14 mai 2022 6 14 /05 /mai /2022 05:19

Victor, la vingtaine, vit en couple avec Charlotte dont il attend un enfant. Quand survient un accident à la centrale nucléaire voisine, il se retrouve confiné dans une ferme avec ses anciens copains du village, alors qu’ils auraient dû évacuer la zone. La pluie menaçant, ils guettent le passage du nuage radioactif. En 24 heures, ils vont perdre toutes leurs certitudes.

L'été nucléaire

Première séquence:  nous suivons Victor (Shaïn Boumédine), qui court à belles enjambées dans de vastes champs…. Isolé du monde à cause de ses écouteurs, il n’a pas entendu la sirène d’alarme ! celle de la centrale voisine…

Ces premiers plans impeccables de rapidité et de fusion avec les paysages vont contraster avec l’expérience du confinement imposé

 

Au mouvement s’opposera l’immobilité -hormis une échappée de Victor qui, malgré les consignes très strictes veut rejoindre sa compagne- et de Louis (Théo Augier) parti à sa recherche. Une vie  se fige (les travellings sur les rues désertes de la ville, les plans sur les façades des commerces fermés le prouvent aisément).  A la liberté succédera l’emprisonnement. Démunis impréparés (on applique les « directives » officielles glanées sur le petit écran en calfeutrant les issues…) les six jeunes, bien que différents, vont faire face ensemble à cette tragique situation -Une alerte nucléaire niveau 5 !!!.- Un groupe solidaire qui fera abstraction des individualismes. Un groupe qui se pose des questions : au déni initial (le discours officiel -comme à l'accoutumée d'ailleurs-  tient à minimiser l'ampleur de la catastrophe)  succédera la douloureuse acceptation (le réalisateur dit s’être inspiré de l’accident nucléaire survenu en 1980 à la centrale de Saint Laurent des Eaux près d’Orléans et s’être interrogé sur les « aléas de l’atome au service de l’homme ») Un groupe qui, soudainement et peut-être pour toujours, ne peut maîtriser son destin !

 

Angoisse et vertigineuse attente ! Gaël Lépingle -avec plus ou moins de succès- s’efforce de les rendre palpables (regards gestes cris d’effroi au moindre bruit suspect) et  la bande-son en décuple les effets.

24h ! une éternité !

 

Ce film résonnera de coïncidences troublantes avec le vécu des spectateurs qui furent assignés à domicile, effrayés par la menace de la contamination… (alors qu’il a été réalisé avant le premier confinement de 2020)

Or qu’il s’agisse de menace nucléaire ou de pandémie ne vit-on pas en sursis, « la mort aux trousses » ?

N’est-on pas en droit d’interroger les pouvoirs publics sur leurs options programmatiques ?

 

Et ce film a au moins le mérite de dénoncer l’impréparation collective en cas d’accident !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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13 mai 2022 5 13 /05 /mai /2022 05:39

d'Alejandro Loaysa Grisi (Bolivie 2021)

avec José Calcina, Luisa Quisle, Santos Choque

 

Grand Prix de la compétition dramatique internationale, Festival du film de Sundance, fin janvier 2022. 

 

Dans l’immensité des hauts plateaux boliviens, Virginio et Sisa veillent sur leur troupeau de lamas. Jusqu’ici, rien n’a pu les détourner de cette vie âpre, héritée des traditions : ni leur âge avancé, ni le départ des habitants de la région, chassés par la sécheresse. Aussi accueillent-ils avec méfiance la visite de Clever, leur petit-fils de 19 ans, venu les convaincre de s’installer en ville avec le reste de la famille. Réticent à l’idée de quitter sa terre, Virginio se montre inflexible. A tel point que le jour où il tombe gravement malade, il décide de le cacher à Sisa et Clever…

Utama: la terre oubliée

Peau flétrie, "géant"  fatigué aux gestes lents Virginio après s’être extirpé du lit se rend comme chaque matin à l’enclos où ses lamas aux rubans de couleurs vont se dandiner dans leur longue marche vers….C’est que l’eau si précieuse pour la survie manque et ce depuis longtemps, trop longtemps. Sisa l’épouse soumise, chaque jour marche elle aussi avec ses deux seaux vers ces points d’eau de plus en plus reculés (le puits du village voisin est à sec, la rivière est lointaine et le haut des montagnes des environs a vu diminuer de façon importante les réserves de glace). La caméra suit le cheminement des deux personnages qui bientôt se fondent dans la vastitude de cet « enfer » à la sublime beauté. Vastitude craquelée par l’aridité, tel un damier du temps.

