3 décembre 2020 4 03 /12 /décembre /2020 20:00

Documentaire de Sébastien Lifshitz 2020

avec Sasha,  Karine et toute la famille 

 

Présenté à la Berlinale en février 2020

A obtenu le grand prix au festival de Gand (24 octobre 2020)

 

Sasha, né garçon, se vit comme une petite fille depuis l’âge de 3 ans.  Le film suit sa vie au quotidien, pendant un an, le questionnement de ses parents, de ses frères et sœur, tout comme le combat incessant que sa famille doit mener pour faire comprendre sa différence. Courageuse et intraitable, Karine, la mère de Sasha, mène une lutte sans relâche portée par un amour inconditionnel pour son enfant.

Petite fille

Une gamine essaye une robe à paillettes puis teste chapeaux et serre-tête ; dubitative elle murmure "peut-être" ; la même -écharpe rose bonnet cloche parka- joue avec ses parents ses frères et sœur à la « bataille de boules de neige » Ces deux mini séquences d’ouverture -alors que défile le générique-, encodent le film ?

 

Film qui débute avec la consultation chez le médecin. Karine la mère, la voix brisée, implore de l’aide, elle se sent fautive. Sasha est une petite fille dans un corps de garçon. Le passé - marqué par la culpabilité de la mère, par la détresse de l’enfant- et surgissant dans son évidence, Sébastien Lifshitz le fait sien en l’incorporant dans un présent (Sasha a 8 ans ) qui deviendra prémices du futur (Karine le sait, elle imagine son enfant se débattre plus tard autant avec son  corps en pleine croissance qu’avec les regards et comportements réprobateurs d’un entourage malveillant)

 

Le réalisateur qui aime capter les métamorphoses, les saisir dans l’instantanéité de la Douleur va non seulement mettre en scène un double combat (celui de la mère, celui de sa fille) contre les carcans imposés par les préjugés et les « codes », mais avec subtilité et délicatesse -sans que sa caméra soit intrusive- il filme à hauteur d’enfant une éclosion dont le « motif » du papillon serait la métaphore

Plus que le regard de l’autre, il privilégie les émotions éprouvées par Sasha en toute circonstance, émotions que l’on peut lire sur son visage (un regard comme hébété, des larmes trop longtemps retenues, des lèvres muettes qui disent pourtant l’indicible) émotions qui s’expriment aussi par et dans le langage de son corps (arabesques intermittentes et maladroites au cours de danse, bulles multicolores que le souffle de la bouche disperse dans l’espace, corps enroulé  dans la caresse maternelle, pas et tournoiements dans le vert du jardin, jusqu’à l’envol du ...« papillon »)

 

Sébastien Lifshitz  donne la parole aux membres de la famille, à la mère surtout (plan fixe  face à la caméra) à des spécialistes (dont Anne Bargiacchi consultée à l’hôpital Robert Debré), tous bienveillants. En revanche les représentants de l’institution scolaire -lieu de socialisation mais pour Sasha domaine de l’opprobre ou du moins de l’incompréhension hypocrite - resteront  hors champ ; il en va de même avec la nouvelle professeure de danse -la scène d’exclusion rapportée par la mère, aura, par sa violence, figé Sasha dans le mutisme du trauma

 

Comme dans Les Invisibles l’écran peut être envahi par des ciels tourmentés ou non, par des flots qui ondoient par des panoramiques (cf la séquence au bord de mer quand Sasha étrenne son maillot deux-pièces)

 

Un témoignage  " bouleversant"  sur la "dysphorie de genre"  ( fera-t-il "évoluer les mentalités" comme le souhaite Karine?)

Un film sur le mal-être,

Une histoire de tolérance toute en sensibilité, en émotion contenue

Un film que je vous recommande

 

disponible en replay sur le site d'Arte.tv jusqu’au 30 janvier 2021

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 09:17

Halima Ouardiri Canada (Québec). 2019. 18 minutes 

 

 

Ours de Cristal du meilleur court métrage de la 70ème édition du Festival international du film de Berlin (Berlinale 2020)

 

Prix du Meilleur Court Métrage Canadien au Festival international du cinéma francophone en Acadie en 2019.

