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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 05:41

De Rafi Pitts (réalisateur né en Iran en 1967  d'une mère autochtone et d'un père anglais, persona non grata dans son pays depuis Hunter !)

 

Avec Johnny Ortiz, Rory Cochrane, Darrell Brit-Gibson

Soy Nero

Un film qui peut déconcerter tant il procède par ellipses et ruptures de ton -même si deux séquences importantes sont traitées de façon linéaire, la dernière souffrant même de certaines "longueurs"... . Mais ces procédés n'illustrent-ils pas le parcours chaotique de Nero ce jeune latino-américain de 19 ans dont l'"errance" va le mener du Mexique -où il a été expulsé après  les attentats du 11 septembre- aux USA, de  Beverly Hills au Proche-Orient? Il marche, il court, jusqu'à se confondre avec le mouvement traité telle une épure calligraphiant l'espace... À la conquête d'une identité qu'on lui a refusée ou dont on l'a spolié, il est Nero ce clandestin confronté à ces lignes de démarcation que représentent les frontières; et même s'il est engagé par l'US Army pour être lui-même un "garde-frontière", son sentiment d'appartenance à la nation américaine sera de courte durée et plus cruel sera le désenchantement ! Le réalisateur dédie d'ailleurs son film à tous ces soldats "immigrants" les green card soldiers" (ces "étrangers" qui pour devenir citoyens américains se sont engagés dans l'armée et que l'on expulsera!)

Des interrogatoires en échos (au tout début et à la fin avec la question lancinante de "l'identité"); des rencontres marquées du sceau de l'ambiguïté (un chauffeur qui le prend en stop à la fois père affable et vétéran détraqué; Jesus  le frère se pavane  dans sa luxueuse villa  (ah le rêve américain!) mais n'en est pas moins à la solde de trafiquants; les deux soldats afro-américains  en poste  à un checkpoint "rejouent" la rivalité East Coast/ West Coast).

Des raccords inattendus: nous quittons le frère, Jesus, et juste après nous sommes propulsés dans une zone désertique (Afghanistan? Irak?).

Des contrastes criants (misère de la clandestinité et opulence des nouveaux riches; ténèbres complices du fugitif et aridité craquelée  pétrifiée de soleil où est engagé le soldat).

Tout cela au service d'un questionnement sur la notion même de frontière (qu'elle soit ethnique, nationale économique, ou sociale) et des atrocités qu'elle génère (au nom de..), ce que suggérait d'ailleurs la parabole de l'éléphant et de la fourmi au début du film (une parabole destinée à Nero qui restait hors champ!)

Certes on pourra reprocher à ce film une forme de systématisme (chaque plan montrant de façon tangible ou suggérant plus subtilement une "ligne" de démarcation contre laquelle bute sans cesse Nero ….) et pourtant  quel sens de l'absurde dans le traitement d'un sujet qui nous concerne tous au premier chef :la nationalité des étrangers.

Un film où l'esthétique propre à la fable s'en vient  draper le réel -Nero après avoir franchi le mur qui sépare le Mexique des Etats-Unis trompe la vigilance des garde-frontières à la faveur d'un ciel constellé des feux d'artifice du Nouvel An! Des myriades d'étoiles annonciatrices d'un "futur" plus faste? Mais  l'Odyssée de Nero n'en était qu'à ses prémices....

 

Colette Lallement-Duchoze

Soy Nero
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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 05:23

Premier long métrage de Bogdan Mirica (Roumanie)

 

Avec Dragos Bucur (Roman) Gheorge Visu (Hogas) Vlad Ivanov (Samir)

 

Prix FIPRESCI (fédération internationale de la presse cinématographique) pour la sélection Un Certain Regard, festival de Cannes  

Dogs

 

 

Par un long travelling avant, la caméra nous entraîne jusqu'aux eaux boueuses d'un étang; silence oppressant que vient interrompre un étrange glouglou; c'est alors qu'émerge un pied ensanglanté. Raccord.  Fin du prologue. Long plan fixe: dans l'immensité déserte- seul, assis sur un banc, un homme attend (une voiture? un bus?). Ellipse: le même à l'intérieur d'une maison (celle de son grand-père décédé); dans un milieu assez hostile, il devra entre autres apprivoiser la chienne "Police" qui ne cesse d'aboyer.

