli de douceur et d’humanité peut refléter une Italie en train de disparaître ; alors que Simoncino incarnerait le retour d’une barbarie (qui n’est pas l’apanage de l’Italie tant ce retour concerne d’autres pays européens….)

On peut regretter une surenchère dans le traitement de la violence (dernière séquence surtout) une complaisance dans le combat entre David et Goliath. Mais on ne peut qu’admirer la performance de l’acteur Marcello Fonte qui a d’ailleurs reçu le prix d’interprétation masculine au festival de Cannes. Ses sourires son phrasé son allure sa démarche et son regard surtout, c’est un coeur mis à nu. ; on y lit la peur la douceur, l’empathie l’exaspération. Et quand le rire se fait rictus, quand le regard s’enténèbre de colère froide, quand la parole devient sadique, il sera trop tard ….

Je raconte le parcours d’un anti-héros et ses mauvais choix aboutissent à la violence

 

Colette Lallement-Duchoze

Dogman
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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 17:40

De Quentin Dupieux 

Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize, Anaïs Demoustier

Dans un commissariat parisien des années 70, un inspecteur de police particulièrement tatillon, cuisine à petit feu un pauvre bougre accusé de meurtre...

Au Poste!

Hormis le prologue ubuesque -ou bunuelien-:où dans une clairière un chef d’orchestre en slip rouge, chaussures et chaussettes noires dirige ses musiciens debout sur une botte de paille,- tout se passera à huis clos dans un poste de police. Mais la musique que nous avons entendue (Mozart) est  précisément celle qu’entendra de son poste radio, un préposé du Poste de police… "Au poste  dans le poste" ?

 

Unité de lieu (un commissariat) de temps (une nuit)  d’action (un interrogatoire) 

Un lieu aux boiseries d’un autre âge avec des portes qui permettent entrées et sorties (dont celle de l’employé venu chercher seau et serpillière rangés dans le placard où est "planqué" un cadavre !!! -celui de Philippe, le  borgne qui avait pour mission de jeter un œil sur le suspect pendant le temps de pause du commissaire!) Fiona  sa femme - Anaïs Desmoutier -méconnaissable mais truculente- a hâte de lui annoncer sa grossesse. Les autres lieux  - place déserte, immeuble, palier, appartement- illustrent telles des images mentales,  les propos de Fugain (le "prévenu" ) lors de son interrogatoire et jouent le rôle de flash back

Un interrogatoire centré surtout sur les 7 allers et retours (ou va-et-vient) du  "suspect" . De quoi est-il présumé coupable ? D’avoir découvert un cadavre lors de son 7ème aller et retour et de ne pas avoir alerté aussitôt la police….Suspect numéro 1. Et le commissaire  fait répéter (reprenons, reprenons) commente tape à la machine alors que le "suspect"  impavide -souvent - s'exécute; il  "reprend" lui aussi ....les incorrections syntaxiques   les impropriétés lexicales ou les tics de langage du commissaire ....qui s'exécute....

L’intérêt de cette comédie (policière) qui lorgnerait du côté des polars des années 70/80 avec Belmondo -si l'on se fiait à l’affiche rappellant  Peur sur la ville-,  mais qui assurément  est un clin d’oeil à Garde à vue de Claude Miller , réside à la fois dans le jeu des mises en abyme et la logique (faussement) absurde des dialogues.

Les allers et retours évoqués -visualisés aussi- par Fugain, à la fois tortueux et insignifiants ne sont-ils pas à l’image du cinéma de Dupieux (à moitié génial, à moitié poussif pour reprendre la formule d’un critique du Figarock que liront les acteurs … en s'interrogeant sur sa pertinence) ???  En écho voici les allers et retours du commissaire  : il interrompt son interrogatoire pour aller manger, rendre visite à son fils et il  s'invite dans le discours de Fugain pour en apprécier le bien-fondé

Le langage ? Des formules prises au pied de la lettre : corps à repasser, poumon qui brûle (d’où s’échappent les volutes de la cigarette du commissaire) côtoient le non-sens, le désopilant ; le banal devient comique (cf Buffet froid) et le regard parfois ahuri de Grégoire Ludig accentue cet aspect .

