31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 06:13

ADN

de Maïwenn 

avec elle-même (Neige) Mylan Robert (Kevin) Marine Vatch (Lilah la soeur) Fanny Ardant (Caroline la mère) , Omar Marwann  (le grand-père) Louis Garrel (François l'ex ) Alain Françon (Pierre le père ) 

 

 

Sélection officielle Cannes 2020

Neige, divorcée et mère de trois enfants, rend régulièrement visite à Émir, son grand-père algérien qui vit désormais en maison de retraite. Elle adore et admire ce pilier de la famille, qui l’a élevée et surtout protégée de la toxicité de ses parents. Les rapports entre les nombreux membres de la famille sont compliqués et les rancœurs nombreuses... Heureusement Neige peut compter sur le soutien et l’humour de François, son ex. La mort du grand-père va déclencher une tempête familiale et une profonde crise identitaire chez Neige. Dès lors elle va vouloir comprendre et connaître son ADN

ADN

Avouons-le sans ambages : ADN est un film décevant

 

Après un portrait de groupe filmé au plus près dans cette chambre d’EHPAD où survit le grand-père de Neige/Maïwenn , après la mort de ce dernier et les querelles familiales sur le  rituel  de la crémation, la réalisatrice loin de proposer une trajectoire qui irait du particulier à l’universel opère un chemin inverse. Et  la profusion de  ces plans « égotiques » (gros plans prolongés sur son visage ou son profil, sur sa chevelure déployée en Ophélie moderne, zoom sur ces lentilles qu’on enlève, comme pour mettre en évidence les "écarts" de point de vue ??) la surenchère dans le pathos (or suggérer n’est-il pas plus efficace que montrer avec insistance ….?) ou encore le sur-jeu de certains acteurs (dont Fanny Ardant qui interprète la mère, même si comme le dit froidement sa fille Neige « tu as toujours manqué de naturel »), tout cela fait d’ADN  un film aux clichés souvent lisses et lissés bien plus qu’une quête (et peu importe qu’elle soit pathétique sincère ou autre) à valeur universelle : à savoir la recherche de ses racines pour mieux se situer par rapport à son passé et mieux appréhender son futur (?) 

Et pourtant des moments "forts" – le face-à-face mère/fille, la réconciliation sororale – pèchent par ces défauts de traitement

 

Que l’on ait apprécié ou non ce film, force est de reconnaître que l’épisode algérien tourné in situ (Neige est au milieu des manifestants dans une rue à Alger ou assise, à les regarder) manque cruellement d’authenticité et de mise en perspective

 

Et que dire de cette scène où en l‘absence de bande- son Neige et François sur le même vélo  parcourent les rues désertes de Paris  comme pour un spot publicitaire ?

 

Dans ce filmage -à fleur de peau souvent- on était en droit d’attendre mieux de la réalisatrice de Polisse ! Dommage

 

Deux bémols toutefois: l’astucieux écart entre les propos souvent salaces de François (Louis Garrel) et le contexte dramatique ; et l’opposition entre l’anémie de Neige (elle perd l’appétit en même temps que son grand-père) et l’appétence dévorante de Neige/Maïwenn (exalter sa propre  omniprésence )

 

Colette Lallement-Duchoze

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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 06:25

d'Albert Dupontel (2020)

avec Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié, Jackie Berroyer , Bouli Lanners, Michel Vuillermoz, 

Lorsque Suze apprend à 43 ans qu'elle est gravement malade, elle part à la recherche de l'enfant qu'elle a été forcée d'abandonner quand elle avait 15 ans. Sa quête administrative va lui faire croiser JB quinquagénaire en plein burn out...

Adieu les cons

« je suis parti de l’idée d’opposer quelqu’un qui veut vivre mais qui ne peut pas à quelqu’un qui pourrait vivre mais qui ne veut pas »

 

Suze Trappet (une Virginie Efira convaincante; elle ne quittera pas son pull rouge…à la couleur si symbolique!) sachant sa mort prochaine -victime des effets cancérigènes de la laque utilisée pour les cheveux de ses clientes -, est décidée à retrouver l’enfant dont elle a accouché à 15 ans.. Jean-Baptiste Cuchas (dit JB) expert en informatique, chargé de la sécurité de son entreprise, se voyant "gentiment" remplacé  par un plus jeune, prépare méthodiquement son suicide ….que forcément il ratera.. Ils vont rencontrer Mr Blin (Nicolas Marié) un archiviste aveugle expert dans les dossiers d’accouchement sous X.