Ainsi c'est par petites touches et le choix de longs plans presque fixes que progressivement se met en place l'intrigue. Lui? C'est Roman décidé à vendre la propriété de plus de 500 hectares dont il a hérité. Des terres infertiles mais qui bénéficient de la proximité de la frontière... Les vendre? c'est enfreindre le pouvoir de la mafia locale dont le grand-père était le "chef"... Casus belli qui transforme ces braconniers, -paysans frustes- en "chiens" tueurs, avec la "bienveillance" ou du moins la "complicité" de la police locale! 

 

Le réalisateur procède souvent par ellipses: dialogues laconiques, où triomphe le silence des non-dits ou des sous-entendus; jeux des regards; hors champ pour certaines tueries -ce qui ne l'empêche pas d'insister parfois sur la violence presque primitive - voir le gros plan prolongé sur le crâne de Pila sauvagement aplati au marteau par Samir !!! 

Décors et  thématique de la traque propres aux westerns, ambiances -surtout les nocturnes- propres au suspense -, omniprésence du Mal et marche inexorable vers la Mort- propres aux films noirs-, c'est avec un certain brio que Bogdan Mirica mêle différents  genres, dans cette sombre  tragédie. 

 

Certes on peut voir en filigrane une image de la Roumanie post-communiste. -filmée cette fois hors du contexte urbain et des huis clos oppressants auxquels certains de ses confrères nous ont habitués. Et si le pied -que le chef de police Hogas autopsie avec tant de méticulosité- en était précisément le symbole?

Mais le réalisateur -intéressé surtout par "l'absurdité de la vie qui est en même temps une dynamique de notre existence" - propose une autre interprétation "Dogs raconte l’histoire de trois hommes qui finalement, malgré les apparences, se ressemblent énormément. Ils ne font pas que s’affronter entre eux. Leur véritable bataille est celle qu’ils mènent contre eux-mêmes"

 

Un film à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Des qualités, certes, relevées par Colette,

mais à la fin on s'ennuie de tant de noirceur distillée à un rythme trop lent...

ME

29/09/2016

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 06:12

Documentaire réalisé par Thierry Demaizière et Alban Teurlai

produit par leur société  Falabracks créée en 2009

Relève: histoire d'une création

Je danse d'abord parce que j'aime la musique.

Et de fait pour sa création "Clear, Loud, Bright, Forward" destinée à ouvrir la saison 2015-2016, Benjamin Millepied -à la tête du ballet de l'Opéra de Paris depuis novembre 2014-, écoute d'abord la musique de Nico Mulhy (un collaborateur et ami). Il s'en imprègne, prend des notes dessine des figures.

Thierry Demaizière et Alban Teurlai l'ont suivi  depuis la réception de la musique jusqu'au soir de la Première! Leur documentaire entraîne le spectateur devenu complice dans les coulisses de cette "création"  -mais ce terme a une acception plus large; car les réalisateurs évoquent aussi les affres du "processus créatif" en général. De même que "relève" peut se décliner dans ses sens propre et figuré 

On est immergé dans le labyrinthe de l'Opéra, un huis clos géant (couloirs escaliers salles de répétitions, studios) On côtoie tout le personnel (de l'assistante Virginia Gris  qui trottine à la recherche du " maître" pour lui rappeler ses rendez-vous, aux costumiers maquilleuses éclairagistes) On sympathise avec le jeune chef d'orchestre Maxime Pascal, le compositeur Nico Mulhy et le maître de ballet. Mais surtout on assiste  aux répétitions...

Et l'on comprendra mieux les exigences du chorégraphe pour les pas de deux, les portés et les pirouettes "fluides" par exemple, ainsi que son empathie pour ses danseurs qu'il encourage et gratifie toujours. Une séquence (apéritifs chips) consacrée aux "ressentis" des danseurs dit leur préférence pour la "méthode Millepied" la comparant à celle de Brigitte Lefèvre qui aura dirigé la compagnie pendant vingt ans.