Si l’on ajoute cette jubilatoire contamination du présent par le rêve ou le fantasme (revivant les épisodes récents Fugain abolit les repères temporels) et l’excellente interprétation du duo Benoît Poelvoorde/ Grégoire Ludig, on ne peut qu’être enthousiasmé par ce genre de comédie où l’absurde distillé sans surenchère et l‘humour décalé renouvellent les codes du genre policier….Le rapport à la " représentation" culminera d’ailleurs dans le final

 

Au poste moins glauque que Wrong Cops moins déjanté que Rubber.? Certes car il s'agit ici d'un questionnement sur le langage, sur  les codes d'un genre littéraire et cinématographique, sur les attentes du public

Quoi qu’il en soit, mieux vaut un film barré qu’un film qui incite à se  barrer

 

Colette Lallement-Duchoze

Au Poste!
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4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 06:01

De Laura Bispuri Italie 

avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Sara Casu 

 

argument: 

Vittoria, dix ans, vit avec ses parents dans un village reculé de Sardaigne. Un jour de fête, elle rencontre Angelica, une femme dont l’esprit libre et l’attitude provocante tranchent avec le caractère posé de sa mère, Tina. Vittoria est fascinée, mais sa mère ne voit pas d’un bon œil ses visites de plus en plus fréquentes à la ferme où Angelica vit comme hors du monde. Elle ne sait pas que les deux femmes sont liées par un secret. Un secret qui la concerne, elle…

Ma fille

Le film s’ouvre sur une scène de rodéo ; et voici la gamine Vittoria à la chevelure flamboyante qui surprend deux êtres copulant "sauvagement"  dans un recoin du corral. Hébétée elle retourne dans le giron maternel......

Le ton est donné !...bestialité chaleur écrasante, deux archétypes du féminin (la "sainte" Tina et la "putain" Angelica ) et au milieu une gamine qui va "grandir". Car le film retrace son parcours (à valeur initiatique) à partir d’un questionnement sur la "place de la mère" en même temps qu'évolueront  les deux mères adoptive et génitrice 

Bien que la thématique soit assez originale, et l’interprétation réussie (surtout Alice Rohrwacher en femme complètement déjantée et alcoolique mais si fragile..) il y a ce « je ne sais quoi » qui déçoit !

D’abord le contraste entre les deux archétypes, trop appuyé,  frise la caricature (très protectrice Tina peut être  castratrice ; trop égoïste Angelica est une mère irresponsable). La corrélation entre le paysage extérieur (chaleur qui minéralise tous les éléments) et paysage intérieur, est surlignée. Par deux fois -et à des moments clé dans le parcours initiatique des 3 d’ailleurs- le passage de motards éclabousse de son nuage de poussière éléments et personnages jusqu’à abolir tous les repères !! L’insistance (très gros plan sur le trou qui mène à une nécropole) que met Angelica à forcer la gamine à se faufiler ...au lieu de la connotation dramatique attendue devient presque grotesque ; et l’on pourrait multiplier les exemples ! Le plan final qui  met l'accent  sur la réconciliation et la fonction de guide dévolue à la gamine (andiamo) sacrifie la connotation à une simple dénotation

Au final, impression très mitigée !!!

 

Colette Lallement-Duchoze 

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1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 14:07

Documentaire réalisé par Catalina Mesa (France Colombie 2016)

il est dédié à sa grand-tante 

 

femmes interviewées: Cecilia Bohórquez, Manuela Montoya, Elvira Suárez, María Fabiola García, Luz Gonzáles, Licinia Henao, Ana Luisa Molina, Celina Acevedo, Laura Katherine Foronda, Luz Dora Henao, Rosa Margarita Velázques ou encore Emilsen Ríos

 

 

Argument: 

À Jericó, village de la région d’Antioquia en Colombie, des femmes d’âges et de conditions sociales différentes évoquent les joies et les peines de leur existence. Leurs histoires se dévoilent l’une après l’autre, ainsi que leur espace intérieur, leur humour et leur sagesse. Chila, Luz, Fabiola, Elvira… tour à tour frondeuses, nostalgiques, pudiques et impudiques. Un feu d’artifices de paroles, de musique et d’humanité

 

Jericó, le vol infini des jours

 

Entre le premier plan sur un ciel où se grave un texte poétique sur le village de Jericó et le dernier où le même ciel est constellé de cerfs-volants nous aurons vu et surtout entendu huit femmes (dont une centenaire) évoquer leur quotidien leur passé leurs grands bonheurs et leurs grandes douleurs, leur conception de l’existence….Y aurait-il osmose entre la truculence de certains de leurs propos et les couleurs -souvent criardes voire kitsch des façades et des intérieurs ? En tout cas un lien très fort relie le cadre de vie – cuisine bibelots rosaires – et la personnalité de ces femmes filmées avec empathie et respect, femmes gardiennes d’une mémoire inviolée !

