29 juillet 2022 5 29 /07 /juillet /2022 19:44

Une riche famille anglaise passe de luxueuses vacances à Acapulco quand l’annonce d’un décès les force à rentrer d’urgence à Londres. Au moment d’embarquer, Neil affirme qu’il a oublié son passeport dans sa chambre d’hôtel. En rentrant de l’aéroport, il demande à son taxi de le déposer dans une modeste « pension » d’Acapulco...

Sundown

Voici en gros plan des poissons sur un étal, entre vie et trépas, un spectacle que « contemple » Neil. C’est la scène d’ouverture

Métaphore de sa propre vie ? peut-être.

Art de « noyer » le poisson argueront les spectateurs hostiles à toute rétention d’informations et au parti pris de concision extrême

 

Succession de tableautins muets, (ou dialogues minimalistes), ellipses et non-dits, un personnage principal apathique ou donnant l’impression d’être étranger à tout (famille, argent, injonctions morales), le film de Michel Franco est pour le moins étrange dans sa concision, ses rebondissements inattendus créant des ruptures de rythme et de tonalité, et ses mystères (que signifie ce plan récurrent qui envahit l’écran en le troublant de son bleu? la réponse « supposée » sera explicitée comme a posteriori à la toute fin du film… encore que…)

 

Non pas un film sur le vide ou le néant « existentiel » ; mais plutôt sur les « choix de vie » face à un lointain inaccessible ou définitivement révolu.

Film crépusculaire (cf le titre) dans un contexte de violence brutale.

Violences sociales (la narration oppose le mode de vie de richissimes touristes nantis -dont la famille de Neil- et l’existence précaire de la population locale)

Crimes « gratuits » crapuleux (ou dictés par la loi du talion) et impunis « On vit avec la violence au quotidien au Mexique, – alors soit on va vivre ailleurs, soit on cherche à comprendre. En tant qu’auteur, je me dois d’étudier cette réalité » affirme le réalisateur

 

Un film qui cultive l’épure et dans lequel Tim Roth incarne à merveille une fausse indolence

 

A voir

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 juillet 2022 2 26 /07 /juillet /2022 05:01

court métrage de Louis Tardivier (2019 ) 18'

 

à voir sur KUB

 

 

L'oeil et la terre - KuB (kubweb.media)

 

Sur une île aride en proie au déchaînement d’un volcan, les deux derniers représentants d’une civilisation perdue cherchent tant bien que mal leur salut.

L'oeil et la terre

 

Magie, vie, chaos Commentaire du réalisateur Louis Tardivier 

 

L'histoire se passe sur une île, en vase clos. On ne dit pas s'il existe un ailleurs. La mer s'étend à perte de vue. Les personnages sont seuls au monde. Derniers vestiges d’une civilisation disparue sous une éruption volcanique. Si c'est cette éruption qui a parachevé la disparition de la civilisation, on comprend qu’elle courait à sa perte, qu'elle avait exploité jusqu'à la moelle ses ressources.

Enfermés à l’écart de la société, nos deux survivants ont ironiquement échappé à une mort certaine et globale. Ce point de départ s’inspire de l’histoire du prisonnier martiniquais Louis-Aguste Cyparis, miraculeusement rescapé de l’éruption de la montagne Pelée en 1902 car protégé par son cachot. Cette métaphore de l’enfermement se renforce quand ils découvrent que leur liberté ne fut que de courte durée puisqu’ils se trouvent à présent prisonniers de cette île-tombeau qui n’a plus rien à leur offrir. Ils ne peuvent que constater l'ampleur du désastre et discourir à ce propos tout en cherchant à fuir.

Conditionnés par ce comportement, ils continuent pourtant dans la même veine que leurs pairs ; face aux derniers vestiges d’arbres, ils ne s’émeuvent pas plus et reproduisent le même geste destructeur. Pour autant, ils développent une pensée et questionnent cette situation 

Un discours se construit entre l'homme et la femme autour de sujets philosophiques et prosaïques. Ce ping pong existentiel nourrit nos personnages et le sens du film. Chacun empruntant deux chemins différents. Pour se sauver, la femme va tenir la corde du rationalisme tandis que l’homme va décider partiellement d'orchestrer un retour vers le religieux et le mystique. Le film interroge ainsi notre rapport au choix, à la destinée et au hasard, à l’irrémédiable gratuité du réel dont l’absurde plaide en faveur de l’inexistence d’un Dieu. L’apparence des personnages, un visage/masque épuré aux formes géométriques et un corps humanoïde réaliste, exprime la dualité entre corps et esprit. Cette dialectique âme/corps s'ajoute au discours qui s’établit entre l’homme et la femme. À l’inverse de films apocalyptiques qui mettent en scène une humanité aux réactions pragmatiques ou héroïques face à un sort cruel, les personnages sont déjà passés dans le camp de l’analyse, sans nostalgie ni colère. Il y a de la tendresse, de la complicité dans le discours mais peu d'émotion. Tout est phagocyté par le mécanisme de la pensée. Dans son aspect à la fois grinçant et bucolique, le film nous amène dans un univers où rien n’est permis pour l’homme.