 

Coup de cœur international du jury au festival du film de Namur  +  nouveau Prix Marion-Hänsel,

 

Dans le refuge pour chiens errants d’Agadir au Maroc, plus de 750 animaux trouvent aide et protection en attendant d’être adoptés par une famille. Chaque journée ressemble à la suivante, rythmée par la seule distraction des repas.

Clebs

Nous sommes dans un refuge pour chiens au Maroc (près d’Agadir)

Un refuge qui abrite 750 chiens errants qui attendent d’être adoptés par des familles

Des chiens que la cinéaste suisso-marocaine Halima Ouardiri va filmer dans leur quotidien et ce, pendant 5 jours de l’aube au crépuscule

 

La palette dominante brun-ocre - des pelages et de la terre – peut éclater en fragments de lumière (quand le soleil inonde les lieux) ou en aplats sombres (le pelage de certains chiens, ou quand vient le moment crépusculaire ou quand tout simplement les chiens repus cherchent l’ombre tutélaire)

 

Les voici qui accourent, ils forment une masse qui se précipite pour la nourriture ; car c’est elle qui rythme les jours, jours qui se répètent immuables, en un rite inaltérable où l’aboiement précède la sustentation.

Un rite que filme le regard empathique de Halima Ouardiri ; un regard d’artiste aussi (ne serait-ce que par la diversité des angles de vue, de la répartition des lumières et des couleurs dans le rendu de cette apparente banalité)

 

Cette compacité alterne avec de très gros plans sur un pelage – moins pour la couleur que pour capter la pulsation de la vie - ou des plans rapprochés qui individualisent -un chien qui marque son territoire d’un jet d’urine, un mâle prédateur mais une femelle rebelle, par exemple

Quand le plan s’élargit ou quand il délimite les frontières de l’espace dédié, l’extérieur (ou l’ailleurs?) ne se devine qu’à travers des "grilles"  !!!. (on est dans l’enceinte d’une ancienne ferme pas loin de Taroudant)

Enfermement, attente, lutte pour la survie (des crocs hostiles empêchent parfois  les plus faibles de partager la nourriture...)

 

Une caméra attentive aux couleurs aux lumières aux textures aux mouvements aux « sons » (quand bien même les réactions des  "protagonistes" sont aléatoires, forcément aléatoires…) Un court-métrage qui, en nous immergeant dans cette "communauté" canine, allie esthétique et banalité

 

Vers la fin on entend des infos concernant une autre population, en attente de...-dès lors  on comprend mieux les enjeux de cette coexistence forcée –

 

Clebs,  ou la parabole cinématographique des migrants de ce monde !

 

Clebs :  Une vraie "leçon de cinéma".

Le jury de la Berlinale ne s’y est pas trompé ; lui qui a pu observer  le naturel dans le non-naturel  fut  "très impressionné par les images la lumière les couleurs et les sons"

 

Colette Lallement-Duchoze

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27 novembre 2020 5 27 /11 /novembre /2020 06:14

Festival international du film d’éducation: la 16ème édition en ligne!


:

Que voir sur nos "petits" écrans?

 

 

 Mobile Film Festival 


 

 

Que voir sur nos "petits" écrans?

 

 

En ligne du 12 novembre au 3 décembre 2020,  ce festival soutient la Journée Internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes en proposant une sélection de films dans le cadre de la programmation de cette année : 1 Mobile, 1 Minute, 1 Film, 1 Thème : Women's Empowerment.

 

www.mobilefilmfestival.com

 

 

60 films de 25 pays composent la sélection officielle. Les films originaires du monde entier abordent avec créativité, humour, émotion, les grandes questions féministes dont la question des violences à l'égard des femmes.


https://www.senscritique.com/liste/Mobile_Film_Festival_WOMEN_S_EMPOWERMENT_La_selection/2865256

 

 

"La contagion du cinéma et de la culture sera toujours plus forte que celle de tous les virus et de tous les fanatismes"

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25 novembre 2020 3 25 /11 /novembre /2020 13:38

de Bernard Attal (Brésil 2019)

 

2019 : Thessaloniki Documentary Festival - Thessalonique (Grèce) - Sélection

 

En 2014, un véhicule de la police militaire emmène, en plein jour, Geovane, un jeune habitant de la banlieue de Salvador, dans l’est du Brésil. Avec l’aide du journal local et sous la caméra de Bernard Attal, son père mène l’enquête pour connaître le sort réservé à son fils. Comme Antigone, il défie les autorités pour retrouver et enterrer le corps, pour découvrir les responsables.

