5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 10:32

Film de Emir Baigazin (Kazakhstan, Russie)

Avec Timur Aidarbekov, Aslan Anarbayev

 

Ours d’argent de la meilleure image, Berlin 2013 ; Grand Prix / Licorne d’or et Prix d’interprétation masculine, Amiens 2013 ; Mention spéciale, Tribeca 2013 ; Meilleur film, Seattle 2013 ; Grand Prix, Sao Paulo 2013 ; Prix spécial du jury, Tokyo 2013 ; Mention spéciale, Gand 2013

 

  

 lecons-d-harmonie.jpgIl est des films qui longtemps après leur projection vous habitent encore (Le cheval de Turin, Ida, Heli, etc.); ainsi du film kazakh "Leçons d'harmonie". Pourquoi? Grâce à cette adéquation presque alchimique entre  fond et forme: préparation méthodique d'une vengeance  et  froideur souvent glaciale de la mise en scène.  Voici Aslan un jeune de 13 ans, plutôt malingre, capable de maîtriser un mouton rétif puis de le dépecer méticuleusement (c'est la scène d'ouverture); le même, au collège victime d'ostracisme, relégué à une solitude fondamentale, il reste muet  (apparemment) face aux supplices infligés par le caïd Bolat, et sa bande (eux-mêmes soumis à plus forts qu'eux). Dans sa chambre monacale (Aslan vit seul avec sa grand-mère) il s'adonne tel un entomolgiste dans son laboratoire, à des "expériences" sur des insectes (gros plan sur des cafards qu'il soumet à des décharges électriques).... Visage fermé, regard absent, il fabriquera l'arme de "destruction" destinée à ceux-là mêmes qui persécutent les plus faibles; avant de subir lui-même, après son "inculpation", les tortures infligées  par les représentants de l'autorité, impavides ou sadiques. Racket, corruption à tous les étages, violence, élimination; un tel microcosme ne serait-il pas l'image de la société kazakhe dans son ensemble? (où les parents d'ailleurs ont déclaré forfait; mais surtout où le communisme a cédé la place à un ultralibéralisme forcené...)

 Comme on enseigne au collège aussi bien Gandhi, Darwin que l'art de la guerre ou l'énergie, le film se prête à différentes métaphores: d'où l'omniprésence des lézards emprisonnés dans un bocal, le très gros plan sur des fourmis dévoreuses d'un ver de terre, le jeu des cadres dans le cadre, les parallélismes entre espèce animale et humaine, ou encore les effets spéculaires (le film s'ouvre sur la scène de dépeçage d'un mouton, il se clôt sur la danse d'un mouton  vu de profil sur les eaux d'un lac, divisant ainsi l'espace entre Aslan vu de dos sur une rive et les silhouettes de ses deux "victimes" vues de face sur l'autre rive...)

 Rythme lent, longs plans d'ensemble fixes, blanc laiteux opalescent de certaines ambiances en contrepoint aux "aveugles ténèbres" de l'antre des caïds, ellipses (qui laissent toujours hors champ les exécutions), récurrence quasi obsédante de certains gestes (Aslan et sa "toilette" forcément lustrale, Aslan et ses vomissements à la simple vue d'un verre...-c'était le trauma originel), pas ou peu de musique (additionnelle)

 Et malgré quelques échappées oniriques, c'est un peu KO (ou frigorifié, c'est selon) que l'on sort de la salle, mais ô combien "ravi"!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 16:17

De Kelly Reichardt

Avec Jesse Eisenberg (Josh) Dakota Fanning (Dena) Peter Sarsgaard (Harmon)

Musique de Jeff Grace

Grand prix  festival du cinéma américain de Deauville

 

