23 février 2020 7 23 /02 /février /2020 08:11

D' Alejandro Amenabar (Espagne) 

Avec Karra Elejalde (Miguel de Unamuno) Eduard Fernandez (José Millan Astray) Santi Prego (Francisco Franco)

Espagne, été 1936. Le célèbre écrivain Miguel de Unamuno décide de soutenir publiquement la rébellion militaire avec la conviction qu'elle va rétablir l’ordre. Pendant ce temps, fort de ses succès militaires, le général Francisco Franco prend les rênes de l’insurrection. Alors que les incarcérations d’opposants se multiplient, Miguel de Unamuno se rend compte que l’ascension de Franco au pouvoir est devenue inéluctable...

Lettre à Franco

Sauver la civilisation occidentale chrétienne cette formule que Franco empruntera à Miguel de Unamuno (1864-1936) serait un des arguments de ce poète philosophe en faveur du nationalisme et de l’armée espagnole (le poète a d’ailleurs donné 5000 pesetas pour défendre cette "cause").

Prise de pouvoir par Franco et simultanément aveuglement (?) de certains intellectuels -dont Miguel de Unamuno -avant son revirement lors de la fête de la Race dans un « fameux » discours-,   telle est bien la double dynamique de ce film.

Tout en sachant que -de l’aveu même du réalisateur- Lettre à Franco "parle autant du passé que du présent face à la montée des mouvements fascistes en Europe" 

Intentions plus que louables!

 

Mais le « traitement » de cet épisode (été 1936) est à la fois didactique et académique (avec le risque inhérent : provoquer l’ennui) ; la reconstitution très appliquée est certes solide  et  minutieuse (décors, costumes, personnages ayant réellement existé; documentation) mais elle pèche par un classicisme désuet, pour ne pas dire « pompeux » quand elle ne verse pas dans une forme de mélo (relations de Miguel de Unamuno avec sa fille, son petit-fils ; récurrence de ce plan lumineux sur sa jeunesse heureuse) et pire ! dans une forme d’opérette (acteurs grimés ressemblant aux personnages réels, texture lisse de l’image)

Et même les fluctuations et contradictions idéologiques du personnage sont souvent escamotées derrière des « coups de gueule » assez complaisants

 

On retiendra du discours prononcé par Miguel de Unamuno le 12 octobre 1936 « vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas »,  alors que l’assistance -une vague brune- se lève au cri de  « vive la mort »

On connaît la suite….

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 06:37

de Hlynur Palmason

avec Ingvar Eggert Sigurôsson, Ida Mekkin Hlynsdöttir, Hilmir Snaer Guönason

 

 

Présenté à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2019  ce film  a obtenu le Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation.

 

Dans une petite ville perdue d’Islande, un commissaire de police en congé soupçonne un homme du coin d’avoir eu une aventure avec sa femme récemment décédée dans un accident de voiture. Sa recherche de la vérité tourne à l’obsession. Celle-ci s’intensifie et le mène inévitablement à se mettre en danger, lui et ses proches. 

Un jour si blanc

Quand tout est si blanc qu’on ne peut faire la différence entre la terre et le ciel, les morts peuvent nous parler à nous qui sommes vivants  (proverbe local cité en exergue)

 

Et il est vrai qu’une atmosphère étrange quasi fantomatique -qui rappelle Winter brothers -enveloppera le prologue : cette voiture noire que nous suivons dans une brume épaisse avant sa chute dans le vide!!

Puis une succession de plans fixes sur une masure vue de loin où les variations de lumière et de couleurs évoquent le passage des saisons semble faire écho au temps du deuil. Dès l’instant où des engins s’activent pour transformer cette masure en maison d’habitation avec de grandes baies vitrées (comme si le paysage extérieur devenait l’hôte privilégié) on serait en droit de penser qu’Ingimundur -le veuf, taciturne commissaire- lui aussi se "reconstruit". Mais un carton contenant des documents révélateurs de l’infidélité de son épouse disparue, agit comme un détonateur (ce qu’accentue la bande son). Assoiffé de vengeance ce père homme policier (identité qu’il décline auprès de son psy) entreprend une enquête, débusque le "coupable" le piste, et irait même jusqu’à le tuer (justice immanente, symptôme d’une paranoïa) Et la relation avec sa petite-fille Salka -qu’il adore- en est contaminée….avant une forme de « sursaut » final

 

Certes le réalisateur (plasticien de formation) soigne les ambiances répartit les lumières (avec une tendance prononcée pour une monochronie cotonneuse bleutée). Certes ce qu’il intègre dans les paysages rudes et austères – les objets métonymies de l’accident – a de toute évidence une fonction sinon symbolique du moins métaphorique de même qu'à un moment la traversée d'un tunnel ferait écho à une "nuit" intérieure.