Sem descanso (sans repos)

Des tas de papiers administratifs, des formulaires, des empreintes digitales, des graphiques, des radiogrammes et des personnages silhouettés qui s’animent : c’est le générique d’ouverture. Complexité accumulation et rétention de l’information ?

Puis des vues aériennes sur Salvador. Avant que la caméra ne s’invite dans une favela. La musique de Silvain Vanot accompagne ses mouvements. D’emblée le ton est donné.

 

Août 2014. Geovane 22 ans disparaît.

Est-il mort ? Est-il encore vivant ?

Déposer plainte, attendre ; réitérer les démarches face à un mur de silence ou d’hypocrisie et ce, inlassablement « sans repos ».

Bernard Attal va accompagner le père du disparu dans sa quête, ses requêtes, il le filme en frontal au volant de sa voiture ou encore marchant dans les ruelles. Il donne la parole aux autres membres de la famille, aux représentants de la justice de l’ordre de la politique à des militants d’associations et à ce journaliste Bruno Wendel dont le travail méticuleux sera d’une aide précieuse. Des vidéos plusieurs fois commentées, des photos d’archives et un dessin animé reconstituant les faits (enlèvement décapitation dépècement éparpillement des « pièces » à conviction) complètent ce documentaire où la douleur (muette) du père et sa ténacité forcent l’admiration. Où la violence de la police militaire, endémique, provoque une forme de nausée -d’autant qu’elle est cautionnée...en haut lieu !

 

 

Le réalisateur (cf l’entretien vidéo) en rapprochant cette tragédie de l’assassinat de Michael Brown -exécuté la même semaine aux Etats-Unis-, assassinat qui a déclenché une vague d’émeutes a souhaité mettre à jour les sources historiques et sociologiques qui provoquent de telles haines

 

Bernard Attal  a voulu aussi rendre hommage au travail de la presse (analyser contextualiser commenter diffuser), un travail nécessaire (s’il n’est pas entravé, ligoté…) pour la défense des droits de l’homme et de la démocratie

 

Bien évidemment, en France nous n’en sommes pas (encore) là (disparitions non élucidées) mais -mutatis mutandis- ce film résonne d’étranges échos !! "soyez des gardiens, pas des guerriers"  c'est la supplique de ces mères à jamais endeuillées par la perte de leur enfant...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Sem descanso (sans repos)

                                                                    Le père et ses parents 

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23 novembre 2020 1 23 /11 /novembre /2020 07:05

de Teboho Edkins (Afrique du Sud 2020)

directeur de la photographie  Samuel Lahu

 

Présenté en compétition festival Jean Rouch 2020

www.comitedufilmethnographique.com

 

Dans une région reculée du Lesotho, l’arrivée de nouveaux colons, des migrants économiques en provenance de Chine, bouleverse l’équilibre des pouvoirs. Les anciennes lois et les anciens dieux sont remis en cause. Les forces débridées du capitalisme affectent profondément ces communautés rurales. Des moments fugaces et de petits gestes révèlent les effets de la migration, les sacrifices individuels, la solitude, l’aliénation et l’expérience de l’altérité. Une violence latente menace d’éclater, tandis que les anciennes structures commencent à se désintégrer et qu’une règle s’impose entre toutes : manger ou être mangé.