 

night moves

Interrogation sur une forme de militantisme écologique, "l'éco-terrorisme"? Sur son efficacité, sa légitimité (en clair peut-on prétendre défendre l'environnement, en faisant sauter un barrage hydroélectrique parce qu'il nuit à l'écosystème?). La réalisatrice ne répond pas, ne juge pas (même si tout en fustigeant  le radicalisme, sa sympathie irait plutôt vers les trois activistes après tout moins condamnables que la firme BP quasiment impunie pour avoir pollué l'Océan, cf interview accordée à Médiapart). Elle se contente de "montrer" tout en "suggérant".  Et d'abord ces paysages de l'Oregon, paysages somptueux avec leurs forêts et leurs lacs, que l'on souhaiterait inviolés. En s'immergeant dans le quotidien d'une ferme bio, par exemple, elle suggère l'authenticité d'une démarche (celle de Josh...). Dans la première partie, se met en place par touches successives  un "rituel": de la préparation jusqu'à l'explosion (laquelle restera hors champ); de son regard "clinique" Kelly Reichardt observe au plus près les visages, décompose avec minutie les gestes; tout est "ciselé" disséqué dans une apparente "froideur"; peu de paroles mais des regards complices; appréhension, attente, et velléité de renoncement face à un contretemps. Les trois militants Josh, Dena, Harmon sont unis par l'exigence d'une mission à accomplir. Alors que dans la seconde partie, ils vont être renvoyés à leur "conscience individuelle" (suite à la mort d'un campeur). Dena culpabilise, et non seulement elle "somatise" (cf son urticaire) mais veut "se confier" (fatale décision!). Josh mutique accomplit parfois hagard les ordres de Harmon (dont on n'entendra plus que la voix au téléphone; sur l'affiche du film celui-ci n'apparaît même pas...). Traqués tels des animaux, ne seraient-ils pas pris à leur propre "piège" ?

Le film frappe par son mélange d'étrangeté et de réalisme: voici le corps d'une biche écrasée qui palpite encore de la promesse d'une vie; voici des corps de femmes nues qui émergent d'un bain de vapeur; gros plans sur des légumes ainsi magnifiés; et ces baguettes de sourcier pour sonder Josh? Dans la nuit sombre (comme le souligne le titre) voici que se diffractent des halos lumineux sur les visages enténébrés par la peur!     

 

CLD

 

Extrait d'interview (Mediapart)

realisatrice.jpgSur la côte Est, les gens se demandent pour quelle raison on pourrait vouloir faire sauter un barrage. Sur la côte Ouest au contraire, les journaux parlent tous les jours des barrages. Des gens les ont occupés, ont dessiné d’incroyables graffitis qui tracent des pointillés tout le long, avec le dessin d’une paire de ciseaux. Pendant le mouvement Occupy, des gens se sont enchaînés aux barrages. La réorientation de l’eau, les saumons, l’énergie en Californie et dans l’Oregon sont un problème important… Vous allez vers l’ouest du pays, et d’un coup les arbres sont là, face à vous. C’est la différence avec New York. La nature est autour de vous, impossible à ignorer

 

 

 

 

 

J'aurais voulu être aussi enthousiaste sur ce film que beaucoup de commentateurs. Son sujet est important :écologie, responsabilité individuelle...Mais je ferai deux reproches : le manque de crédibilité des personnages et puis l'ensemble m'a paru un peu laborieux dans le tempo du film et la mise en scène.

Marcel Elkaim le 30/04  

 

 

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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 14:36

Film canadien de Xavier Dolan (à la fois scénariste, réalisateur, monteur, acteur) d'après la pièce de Michel Marc Bouchard . Avec Xavier Dolan (Tom) Lise Roy (Agathe, la mère) Pierre-Yves Cardinal (Francis) Evelyne Brochu (Sarah). Musique de Gabriel Yared

 

 

tom à la ferme De grâce, laissons les références au vestiaire. Xavier Dolan  avoue lui-même qu'il ne connaît de Hitchcock que Vertigo, mais on s'obstine à voir dans la séquence de la douche une réminiscence de Psychose et dans le rôle de la mère, plus qu'un clin d'oeil à Pas de printemps pour Marnie, etc. Tom à la ferme illustre, selon les propos du réalisateur, "le rat des villes et le rat des champs" "Deux animaux blessés qui s'apprivoisent, et le film montre la manière dont ce rat des villes et ce rat des champs, deux étrangers en deuil, trouvent des façons, aussi violentes soient-elles, de colmater leurs brèches communes".