Un univers singulier, une prestation exemplaire (l'acteur a d'ailleurs été récompensé) 

Mais l’insistance, à coups de zooms, de très gros plans, de travellings latéraux, les crissements et grincements de la bande-son, les cris prolongés de douleur (et...de délivrance) une certaine rigidité dans l’approche psychologique, tout cela empêche l’adhésion totale du spectateur (à l’inverse de Winter Brothers) !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 09:41

de Stéphane Demoustier

avec  Melissa Guers,  Roschdy Zem, Chiara Mastroianni, Anaïs Demoustier,  Annie Mercier 

Bruno et Céline voient leur vie de famille basculer lorsque Lise, leur fille de 17 ans, est accusée du meurtre de son amie Flora. Deux ans après le crime, Lise vit avec un bracelet électronique, en compagnie de ses parents et de son petit frère, Jules. Alors que le procès approche, la vie de Bruno ne tourne qu'autour de ces quelques jours au cours desquels il sait que le destin de sa fille va se jouer, au beau milieu d'une cour d'assises.

La fille au bracelet

Au tout début, une scène en bord de mer, filmée en plan large. Nous n’entendrons pas les paroles échangées entre les protagonistes (père mère et  deux enfants) . Arrivée de policiers, (une brisure dans un univers apollinien?)  "embarquement" de la jeune fille qui, docile, prend juste le temps d’enfiler un tee-shirt... Or précisément l’indifférence de Lise lors de son "arrestation" - car elle est soupçonnée d’avoir tué sa meilleure amie-  sera "utilisée"  par l’avocate générale comme  "élément à charge" ,"preuve" indubitable  de culpabilité … 

Ainsi dès le début le ton est donné, celui de l’impassibilité. Et la jeune Melissa Guers dont c’est le premier rôle parvient par un regard, un silence, une moue, une réponse inattendue -car elle heurte tout simplement le bon sens ou s’inscrit en faux contre les convenances- ou des réponses laconiques réduites à des monosyllabes, à rendre palpable cette  "impassibilité" lors de son procès. Convaincue de son innocence, imperturbable, elle donne l’impression d’être extérieure à ce "théâtre" des apparences,. Le spectateur va découvrir en même temps que les jurés, -et les parents d’ailleurs-, certains aspects de sa personnalité - ou du moins des zones d’ombre que des vidéos (ah ces vidéos compromettantes qui circulent sur les réseaux sociaux…) vont "éclairer "

 

Le cinéaste affirme avoir voulu  "que l’enjeu intime supplante l’enjeu judiciaire" . Et de fait La fille au bracelet  est moins un film de  "procès" , une quête de la "vérité" , où triomphera ou non l’intime conviction -face au manque de preuves irréfutables ou à l’incongruité de certaines-, qu’un questionnement sur l’incommunicabilité entre parents et enfants, sur l’incompréhension des aînés, sur les arcanes du monde des adolescents.  Ce que l’avocate de la défense (Annie Mercier) exprimera dans sa plaidoirie en une suite accumulative d’interrogations dites  "oratoires" (que savons-nous de  ces adolescents, que savons-nous de leurs blessures, de leur rapport à leur corps...etc...)

 

Certes, les séquences à huis clos frappent par une mise en scène impeccable - cadrages, plans fixes ou légers mouvements de caméra, refus du pathos des morceaux de bravoure et des effets de manche, jeu symbolique de la grille/séparation, lenteur calculée des prises de paroles (hormis celle de l’avocate générale très -trop- fougueuse), précision méthodique qui va de pair avec une froideur clinique parfois glaçante

Mais hors tribunal, le film  "confine dans une suggestion psychologique pesante et sans risque" (Libération). En témoigne le  "rôle"  dévolu aux parents -même si des plans rapprochés sur le visage du père (Roschdy Zem) ou les interventions de la mère (Chiara Mastroianni) tentent de "sonder" l’inquiétude...(celle ...de parents...on ne change pas de point de vue...)

