20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 07:15

réalisé par les frères D'Innocenzo (Italie Suisse 2020)

avec Elio Germano (Bruno Placido)  Barbara Chichiarelli :( Dalila Placido) Gabriel Montesi : (Amelio Guerrini ) Max Malatesta :( Pietro Rosa)  Ileana D'Ambra :( Vilma Tommasi) Giulia Melillo :( Viola Rosa) Cristina Pellegrino : (Susanna Rosa)  Lino Musella (professeur Bernardini) Justin Korovkin : Geremia,  Tommaso Di Cola :( Dennis Placido)  Barbara Ronchi :

 

Ours d'Argent du Meilleur Scénario Berlin 2020

 

 

La chaleur de l'été annonce les vacances prochaines pour les familles de cette paisible banlieue pavillonnaire des environs de Rome. Des familles joyeuses, qui parviennent à créer l'illusion de vraies vacances malgré leurs faibles moyens. Des familles normales. Enfin presque. Car leurs enfants vont bientôt pulvériser le fragile vernis des apparences

Storia di vacanze

D’abord une voix off ; la découverte d’un cahier d’enfant…  Dans un bac de recyclage, à côté de quelques guides télé, j’ai trouvé le journal intime d’une petite fille

et l’annonce Ce qui suit est inspiré d'une histoire vraie.  L'histoire vraie a été inspirée par un mensonge. Le mensonge est assez peu inspiré

 

Brouillage ? goût du paradoxe ? en tout cas nous voici immergés, sous l’égide d’un narrateur, dans une banlieue pavillonnaire des environs de Rome (quelques vues en légère plongée l’assimileraient à un jeu de lego) et dans un quartier qui deviendra un personnage à part entière. Le quotidien de quelques familles (3) est marqué  par la  morosité  (celle due à une frustration : vivre en-deçà d’espérances, ne pas habiter une banlieue plus cossue). Morosité et  toxicité -en diabolique harmonie avec la torridité étouffante – vont être « déconstruites » par les enfants -souvent muets-. Car si les adultes sont grotesques, immatures, irresponsables leur progéniture apparemment « servile » (la scène d’ouverture où le frère et la sœur sont sommés de lire leurs appréciations scolaires ; le tabassage du fils d’une violence inouïe - hors champ il se lit dans les larmes de la sœur témoin impuissant ; la tonte des cheveux, mutilation vécue avec résignation, du moins en apparence) n’en sera pas moins consciente et révoltée. Comme dans n’importe quel conte cruel, la violence peut sourdre sous l’apparente placidité de la victime malheureuse. Et les gamins de ces trois familles sont « prêts à imploser » ; leur « lucidité » les condamnant à l’acte suprême ....afin de ne pas perpétuer le vécu de leurs parents!!!!

 

On pourra être dérangé par les grands angles et les légers surplombs, la lenteur de certains plans séquences, par une bande-son amplifiée, par l’opposition systématique entre la placidité des enfants et la crudité comportementale des adultes, par les exagérations caricaturales, mais storia di vacanze n’en reste pas moins un film puissant qui tient à la fois de la chronique du thriller et de la fable tragique, sur la « déliquescence des gens ordinaires ».

La seule issue pour les enfants -ressort de la tragédie-  n’était-elle pas suggérée dans le « journal intime »?

Storia di vacanze une « métaphore d’un malaise sociétal » 

 Cette histoire pourrait être tout droit sortie de l’œuvre des frères Grimm. Un monde de sensations, de couleurs vives et d’odeurs, même si en arrière-plan, tout brûle » (propos des frères D’Innocenzo)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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18 octobre 2021 1 18 /10 /octobre /2021 05:37

d'Aleem Khan (Grande-Bretagne, France 2020)

avec Joanna Scanlan, Nathalie Richard, Talid Ariss

 

Prix Fondation Gan festival de Cannes 2021

 

Ville côtière de Douvres au sud de l’Angleterre. Mary Hussain, après le décès inattendu de son mari, découvre qu’il cachait un secret à seulement 34km de l’autre côté de la Manche, à Calais.

