22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 13:40

Documentaire réalisé par Ruedi Gerber (Suisse) 

Anna Halprin et Rodin: voyage vers la sensualité

Le cinéaste suisse Ruedi Gerber qui suit Anna Halprin depuis une trentaine d'années, l'a filmée au cours d'une mise en scène avec sa troupe Sea Ranch Collective, sur une plage de  Californie. Cette chorégraphe née en 1920 qui certes n'a pas inventé comme Merce Cunningham ou Lucinda Childs de nouvelles formes de mouvements, fait partie de ceux qui inventèrent non pas des gestes, mais des corps : non pas une écriture, mais des réceptacles à celle-ci; d'où le choix des sculptures de Rodin chez qui elle retrouve cette "même volonté d'exprimer une vérité venant de l'intérieur"

 

Nonagénaire encore ingambe (il faut voir son corps en reptation sur le sable et ses mains qui le lacèrent à la recherche de..ou ce jeté dans l'espace) l'œil vif, la peau ridée mais non parcheminée, Anna Halprin explique commente sa démarche, suggère une piste de réflexion tout en corrigeant parfois une position du buste ou de la hanche le mouvement des bras (comme dans un masterclass): le mouvement apparemment "figé" gravé à jamais dans le marbre doit servir de modèle au danseur qui lui donnera ainsi une seconde Vie. Anna Halprin invite ses élèves/danseurs -non professionnels- à opérer d'abord un voyage intérieur avant de faire jaillir une sensualité jusque-là inconnue. Les rochers bien vite vont se muer en blocs de marbre d'où surgira la figure expressive du baiser, de la source, du penseur, de l'âge d'airain, de l'amour debout, etc. Sculptures vivantes, les danseurs évoluent seuls ou en duos, souvent nus ce dont témoigne la "représentation" (dernière partie du film) donnée en pleine forêt face à un public debout et admiratif comme médusé! Une performance (sens artistique) un art de l'éphémère au service d'une approche tout à fait singulière de la danse

 

On devine la vigilance de Ruedi Gerber quand sa caméra attend le moment de grâce enfin conquise, le capte pour l'immortaliser en plans moyens le plus souvent (tout comme Anna Halprin invitait chaque danseur à mobiliser ses forces vives jusqu'à la capture de l'INSTANT). En revanche on comprend moins qu'au montage il ait jugé pertinent de mettre systématiquement en parallèle la position d'un danseur et la sculpture de Rodin qui a servi de modèle; ce va-et-vient entre l'intérieur du Musée (Paris)  et l'extérieur d'une plage californienne, entre la figure sculptée et le danseur "vivant" momentanément figé, est par trop "didactique" et frise l'artifice

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 07:03
Moteur:  les festivals de cinéma de Rouen

Les 6 festivals se fédèrent (et d’autres nous rejoindront) pour parler d’une voix commune à nos interlocuteurs institutionnels et privés et affirmer qu’il se passe beaucoup de choses autour du cinéma d’art et d’essai à Rouen.

 

La soirée aujourd’hui est gratuite et ouverte à tous.

 

 

Moteur défend le cinéma en tant qu'art

 

Moteur  fédère 6 festivals qui dans un souci de non concurrence se concertent pour un calendrier harmonisé et partagent des informations sur les différentes programmations

 

Moteur  valorise la diversité cinématographique à Rouen et le dynamisme de ses différents acteurs locaux

 

Moteur  favorise les croisements entre ses différents publics partenaires et bénévoles afin d'élargir le rayonnement des festivals de cinéma sur le territoire

 

Moteur  aide à la visibilité, à la communication, à la diffusion des festivals de cinéma

 

Moteur  vise à créer une entraide entre les festivals adhérents, des coopérations, des partages de moyens et de compétences

 

 

 

Moteur:  les festivals de cinéma de Rouen

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 05:59

de Todd Solondz (USA)

avec Ellen Burstyn, Kieran Culkin, Julie Delpy, Danny De Vito, Greta Gerwig, Tracy Letts, Zosia Mamet

 

Prix du  jury festival de Deauville

Le teckel

Un hymne dédié au teckel l'inscrit dans la vaste épopée des héros. Nous le voyons de profil arpenter l'écran traverser les paysages les saisons et les âges (comme s'il passait d'une vignette à l'autre sur une planche de BD) alors que retentit la "complainte" sur un air country. (cela sert de raccord entre deux sketches).