 

Est-ce à cause de ce décalage (certainement délibéré) que le film ne convainc pas ?

 

C’est du moins  mon  "intime conviction"...;

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 13:23

Nina et Madeleine sont profondément amoureuses l’une de l’autre. Aux yeux de tous, elles ne sont que de simples voisines vivant au dernier étage de leur immeuble. Au quotidien, elles vont et viennent entre leurs deux appartements et partagent leurs vies ensemble. Personne ne les connaît vraiment, pas même Anne, la fille attentionnée de Madeleine. Jusqu’au jour où un événement tragique fait tout basculer…

Deux

Une histoire d’amour entre deux femmes assez âgées et de surcroît un problème d’AVC vous imaginez que le financement n’a pas été facile et les avances sur recettes ne suffisaient pas... ainsi s’exprimait le producteur lors de l’avant première hier soir (10/02) à l’Omnia en présence du réalisateur et de Barbara Sukowa

Pour mettre en scène l’histoire de Deux, je fus inspiré par ce que m’a raconté un ami concernant deux femmes âgées vivant au-dessus de chez lui ; elles laissaient toujours leur porte ouverte...à partir de cette anecdote le film a germé dans mon esprit. Cela dit l’histoire de Deux est complètement inventée (propos du réalisateur)

Extérieurs tournés à  Montpellier et Sommières; intérieurs en studios au Luxembourg

 

Filippo Meneghetti dont c’est le premier long métrage a eu recours au scope (une gageure quand le thème est celui de l’intime et que le décor essentiel est celui d’intérieurs…) ; il a délibérément refusé les profondeurs de champ (ou alors c’est flouté) ainsi qu’au montage, le banal champ contre champ ; tout cela afin de créer comme une distance qui s’harmonise d’ailleurs avec la retenue du scénario.

Car  ce film (hormis quelques mini-séquences où la violence contenue s’en vient à exacerber les relations) est empreint de délicatesse, de subtiles nuances, de non-dits et de silences que les deux actrices – personnages si différents, dans leur parcours respectif- incarnent avec une élégante  majesté

 

Deux, le titre sera décliné dans sa double acception de gémellité et dualité. Les deux gamines qui jouent à cache cache (scène d’ouverture assez troublante car elle repose sur le drame d’une disparition jamais élucidé-e).Les deux femmes aimées aimantes (dont les visages face à face envahissent l’affiche) les deux appartements (identiques et si différents et qui deviennent des personnages à part entière) les deux enfants de Madeleine (d’abord distants et qui se coaliseront dans la désapprobation). À tout cela s’ajoutent les effets de miroir à la fois reflets et hostilités.

 

Refus du pathos. Intrusion de l’étrange (à un moment Nina mue par la force irrésistible de son amour passe "à travers" les murs de séparation;  récurrence de la scène d’une noyade(?)- flash back? hantise?). Mais aussi des  effets comiques (la fugue par exemple au nez et à la barbe de tous..ou encore le rôle de l’infirmière à domicile, aux yeux globuleux...) . La fougue adolescente de Nina à la recherche de son Amour!  Et  la scène finale où les  corps enlacés dansent  sur la  musique de La Terra  dans un appartement dévasté..., célébrant la reconquête, après l'adversité ! Tout cela fait qu'on oubliera les procédés d'insistance - ces gros plans et zooms à répétition, le passage récurrent de ces corbeaux annonciateurs de  ...malheurs(?) les tremblés des feuilles gorgées de soleil et de couleurs 

 

Un film sur l’homosexualité ? Certes.

Mais surtout sur l’amour et le regard de l’Autre 

 

Un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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9 février 2020 7 09 /02 /février /2020 07:34

de Maryam Touzani (France Maroc)

avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi, Douae  Belkhaouda

 

Présenté à Cannes  (Un certain Regard) 

Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d'une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d'imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l'essentiel.