After love

 

Blanche la tenue de deuil de Fahima /Mary , blanc crayeux ces pans de falaises qui s’écroulent, bleu- vert l’étendue de cette eau qui sépare l’Angleterre de Calais….il aura suffi de quelques plans à valeur ô combien symbolique pour comprendre qu’ "after love"  n’est pas du tout le mélodrame que suggérait plus ou moins le pitch ! ébranlement intérieur, deux rives, deux femmes, deux cultures, deux destins que le film va ré-unir

 

Fahima -qui s'était convertie à l'islam pour épouser Ahmed- vient de perdre brutalement son mari (une courte scène inaugurale où il sera filmé en profondeur de champ avant de disparaître définitivement du champ de la caméra); un mari dont la "présence absente" hantera   tout le film (incarnation du mensonge, souvenirs, passé revisité, voix enregistrée ).  Après la découverte d’un "secret"  la "veuve"  va faire l’apprentissage de la "duplicité". Et ce, dans le silence de la douleur muette. Elle parvient à se faire engager comme femme de ménage au service de la maîtresse de feu son mari… à Calais. Elle est à l’affût d’indices, à l’écoute du fils, un fils révolté contre sa mère et qui vit dans l’attente d’un père adulé idéalisé …Ahmed l’époux l’amant le père ! Ahmed et le mensonge. Sur " quels faux semblants" s’est donc construite une relation amoureuse ? Comment y survivre? 

After love  ou   l’itinéraire  d’une "reconstruction"

 

Le film obéit à un schéma circulaire : à la cérémonie funèbre du début répond en écho inversé celle d’un baptême. Au plan initial sur les falaises correspond un plan prolongé sur ces mêmes falaises…mais libérées du séisme de l’ébranlement inaugural

Circularité et figure du triangle : deux femmes et un fils. Deux femmes blessées un fils provocateur et révolté. La parole dans un premier temps est refoulée par la hantise d’avouer : Fahima à Geneviève qu’elle est l’épouse ; Geneviève à son fils que le père est marié outre-Manche, le fils, qu’il vit mal son homosexualité. Après la "révélation", l’alternance violences verbales et physiques, le déni,  c’est avec le passage sur l’autre rive, la "réconciliation", celle du passé et du présent, celle avec soi-même (?) (qui rappelle la catharsis dans la tragédie antique).

 

En s’interrogeant avec un mélange de délicatesse et de rage contenue sur les notions d’identité, de sacrifice, sur la maternité aussi,  After love célèbre les multiplicités d’appartenances culturelles

 

Un film à voir assurément !

 

Colette Lallement-Duchoze

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15 octobre 2021 5 15 /10 /octobre /2021 05:32

de Gessica Généus (Haïti France 2020)

avec Néhémie Bastien (Freda ) Djanaïna François (Esther)  Fabiola Rémy (Jeannette)  Gaëlle Bien-Aimé (Géraldine) Jean Jean, Rolaphton Mercure,  Cantave Kerven  

 

Présenté au festival de Cannes 2021 Section Un certain regard 

 Mention spéciale découverte Prix François Chalais

 

 

Freda habite avec sa mère, sa sœur et son frère dans un quartier populaire d’Haïti. Ils survivent avec leur petite boutique de rue. Face à la précarité et la violence de leur quotidien chacun cherche une façon de fuir cette situation. Freda décide de croire en l’avenir de son pays.

Freda

 

Freda 8 minutes de standing  ovation à Cannes 2021

Freda film féministe, et  témoignage vivant qu’en Haïti on peut réaliser des choses

 

Même si la mère Jeannette, la sœur Esther, la cousine Géraldine offrent une palette de portraits de femmes en lutte, c’est Freda le personnage éponyme, qui concentre/ synthétise « toutes les luttes tensions et promesses haïtiennes »

Freda une étudiante révoltée/ un pays ! Un pays avec les démons de son passé ? son présent amnésique ? Pays que l’on veut quitter ? (c’est le choix du frère Moïse:  laissant une mère éplorée à l’image de son île il a choisi le Chili pour nouvelle terre d’accueil; Esther -intéressée, vénale, contrainte ?- a opté pour le mariage avec un sénateur véreux et autoritaire, elle en portera les stigmates !) Freda longtemps en proie au  dilemme : rester ou rejoindre en République Dominicaine son amoureux Yeshua,  fera corps avec sa famille, avec son île (un plan fixe prolongé sur la fusion mère/fille clôt d’ailleurs le film)

 

Le contexte social et politique de l’île est suggéré -quand il n’est pas explicitement montré- par la construction en strates superposées et une succession de tableautins (caméra rapprochée pour les scènes d’intimité familiale et plans larges pour les scènes en extérieur, les manifestations) ; à l’apparent désordre répond une logique plus souterraine, celle précisément des causes identifiables, et parmi elles : l’ambiance délétère de la corruption (scandale du petrocaribe, les relents du colonialisme ( tu croyais quoi ? une négresse et un mulâtre dans ce pays ne se rencontrent que dans le noir ) le formatage de la jeunesse (les quelques incursions dans une salle de cours disent en peu de mots tout un passé qui contamine un présent, la « fameuse » dette française « punitive » occultée dans l’enseignement)

