5 décembre 2022 1 05 /12 /décembre /2022 05:57

de Christophe Honoré (2021)

avec Paul Kircher,  Vincent Lacoste, Juliette Binoche, Erwan Kepoa Falé

Lucas a 17 ans quand son adolescence vole en éclats. Il voit sa vie comme une bête sauvage qu'il lui faut dompter. Alors que son frère est monté à Paris et qu'il vit désormais seul avec sa mère, Lucas va devoir lutter pour apprendre à espérer et aimer de nouveau.

Le lycéen

 

Le visage de Lucas (Paul Kircher) -filmé en frontal- envahit l’écran -alors qu’une voix intérieure au phrasé si particulier dans la nonchalance, met en lumière la souffrance, celle d’une incomplétude, d’un émiettement de l’être profond ; cette même voix semble se dédoubler, s’adressant au spectateur qui capte ce murmure sur les lèvres. Une temporalité émiettée à l’instar du ressenti douloureux ? (le propos est postérieur à la tragédie - un autre indice conforte cette affirmation : sur le bord de la route, vision fugace d’un bouquet funéraire.) Superposition ou enchevêtrement entrecroisement grâce à des ellipses?. Ce qui d’ailleurs présidera à certains moments d’intensité extrême dans le film ; ou bien le temps morcelé en trois grands mouvements (la dévastation après l’annonce de la mort du père, l’escapade parisienne, le retour/résilience après les abysses, l’enfermement dans le mutisme) ne serait que partiellement fragmenté dans le flux du précipité : vivre à tout prix, coûte que coûte, tout expérimenter.

Lucas court il est en short, plan suivant il est en jogging – la continuité n’était qu’apparente et cela sera répété plusieurs fois. Dislocation et/ou pouvoir cathartique pour le cinéaste ? Car le film dédié au père (on l’apprend juste avant que ne défile le générique de fin) est à n’en pas douter d’inspiration autobiographique (Christophe Honoré interprète lui-même le rôle du père de Lucas…) Mais pour un jeune de 17 ans à la vie déjà cabossée, c’est la fulgurance du vivre vite hic et nunc (au lycée Lucas avoue à son ami que leur relation ne peut être qu'éphémère); à Paris il s’insurge face à Lilio qui refuse ses avances, il accepte moyennant finance une relation fugace avec un quinqua etc…Il exulte, s'exalte dans le "tourbillon" jusqu'à cet instant de bascule !

Le Lycéen ? Une histoire de deuil et d’émancipation : la perte du père, la douleur dévastatrice, l’amertume de ne pas avoir eu de passé, la volonté d’en finir. Mais le lycéen de Christophe Honoré ne serait-il pas tout jeune homme au sortir de l’adolescence confronté à un drame? Ce que suggérerait l’article à valeur générique du titre ?

Le lycéen ? Un drame familial et Juliette Binoche en veuve éplorée et mère aimante a le ton juste ; le frère aîné (Vincent Lacoste) sans être moralisateur dispense conseils et remontrances « Tu n'as pas le droit de te servir du chagrin comme excuse pour tout foutre en l'air et ne pas penser aux autres" ; des cadres enveloppent le trio dans la recherche d’une paix intérieure (cf. l'affiche)

Et si le réalisateur alterne avec maîtrise les très gros plans (visage nuque œil) et plans rapprochés dans la même séquence ; procédé qui culmine dans l’épisode de la douche avec ce ruissellement de perles d’eau que la main s’en vient caresser, il use et abuse de certains procédés (caméra tremblante) se complaît dans l’étirement inutile (la séquence du karaoké, ou la « relation » sexuelle inaboutie avec le quinquagénaire). Des choix qui peuvent friser l’afféterie voire l’exhibitionnisme

On dit que Paul Kircher est « la révélation » de ce film ;  Erwan Kepoa Falé (Lilio) le serait bien plus à mon avis

Malgré ces quelques bémols Le Lycéen est assurément  un film à voir

 

Colette Lallement-Duchoze

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1 décembre 2022 4 01 /12 /décembre /2022 07:18

 

Après un combat acharné contre une tortue démoniaque, cinq justiciers qu’on appelle les "TABAC FORCE", reçoivent l’ordre de partir en retraite pour renforcer la cohésion de leur groupe qui est en train de se dégrader. Le séjour se déroule à merveille jusqu’à ce que Lézardin, empereur du Mal, décide d’anéantir la planète Terre…

Fumer fait tousser

 