 

Voilà trois éclopés cabossés de la vie, trois âmes en mal d’être, -mais aussi en quête d’amour!!  Leur parcours -recherche de l'enfant - sera forcément semé d’obstacles, souvent farfelus dont les violences policières (et l’on connaît la malice de l’auteur à épingler policiers et gendarmes) les dérives foutraques de l’administration tatillonne et du tout sécuritaire, la déshumanisation de notre univers technologique (dire que Dupontel emprunte à Terry Gilliam c’est enfoncer une porte ouverte tant son évocation du monde urbain renvoie à Brazil)

Mais la rencontre avec l’ex obstétricien (Jackie Berroyer) atteint de la maladie d’Alzheimer sera comme une épiphanie.

Car tout est affaire d’encodage et de décryptage. Au tout début le médecin (Bouli Lanners) se ridiculise en expliquant mezza voce mais doctement les résultats d’un scanner, de même que le psy de service (Michel Vuillermoz) affiche avec l’aplomb du sachant les réponses à la plus petite déviation comportementale.

Mais le décryptage du journal intime de l’ex obstétricien et les poèmes griffonnés par Adrien (le fils. retrouvé de Suze) destinés à sa dulcinée, jouent le rôle de révélateurs : c’est le triomphe de l’humain, de la Vie !

 

Une comédie grinçante  où l’on retrouve les obsessions de son auteur (besoin d’amour filial, pièges et sortilèges d’une société déshumanisante), sa façon de filmer qui fait la part belle au flamboiement de couleurs vives, au virevoltage de la caméra, à certains effets spéciaux -récurrence des surimpressions et prédilection pour les vues en plongée, souvent vertigineuses-, un humour omniprésent du plus gras au plus fin, des blagues potaches, un comique de situation plus ou moins éculé (ou qui renvoie à Charlot) ….

 

 

Et pourtant plus c’est con plus on rit….

Effet pervers du (re)con-finement imposé ?

Le rire pour exorciser cette infantilisation anxiogène générée en haut lieu,  pour nous mettre sous cloche ?

Peut-être ! ....

 

Colette Lallement-Duchoze

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29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 15:13

de Jon Garano, Aitor Arregi et José Mari Goenaga (Espagne 2019)

 

avec Antonio de la Torre, Belèn Cuesta 

Espagne, 1936. Higinio, partisan républicain, voit sa vie menacée par l’arrivée des troupes franquistes. Avec l’aide de sa femme Rosa, il décide de se cacher dans leur propre maison. La crainte des représailles et l’amour qu’ils éprouvent l’un pour l’autre condamnent le couple à la captivité.

Une vie secrète

Le film s’ouvre sur un long plan fixe sur des façades -telle une palissade, telle une frontière entre le dehors et le dedans. Puis la caméra pénètre dans la chaude intimité du couple Rosa et Higinio. Des bruits suspects venus de l’extérieur lacèrent le calme de cette nuit. Les corps se désenlacent ; la peur a remplacé la moiteur amoureuse. Higinio est un partisan républicain;  il est arrêté…mais...il réussit à s’enfuir et blessé, rentre au village. Nous sommes en 1936 en Andalousie

Dès lors nous allons suivre sa lente et longue reptation, en sous-sol. Nous allons être au plus près de ce corps contraint à se recroqueviller dans la soupente de sa maison puis dans celle de son père...30 ans d’une vie de mort vivant avec la complicité d’une femme aimante -au départ non politisée- qui saura prodiguer conseils et contourner par des subterfuges maints obstacles (dont les perquisitions et les éventuelles dénonciations)

30 ans où vont défiler les événements majeurs de l’Histoire d’Espagne : guerre civile, dictature franquiste, Seconde guerre mondiale (Higinio est attentif à la position des Alliés ), rencontre Franco Eisenhower (décembre 1959) débuts du tourisme de masse, amnistie de 1969.