Le prisme de la marionnette nous permet d’élargir le champ des possibles, d’atteindre un récit dialectique, universel, un conte beckettien où le foireux côtoie sans relâche la gymnastique de la pensée et de la joute verbale existentielle. Le film rend compte de la puissance des éléments, de l’incompatibilité de l’appétit de l’homme face à la nature et de la vacuité de bon nombre de ses réflexions démiurgiques.

J’aime l’idée que l’homme puisse changer en un claquement de doigt, que ce soit par une révélation extérieure, ou par une prise en main de son propre destin. Les personnages, persuadés de leur salut, avancent inéluctablement vers un avenir incertain. Survivre plus intelligemment ou mourir avec lucidité.

 

 

L'oeil et la terre

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24 juillet 2022 7 24 /07 /juillet /2022 09:59

de Rodrigo Sorogoyen. (Espagne)

 Avec Marina Foïs, Denis Ménochet, Luis Zahera. 

 

Festival de  Cannes  2022 section Cannes première 

 

Antoine et Olga, un couple de Français, sont installés depuis longtemps dans un petit village de Galice. Ils pratiquent une agriculture écoresponsable et restaurent des maisons abandonnées pour faciliter le repeuplement. Tout devrait être idyllique sans leur opposition à un projet d’éoliennes qui crée un grave conflit avec leurs voisins. La tension va monter jusqu’à l’irréparable.

As bestas

 

Voici des chevaux sauvages. Des aloitadores (lutteurs) agrippent à mains nues l’un d’eux afin de lui raser sa crinière –tradition pluriséculaire de la Galice. Une chorégraphie filmée au ralenti où les hommes comme silhouettés et l’animal ne font plus qu’un, dans une « étreinte » violente de lutte pour la survie. Un gros plan sur le naseau encore écumant ! C’est la scène d’ouverture.

Un « prologue » à valeur métaphorique. Une scène filmée de façon quasi identique s’en viendra clore la première partie de ce film où -et ce serait le sens littéral du titre- l’animalité triomphe de l’humain…

Frapper, se tordre, se débattre, tenter de se redresser,  geindre n’est-ce pas le sort que réservent les frères Anta, Xan (étonnant  Luis Zahera) et Loren, avec la complicité muette de leur mère, à Antoine (Denis Ménochet) , ce Français venu s’installer avec sa femme Olga (Marina Foïs) sur les terres de Galice, pour y pratiquer une culture écoresponsable et retaper des masures ?. Et la première partie se déroule telle une tragédie à l’antique (avec des clins d’œil au western dont le café serait le saloon montagnard) avec une gradation dans les hostilités (paroles, exactions)  jusqu’à l’irrémédiable! Les frères représentent une classe sociale condamnée à la précarité et reprochent au Français son arrogance, son altérité (ah cette xénophobie éhontée!!) mais surtout de s’être opposé à un projet d’éoliennes, qui leur aurait assuré une manne financière. Deux mondes irréconciliables ! Seul le chien d’Antoine et Olga chemine régulièrement de l’un à l’autre, étranger aux agressivités des humains!! Dans la seconde partie (après une ellipse d’autant plus savante qu’elle est inattendue) l’accent se porte plus sur l’intime (relation mère et fille) et l’incroyable obstination d’Olga !

Un film où s’affrontent des forces telluriques (la stature cyclopéenne de Denis Ménochet y participe tout comme la minéralité des montagnes) où la structure frappe par son intelligence et entraîne le spectateur dans une forme de paranoïa, où les dialogues ont la force redoutable des armes, un film d’une violence sourde et rampante avec çà et là des trouées de lumière (ne serait-ce que dans le rôle dévolu à la femme, immortalisé sur l’écran de l’ordinateur)

 

Un film à ne pas rater 

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 juillet 2022 5 22 /07 /juillet /2022 08:27

De Dominik Moll  (France Belgique) 

coscénariste Gilles Marchand

avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners, Anouk Grinberg, Pauline Serieys, Julien Frison, Camille Rutherford, David Murgia

 

Cannes 2022,  section Cannes Première

 

 

À la PJ chaque enquêteur tombe un jour ou l’autre sur un crime qu’il n’arrive pas à résoudre et qui le hante. Pour Yohan c’est le meurtre de Clara. Les interrogatoires se succèdent, les suspects ne manquent pas, et les doutes de Yohan ne cessent de grandir. Une seule chose est certaine, le crime a eu lieu la nuit du 12.

