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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 11:52

De Lucas Belvaux

Avec Emilie Dequenne, André Dussollier, Guillaume Gouix 

 

 

 

"Pauline, infirmière à domicile, entre Lens et Lille, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père ancien métallurgiste. Dévouée et généreuse, tous ses patients l'aiment et comptent sur elle.
Profitant de sa popularité, les dirigeants d’un parti extrémiste vont lui proposer d’être leur candidate aux prochaines municipales."

Chez Nous
En sortant du cinéma on a envie de serrer dans nos bras le réalisateur de Chez nous, et de le remercier pour sa belle œuvre utile !
L’intelligence de Lucas Belvaux est d’avoir démontré de manière franche, crédible, fine et bien documentée,  que le fascisme n’est pas mort, qu’il sait depuis les années 1920 se transformer , adopter plusieurs discours, être double, voire triple, se parer des masques de la bienséance (le costume cravate, le bon médecin, la jeune femme blonde à l’air si normal...) ou de la violence (le treillis, crâne rasé et matraque).
 
Le FN gagne du terrain depuis son changement de stratégie mais comme le dit le respecté médecin d’extrême droite interprété par Dussollier : ce n’est pas parce qu’on change de stratégie qu’on change d’objectif. Le spectateur pourra se rendre compte que les valeurs non plus ne changent pas. Le fascisme est intrinsèquement porteur de haine, de racisme, et anti-social malgré son discours racoleur, trompeur. La perversité des dirigeants de ce parti tient dans la manipulation qu’il fait des pauvres gens ordinaires pour les faire retomber dans un grand malheur.
 
Le film est admirable sur ce point car rien n’est téléphoné, on glisse petit à petit dans ce mélange de chantage affectif, de constats amers de la réalité (pas d’angélisme des victimes chez Belvaux) où une jeune mère célibataire gentille, ordinaire, est manipulée avec mépris, adroitement.
Il faut savoir que 400 élus du FN ont démissionné avant la fin de leur mandat depuis les dernières municipales (dixit L. Belvaux à l’émission 28 minutes d’Arte).
Point n’est besoin pour être maire de connaître le programme qu’on est censé appliquer, c’est l’image qui importe, car derrière les gestionnaires ou politiques avisés veillent.
 
 
Du grand cinéma à la Costas Gavras où la fiction rejoint la réalité, la met en relief, avec du rythme, des dialogues justes et bien dits. On est loin du téléfilm militant qui agace parfois. Chez nous est un vrai film, engagé, qui nous captive, nous terrorise, nous parle et nous fait découvrir ce qui est dans le ventre de la bête immonde.
 
Courez voir ce film génial, courageux, et dites à vos amis de faire de même, c’est une question de salubrité publique.
 
Serge Diaz
Chez Nous
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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 17:48

 

Dans la Pologne d’après-guerre, le célèbre peintre Władysław Strzemiński, figure majeure de l’avant-garde, enseigne à l’École Nationale des Beaux Arts de Łódź. Il est considéré par ses étudiants comme le grand maître de la peinture moderne mais les autorités communistes ne partagent pas cet avis....

Les fleurs bleues

C’est en extérieur et dans l’illumination d’une joie partagée que les étudiants après avoir dévalé une pente herbue sont à même d’écouter les leçons du maître, et sa théorie de la vision et de l'unisme. C’est la scène d’ouverture, la seule baignée de lumière car la plupart des séquences seront traitées en couleurs plus ternes, verdâtres ou gris sombre

 

D’immenses drapeaux rouges à l’effigie de Staline ont envahi la façade ; pour retrouver, de son atelier, la lumière du jour, le peintre les lacère….Annonce d’une " ère nouvelle " (pour le peuple polonais) et prémices d'une lente agonie (pour le peintre Wladyslaw Strzeminski; lui qui fut le compagnon de Kandinsky et de Malevitch, lui qui a créé le Musée d’art de Lodz, lui qui mutilé de la première guerre mondiale, a surmonté son handicap et qui par son intransigeance a consacré toute sa vie à l’art, au détriment d’ailleurs de sa vie privée)

 

Dans la salle "néoplasticismedes sbires du nouveau pouvoir meurtrissent déchirent saccagent tous les tableaux ; le sol n’est plus qu’un amas de tessons et de lambeaux. C’est qu’il faut promouvoir le " réalisme socialiste " en peinture !

 

Andrzej Wajda (disparu en octobre 2016) évoque dans ce film à la beauté crépusculaire les dernières années de la vie du peintre qui, par conviction, a refusé de pactiser avec le nouveau régime ; lequel, en le privant de TOUT (le spectateur suivra toutes  les étapes depuis son licenciement jusqu’à sa  mort ) cherche à l’asphyxier (sens propre et figuré)

Quatre années (1948-1952) de misère et de déchéance, et en parallèle la mise en place d’une dictature..

La création face au pouvoir liberticide!

