9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 18:27

De Sébastien Marnier

Avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Benjamin Biolay, Joséphine Japy

Irréprochable

On croit un moment avoir affaire à un film "social",  une chronique sur le chômage et la précarité. Voici Constance  une jeune femme licenciée, elle  quitte Paris, revient dans sa ville natale, persuadée de retrouver son emploi  dans l'agence immobilière qu'elle avait quittée 

Très vite pourtant le film bifurque vers le thriller dit intimiste. Constance ressent son éviction comme une usurpation, un "vol" humiliant; dès lors,  les forces qui l'habitent  vont éclater au grand jour. Manipulatrice, elle ment sans vergogne; bien plus elle est  décidée à évincer la jeune femme récemment embauchée ; et ce, quels que soient les moyens

On pourrait s'imaginer être chez Chabrol; mais ici ni suspense ni étrangeté, tant sont criantes les allusions, tant sont éloquents les "non-dits". Duplicité du personnage à l'instar de sa chevelure blonde aux racines foncées; manipulation qu'illustre sa logorrhée de "mensonges". Et les scènes récurrentes du "parcours de santé" qui scandent le récit, ou celles des ébats sexuels débridés, si elles sont censées illustrer le dynamisme et l'hyperactivité de Constance, nous entraînent bien vite vers des chemins de traverse...

Cela étant, l'interprétation de Marina Foïs (qui est de tous les plans) est remarquable de justesse: sa "rage au ventre" est toujours palpable, à fleur de peau; les acteurs masculins en revanche sont un peu falots (surtout Benjamin Biolay assez gauche dans son "plan-cul" d'enfer)

Pour les amateurs de musique électro, la bande originale signée Zombie Zombie est étonnante (surtout dans la séquence finale)

 

Le titre? Une antiphrase, bien évidemment....

 

Colette Lallement-Duchoze

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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 05:42

De Cristi Puiu (Roumanie)

Avec Mimi Branescu, Judith State, Bogdan Dumitrache, Dana Dogaru, Sorin Medeleni

 Compétition Officielle Festival de Cannes 2016

Quelque part à Bucarest, trois jours après l'attentat contre Charlie Hebdo et quarante jours après la mort de son père, Lary - 40 ans, docteur en médecine - va passer son samedi au sein de la famille réunie à l'occasion de la commémoration du défunt. L'évènement, pourtant, ne se déroule pas comme prévu. Les débats sont vifs, les avis divergent. Forcé à affronter ses peurs et son passé et contraint de reconsidérer la place qu'il occupe à l'intérieur de la famille, Lary sera conduit à dire sa part de vérité.

Sieranevada

J’ai lu la critique de Pierre Murat dans Télérama : ça m’a donné envie de voir le film...et j’en suis sorti hérissé.

Le réalisateur a-t-il voulu figurer dans le livre Guiness des records sur le nombre de portes (et portières de 4/4) qui s’ouvrent et se referment pour montrer le cloisonnement de chaque personnage ?

Le critique Pierre Murat du très chrétien magazine Télérama a-t-il jubilé d’assister à une messe orthodoxe au chevet du défunt pendant une vingtaine de minutes ?

Ce film est tourné en temps réel et c’est long, long !...

Le propos est intéressant sur cette famille hystérique qu’aucune empathie les uns envers les autres ne touche, mais frôle seulement,

Alors fallait-il 2 H 53 de projection pour démontrer ce qui aurait pu l’être avec moins de lourdeur et d’ennui profond pour le spectateur en 1 H 20 seulement ?

 

La forme sert le fond quand elle est bien dosée mais le tue quand le cinéaste pèche par excès de zèle...

 

Christi Puiu ne nous convainc pas, il nous assomme.