A force de vivre dans le désert, on finit par lui ressembler.

Ciel et terre sont, dans une perspective animiste, habités par des légendes comme le rappelle Virginio à son petit-fils, à travers celle du condor (ce messager du ciel et de la terre qui doit transporter les âmes des personnes décédées sur ses ailes ) Ailes déployées dans le ciel ou repliées au sol, l’oiseau s’impose au regard du spectateur alors que Virginio évoque sa propre mort…

Ce film où alternent plans très rapprochés sur les trois personnages (Sisa Virginio, Clever le petit-fils) et plans larges voire panoramiques sur la magnificence de l’altiplano bolivien, où les ocres et les clairs obscurs des intérieurs jouent en alternance avec les lumières du désert au pied des montagnes andines, ce film où le minimalisme des dialogues fait résonner une voix muette ou intérieure,  celle du désert , illustre la survivance de traditions dans un microcosme humain voué à disparaitre (et la lente agonie de Virginio qui, malgré sa maladie refuse d’être soigné, en serait la métaphore) et célèbre la beauté sidérante des hauts plateaux boliviens.

Certes  cette chronique d’une mort annoncée souffre  d’un récit trop prévisible, de dialogues trop explicatifs et de bruitages sur dimensionnés (quintes de toux par exemple). Mais les non-dits qui "s'expriment"  dans les regards ou les gestes de tendresse, (la main de Sisa telle celle d'une pietà sur le corps de son époux/enfant), la solidarité des villageois (cf la superbe séquence de l'enterrement où  le noir du deuil contraste dans la verticalité même avec un environnement inondé de lumière),  l'esquisse d'un conflit générationnel de type documentaire (modes de vie et langue dissemblables entre Clever et ses grands-parents)  et cette façon stupéfiante de filmer une "terre oubliée" compensent aisément  de tels  "défauts" 

Un film que je vous recommande vivement 

 

Colette Lallement-Duchoze 

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10 mai 2022 2 10 /05 /mai /2022 06:22

de Michelangelo Frammartino (Italie 2021) 

avec Paolo Cossi, Jacopo Elia, Denise Trombin, Nicola Lanza 

directeur de la photographie Renato Berta

 

Prix du jury  Mostra de Venise 2021

Prix de la meilleure photographie  Festival des Arcs 2021

 

Dans les années 1960 l'Italie célèbre sa prospérité en érigeant la plus haute tour du pays. En parallèle un groupe de jeunes spéléologues décident, eux , d'en explorer la grotte la plus profonde. A 700 mètres sous terre ils passent inaperçus pour les habitants alentours, mais pas pour l'ermite de la région. Les chroniques d'Il Buco retracent les découvertes et parcours au sein d'un monde inconnu, celui des profondeurs où se mêlent nature et mystère

Il buco

C’est à une expérience visuelle sonore et presque métaphysique que nous convie Michelangelo Frammartino dans Il Buco : « film conçu pour être vu au cinéma dans l’obscurité de la salle avec d’autres. Plonger le public dans la même substance que les spéléologues » faisceaux de lumière dans l’obscurité (cf dépliant GR groupement national des cinémas de recherche) . Origine de l’homme ? origine du cinéma ?  