Voici Tom, publicitaire à Montréal, qui se rend aux obsèques de son ami/amant Guillaume, à la campagne. Voici Francis le frère de Guillaume, un fruste homophobe, qui "sent l'étable"; tyrannique, il va imposer à Tom (afin de préserver Agathe, la mère éplorée, qui ignorait l'homosexualité de son fils décédé) de jouer ce qu'il n'est pas (ce que révélait plus ou moins dès le premier plan, l'emploi du verbe "remplacer" dans le billet d'amour et d'adieu qu'écrit Tom sur un mouchoir).

Le spectateur assiste à un drame: celui des faux-semblants, de la violence (contenue ou explosive) que sous-tend la dynamique Eros/Thanatos - le point d'orgue étant la scène de tango dans une grange immense où Francis guide, domine, rejette pour mieux l'enlacer Tom, son partenaire.... Le premier face-à-face entre les deux hommes est filmé dans le noir; l'ombre menaçante de Francis vient percuter le corps de Tom et cherche à l'étouffer...Ce sera aussi une course-poursuite dans les champs de maïs, aiguisés comme des "couteaux"...Unis dans le mensonge, et progressivement par une relation sado-masochiste qui ne dit pas son nom, les "frères ennemis" cohabitent dans l'atmosphère assez oppressante d'un huis clos: chaque lieu de cette ferme isolée -cuisine, chambre, étable, garage - suinte d'angoisse et dénonce le piège...(effets de clair-obscur, de profondeurs de champ, de changements d'échelle)

Ce qui m'a gênée toutefois, c'est la complaisance du réalisateur à se filmer. Pour preuves: après une vue aérienne sur la voiture qui sillonne la morne immensité de la campagne, voici un gros plan sur le visage de Tom au volant; à son arrivée à la ferme, long travelling sur le personnage et sa valise; dans la scène du bar (les explications/révélations du barman sur le passé de Francis m'ont paru "artificielles") Tom est assis au zinc: gros plan sur ses grimaces/tics et sa façon de siroter sa bière; idem pour le flash back du karaoké; pas un plan (ou presque) où n'apparaisse, effarouché, moqueur, humilié, balafré, le visage (ou une partie du corps) de Tom!

Cela étant, le jeune réalisateur de 25 ans qui signe là son quatrième film, n'en est pas moins talentueux. Et puis il y a la musique de Gabriel Yared

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS: Les spectateurs qui ont quitté la salle dès le début du générique de fin, n'auront pas vu les "images" d'un décor urbain suggéré (retour de Tom à Montréal ) contrastant avec cette  parenthèse "champêtre" qui n'eut rien de "bucolique".... 

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 13:09
Dans le cadre du festival "A l'est du nouveau" ( plein de bonnes surprises et de belles rencontres....quel dommage qu'il n'y ait pas plus de monde!):
A ne pas manquer ce soir à l'Omnia à 18h "Papusza":
  
Film polonais de Joanna Kos, Krysztof Krauze, sur les Roms de Pologne et Papusza poétesse rejetée par sa communauté (car apprendre à lire et à écrire est interdit, porte malheur...)
affiche-papusza-306x432.jpg

En noir et blanc, entre 1920 et notre époque, la guerre, la vie en roulotte, la sédentarisation... Il est dit dans le film: "Si les tziganes avaient de la mémoire, ils mourraient de chagrin"
Nombreux plans larges magnifiques (la photo entre autres a été primée à Valladolid en 2013). Seuls trois acteurs sont professionnels les autres sont des Roms. La musique est remarquable (la musique tzigane bien sûr mais aussi un opéra contemporain composé à partir de ses textes).
 
lien bande annonce:

à propos de Papusza:
 
 
Jacqueline Marro

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 15:17

Film mexicain de Amat Escalante

Prix de la mise en scène à Cannes 2013

Avec Andrea Vergara (Estala) Juan Eduardo Palacos (Beto) Armando Espitia (Heli)