 

 

 

La nuit du 12

 

Une nuit, un lieu, un crime (féminicide) une enquête

Apparente simplicité et pourtant…

 

D’emblée le spectateur est prévenu : la nuit du 12 -qui s’inspire du livre 18.3 une année à la PJ de Pauline Guéna- fait partie de ces enquêtes qui ne seront jamais résolues…Est-ce dû à leur complexité ? au manque de  "moyens"  dévolus à la police ? peut-être, sûrement !, et le film est émaillé de détails qui le corroboreraient…

Or le manque de moyens auquel s’ajoute la surreprésentation masculine ont souvent abouti à cette conclusion hâtive : si les femmes sont tuées, c’est peut-être, finalement, un peu de leur faute…. Après tout Clara -la victime brûlée vive- (Lula Cotton Frapier) avait une vie sexuelle assez dissolue…

Le film va démonter ce mécanisme en l’abordant frontalement ou par des moyens détournés.

 

La scène récurrente sur le vélodrome (où Yohan, l’inspecteur chargé de l’enquête à la PJ, nouvellement nommé, s’entraîne seul chaque soir) prouve que  le parcours intéresse plus que la destination,  de même qu’elle illustre une obsession (à l’instar du cycliste qui tourne en rond, le policier est hanté par la recherche du coupable puis par les motivations d’une telle barbarie) ; obsession qu’il résumera face à la juge (Anouk Grinberg), Il se raconte que chaque enquêteur a un crime qui le hante. Un jour ou l’autre, il tombe sur une affaire qui lui fait plus mal que les autres, sans qu’il sache toujours pourquoi. Elle se met à lui tourner dans la tête, jusqu’à l’obsession.

Cette double connotation imposera ainsi deux dynamiques qui vont rythmer le film !

 

Un  "parcours"  fait d’auditions perquisitions saisies interceptions téléphoniques réquisitions, qui met à mal certains a priori, voire certaines convictions, ancré.e.s dans le milieu de la PJ. Nanie (Pauline Serieys)  la meilleure amie de la victime, plusieurs fois auditionnée, ne comprend pas que les enjeux  "sexuels"  obnubilent à ce point les enquêteurs alors que "les femmes sont les premières victimes de la barbarie des hommes dont personne ne s’inquiète des rencontres badines qu’ils vivent" ; une nouvelle collègue, Nadia (Mouna Soualem), énonce, avec un calme réprobateur, cette vérité d’évidence "la plupart des crimes barbares sont commis par des hommes or ce sont des hommes qui mènent les enquêtes"  (il est des truismes qu’il est salutaire de rappeler !)

Une obsession : ces visages d’hommes ni tout à fait eux-mêmes ni tout à fait autres, défilant sur l’écran mental de Yohan ; et si chaque homme était suspect ?? Au cours de l’enquête et lors de sa réouverture trois ans après, Yohan (admirablement interprété par Bastien Bouillon) aura dû changer de  "prisme" (tout comme il change de braquet…)

 

Alors oui ! Le film de Dominik Moll est plus qu’un  polar  

Une mise en scène souvent glaciale -traversée çà et là de boutades virilisantes ou de clichés avilissants-, des facies comme découpés au scalpel par des jeux de lumière (qu’il s’agisse des enquêteurs ou des personnes interrogées), une interprétation qui force l’admiration, tout cela (et bien d’autres choses) fait que la nuit du 12 -telle une  fable funèbre  enserre le spectateur dans un entrelacs de pièges progressivement déjoués, et telle une  comédie humaine  lui enjoint de dessiller ses yeux (à la pointe de cristal…)

 

A ne pas rater !!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 juillet 2022 7 10 /07 /juillet /2022 09:54

documentaire (France 1973 17')

réalisé par Carole Roussopolous (1945-2009) 

 

 

à voir sur Tënk

 

 

Une femme prend la décision de ne pas garder son enfant.

Le film alterne la séquence d’un avortement mené selon la méthode Karman – alors que cette pratique est encore illégale en France – et des images de la première manifestation de femmes en faveur de l’avortement et de la contraception qui a lieu à Paris le 20 novembre 1971.

Y'a qu'à pas baiser!