 

Nous sommes de l’autre côté de l’abîme, à l’entrée du gouffre, de cette ouverture qui sépare le monde azuréen des profondeurs telluriques. Entrée dans la caverne platonicienne ?? Dans l’ovale du ciel comme pour s’y mirer (ou sonder l’inconnu) apparaissent des chèvres dont le bêlement semble répondre à un autre appel. Appel du bouvier assis près d’un arbre centenaire, la peau de son visage marquée par les ans fait corps avec celle de l’arbre. C’est sur ces deux plans que s’ouvre le film, dont la dynamique sera précisément la double exploration. (Tout en sachant que le personnage en surplomb est aussi le guide, la vigie). Montage parallèle entre le sort de cet ermite et la démarche des spéléologues : au cri de ralliement entre l’homme et l’animal répond celui des chercheurs explorateurs dans les espaces tortueux des fonds ténébreux, à la lente marche vers la mort fait écho l’avancée vers les tréfonds de la terre. De l’aveu même du réalisateur qui a fait sien le travail du géologue Ellenberger, il y a des similitudes entre l’intérieur de la planète et celui d’un homme. Et dans le contexte (le Pollino massif sud des Apennins frontière entre la basilicale et la Calabre) mais aussi dans les Alpes maritimes et le Piémont le rôle des bergers est capital

 

Eau qui suinte sur les parois, murs accidentés, lumières éclairantes portées sur les casques, paysages/reliefs en constante métamorphose, rouge vif d’un embrasement chtonien, comme une palpitation souterraine, corps qui doivent épouser les coudes, les goulots pour sonder un infini …Le spectateur ainsi plongé dans les « entrailles de la terre » va se perdre dans leurs méandres et métamorphoses! on est loin de la dichotomie noir/clarté ombre/lumière ; la nuit est devenue une substance que le réalisateur et son chef opérateur Renato Berta travaillent comme un matériau épais pour en restituer la dynamique interne

 

 

Ce qui n'exclut pas quelques pointes de malice.  Une « saute de vent soudaine » et voici des feuillets qui  volètent avant de tapisser l’herbe, les vaches testent, non  ce  ne sera pas un régal champêtre." A la une d’une revue voici le visage de Kennedy que l’on va « enflammer » pour éclairer la nuit…. Une télévision cathodique noir et blanc diffuse un reportage sur le gratte-ciel Pirelli à Milan, les regardeurs du petit écran en plein air ignorent la démarche des explorateurs… (à la verticalité médiatisée au Nord s’opposent, au Sud, méconnues, la profondeur et l’horizontalité)

Le schéma réalisé par le dessinateur topographe -sur une table sous la tente ou à l’air libre- indiquera la profondeur des lieux explorés : 687mètres. Oui il s’agit bien de la deuxième grotte la plus profonde du monde -le gouffre du Bifuto- découverte par Giulio Gèchhele et son jeune groupe de spéléologues originaires du Piémont en 1961)

 

Des nuages bas vont envahir lentement l’espace ; l'écran se mue ainsi au final en un linceul drapant la terre – une terre à jamais préservée? 

 

Un film à ne pas rater

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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9 mai 2022 1 09 /05 /mai /2022 09:17

Long métrage d'animation réalisé par Michaela Pavlatova (Slovaquie République tchèque 2021)

Musique originale:  Evgueni Galperine, Sacha Galperine

Scénario : Ivan Arsenyev, Yaël Giovanna Lévy et Petra Procházková

 

 

2021 : Prix du jury pour un long métrage au festival international du film d'animation d'Annecy

2021 : Prix du meilleur film au festival international du film de Guadalajara

2021 : Prix du jury au Bucheon International Animation Festival

 

Kaboul, Afghanistan, 2001. Herra est une jeune femme d’origine tchèque qui, par amour, décide de tout quitter pour suivre celui qui deviendra son mari, Nazir. Elle devient alors la témoin et l’actrice des bouleversements que sa nouvelle famille afghane vit au quotidien. En prêtant son regard de femme européenne, sur fond de différences culturelles et générationnelles, elle voit, dans le même temps son quotidien ébranlé par l’arrivée de Maad, un orphelin peu ordinaire qui deviendra son fils...