Un film où des définitions lexicales jouent le rôle de titres et ce faisant, de découpage en chapitres (Franco, enfermement, sortir etc.) ironie car souvent les « mots » sont polysémiques (dans ce mariage entre l’histoire personnelle et la « grande » histoire)

 

Les trois réalisateurs (qui se sont inspirés de faits réels) ont su rendre palpable l’écoulement des heures des années tout en filmant -pour l’essentiel- un huis clos -le « dehors » est vu à travers les interstices d’une porte d’une cloison par l’oeil agrandi hébété du reclus. Une gageure ! Des scènes « intimistes », des scènes de genre où les effets de clair obscur et les couleurs « chaudes » ocreuses composent des tableaux vivants. L’acteur (que vous avez pu découvrir dans la isla minima, la colère d’un homme pressé, que dios nos perdone ou encore plus récemment dans El Reino) porte de bout en bout ce film.

Un corps qui palpite de sueur, un corps qui envahit l’écran, et ce regard de bête traquée !

Un monde qui s’écroule ? Une foi militante qui vacille ? De remontrances en objurgations (celles de l’aimée, admirable Belen Cuesta) de mises au point proférées par le fils Jaime (il sait que la donne a changé depuis …tant de décennies) en querelles, le parcours de Higinio ne peut être « compris » que par ceux qui comme lui ont choisi d’être les « taupes »,  de vivre comme des sous-hommes dans la crasse et la peur pour ne pas être exécutés

Et pourtant quel hymne à la vie. Écoutez cette palpitation tel un instinct de survie, ces spasmes du désir charnel dans la plénitude des corps retrouvés. Et quand (c’est la dernière partie du film) le personnage  quitte définitivement l’ombre, il est auréolé de lumière

 

Un film à ne pas rater!!! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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25 octobre 2020 7 25 /10 /octobre /2020 04:39

d'Andreï Konchalovsky (Italie, Russie) 

avec Alberto Testone, Jakob Diehl, Francesco Gaudella, Frederico Vann

 

Italie début XVI° siècle. Michel-Ange (Michelangelo Buonarroti) apprécié pour son génie créatif, traverse des moments d’angoisse et d’extase tandis que deux familles nobles rivales se disputent sa loyauté....

Michel-Ange (il peccato)

J’ai cherché Dieu je n’ai trouvé que les hommes

 

Le film s’ouvre et se clôt sur une scène quasi identique : en gueux dépenaillé Michel-Ange avance sur une route en Toscane; il se parle. Son dialogue intérieur ? Un questionnement sur tout ce qui entrave son "génie" : l'argent, la politique, la dépendance.

Entre ces deux scènes, des années de fluctuations, de changements de mécènes (Jules II de la famille Della Rovera  lui a commandé un tombeau, puis ascension de la famille rivale des Médicis, le pape Léon X  lui intime l’ordre d’achever la façade de la basilique San Lorenzo). L’artiste est  "pris en étau" tiraillé...  Obsédé par sa quête quasi mystique de la beauté, hanté par " l’inachèvement"  Michel Ange (dont la réputation n’est plus à faire :  la Piéta (1499) David (1501) la Chapelle Sixtine 1508 1512) lui, l’enjeu de ces querelles politiques, aura menti pour garder l’intégralité de son art  Avec les florins que les familles rivales lui versent, il aide son père, ses frères, il subvient aux besoins de Peppe et Pietro ses apprentis, et surtout il investit dans ... le marbre...cette pietra viva !!

 

 

Le film de Konchalovsky n’est pas un biopic. S’il rend compte de l’acte créateur (imaginer sculpter créer afin que sa volonté se fasse sur la pierre écrivait Léonor de Récondo dans Pietra viva) c’est par ellipse ou sous-entendus -nous ne verrons pas l’artiste à l’oeuvre. Si l’acte est marqué du sceau de l’hubris c’est pour illustrer une furie hallucinée (cf les séquences spectaculaires des carrières de Carrare où l’énorme bloc de marbre d’un blanc éclatant et d’un seul tenant, concrétise la démesure de l’artiste et simultanément la monumentalité de son œuvre). Furie et déraison que l’acteur Alberto Testone a su faire siennes.

Ce qui intéresse le cinéaste russe c’est la quête du beau, le désir refoulé, la prégnance de fantômes ces visiteurs qui troublent le sommeil, le ballottement entre contingences et nécessité avec son cortège d’infamies et de tourments, la place de l’artiste dans et par rapport à son époque, et le " portrait"  qu’il fait de Michel-Ange est loin d’être flatteur….

 

De même sa reconstitution de la Renaissance fait fi de certains clichés : dans les scènes de groupes (repas, beuveries, carrières, rue) le réalisateur insiste sur la rudesse et la trivialité, donne à "respirer" des odeurs nauséabondes, à "entendre"  des éructations sordides. Ces séquences alternent avec d’autres plus contemplatives que le Diable -ou du moins fantasmes et hantises- s’en vient troubler.