 

 

 

Ce film est un tract, le cri de celles qui, en pleines Trente Glorieuses, ne veulent plus être cantonnées aux rôles de ménagères ou de femmes-objets représentées par la télévision. Face à ces hommes qui critiquent la création d'un "marché commun de l'avortement", Carole Roussopoulos filme des femmes qui parlent librement de leur plaisir et qui disent ce qu'elles veulent : disposer librement de leur corps. Jusqu'à l'aspiration de l'embryon, elle filme ce qui alors ne se montre pas, ne se dit pas.
 

Film fondateur, Y'a qu'à pas baiser révèle le combat de celles qui veulent libéraliser l'avortement et la contraception. Il montre des femmes qui s'entraident, échangent leurs savoirs, fabriquent les images qui sont faites d'elles. Qu'il s'agisse du spéculum ou de la caméra, elles s'emparent des outils aussi bien pour avorter que pour filmer.50 ans plus tard, l'arrêt Roe vs Wade garantissant depuis 1973 le droit à l'avortement aux États-Unis vient d'être abrogé par la Cour suprême. La lutte, elle, continue.

Éva Tourrent Responsable artistique de Tënk

 

 

 

Y'a qu'à pas baiser!

                                                   © Images de la culture (CNC)

 

 

Notes d’intention Tënk : "À la question de savoir si le gouvernement français projette ou non de constitutionnaliser le droit à l’ivg, voici comment son porte-parole Olivier Véran sabote la notion même de réponse, par une science affirmée de la réduction de vocabulaire** : "Il faut nous donner les moyens de faire en sorte que certains droits ne puissent jamais, jamais être remis en cause. (…) il faut identifier les voies et moyens les plus utiles et les plus adaptés pour faire en sorte que jamais un chef d’état ou un gouvernement dans 5, dans 10, dans 15, dans 20 ans ne puisse arriver et considérer que le droit des femmes puisse être bafoué. (…) En tant que porte-parole du gouvernement je ne peux pas vous affirmer qu’il y aurait un projet de loi constitutionnel qui serait présenté et défendu, je peux vous dire que notre position elle est extrêmement claire et que je pense (…) qu’il nous faut identifier une voie, fût-elle constitutionnelle, c’est à discuter, pour faire en sorte qu’on ne puisse pas remettre ce droit en cause."

Sans vrais mots pour répondre aux questions, comment espérer de véritables actions ? Suite aux décisions de la cour suprême américaine abrogeant le droit fédéral à l’avortement, l’affirmation d’une véritable volonté politique serait pourtant une nécessité absolue, et l’exposition d’une clarté d’opinion le minimum requis. La nouvelle, venue d’outre-Atlantique, impose une urgence : nous ne sommes à l’abri de rien, d’aucun recul des droits que nous pensons acquis. Pour marquer ce drame politique, nous avons décidé de mettre en accès libre pendant deux semaines un film au titre pour le moins ironique : Y’a qu’à pas baiser. Un court métrage de Carole Roussopoulos, classique de la vidéo féministe,   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 juillet 2022 5 08 /07 /juillet /2022 06:21

de Fernando León de Aranoa (Espagne 2021) 

 

avec Javier BardemManolo SoloÓscar deSonia Almarcha

 

 

Festival Cinéma Européen 2022Festival San Sebastian 2021Festival de cinéma ibérique et latino américain Grenoble 2022

 

6 récompenses à la cérémonie des Goyas (36ème édition)  dont celles de meilleurs film, réalisateur, scénario et acteur

 

Représentant espagnol aux Oscars 2022,

Un ex-employé viré qui proteste bruyamment et campe devant l’usine… Un contremaître qui met en danger la production parce que sa femme le trompe… Une stagiaire irrésistible… A la veille de recevoir un prix censé honorer son entreprise, Juan Blanco, héritier de l’ancestrale fabrique familiale de balances, doit d’urgence sauver la boîte. Il s’y attelle, à sa manière, paternaliste et autoritaire : en bon patron ?

El buen patrón

 

Effort, équilibre, fidélité 

L’entrée de l’usine, le portique, la calligraphie, et l’immense balance -dont un gardien doit veiller à l’équilibre de ses deux plateaux- renvoient non sans malice à l’entrée des camps arbeit macht frei,  sauf qu’ici tout est piégé par l’apparente bonhomie (ah ce charisme !!!) d’un patron quinquagénaire (magistralement interprété par Javier Bardem grimé pour la circonstance) qui de sa stature et de sa matoiserie enveloppe TOUT : l’écran, les employés (individualisés ou en groupes) la stagiaire, la femme -épouse, les notables locaux.