Ma famille afghane

 

 

Un trait de crayon sobre, sûr et délicat,   quelques aplats, une palette tendance pastel (gris clair grège vert amande bleu céruléen cyan ou turquoise lilas jaune ambre) qui évoque la transparence de l’aquarelle ; graphisme épuré,  des décors (routes, intérieurs, ville en surplomb, étendues ocrées) l'ambiance est au gris sombre verdâtre quand Herra se sent mal à l’aise dans son pays la Tchécoslovaquie,  lumineuse quand elle a suivi l’homme aimé,  mais verdâtre quand cisaillent des divergences érigées en inégalités ; la rondeur riante du grand-père accentue sa bienveillance  -lui qui a connu la période des talibans, réagit en Sage (même si ses supplications seront frappées d’inanité quand ses deux petits-enfants seront arrachés à leur mère …indigne!!!)  des regards qui disent la fourberie la méchanceté la tristesse ou tout au contraire l'exaltation ) 

Ces qualités techniques sont au service d'une narration efficace.  Une voix off , celle  de la jeune épousée qui constate s’offusque essaie de « comprendre » des rites ou une culture si éloignée de la sienne ; hostile à la place assignée à la femme (être subalterne soumise aux diktats du mari et de la fratrie) elle saura s’en « affranchir » (infertile, elle adopte un enfant Maad en situation de « handicap » mais ô combien perspicace ; diplômée,  elle accepte un métier censé la valoriser au grand dam de l’époux !) Une femme à la fois soumise et révoltée !!

Ce long métrage d’animation refuse le manichéisme (même si des traits plus durs sont réservés aux "puristes intransigeants")  car la réalisatrice s’intéresse avant tout à l’humain On peut condamner une société, dont la religion et la politique diffèrent des nôtres, et dont le comportement des individus et des groupes s’éloigne de notre modèle, mais dès lors qu’on s’intéresse à l’âme d’êtres humains, à leurs relations familiales et à leur quotidien, on comprend mieux leurs différences. C’est pourquoi la protagoniste, forte et ambiguë, m’intéresse énormément.

 

Cette adaptation de « Frista » (de la journaliste Petra Prochazkova) illustre – à travers la quotidien d’Herra- la « précarité » de la condition féminine constamment soumise à l’oppression masculine (or le tout jeune Maad ne serait-il pas l’exact opposé du virilisme culturel ?) et s’interroge aussi sur la présence américaine… Nous sommes en 2001 !!

 

Un film que je vous recommande!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 mai 2022 3 04 /05 /mai /2022 06:59

de Panah Panahi (Iran 2021)

avec Hassan Madjooni, Pantea Panbahiha, Rayan Sarlak, Amin Simiar 

 

sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs Cannes 2021

 Prix du meilleur film au festival de Londres

 

 

Iran, de nos jours. Une famille est en route vers une destination secrète. A l’arrière de la voiture, le père arbore un plâtre, mais s’est-il vraiment cassé la jambe ? La mère rit de tout mais ne se retient-elle pas de pleurer ? Leur petit garçon ne cesse de blaguer, de chanter et danser. Tous s’inquiètent du chien malade. Seul le grand frère reste silencieux.

Hit the road

Effet de mimétisme ? le premier long métrage de Panah Panahi ressemble étrangement par certains aspects à des films de son père Jafar Panahi : un dispositif qui réduit l’espace de liberté à l’habitacle d’une voiture (Taxi Téhéran - Le blog de cinexpressions) un habitacle-microcosme, une fluidité dans la vastitude des paysages traversés des chemins qui sinuent et des crêts à gravir. Trois visages - Le blog de cinexpressions

Sur le plâtre de la jambe de son père l’enfant a dessiné des touches de piano ; et tandis qu’il pianote virtuellement, et que l’on entend du Bach, le cadre s’élargit invitant de majestueuses montagnes …Somptuosité montagneuse que traversera le road movie tout en nous immergeant dans l’intimité d'un quatuor. Quatuor où chacun semble jouer une partition, où chaque membre semble incarner un prototype, un choix de vie, où le silence de l’aîné Farid en partance vers un ailleurs s’oppose à l’insouciance turbulente de son frère cadet, où la mère entre pleurs et rires peut tout autant chanter à tue-tête que garder secrets des non-dits, et ce faisant cette fiction familiale est comme un microcosme aux résonances sociologiques (portrait d’une famille iranienne « moderne ») et politiques (même si, et surtout si la politique n’est pas évoquée frontalement). Le titre, emprunté à Ray Charles,  dit explicitement l’exil. Les chansons (reprises en chœur) sont celles de la période d’avant la révolution de 1979