Ligne majestueuse d'un animal quasi hiératique -mais qui n'en reste pas moins une "saucisse"- ce personnage éponyme (cf le titre) sert en fait de miroir ou de contrepoint.

Lui qui est "en quête de foyer" va côtoyer un enfant rescapé d'un cancer, abîmé par la chimiothérapie (Keaton Nigel Cooke) une vétérinaire un peu nunuche éprise d'un drogué (Greta Gerwig) un prof de cinéma, scénariste "raté" qui est la risée des jeunes étudiants (Danny De Vito) et une octogénaire en phase finale (Ellen Burstyn). L'animal "adopté" est le compagnon idéal pour ces âmes solitaires ou ces désillusionnés de la vie. Et l'on devine l'empathie du réalisateur pour ces "personnages" dont il ne se moque jamais même quand leurs répliques ou leurs comportements frisent le ridicule. Mais ils évoluent dans un environnement tel que le spectateur assiste en fait à une comédie grinçante, macabre aussi (dont témoignent la "circularité" du film et la prégnance de la mort); le ton est souvent corrosif acide (tout comme les couleurs du costume de ce peintre qui rêve d'être Damien Hirst tout en le conspuant; et l'épilogue lui "donnera raison"; belle pirouette finale où le teckel réapparaît post-mortem dans une "oeuvre d'art" vivante; double ironie du réalisateur)

La caméra souvent fixe capte par petites touches une ambiance une pose une attitude; ainsi au début c'est un univers bourgeois corseté dans ses meubles comme dans son idéologie de l'exclusion; le teckel offert à l'enfant malade doit rester encagé; mais l'enfant prendra sa revanche: il saute -filmé au ralenti- sur les plumes d'oreiller; les parents suivent à la trace les plaques de diarrhée pour les nettoyer -long travelling latéral audacieux qu'accompagne la musique de Debussy- avant d'opter pour la "solution finale"... mais l'assistante du vétérinaire s'en empare  in extremis...

Souvent les "couleurs" choisies sont en contradiction flagrante avec les propos: le pastel flatteur du début est celui des cages de la SPA; les couleurs vives de la maison ou de la voiture (épisode I) maquillent la noirceur des propos de la mère (Julie Delpy) qu'elle profère avec naturel Ou tout au contraire elles accentuent certains traits de caractère ou certains travers ainsi les converses jaunes et les lunettes à monture verte de la vétérinaire (sketch II)

Avec un "humour frontal" qui lui est propre, Todd Solondz signe là une fable/comédie singulière à ne pas rater!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Le teckel

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 08:20

Documentaire de Bertrand Tavernier

 

Présenté à Cannes dans la sélection Cannes Classic (évoluant comme chaque année en dehors de toute actualité et esprit de compétition)

Voyage à travers le cinéma français
Un régal !!!
 
Merci Bertrand Tavernier d’avoir mis tout votre talent de cinéaste et d’érudit du cinéma, à nous offrir ce travail si distrayant, si finement pédagogique, si captivant, comme un grand chef nous présenterait le nec plus de sa cuisine sous forme de petits mezzés dont on savoure chaque plat.
 
Les nombreuses anecdotes, le ton léger et bienveillant plein d’humour aussi de Tavernier, nous font passer avec bonheur, sans ennui aucun, ces 3 h15 qu’on appréhendait pour leur durée 
Les extraits  et le commentaire qui les accompagne sont une synthèse de ce cinéma français des années 30 à 70 qu’on adore et c’est une chance de voir défiler avec intelligence ces images sublimes, ces dialogues immortels, qui nous ont fait rire, pleurer et rêver.
D’ autres qu’on découvre avec un tel plaisir !
 