Voici Benzène, Methanol, Nicotine, Mercure et Ammoniaque, soit les cinq membres de « Tabac Force » qui a pour mission de lutter  "contre les méchants"  en les asphyxiant de produits toxiques -qui sont précisément ceux du tabac !!! Combinaison moulante en lycra, casque, perruque (Anaïs Demoustier) ou cheveux teints (Vincent Lacoste) ils semblent sortis des sentaïs (ces récits japonais qui mettent en scène un groupe de héros en costumes colorés luttant contre les forces du mal pour sauver la terre) hormis qu’ils n’ont rien d’héroïque. Dès la première séquence, l’enfant qui, en voiture, a demandé à ses parents un arrêt pipi, va les filmer en train de "terrasser"  un  "monstre" en latex aussi visqueux que caoutchouteux, mais dont l’hémoglobine giclera sur les costumes, les visages et les vitres de la voiture et  le sol sera tapissé de lambeaux sanguinolents. Benzène apostrophe le gamin et lui enjoint de ne pas fumer (regarde ton père, la clope au bec, il a l’air con, c’est nul…). Le ton est donné : le réalisateur tord le cou à moult clichés -au niveau formel- et ce dans la bonne humeur -et les humeurs- qui se marie à l’humour -même et surtout pour dénoncer les méfaits du tabac ou approcher de façon critique certains  programmes de télévision des années 90

Ces 5 membres reçoivent des ordres du Chef Didier auquel Chabat (acteur fétiche de Quentin Dupieux) prête sa voix. Affreux rat en feutrine, baveux et libidineux, aussi expert en donneur d’ordres qu’en tombeur de dames ! Pour ressouder l’équipe il octroie une pause, à la campagne. Le logement ? une capsule des temps atomiques ( ?) au frigo minimarket. Le temps précisément de « raconter » des histoires (des vraies !!!) plus épouvantables les unes que les autres. Et le réalisateur glisse du faux film d’anticipation (et/ou d’horreur) vers le film à sketches. Sketches traités tels des courts métrages. Dont certains au gore outrancier (un neveu passé à la déchiqueteuse, une épouse devenue serial killer) mais interprétés par des acteurs convaincants (dont Blanche Gardin, Adèle Exarchopoulos et Doria Tillier)

Les 5 héros du début sont confrontés désormais au réel et  à ses dérives (et non plus à des aliens en mousse) . Ainsi parmi les « conteurs » voici une gamine qui, nouvelle Greta Thunberg ( ?), dénonce la pollution de la rivière, les effluents toxiques, voici un poisson « disert » (mais il n’aura pas le temps de terminer son propos…Benzène est en train de le faire cuire). 

L’écologie s’invite donc dans cette fable souvent foutraque d'autant que sur la planète des terriens devenus fous, pèse une menace (Lézardin -Benoît Poelvoorde- depuis son « étoile noire » s’ingénie à achever la terre !!!)

Le chef Didier craint l’apocalypse et ordonne  à  son robot  de remonter le temps

 

Mais tout cela ne serait-il pas  "fumeux" ? ( osons  jouer sur les mots, sur leur polysémie à l'instar de  Quentin Dupieux qui ne mégote jamais!!! )

La chanson de Gainsbourg « Dieu est fumeur de havanes » « tu n’es qu’un fumeur de gitanes » accompagnait le générique d’ouverture.

Changement d’époque en cours  martèle le robot. Pour déjouer la menace de Lézardin, faut-il revenir au temps où l’on pouvait "déconner"  et  fumer en toute quiétude ? Dans une atmosphère bleuâtre se détachent les corps des 5 héros en train de  "cloper" ! mégots incandescents pour saluer l’aube ? C’est le plan final !!

« Changement d’époque en cours » continue à marteler la voix …après le générique de fin

Est-elle encore audible ? (le spectateur a coutume de quitter la salle quand défile le générique !)

 

Colette Lallement-Duchoze

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27 novembre 2022 7 27 /11 /novembre /2022 11:33

de Jafar Panahi (Iran 2021)

avec Jafar Panahi, Mina  Kavani, Vahid Mobasheri

 

Compétition officielle  Mostra de Venise , prix spécial du jury

Dans un village iranien proche de la frontière turque, un metteur en scène est témoin d'une histoire d'amour tandis qu'il en filme une autre. La tradition et la politique auront-elles raison des deux?

Aucun ours

 

Mise en abîme ? Métaphore de la situation d’artistes, celle de Jafar Panahi en particulier ? Plaidoyer pour la liberté d'expression, pour la LIBERTE? 

Aucun ours est tout cela, assurément !

Une fois de plus (rappelez-vous   Ceci n'est pas un film, documentaire iranien de Jafar Panahi et Motjaba Mirtahmasb - Le blog de cinexpressions ou Taxi Téhéran - Le blog de cinexpressions) le réalisateur nargue le pouvoir qui musèle, tyrannise, emprisonne en entremêlant  plusieurs "intrigues". Lui-même condamné (et depuis juillet 2022 emprisonné) interprète son propre rôle de cinéaste, il  dirige équipe technique et acteurs mais ..."à distance"; de sa chambre minuscule dans un village reculé du Kurdistan iranien à la frontière de la Turquie;  il  met en scène (via l’écran de son ordinateur portable au gré d'une capricieuse connexion !!)  un couple de dissidents iraniens installés en Turquie, désireux de rejoindre l’Europe ; or les  "acteurs" interprètent un rôle proche de leur vécu -ce dont témoignent les récriminations de Zara !!!