 

Le point de repère qui fédère cette famille/microcosme est le 33 d’une rue d’un quartier populaire de Port -au- Prince. - plan récurrent sur la façade et sa boutique,  en frontal comme pour en décadenasser les arcanes qui la relient à  la minuscule maison désertée par les « hommes ». Portes et heurtoirs, comme autant de zigzags ou de va-et-vient entre un ici et un là-bas, entre un présent faussement douillet et un passé qui entre par effraction ou l’appel d’un futur incertain ? Voici la mère aimante versée dans les pratiques du vaudou, une mère tiraillée entre le besoin de  "protéger"  ses enfants et celui de  "survivre" . Imposant son  " être là" ,  elle se fera  néanmoins tancer par sa fille qui lui rappellera cruellement un passé déshonorant et des faiblesses (inadmissibles) dont le présent porte les séquelles.... Jeannette ne devient-elle pas  par métaphore la   "mère patrie"  que l’on ose regarder en face, et que l’on va débarrasser de ses oripeaux ?

 

Avec un grand sens du cadre et surtout de  la couleur, en alternant scènes d'intérieur et d'extérieur, violence et accalmie, en rendant hommage à la sororité, Gessica Geneus  irise de la langue créole un film éminemment politique dominé par l’espoir ! et  le souffle de la Vie saisi  à fleur de peau !

L’espoir c’est aussi tout simplement réaliser qu’on est là, qu’on est vivant, qu’il y a encore de l’espace pour créer cet avenir que l’on souhaite. C’est sûr que ça demande une énergie que, des fois on n'a pas, parce qu’on est épuisés par cette quête quotidienne de survie. Mais on est toujours là (propos de la réalisatrice Gessica Généus)

 

 

A voir absolument !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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14 octobre 2021 4 14 /10 /octobre /2021 03:38

de Tarzan & Arab Nasser 2020  France, Allemagne, Palestine, Portugal, Qatar

 

avec Salim Daw, Hiam Abbass, Maisa Abd Elhadi, George Iskandar, Manal Awad, Hitham Al Omari.

 

Issa, un pêcheur de soixante ans, est secrètement amoureux de Siham, une femme qui travaille comme couturière au marché. Il souhaite la demander en mariage. C’est alors qu’il découvre une statue antique du dieu Apollon dans son filet de pêche, qu’il décide de cacher chez lui. Quand les autorités locales apprennent l’existence de ce trésor embarrassant, les ennuis commencent pour Issa.

Gaza mon amour

 

A  Gaza malgré les bombes, malgré les "mutilations" les "privations", le peuple "continue à aimer vivre, espérer, faire la fête": tel est le message-hommage des frères Nasser dans leur  deuxième long métrage

 

Comme dans Dégradé (cf Dégradé - Le blog de cinexpressions) ils prennent comme pré- texte un fait   "avéré": (le lion volé en 2007 au zoo de Gaza par une famille locale (Dégradé); ici la fameuse statue d’Apollon, retrouvée en 2013 au large de Gaza), pour créer une comédie légère sur fond de "tragédie" (les détonations des raids israéliens, les coupures de courant, les arbitraires dans les arbitrages, l’enfermement des habitants, la police tatillonne et véreuse du Hamas). Plus abouti que Dégradé  Gaza mon amour n’en souffre pas moins de négligé, et de facilité dans certains rendus (jeu outrancier des reflets, abondance de clichés)

 

Ce film tourné dans un camp de réfugiés palestiniens au Liban et au Portugal, vaut surtout pour le jeu de l’actrice Hiam Abbas (sobre pudique solaire) et de Salim Daw (irrésistible en sexagénaire aussi candide qu’un collégien…) et pour l’exaltation de la pudeur romantique alors que les  pires  catastrophes sont détournées par un humour  "décalé"  (que d'aucuns  vont comparer avec celui de Suleiman ou même de  Kaurismaki) 

 

Le burlesque flirte allégrement avec le drame, - Issa sectionne « malgré lui » le pénis de la statue et c’est la virilité qui devient un enjeu financier, un pénis enrobé puis examiné exhibé évalué !! et le pêcheur croupira dans la moisissure des geôles -

 