Days of cannibalism

Un hôtel à Guangzhou (séquence d’ouverture) ; un bar au Lesotho ; deux pôles La Chine l’Afrique. La circulation de billets comme moyen d’échange, des billets que l’on palpe compte et recompte. Dès le prologue -cf la mini séquence chez un opticien chinois- s’affichent lumières rutilantes mais aussi suspicion et défi (Africains au regard et au verbe accusateurs, Chinois sur leur quant-à-soi) ; dès le prologue une vision fragmentée du nouveau capitalisme

Puis une suite de mini séquences sous forme de tableautins (récurrence des mêmes lieux et personnages) avec montage alterné et « gradation » (dans la violence surtout), va nous plonger dans la vie quotidienne de ces habitants éleveurs et ouvriers, de ces Africains du Lesotho attachés à leur traditions, à leur cheptel, mais dépendant désormais des « capitaux » chinois et confrontés à une autre « vision » de l’univers et de ces migrants Chinois (promoteurs entrepreneurs patrons employés et commerçants) dont certains en déshérence d’ailleurs. Alternance et face à face. Société traditionnelle face au nouveau modèle économique !! Affres de la mondialisation capitaliste et appétit insatiable pour le business

Voici un petit pays d’Afrique australe où le cheval est « la fierté de la nation » (au début, nous assistons à une fête parade ; chevaux caparaçonnés cavaliers costumés). Un pays où la vache est « sacrée »(dans la culture basotho n'est-elle pas  "dieu au nez mouillé"? ) Et le propriétaire d'un grand troupeau est respecté sinon vénéré. Voici filmé en plongée un troupeau qui se dirige vers un enclos; puis la caméra s'approche : gros plan sur  le pelage, les museaux les oreilles; s'inscrivant dans un paysage à leur mesure -saluons ici  le travail de Samuel Lahu-, ces vaches imposent leur masse et le dessin de leurs contours. Or pour les nouveaux immigrants la vache n'est qu'un maillon dans un circuit de rentabilité: de l'élevage à l'abattoir, de l'abattoir au commerce de boucherie . Acheter un animal? "ils -les Chinois- me font peur. Ils ont beaucoup d'argent ; de toute façon ils ne pensent qu'à l'argent, mais le vrai travail, le soin des bêtes c'est pour nous". Vendre les morceaux (qu'ont débités des ouvriers africains)?  "je vais d'abord peser pour connaître le prix" dit le propriétaire  chinois.

La pauvreté croissante des autochtones a conduit certains à "voler" du bétail. N'est-ce pas le signe manifeste d'une rupture avec une culture ancestrale? Voici deux hommes sur le banc des accusés (ce sera la séquence la plus longue de ce documentaire) ; leur délit? avoir volé 15 ou 20 vaches. Leur défense? Chômage et impossibilité de subvenir aux besoins de la famille. Filmés de profil leurs deux visages se détachent telles des ombres portées alors que le président de la Cour -en plan moyen- envahit l'écran et que le procureur dans son réquisitoire est filmé de dos ...Verdict: 10 ans de réclusion! Lors d'un contrôle un acquéreur de cheval risque amende et prison; il n'a pas les "preuves d'achat" mais ayant acheté un animal ...volé...il s'est rendu complice de vol et encourt un châtiment exemplaire!!

Dans ce royaume montagneux du Lesotho (et le cinéaste nous fait découvrir les forces vives d'une nature qui respire à l'unisson de l'humain avec cette alternance entre plans en plongée et contre plongée selon qu'on veut insister sur la faiblesse ou la puissance de l'homme, sur la majesté bienveillante ou hostile de la Nature dans son aridité même et des Dieux) ; et plus particulièrement dans la région de Thaba Tseka c'est tout un mécanisme économique nouveau qui a brisé l'équilibre. Le speaker de la station radio locale ne cesse de s'interroger sur "l'intégration de la communauté chinoise" dans la culture africaine"

Vol et saccage d'un magasin, commerçante entravée plaquée au sol, rideau de fer que l'on va baisser: une violence inéluctable?? 

 

Plan final : des vaches se  "nourrissent" (de?) auprès des carcasses de leurs soeurs ….

manger, être mangé...

 

Days of cannibalism,  des pionniers, des vaches et le capitalisme

Un documentaire que je vous recommande !  