Mettre en scène un tournage tout en étant absent du plateau : c’est bien la métaphore de la situation du cinéaste. Frontière poreuse entre le réel et la fiction c’est bien la mise en abîme de sa création. A cela s’ajoutent les querelles intestines particulières, spécifiques  de certains villages, dont il sera la « victime collatérale » : aurait-il pris en photo un couple illégitime ? sa présence est devenue suspecte !!! il doit partir ! double voire triple peine !

Accompagné de son assistant,  Jafar Panahi grimpe essoufflé une colline , il  atteint la ligne de démarcation entre l’Iran et la Turquie; il semble hésiter à ….franchir le pas (vers la liberté);  et son corps comme silhouetté dans la semi-obscurité alors qu’au loin brillent les lumières d’une ville, en devient presque fantomatique ; malgré tous les malgré il refusera l’exil !

Mais  il est confronté à cet « exil intérieur » ô combien douloureux ! bête noire du régime, il est devenu le mal-aimé dans ce village corseté dans des croyances ancestrales. La séquence finale et le plan prolongé sur le visage du banni n’en seront que plus émouvant.es !

Malgré les  "conditions de tournage", on devine une forme d’excellence dans ces lignes de force qui se heurtent se croisent se brisent , dans ce jeu de multiples oppositions (ombre et lumière; vie citadine et rurale, entre autres) et surtout dans cette interrogation essentielle sur la Vie et l’Art 

Les ours ? Pur fantasme ! on les a "inventés"  pour susciter la peur ! 

La barbarie ? il faut la chercher ailleurs : dans ces violences inhérentes ( ?) au régime iranien, dans cette soumission à des traditions plus que séculaires qui brisent l’élan libérateur

 

Nous créons des œuvres qui ne sont pas des commandes c’est pourquoi ceux qui sont au pouvoir nous voient comme des criminels (extrait de la lettre envoyée aux organisateurs de la Mostra )

Un film  à  ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 novembre 2022 5 25 /11 /novembre /2022 10:31

d'Alice Diop (2021)

avec Guslagie Malanda, Kayije Kagame, Valérie Dréville, Aurélia Petit

 

 

Mostra de Venise 2022 Lion d'argent et grand prix du jury

Prix Jean Vigo

 Sélectionné pour représenter la France aux Oscars 2023 dans la catégorie meilleur film international

 

A la Cour d'assises de Saint Omer une jeune romancière assiste au procès de Laurence Coly accusée d'avoir tué sa fille de 15 mois en l'abandonnant à la marée montante sur une plage...

Saint Omer

 

Une femme chemine seule sur la plage portant son bébé dans les bras ; extérieur nuit ; on entend un souffle, un halètement, bientôt recouverts par le rugissement des vagues (l’infanticide restera hors champ). C'est la scène d'ouverture.  En écho  dans le dernier plan , une autre "respiration"  celle de la mère de Rama, celle de la délivrance.

Ainsi encadré par le "souffle" - dans toutes les acceptions de ce terme- le film d’Alice Diop va se déployer essentiellement dans un huis clos - procès, Cour d'assises de Saint-Omer-, où le " souffle"  sera celui de la circulation des regards, des cadrages millimétrés, des longs plans fixes, des gros plans sur le visage de l’accusée (qui se « fond » avec les boiseries) et en contre champ sur ceux de la juge de l’avocate et des témoins. Le spectateur est à la fois  témoin et  juré. Ainsi quand l’avocate dans sa plaidoirie finale s’adresse aux jurés, son visage filmé en frontal et qui envahit tout l’écran, scrute le spectateur le questionne (vous aurez rendu un arrêt mais non la justice)

 

Et pourtant Saint Omer n’est pas la « reconstitution » du procès auquel a réellement assisté Alice Diop, procès de Fabienne Kabou cette jeune mère qui en 2013 avait abandonné sa fille de 15 mois sur une plage de Berck-sur-Mer (même si  tous les propos échangés, questions réponses,  sont le « copier/coller » des verbatims).

Dès les premières scènes, en effet, c’est le point de vue de Rama qui s’impose et son regard guidera le nôtre. Rama professeure d’université, spécialiste de Marguerite Duras commente  "la sublimation du réel par l'écriture " tout en montrant des extraits du court métrage de Jean-Gabriel Périot (femmes dont on rase la tête pour les punir de leur engagement auprès des nazis ; femmes traîtresses, femmes exposées à la vindicte populaire). Rama l’écrivaine qui va à la rencontre de la criminelle. Rama, française d'origine sénégalaise, qui maîtrise les références  "culturelles" (à l’université elle est filmée en légère contre plongée dans un cadrage assez large -à la différence de Laurence l’infanticide dont on moquera la prétention à faire une thèse sur Wittgenstein…et qui est filmée dès sa première apparition au procès dans un cadrage  plus étroit, comme pour accentuer l’écart dans la tentative de réappropriation de la culture)

Rama sera ébranlée par les propos de Laurence sur la transmission (ou plutôt la non transmission), sur le rapport à la maternité à la famille, sur la  "possession" (sorcellerie exotique pour un Occidental ? ) sur les relents de colonialisme 

Rama double d'Alice Diop?