 

Mais quelle surcharge (pour ne pas dire lourdeur) et quelle afféterie: goût trop prononcé pour les ralentis, le recours au flou, les jeux de miroirs, gros plans sur une jambe ou un bras, comme si, détachés du corps, ils évoluaient seuls aériens. Bien plus, à trop vouloir mettre en exergue la "modernité" que revendique Benjamin Millepied les deux "journalistes" ont opté pour une mise en scène "high tech" avec des enchaînements qui rappellent les clips et de la musique électro en toile sonore!!

 

On retiendra malgré tout la volonté affichée de Benjamin Millepied (omniprésent à l'écran) de "bouleverser" tous les codes et les traditions d'une institution devenue légendaire (créée sous Louis XIV...): Concours annuels? Il les brocarde. Hiérarchie militaire? Il la vilipende. Racisme? Il le bafoue: n'a-t-il pas donné à la métisse Letizia Galloni le premier rôle pour "La fille mal gardée"? Rénover les planchers et les éclairages plateau, introduire le multimédia, rompre avec des principes qui empêchent un "lâcher prise", etc. Ce programme a-t-il été interprété comme une Révolution dévastatrice tel un tsumani? Et non comme une "relève"?

Est-ce pour ces raisons que le chorégraphe a donné sa démission quelques mois après la Première de Clear, Loud, Bright, Forward ? (création pour laquelle d'ailleurs il avait choisi non pas des danseurs étoiles, mais 16 jeunes issus du corps de ballet....)

 

Colette Lallement-Duchoze

Relève: histoire d'une création
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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 09:06

De Hannes Holm (Suède)

Avec Rolf Lassgard Bahar Pars Ida Engvoll Filip Berg

Prix du public Festival de Cabourg (juin 2016)

Mr Ove

Qui se cache derrière ce nom énigmatique "Ove"? Un "Vieux râleur et suicidaire" comme le dit explicitement le titre du roman de Frederick Backman, dont s'est inspiré le réalisateur Hannes Holm.

Au début, le film illustre en une succession assez rapide  d'instantanés, les trois caractéristiques du personnage éponyme: lors de ses visites rituelles au cimetière, le sexagénaire Mr Ove  apostrophe sa femme Sonja et lui confie son désir irrépressible de la rejoindre; il tente plusieurs fois de se pendre, en vain... (c'est que "le suicide n'est pas une sinécure") il invective une jeune fleuriste, une femme et son minuscule "clébard", et tous ceux qui ne respectent pas les "règles" de la co-propriété; il ne tolère pas que "tout parte en sucette".  Il ne "vit" que dans le souvenir de LA femme aimée..

Un élément "perturbateur" -l'arrivée de l'Iranienne Parvaneh de son mari et de leurs deux fillettes -vient enrayer sa trajectoire et simultanément inversera progressivement les tendances: une fraîcheur venue d'ailleurs dans le  quotidien pesant de cet homme bougon voire psychorigide. ET comme le dit expressément le sous-titre  (un rien racoleur tel un slogan publicitaire) Il vous déteste vous allez l'adorer 

Tel serait donc l'intérêt du film: lézarder, effriter pour l'abattre définitivement, une façade, celle d'un personnage buté.  Mr Ove a en fait "un trop grand coeur" (sens littéral et figuré)

 

Hélas et contrairement à ce qu'on peut lire sur le dépliant, ce film ne parvient pas à un équilibre parfait entre le rire grinçant et la tendresse délicate

Oppositions et antithèses faciles (vie et mort entre autres; légèreté et pesanteur) flash back répétés sur la mièvrerie des sentiments amoureux (et ces gros plans sur les doigts amoureux qui se cherchent!!) Abondance ad nauseam de clichés. 

Et l'humour (car il s'agit d'une comédie à la limite de la farce) n'empêche pas les bons sentiments de s'étaler dans leur viscosité

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 18:02

De Mohamed Diab (Egypte)

Avec Nelly Karim, Hani Adel, Tarek Abdel Aziz, Ahmed Malek

 

Film présenté à Cannes (section Un Certain Regard)

Le Caire, été 2013, deux ans après la révolution égyptienne. Au lendemain de la destitution du président islamiste Morsi, un jour de violentes émeutes, des dizaines de manifestants aux convictions politiques et religieuses divergentes sont embarqués dans un fourgon de police. Sauront-ils surmonter leurs différences pour s'en sortir ?