 

Sauf …un employé licencié qui a campé sur ses positions et sur un terrain public, juste en face de l’usine et qui bombarde ses slogans réprobateurs…malgré de mielleuses tractations

 

Or le temps est minuté- et le chapitrage sur 7 jours, le rythme soutenu, l’affairement incessant du patron Blanco (encore un nom ironique) le prouveraient aisément. C’est qu’on attend la visite imminente d’une Commission qui décidera de l’obtention d’un prix d’excellence !! et voici  "le bon patron" sur tous les fronts ; usant et abusant de son pouvoir de  "pater familias"  (l’usine est une famille vous êtes tous mes enfants.), surpris que des flics soient  "socialistes",  que des journalistes ne "dévoilent pas leurs sources" 

 

Roublard et compatissant, respectable et dédaigneux, Blanco donne le change, s’impose dans cette succession de scènes (certaines rocambolesques, d’autres plus tragiques) à la recherche d’un "juste équilibre" - en confondant allégrement compromis et compromissions, obnubilé par l’image de marque de son usine

(ô comble de l’indécence éhontée : alors qu’il est en partie responsable de la mort du fils d’un employé…, il verse des larmes de circonstance, se contente d’une brève oraison lénifiante et d’une accolade visqueuse)

 

El buen patron est une comédie qui avec ironie, humour et excès, épingle le patronat fondé sur le paternalisme patelin. Mais par-delà, c’est bien de la violence en entreprise qu’il s’agit. La violence des plans sociaux, de l’intrusion dans la vie intime des employés, du droit de cuissage. Même si  "en même temps"  le réalisateur suggère que la faculté de résistance et la noble solidarité des  "employés"  s’effritent, quand elles ne sont pas cisaillées…

Gageons que l’épilogue (qu’accompagne la chanson « feeling good » version Michael Bublé) -volontairement ambigu- soit le comble du cynisme !

 

Légers  bémols : l’aphorisme « une société qui fabrique plus de balances est une société plus juste » et les métaphores liées au patronyme « Basculas Blancos » (mécanisme, grain de sable, travail contre la montre,  équilibre) sont souvent trop appuyé.e.s, ; certaines séquences s’étirent (cf la soirée avec Miralles le directeur de production qui a pété les plombs ; quand bien même la séquence doit  illustrer une des  "nombreuses"  facettes du  "bon patron" :  le chantage à l’amitié et les propos comminatoires)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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5 juillet 2022 2 05 /07 /juillet /2022 19:07

de François Ozon (2022)

avec Denis Ménochet (Peter) Isabelle Adjani (Sidonie) Hannah Shygulla (la mère de Peter)  Khalil Gharbia (Amir)  Stefan Crepon (Karl) 

 

Présenté en compétition au festival de cinéma allemand en février 2022

 

Peter Von Kant, célèbre réalisateur à succès, habite avec son assistant Karl, qu’il se plaît à maltraiter. Grâce à la grande actrice Sidonie, il rencontre et s’éprend d’Amir, un jeune homme d’origine modeste. Il lui propose de partager son appartement et de l’aider à se lancer dans le cinéma

Peter von Kant

 

Un plan sur les lunettes de Rainer Werner Fassbinder en "ouverture",  une photo du cinéaste avec Hannah Shygulla en plan conclusif, le film affiche (avec une fausse candeur) la fascination de François Ozon pour l’homme et le cinéaste, le  "Maître" qu'il a panthéonisé !

 

Adaptant « librement » « Les larmes amères de Petra von Kant » il fera la part belle au « tragique de l’amour » qu’incarne magistralement Denis Ménochet (un titan aux pieds d’argile, en son mélange de tyrannie et de douceur, de robustesse et de fragilité)

Mais imiter certaines postures et mimiques…du cinéaste disparu à l’âge de 37 ans, ne relève-t-il pas  du pastiche gratuit ?? 

 

Hormis quelques (rares) vues en plongée sur la cour, et une scène de rue, l'essentiel du  film est tourné dans un espace clos -ce qui n’en fait pas pour autant un théâtre filmé. On passe d’une pièce à l’autre -tout comme on passe d'un acte à l'autre- avec  variation des angles de vue et des mouvements de caméra mais aussi des textures -passage des couleurs vives ou kitsch à des "tableaux" , ébauches dessinées, floutées ou feutrées.

Claustration et enfermement de la conscience? Enfermement comme prélude à l'asservissement ? Celui d'une passion amoureuse dévastatrice? 