 

Serge Diaz 

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 07:19

De Roh Gyeong-Tae Corée Sud

avec Tae Hee Won, Hae Sung Lee, Hyun Joo Baek

Argument: Pendant que ses parents adoptifs se tuent à la tâche dans une usine agro-alimentaire de Séoul, Shon Sun est contraint d’effectuer son service militaire. Mais, victime de mauvais traitements, il est obligé de fuir l’armée. De retour à Séoul, il s’aperçoit que ses parents ont disparu. Bien décidé à les retrouver, il entame alors tout un périple à travers la jungle polluée, d’où est originaire son père

Black Stone

Le film s'ouvre et se clôt sur le plan prolongé d'une forêt frémissante de lumière. Mais s'agit-il de la même forêt? Car le cinéaste entraîne son spectateur de l'enfer social en Corée du sud à l'enfer d'une plage gangrenée par le mazout d'un village philippin...Ou cette forêt s'inscrit-elle dans la démonstration (assez douteuse et lourde de métaphores éculées) de la nécessaire préservation de la nature? Nous ne le saurons pas tant le réalisateur aime l'art de l'ellipse et des non-dits...

 

Son film (ou le voyage initiatique de Shon Sun) semble obéir à une forme de binarité: deux parties le structurent et dans la première effets de montage parallèle -le fils à la caserne soldat humilié (car il est métis) et même violé et les parents travailleurs exploités dans leur labeur- avec des raccords soit discrets soit au contraire très appuyés. Dans la seconde (après le retour du fils à la recherche du père) le cinéaste abandonne la veine hyperréaliste (hormis quelques plans sur la plage mazoutée) et bifurque vers un spiritualisme quasi psychédélique (au cas où le message ne serait pas suffisamment clair; voici des images symboliques contemplatives sur la pollution et la nostalgie) 

 

Dialogues minimalistes, petites scènes récurrentes (la pause/repas pour les parents de Shon Sun; le face à face soldat/lieutenant ou employé/patron) recours aux très gros plans (la bouche vorace de la mère quand elle déjeune; le cafard dans un plat de riz; ou la chenille processionnaire de fourmis actives, seconde partie) ou gros plans (les dégueulis du fils et   ceux de la mère, poissons dont on vide le plastic).

Certes le procédé "métonymique" qui privilégie des "fragments" s'inscrit dans la dénonciation de la déshumanisation; mais que dire de ces rituels (magie noire) propres à certaines  cultures  (celle du village philippin), de cette pierre qui n'en finit pas de rouler, de ces taches de peinture  qui métamorphosent l'écran en tableau??? Etc. 

 

On sort un peu pantois mais nullement hypnotisé; c'est pourquoi la comparaison avec Robert Bresson et Apichatpong Weerasethakul me semble abusive

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 05:16

De Jin Jang  Corée du Sud

Avec Cha Seung-Won, Oh Jung-SE, Song Young-Chang

 

Grand prix du Festival du film policier de Beaune (2016)

argument: Ji-wook est un policier endurci bardé de cicatrices prêt à tout pour arrêter les criminels qu'il pourchasse, en particulier Heo-gon, un mafieux notoire et cruel. Sa jeune collègue traque, elle, un violeur en série et tombe peu à peu amoureuse de Ji-wook. Mais elle ignore que celui-ci ne nourrit qu'un seul désir: devenir une femme...

Man on high heels

Un homme face à la caméra narrant ses mésaventures avec Yoon Ji-wook en vient à le mythifier «J’étais face à sa bite et ensuite il m’a démoli comme un chien». Le plan s'élargit; cet homme s'adresse en fait à ses sbires attablés, et voici que surgit Ji-wook; seul il "massacre" la quasi totalité de ces malfrats (après avoir jeté son revolver préférant la lutte  à mains nues...) Première séquence, première scène très gore; le spectateur ne sera pas épargné par d'autres similaires.

Qui est cet homme tant redouté des clans mafieux et criminels? Cet "homme aux talons hauts" à la beauté renversante? Un flic impavide et invincible? En fait -et son passé revient par bribes auréolées de lumière au cours de la narration – marqué dès l'enfance par une scène dite "primitive": une relation homosexuelle tragique , Ji-wook rêve de devenir femme; on le voit fréquenter des "cliniques" (assez sordides); l'argent gagné grâce à son métier de flic, lui permettra de  réaliser ce projet. 