 

Adam

La mort n’appartient pas aux femmes (Abla)

Peu de choses leur appartiennent (Samia)

 

C’est un film de femmes, c’est un regard de femme sur des femmes (entendons par là que le regard de la réalisatrice épouse celui de ses deux personnages féminins) et à travers le parcours de Samia et Abla c’est un état des lieux de la société marocaine dans ce qu’elle comporte de plus traditionnel machiste et misogyne : la grossesse hors mariage, illégale, est sévèrement  punie (Samia le sait et préfère donner son enfant à l’adoption "avec moi il serait condamné") et une veuve ne peut accompagner son époux dans sa sépulture (Abla le rappellera, triste et mezza voce lors d’une confidence à Samia)

 

Nous sommes à Casablanca. La Médina. Une jeune femme enceinte frappe désespérément à toutes les portes pour offrir ses services de coiffeuse, de "bonne"  à tout faire. Refus réitérés. Nous cheminons à ses côtés dans les ruelles.

A partir du moment où Abla (pâtissière) accepte de l'aider et lui offre l'hospitalité (sa gamine de 8 ans a joué le rôle d'intermédiaire...),  la réalisatrice filme en intérieur. Plans serrés,  jeux d'ombre et de lumière, ocres bruns et mordorés -un travail remarquable de Virginie Surdej directrice de la photographie. Ces effets de clair-obscur rappellent certaines peintures, et ils sont en harmonie avec toutes les zones d'ombre et les secrets d'un film à la fois pudique et sensuel .

Certes il y a quelques échappées -sur les toits de la Médina, ou dans les ruelles quand le four tombe en panne-; certes il y a cette fenêtre  destinée au commerce et c'est par elle qu'un homme éperdument amoureux fait la cour à Abla; puis il y aura la fête de l'Aïd - mais les participants seront comme floutés...

 

L’essentiel est bien dans cet espace clos où insularité et sororité se rencontrent, se conjuguent et s’épousent.

Un apprivoisement réciproque que les deux actrices Lubna Azabal (rappelez-vous sa prestation dans  Incendies) et Nisrin Erradi incarnent avec une force et une justesse telles qu’on oubliera quelques longueurs (plus ou moins complaisantes)

 

Un film à ne pas manquer!

 

Colette Lallement-Duchoze

Adam

 

 

Tout a fait d'accord sur la "justesse" de ce  film surtout pour la description, toute en délicatesse de l'évolution des rapports entre les deux femmes ;de l'hostilité à la connivence et l'échange des savoirs.
 
Un petit bémol ; la fin, prévisible et donc attendue, sur le triomphe de l'instinct maternel.
Cette réserve ne doit pas vous empêcher d'aller le voir.
Marcel Elkaïm 9/02/20

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 07:00

de Jacek Borcuch (Pologne) 

avec Kystyna Janda, Kasia Smutniak, Lorenzo de Moor, Robin Renucci

 

prix de la meilleure actrice festival du film de Sundance 2019

Maria Linde, poétesse et prix Nobel juive polonaise, s’est retirée loin des mondanités et des conventions dans la paisible campagne de Toscane. Elle y vit libre et heureuse, entourée de sa famille, de ses amis et de son jeune amant égyptien. Mais la tension monte dans la vieille Europe comme dans sa petite ville où les réfugiés affluent. Refusant l'hypocrisie ambiante, Maria accepte une ultime remise de prix, et revient dans l'espace public avec une déclaration qui fait scandale.

Un soir en Toscane

Le brouillard ne sait plus/ S'il est porteur de terre ou de nuage/ Il ne sait pas parce qu'il n'a pas à la savoir/ Il ne sait pas. Il fait ce qu'il a à faire/ Et les autres n'ont rien à dire"

Maria Linde est poétesse.

Mais elle n'existe que dans la fiction de Jacek Borcuch (et l'actrice polonaise Krystyna Janda, l'interprète solaire de Wajda, l'incarne avec cette ardeur et cette passion auxquelles elle nous avait habitués). Construite à partir d'icônes de la culture occidentale elle  serait de l'aveu même du cinéaste " un mélange de Patti Smith, Susan Sontag, Bob Dylan, Oriana Fallaci et de beaucoup d'autres. Elle est quelque part entre la poésie te le punk".