En somme, ce documentaire est un magnifique hommage au cinéma pour les cinéphiles et bien au-delà.
Il nous donne envie de voir et re-voir dans les salles obscures tous ces chefs-d’œuvre du cinéma français, amours partagés, passion récompensée
 
Serge Diaz

 

Oui une invitation au voyage 
Cette remontée dans le temps est avant tout remontée dans la mémoire du réalisateur 
c'est pourquoi certaines questions lors de la rencontre lundi 17/10 étaient malvenues; on a déploré que... 
Sachons gré à Bertrand Tavernier d'avoir été notre guide dans ce déroulé qui est aussi un phrasé, d'avoir rendu hommage à tous ceux qui restaient dans l'ombre (compositeurs monteurs par exemple) même si et surtout si nous ne partageons pas les mêmes amours

Colette 21/10/2016

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 14:45

De Paul Vecchiali 

 

Avec le réalisateur et Pascal Cervo, Annie Cordy, Françoise Lebrun, Françoise Arnoul, Edith Scob, Mariane Basler, Catherine Deneuve Mathieu Amalric

 

Présenté à Cannes Hors Compétition

Argument:  Laurent cherche sa voie, ayant vécu son enfance et son adolescence dans la paresse. Il traverse des moments conflictuels avec Rodolphe, son père : l'un et l'autre sont trop émotifs pour s'exprimer leur tendresse. Rodolphe, autour duquel gravitent les femmes de sa vie, n'a qu'une obsession : retrouver Marguerite, son premier amour..

Le Cancre

 

2 heures d’ennui mortel à devoir supporter l’égocentrisme pathétique d’un vieux réalisateur de 86 ans qui n’a pas compris que faire le film de trop en fin de carrière pouvait briser son image de marque.

Aucun intérêt à regarder mal jouer Paul Vecchiali omniprésent sur des images sans qualité. Quelques tentatives d’humour qui tombent à plat au milieu d’un océan de triste monotonie sans poésie aucune.

S’entourer de bons acteurs ne suffit pas, il arrive même à faire mal jouer des acteurs de renommée comme Edith Scob, tant sa direction d’acteurs est empesée, sans originalité, avec des dialogues auxquels personne n’accroche, pas plus les acteurs que le spectateur.

Et pourtant le sujet était attirant !

 

Vite allez voir le film d’à côté.

 

Je suis parti 30 minutes avant la fin en me disant que ça ne servait à rien de me punir davantage.

 

Serge Diaz

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 14:57

d'Alejandro Jodorowsky (France- Chili- Japon)

avec  Alexandro Jodorowsky, Adan Jodorowsky, Brontis Jodorowsky, Pamela Flores, Leandro Taub, Jeremias Herskowitz, Carolyn Carlson

 

Présenté à Cannes (Quinzaine des Réalisateurs)

Poesia sin fin

Deuxième volet d'une autobiographie "fantasmatique" Poesia sin fin nous transporte à Santiago dans le quartier où a vécu l'auteur, un quartier "reconstitué" comme le montrent dès le début ces photos géantes d'époque (1940/50) qui vont recouvrir les façades des maisons...

En sciant l'arbre (cordon ombilical?) l'adolescent rompt avec sa famille (il ne sera pas médecin comme le désirait son père tyrannique) Il va mener une vie de bohème, -errances nécessaires pour qui veut satisfaire cette unique et profonde aspiration, être poète. À la fin il embarque pour la France (rejoindre André Breton et faire revivre le courant surréaliste; annonce du troisième opus d'une trilogie?)

Premiers émois amoureux, premiers élans artistiques, rencontres avec le poète Nicanor Parra, avec la Muse Stella Diaz, plus qu'excentrique, avec des "monstres" des nains, la faune underground, les habitués de 'l'Iris bar" (où des serveurs octogénaires déambulent telles des mécaniques), c'est bien à un voyage "mental", une folie, un dévergondage qui sollicitent tous nos sens que nous convie le réalisateur. Amour, sexe, religion, famille, créativité, tout est dit montré illustré mais avec cette force explosive et jubilatoire qui en décuple la teneur.

Une séquence à peine terminée et nous voilà embarqués sans transition dans un autre "univers": celui du tarot divinatoire (avec Carolyn Carlson) ou le défilé de diables rouges et de squelettes ou encore cette idylle avec une naine... 

Et toute la pléthore d'épithètes: surréaliste onirique baroque fantastique déjanté farfelu fantaisiste peut qualifier ce film et prouver (s'il en était besoin) l'inventivité d'Alejandro Jodorowsky 87 ans, (il intervient plusieurs fois à l'écran pour "guider" conseiller le jeune Jodo - Adan, son plus jeune fils interprète son rôle et Brontis, son fils aîné joue celui de son père)

En fait ne se parle-t-il pas à lui-même? Et par-delà la mort à son propre père?