 

Le film est ainsi traversé par un jeu de miroirs : Alice Diop et Rama, Rama et Laurence (ce qu’illustrent les flash-back sur la relation mère/fille), par un jeu de références aussi (sublime forcément sublime écrivait Marguerite Duras à propos de la mère de Grégory ; Médée pasolinienne où le "clair de lune" aura son écho inversé sur le visage de Laurence devenu paysage d'ombres et  de nuages,  comme peint au sfumato)

 

Que voit réellement Rama sur le visage – altier parfois- de l’infanticide (admirablement interprété par Guslagie Malanda) Une criminelle ? certes. Mais surtout la dignité d’une femme détruite.

 

 

En remettant à ce film le prix Vigo, le jury a salué sa manière singulière de penser notre époque à partir de l’impensable, en reliant l’intime et le collectif, la société et l’histoire, l’inexplicable et la nécessité politique de trouver un sens.

 

 

Un film à voir absolument

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 novembre 2022 2 22 /11 /novembre /2022 07:43

de Valeria Bruni Tedeschi (2021)

 

scénario de Valeria Bruni Tedeschi Noémie Lvovsky Agnès de Sacy

 

Avec  Nadia Tereszkiewicz : Stella Sofiane Bennacer : Etienne Louis Garrel : Patrice Chéreau Micha Lescot : Pierre Romans Clara Bretheau : Adèle Vassili Schneider : Victor Eva Danino : Claire Oscar Lesage : Stéphane Sarah Henochsberg : Laurence Liv Henneguier : Juliette Baptiste Carrion-Weiss : Baptiste Alexia Chardard : Camille Léna Garrel : Anaïs Noham Edje : Franck Suzanne Lindon : la serveuse Franck Demules : le gardien Isabelle Renauld : l'assistante de Chéreau Sandra Nkaké : Susan Bernard Nissille : Gaspard

 

Présenté au festival de Cannes 2022 Compétition Officielle

Fin des années 80, Stella, Etienne, Adèle et toute la troupe ont vingt ans. Ils passent le concours d'entrée de la célèbre école créée par Patrice Chéreau et Pierre Romans au théâtre des Amandiers de Nanterre. Lancés à pleine vitesse dans la vie, la passion, le jeu, l'amour, ensemble ils vont vivre le tournant de leur vie mais aussi leurs premières grandes tragédies

Les Amandiers

Regardez ces enfants, regardez les crimes qu’ils commettent, regardez comme ils se mentent à eux-mêmes comme ils veulent apprendre et ne peuvent pas, comme ils veulent faire le tour de toutes les expériences et les épuisent en si peu de temps et quels espoirs pourtant ils portent en eux quand la lune est pleine. Je vous laisse avec eux, ils sont comme nous ils ont envie d’être aimés P Chéreau à propos de la mise en scène de La dispute de Marivaux

 

 

Le film s’ouvre sur un champ contre champ, séance d’audition sous le regard amusé de Romans (Micha Lescot);  un jeune s’asperge de ketchup sur scène, on « entend » un membre du jury (interprété par la mère de la réalisatrice)  enjoignant Stella de « parler un peu plus fort je suis sourde » !! et la question devenue rituelle « pourquoi tu veux faire du théâtre » (les réponses trahissent des quêtes si diverses « satisfaire les rêves de  parents » « s’approprier les paroles d’un autre » « face à la finitude inscrite dans notre destin laisser une trace ».) Léger flou sur les visages du jury, dont on devine l'ironie moqueuse à l’encontre de ces jeunes qui briguent la sélection mais qui en font trop…. Sur les 40 présélectionnés, 12 seront les « heureux élus »

Et ce sont les 18 mois de travail intense que Valeria Bruni Tedeschi -qui a fait partie de la promo, elle avait à peine 20 ans - va « restituer ».

Une tranche de vie, une tranche d’histoire qui se veut moins historique qu’émotionnelle « ni documentaire, ni reconstitution, ni monument mais une évocation, affirme-t-elle 

Evocation d’une fureur, celle des excès, (on s’amuse au volant de sa voiture à griller à toute allure les feux rouges, on se drogue jusqu’à l’overdose, on baise dans un confessionnal ou dans les toilettes, on est multipartenaire)  et le rythme qui illustre cette exubérance est souvent trépidant. Fureur confrontée bientôt à la prégnance mortifère du sida (cf la séquence de la cabine téléphonique où trois jeunes femmes/actrices, terrorisées,  s’enquièrent des résultats de leur analyse de sang) Eros et Thanatos. Jouissance et mort. Mélange de comédie (parfois farcesque) et de drame (c’est une marque de fabrique dans la filmographie de la réalisatrice).

C’est aussi -et peut-être surtout- l’évocation d’une façon « originale » de travailler sous la houlette de Chéreau  -alors auréolé de gloire-  même si les scènes de répétition sont peu nombreuses dans « Les Amandiers » La frontière entre personnage et personne ne doit pas être étanche et le brouillage entre le théâtre et la vie, entre ce qu’on éprouve et ce qu’on joue, est lisible à l’écran quand sans transition on passe d’un plan où l’acteur est en plein exercice de répétition à un autre qui immerge le spectateur dans son vécu . Confusion prônée par le Maître (Chéreau/Louis Garrel) dont le portrait est ici sans complaisance (brutal bourru blessant)

Cette tranche de vie inscrite dans un contexte précis (avec tous les jeux de mise en abyme et de miroirs:  Valeria Bruni Tadeschi double de Patrice Chéreau, dirigeant ses acteurs, de... cinéma,  Stella alter ego de Valeria ) aurait-elle une portée universelle comme le revendique la réalisatrice :  Les Amandiers un film "sur la jeunesse en général, comme aventure "? 