Un artiste a-t-il le pouvoir de s'opposer "à la brutalité du monde" , à la frilosité des états européens dans leur politique d'immigration? Comment réagit-il face aux actes terroristes? Le réalisateur n'a pas la prétention de faire un film politique ni de donner des réponses toutes faites. Il met en évidence -en les rendant palpables- les questionnements (sur les réfugiés entre autres) et certaines réponses (xénophobie, embarras) seront incarnées par des personnages. Loin du "politiquement correct" voici Maria Linde. Or son discours prononcé après l'attentat perpétré à Rome, lors de la remise du prix...qu'elle refuse...peut laisser pantois...Il faudra l'ultime rencontre avec le journaliste du Monde pour que la poétesse "explique" ses propos et ce, avant qu'elle ne soit "muselée" (à noter ici, sans la dévoiler, que la dernière séquence pèche par un excès de facilité ...)

Or la seule personne dans le film qui aimait la complexité de Maria, sa vitalité, son énergie, son  refus de pactiser avec la peur, est précisément Nazeer son jeune amant. Elle, la métaphore de la culture occidentale? de l'Europe? Lui,  l'emblème de la culture orientale? victime de la xénophobie (effets collatéraux du discours de sa maîtresse)

 

Des visages des corps que la semi-obscurité réduit à des silhouettes, alors que vogue le bateau; c'est la scène d'ouverture. Une même atmosphère enveloppe la cité de Volterra; ambiances nocturnes ou du moins crépusculaires avec tous les effets de clair-obscur. Clair-obscur -Ombre/Lumière- qui semble épouser d'ailleurs les jeux de contrastes qui parcourent tout le film, dont celui qui oppose l'insouciance de Maria (au volant de sa Porsche par exemple) et l'angoisse de sa fille qui se mure dans un silence de désapprobation

Au moment de l'attentat (à Rome) c'est une vision quasi apocalyptique qui envahit l'écran -une balafre traumatisante à l'échelle cosmique-; ce que confirmera Maria  dans son discours (qui l'assimile à une "oeuvre d'art")

 

Intimiste et métaphorique,  récit sur la peur -qui assaille  les Européens-  Un soir en Toscane est un film que je vous recommande! Vivement !!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Intéressant  par tous les thèmes abordés (peut-être un peu trop ?)

mais il est un peu difficile de suivre les méandres de l'action.
La dernière séquence  , métaphore un peu lourde, permet de découvrir quelques aspects de cette belle ville qu'est Volterra.
 
Marcel Elkaim 9/02/20

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5 février 2020 3 05 /02 /février /2020 09:53

Documentaire réalisé par Mariana Otero (France)

A peine âgé de 30 ans Gilles Caron au sommet d'une fulgurante carrière de photo-reporter, disparaît brutalement au Cambodge en 1970. Il aura été l'un des témoins majeurs de son époque, couvrant les plus grands événements historiques et sociaux 

Histoire d'un regard

Au départ, un livre consacré à Gilles Caron que reçoit la réalisatrice Mariana Otero. Elle l’ouvre et nous le découvrons en même temps qu'elle. Premier plan.  Scène d'ouverture

Au départ une photo et son écho :celle des deux filles de Gilles Caron que Mariana Otero met immédiatement en parallèle avec les dessins de sa mère (disparue elle aussi).

Au départ un geste, une connivence, une correspondance entre le "regard" de la cinéaste et le regard du photographe.

 

À partir d’un disque dur -les 100 000 photos, les planches-contacts, les rouleaux- c’est une vie, c’est un tout à déplier et mettre dans un certain ordre, c’est un regard à capter!

 

Celui d'un  photographe disparu en 1970 qui avait couvert la guerre des Six Jours, le Biafra, la guerre du Vietnam, mai 1968, l’Irlande du Nord, et le Cambodge…Grand reporter de guerre, Gilles Caron a aussi immortalisé sa propre famille, la jet set parisienne, le travail de cinéastes sur leur lieu de tournage (Truffaut Baisers volés par exemple). 