Mais c’est bien l’amour entre deux sexagénaires qui est au centre de ce « feel good movie » dont la dernière scène sur le bateau (alors que s’affiche le générique) a les éclats flamboyants de l’embrasement des corps ; ces « feux de l’amour » gage de survie par-delà d'autres embrasements (flammes et crépitements des bombardements à l'assaut de la ville!!) 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 07:23

de Joachim Lafosse 2021 (Belgique France Luxembourg)

avec Leïla Bekhti, Damien Bonnard, Gabriel Merz Chammah

 

présenté en Compétition officielle Cannes 2021 

 

 

Damien, peintre réputé dont le galeriste Serge gère la carrière, souffre régulièrement des troubles bipolaires. Il a déjà été traité à l'hôpital précédemment et, au cours de vacances à la mer, il se sent à nouveau « bien », trop bien aux yeux de sa femme Leïla, qui craint également pour l'équilibre de leur petit garçon Amine. Bientôt, pris d'hyperactivité, Damien ne dort plus, bouscule son entourage, agit de manière incohérente, met de la mauvaise volonté à prendre son traitement. Cependant, fiévreux et inspiré, il peint

 

 

Les intranquilles

Où es-tu, quand tu es dans mes bras Que fais-tu, est-ce que tu penses à moi D'où viens-tu, un jour tu partiras

J'veux m'enfuir, j'veux partir, j'veux d'l'amour, du plaisir D'la folie, du désir, j'veux pleurer et j'veux rire (Lavilliers Idées noires)

Mes amours, mais il faut tant de chansons, de poèmes d'Aragon Pour sauver encore le nom de l'amour (Jean Ferrat Mes amours)

 

 

Joachim Lafosse aime peindre des huis clos suffocants, analyser les déflagrations d’un couple (à perdre la raison) s’inspirer de ces « mécanismes » pervers qui perturbent voire délitent une vie de couple ou de famille.

 

Dans son nouveau film,  trois personnages sont   " intranquilles"   (dans le livre l’intranquille dont Joachim Lafosse dit s’être inspiré, Gérard Garouste s’interrogeait surtout sur sa relation au père -un  "salaud", à l’art -qui doit tenir à distance la maladie- à sa folie) ; ici la pathologie du père éclabousse les proches, "ses amours", en contaminant leurs choix leurs comportements dans leur quotidien le plus banal, jusqu’à les  "dévaster"  ?  Une pathologie insidieuse et destructrice

 

Au tout début l’atmosphère semble sereine tant elle est imprégnée de bien-être : le corps de la mère lové sur le sable, le père et le fils au « large ». Puis  le père décide de revenir à la nage laissant son jeune fils « maître à bord » ; pour ce trio rien d’anormal.  Or pour le spectateur ne seraient-ce pas les prémices d’un "dérèglement"  ? en effet, dès le retour Damien est dans un état d’agitation extrême que sa femme Leïla ne peut contenir….. (et l’on comprend tout à coup son anxiété, celle d’une personne habituée aux symptômes  récurrents de la maladie !!) 

 

Dès lors nous allons être témoins de cette alternance entre « énergies délirantes et écrasements mélancoliques » si typique de la bipolarité. Le réalisateur l’ausculte avec minutie ; les deux interprètes lui donnent littéralement « corps » (Leïla Bekhti a grossi -plus de 10kg-  « regarde-moi depuis deux ans j’ai pris 15k je ne prends plus soin de moi » ; Damien Bonnard par les sortilèges d’une autre métamorphose -visage regards, gestique, allures- excelle dans l’agitation térébrante comme dans la languide asthénie). Et ces silences et ces regards !! (celui de l’enfant au fond de la classe qui assiste hébété à l’intrusion délirante de son père ; Leïla dont le visage filmé en gros plan dit l’inquiétude l’attente d’une mère d’une épouse intranquille). Le traitement du  "temps" en tant que pulsation rend palpable lui aussi la pathologie (cf ce plan séquence  où le père et la femme sont contraints de  " poser" ; cf aussi le dérèglement dans la répartition jour/nuit). De même la récurrence du thème de l’eau, (des murmures ondoyants qui habitaient l’écran noir ; la surface étale ou agitée d’un lac comme promesse de tous les futurs, des plongeons dans la vase sous l’œil hagard des enfants, la difficile émergence de la baignoire quand le corps alangui ne répond plus …) et  sa lecture plurielle, (eau lustrale ou viciée, alma mater,  eau qui flue et reflue, enfouissement et résilience, etc.)    participent  à la fois du diagnostic et de la thérapie

 

Si l’obsession de Leïla -mère et épouse- risque de virer à une forme de paranoïa, si la  "maladie" du père est incurable, l’astucieuse "parodie" du fils (il imite son père refusant de s’asseoir au prétexte que la table est…) , n’invite-telle pas -en atténuant  le tragique-  à instaurer un  "vivre ensemble"  malgré tous les malgré … ?