 

Mais à chaque fois un travail étonnant sur les éclairages les lumières les couleurs (qu’elles soient d’apparat  plus terreuses ou solaires) un travail que sublime le choix du format 4,3 ; format qui enserre non seulement les visages et les personnages mais aussi les décors les ambiances (Arrêt sur image et vous contemplez un tableau digne de la Renaissance!!!)

 

Michel-Ange : ou les affres de la Création -connotées dans le requiem de Verdi- ?

Il peccato : ou le monstre de marbre ?

 

Michel-Ange il peccato un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 06:41

De Thomas Vinterberg (Danemark) 

Avec Mads MikkelsenThomas Bo LarsenLars Ranthe Magnus Millang

 

 

Sélection Officielle Cannes 2020

Prix des Cinémas Art & Essai 2020

 

Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure ! Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle.

Drunk

Même si dans les pays nordiques  prévaut une culture de l’alcoolisme (et la femme de Martin le rappellera un soir à son mari éméché... dans ce pays tout le monde boit) le film Drunk -quoi que suggère le titre- est surtout et avant tout un hymne à l’amitié, à la vie, une ode à la jeunesse ; un hymne en forme de quête -même et surtout si elle est inspirée par la détresse et le "désespoir" -pour parodier le titre d’une œuvre du philosophe danois Kierkegard ; philosophe que précisément Vinterberg cite en exergue  La jeunesse ? Un rêve. L’amour ? Ce rêve  Et la construction circulaire conforte cette approche: à la séquence époustouflante du prologue (course lycéenne, concours de boisson … avec parcours quantité et vomissements imposés ; puis les mêmes jeunes fortement alcoolisés dans le métro s’adonnant à... ) répond en écho celle de l’épilogue (la fête des jeunes diplômés bien alcoolisés et la danse de Martin qui retrouve sa souplesse de jeune acrobate jusqu’à ...)

D’ailleurs le réalisateur n’a-t-il pas dédié ce film à sa fille Ida (cf générique de fin) tuée à 19 ans dans un accident de voiture ?

 

Mettre en pratique un précepte du psychologue norvégien Skarderud (à savoir entretenir une consommation d’alcool capable de combler le déficit de 0,5g/litre) en montrer les effets (désinhibition lâcher prise mais aussi délitement de la cellule familiale pour deux des quatre professeurs), mêler comique (de mots et de situation essentiellement) et tragique, c’est la dynamique apparente, celle qui concerne la forme:  la marche vers... avec ses paliers et ses pauses; sa progression méthodique et inéluctable;   l’humidité du regard de Martin qui illustre dans un premier temps son taedium vitae puis, après l'ingestion d'alcool, sa luminosité prouvera un état de bien-être. De même que les pertes d’équilibre (tituber dans la salle de réunion au grand dam du  proviseur et des  professeurs, tituber et chuter dans les allées d’une supérette) sont le signe extérieur de l’emprise de l’alcool. Mais l’essentiel est ailleurs : la quête d’échappatoires, le désir de vivre jusque (paradoxalement) dans et par-delà la mort : le plan où Tommy est à bord de son bateau avec son chien claudiquant, seul compagnon de fortune et d’infortune, puis disparaît du cadre … celui où Martin déclare, après dislocation du couple, l’éternité de son amour sont tout simplement bouleversants dans leur épure et leur suggestivité

 

 

Vinterberg en retrouvant "ses" acteurs -Thomas Bo Larsen ( Festen, La chasse) , Mads Mikkelsen (La Chasse) Lars Ranthe   (La chasseLa communauté)  et  Magnus Milang (La communauté) -, les filme caméra à l’épaule, afin d’être au plus près, à un point tel que le visage de Mads Mikkelsen peut envahir tout l’écran. Une façon de filmer qui épousera -mais en les accentuant- l’euphorie et le déséquilibre….La prestation de Mads Mikkelsen (Martin) est impressionnante ainsi que celle de Thomas Bo Larsen (Tommy) lui qui - dans la vie-  est inscrit aux Alcooliques anonymes…

 

 