 

heliLa scène inaugurale a de quoi faire frémir! Un long plan fixe en plongée sur un visage ensanglanté calé par un pied; puis la caméra glisse sur le corps et celui d'un acolyte, tous deux allongés à l'arrière d'un pick-up; extérieur nuit; une route; arrêt; le corps du premier sera pendu à la balustrade d'un pont; plan d'ensemble; vision quasi fantomatique de ce corps qui n'est plus qu'épouvantail. Les bourreaux? Ils sont masqués. Les raisons d'une telle violence? Ce sera l'objet du premier tiers du film. Voici une famille ordinaire -cinq personnes: le père, la fille Estala, le fils Heli sa femme et leur bambin - qui vit très modestement dans une petite ville perdue dans un désert aride (voir l'affiche). Heli travaille comme son père à l'usine automobile locale, il rêve d'être "responsable"; sa petite soeur quant à elle rêve de concrétiser sa "romance" avec Beto (jeune recrue de l'armée mexicaine). Rêves à jamais brisés suite au vol de deux paquets de cocaïne par Beto! C'est toute la famille qui va subir d'atroces représailles!  La scène de torture en est le point culminant: un bourreau s'acharne à frapper le dos de Beto (jusqu'à ce que mort s'ensuive); puis on brûle ses parties génitales -une bande-son amplifie les cris de douleur. Violence filmée sans concession, sans détour, crûment, frontalement! . Scène d'autant plus insoutenable qu'elle est "vue" par des gamins (invités d'ailleurs à participer à cette barbarie) et qu'en profondeur de champ se devine la silhouette d'une femme préparant un repas....Et ce fut précisément le grief formulé par certains festivaliers... Mais le problème de la "légitimité": a-t-on le droit (dans une fiction) de filmer de tels actes de violence, est à mon avis un faux problème; la seule interrogation "légitime" porte sur les causes de cette violence: pourquoi en est-on arrivé là (dans la réalité) dans un pays désormais gangrené de toutes parts; même dans cette "immensité aride" la télé diffuse la barbarie. Moins criante, plus insidieuse la violence perdure dans la seconde partie du film : comment survivre à un tel traumatisme? Est-ce tout simplement possible? Quel sera le rôle de la justice ? (là encore une commissaire se contente d'offrir sa poitrine plantureuse au jeune Heli...)     

 

On sera peut-être déstabilisé voire pétrifié, on n'en appréciera pas moins la façon de filmer d'Escalante (qui rappelle un peu celle de son maître et devancier Reygadas), longs plans fixes, qui progressivement vont s'élargissant et ainsi contrarient ou confortent les premières impressions du spectateur; plans savamment cadrés; ellipses et non-dits; profondeurs de champ; effets spéculaires, lueurs bleutées lumière blafarde, etc.

Interrogé à Cannes (suite à la controverse) le réalisateur affirmait "mon film n'est pas une comédie; il montre la violence dans ce qu'elle a de douloureux de déplaisant et de triste" "cela (= montrer) est nécessaire d'un point de vue moral (c'est une question de responsabilité)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 06:44

FESTIVAL DU COURT-MÉTRAGE À ROUEN ET MONT-SAINT-AIGNAN Du 14 MAI au 4 JUIN 2014

aux cinémas ARIEL (MONT-SAINT-AIGNAN) et OMNIA (ROUEN)

 

Entrée 3 euros;  pass festival 8 euros  

www.courtivore.com

 

courtivore-vignette-.jpgDu 14 mai au 4 juin 2014, l'association rouennaise Courtivore vous invite à découvrir sa sélection annuelle de courts métrages. Films d'animation, comédies,drames, thrillers... Tous les genres du cinéma peuvent être représentés, la seule contrainte exigée des films étant de ne pas excéder une durée de 20 minutes. Pendant la préparation du festival, un jury de présélection composé de membres de l’association Courtivore a retenu 27 films sur les quelques 380 reçus pendant l’année et candidats à une participation au festival. Ces films sont ensuite répartis en trois actes, qui auront lieu les 14, 21 et 28 mai 2014 au cinéma Ariel. Cette organisation permet ainsi au public d’apprécier trois programmations distinctes. Lors de chacun des actes, les spectateurs désignent le film qu’ils souhaitent voir arriver en finale. Les 3 premiers de chaque session sont donc sélectionnés pour la finale du 4 juin 2014 au cinéma Omnia.