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 07:32

de Vladimir Kozlov (2019) 

 

2020 : KFF - Krakowski Festiwal Filmowy - Cracovie (Pologne) - Compétition internationale long métrage

2020 : Festival International Jean Rouch - Voir autrement le monde - Paris (France) - Compétition internationale

 

https://online.comitedufilmethnographique.com/

Kounachir, à 14 km au nord des côtes du Japon, est l’une des deux îles principales de l’archipel des Kouriles, annexé par l’URSS en 1945. Un an plus tard, après une brève cohabitation, les 17 000 Japonais vivant sur ce territoire ont été massivement déportés. A ce jour, aucun accord de paix n’a été signé entre les deux pays…

Kounachir

En filmant l’île dans sa diversité -tant géographique qu’humaine- en donnant la parole à plusieurs habitants -chacun incarnant une « manière » de vivre ou de  survivre sur l’île– le réalisateur offre l’image d’une micro société mais qui « parle de la société russe tout entière » avec ses contradictions ses folies sa politique des frontières

 

Il fait alterner les rencontres/interviews (nous allons suivre 6 habitants) les images sur l’île (rivage village plaine forêt volcan  lac) en variant les points de vue, les angles,  les « moments » -jour naissant ou crépusculaire, et les atmosphères -sérénité d'une chaude lumière, enveloppe brumeuse, nocturne étoilé. À cela s’ajoutent quelques photos d’archives (certaines au montage illustrent les propos de cet homme qui né en 1938 a été témoin de la déportation des Japonais ou qui évoque la bonne entente avant 1946 47, vante les prouesses technologiques  d'une époque désormais révolue... )

 

En scrutant les paysages, l’environnement, la vie au quotidien la caméra peut s’arrêter sur des détails -mais sans ostentation ni souci de didactisme - les images parlent d’elles-mêmes. Voici sur une grève un bateau rouillé échoué et sur le sable se dessinent les sillons de ces mobs pétaradantes alors qu’une vache en plan rapproché dit la placidité ou l’éloquence du silence. Voici des chars recouverts de verdure, des blindés témoins de la seconde guerre mondiale. Deux compères la tête hors d’eau dans ce lac où l’on prend un bain de boue (roboratif à condition d’être régulièrement pratiqué affirme Micha). Une cabane en bois que l’on construit dans un arbre, dans cette forêt qui abrite une vie inaltérée « l’être humain se contente de peu »affirme cet homme amoureux de ses chiens aux prénoms chargés de sens (Fram, voyage Trump, roux, Knut en hommage à Knut Hamsun). Une femme dans un minuscule cimetière d’un geste simple et précautionneux à la fois, arrose les fleurs sur la tombe de son mari, célébrant la Vie par-delà la mort. Par écran interposé le responsable politique local se plaît à brosser l’historique de l’île, fier de la victoire de son pays l’ex URSS (plus tard nous l’entendrons revendiquer le bien fondé de la politique étrangère russe) ; afin d’éduquer les jeunes (critère dit pédagogique) on se plaît à « reconstituer » la grande scène historique de la capitulation des Japonais ….en 1945; le même est convaincu  qu'un musée à ciel ouvert apprendra aux jeunes l'histoire de l'armement...

 

Or ces êtres humains ressemblent étrangement aux personnages du théâtre beckettien (un gros plan sur une pancarte « maison des fous ») attendant leur Godot (hormis le responsable politique droit dans ses bottes qui revendique l’application à la lettre du traité de 1945 -promesse orale faite par le président américain à Staline s’il entrait en guerre contre le Japon.) 

 

Explorer creuser le sol c’était une des scènes d’ouverture. Et l’on découvre avec cet homme au torse nu, des tessons, témoins lambeaux de l’art japonais, à jamais disparu ? Et partant,  d’un art de vivre, d’une civilisation ?. Explorer creuser : n'est-ce pas la démarche de Vladimir Kozlov? (réalisateur français d'origine russe)

 

Pépiements, piaillements, croassements, aboiements, ressacs : telle sera la bande-son de ce plan final, où la mer toujours recommencée a revêtu son habit de nuit…

 

Un documentaire que je vous recommande vivement!!