Les détracteurs habituels -ceux qui confondent esprit critique et esprit de critique -  pourront toujours reprocher un côté "philosophie de comptoir" , une insistance complaisante sur les "pochtrons" de l’Histoire (Churchill) ou de l’Art (Hemingway), la prévisibilité de certains parcours (celui de Tommy) ou encore la "fausse leçon" de l’apologue (les pièges et artifices  de l'alcool)

N’empêche ! Je persiste et signe : Drunk est un film sans prétention philosophique (même si les références à Kierkegard sont patentes l’homme doit pouvoir accepter d’être faillible il doit même avoir failli pour pouvoir vivre et aimer)  mais plutôt une fable douce amère de type épicurien (ne serait-ce que dans sa célébration de la Vie ou son plaidoyer pour le  "lâcher prise")

 

Drunk un film où l'alcool est symptôme de ...et non sujet

Drunk un film sur l’amour?

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 06:37

Bekzat est un jeune policier qui connaît déjà toutes les ficelles de la corruption des steppes kazakhes. Chargé d’étouffer une nouvelle affaire d’agressions mortelles sur des petits garçons, il est gêné par l’intervention d’une journaliste pugnace et déterminée. Les certitudes du cow-boy des steppes vacillent.

A DARK, DARK MAN

Un champ de maïs aux couleurs mordorées qui crépite de lumière,  un homme les yeux bandés y joue à colin-maillard.. Le prologue dont les plans et cadrages rappellent une peinture,  a de quoi surprendre. Puis par petites touches  et quelques gros plans bien ciblés le film se « révèle ». Ce personnage aux allures de Pierrot lunaire sera le coupable idéal : il avouera -moyennant finance- être l’assassin de ce jeune homme dont le corps gît sous un drap maculé de sang…Un flic qui suborne ! Une police provinciale archi corrompue !!!

Non, nous ne sommes pas en Absurdie...

 

Nous voici immergés dans un décor qui frappe par son aridité, son austérité, sa désolation ou parfois sa blancheur qui recouvre l’espace comme un linceul. Un monde où évoluent des personnages à valeur archétypale: le flic corrompu, les mafieux, la justicière. Peinture d’une police kazakh provinciale où un vieil immeuble -vestige de l’empire soviétique- sert de commissariat, la voiture de Bekzat est un tas de ruine...Face à eux, des prétendus « simples d’esprit » dont le personnage du début qui de ses gestes maladroits et avec sa compagne et l’enfant s’approprie cette nature "mère-nourricière". 

 

La dynamique du film? L'arrivée d'une journaliste va conduire Bekzat,  de la corruption à un "semblant" de rébellion contre ses supérieurs encore plus corrompus - tant il semble impressionné par la probité de cette femme, un chemin   parsemé d’indices à valeur de  "symboles" (dont le ballon ou la voiture brisée)

 

Dans une guerre on sait que la première victime est la vérité ; dans le « despotisme » -et la journaliste intègre citant l’Esprit des Lois de Montesquieu le rappellera à ses ravisseurs- la "crainte" est un principe stérilisant et destructeur qui fait régresser les hommes en-deçà des lois de la natur

 

Mais ne nous méprenons pas :  le film apparemment "noir" est en fait un mélange astucieux de poésie et de macabre, traité de façon minimaliste, avec une prédilection pour les  plans fixes,  les vues en légère contre plongée et les lents travellings avant.

Certains vont déplorer une complaisance dans le " gore" (gros plan sur un visage tuméfié ou un corps sanguinolent) et quitter la salle…

Pourtant l’humour,  l'ironie  (même si comme Bekzat, nous ne comprenons pas les blagues racontées par ce supérieur hiérarchique le seul à rire à gorge déployée) et la poésie jouent le rôle de contrepoint

 

A dark dark man,  un "conte moral" ?

 

Je vous laisse juge

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 05:05

Long métrage d'animation réalisé par Aurel (France, Espagne )

avec les voix de Sergi Lopez, Gérard Hernandez, Bruno Solo....  

 

 

 

Sélection officielle Cannes 2020

prix Fondation Gan

festival du film d'animation d'Annecy 2019

Février 1939. Submergé par le flot de Républicains fuyant la dictature franquiste, le gouvernement français les parque dans des camps. Deux hommes séparés par les barbelés vont se lier d’amitié. L’un est gendarme, l’autre est dessinateur. De Barcelone à New York, l'histoire vraie de Josep Bartolí, combattant antifranquiste et artiste d'exception.