Clash

Titre détonant pour un  film percutant!

 

Intérieur d'un fourgon vide, c'est le premier plan de ce film. Cette apparente vacuité sert en fait de caisse de résonance aux violences extérieures. Et quand s'ouvre avec fracas la porte, sont projetés dans l'habitacle deux journalistes de l'AFP; ils auront beau se récrier rien n'y fait d'autant que l'ingérence des Occidentaux (et particulièrement des USA) est perçue comme une trahison. Suivront des pro et anti Frères Musulmans embarqués de force comme du bétail.

Début d'un Enfer. Enfermement claustral! Et ce durant presque 24h. 

 

La cohabitation forcée commence par de violentes invectives entre "frères ennemis". La caméra virevolte, s'arrête sur un visage, un geste (se dessine peu à peu la personnalité de chacun). Le recours aux plans serrés crée de toute évidence une sensation d'étouffement : le spectateur est lui aussi "embarqué"!

Le réalisateur fait alterner intérieur et extérieur. Un extérieur vu par les "prisonniers" qui s'adressent à d'autres "entassés" dans un autre fourgon (on s'inquiète du sort d'un proche) ou qui sollicitent une aide des forces de l'ordre alors qu'au loin on voit et entend la multitude des manifestants crier "l'islam vaincra". Le film conjugue  ainsi théâtralité (un peu appuyée) pour les protagonistes du huis clos et exercice "documentaire" -dans la  reconstitution des événements (affrontements émeutiers et police; bringuebalement dans les rues de la capitale)

 Il  obéit aussi à une double dynamique interne. D'une part les "embarqués" subissant les affres de la chaleur/fournaise  vont apprendre à s'apprivoiser mus par le même désir de survie; bien plus ils sauront faire abstraction de leurs "divergences" et s'entraider (cf. la scène où l'on boit chacun à son tour une gorgée d'eau; celle où Aicha donne les épingles qui agrafent son "foulard" pour suturer une plaie -même si le très gros plan sur la blessure a un côté racoleur...). D'autre part, Mohamed Diab a su créer une sorte de "tempo": à la violence succède l'accalmie (certes de courte durée); et la narration s'interrompt à plusieurs reprises par amenuisement de la bande-son avant le passage "écran noir" -qui joue le rôle de "balise" 

Si la séquence finale (où le fourgon est pris dans une manifestation si étrange que l'on ne sait plus qui est qui) est "ouverte" (en ce sens qu'elle laisse le spectateur décider du sort des "prisonniers") son traitement rappelle trop les écrans vidéo traversés de lumières et lasers verts alors que triomphait le bleu nuit stellaire (même si les manifestants utilisent ces lasers pour "brouiller" les pistes..)

Le  tohu-bohu du film est à l'image du chaos qui a suivi la destitution de Morsi. Mais on devine aisément que Mohamed Diab est surtout intéressé par l'humain (la séquence avec le sniper, le plan sur le corps gisant du père d'Aicha, le rôle de Nagwa l'infirmière sont significatifs). Sa vision n'est pas manichéenne! D'autant que l'on connaît ses convictions profondes : ni loi islamiste, ni loi martiale 

 

Colette Lallement-Duchoze

 
Clash

"j’ai été déçu car les gens ne retiennent que ce qui les met hors d’eux dans Clash. D’un côté ceux qui me reprochent d’être anti-gouvernemental, de l’autre ceux qui me reprochent d’humaniser des radicaux musulmans. Mais j’ai juste fait un film qui parle de la diversité égyptienne, qui se permet de critiquer la société dans son ensemble" Mohamed Diab

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 09:50

de Bertrand Bonello

Avec Finnegan Oldfield (David), Vincent Rottiers (Greg), Hamza Meziani (Yacine), Manal Issa (Sabrina), Martin Guyot (André), Jamil McCraven (Mika), Rabah Naït Oufella (Omar), Laure Valentinelli (Sarah), Ilias Le Doré (Samir), Fred (Robin Goldbronn), Luis Rego (Jean-Claude), Hermine Karagheuz (Patricia) Adèle Haenel (a jeune femme au vélo)