 

Comme à l’accoutumée, confronté aux films de Valeria Bruni Tedeschi qui mêlent autobiographie et fiction, le spectateur est perplexe. Il peut adhérer (et au propos et à la façon de filmer) ou au contraire rejeter et quasiment en bloc. Si la critique est unanime dans le dithyrambe pour louer ce 7ème film, n’y aurait-il pas une position intermédiaire ? qui ne serait pas posture ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

J'ai détesté ce film parce qu'il n'est justement que posture théâtreuse, au sens le plus péjoratif du terme. Valeria Bruni Tedeschi étale son narcissisme au travers d'une comédienne qui surjoue. Elle ne filme pas la jeunesse mais l'hystérie permanente. C'est facile, déjà vu maintes fois et tellement complaisant. Elle en arriverait presque à démystifier sans le vouloir l'aura sacrée du statut d'acteur.
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21 novembre 2022 1 21 /11 /novembre /2022 07:33

 d'Emilie Frèche (2021)

 

avec Benjamin Lavernhe, Julia PiatonBruno TodeschiniCatherine Hiegel, Youssouf Guaye

Sur la route de Briançon, la voiture de David percute un jeune exilé poursuivi par la police. Suivant son instinct, David le cache dans son coffre et le ramène chez sa compagne Gabrielle qui vit avec ses deux enfants. Bouleversé par le destin de cet adolescent, David s’engage à l’aider coûte que coûte 

Les engagés

« Dans un monde civilisé, la solidarité ne devrait pas être un délit » (Anne du Refuge de Briançon)

 

La réalisatrice dit s’être inspirée de l’affaire des « sept de Briançon » (citoyens accusés d’avoir facilité l’entrée de migrants clandestins sur le territoire français, avant d’être relaxés) ; elle dit aussi avoir été alertée par la mort de Blessing Matthew une jeune femme nigériane qui pour échapper à une patrouille s’est jetée dans la Durance en mai 2018. A noter que suite au combat de Cédric Herrou, ce paysan de la Roya poursuivi pour délit de solidarité, le principe constitutionnel de fraternité et de la liberté d’aider autrui dans un but humanitaire sera reconnu en 2018, mais il reste encore pas mal de flou dans la législation

Le film s’ouvre sur une scène de « bonheur » -David, Gabrielle sa compagne et ses deux enfants, terminent leur escalade en montagne ; visages souriants dans le bleu lumineux. Mais  sur le chemin du retour la voiture heurte un jeune migrant poursuivi par la police et David, instinctivement, le cache dans le coffre. Jusque-là ni militant ni engagé il va désormais s’investir -corps et âme- dans un « délit de solidarité ». Alors que Gabrielle mène un autre combat (son mari l’assigne en justice pour récupérer la garde des enfants)

Rester fidèle à des valeurs fondamentales au risque d’être emprisonné ? de  "compromettre sa vie de couple"?

Cette première fiction s’interroge ainsi sur la notion de « désobéissance civile » - ou plutôt  d’obéissance à « un devoir d’hospitalité » - à travers le parcours d’un homme devenu malgré lui le Juste (excellemment interprété par Benjamin Lavernhe)

On devine tout le travail de documentation qu'elle a exigé (les PPA points de passage autorisés -soit contrôle de police 24h/24, la législation en vigueur, les distinguos « majeurs mineurs mijeurs », le collectif du Refuge, et le rôle des mouvements d’extrême droite qui coûte que coûte veulent « casser » de l’étranger, etc.).

Et pourtant bien que le thème soit « porteur » (ou du moins d’une brûlante actualité !!!!) cette fiction ne fait pas le poids face à d’autres « films » qui s’emparent de la question des réfugiés et traitent cette thématique presque en frontal (et je pense surtout à Libre un documentaire de Michel Toesca sur l’affaire Cédric Herrou) …

Mise en scène très convenue, alternance (très scolaire) entre ces monts enneigés – nature quasi virginale et vertigineuse- et séquences à hauteur humaine, défilé des « points de vue » divergents avec des éructations inutiles (gendarmes ou bénévoles du Refuge) avec ces « jeux » de cache-cache, ambiances nocturnes clichés pour la maraude -avec ces clignotements de lumière dans la noire opacité,  enfants ballottés et comme pris en otage au gré des prises de position des parents (et la justice donnera raison au père pour la garde jusqu’à ce que le divorce soit prononcé et à la condition que la mère revienne à Marseille), et surtout les « propos » voire les dialogues sonnent souvent « faux » dans la bouche de certains  locuteurs.