Les plans d’ouverture -panoramique sur le paysage alentour, avec ses plantations ondulantes, plongée sur les toits de tuiles, frontal sur des fenêtres et des portes très colorées, gros plans sur un détail du visage, un œil que l’on maquille , invitent le spectateur à se familiariser avec un environnement (même si parfois celui-ci ressemble à une carte postale), sorte de quadrillage qui va sous-tendre un autre maillage (celui des parcours de Vie) Écouter Chila, Luz, Fabiola Elvira Celina Licinia, c’est s’immiscer dans des récits où ce qui est fugitif éphémère va se figer dans la fixité de l’éternel ! De même que le village est une enclave dans la région d’Antioquia, de même sont préservées des traditions que la parole  exhume.

Les récits/parcours de vie, loin d’être fragmentés en huit portraits (première impression) convergent (la musique de Teresita Gomez assurant les raccords) vers des thématiques communes : religion, transmission de valeurs. On peut être « surpris » par l’omniprésence (objets et discours) de la religion aux accents de religiosité ; on le sera moins par cette volonté de léguer aux générations futures un patrimoine intellectuel et moral (à plusieurs moments d’ailleurs voici qu’apparaissent dans la croisée le visage de jeunes enfants et ce n’est pas pur hasard si au final ce sont un garçon et une fillette qui, maniant leurs cerfs-volants, guident vers le ciel le « vol infini des jours »)

 

Un fils disparu depuis 20 ans kidnappé par la milice et la mère traumatisée ne peut retenir ces perles de douleur qui sillonnent son visage mais très vite une force quasi insoupçonnée « il faut aller de l’avant » évitera le pathos conférant au personnage sa dignité. Un mari mort accidentellement laissant une veuve et 9 orphelins ?nulle lamentation dans la « confession » mais la mémoire vivace de l’être aimé ! Ou encore cet aveu « À 102 ans je dois me préparer à ma nouvelle Vie »

 

Une parole enluminure

Un film documentaire RARE à ne pas rater !!! (séances Omnia lundi 15h50 et mardi 18h)

 

Colette Lallement-Duchoze

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30 juin 2018 6 30 /06 /juin /2018 05:03

De Jason Reitman (USA)

avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Ron Livingston 

 

argument: Marlo est au bout du rouleau. Prête à accoucher de son troisième enfant, elle doit aussi prêter une attention particulière à son petit garçon… Après la naissance, épuisée, elle se résout à engager une nounou de nuit : Tully est jeune, dynamique, amicale, et s’occupe autant de Marlo que du bébé.

Tully

S’inspirant de sa propre expérience la scénariste Diablo Cody crée un personnage féminin en proie au baby blues après l’accouchement d’un troisième enfant. Jusque-là Marlo  "assumait" travail à plein temps et "rôle de mère" (deux enfants dont l’un "pas tout à fait comme les autres" à cause d’un dysfonctionnement neurologique non élucidé!)  !!! Dès l’instant où elle accepte l’offre d’une nounou de nuit Tully,  c’est un "chamboulement" qui s’opère dans son quotidien.

Le film se prête à une lecture plurielle (identité mise à mal, confrontation entre ce que l’on était et ce que l’on est devenu, image que le corps exténué et déformé par les grossesses renvoie à soi-même et aux autres, la maternité et son mythique épanouissement, crise de la quarantaine, deuil de sa jeunesse, rôle du mari/père etc.) Le spectateur assistera dans l’avant-dernière séquence  à un "chamboulement"...Est-ce pour autant un twist ? Non (hormis pour le mari…) Trop de signes avant-coureurs dans la relation miroir Marlo/Tully : les plans cadrés sur les deux visages, ou la superposition des deux silhouettes, la récurrence de l’élément liquide sont comme les "échos visuels à la dualité" .et l’effet redondant de certains  propos ne saurait tromper!!

Le regard amorphe, le corps empâté -et que la caméra ausculte- l’actrice Charlize Theron -ex mannequin, elle a consenti à prendre plus de 10 kilos pour ce rôle-  interprète avec un certain brio cette femme à la fois dépressive et joyeuse (car la déprime post-partum n’exclut pas l’humour) Qu’elle considère Tully comme une Poppins moderne (l’expression est de la scénariste et non de journalistes …..qui se l’ont appropriée) quoi de plus naturel et « moral » à la fois (Tully énonce parfois à la manière d’un catéchisme les leçons pour « reprendre sa vie en main ») !