Nocturama

Certains spectateurs reprochent à Bonello d'être un "irresponsable" (avoir osé faire un film comme le sien sur le terrorisme) Faut-il rappeler que Nocturama a été tourné bien avant les attentats de 2015? Prescience donc plutôt que complaisance! D'autre part le mot "terrorisme" - galvaudé il est vrai depuis le 11/09/2001 et en France depuis janvier 2015- ne convient guère à propos de Nocturama. Préférons-lui celui d'insurrection. Certes Bonello ne mentionne pas les motivations de ces jeunes (il est intéressé plus par le "comment" que par le "pourquoi"), même si quelques flash-back illustrent brièvement leur "rencontre" -le seul discours est celui laconique et plein de sous-entendus de la jeune femme à bicyclette "ça devait arriver".  Les jeunes "terroristes" du film incarneraient plutôt la figure de la rébellion. Ce que "cachent" les reproches serait peut-être d'avoir amalgamé dans le groupe de "poseurs de bombes", des jeunes aux appartenances sociales religieuses et ethniques très diverses (juifs arabes fils de bonne famille...) alors que dans le contexte actuel  en France on ne parle  que de "musulmans radicalisés" 

 Au moins le film a le mérite d’interroger "politiquement" le spectateur....

 

D'un point purement formel Nocturama est d'une beauté rare où TOUT (cadres, plans, mouvements, angles de vue, jeux de travellings, flash-back, scène hors champ vécue sur le mode cauchemardesque, split-screen etc..) est travaillé comme au cordeau

 

Nocturama (ce mot désigne la partie d'un zoo où vivent des animaux nocturnes avec des installations d'éclairage spéciales) se présente sous la forme d'un diptyque: préparation et exécution d'attentats aux points stratégiques du "capitalisme" et du "pouvoir" , puis enfermement/réclusion dans un grand magasin de "luxe". Son épilogue reddition et mort rappelle la tragédie antique

Le film joue ainsi sur l'opposition extérieur/intérieur; jour/nuit, mutisme grave (en I) bande sonore surdimensionnée (en II) Mais l'essentiel est  de "montrer" que quelque chose gronde sous la surface qu'une menace existe réellement même et surtout si elle est "masquée": couloirs dédaléens du métro (en I) huis clos (en II) avec écrans de surveillance vite remplacés par les split-screen. Le grand magasin lui-même devient le lieu de tous les "fantasmes": les mannequins s'animent, on se travestit on porte des masques, on peut manger et boire à gogo alors que sur les écrans géants défilent les feux d'un embrasement qu'on croyait jusque-là "virtuel" ...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

NB: la Samaritaine dégoulinante de luxe dans Nocturama - où les jeunes doivent "attendre 10h"- ne renvoie-t-elle pas à la cage dorée où sont enfermées les prostituées de l'Apollonide? De  même la Jeanne d'Arc en flammes n'est pas sans rappeler la juive balafrée! 

 

 

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 08:07

De Jean-Christophe Meurisse

avec Céline Fuhrer, Thomas Scimeca, Maxence Tual,   

Et la participation de Claire Nadeau et Olivier Saladin

 

Film présenté à Cannes (Semaine de la Critique)

 

Argument: Céline, Thomas et Maxence vont toujours par trois. Ils veulent se marier, avoir une maison, un travail, des enfants sages et manger des huîtres tous les jours. Insoumis et inadaptés à une furieuse réalité économique et administrative, ils chevauchent leurs quads de feu et traversent une France accablée, en quête de nouveaux repères, de déserts jonchés de bipèdes et d’instants de bonheur éphémère. 

Apnée

Succession de saynètes, de sketchs ou tableautins, le film qui se veut "une sarabande libertaire et burlesque" s'ouvre sur la vaine tentative d'un mariage officiel à 3 où le maire d'abord compréhensif en vient à perdre sa contenance d'édile de la République, il se prolonge par une séance de patinage assez désopilante -trois corps nus avec des masques de catcheurs.

Tout serait-il à l'avenant?

On a vite l'impression que le film va manquer de souffle!