 

Reste comme en suspens la question éminemment politique « que doit faire un citoyen face à la violence d’un Etat qui ne respecte(rait) pas la légalité » ?

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 novembre 2022 7 20 /11 /novembre /2022 06:23

Documentaire réalisé par Julie Chauvin (2022) 

 

Fiche technique

France. 2022. 68 min // Auteure : Julie Chauvin en collaboration avec Stéphane Miquel // Réalisatrice : Julie Chauvin // Image : Marine Ottogalli // Son : Nino Guarda, César Mamoudy et Mégane Grandin // Montage : Isabelle Szumny // Collaboration artistique : Laure Matthey // Étalonneur : David Chantoiseau // Mixeur : Yan Chetrit // Musique originale : Vincha // Production : Samuel Moutel - Keren Production.

 

 

Cinq professeurs des écoles de tous âges racontent leur métier dans ce qu’il a de plus beau, mais aussi de plus dur. De la vocation au désenchantement, aux souffrances et au burn-out, jusqu’à la rupture. À l’heure où l’éducation nationale traverse une importante crise du recrutement, ce film d’une heure décrit très concrètement la casse d’un service public

L'école est finie

 

Médiapart

 

"En septembre 2019, Christine Renon s’est ôté la vie dans son école de Pantin, en Seine-Saint-Denis. C’est la raison de ce film : comprendre comment celles et ceux qui étaient pourtant passionné·es par leur métier peuvent un jour en arriver là.

 

Toujours plus de tâches, d’injonctions contradictoires, « on n’est plus dans la normalité, on est tout le temps en train de gérer une situation de crise, explique Émilie, professeure des écoles depuis vingt-deux ans. C’est-à-dire gestion de crise des élèves […], crise de confiance des parents à l’égard de l’école… Et puis alors, là, le bouquet, c’est la crise sanitaire. […] Pour moi, l’école est en crise depuis une bonne dizaine d’années. Une grosse crise qui s’installe et qui est vraiment dévastatrice ». Et quand, à bout, une enseignante raconte avoir demandé du soutien à sa hiérarchie, elle s’est entendu répondre : « On vous rappellera. » Mais jamais elle ne fut rappelée.

 

« Plutôt que par l’exposé objectif ou la théorisation, enrichis d’experts ou de chiffres, j’ai voulu aborder le sujet du mal-être enseignant par le “je”, précise la réalisatrice Julie Chauvin. Cinq professeurs témoignent de leurs expériences intimes, différentes et complémentaires. Ils quittent ici le costume et le rôle de personnage public et de représentant de l’institution qu’ils revêtent en classe, pour apparaître dans leur individualité et leur personnalité. Des paroles rarement entendues émergent. » Lesquelles permettent d’« approcher au plus près de la réalité du métier et montrer l’invisible, la partie immergée de ce que vivent les professeurs et directeurs d’école au quotidien. » Entrecoupés de superbes images de classes vides, ces récits parlent aussi d’enfants que les enseignant·es n’ont plus le temps de soutenir, de protéger même de leur milieu. De violence, parfois de la part des familles, mais le plus souvent de la part de l’institution"

 

 

Ce documentaire est visible pendant un mois sur Mediapart.

 

« L’école est finie », au cœur du malaise enseignant | Mediapart

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18 novembre 2022 5 18 /11 /novembre /2022 07:08

de Leonardo Di Costanzo (Italie 2021)

 

avec Toni Servillo, Silvo Orlando, Fabrizio Ferracane et aussi des acteurs non professionnels 

Accrochée aux montagnes sardes, une prison vétuste est en cours de démantèlement quand le transfert de douze détenus est soudainement suspendu pour des questions administratives. Gargiulo, le surveillant le plus expérimenté, est alors chargé de faire fonctionner la prison quelques jours encore, en équipe réduite. Lagioia, qui finit de purger une longue peine, entrevoit lui la possibilité de faire entendre les revendications des quelques détenus en sursis... Peu à peu, dans un temps suspendu, prisonniers et officiers inventent une fragile communauté

Ariaferma

Extérieur nuit, autour d’un feu de camp après une dernière partie de chasse, les surveillants de la prison qui est censée fermer, se disent adieu. Une scène d’ouverture apparemment « conclusive » et pourtant « annonciatrice » ? Mais de quoi?

Un imprévu va contraindre ces surveillants à rester (le transfert de certains détenus ayant été retardé)

 

 

Nous allons pénétrer avec eux dans le milieu carcéral. Une véritable « Machine optique » qui rappelle par la disposition des cellules autour d’une ellipse, le centre de détention de Caen Bâtiment A dont nous avions pu voir des photos au Centre photographique Rouen Normandie fin 2019 début 2020, pour l’expo Le Ciel par-dessus le toit  Maxence Rifflet.

Rien ne doit échapper au regard du surveillant et simultanément se posait pour l’architecte la question  que doit voir le prisonnier ? quand s’ouvrira sa cellule, lieu de pénitence, porte fermée.

 

Une architecture donc au service d’une circulation des regards.