Le cinéaste va ainsi jouer sur deux fronts: le genre thriller et le cinéma de genre. Violence à l'état brut avec ses giclées de sang et ces corps qui n'en finissent pas d'agoniser, violence dans les propos, c'est le schéma du thriller qui oppose flics et gangsters (mais traité de façon très chorégraphiée) et plus particulièrement Yoon et le "boss" et en parallèle cruauté d'un combat intérieur. Et ces deux "intrigues" non seulement se croisent mais se renforcent mutuellement (d'ailleurs la promesse faite à son camarade de veiller sur sa petite sœur prévaudra sur ses choix personnels)

La beauté tragique de certains plans (la face tuméfiée de Ji-wook, sa chemise /suaire, le visage d'une femme  "surréelle"), l'humour très présent, la prégnance de codes spécifiques, l'interprétation de Cha Seung-Won tout cela est au service de cette hybridité à la fois formelle textuelle  et thématique.

 

Un thriller singulier et décapant!

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 08:50

De Anna Muylaert   Brésil

Avec Naomi Nero (Pierre/Felipe) Dani Nefussi (les deux mères) Lais Dias (Jaqueline la soeur)

Argument. Pierre est un jeune adolescent de 17 ans, des quartiers populaires de Sào Paulo où sa mère l'élève seule avec sa soeur. Son quotidien est bouleversé quand il découvre que sa mère n'est pas sa mère biologique et que sa famille qui n'a cessé de le rechercher attend son retour....

D'une famille à l'autre

Certes, la réalisatrice s'est inspirée  d'un fait divers. Mais ce qui l'iintéresse est moins la filiation que la quête d'identité et  la construction de soi. "Intriguée" par le personnage du fils,  elle met en exergue ses ressentis d'adolescent et le regard qu'il porte sur lui-même (dont rend compte par exemple le jeu des miroirs dans la salle de bains) et par-delà ce cas spécifique c'est le passage cruel de l'adolescence à l'âge adulte. C'est pourquoi le sort de la "petite sœur" volée elle aussi à la maternité, élevée avec Pierre puis restituée à ses parents, aussi douloureux soit-il, est traité de façon elliptique ou laconique (difficultés d'adaptation au nouveau milieu social et familial)

Plans très serrés, succession rapide de petites touches, et voici que s'élabore le portrait de Pierre. Dès le prologue l'accent est mis sur son goût du travesti, du maquillage, des baisers pulpeux, des rapports sexuels compulsifs (au gros plan sur ses fesses et jarretières dans les toilettes d'une boîte branchée de São Paulo, fera écho celui dans la salle de bain) Puis dans la première partie du film, défile l'essentiel de sa vie d'ado: école, répétitions dans un groupe de rock, vie familiale. Une mère et une sœur aimantes. Mais dès que Pierre redevenu Felipe doit affronter ses parents biologiques, vivre avec eux, se conformer à leur standing de bourgeois bien pensants, la colère si longtemps contenue va éclater. La séquence du bowling est à cet égard révélatrice. D'une part elle illustre métaphoriquement l'incapacité de Felipe à se plier aux diktats sociaux et familiaux (son lancer de boule est toujours dévié, au grand dam du père) et d'autre part elle met à nu (le ton est de plus en plus violent) les angoisses et revendications de ce jeune homme: il déteste le foot, le bowling, il a été cruellement "volé deux fois" et n'a qu'un désir: assumer pleinement celui qu'il est...