Certes çà et là le discours déjanté ou blasphématoire, la présence insolite d'une autruche dans une grande surface, celle de deux kukéris (était-ce la bébête show de la Croisette?), ponctuent un itinéraire globalement foutraque. Plusieurs sketchs sont assez cocasses en ce sens qu'avec un humour pince-sans-rire ils mettent à nu des maux de notre société: les règles du savoir-faire enseignées à Pôle Emploi, l'impossible communication entre clients et banquiers, les garanties exigées pour louer un taudis que le discours mensonger de l'agence présente comme "exceptionnel" , le rôle "éducateur" de la famille dans la longue et truculente séquence  avec Olivier Saladin

 Mais pour garder le "tempo", il eût convenu d'éviter des longueurs inutiles (quelques exemples: la séquence des chaussures collées au plafond, celle du Christ "décloué" qui ira laver son corps ensanglanté dans les eaux profondes sans les avoir apprivoisées, le bain dans une baignoire étriquée -pour un trio- d'un magasin de sanitaires avec vue sur une rue passante... et même dans le numéro de patinage artistique la longueur en atténue la grâce "aérienne"...

Cela étant, le talent de la troupe des "Chiens de Navarre" n'est nullement (re)mis en cause...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 17:20

De François Ozon

Avec  Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzne

 

Librement adapté de Broken Lullaby  d'Ernst Lubitsch (1932), ce film est en compétition pour le prix du Lion d'Or à la Mostra de Venise 2016 (qui se terminera le 10 septembre)

 

Argument: Au lendemain de la guerre 14-18 dans une petite ville allemande Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé Frantz mort sur le front en France. Mais ce jour-là un jeune Français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles dans la ville 

 

Frantz
Surtout ne pas résumer l’histoire à ceux qui ne l’ont pas encore vu,- un des grands plaisirs de ce film résidant dans l’excellence du scénario-, le tout s’écroulerait !
 
Difficile de ne pas sortir du cinéma les larmes aux yeux et pourtant FRANTZ n’a rien d’un mélo.
Un noir et blanc superbe, une musique douce et triste qui fait frissonner, des dialogues peu bavards mais dont chaque mot compte, un déroulé d’histoire inattendu, tout nous emporte dans cette atmosphère de 1919 tantôt en Allemagne tantôt en France.
 
Frantz nous fait   réfléchir à la nécessaire réconciliation  (?) franco allemande au lendemain de la Grande Boucherie. La séquence où trois officiers médaillés entrent dans un café parisien et les hommes attablés se lèvent pour entamer “La Marseillaise” nous glace tant ce chant d’origine révolutionnaire apparaît au gré des paroles “ils viennent jusque dans nos bras égorger nos femmes et nos compagnes, (...) qu’un sang impur abreuve nos sillons” comme un cri de guerre nationaliste, militariste, borné.
Jamais notre hymne bien aimé n’avait pris une si effroyable résonance.
 
Bravo François Ozon pour votre magnifique hommage à l’amour et à la paix.
 
Serge Diaz
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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 06:37

De Philippe Lioret

Avec Pierre Deladonchamps, Gabriel Arcand, Catherine de Léan

Argument: À trente-trois ans, Mathieu ne sait pas qui est son père. Un matin, un appel téléphonique lui apprend que celui-ci était canadien et qu’il vient de mourir. Découvrant aussi qu’il a deux frères, Mathieu décide d’aller à l’enterrement pour les rencontrer. Mais, à Montréal, personne n’a connaissance de son existence ni ne semble vouloir la connaître…

Le Fils de Jean

La famille -ses secrets, ses non-dits inavouables-, une enquête qui se mue très vite en quête identitaire, quoi de plus banal pour ne pas dire éculé! (ah ce marronnier de la littérature et du cinéma!).

Certes dans le film de Philippe Lioret, tous les acteurs tentent de jouer avec retenue (impliqués et comme à distance) la communication passe essentiellement par les regards  et le recours à l'ellipse évite certains pièges du pathos. 

Et pourtant! Quelle déception!

Un récit linéaire, des paroles lénifiantes (sur la Vie l'Existence) ou des propos stéréotypés  (sur la succession, ou le respect de rite religieux),  des scènes de bagarre avec les demi-frères de Mathieu presque inutiles et l'absence de raccord cut qui aurait imposé une autre forme de narration ou un autre rythme!!