 

.Colette Lallement-Duchoze

 

 

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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 16:11


E-DIFFUSIONS DE FILMS DOCUMENTAIRES
 

Pour cette deuxième semaine, vous pourrez découvrir Green Boys d'Ariane Doublet qui devait faire l'ouverture du mois du film documentaire du Département de l'Eure.
Quant à Miss Mermaid de Pauline Brunner et Marion Verlé, il avait était choisi par les jeunes organisateurs du Festival Du grain à démoudre pour leur 21e édition.

Ces deux films seront visibles pendant 7 jours, dès leur date de diffusion, sur notre site internet.

bonne e-diffusion à tous


MARDI 17 NOVEMBRE
 

réalisé par Ariane Doublet
produit par Squaw en coproduction France Télévisions

Synopsis : Alhassane est un jeune guinéen de dix-sept ans. Accueilli dans un petit village au bord de la mer en Normandie, il rencontre Louka, treize ans. Une amitié est née. Elle se construira jour après jour, comme leur cabane, lieu secret de l’enfance et refuge aux blessures.


JEUDI 19 NOVEMBRE
 

réalisé par Pauline Brunner et Marion Verlé
produit par Wendigo Films en coproduction avec France Télévisions

Synopsis : Chaque jour, Alexia se transforme. Les jambes rassemblées dans une queue recouverte d’écailles, elle plonge dans la mer et s’évade. Les rumeurs sur la sirène de Fécamp vont bon train… surtout depuis l’inscription d’Alexia au concours Miss Mermaid France.


ET TOUJOURS EN LIGNE
 

Jusqu'au mercredi 18 novembre

Une Vie nous sépare
de Baptiste Antignani
Co-réalisé par Baptiste Antignani et Raphaëlle Gosse-Gardet,
Coproduction Federation Entertainment et France Télévisions - France 3 Normandie avec la participation de CANAL+ family

 


Retrouvez toute l'actualité sur normandieimages.fr
 

SUIVEZ-NOUS SUR :

115 boulevard de l'Europe 76100 Rouen FR


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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 05:32

Le Festival international Jean Rouch est l’une des plus importantes manifestations européennes de cinéma documentaire lié à l’anthropologie et plus largement aux sciences humaines. Fondé en 1982 par le cinéaste et ethnologue Jean Rouch (1917-2004), il présente chaque année à Paris, en novembre, plus de 70 films documentaires programmés en compétition internationale ou en séances thématiques.  

 

 

Festival International Jean Rouch 2020 [13 nov - 6 déc 2020]

Nous sommes ravis de vous accueillir pour cette 39e édition du Festival International Jean Rouch, du 13 Novembre au 6 décembre 2020. Un accueil exclusivement en ligne cette année, du fait des circonstances exceptionnelles. Ces circonstances, nous l’espérons, ne vous empêcheront pas d’apprécier la qualité des films sélectionnés, mis à votre disposition gratuitement progressivement tout au long du Festival sur notre plateforme de streaming, chaque film étant ainsi disponible 5 jours au total. Les sessions traditionnelles de questions/réponses avec films cinéastes sont maintenues, sous forme de webinaires (cf. Calendrier des débats) pour lesquels nous attendons vos questions et réactions en direct par voie de messagerie (tchat intégré à Zoom ou bien Facebook). Les enregistrements de ces webinaires resteront également disponibles pour un visionnage ultérieur. Comme chaque année, vous pouvez nous laisser votre adresse électronique pour recevoir gratuitement notre lettre d’information, ou encore faire un don pour soutenir le Comité du Film Ethnographique et son festival. Enfin, le Comité et l’équipe d’organisation dédient l’édition 2020 de la manifestation à Marc-Henri Piault, disparu très récemment

Nous vous souhaitons un excellent Festival 2020!