Mariana Otero s’adresse à lui (voix off) le tutoie, comme un "double artistique" ?.Ses questionnements supposés (sur la position du regardeur face à ce qu’il veut immortaliser, sur l’angle de vue, sur l’instant magique où il appuiera sur le déclencheur) ses tâtonnements, ses réponses elle se les approprie, les fait siens (la longue séquence consacrée à Cohn-Bendit le prouve aisément). Elle épouse ainsi son regard et invite le spectateur à partager cette démarche.

Spectateur qui, conscient de la charge émotionnelle et politique des images, sait que la photo doit être contextualisée, qu’elle n’est pas "innocente" qu’elle peut être "indécente" dans sa volonté même d’alerter l’opinion (cf Caron photographie Depardon qui photographie un gamin biafrais squelettique …) qu’elle peut exhumer un passé que l’on croyait enfoui  (cf les séquences en Irlande où Mariana Otero presque 50 ans après la guerre civile, part à la rencontre de ces personnes qui manifestaient en 1969 et que Gilles Caron avait photographiées à découvert ou non. Regard émerveillé de cette femme âgée qui se (re)voit jeune fille telle une icône dans un environnement de gravats!)

 

Histoire d’un regard ce n’est pas un simple documentaire sur un photographe, c’est une proximité entre une cinéaste et un artiste de l’image

Et voici que le temps se fige

alors que palpite l’acuité d’un regard

 

Un bel hommage à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 11:36

de Ritesh Batra (Inde) 

avec Nawazuddin Siddiqui, Sanya  Malhotra, Farrukh Jaffar

Raphi, modeste photographe, fait la rencontre d’une muse improbable, Miloni, jeune femme issue de la classe moyenne de Bombay. Quand la grand-mère du garçon débarque, en pressant son petit-fils de se marier, Miloni accepte de se faire passer pour la petite amie de Rafi. Peu à peu, ce qui n’était jusque-là qu’un jeu se confond avec la réalité…

Le Photographe
Le film  “The Lunchbox” que les Rouennais ne peuvent oublier, car il est toujours à l’affiche de l’ancien cinéma Le Melville....aimeront aussi ce très bon film d’amour à l’indienne du même réalisateur.
 
L’histoire est simple : l’impossibilité pour un jeune couple de se marier s’ils appartiennent à des classes sociales différentes. Tout l’art du réalisateur est dans la manière de traiter ce sujet. Finesse, intelligence, retenue, intensité, émotion, tendresse sont les qualités premières de cette fiction réaliste, en y ajoutant une pincée d’humour et d’exotisme. Cela nous ravit.
 
Un tableau bien filmé sur Bombay en période de mousson, aux couleurs changeantes tantôt claires (extérieur jour) ou sombrement tamisées (les intérieurs de nuit)... le spectateur voyage dans ce pays fascinant et (re)découvre la vie des pauvres, telle cette domestique à domicile qui déplie sa couverture-lit tous les soirs pour dormir dans un bout de couloir, ou ces hommes trentenaires aux petits métiers entassés dans un gourbi pour économiser l’argent qu’ils envoient au village,  comme le fait également la domestique à demeure au foyer de la jeune fille... (l’émigration en Inde est aussi et surtout en interne)
 
La jeune étudiante qui vit en vase clos urbain confortable est curieuse de ce monde qu’elle ignore, et la lucidité douloureuse du photographe, sont ensemble les ingrédients subtils qui vont nous tenir en haleine dans cette histoire d’amour naissant. Le déroulement final, surprenant contre-pied du cinéma bollywoodien, apporte toute sa puissance au scénario.
 
Un film très réussi, authentique, à voir !
 
Serge Diaz

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2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 17:41

d'Olivier Assayas  (France, Brésil)

avec Penélope Cruz, Edgar Ramirez, G. Garcia Bernal

La Havane, début 1990. Alors que la guerre froide touche à sa fin, le département du contre-espionnage cubain envoie cinq hommes surveiller un groupe anti-castriste basé en Floride. à Miami, responsables d'attentats sur l’île. Cuban Network est l'histoire vraie de ces espions qui ont accompli leur travail en territoire ennemi

 

Cuban Network

Pour démêler les arcanes de la géopolitique, le cinéaste Olivier Assayas mêle étroitement deux genres narratifs : celui de l’espionnage, du contre espionnage (auquel il emprunte les codes ou les revisite) et celui de l’"intrigue"  sentimentale, (en célébrant l'amour qui unit Olga et son mari R Gonzales). Mais ce faisant, il est loin d’emporter l’adhésion du spectateur (même si on regarde avec un intérêt certain et sans trop s’ennuyer, son nouveau film Cuban Network)

Pourquoi ?