Et surtout  "ne pas avoir honte" !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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7 octobre 2021 4 07 /10 /octobre /2021 03:44

de Stéphanie Chuat & Véronique Reymond Suisse 2020

avec Nina Hoss, Lars Eidinger, Marthe Keller, Jens Albinus, Thomas Ostermeier, Isabelle Caillat,

 

présenté à la Berlinale février  2020

 

en lice pour les Oscars

Lisa est une dramaturge allemande qui a abandonné ses ambitions artistiques pour suivre son mari en Suisse et se consacrer à sa famille. Lorsque son frère jumeau Sven, célèbre acteur de théâtre berlinois, tombe malade, Lisa remue ciel et terre pour le faire remonter sur scène. Cette intense relation fraternelle renvoie Lisa à ses aspirations profondes et ravive en elle son désir de créer, de se sentir vivante.

Petite sœur

 

Parce qu’il est né quelques minutes  plus tôt, Sven a décrété que Lisa était sa petite sœur. Or c’est bien elle qui va le porter telle une mère, une amante, avec sollicitude et même abnégation quand il est atteint de leucémie

 

La séquence d’ouverture en milieu hospitalier - transfusion de sang, parois transparentes, jeux de miroirs, circulation donneur (Lisa) receveur (Sven), opposition entre un milieu aseptisé, au blanc neigeux aux couleurs neutres et le rouge du sang-, donne le ton

 

Nés du même sang, les jumeaux sont liés à jamais dans la vie, dans la mort ! Un amour fraternel fusionnel qui se nourrit de la volonté de créer (écrire pour Lisa, jouer pour Sven) et de la mythique quête de Hansel et Gretel (c’est d’ailleurs sur une nouvelle version de ce conte écrite et récitée simultanément par les jumeaux, que se clôt le film de Véronique Reymond et Stéphanie Chuat ; quand l’aurore a succédé à la nuit et que le bac à sable est devenu labyrinthe)

 

Le film est structuré par des mouvements de va-et-vient qui lui assurent son tempo : alternances entre la Schaubühne de Berlin et l’air chic et pur de Leysin, entre l’appartement et l’hôpital, entre la mère fantasque (Marthe Keller) et le mari opportuniste et matérialiste (Jens Albinus), entre la pulsion de vie et la maladie, entre l’espoir et de douloureux constats (le mari de Lisa refuse un acharnement frappé d’inanité « tu sais bien que Sven va mourir »). De même qu’il est traversé d' effets  spéculaires  (comme illustration de la gémellité ?) dont la polysémie du terme "théâtre" et les "jeux de miroirs" 

C’est le corps - gisant sur le lit d’hôpital ou recroquevillé dans une position fœtale- le corps et ses diverses expressions -frémissement de la peau, désir de la chair ou étiolement, parole et diction – qui, lieu du  "vivre humain", est bien la "scène" de tout ce qui s’éprouve. Si la maladie de Sven dicte le comportement des protagonistes, les cinéastes s’attachent aussi à la  "peinture" du milieu  "théâtreux"  (un metteur en scène, Thomas Ostermeier y interprète  son propre rôle, refusant de faire jouer un grand acteur malade pour ne pas renouveler l’expérience de Molière....,  des acteurs en répétition contestant les choix d’interprétation qu’on leur impose) et surtout à ce  "théâtre de la vie" , celui des relations humaines.

 

Un film animé  par l’énergie de la Création à tout prix et la passion du théâtre (Sven avec ses perruques, sa gestique de Pierrot lunaire, sa diction, veut affronter avec  "panache"  les épreuves. Lisa sait qu’un acteur sans désir est un acteur mort) La culture comme  élixir de la Vie!

Un film  "solaire"  sur l’amour fraternel porté par la talentueuse Nina Hoss

Un film que je vous recommande (même s’il manque un  " je ne sais quoi"  ….).