 

Petra, créatrice de mode éprise d’une apprentie mannequin est devenue Peter, célèbre réalisateur amoureux d’Amir jeune acteur au charme pasolinien ; la silhouette longiligne de Petra a cédé la place à un embonpoint assumé et fâcheux à la fois (c’est parce que je suis trop gros demandera Peter à son jeune amant qui cherche à s’émanciper de l’étreinte  -emprise -amoureuse); Karin l’apprentie traitée en esclave sera Karl l’assistant victime de la tyrannie du « maître ». Et si les larmes ont délaissé le titre, elles imprègnent en revanche tout le film (regard humide de l’acteur dont le visage est souvent filmé en plan rapproché ou gros plan, larmes réelles de Denis Ménochet -dont la capacité à pleurer est bouleversante affirme Ozon ; larmes glamour qu’impose le personnage d’Adjani, en Sidonie Von Grasenabb, tel un fantôme narquois de l’époque hollywoodienne;  larmes « rentrées » de Karl le témoin muet, dont la maigreur, le regard pénétrant et le statut de « souffre-douleur » contrastent avec la fougue irrévérencieuse et diabolique du « dominateur » ; visage éploré de la mère Hannah Shygulla berçant son « enfant » (juste après cette scène où Denis Ménochet fait valdinguer tous les oripeaux de l’anniversaire, insulte sa fille,  sa mère  et Sidonie ; séquence qui correspond au point culminant dans une tragédie avant le dénouement);  et « l’amertume » est déclinée en son sens figuré ce qui précisément assure le "tempo" (après l’embrasement, l’humiliation; après la douloureuse déception, le ressentiment, Peter le manipulateur féroce et grossier est à son tour le manipulé désespéré) 

Mais tout cela sans…un arrière-plan politique…(à la Fassbinder!!!)

 

Et que dire de certaines outrances?  L’affiche  à la Andy  Warhol, annonciatrice de racolage,  le portrait/poster d’Adjani/Sidonie, les photos à la Mapplethorpe de l’éphèbe, comme pour pousser à l’extrême les obsessions de Peter emmuré dans ses "fantasmes"; le jeu "maniéré" , "concevable" pour Sidonie, l'est  beaucoup moins pour Amir; les interventions trop vaudevillesques de la fille, les effets spéculaires récurrents, la douleur hystérisée, tout cela participe d’une indécente artificialité – on sait que l’artifice est la marque de fabrique d’Ozon-, mais dans le contexte d’un hommage n’est-il pas équivoque ? contestable ?

 

Notre regard  jamais ne sera foudroyé 

 

Colette Lallement-Duchoze 

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4 juillet 2022 1 04 /07 /juillet /2022 08:26

de Chan-Wook Park (Corée 2022) 

 

avec Tang WeiHae-il ParkGo Kyung-pyoYong-woo Park

 

Prix de la mise en scène Cannes 2022

 

 Hae-Joon, détective chevronné, enquête sur la mort suspecte d’un homme survenue au sommet d’une montagne. Bientôt, il commence à soupçonner Seo-rae, la femme du défunt, tout en étant déstabilisé par son attirance pour elle.

 

 

 

Decision to leave

 

Non ce n’est pas l’histoire qui est "compliquée", mais la façon dont elle est narrée et mise en images. A l’éclatement chronologique (recours aux analepses et prolepses) s’ajoutent les images mentales (le policier à partir d’un factuel imagine la « veuve meurtrière » tout en succombant lui-même à ce que Stendhal identifiait comme la « cristallisation »), la présence à l’écran de personnage(s) qui « logiquement » n’auraient pas dû se trouver là à ce moment précis. Des ruptures de rythme qui vont de pair avec des ruptures de tonalité elles-mêmes au service d’un mélange des genres (thriller comédie romantique humour ironie absurde).

Oui ce film très esthétique (sans être esthétisant) qui renouvelle les  "codes" du thriller et ose avec auto-dérision des clins d’œil à Vertigo, aura bien mérité son prix de la mise en scène. Le geste répétitif -application de sérum dans les yeux desséchés par l’insomnie- à l’évidente métaphore- désembuer et mieux VOIR-, aurait dû alerter les critiques qui ne tolèrent pas d’être « bringuebalés comme des pantins » alors qu’il suffit de se laisser (em)porter par la vague, le tsunami ou tout simplement par les spasmes et soubresauts

 

Les prolégomènes inscrivent le film -avec humour- dans une page sociologique -la femme organise la sexualité du couple : une séance de rapports sexuels par semaine afin de lutter contre les maladies cardio-vasculaires ; pour elle des grenades afin de retarder la ménopause, pour lui de l’extrait de tortue pour fabriquer plus de testostérone…Lui c’est Hae-joon, un inspecteur de police, il exerce à Busan. Une ville où, semble-t-il déplorer, « c’est calme en ce moment » et voici comme à point nommé une affaire : mort d’un homme suite à une chute du sommet d’un piton rocheux.    Accident ? meurtre ? on soupçonne la veuve !  Débute une traque où l’épieur est de plus en plus « déboussolé »!