Car hormis la prestation de Pierre Deladonchamps (meilleur espoir masculin pour l'inconnu du lac) et de Gabriel Arcand (acteur dans le film de son frère "le déclin de l'empire américain" et omniprésent en père Goriot dans "le démantèlement") le film patauge et s'englue à l'instar des eaux boueuses du lac sans nom où est censé avoir disparu le père "inconnu" (de Mathieu)

 

Non il n'y a pas de "twist final" !

car le retournement de situation qui est censé surprendre le spectateur à la fin d'une narration est ici assez "lourdement" annoncé....

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Je vous trouve bien sévère
Ce film m'a beaucoup plu
On emboîte le pas de Mathieu dans ses doutes ses attentes de même qu'on découvre progressivement la personnalité complexe de Pierre (l'ami de Jean et l'hôte canadien de Mathieu)
Film de l'intime mais qui a une portée universelle

Elisabeth 5/09

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 07:54

De Joachim Lafosse (Belgique France)

Avec Bérénice Béjo, Cédric Kahn, Marthe Keller

Présenté à Cannes (Quinzaine des réalisateurs)

Argument: Après plusieurs années de vie commune, Marie et Boris décident de se séparer. Fille de bonne famille, elle travaille et gagne bien sa vie, tandis que lui accumule les petits boulots périodiques. Elle a financé l'achat de la maison tandis que lui l'a rénovée, apportant ainsi une plus-value. Lorsqu'ils décident de vendre leur maison, la question est désormais pour eux de savoir quelle part chacun doit recevoir...

L'économie du couple

 

On m'avait dit beaucoup (trop) de bien de ce film "sur un sujet aussi rebattu, le réalisateur évite les clichés, il filme avec une grande justesse" , etc. etc.

 

Déception à la hauteur de mes attentes!

 

Faire cohabiter deux partenaires dans le huis clos du désamour pendant 100 minutes n'est-ce pas un peu longuet? (même si Bérénice Béjo est parfaite)

Alors que tout est "quasiment" révélé assez rapidement...

Alors recoller quelques lambeaux pour que le règlement de comptes soit définitif!

Et que la mère puisse proclamer cette vérité -qui hélas fait date!!- "autrefois on savait réparer les chaussettes, les frigos. Maintenant dès qu'il y a un problème on jette. Pareil dans le couple; plus de désir, on jette"

 

On a vu Joachim Lafosse plus convaincant (dans "à perdre la raison" ou "nue propriété")

 

Elisabeth

 

 

C'est vrai que le film a 15 minutes de trop mais il est néanmoins intéressant car rares sont les films où le problème de l'argent dans le couple est aussi central et pourtant !..Dans la vraie vie .le rapport de forces économiques à l'intérieur d'un couple existe et l'argent, on le sait, est tellement symbolique d'autres choses, de névroses aussi. On se demande bien pourquoi le personnage interprété par B. Béjo fait une telle fixation sur le principe de ne pas séparer en deux la vente de la maison...la paix n'a pas de prix, elle le comprend bien tard.

Ce film qui parle de l'ordinaire sort de l'ordinaire justement parce qu'il met bien l'accent sur les interrogations qu'on peut avoir sur la séparation d'un couple.

Au final j'ai bien aimé.

Serge 5/09/2016

 

 

 

 

 

Filmé en plans séquences ce "huis clos sur le désamour", est il est vrai un peu long ...

Avoir choisi avec Mazarine Pingeot le "prisme de l'argent" pour illustrer la défaite de l'amour était peut-être une gageure; les exigences répétées ad nauseam sur la répartition d'un tiers ou de la moitié de ce qui reviendra après la vente, ériger ce problème en dichotomie travail contre capital tout cela était audacieux; mais après tout "quantifier son apport au couple" n'est-ce pas précisément le début de la fin???
le cinéaste ne juge pas ses personnages ... même s'il donne une orientation politique à la "marchandisation" de l'intime-,  
il laisse au spectateur le soin de réagir selon son propre vécu

Colette 21/01/2017

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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