Ce petit  "théâtre ambulant" où l’on se joue la « comédie » (ne rien laisser transparaître, ne pas alerter le petit clown de frère sur les raisons d’un tel voyage, sur le "voyage" lui-même) s’affranchit de tout sentimentalisme, en optant parfois pour des dialogues extravagants voire surréalistes, (à l’instar de ce plâtre/emplâtre qui momifie la jambe du père ?) en jouant presque constamment avec l’explicite et l’implicite (à l’instar du régime ?)

Quelles sont les raisons pour lesquelles cette famille a banni les portables, a hypothéqué sa maison, vit dans l’appréhension d’être suivie ? nous le devinerons ;  mais le plus important dans la fiction d’un road movie -de surcroît-,  n’est-il pas le chemin(ement) parcouru ? et ici particulièrement l’interrogation sur les sentiments éprouvés au moment de quitter définitivement son pays ? (l’image dans le rétro de ces déserts et montagnes qui défilent illustre précisément ce que le conducteur Farid ne verra plus jamais….) "Il est mort?" demande  (ironique?) le cadet quand il voit son frère tel un gisant... Et si l'exil était synonyme de  mort définitive? 

 

Hit the road serait aussi une « leçon de cinéma » : Comme s’ils étaient relégués à l’arrière-plan les problèmes de censure par exemple vont se fondre dans les paysages (avec ces jeux de lumière, ces moments d’assombrissement, ces bifurcations). L’alternance entre burlesque (le passeur masqué par exemple tout droit sorti de "comics") et tristesse (ces pleurs de mélancolie, sans dolorisme, qui perlent sur le visage de la mère)  crée un autre tempo. La façon de filmer la voiture en fait un personnage à part entière ; l’émergence hors capot - hors enfouissement de "secrets "-, de cette silhouette, de ce corps en devenir, si empli de vitalité ne serait-elle pas le gage d’un futur plus solaire loin d'un présent que l’on est condamné à fuir ?

 

Un film à voir, de toute évidence

 

Colette Lallement-Duchoze

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29 avril 2022 5 29 /04 /avril /2022 12:27

De Tatiana Huezo (Mexique 2021)

avec : Ana Cristina Ordóñez González , Marya Membreño , Mayra Batalla , Norma Pablo , Olivia Lagunas

 

présenté à Cannes 2021 (Un Certain Regard) 

Trois jeunes filles vivent dans un village rural de Guerrero dominé par la présence violente du trafic de drogue local et la menace de la traite des êtres humains. Entraînées par leurs mères à fuir à tout moment et contraintes à des mesures extrêmes pour échapper à la capture, elles doivent apprendre à naviguer dans leur environnement difficile

Prayers for the stolen

Des mains creusent la terre. Le plan s’élargit : nous identifions les deux personnages: une mère et sa fille « Allonge-toi Ana ». Et la gamine rejoint cette « tombe » à ciel ouvert. Fin du prologue. Tout est dit ou du moins suggéré…

 

La réalisatrice va suivre  le « parcours » de trois gamines Ana Mar’ia et Paula. Elles s’adonnent à des jeux de télépathie,  se baignent, suivent les cours dispensés à l’école, aident au ménage, mais simultanément Tatiana Huezo capte un quotidien (qui perdurera 5 ans plus tard après une ellipse assez fracassante) menacé par les risques d’enlèvement, - la vigilance des mères qui est de tous les instants  peut être contrariée-..., un quotidien où le retour du père,  de l'époux  est incertaine et partant, angoissante, un quotidien où des « hors la loi »,  les membres d'un cartel de la drogue, tuent sans vergogne et en toute impunité,   un quotidien où la dispersion de pesticides par hélicoptères peut attenter à la vie (celle des humains des animaux de la nature).