 

Le sens de la vie n'existe pas. Il faut juste la vivre

 

 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

je n'ai pas pu "supporter" l'outrance -tout en sachant qu'il ne faut pas prendre au premier degré...

Ismael 14/10/2016

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 14:06

Documentaire réalisé par Gianfranco Rosi (Italie)

 

 

Le cinéaste a passé plus d'un an sur l'île de Lampedusa pour faire son film. Il y raconte le parcours de ces milliers de migrants qui arrivent par bateau dans des conditions catastrophiques sur ce petit morceau de terre de 20 kilomètres carrés situé entre Malte et la Tunisie

 

Autre synopsis: Samuele a 12 ans et vit sur une île au milieu de la mer. Il va à l'école, adore tirer et chasser avec sa fronde. Il aime les jeux terrestres même si tout autour de lui parle de la mer et des hommes, des femmes, des enfants qui tentent de la traverser pour rejoindre son île. Car il n'est pas sur une île comme les autres. C'est Lampedusa;  une frontière hautement symbolique de l'Europe, traversée ces 20 dernières années par des milliers de migrants en quête de liberté

 

Ours d'Or Berlin 2016

Proposé  pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère

Fuocoammare, par-delà Lampedusa

On reste sans voix plus qu'ébranlés par ce documentaire hors norme

inutile de "raconter"....

Je me contenterai de citer le réalisateur lui-même

Je pense que nous sommes tous responsables de cette tragédie, peut-être la plus grande que nous ayons vue en Europe depuis l'Holocauste","Nous sommes complices si nous ne faisons rien"

 

Alors Que faire?

 

Elisabeth

Réponse à Elisabeth
1- Si on n'est pas pressé, changer de gouvernement : ni Hollande ni Jupé encore moins Le Pen...mais à gauche toute !!!
2- Si on veut agir tout de suite : Association Welcome Rouen Métropole : on donne des sous et ça paie un logement pour des réfugiés en famille ou mineurs isolés. contact@welcomerouen.org Trésorier : Sylvain Legay 200 rue des Haies 76160 Saint Martin du Vivier
Salut & Fraternité !

Serge 8/10/2016

Sans "raconter" on peut toutefois mettre en évidence les qualités indéniables de ce film (sa construction qui juxtapose trois histoires et qui met tout en oeuvre pour converger vers la séquence "terrible"; les aspects métaphoriques -cet oeil "paresseux" de Samuele; l'art des cadrages et le travail sur la lumière; l'absence de dialogues quand la mer agitée se gonfle de vagues ou quand le ciel est envahi de lambeaux gris foncé; etc...)

Il me semble que le réalisateur se démarquant des images auxquelles la télé nous habitue en période de crise cherche moins à "faire passer un message" qu'à rendre le public "curieux, intrigué" et le "laisser imaginer et ressentir" (cf dépliant AFCAE: les "données" dont nous disposons écrasent notre perception du réel; faire en sorte  que le public puisse interpréter les images et pas seulement les regarder) 

Colette 

Désolé Elisabeth mais vous êtes à côté de "la plaque" car le réalisateur s'éloigne de toutes ces images "à chaud" que nous livre la TV
et vous réagissez comme si c'était un doc télé .
Ismaël 19/10/2016

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 04:13

De Xavier Dolan (Canada, France)

Avec Gaspard Ulliel (Louis) Nathalie Baye (Martine la mère) Vincent Cassel (Antoine le frère) Léa Seydoux (Suzanne la soeur) Marion Cotillard (Catherine la femme d'Antoine)

 

Grand Prix festival de Cannes 2016

Juste la fin du monde

Le visage d'un homme les yeux masqués par les mains d'un gamin; c'est ce que donne à voir l'affiche du film. Lui c'est Louis (Gaspard Ulliel); il est dans l'avion; il doit rendre visite à sa famille qu'il n'a pas vue depuis 12 ans et lui annoncer sa mort prochaine .