 

Circulation (regards) et circularité (architecture) tel est bien le dispositif panoptique dans le film de Leonardo Di Costanzo. Voyez ces plans en légère contre plongée où les acteurs -surveillants et prisonniers- assument leur rôle/fonction, ces autres plans larges et leur lignes incurvées; et même lorsque vous pénétrez dans une cellule, il n’y aura pas de hors champ.

Mais un autre « circuit » va se mettre en place (et ce, dans tous les sens de l’expression) quand après une « grève de la faim » -et suite à une demande pour le moins intempestive et …originale, Garguilo (Toni Servillo admirable de justesse et de sobriété) accompagnera en cuisine, Lagiola (Silvio Orlando) ce mafieux (respecté des autres prisonniers) qui va exercer ses « talents » de cuistot. Et lorsque la livraison tardera, une autre échappée, sur le dehors où la végétation a repris ses « droits », Gargiulo et Lagiola accroupis presque côte à côte cueillent des « plantes ».

 

Telle est bien la thématique de ce film pour le moins original (par rapport à tous les films sur la prison) transformer -même provisoirement- le « surveiller et punir en « surveiller et unir ». La scène où prisonniers et surveillants- suite à une panne d’électricité- dînent à la même table (faite de l’assemblement de toutes les tables sorties des cellules individuelles) dans un clair-obscur très « travaillé » est bien l’acmé de cette « démonstration » (certes un peu appuyée et accentuée par la bande-son) Cette scène ne fait-elle pas écho à la scène liminaire (cercle d’une joie partagée, jeu du clair-obscur) ?

Mais dès le retour de la « lumière » chacun endossera son statut initial… « comme il se doit »

 

« Ariaferma ne raconte pas les conditions des prisons italiennes. C’est peut-être un film sur l’absurdité de la prison »(propos du réalisateur)

 

Un film à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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14 novembre 2022 1 14 /11 /novembre /2022 05:08

Documentaire réalisé par Emerance Dubas

 

 

Sortie nationale le 23 novembre 

En partenariat avec la Fondation des Femmes, Le Planning Familial, Nous Toutes, la Fédération Solidarité Femmes, Osez le Féminisme et Causette, la 7ème Obsession & les Inrocks.

 

Bande annonce  https://www.facebook.com/arizonadistribution/videos/857956572236486

 

Insoumises, rebelles, incomprises ou simplement mal-aimées. Comme tant d’autres femmes, Édith, Michèle, Éveline et Fabienne ont été placées en maison de correction à l’adolescence. Aujourd’hui, portée par une incroyable force de vie, chacune raconte son histoire et révèle le sort bouleversant réservé à ces « mauvaises filles » jusqu’à la fin des années 1970 en France.

 

Mauvaises filles

 

Alors que la caméra se déplace lentement (travellings latéraux profondeur de champ) pour donner à voir une cartographie de ce que fut l’enfermement, le spectateur est guidé par une voix off, celle d’Edith qui, précisément a vécu dans ce lieu, avec ses cloisonnements (répartition de l’espace censée épouser des dysfonctionnements caractériels), ses escaliers (qu’il fallait gravir à genoux « quand ça allait mal ») ses murs, ses couloirs. C’est la séquence d’ouverture. Sorte de prologue qui « encode » le film : lacérations, vitres éventrées, moisissures, ne sont-elles pas comme les stigmates des souffrances endurées par ces jeunes filles séquestrées maltraitées (par ….des « bonnes sœurs ») exclues de la société ?

 

En allant à la rencontre d’Edith, d’Eveline de Michèle de Fabienne, -qui est aussi rencontre avec leur passé- (elles avaient 11 ans 16 ans dans les années 50 60) Emerance Dubas fait advenir grâce à leur voix mémoire, la puissance de témoignages et se lit en filigrane toute une période de politique sociale "inhumaine" scandaleuse, mise en œuvre au quotidien par l’Eglise catholique (bonnes sœurs, Bon Pasteur !!!).

Certaines adolescentes ont été placées  à la demande des parents, d’autres étaient déjà enfants de l’assistance.

Placées parce que  "déviantes"  "irrécupérables" ?

Ce documentaire va tordre le cou à ces sordides clichés

 

Nous pénétrons dans l’intimité d’un appartement (Eveline s’adonne à la peinture, présence d’un piano chez Fabienne) comme dans celle d’une conscience, sans effraction (Michèle souvent accompagnée de sa petite fille commente les extraits de lettres qu’elle lit) alors que la voix d’Edith prolonge notre approche d’un " vécu"  plus que traumatisant (au spectateur de « concrétiser »  ce que sa parole suggère)

Paroles ressuscitées, photographies, extraits de documents. Au montage les raccords entre les rencontres/interviews sont assurés par des plans sur les intérieurs de ces maisons/prisons et le tempo l’est à la fois par cette alternance et par des gradations dans les révélations. Comble d’ironie ! Des extraits d’un film en noir et blanc – de propagande ?- semblent « contredire » les paroles /témoignages.