Cliquez ICI pour rejoindre la plateforme de streaming [13 nov – 6 déc 2020]  et créer un compte 

Festival International Jean Rouch 2020 [13 nov - 6 déc 2020]

Nous la mangerons c'est la moindre des choses

Festival International Jean Rouch 2020 [13 nov - 6 déc 2020]

Bariz (Paris) le temps des campements

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12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 14:58

De Vincent Gérard, Cédric Laty, Bernard Marcadé et Camille Zéhenne  (France 2017 ) documentaire/fiction (sortie le 15/01/2020)

 

2017 : Visions du Réel - Nyon (Suisse) - Compétition Internationale Moyens Métrages

 

Barthes *Sous ce nom, du gascon barta – zone humide auprès d’une rivière ou d’un fleuve–, on désigne les terres basses inondées chaque hiver par l’Adour

libre interprétation des Mythologies de Roland Barthes, dont le récit se joue principalement sur le fleuve Adour et dans la lumière du sud ouest.

Barthes

En jouant sur la « polysémie » du mot Barthes (nom de l’écrivain sémiologue et toponyme ensemble des terres basses inondées chaque hiver par l’Adour) en faisant coexister des extraits de Mythologies (voix off) et  la géographie d’une région bien définie (des panneaux de signalisation, des cartes agrandies serviront de repères tels des « signes » ethnographiques) les auteurs de ce documentaire vont « raccorder le creux de la langue et les crêtes d’un paysage traversé par ses lumières ».

 

Nous voici sur les traces de Barthes qui on le sait avait pris l’habitude, à partir de 1968, de passer ses étés à Urt -une commune des Pyrénées Atlantiques- où il appréciait «le délice des matinées : le soleil, la maison, les roses, le silence, la musique, le café, le travail, la quiétude insexuelle, la vacance des agressions » (sa mère et lui-même sont enterrés dans cette commune).

Nous sommes invités à descendre l’Adour, de la sortie d'Urt  jusqu’à l'Atlantique,- au gré de « rencontres » parfois insolites, que ponctue  la musique de Satie -, jusqu’à ce dernier plan où vibre l’immensité d’un flux héraclitéen. Une balade qui se mue en  ballade !

 

Mais inutile  de chercher à tout prix  une synonymie entre les paysages, le fleuve, ses rives, les hameaux, les chemins vicinaux,  les personnages et les textes lus. L’apparente illustration peut être ironique  ou procéder d'effets spéculaires contrastés voire inversés : ainsi en est-il de ces cyclistes âgés filmés en groupe (tel un peloton) ou individuellement alors que Bernard Marcadé lit des extraits du « tour de France » (son onomastique son épopée lisible dans la personnification des lieux et ses 4 mouvements : mener suivre s’échapper s’affaisser). Voici une surfeuse et simultanément  on entend  un extrait du  texte « le plastique » (moins objet que trace d’un mouvement) ; voici une femme qui exécute une danse « orientale » puis elle procède au dévêtement, les déhanchements et les gestes semblent donner raison à Barthes (strip-tease) MAIS le contexte désacralise « la conjuration minutieuse du sexe »

Se pose  une autre problématique :  la mythologie dénoncée par le sémiologue au milieu du XX° siècle imprègne-t-elle encore notre quotidien? 

Ce n’est pas pur hasard si le documentaire s’ouvre sur des extraits du «guide bleu » suivis par ceux de « l’écrivain en vacances » Si le guide bleu flatte la montuosité et ne s’intéresse qu’aux monuments , les quatre auteurs du documentaire « montrent » l’exact contraire en jouant sur les arrondis verts, les miroitements des couleurs, les éclats de lumière sans verser dans les clichés lisses des chromos..

La musique de Satie scande, en la ponctuant, cette ballade, mais  elle subit elle aussi des "travestissements" (dans les divers "arrangements") quand elle ne s’accouple pas avec la musique d’une fanfare !