 

Les scènes d’insouciance voire d’intrépidité alternent avec les séquences d’horreurs, les scènes d’intérieur (petites masures) avec celles tournées en extérieur (par deux fois voici une colline qu’éclairent les portables des mères à la recherche de réseau pour alerter les époux partis au-delà de la frontière ; le chemin qui sinue vers le village, d’abord solitaire  est bien vite encombré des voitures des cartels ou de …la police)  de même que l’intime (relation mère/fille, premiers émois amoureux) alterne avec la vie de groupe (apprentissage à l’école, réunion du village, collecte étroitement surveillée   du pavot).

 

Très souvent le langage s’efface au profit de la gestuelle des signes presque imperceptibles et la puissance du silence. Certains détails resteront hors champ, leur nature tragique est restituée par l’écho assourdissant des armes meurtrières. Ou le regard hébété de celui qui a vu l’innommable (le sang) ou devine l’irréparable (objets abandonnés suite à l’enlèvement de …) Et un motif musical (Jacobo Lieberman) s’en vient illustrer les moments les plus dramatiques)

 

Leonardo a demandé à ses élèves de « construire » un corps humain à partir d’objets de récup. Il demande à Ana de commenter à la fois la nature du matériau et la partie du corps reconstitué

Un scorpion dans un bocal c’est la colonne vertébrale ; des fils de fer ce sont les mains….

 

 

Un film à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

 

à voir sur Mubi 

Prayers for the Stolen (2021) | MUBI

BANDE-ANNONCE - Prayers for the Stolen (2021) | MUBI

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26 avril 2022 2 26 /04 /avril /2022 08:56

Une programmation riche et débordante de créativité 

 

pour les séances de film en compétition la formule revient cette année à 3 actes et 1 finale (soit 21 films )

 

acte I vendredi 6 mai Cinéma Ariel 20h 

 

acte II vendredi 13 mai Cinéma Ariel 20h

 

acte III vendredi 20 mai Cinéma Ariel 20h

 

la finale samedi 11 juin Cinéma Ariel 20h

21éme Festival du court-métrage

 

C'est encore une édition grand format que nous  vous proposons avec nos fidèles et nouveaux partenaires 

Nous visiterons ensemble le corps humain, tantôt par la science à l'Atrium, par la danse sur la scène de l'Etincelle puis nous traverserons l'Atlantique pour explorer NYC au Centre Photographique 

 

danse avec les courts jeudi 12 mai 20h Chapelle Saint Louis (7 films)

 

odyssée santé samedi 14 mai 20h Atrium (8 films)

 

New York stories jeudi 19 mai 20h Centre photographique Rouen Normandie (6 films)

La crème de la crème programme -annuel et itinérant- de courts-métrages d'animation

Omnia dimanche 8 mai 11h 

6 films 

en présence d'Alix Fizet et Nikodio (réalisateurs de films d'animation)

 

Tarifs habituels du cinéma (4 / 5,5 / 7 € )

21éme Festival du court-métrage
 

festival@courtivore.com

Tarifs 

séances en compétition  5 € la séance 

le pass3actes 12 €(mais il ne donne pas accès à la finale) 

la finale  6 €

 

les séances en plein air (Quartier libre) 3€

les séances thématiques (Etincelle Atrium Centre photographique) entrée gratuite 

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25 avril 2022 1 25 /04 /avril /2022 08:54

d'Eran Kolirin (Israêl 2020) 

avec  Alex Bakri, Juna Suleiman, Salim Daw, Ehab Elias Salami, Khalifa Natour, Izabel Ramadan, Samer Bisharat, Doraid Liddawi, Yara Jarrar.

 

 

Festival de Cannes 2021, sélection officielle, Un Certain Regard. 

Représentant officiel d'Israël pour l'Oscar 2022 du meilleur film international.

Ophir Awards: Meilleur réalisateur et Meilleur scénario; Meilleur rôle principal: Alex Bakri; Meilleure actrice: Juna Suleiman. 

War on Screen Festival: Prix du Jury étudiant.

Festival du Film israélien de Paris: sélection officielle.