Ces paroles de septuagénaires qui, avec une retenue poignante (cf au tout début Eveline évoquant son viol à l’âge de 11 ans) un franc parler (Eveline Fabienne) et jusque-là inécoutées, mettent à nu une vérité (que l’on avait délibérément occultée) Oui Fabienne a fugué, oui Eveline était un « petit diable ». Fallait-il pour autant recourir aux  brimades - maltraitances, humiliations , cachot ? et pourtant c’est avec un calme et une forme de sérénité qui forcent le respect que ces femmes, ces « cabossées de la vie » s’expriment face à la caméra d’Emerance Dubas (Or beaucoup de femmes meurtries par ces années de sévices souffrent aujourd’hui damnésie post-traumatique, de dissociation)

 

Faut-il rappeler que le documentaire est comme une mémoire du monde ?

Gageons que celui-ci « qui lève le voile sur un secret bien gardé »et qui est « témoignage unique de la condition féminine de l’époque » non seulement laissera -dans notre mémoire collective- des traces « de cette vie de chien » mais qu’il incitera les pouvoirs publics à « réagir »

Signalons que les anciennes du Bon Pasteur, soutenues par Maitre Frank Berton et Maitre Yasmina Belmokhtar, se sont réunies au sein d’une association, et commencent à manifester un peu partout en France. Le rdv est pris pour la fin novembre, devant le ministère de la justice à Paris.

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 novembre 2022 6 12 /11 /novembre /2022 06:03

Documentaire de Marie Perennès et Simon Depardon (2021) 

voix off Marina Foïs

 

Cannes 2022 • Sélection officielle - Séances spéciales & Compétition L’Œil d'or

Elles sont des milliers de jeunes femmes à dénoncer les violences sexistes, le harcèlement de rue et les remarques machistes qu’elles subissent au quotidien, collant la nuit des messages de soutien aux victimes et des slogans contre les féminicides 

Riposte féministe

Le patriarcat est violent, sa destruction le sera aussi

Le sexisme est partout nous aussi

La révolution sera féministe ou ne sera pas

 

Une voix off avertit le spectateur : ce documentaire a pour objectif d’aller à la rencontre de 10 associations féministes, dans 10 villes. Et de fait, après un encart nous informant sur le nom de la ville (Lyon Montpellier Amiens Brest Paris, etc..) la caméra va être au plus près de ces jeunes femmes qui, par leurs collages -préparés collectivement puis exécutés de nuit sur les murs de leurs villes respectives-, s’insurgent contre les féminicides (123 depuis début 2022 comme les colleuses l’ont rappelé sur les marches du festival de Cannes en mai 2022), dénoncent les violences sexistes, le harcèlement de rue et les remarques machistes qu’elles subissent au quotidien.

 

Le dispositif choisi par Marie Perennès et Simon Depardon est identique d’un groupe à l’autre d’une ville à l’autre. D’abord un plan sur un « aspect » « typique » de la ville puis des cadres serrés sur des visages, une immersion dans l’intime des discussions, (surtout échanges concernant le bien-fondé de la démarche et les modalités d’exécution) et séances nocturnes de collage (seaux pinceaux lettres majuscules en noir), gros plans sur les slogans affichés dans des lieux publics ainsi réappropriés.

 

Le choix d’un tel systématisme est peut-être dicté par une volonté de mettre en exergue un élan national. Mais il a immanquablement ses revers (pour ne pas dire ses défauts...). Tout d’abord l’image de la spécificité urbaine- (le porte-conteneur au Havre qui occupe la moitié du plan, le Rhône à Lyon en vue aérienne, Bonne Mère à Marseille, en contre plongée, etc.) renvoie à des clichés touristiques bien trop lisses (comme on tourne les pages d'un catalogue    désincarné).

 

Mais surtout les collages sont toujours montrés pour  ce qu’ils sont  et  rarement pour ce qu’ils sont censés provoquer  à commencer par  la « riposte » annoncée dans le titre du documentaire. Certes l’espace public est investi de facto par ces "féministes" grâce à leur  nouveau moyen d’expression -ces  majuscules noires de survie. Or une telle réappropriation de l'espace -jusque-là investi essentiellement par les "hommes" - est de courte durée ; éphémérité dont elles ont conscience (car les lettres seront lacérées affirment-elles,  d'ici 15 ou 30 minutes, peut-être plus ).

Et que dire de l’absence  de coordination (raccord)  et de contextualisation pour cette séquence où nous voyons ces "féministes"  participer à une grande manifestation à Paris ? (on comprendra, a posteriori,  qu’au montage cette séquence  aura servi -mais artificiellement- d’apogée…à  "riposte féministe" !!!) Et de cette autre où Laurence Rossignol (sénatrice PS Oise) propose de dédier aux colleuses un mur communal ???

Et enfin que dire de ce dernier plan qui consigne en les collectant (tel un album bien léché) les slogans éparpillés dans l’hexagone ?

Sinon que le documentaire a raté sa cible !!! 

 

Dommage

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Pour info, ce documentaire a suscité des remous….

Appel à boycotter le film « Riposte féministe » : Communiqué de la collective « Lesbiennes contre le patriarcat » – 🔴 Info Libertaire

 

https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/marguerite-stern-je-suis-devenue-une-sorte-de-jk-rowling-francaise

 

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