Les yeux bandés ou la cécité  terrifiante ? C'est comme la nuit en pleine journée on ne voit rien j'écoute je suis perdu et je ne retrouve personne" (se lamentait Louis dans la pièce de Jean-Luc Lagarce dont s'est inspiré Xavier Dolan en  situant  l'action "quelque part il y a quelque temps" )

Après l'enfermement dans cet habitacle, Louis pendant quelques heures (et le gros plan sur la pendule à coucou les annonce dans cet ultime cheminement vers une mort annoncée.) va vivre un "cauchemar" face à l'incompréhension ou du moins l'absence de "communication" des membres de sa famille- les phrases les questions ont un double sens pour le spectateur complice... Lui tout en intériorité ne pourra jamais avouer les raisons de son retour. Serait-il déjà ombre ou fantôme? Et Xavier Dolan capte souvent sur son visage une expression en légère contre plongée.. comme s'il était déjà "détaché".  La famille? Hormis quelques plans d'ensemble le réalisateur la filme dans son morcellement (gros plans successifs sur les visages de la mère de la sœur du frère et de la belle-sœur Catherine; duos mère/fils; Louis/Antoine) et dans un décor aux tonalités feutrées avec des jeux de clair-obscur et d'audacieuses profondeurs de champ. Le choix systématique de gros plans fixes prolongés ou de plans rapprochés serrés, accentue le caractère oppressant de ce huis clos familial; mais chaque personnage n'est-il pas enfermé sur lui-même ? (paroles reproches invectives insultes, ces  mercuriales qui dessinent en creux leur enfermement...)

Le passé pour Louis ? La caresse sur le matelas à la recherche d'une odeur ne délivrera que poussière....Son futur proche? C'est son "rendez-vous" avec la Mort!

Bouleversant ce film l'est assurément mais beaucoup moins que la pièce de Jean-Luc Lagarce (il est vrai aussi que l'absence de didascalies laisse totale liberté à celui qui s'empare du texte .) 

Des musiques "racoleuses" pour CE genre de film; l'étirement inutile de la séquence qui oppose les deux frères (Antoine qui fustige le langage son inanité est soudain emporté par une logorrhée), outrance jusqu'à l'hystérie dans le jeu de certains acteurs  (certes elle est imposée par Xavier Dolan); la danse sur un air moldave qui aurait dû émouvoir frise le ridicule (maladresse des mouvements dans la fixité du plan); la symbolique un peu trop appuyée de l'oiseau qui sort de la pendule, son vol erratique le mène au trépas dans l'ultime pulsation d'un cœur qui bat....

 

Colette Lallement-Duchoze

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 04:41

De Rafi Pitts (réalisateur né en Iran en 1967  d'une mère autochtone et d'un père anglais, persona non grata dans son pays depuis Hunter !)

 

Avec Johnny Ortiz, Rory Cochrane, Darrell Brit-Gibson

Soy Nero

Un film qui peut déconcerter tant il procède par ellipses et ruptures de ton -même si deux séquences importantes sont traitées de façon linéaire, la dernière souffrant même de certaines "longueurs"... . Mais ces procédés n'illustrent-ils pas le parcours chaotique de Nero ce jeune latino-américain de 19 ans dont l'"errance" va le mener du Mexique -où il a été expulsé après  les attentats du 11 septembre- aux USA, de  Beverly Hills au Proche-Orient? Il marche, il court, jusqu'à se confondre avec le mouvement traité telle une épure calligraphiant l'espace... À la conquête d'une identité qu'on lui a refusée ou dont on l'a spolié, il est Nero ce clandestin confronté à ces lignes de démarcation que représentent les frontières; et même s'il est engagé par l'US Army pour être lui-même un "garde-frontière", son sentiment d'appartenance à la nation américaine sera de courte durée et plus cruel sera le désenchantement ! Le réalisateur dédie d'ailleurs son film à tous ces soldats "immigrants" les green card soldiers" (ces "étrangers" qui pour devenir citoyens américains se sont engagés dans l'armée et que l'on expulsera!)

Des interrogatoires en échos (au tout début et à la fin avec la question lancinante de "l'identité"); des rencontres marquées du sceau de l'ambiguïté (un chauffeur qui le prend en stop à la fois père affable et vétéran détraqué; Jesus  le frère se pavane  dans sa luxueuse villa  (ah le rêve américain!) mais n'en est pas moins à la solde de trafiquants; les deux soldats afro-américains  en poste  à un checkpoint "rejouent" la rivalité East Coast/ West Coast).

Des raccords inattendus: nous quittons le frère, Jesus, et juste après nous sommes propulsés dans une zone désertique (Afghanistan? Irak?).