 

Sami vit à Jérusalem avec sa femme Mira et leur fils Adam. Ses parents rêvent de le voir revenir auprès d’eux, dans le village arabe où il a grandi. Le mariage de son frère l’oblige à y retourner le temps d’une soirée... Mais pendant la nuit, sans aucune explication, le village est encerclé par l'armée israélienne et Sami ne peut plus repartir. Très vite, le chaos s'installe et les esprits s'échauffent. Coupé du monde extérieur, pris au piège dans une situation absurde, Sami voit tous ses repèr
es vaciller : son couple, sa famille et sa vision du monde.

Et il y eut un matin

 

Librement adapté du roman éponyme du journaliste israélien arabe Sayed Kashua le film d’Eran Kolirin dénonce (avec humour tendresse tragique et humanité) l’absurdité d’une situation qui depuis 2007 (l’année triomphale pour « la visite de la fanfare ») n’a cessé de s’envenimer, (colonisation en Cisjordanie, situation d’apartheid vécue par les Arabes israéliens, abandon de la cause palestinienne par un grand nombre de pays arabes, politiques plus qu’ambigües de nombreux pays dont la France, etc..).

 

Le ton, celui d’une  "fable politique" est donné dès le début (prologue) : les colombes refusent de s’envoler lors de la cérémonie de mariage et le nouvel époux (frère de Sami) refuse le lit conjugal !

Et les conséquences de l’enfermement - coupures de courant, absence de réseau téléphonique, pénurie de vivres iront s’aggravant !

Narratif simpliste de l’occupation et parti pris palestinien ? Osent affirmer certains commentateurs déçus qu’un réalisateur israélien s’engage en prenant parti contre leur idéologie, trop bienpensante à l’égard des politiques israéliennes

Le narratif ? « un état de siège » (métaphore évidente de la vie en territoire occupé) avec une dramatisation interne qu’illustrent le choix de la « lumière » (première partie lumineuse, deuxième à la lueur des bougies et troisième entre chien et loup) ainsi que le «rôle » de ce jeune soldat israélien (gardien hébété et « compréhensible » dans un premier temps, il commettra l’irréparable…). Un état de siège qui tout en asphyxiant, va « révéler » les dissensions internes, celles entre les habitants du village - avec sa mafia locale, l’apathie de certains, la situation irrégulière de certains travailleurs-, et celles à l’intérieur des couples. Une « assignation à résidence » qui contraint Sami à « revoir » ses choix, à repenser sa relation avec les « autres ». C’est que le retour aux sources, et la volonté de s’en extraire constitue une autre dynamique fondée sur le paradoxe, illustrée (certes avec légèreté) par les deux scènes en écho où lui et sa femme dansent seuls se croyant à l’abri des regards mais qui « regardés » vont « changer » de gestuelle ! Les Arabes d’Israël sont les invisibles de notre pays. Ils vivent en démocratie, mais n’ont pas les mêmes droits que les autres, ils se trouvent coincés dans une position intenable et s’en sentent coupables vis-à-vis des Palestiniens de Cisjordanie. Leur identité est ainsi mise à mal. Le seul territoire qu’il leur reste est leur maison (Eran Kolirin cf dépliant Afcae « association française des cinémas art & essai »)

Des personnages en « situation de survie » dans un village barricadé ! ils évoluent comme sur une scène de théâtre – où chacun interprétera son monologue sur l’avant-scène, où les duos alterneront avec le groupe -qui, filmé en plan large ou en plongée, rappelle le chœur de la tragédie antique, où des échappées vers un « ailleurs » relèveront de l’utopie ! à moins de croire aux promesses d’une nouvelle aurore  ....«et il y eut un matin »

Un film à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

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24 avril 2022 7 24 /04 /avril /2022 07:00

Un matin, une fille essaie un nouveau pantalon, mais celui-ci ne lui va pas, puisqu’elle n’arrive pas à le fermer. La jeune fille est perplexe. Dans le miroir, elle se voit comme le plus gros porcelet du monde et décide de suivre un régime strict aussi rapidement possible.