Josep
Ce film d’animation s’adresse principalement aux adultes et aux adolescents qui n’ont pas connaissance d’une page peu glorieuse de l’Histoire de France. Après la trahison de Léon Blum et du PS de l’époque de ne pas aider les républicains espagnols à lutter contre le putsch fasciste de Franco en 1936, le régime de 39 en rajoute une couche en emprisonnant le peuple espagnol vaincu, martyrisé, qui s’accumule à nos frontières.
Erreur fatale en 1936 d’un simple point de vue stratégique, mais aussi abandon par notre République de ses principes de solidarité pour la démocratie. Cette page noire de notre Histoire n’est pas la seule hélas. Le talentueux réalisateur Aurel sauve l’honneur en peignant ces moments tragiques avec brio et humour même parfois, nul pathos en tous cas.
 
500.000 réfugiés républicains en France à cette date qui ont été maltraités (euphémisme) jusqu’à l’arrivée des nazis. Certains Espagnols ont rejoint la Résistance en France, d’autres ont travaillé (ont été exploités serait le mot plus juste) par les paysans français notamment contents de trouver une main d’œuvre fragile et bon marché.
 
500.000 réfugiés en 1939 pour un pays de 45 millions d’habitants, aujourd’hui nous sommes 67 millions, et le gouvernement fait la fine bouche pour accueillir 2000 personnes ! Insupportable bégaiement du politique.
 
Très beau sur le plan graphique, bien accompagné en musiques, et ouvert sur des prolongements de réflexion, ce film relanceur de mémoire est à voir nécessairement.
 
Serge Diaz

 

je vous invite à lire cette interview datée du 1/10/2020 ("les partis pris étonnants du réalisateur" )

https://www.cnc.fr/cinema/actualites/aurel-la-pertinence-de-josep-nous-sautait-regulierement-au-visage_133375

Aurel dessinateur de presse (Canard enchaîné entre autres) fasciné par le parcours de Josep Bartoli et désireux d'en  faire un long métrage a certes privilégié  la période de la Retirada et des camps de "concentration" où s'accumulaient les "pouilleux" fuyant le franquisme (période  évoquée par Serge dans son commentaire ); et cet épisode infâme pour la France de 1939 entre hélas! en résonance avec la politique actuelle de notre pays à l'encontre des migrants..  Mais le film dans son ensemble   (en témoigne le titre éponyme ) rend hommage  à un homme engagé et militant,  à  un artiste,  au parcours étonnant, que découvriront maints spectateurs 

 

Si les dessins de Josep s'incorporent avec fluidité au récit  -et  parfois ils sont mis en exergue ou se superposent à ceux d'Aurel - le montage lui est assez complexe: car on est transporté d'une époque à une autre, d'un continent à un autre (Espagne France Mexique USA), d'un point de vue à un autre, mais cette complexité n'est-elle pas censée imiter les soubresauts de la mémoire, celle du locuteur? en l'occurrence un grand-père  -Serge le gendarme qui s'était  lié d'amitié avec Josep et qui, sentant la mort venir, raconte  à son petit-fils Valentin   le fabuleux destin de son ami (Josep : film sur la transmission aussi!)

 

Générique de fin:  de la  longue liste de remerciements on retiendra

"merci aux journaux qui publient nos dessins...."  Or  au moment même où se déroule  le procès de qui vous savez, un tel  remerciement n'a-t-il pas "force de loi" (sur la liberté de la presse, la liberté de penser???)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 


 

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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 05:48

d'Aude Léa Rapin  (2019 France, Belgique, Bosnie)

avec Adèle Haenel, Jonathan Couzinié, Antonia Buresi, Hasja Boric

 

 

Présenté à la Semaine internationale de la Critique festival de Cannes 2019

Dans une rue de Paris, un inconnu croit reconnaître en Joachim un soldat mort en Bosnie le 21 août 1983. Or, le 21 août 1983 est le jour même de la naissance de Joachim ! Troublé par la possibilité d’être la réincarnation de cet homme, il décide de partir pour Sarajevo avec ses amies Alice et Virginie. Dans ce pays hanté par les fantômes de la guerre, ils se lancent corps et âme sur les traces de la vie antérieure de Joachim.