Certes, les mouvements de caméra dans la tourmente, les vues aériennes sur La Havane, le tempo qui fait alterner rythme soutenu et "pauses", les changements de point de vue, les jeux de lumière de clair-obscur, la récurrence de l’élément liquide (lieu de tous les trafics dont certains mortifères) tout cela est éminemment cinéphilique (et  cinégénique)

Mais à l’instar du sujet aux multiples ramifications, (de la constitution du réseau, de ses actions avec rebondissements inattendus, jusqu’à l’emprisonnement et au procès), la construction du film obéit à une structure qui complexifie les "données". Comme Olga (Penelope Cruz), nous sommes tentés de croire  dans un premier temps que son mari R Gonzales (Edgar Ramirez) est un « traître » quand il s’empare d’un avion et rejoint d’autres Cubains « exilés » anti-castristes,  en Floride. Puis annoncé par un encart, voici un flash-back qui nous ramène 4 ans en arrière, et qui doctement explique (voix off) la genèse du réseau des 5, puis ce sera le retour au présent, éclairé désormais d’un jour nouveau... Et Olga de soupirer j''ai besoin de temps...  De La Havane à Miami, de Miami aux pays d’Amérique centrale, de trahisons (ou prétendues telles) en révélations, d'escroqueries et mensonges en manipulations et corruptions, d’attentats sur le sol de Cuba en contre-attentats, du discours de Clinton à celui de Fidel Castro, d’accélérés en ralentis, des intérieurs feutrés américains à ceux délabrés de l’île, du rôle hypocrite du FBI à celui de dissidents,  tout dans ce film souffre d’une carence : une "dimension réflexive"  fait cruellement défaut (alors même, et c’est le paradoxe, que le cinéaste tente de tout expliquer, "scolairement" d’ailleurs…)

L’affiche aurait dû nous alerter : au tout premier plan le "couple":  couple- acteurs  "bankable" ou couple embarqué dans le flux de l’Histoire ?

 

Colette Lallement-Duchoze


 

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31 janvier 2020 5 31 /01 /janvier /2020 04:56

 

du 4 au 11 février 2020

 

 

cinéma Ariel

Place Colbert

Mont Saint Aignan 76130

 

 

Tél. prog  +33 (0)2 35 70 97 97

       adm  +33 (0)2 35 15 25 99

 


 

 

Soirée d’ouverture, mardi 4 à 20h

Paris est toujours Paris

et Verre de l’amitié à l’issue de la séance.

 

Mercredi 5 à 20h

De l’autre côté, nous étions des étrangers.

En première partie la chorale du Circolo italiano, sous la direction de Patricia Duchesne. Rencontre avec Frédéric Conti et Fabice Tempo

 

Rencontre Avec Marie-Pierre Lafargue, enseignante en cinéma.

À l’issue de la séance du film Et vogue le navire le samedi 8 à 20h30

et à l’issue du film Répétition d’orchestre le dimanche 9 à 16h30

 

Exclusivité, samedi 8 à 16h30

L’Apprenti de Davide Maldi

 

Avant-première lundi 10 à 20h

du film Citoyens du monde vostf

 

Clôture de la Semaine italienne, mardi 11 à 20h

avec le film Golden door.

 

Restauration

Restauration légère proposée en soirée par le Circolo italiano les 5, 6, 7, 8, 10, 11 février.

 

Les billets pour les adhérents du Circolo italiano sont en vente uniquement au local de l’association 30 rue des Charrettes à Rouen et les soirs de restauration (carte d’adhérent en cours de validité obligatoire).

 

Les séances sont ouvertes à tous dans la limite des places disponibles (sauf soirée d’ouverture : billets Circolo “ouverture” prioritaires).

 

Tarifs : plein 6,40€ / réduit 3,50 €

 

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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