 

La structure du film ? deux parties -à 13 ans d’intervalle-, mais traitées en « miroir » l’une de l’autre (et la seconde débute suite à la dépression de Hae-joon de n’avoir pas mené à bien la première enquête). C’est que précisément la binarité est au cœur de tout le dispositif. Voici deux êtres qui se fuient tout en se cherchant, voici deux genres -thriller et romance- qui se télescopent s’entremêlent ou se superposent. Voici des images coupées en deux (split-screen) ou à double sens, etc…

 

Et au final peu importe(ra) si Seo-rae est la double assassine car c’est bien de l’amour assassin qu’il s’agit, celui d’une vénéneuse dévoration -ou comment deux êtres que tout aurait dû séparer- seront consumés par l’amour dans son inaboutissement même ! Un amour suggéré avec pudeur qui jamais ne sera « nommé ». Et la « mise en scène » troublée troublante épouse habilement la confusion, dans un kaléidoscope d’images et d’errements (en arborescence) qui nous aura conduit de la montagne à la mer. Kaléidoscope où le smartphone pénétrant la psyché des protagonistes est devenu - même ensablé- le double de l’œil de la caméra dans l’enfouissement des êtres et des choses

 

Decision to leave un film à ne pas rater !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 05:35

documentaire 

France. 2016. 80 min // Autrice & réalisatrice : Hélène Marini // Image : Nina Bernfeld, Nicolas Rideau, Mathieu Grosmaire et Hélène Marini // Son : Jean-Baptiste Fribourg, Mathieu Grosmaire et Hélène Marini // Montage : Isabelle Ingold // Producteurs : Zadig Productions & LCP - Assemblée nationale.

 

Une tournée dans la neige - Tënk (on-tenk.com)

 

« Une tournée dans la neige », ultime voyage d’une factrice | Mediapart

 

Une tournée dans la neige (cinefil.com)

 

 

Le 15 février 2013, Pauline, une jeune factrice intérimaire de vingt-et-un ans, s’est suicidée après une dernière tournée dans la neige. Sur le chemin de cette tournée, véritable image du cycle de la vie, viennent se croiser les luttes et les renoncements de ceux qui ont ou auraient pu connaître Pauline : syndicalistes en lutte, postiers heureux ou malheureux, fermiers enclavés dans leurs territoires de solitude, haut-responsables de La Poste convaincus de leur mission… Un film poétique et politique sur notre temps présent

Une tournée dans la neige

le jeune facteur est mort/ l’amour ne peut plus voyager/Il a perdu son messager/ Il n’ira plus sur les chemins/Fleuris de rose et de jasmin/ Qui mènent jusqu’à la maison G Moustaki (1969) 

 

 

En (re)faisant la "tournée 24", en donnant la parole à des riverains, des syndicalistes, des « facteurs », à un prêtre, Hélène Marini va donner un visage à Pauline, un visage qu’on lui avait confisqué.

 

Et son documentaire risque de résonner longtemps en nous. Autant la voix off de la réalisatrice frappe par sa douce lenteur autant l’inflexion générale est assez grave : paysages traversés, discours entendus sont comme le réceptacle des failles et des inquiétudes contemporaines, car le destin de cette jeune "factrice"  intérimaire, qui s’est suicidée à 21 ans, dessine en creux un  "management moderne"  celui de la Poste bien sûr -où le  "facteur"  dispose de 39 secondes pour livrer un colis-, et où semble triompher le   "turnover"  des facteurs en CDD-, mais aussi d’autres structures ....  

 

Nous sommes embarqués ; passager clandestin à bord d’une voiture; sur le chemin de …Pauline ; sur une route de Haute-Loire au sud de Saint-Etienne à 1000 mètres d’altitude. La relation sera cordiale et confiante.

C’est l’hiver. Et défilent ces paysages enneigés – qui inviteraient à la contemplation-, cet insidieux lacet glacé, alors qu’Hélène Marini dédie un ultime hommage à la jeune disparue ! Vont alterner des plans larges -voire de grands panoramiques-,  dans un mouvement de travelling latéral et des plans plus resserrés sur les personnages interviewés et/ou de très gros plans sur leurs visages (un être dans son contexte, le même fortement individualisé par le zoom). Vastitude et solitude !