 

NB: Si la même actrice (Dani Nefussi) interprète les deux mères, c'est moins un clin d'œil à Hitchcock qu'un choix délibéré de la réalisatrice; écoutons- la "je voulais que le personnage perdure: alors que Pierre quitte sa première mère, il ne va pas tarder à la retrouver à travers sa seconde mère. J’ai fait ce choix car je crois que les mères forment notre regard sur les choses, sur le monde, dès le début et à moins que nous ne fassions un très gros effort pour y remédier, elles sont toujours présentes dans notre subconscient influençant nos relations au quotidien"

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 17:31

Comédie musicale de Paul Calori, Kostia Testut

Avec  Pauline Etienne, Olivier Chantreau, François Morel, Loïc Corbery, Julie Victor, Vladimir Granov

 

Argument: Alors que Julie pense décrocher un CDI dans une fabrique d'escarpins de luxe, un plan social vient chambouler ses rêves de stabilité : entre lutter aux côtés d'ouvrières frondeuses ou bien faire profil bas, la jeune femme ne sait sur quel pied danser. Mais quand Samy, un camionneur aussi roublard que charmeur, vient prêter main forte au combat, ce n'est déjà plus la même chanson… 

Sur quel pied danser

Quelle déception !

Je m’attendais à un film à la Demy revu à la sauce actuelle.

Rien de tout cela; ça partait bien pourtant avec un fond de lutte de classes dans une petite entreprise de chaussures haut de gamme et crac !... ça dérive petit à petit et finit en célébration de la démerde individuelle à l’opposé de l’action collective. 

 

Le choix idéologique très contestable des réalisateurs à l’esprit à la mode “macronienne”  m’a fait bondir à la fin du film.

Quant aux  chansons elles sont archi-faiblardes, les acteurs sont ternes (François Morel s’en sort tout juste), les couleurs pâlottes que le rouge des chaussures ne parvient pas à relever. 

 

Bref, on s’ennuie et on se demande pourquoi les réalisateurs se sont mis à deux pour pondre un si petit film qui fait plouf !

 

Serge Diaz

 

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 15:52

De Cristian Jimenez  Chili  2014

Avec Ingrid Isensee, Maria José Siebald, Paulina Garcia, Andres Was, Niels Schneider, Cristobal Palma

 

Argument: Sofia, jeune mère récemment divorcée, vit à Valdivia. En quête de tranquillité et de vérité, elle fait un vœu de silence inversé : plus de portable, de tv, d’internet, ni de lecture pendant un an. Au lieu de trouver la paix intérieure espérée, elle va déclencher une crise familiale comique et existentielle

Voix Off

Sur écran vidéo (film dans le film) un accouchement; il est commenté par la parturiente Ana (soeur de Sofia) , de retour au Chili dans la maison familiale à Valdivia; son père s'éloigne "pudiquement" presque offusqué alors que sa mère est "jalouse" : elle n'était pas  à ses côtés quand elle a accouché de Cau

Ce premier plan/prologue encoderait-il tout le film, un film construit sur de légers "différés"?

Voici une famille, quatre générations, cohabitant sous le même toit. Sofia en sera le pivot narratif. Les liens jusque-là indestructibles (du moins en apparence) vont voler en éclats dès l'instant où le père (prétextant imiter sa fille divorcée) décide à 60 ans de quitter la famille. Et des allers et venues, des allers et retours (à l'instar de ceux qu'effectuent les deux enfants de Sofia quand ils rejoignent leur père pour la garde alternée) vont rythmer la narration.

Dans cette comédie/chronique familiale (de type plutôt matriarcal) nous entendrons plusieurs voix off: celle d'un "narrateur extérieur" qui commente sonde explique le(s) comportement(s) de Sofia; celle que Sofia enregistre quand elle doit vanter tel ou tel produit (une voix qui exige répétitions modifications pour finaliser l'adéquation entre paroles et produit vanté); voix intérieure du personnage principal - Sofia a fait le voeu "d'être en off" en se "déconnectant"  d'internet entre autres; voix off  en décalage souvent avec l'image... Cette "déclinaison" va de pair avec la multiplication par duplication de versions d'une même histoire (le père était-il "gay";  "coureur de jupons" comme la rumeur le laisse "entendre" ou encore???) des "moyens de communiquer (via skype comme le fait Alicia la fille de Sofia avec son arrière-grand-mère? ou dans le silence intérieur comme l'a décidé Sofia ?)