Les héros ne meurent jamais
Qui trop embrasse mal étreint

A force d’entremêler « faux » documentaire et véritable histoire des autochtones, d’emmêler fiction et film en train de se faire, à force de jouer sur la gémellité (du regard) le double (Joachim/Zoran, Alice/ Aude-Léa Rapin), la réalisatrice donne à voir une sorte de melting pot assez bancal (du moins est-ce mon impression) qui tient du reportage, d’une quête multiforme (de soi de ses origines de ses antécédents) et qui interroge sur la réincarnation, tout cela traité avec humour parfois (les trois compères en Bosnie ont quelque chose des pieds nickelés)

 

Le film est censé être construit autour d’un making of d’un « faux » documentaire. Le chef opérateur sera hors champ (à l’inverse de la perchiste) mais c’est à lui qu’on s’adresse c’est lui qui choisira la sublimation ou non de la lumière et le meilleur angle (cf la scène assez comique où l’on filme à partir du coffre de la voiture pour que le spectateur voie Alice et Joachim s’éloigner) Et nous sommes embarqués avec cette petite équipe en Bosnie (et plus précisément à Bratunac) à la recherche de ...ou sur les traces de...

 

Et si Joachim était Zoran le soldat criminel réincarné ?. Mais de quel Zoran s’agit-il ? Car comme l’affirme le cabaretier « ici presque tous les hommes s’appellent Zoran et ce sera Zorana pour les femmes ». Scène doublement comique (situation et répétition) dont l’écho inversé tragique est la commémoration de la tragédie  de Srebrenica (le 11 juillet) où chaque pelletée de terre soulevée exhume la mémoire…. Celle d’un pays où planent les fantômes d’une guerre récente comme s’il n’y avait jamais de fin à la fin d’une guerre (propos de la réalisatrice)  

 

La plongée dans ce pays d’abord dévasté puis toujours habité par la mort  comme écho aux questionnements des personnages ? Peut-être mais que de chemins de traverses ! et la thématique de la "réincarnation" sur laquelle s’ouvrait astucieusement le film (Alice filmant Joachim sous la douche en train de raconter son interpellation ...tente d’authentifier cette invocation, en sondant sa réalité corporelle) si elle se prête à quelques moments dits fantastiques, est vite sacrifiée 

Et la confrontation qui oppose Joachim (il semble croire en sa réincarnation) et Alice (qui le rabroue et le « mène » vers de « fausses » pistes ») reste purement formelle vite dénuée de sens (hormis cette rencontre avec Hasja Boric une Bosniaque qui a tout perdu lors du massacre de Srebrenica , or Joachim et Virginie sont convaincus d'être déjà venus chez elle ....)

Resterait comme en suspens un questionnement sur la  "vocation" du cinéma !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 06:44

Documentaire réalisé par Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov (Macédoine 2019)

 

Grand Prix du Jury Sundance 2019 du documentaire étranger

Hatidze est une des dernières personnes à récolter le miel de manière traditionnelle, dans les montagnes désertiques de Macédoine. Sans aucune protection et avec passion, elle communie avec les abeilles. Elle prélève uniquement le miel nécessaire pour gagner modestement sa vie. Elle veille à toujours en laisser la moitié à ses abeilles, pour préserver le fragile équilibre entre l’Homme et la nature.

Honeyland

Seul et minuscule chemine un personnage sur un sentier; vue en plongée sur un environnement que n’a pas altéré la folie humaine et quand la caméra se rapproche, nous découvrons le visage d’une femme, un  visage buriné -par les ans serait-on tenté de dire mais on apprendra qu’elle a 55 ans!!. Dans ce paysage de montagne rocailleuse à la majesté solitaire, voici une pente escarpée que gravit avec souplesse cette  femme, jusqu’à cette anfractuosité où se nichent….. des abeilles. Gestes précis qu’accompagne un chant magique destiné à calmer les insectes, gestes séculaires.

Ce sont les premiers plans de ce documentaire qui nous transporte dans un territoire oublié des hommes - vues en plongée sur le village sans eau ni électricité, village désert car déserté par les hommes où les maisons/masures ne sont que ruines hormis celle qui abrite Hatidze et sa mère grabataire-, un documentaire qui exalte la connivence respectueuse entre l’homme et la nature, un documentaire récompensé de trois prix au festival Sundance 

Les réalisateurs font judicieusement alterner les scènes en extérieur (vastes panoramiques ou plans larges  sur le paysage nimbé de lumière) et scènes d’intérieur où le clair-obscur (présence de la bougie éclairante) magnifie la relation entre Hatidze et sa mère Nazive ( « pas moyen de mourir et je te rends la vie impossible »). Et dans un premier temps ils invitent le spectateur à suivre leur quotidien rythmé par les repas, les allées et venues d’Hatidze entre les ruches, la récolte du miel et sa vente sur les marchés de Skopje