 

Les discours (hommage à une institution, incompréhension, indignation, révolte, résignation) malgré leur diversité apparente mettent l’humain au cœur de la réflexion ! (saluons le discours bienveillant du père Joseph Pichon:  il affirme que le suicide n’est plus considéré comme un " péché" et compare le port de la Croix partagé avec Simon le Cyrénéen,  avec la responsabilité collective ; ou encore celui de cette employée retraitée, fidèle tant à la SNCF qu’à la Poste, qui a perdu un fils handicapé, et qui bénévole, s’occupe désormais des enfants d’un centre aéré ; celui de ce nouveau secrétaire CGT qui en prenant le relais est persuadé de "faire bouger les choses"  face à une incompréhensible résignation)

 

Oui ce documentaire, vital et palpitant -empathie sans mièvrerie-, authentique chambre d’écho -chronique non ostentatoire- est à la fois " poétique et politique" (même si certaines scènes trop empreintes de religiosité risquent de gêner certains…)

 

 

A ne pas rater! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 juin 2022 7 26 /06 /juin /2022 08:56

de Karole Rocher et Barbara Biancardini : (2022) 

avec Thomas Ngijol, Samir Guesmi

 

 

 

À la suite de l’enterrement de son père, dans son village en plein milieu du maquis corse, Dumè découvre l’existence d’un frère, Lucien, avec qui il devra partager l’héritage laissé par le patriarche. À condition d’arriver à cohabiter un mois dans la maison familiale… Sur  fond de légitimité culturelle et d’héritage immobilier,  un rapport de force va s’installer entre Lucien, le fils de sang, et Dumè, le fils adoptif…

Fraté

 

Fraté est un film de famille : mis en scène par Karole Rocher et sa fille Barbara Biancardini, interprété par Thomas Ngijol (compagnon de Karole Rocher), dans le rôle de Dumè ; il est dédié (cf générique de fin) aux grands-parents Biancardini et la longue liste des remerciements salue les habitants du village Vezzani  (les personnages sont comme pris sur le vif dans leurs commentaires de foot, leurs régalades , leurs chansons, etc…)

 

Premier  plan : filmé de dos face à l’immensité bleue- (démarcation entre l’Île et le continent) -Dumé (Thomas Ngijol)  téléphone; on devine que son séjour en Corse va se prolonger. Puis  dans les deux scènes d’enterrement (à l’intérieur de l’église, oraison, prêche, homélie louant la « fraternité » liée à la « corsitude »; à l’extérieur, au cimetière avec le cortège d’embrassades, de condoléances de tout le village)-, Dumé apparaît  bien  comme le  "fils du pays"

 

Ainsi dès le début du film, un microcosme (village isolé dans le maquis) est présenté comme  le « reflet » d’un macro (celui de l’Île toute entière, de ses valeurs ancestrales que Dumé a fait siennes dès son adoption, enfant). Un environnement à la lumière diffractée dans les trouées de verdure.

 

La venue d’un « intrus » va-t-elle perturber ce climat d’entente, de solidarité ?

 

Premier impair : cet autre  « fils », venu se recueillir sur la tombe de son père,  s’adresse à Dumé comme à un esclave (un Noir est forcément un employé de maison....)

 

Deuxième "obstacle"  et sujet de l'intrigue:  la cohabitation forcée (pour respecter les clauses testamentaires);  chacun  des  deux "fils"  sera tour à tour le bourreau et la victime!. Vont se succéder moult scènes d’hostilités, de haine, de « projets » mortifères, dont certains abracadabrantesques -jusqu’à la réconciliation ....annoncée dès le  début, ne serait-ce que par le rôle  de médiateur qu'incarne  Angelina, la soeur du défunt

 

Hommage joyeux à la Corse -propos de Karole Rocher-, ce film est certes une comédie qui, surfant sur les obsessions identitaires, se plaît à tordre le cou à certains clichés (dont la « pureté corse » comme principe d’exclusion). Son message ? la vraie fraternité (cf le titre) importe plus que la couleur de peau (Dumé est noir mais tout noir comme le lui rappelle Lucien) et que les obsessions communautaristes. Une autre philosophie -plus personnelle, mais peut-être hors la loi- est incarnée par l’ermite; clin d’œil à Colonna ??)  Et le long chemin que parcourt Lucien dans le maquis -avant sa rencontre avec l’ermite- pourrait s’apparenter à un chemin initiatique dans le sens où il va se construire une mémoire. Un chemin de terre dans des paysages "sublimes", -forcément sublimes !!! pour devenir humain ? tout simplement !

 

Et pourtant cette  joyeuse expérience  ne convainc pas : comme si le scénario, l’humour , la mise en scène– et même le jeu des acteurs principaux qui  "forcent le trait"- étaient délesté.e.s de leur force intrinsèque

 

Laissant souvent le spectateur à quai

 

A voir (éventuellement) sur petit écran

 

Colette Lallement-Duchoze

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