Car le problème majeur est bien celui de la communication. Les deux sœurs (Sofia et Ana) malgré les apparentes divergences restent profondément complices (comme le suggère la fréquence de plans frontaux sur le duo); le mari d'Ana d'origine française est le confident malgré lui de sa belle-mère Matilda; les deux enfants de Sofia, Alicia et Roman, s'adonnent à des jeux "dangereux" quand ils ne sont plus sous l'égide maternelle (Alicia se complaît dans le rôle de bourreau). 

Et c'est précisément la  dichotomie entre le non-dit -qui correspondrait à une voix off- et  ce qui est perçu ou montré -une sorte de voix in- qui imprime à ce film une certaine originalité; originalité que renforce toute une circulation de  saveurs et d'odeurs !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 17:22

De Solveig Anspach

Avec Samir Guesmi (Samir) Florence Loiret-Caille (Agathe) Philippe Rebot, Didda Jönsdottir (Anna)

 

Prix SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) festival de Cannes 2016 (Quinzaine des réalisateurs)

Argument: Samir, grutier à Montreuil tombe fou amoureux d'une maître-nageuse à la piscine Maurice Thorez. Il décide pour s'en approcher de prendre des leçons de natation avec elle, alors qu'il sait parfaitement nager....

 

 

L'effet aquatique

Dernier volet d'une trilogie, mais aussi dernière création de Solveig Anspach (décédée en août 2015) L'effet aquatique -comme dans Back Soon et Queen of Montreuil-, relie deux mondes :Montreuil (la piscine Maurice Thorez) et l'Islande (où se tient un congrès des maîtres-nageurs); pour l'intrigue c'est la quête amoureuse qui rend vraisemblable et même nécessaire cette jonction; pour la réalisatrice c'est la signature même de son identité

Drôle souvent, humain toujours, ce film gargouille bouillonne de  flux et reflux  comme autant de  "révélateurs" des non-dits (c'est l'effet aquatique assuré!!)

Lui c'est Samir (grutier comme dans Queen of Montreuil); elle, c'est Agathe si dévouée dans l'apprentissage de la brasse aux enfants. Lui, un (faux) grand niais dégingandé, elle, à l'allure garçonne, rebelle à l'amour, vont progressivement s'apprivoiser...

Des scènes "improbables" (quand Samir se fait passer pour le représentant d'Israël avec un projet "miraculeux" -une piscine together scellerait la fin du conflit israélo-palestinien); des dialogues loufoques (les clichés sur l'hygiène ou le romantisme à la française entre autres) ponctuent cette comédie qui allie (comme dans Quenn of Montreuil) la poésie l'humour le burlesque et la générosité (car Solveig Anspach a toujours montré dans ses films son empathie pour tous les gens ordinaires qu'elle sait rendre si attachants dans la simplicité et/ou la complexité de leurs désirs)

 

Corps en apesanteur (très beaux plans sous l'eau, sur les jambes de sirène de l'une et le torse viril de l'autre). Corps mis à nu, dans ce monde aquatique tout en moiteur qui par essence abolit toutes les différences. Corps qui vont émerger du liquide "amniotique" pour célébrer l'Amour  -jusque-là "refoulé" ou contrarié! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 08:19

De Pascal Bonitzer

Avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Jean-Pierre Bacri, Lambert Wilson, Isabelle Huppert, Pascal Gregorry

Tout de suite maintenant

Les projets sont faits pour être réalisés, les rêves pour être brisés », c'est une vérité d'évidence, un truisme pour le directeur Barsac (Lambert Wilson) d'un cabinet conseil en "fusions-acquisitions". Et le film serait censé illustrer ces propos pour le moins cyniques.