My fat arse and I

 

Une comédie surréaliste sur l’anorexie 

En exclusivité sur MUBI dès le mois d’avril, le court-métrage d’animation My Fat Arse & I offre une expérience cinématographique aussi jubilatoire qu’intense. Repéré par le jury des courts métrages et de la Cinéfondation Cannoise en 2020, où il remporte le deuxième prix, le curieux objet filmique de Yelyzaveta Pysmak prend à bras le corps la rigidité des diktats de beauté et la grossophobie avec humour et grandiloquence. Le tout en dix minutes. Dans un univers jauni et presque muet, une jeune femme complexe sur ses bourrelets. Elle se trouve énorme, et combat ses complexes en adoptant un régime draconien qui culminera en une ascension vers un royaume magique et… grossophobe. Avec un style conjuguant burlesque et surréalisme,  My Fat Arse & I balance un uppercut adroit à la culture misogyne de la minceur, dont les femmes sortent toujours perdantes. Mâtiné de références à la pop culture, aux jeux vidéo comme à la figure de la Magical Girl qui arbore ici quelques kilos en plus, le court-métrage est à la fois drôle et touchant. Une ode aux femmes puissantes, qui n’ont pas peur de prendre de la place. (sorocinéma) 

 

 

Ce regard surréaliste et drôle de Y. Pysmak sur l’image corporelle comporte des lignes irrégulières et fluctuantes, et des éléments fantastiques et comiques, exagérés pour capturer les déformations délirantes de la dysmorphie. C’est une animation qui ne cède pas devant les attentes de la société. (Mubi) 

 

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16 avril 2022 6 16 /04 /avril /2022 05:17

Ce 18 avril 1972, 15 000 manifestants défilent à Saint-Brieuc en chantant, à la suite de Gilles Servat : On ne travaille pas un fusil dans le dos, allusion à l'occupation de l'usine du Joint français par les CRS.

50 ans plus tard, ce printemps 72 reste le Mai 68 breton. C’est l’événement qui a tout changé. Le conflit devient emblématique des nouvelles formes de lutte des années 70 mais aussi des combats d'une région pour son identité, sa culture et sa langue.

Avec son documentaire Voici la colère bretonne, Jean-Louis Le Tacon colle aux événements, et nous fait vivre l’intensité du soulèvement.

Découvrez également trois témoignages de protagonistes des manifestations, dont celui de de Gilles Servat, et tout notre dossier sur ce moment-clé de l'histoire bretonne.

Des images galvanisantes pour une émotion toujours intacte.

L'équipe de KuB

Voici la colère bretonne (50 ans du  Joint Français)

Avec Voici la colère bretonne, Jean-Louis Le Tacon saisit, en cinéma direct, la convergence entre révolte anticapitaliste et renaissance du breton comme langue de contestation du pouvoir parisien. Les images des foules surmontées de gwenn ha du flanqués de drapeaux rouges, les rues de Saint-Brieuc où résonne l’Internationale, les chants traditionnels bretons qui prennent des consonances révolutionnaires… tout cela mérite d’être vu et entendu aujourd'hui, 50 ans après les faits.

On est encore dans les 30 glorieuses, l'usine bretonne du Joint français est l’une des cent filiales d’un empire financier de 113 000 employés. Les marges sont considérables, le PDG du groupe (et vice-président du patronat français) s’en vante… Magnanime, il a fait de grands sacrifices pour donner du travail aux Bretons... En réalité, c’est la collectivité qui, en 1962, a mis la main au portefeuille pour faire venir le Joint à St-Brieuc : primes à l’embauche, exonération de patente, terrain offert 

"Avec une grande sobriété de moyens et d’écriture, Le Tacon met en place le petit théâtre où les dirigeants déroulent, avec une intonation aristocratique, leur discours d’un autre temps. Dans la rue, ça se bouscule, ça gueule : Le joint de St-Brieuc c’est le bagne ! La reprise de slogans comme À bas l’État policier, CRS=SS et Le fascisme ne passera pas confirment que ce printemps 72 aura bien été le Mai 68 breton."

Voici la colère bretonne (50 ans du  Joint Français)

Face à Face, Guy Burniaux, ajusteur au Joint Français et son ami de lycée devenu CRS : la photo prise par Jacques Gourmelen fera le tour du monde ! • © DR Jacques Gourmelen

Voici la colère bretonne (50 ans du  Joint Français)

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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