 

Roland Barthes non sans ironie (on le connaît pince-sans-rire) fustige un certain langage et partant une certaine idéologie et son recueil Mythologies qui ausculte la France des années 50 sous forme de tableaux, démystifie l’objet mythifié par le langage, objet qui véhicule les valeurs bourgeoises sans jamais le dire comme si les valeurs étaient des évidences unanimement partagées. Les auteurs de ce documentaire par une forme de mimétisme inversé rendent hommage à cet écrivain en l’inscrivant dans SON lieu d’élection, en choisissant des textes dont le pouvoir corrosif est toujours d’actualité et leur « essai remet en scène le documentaire et la fiction, les universalise dans la lumière du Sud-Ouest, ici et maintenant » (Emmanuel Chicon. Visions du réel) 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Barthes

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 12:32

De Cyril Bérard et Samuel Picas (documentaire 2020)

 

Film soutenu par Tënk et Mediapart

https://www.mediapart.fr/studio/documentaires/international/grano-amaro-peut-ignorer-l-heritage-de-mussolini

En suivant jour après jour la campagne électorale des élections municipales (2019) de Predappio, ville natale de Mussolini, Grano Amaro raconte le parcours de deux candidats amateurs dans une élection dont l’enjeu les dépasse.
Très vite, la campagne est phagocytée par la grande question de l’héritage mussolinien : que faire de la tombe du dictateur ? Le film retrace le combat pour la mairie qui, administrée par la gauche depuis 1945, risque de tomber aux mains de l’extrême droite.

Grano amaro

La séquence d’ouverture nous introduit dans une "minoterie". Voici un homme dont les gestes rapides et précis -dosage, emplissage et fermeture des sacs de farine- sont filmés en gros plan. C’est Roberto Canali. Il est candidat aux élections municipales, sur la liste « unis pour Predappio » soutenue par la ligue d’extrême droite. Face à lui Gianni – successeur de Giorgio (cf la photo ci-dessus) qui, après deux mandats, ne peut plus se présenter.

 

Le documentaire par un montage alterné (et/ou parallèle) donne à voir successivement les deux candidats  : sur leur lieu de travail, dans leur QG de campagne, leurs réunions, leurs meetings, etc.. mais aussi comme ce sont des " enfants" de Predappio, on les verra à la même table jouer aux cartes par exemple. Une personne interrogée n'avoue-t-elle pas? Je les connais  et je les aime bien tous les deux

Les réalisateurs ponctuent la chronologie -soit les différentes étapes de la campagne jusqu’au dépouillement, et la gueule de bois le lendemain pour les perdants...-, par des vues en plongée sur la place de l’église, la piazza Sant’Antonio, des plans en frontal sur le palazzo Varano, par des panoramiques sur la campagne environnante (nous sommes en Emilie Romagne sur les premières collines de l’Apennin nord) – comme une métonymie (ou un gage?) de la pérennité- ou encore par des jeux "apparents" de contrastes - entre  la fixité du buste en bronze de Mussolini (Predappio est sa ville natale, il y a une crypte Mussolini qui attire de nombreux  touristes )  et le frémissement des herbes,  par exemple. Or ces herbes frémissantes sont annonciatrices de moisson ….. Le blé sera-t-il amer?

 

La tombe du dictateur doit-elle être gérée comme une attraction touristique ou comme une opportunité pour affronter historiquement et culturellement la période fasciste ? Si la question du tourisme est posée par les deux candidats (quand bien même elle les dépasse,- ils ne sont pas versés dans les arcanes ni les roublardises de la  "politique"  au grand dam du maire sortant) c’est que la  "présence" de Mussolini souligne en creux la prégnance du fascisme en Italie au XXI° siècle ; et les résultats vont donner raison au parti fort à l’aise avec les morts. Ombres tutélaires pour les uns, ombres encombrantes pour les autres…

L’inauguration de l’expo consacrée à Donna Rachele Mussolini -sous la tutelle du nouveau maire- en témoigne aisément ainsi que le discours de la curatrice qui cite Mussolini avec l’aisance de la connivence..

Or le 28 octobre 1944 , Predappio, commune antifasciste, était libérée ! Commémorer ! Célébrer ! Perpétuer dans la fête le rite de la libération ? C’est précisément le thème de la dernière séquence de ce documentaire ….

 

Grano amaro ( blé amer) : clin d’oeil pour le titre au film de Giuseppe de Santis ? « Vague » de consensus en faveur de la ligue de Salvini ? Défaite historique de la gauche ?

Grano amaro Un documentaire qui  ausculte  de l'intérieur un basculement tant historique que symbolique

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

 

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