Son titre au laconisme de slogan publicitaire illustre bien une fonction programmatique...En outre il est construit sur le principe de la binarité et/ou de l'opposition: une direction bicéphale chez ABFi; deux soeurs, deux jeunes loups, deux univers (celui glacé aux couloirs bureaux escaliers comme désertés par l'humain) et celui d'un appartement au charme suranné où vit Serge le père de Nora), Solveig et ses deux amours. 

Cette binarité formelle épouse-t-elle les "trames" de fond? Celles que la métaphore du banian sous-entend; cet arbre  qu'affectionne Prevôt Parades (Pascal Gregorry) croît aux dépens des autres, auxquels ses branches s’enroulent. Ainsi se définirait le jeu d'intrigues souterraines progressivement extirpées; car le monde de la finance n'est dans ce flm qu'une "toile de fond" sur laquelle viennent se "projeter" ou se fracasser des réminiscences, des projets avortés, des amours contrariés, et la thématique de la transmission familiale par exemple serait bien plus prégnante que la satire du monde de la haute finance!

Et pourtant!! 

Des intrusions "surnaturelles"(l'énorme chien "fantôme" cauchemar de Nora, la femme de ménage aux croyances de type vaudou) des propos salaces (ceux de Solveig par exemple), les scènes avec la soeur de Nora une chanteuse sans prétention, une fin genre "happy few", sauveraient-ils in extremis un film globalement décevant???

(Tout cela ne remet nullement en cause l'interprétation d'Agathe Bonitzer aussi glaçante parfois que son aînée Isabelle Huppert)

 

 Colette Lallement-Duchoze

 

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 17:04

De Pietro Marcello, Italie

Avec Tommaso Cestrone, Sergio Vitolo, Gesuino Pittalis

Bella E Perduta

"Dans un monde qui nous prive d'âme, être buffle est un art

Telles seront les ultimes paroles de Sarchiapone, alors que de ses immenses yeux de bufflon, goutte une larme perlée...

C'est son parcours que nous suivons (à travers son regard le plus souvent et à l'écoute de sa voix off) dans ce film/conte où le merveilleux côtoie le tragique, où l'apparente fiction voile les arcanes du réel ou les révèle dans leur âpreté, où se télescopent paysages de la Campanie et images en sépia de foules, scènes de déprédations et fresques de style étrusque. Une image récurrente celle de l'antre telle une matrice inviolée, un plan récurrent lui aussi celui de l'arbre dénudé, l'arbre de la Mort, le jeu d'oppositions entre le pragmatisme des bergers paysans (un buffle mâle coûte plus cher qu'une femelle, alors inutile de l'engraisser mangeons-le) et le rêve de Tommaso ou de Polichinelle, tout cela invite à une lecture plurielle (égalité entre les espèces,  histoire d'un pays dévoré honteusement par les prédateurs, un pays perdu comme le signalerait le titre emprunté à Nabucco)

 

Dès la première séquence la tonalité est donnée; la caméra (en fait l'oeil du bufflon) virevolte dans un engrenage bleu aux bruits effrayants, c'est l'antichambre de la mort!

D'abord recueilli par le berger Tommaso Cestrone, l'ange gardien du palais Reggia di Carditello (Campanie) devenu une gigantesque poubelle et qui seul (sans aide financière) a entrepris de débarrasser tous les détritus, de lutter contre les assauts de la Camorra. À la mort de ce "héros local", Sarchiapone est confié à Polichinelle ("émergeant des profondeurs du Vésuve"); c'est un personnage masqué -comme dans la commedia dell'arte- il est l'intermédiaire entre vivants et morts. En compagnie de ce duo (cf l'affiche), nous quittons la Campanie pour Tuscia (à l'ombre de  la figure tutélaire de Tommaso) 

Masqué, Polichinelle parlait avec l'animal. Démasqué, il perdra le contact car ce dernier ne le reconnaît plus..

Mais un conte ne doit-il pas aussi "dire la vérité toute nue" ???

Et cette vérité c'est celle d'une patrie si belle et perdue

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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