Des contrastes criants (misère de la clandestinité et opulence des nouveaux riches; ténèbres complices du fugitif et aridité craquelée  pétrifiée de soleil où est engagé le soldat).

Tout cela au service d'un questionnement sur la notion même de frontière (qu'elle soit ethnique, nationale économique, ou sociale) et des atrocités qu'elle génère (au nom de..), ce que suggérait d'ailleurs la parabole de l'éléphant et de la fourmi au début du film (une parabole destinée à Nero qui restait hors champ!)

Certes on pourra reprocher à ce film une forme de systématisme (chaque plan montrant de façon tangible ou suggérant plus subtilement une "ligne" de démarcation contre laquelle bute sans cesse Nero ….) et pourtant  quel sens de l'absurde dans le traitement d'un sujet qui nous concerne tous au premier chef :la nationalité des étrangers.

Un film où l'esthétique propre à la fable s'en vient  draper le réel -Nero après avoir franchi le mur qui sépare le Mexique des Etats-Unis trompe la vigilance des garde-frontières à la faveur d'un ciel constellé des feux d'artifice du Nouvel An! Des myriades d'étoiles annonciatrices d'un "futur" plus faste? Mais  l'Odyssée de Nero n'en était qu'à ses prémices....

 

Colette Lallement-Duchoze

Soy Nero
Soy Nero

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 04:23

Premier long métrage de Bogdan Mirica (Roumanie)

 

Avec Dragos Bucur (Roman) Gheorge Visu (Hogas) Vlad Ivanov (Samir)

 

Prix FIPRESCI (fédération internationale de la presse cinématographique) pour la sélection Un Certain Regard, festival de Cannes  

Dogs

 

 

Par un long travelling avant, la caméra nous entraîne jusqu'aux eaux boueuses d'un étang; silence oppressant que vient interrompre un étrange glouglou; c'est alors qu'émerge un pied ensanglanté. Raccord.  Fin du prologue. Long plan fixe: dans l'immensité déserte- seul, assis sur un banc, un homme attend (une voiture? un bus?). Ellipse: le même à l'intérieur d'une maison (celle de son grand-père décédé); dans un milieu assez hostile, il devra entre autres apprivoiser la chienne "Police" qui ne cesse d'aboyer.

Ainsi c'est par petites touches et le choix de longs plans presque fixes que progressivement se met en place l'intrigue. Lui? C'est Roman décidé à vendre la propriété de plus de 500 hectares dont il a hérité. Des terres infertiles mais qui bénéficient de la proximité de la frontière... Les vendre? c'est enfreindre le pouvoir de la mafia locale dont le grand-père était le "chef"... Casus belli qui transforme ces braconniers, -paysans frustes- en "chiens" tueurs, avec la "bienveillance" ou du moins la "complicité" de la police locale! 

 

Le réalisateur procède souvent par ellipses: dialogues laconiques, où triomphe le silence des non-dits ou des sous-entendus; jeux des regards; hors champ pour certaines tueries -ce qui ne l'empêche pas d'insister parfois sur la violence presque primitive - voir le gros plan prolongé sur le crâne de Pila sauvagement aplati au marteau par Samir !!! 

Décors et  thématique de la traque propres aux westerns, ambiances -surtout les nocturnes- propres au suspense -, omniprésence du Mal et marche inexorable vers la Mort- propres aux films noirs-, c'est avec un certain brio que Bogdan Mirica mêle différents  genres, dans cette sombre  tragédie. 

 

Certes on peut voir en filigrane une image de la Roumanie post-communiste. -filmée cette fois hors du contexte urbain et des huis clos oppressants auxquels certains de ses confrères nous ont habitués. Et si le pied -que le chef de police Hogas autopsie avec tant de méticulosité- en était précisément le symbole?

Mais le réalisateur -intéressé surtout par "l'absurdité de la vie qui est en même temps une dynamique de notre existence" - propose une autre interprétation "Dogs raconte l’histoire de trois hommes qui finalement, malgré les apparences, se ressemblent énormément. Ils ne font pas que s’affronter entre eux. Leur véritable bataille est celle qu’ils mènent contre eux-mêmes"

 

Un film à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Des qualités, certes, relevées par Colette,

mais à la fin on s'ennuie de tant de noirceur distillée à un rythme trop lent...

ME

29/09/2016

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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