Mais avec l’arrivée intempestive des voisins turcs (famille nombreuse à nourrir, bétail à préserver) l’équilibre va progressivement se rompre  : intoxiqué par un « escroc » partisan du rendement à tout prix le père porte atteinte à la coutume ancestrale de la récolte du miel. Dans cette partie le film oppose deux modes de pensée et de vie dont rend compte le contraste entre la turbulence des uns et la quiétude des autres, entre la volonté de s’enrichir à tout prix et la quête d’un bonheur simple, profondément humain, soucieux de préserver les richesses de la nature ; opposition que certains dans une vision caricaturale hâtive et simpliste identifient comme la lutte entre le méchant capitaliste et la vertueuse apicultrice….(Le Monde

Honeyland : fin d’un monde ? Certes -celui incarné par Hatidze qui, ayant fait le choix de « soigner » sa mère ne s’est pas mariée et n’aura pas d’héritier pour perpétuer une tradition.  Mais éveil d’une conscience -incarnée par un des fils de Hussein Sam et peut-être par le public!!!-  celle de l’éco-responsabilité....

 

Un documentaire à ne pas rater! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 05:56

de Christian Petzold (Allemagne )

avec Paula Beer , Franz Rogowski, Jacob Matschenz , Maryam Zaree

 

 

Berlinale 2020 : Prix FIPRESCI et Ours d'argent de la meilleure actrice pour Paula Beer 

Ondine vit à Berlin, elle est historienne et donne des conférences sur la ville. Quand l’homme qu’elle aime la quitte, le mythe ancien la rattrape : Ondine doit tuer celui qui la trahit et retourner sous les eaux…

Ondine

si tu me quittes je serai dans l’obligation de te tuer

Le film s’ouvre sur une scène de rupture qui- dans un autre contexte- serait tout à fait banale. Sauf qu’ici...le réalisateur renoue avec un mythe selon lequel une Ondine ne peut vivre sur terre qu’à travers l’amour d’un humain ; trahie elle doit tuer l’homme qui la délaisse avant de regagner les eaux…..

Filmée en gros plan sur les deux visages (Johannes Jacob Matschenz et Ondine Paula Beer ) cette séquence d’ouverture oppose aussi deux conceptions de l’amour.

Dualité qui va être déclinée sous d’autres formes dans tout le film : réalisme et fantastique, rêve et réalité, monde terrestre (la capitale, son présent et son passé revisité) et monde aquatique (lac piscine aquarium), ainsi que les connotations du miroitement, de l’enfouissement, et en faisant d’Ondine une conférencière historienne qui explique à partir de maquettes, le tissu urbain de Berlin - une ville construite sur des marécages -, le réalisateur va insister sur la succession des oblitérations autant mémorielles que physiques 

 

Ondine s’affranchira -dans un premier temps- de son destin en s’éprenant d’un autre homme (habile détournement du mythe). La fulgurance du coup de foudre ? Un regard qui fait exploser un aquarium ; tels deux naufragés rescapés d’un tsunami, les deux êtres se sourient le visage ruisselant  de perles de lumière. Une séquence qui relève du fantastique certes mais en faisant de Christoph un scaphandrier-soudeur, le film s’inscrit aussi dans la contemporanéité (ces scaphandriers qui lors de la réunification des deux Allemagnes ont sondé  " le monde souterrain"  de l’Alexander Platz !!! l’exploration d’une capitale en perpétuelle transformation !!)

Tout en renouant plus tard dans la narration avec des figures mythiques, dont celle du silure… ce poisson à  la fois commun et mystérieux. Ou avec le merveilleux ( au fond du lac, une pierre sur laquelle est gravé le prénom  Ondine; les   taches rouges indélébiles  dans l'appartement,  désormais occupé par un autre couple) -

Comme si la présence d’Ondine flottait encore et toujours par-delà l’Histoire et les histoires. C’est qu’il s’agit aussi d’une foi inébranlable en la puissance de l’amour. Thème majeur de cette dernière partie -annoncée par un encart temporel deux ans plus tard-  alors qu’elle est imprégnée par l’envoûtement troublant d’une présence-absente (ou absence-présente) hors du temps

 

 

Un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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