Moral et bien lisse aussi ce dernier plan où l’on voit assis, de dos, le père et la mère, soit le couple réconcilié dans et par leur choix de vie ! Chacun a tourné définitivement le dos à sa jeunesse !

Un film qui se laisse approcher (il n’est pas sournois) un film qui se laisse voir, mais dont on peut se passer….

Colette Lallement-Duchoze

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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 16:55

De Sébastien Bailly 

avec Hafzia Herzi, Lise Bellynck, Anne Steffens Friedelise Shutte Marie Rivière

 

 

 

Argument: Hafsia, Douce, Delphine et Charlotte : quatre jeunes femmes qui cherchent à s’affranchir des limites qu’on voudrait leur imposer;  à travers trois histoires distinctes formant un triptyque sur le désir féminin

Féminin plurielles

Ce premier long métrage de Sébastien Bailly regroupe 3 de ses courts métrages (Douce 2011 Là où je mets ma pudeur, 2013 Une histoire de France 2015). Dès le prologue quelques plans rapides sur chacune des femmes  mettent en évidence la cohésion (et cohérence)  de portraits croisés impulsés par une thématique commune (rapport à son propre corps, volonté  de faire voler en éclats certains tabous) et dans laquelle  le cinéaste évitera le piège du "male gaze".   Exemple le plus probant? Hafsia (Où je mets ma pudeur ) commente pour son examen le tableau d’Ingres (la grande odalisque) ; du corps exhibé dans sa nonchalante et lascive nudité (regard masculin sur la séduction) elle dénonce les imperfections dans le traitement pictural, les indécences de la posture et son commentaire sur la chevelure retenue par un ruban, sur la notion de « pudeur » renvoie par une forme de mimétisme -inversé- à son statut particulier (elle qui en toute occasion, portait le hijab, a dû s’en débarrasser pour l’examen…) laissant pantois les membres du jury.

Un film sur le regard donc. Celui des « autres » sur soi (regardeurs hostiles à la regardée dans Douce ; cette infirmière qui caresse le corps d’un patient dans le coma et se masturbe jusqu’à l’orgasme) Celui de soi sur soi (que renforcent des effets spéculaires Où je mets ma pudeur) celui de l’appareil photo (une histoire de France) qui capte le vivant le vécu ou le passé. Les hommes font office de figurants ou incarnent tous les obstacles qui entravent le parcours de ces femmes….femmes qui vont assumer jusqu’au bout leur « hors normes »

Le troisième volet semble le plus « scolaire » (et le titre pris au sens littéral le confirmerait aisément) il est aussi le plus « didactique » Tulle ville de deux présidents français -d’ailleurs on attend la visite de Hollande- ; Tulle ville natale de Rohmer, (clin d’oeil de Sébastien Bailly au cinéaste disparu dans le traitement à la fois intime et distancié des personnages ? Mais sans le "marivaudage").  Tulle et l’épisode tragique des pendus. La  ville corrézienne devient par la rencontre autant épiphanique que sensuelle - et sexuelle- entre Delphine et Charlotte, une variante du fameux rapprochement franco-allemand….

 

A ceux qui reprochent  un "manque de psychologie" (entendez Sébastien Bailly n’a pas approfondi les enjeux ou motivations de Douce ou Hafsia) il est facile de rétorquer que l’enjeu cinématographique est de faire transparaître par un geste, un regard, un silence, le conflit intérieur de ces deux femmes. A cela s’ajoute la musique  (composée par Laurent Levesque): celle du générique de fin surtout où les choeurs, épousant le rythme intérieur de ces quatre femmes, révèlent leur âme

Au grief concernant la tendance à "réciter"  (Hafsia face au tableau d’Ingres, Delphine évoquant pour Charlotte, la photographe allemande, les atouts de la ville de Tulle ou le massacre des pendus) on peut répondre que le réalisateur fait sien un principe cher à Rohmer, celui de la distanciation

 

Délicatesse et suavité, alors que les conflits intérieurs peuvent être explosifs; élégance et simplicité alors que les thèmes abordés frappent par leur gravité ; une attention particulière accordée aux cadrages aux lumières qui transforment une scène en tableau….tout cela fait de « féminin plurielles » un film  esthétisant parfois, certes,  mais convaincant toujours !

Et dans le contexte actuel il a une résonance toute particulière! 

 

Colette Lallement-Duchoze

Féminin plurielles
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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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