LES PRIX

Le prix du public

C’est lors de la finale (le 4 juin à l’Omnia) qu’est désigné, par le public, le film qui aura fait la différence, devenant ainsi le lauréat du festival d’un prix de 1000€ offert par le Crédit Agricole Normandie Seine. Deux autres distinctions complètent le prix du public :

Le prix 18-30

Le Courtivore s’associe au Centre Régional d’Information Jeunesse de Haute-Normandie (CRIJ) pour l’organisation d’un jury 18/30, composé de 7 jeunes de 18 à 30 ans. Les membres de ce jury assisteront gratuitement et dans des conditions privilégiées à toutes les séances du festival, et auront la charge de désigner ensemble le gagnant du prix du jury 18/30. Les personnes intéressées peuvent se faire connaître avant le 21 avril 2014 à l’adresse contact@crij-haute-normandie.org (en indiquant nom, prénom, âge, adresse, mail, téléphone).

Le prix jeunesse

Une projection jeunesse proposée à un public de scolaires (classes de CM1/CM2) désignera le gagnant choisi par les élèves présents

 

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 07:47

Film vénézuélien de Mariana Rondon

Avec Samuel Lange, Samantha Castillo

Grand Prix du festival de San Sebastian 2013

 

pelo maloPelo Malo (cheveux rebelles) c'est la chevelure frisée de  Junior, un métis de 9 ans qui vit avec sa mère et son tout jeune frère (non métis) dans un modeste appartement d'une Cité à Caracas. Mais au Venezuela l'expression désigne aussi (connotation péjorative) le métis en général. C'est pourquoi Junior cherche à se conformer au modèle "blanc": avoir les cheveux lisses. C'est son obsession. Et il lui faut agir vite (obtenir une photo d'identité pour la rentrée scolaire). Ses efforts, ses tentatives (il monopolise la salle de bains, enduit ses cheveux d'huile voire de mayonnaise), ses façons de se déhancher, les chansons qu'il fredonne dans le bus -et la grand-mère Carmen oeuvre en ce sens- sont pour la mère les signes incontestables d'une homosexualité précoce qu'elle doit juguler, "soigner" (d'où les rendez-vous chez le médecin). Le problème assez "tabou" de la sexualité des enfants, apparemment limité dans ce film aux désirs de "paraître" , se dessine en creux dans la relation conflictuelle entre la mère et son fils; la première n'a de cesse de "viriliser" son gamin, le second échoue à "plaquer" sur le réel ses rêves d'enfant -tout au plus regarde-t-il avec concupiscence la belle morphologie du jeune épicier. En adoptant très souvent le point de vue de l'enfant (hauteur des cadres par exemple) la réalisatrice nous immerge ainsi dans l'univers intérieur(?) de son personnage!

Cette version plutôt "intimiste" s'inscrit dans un contexte de précarité sociale. Nous sommes à Caracas. Chavez agonise (on apprend que des habitants vont se tondre les cheveux, gage de leur soutien au président victime d'alopécie suite aux traitemnts subis). Cela n'a aucune incidence sur la narration. Le discours politique est comme "tenu à distance". Et Marta, la mère, est trop occupée à retrouver son emploi de vigile. En revanche, l'espace urbain délimite les errances et les itinéraires des personnages. La récurrence des plongées et contre-plongées sur les immeubles (délabrés) semble rythmer la narration et simultanément souligne l'effarante compacité verticale qui sature l'espace en l'obstruant -et la scène où Junior et sa copine scrutent de leur "balcon" les voisins d'en face est éloquente: un zoom avant met à nu l'intimité des locataires identifiés, dans l'exiguïté de leurs "clapiers". De même la récurrence des scènes de rues (foule grouillante, circulation incessante, immenses panneaux fresques "religieuses") correspond dans la narration aux déplacements de la mère -appartement bus recherche d'emploi- et simultanément donne au film une dimension de "documentaire" sur la mégalopole.

Les cheveux rebelles, on l'aura compris, ne sont qu'un prétexte. Au service d'une "oeuvre cruelle sur l'orientation sexuelle d'un gamin de neuf ans"  comme l'affirment certains ?(cf. dépliant Omnia). Peut-être. En tout cas, ne pas traiter le problème frontalement confère à ce film une certaine délicatesse en ce qu'il suggère plus qu'il ne dévoile (hormis bien évidemment la dernière scène qui "cisaille" et tombe tel un couperet!)  