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 07:07

Long métrage d'animation réalisé par Florence Miailhe 2020 (France Allemagne République tchèque)

scénario et dialogues Marie Desplechin et Florence Miailhe 

 

Mention du Jury festival d'animation Annecy 2021

Un village pillé, une famille en fuite et deux enfants perdus sur les routes de l’exil... Kyona et Adriel tentent d’échapper à ceux qui les traquent pour rejoindre un pays au régime plus clément. Au cours d’un voyage initiatique qui les mènera de l’enfance à l’adolescence, ils traverseront de multiples épreuves, à la fois fantastiques et bien réelles pour atteindre leur destination

La traversée

Le film s'ouvre sur un plan de l'atelier de la réalisatrice.  « Toute ma vie j’ai dessiné ».

Un cahier de dessins reconstitués comme fil narratif ? Fil qui assemble unifie ou juxtapose (avec la voix off de Florence Miailhe) passé et présent, réalité et fiction, immersion et distanciation. L’animation comme prolongement du souvenir ? La réalisatrice dit en effet s’être inspirée de l’histoire de ses grands-parents, juifs ukrainiens fuyant les pogroms, de sa mère -peintre- fuyant le nazisme avec son frère (elle leur rend hommage dans le générique de fin).

Périple mémoriel donc. Mais en reliant cette histoire aux déplacements de population actuels, Florence Miailhe « raconte la permanence de l’histoire des migrations 

 

Couple chagallien (cf l'affiche) univers aux couleurs du fauvisme, forêt magique, vagues puissantes aux stries expressionnistes, la traversée, film de peinture animée -sur plaque de verre directement sur caméra-,  évoque le parcours de deux jeunes exilés, Kyona  et  Adriel, migrant  dans une Europe imaginaire

 

Alors que les épreuves endurées par le frère et la sœur, sont souvent traumatisantes, la réalisatrice ne verse jamais dans le misérabilisme. Le sordide est tempéré par le refus du manichéisme, (« la vie, c’est gris. Si tu veux t’en sortir, il faudra que tu arrives à voir en gris » recommande la patronne du cirque ! ), par l’humour, l’ironie, (cf la riche famille d’accueil corsetée dans ses principes de formatage à tout prix, évoluant dans une maison au rouge criard, rouge sang des ogres prédateurs qui contrastera avec le noir des costumes standardisés des invités, un noir satanique). Un trait -qui emprunterait plutôt au dessin ou à la gravure-, la valse des couleurs (de l’ocre au gris-vert en passant par le rouge sanglant et le blanc;  couleurs en harmonie avec la tonalité de chacune des  étapes ), les brouillages et métamorphoses des paysages, la récurrence du passage des volatiles (pie tutélaire) et  de la thématique de la liberté (perroquets aux couleurs chamarrées délivrés des barreaux captifs, capes des "enfants voleurs" métamorphosées en ailes, trapéziste qui prend son envol)  la connivence avec les animaux, tout cela atténue -mais sans le dénaturer- le tragique du parcours des deux orphelins (victimes entre autres de trafic d’enfants)

La longue marche de ces naufragés des routes est aussi un voyage initiatique : c’est le passage de l’enfance à l’adolescence : on retiendra cette scène à la fois onirique et réaliste où Kyona se découvre nubile)

 

Un conte intemporel, certes mais  ancré dans le réel! la réalisatrice souhaite que "les spectateurs puissent se reconnaître dans l’histoire, qu’ils puissent y trouver leur passé, celui de leurs parents, de leurs grands-parents. Ce n’est pas nouveau ces migrations, elles font partie de l’histoire de l’humanité. Ce film rassemble vraiment toutes ces épopées qui vont de Moïse à nos jours »

 

Un  bémol toutefois : le systématisme du schéma narratif et  celui plus tendancieux de l'universalisme 

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 12:15

Documentaire réalisé par Flore Vasseur (France 2020)

 

Présenté à Cannes le 10 juillet 2021 (section  éphémère  "Le cinéma pour le climat" )

Un film sur le pouvoir de rébellion de la nouvelle génération face aux injustices d'un monde en train de s'effondrer...

Bigger than us

 

Ce documentaire à valeur de manifeste et traité telle une Odyssée ne peut que  "séduire".

Une foi sincère inébranlable, une détermination à toute épreuve animent ces 7 « jeunes » qui œuvrent en différents endroits de la planète (Indonésie Liban USA Malawi Brésil Ouganda Grèce) non seulement contre la pollution mais aussi et surtout pour les droits humains, l’accès à l’éducation et/ou l’alimentation, la justice sociale.