 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 10:01

Film franco-belge de Kadija Leclere. Avec Rania Mellouli (Sarah enfant) Hafsia Herzi (Sarah jeune femme) Hiam Abbass (la tante) Smaïn (le père)

 

 

le-sac-de-farine.jpg"Bonjour je suis ton papa".Quelle aventure pour une gamine de 8 ans abandonnée dans un orphelinat catholique belge!. Mais quelle déconvenue quand elle se réveillera (après avoir été "droguée") dans un petit village de l'Atlas marocain!. Dès lors commencera la dure "acculturation" dans une société patriarcale où la femme est reléguée au second plan (tricot et mariage forcé) Mais Sarah garde intact le rêve de retourner en Belgique!

La réalisatrice (qui s'est inspirée de sa propre expérience) met en évidence le  problème souvent douloureux de la double culture; en outre, elle a  osé s'attaquer à un sujet tabou "l'enlèvement familial"-ce qui lui a valu de violentes critiques. Hélas! Son film, sincère au demeurant, ne "convainc" pas. La première partie Belgique 1975 -ou plutôt ce qui sert de prologue- souffre de lourdeurs trop démonstratives (voir la scène du confessionnal qui s'étire inutilement). Maroc 1984, en toile de fond la révolte des Awbach (en fait appellation méprisante utilisée par Hassan II pour condamner le mouvement de protestation); l'évocation du quotidien dans la famille de "sang" (une tante bienveillante, une grand-mère soucieuse de préserver les traditions, en l'absence du père biologique (re)parti sans donner d'explication) qui se veut la peinture d'un microcosme, s'apparente plutôt à un défilement de vignettes/clichés où les acteurs (même Hafsia Herzi et Hiam Abbass) semblent réciter leurs dialogues et leur manière d'investir l'espace est "empruntée" voire dégingandée... Un thème assez grave desservi par une réalisation plutôt boiteuse. Dommage! Et ce, malgré  les panaromiques sur de somptueux paysages, malgré le chatoiement de couleurs et certaines ambiances feutrées!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

lundi 31/03

Jugement bien sévère  ! Le jeu des deux actrices ( cf. La source des femmes) m'a paru au contraire très "juste" (beaucoup de retenue chez  Hiam Abbas dans le rôle de la tante et Hafsia Herzi illumine le film de sa beauté rebelle). De plus je fus particulièremnt sensible à un des problèmes soulevés par la réalisatrice: celui des origines, familiales  surtout (ce qui explique peut-être la scène de la confession au début; la petite Sarah "ment" à ses copines et à elle-même en s'inventant des parents) Un film empreint de délicatesse que je recommande

Elisabeth

 

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 07:49

de Quentin Dupieux

Avec Mark Burnham, Eric Judor, Marilyn Manson

Musique de Mr Oizo

 

wrong-cops.jpg

 

 

Adeptes du "je-m'en-foutisme" artistique, fans de  musique techno, ce film est pour vous!

Ce n'est plus le pneu psychopathe sérial killer de Rubber, mais une clique de flics crapuleux (Duke, Rough, Deluca entre autres, libidineux, monomaniaques pervers )

Faire écouler de la drogue dans le cadavre de rats puis de poissons, la belle trouvaille!! s'égorger pour ne pas assumer son passé de gay, quel destin! "ressusciter" un moribond  aux sons graves ou aigus de la techno, quel événement!

La musique est signée Mr Oizo alias  Quentin Dupieux, qui est aussi scénariste réalisateur chef opérateur; quel ego prédateur!

 

J-M Denis

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 06:51

IX° édition du festival du film d'Europe centrale et orientale du 11 au 18 avril 2014

  

http://www.alest.org/fr/

 

Salles: Ariel (Mont-Saint-Aignan)  Omnia (Rouen) Amphithéâre de l'ENSA de Rouen  (Darnétal)

Prix des places :
T.P. 5.50 / T.R. 3.50/ Pass 25 euros - 8 places

 alest-affiche-2014

 

Programmation  8 films en section competitive, 5 en section retrospekt Istvan Szabo, 4 en section fokus, 7 en section jeune public "kluk" + soirées et projections spéciales dont:

soirée d'ouverture :" L'homme du peuple" biopic de Andrzej Wajda (Pologne) à l'Omnia vendredi 11 à 19h

soirée de clôture "Des escargots et des hommes" de Giurgi (Roumanie)  à l'Ariel vendredi 18 à 20h30

 

 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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