Melati, 18 ans (au moment du tournage) est notre fil d’Ariane. Originaire d’Indonésie elle a milité très jeune contre la pollution plastique qui ravage son pays. Avec sa sœur elle a mobilisé des milliers d’enfants et de touristes et obtenu par décret l’interdiction de la vente et de la distribution de sacs, d’emballages et de pailles en plastique sur leur île. Elle croit au pouvoir de sa génération et c’est elle qui part à la rencontre de jeunes engagés pour la planète, c’est elle qui interviewe les 6 autres protagonistes sous l’œil bienveillant de la documentariste Flore Vasseur

Bigger than us obéit à une structure assez (trop peut-être) classique : un prologue, 7 séquences (chacune correspondant à un « acteur » sur son lieu d’intervention); le raccord est assuré par les propos de Melati ; puis un bilan conclusif à valeur de « chœur ». Au début de chacune des séquences, des encarts (chiffres du HCR ou d’autres organismes par exemple) qui insistent sur les inégalités sociales criantes, sur des choix mortifères pour la planète, sur les profits éhontés de certains spéculant sur la misère des autres. Le « personnage » va s’exprimer en frontal -quand il n’est pas héroïsé par des plans en légère contre plongée, isolé sur un promontoire qui surplombe son environnement…- puis la caméra nous immerge dans son « action »  In situ. (Mohamed réfugié syrien au Liban parmi ses écoliers, Mary Finn portant secours aux migrants arrivant des côtes de Turquie sur des canots de fortune…).

Ainsi le spectateur tout en partageant l’expérience de chacun et témoin de  toutes les initiatives pour améliorer les situations,  est confronté  aux dérives des systèmes « politico-économiques ».....

 

Or n’est-ce pas le but recherché : provoquer une prise de conscience, inciter à se mobiliser afin d’agir collectivement ?

Ce documentaire -authentique leçon d’engagement et de respect  pour la planète et pour autrui-, engagement pour "plus grand que soi",  aura-t-il convaincu ?

à vous de juger

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 00:37

 

Court métrage de Clément Cogitore (Allemagne France 2011)

 

Sélectionné en 2011 festival de Cannes Quinzaine des réalisateurs 

 

Présenté dans le cadre de la 15ème édition du   festival Corsica.doc - du  8 au 13 octobre 2021 à Ajaccio-

.  ( le site de Corsica.Doc)

 

 

Reclus dans leur appartement de Moscou, Ely et Nina Bielutine veillent jalousement sur l’une des plus importantes et mystérieuses collections d’art de la Renaissance. Entourés de leur corbeau, de leurs chats et sous l’œil de Léonard, Titien, Michel-Ange et Rubens, Ely et Nina évoluent dans une fiction, un monde qui n’existe que pour eux, un monde où l’art et le mensonge ont peu à peu pris le pas sur la réalité.

 
Bielutine , dans le jardin du temps

 

 "Ce documentaire de Clément Cogitore, un réalisateur-vidéaste souvent remarqué sur Mediapart, qui revisita une scène des Indes galantes de Rameau (« La Danse du grand calumet de la paix exécutée par les sauvages ») avec une troupe de danseurs de krump, avant de se voir confier la mise en scène de l’opéra-ballet en 2019. Quelques années auparavant, pour Bielutine, dans le jardin du temps, Clément Gogitore s’est posé dans l’appartement d’un couple moscovite. Ely Bielutin, peintre et fondateur de l’académie artistique The New Reality, et son épouse Nina Moleva, historienne et critique d’art, vivent reclus chez eux entourés de leur corbeau, leurs chats, leurs peluches, et des toiles et sculptures attribuées aux plus grands noms de la Renaissance (Rubens, Murillo, Titien, Le Greco, Vinci...). Une collection aux origines mystérieuses, jamais expertisée, ainsi que l’a raconté L’ExpressMais là, autour d’une table éclairée à la bougie et d’un repas bien arrosé à la vodka, la magie du regard opère et qu’importe si les histoires sont un peu extravagantes et les hôtes fantasques, nous voilà au XVIIIsiècle" (LE FESTIVAL CORSICA DOC & MEDIAPART)

 

"C’est dans un appartement moscovite éclairé à la bougie que le rêve éveillé opère. Évoquant un certain tea-time carrollien, l’univers merveilleux du couple Bielutine s’expose dans l’œil de la caméra au travers d’un clair-obscur rappelant étrangement la lumière de certaines toiles de maîtres accrochées aux murs. On glisse dans ce film comme dans un conte fantastique avant l’endormissement : qu’importe qu’il n’y ait que pure fantaisie ou certaines vérités chez ce couple déchu, laissons-nous bercer par cette comédie humaine. 
Clément Cogitore a présenté ce projet au FIDLab 2010, et est actuellement en compétition au FID avec son époustouflant thriller documentaire "Braguino"… à ne pas manquer ! 
Aurélien Marsais Coordinateur des États généraux du film documentaire - Lussas

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28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 05:40

Documentaire réalisé par Gianfranco Rosi (Italie France Allemagne 2020)

 

  • Mostra de Venise 2020 - Prix UNICEF & Prix du Meilleur film italien 
  • Clôture du Festival du film italien d'Annecy 2020
  • Festival du film de La Rochelle 2021
  • Représentant de l'Italie aux Oscars 2021

De combien de douleurs, de combien de vies se compose l’existence au Moyen-Orient ? Notturno a été tourné au cours des trois dernières années le long des frontières de l’Irak, du Kurdistan, de la Syrie et du Liban ; tout autour, des signes de violence et de destruction, et au premier plan l’humanité qui se réveille chaque jour d’une nuit qui paraît infinie.

 

Notturno

 

UN FILM DE LUMIERE SUR L'OBSCURITE DE LA GUERRE

 

Cadrages et sur cadrages, jeux des lumières et des ombres, plans fixes et plans séquences, beautés crépusculaires et aurorales, prairies en aplats, rivières ou fleuves serpentant tels des pinceaux, embrasements et embourbements, sentinelles qui se détachent, silhouettes immobiles sur une ligne de démarcation, immeubles éventrés filmés en légère contre-plongée. Le  film Notturno est d'une rare beauté, une beauté sidérante qui se marie à l'humain aux confins d'un réel revisité!

Des personnages souvent mutiques saisis dans des instants de leur quotidienneté ;  quelques paroles arrachées à la douleur (enfants commentant leurs dessins d’après la catastrophe, mère éplorée qui de sa main palpe sur le mur de la prison « vide », la présence de l’absent)

Un groupe de militaires entre dans le champ de la caméra, compacité indistincte bleue sur fond bleu, bruits de bottes, cliquetis, silence puis un autre groupe quasi identique au premier, silence, puis un autre … Séquence suivante : une théorie de femmes drapées dans la souffrance, à l’intérieur de la forteresse/prison vide, théâtre des tortures et de la mort ; une lamentation une main qui devine la présence absente du torturé, du disparu, le cri de la douleur. Ces deux séquences d’ouverture ne sont-elles pas plus éloquentes dans leur sobriété même et leur puissance suggestive que n’importe quelle dénonciation de la guerre, de sa cruauté mortifère ?

 

Notturno est un documentaire choral : voici un chasseur avec sa mob (cf affiche) et son canoé à la recherche de proies nocturnes non loin de champs pétrolifères qui embrasent le ciel de leurs flammes , voici une troupe de théâtre qui répète dans un hôpital psychiatrique irakien sous l’égide d’un médecin, voici des militaires kurdes, des femmes/soldates ou encore une famille nombreuse monoparentale dont le fils aîné aide des chasseurs ou des pêcheurs, pour gagner sa vie, nourrir les siens, voici des enfants yézidis victimes des islamistes commentant les dessins de leurs traumas etc. Nous les verrons – du moins certains-, à intervalles réguliers. 

Ils ne se connaissent pas

C’est le montage qui les unit dans leur profonde humanité.

 

90% du travail a consisté en une période d’apprivoisement déclare le documentariste (dossier de presse)  Ce n’est qu’à la fin de cette phase que je sens qu’il est temps de sortir la caméra….Je leur laisse une liberté de mouvement totale. J’essaie plutôt de saisir leur dynamique interne. Je ne pose pas de questions pour ne pas altérer leur comportement. Je ne fais pas d’interviews

De même Gianfranco Rosi  explique avoir voulu « gommer la perception des frontières : il n'y aura pas de voix off explicative -ce qui gênera peut-être  certains spectateurs!!

 

 

Evitons les faux procès!  La beauté plastique, l’exigence formelle ne peuvent faire bon ménage avec la laideur du réel décrètent certains,  "poétiser le chaos" serait  une hérésie…Et pourtant un tel parti pris -esthétique et non esthétisant- dévoile (ou suggère) bien plus la "sordidité", que des photos et/ou des documentaires de guerre dégoulinant.e.s de sang et pourtant bien « léché.e.s » -lumière gros plans répartition dans l’espace etc.- dont se repaissent certains hebdomadaires ou la plupart des chaînes  TV et qui trop souvent font du regardeur un voyeur !

 

NOTTURNO UN  CHEF D’ŒUVRE !!

 

 

Colette Lallement Duchoze

 

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