 

Vêtue d’un manteau rouge, Nika, la fille accompagne, seule, sa mère défunte jusqu'à sa "dernière demeure" ; suite aux remontrances de passantes elle " retourne " son vêtement…la doublure noire est plus seyante en de telles circonstances !

 

Blanches, les fleurs vont se teinter en bleu; et le peintre les dépose -ultime hommage-  sur la tombe enneigée  de son épouse (une scène muette à la composition très picturale) 

 

Sur un lit d’hôpital, un drap blanc, c’est la relique du père sur laquelle vient se recueillir sa fille

Une minute d’éternité !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 03:59

XII FESTIVAL DU FILM D'EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE

Du 3 au 12 Mars 2017

ARIEL Place Colbert  Mont Saint Aignan

OMNIA 28 Rue de la République Rouen

KINEPOLIS  Centre Commercial Saint-Sever Rouen

 

Festival à l'Est du Nouveau (3 -12/ 03/2017)

Le programme est disponible sur le site 

 

http://www.alest.org/fr/a-lest-nouveau/

 

programme A l’Est du Nouveau 2017

 

 

film d'ouverture le vendredi 3 Mars 19h30 à l'Omnia "Roues libres" de Attila Till (Hongrie)

 

film de clôture le samedi 11 Mars 19h30 Kinépolis "the teacher" de Jan Hrebejk (Slovaquie, République tchèque) 

 

8 films en compétition,

4 films section fokus (thème : héroïnes de cinéma, devant et derrière la caméra)

4 films section jeune public "kluk

4 films section "à l'est dans le monde"

2 films de Roy Andersson (carte blanche à Istivan Borbas directeur de la photographie de ces films)

4 courts métrages (sélection proposée par le festival O!PLA en Pologne

7 courts métrages (courtivore à l'Est)

 et  projections spéciales

mardi 28 février 18h30

 à la Maison de l'Architecture 48 Rue Victor Hugo

projection du film documentaire Santier in Lucru - qui évoque l'architecture et l'urbanisme de  trois villes roumaines

Festival à l'Est du Nouveau (3 -12/ 03/2017)

vendredi 3 Mars à 17h30

Rencontre à l'Armitière (66 rue Jeanne d'Arc) avec Dominique Fernandez, académicien, prix Medicis 1974 (Porporino ou les mystères  de Naples

L'entretien portera sur un des thèmes de prédilection de cet auteur: son amour pour les pays de l'Europe orientale à travers ses ouvrages "le Transsibérien, La perle et le croissant, On a sauvé le monde...

 

dimanche 5 mars 11h

Brunch documentaire (Omnia et La rose des vents) André Villers film de Markéta Tomanova, documentaire   (France, République Tchèque)

 

CONCERTS

samedi 4 Mars 22h sur la Lutèce NÜMI (entrée gratuite)

mercredi 8 Mars 21h30 au Barouf 11 bis Rue de Fontenelle  TÔHM ( 4 €)

vendredi 10 Mars 21h30 Ariel BAD KARMA BOY (billet couplé remise des prix + concert)

 

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 08:29

De Jeff Nichols

Avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Marton Csokas

Présenté en Compétition Officielle au festival de Cannes

Argument: "Mildred et Richard Loving s'aiment et décident de se marier. Rien de plus naturel – sauf qu'il est blanc et qu'elle est noire dans l'Amérique ségrégationniste de 1958. L'État de Virginie où les Loving ont décidé de s'installer les poursuit en justice : le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu'il quitte l'État. Considérant qu'il s'agit d'une violation de leurs droits civiques, Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux. Ils iront jusqu'à la Cour Suprême qui, en 1967, casse la décision de la Virginie. Désormais, l'arrêt "Loving v. Virginia" symbolise le droit de s'aimer pour tous, sans aucune distinction d'origine"

Loving

Encensé par la critique mais revenu bredouille du festival de Cannes, ce film bardé de bonnes intentions (salutaires bien évidemment puisque l’histoire du couple Loving a influé positivement sur la législation américaine) n’évite pas certains pièges-clichés.

Et d’abord la scène récurrente où l’on voit Richard Loving (Joel Edgerton) en ouvrier du bâtiment; certes c’est son gagne-pain et il l’exerce comme un tâcheron mais les connotations sont aussi lourdes que ces parpaings qu’il scelle (construire un avenir à deux, dans une maison; ce que disent en outre et en écho les promesses initiales et leur concrétisation à la fin)

Elle, vue souvent de dos dans l’accomplissement des tâches domestiques (laver la vaisselle dans l’évier)….

Les deux personnages (héros malgré eux) sont présentés tels des icônes de vertu et de persévérance dans leur simplicité et leur pudeur (même si leur évolution va diverger : lui frisera la paranoïa se croyant toujours menacé, elle, d’abord soumise, incite à poursuivre des démarches dont elle espère une issue heureuse) Une foi quasi mystique en l’amour!

Des longueurs inutiles : le spectateur est " prévenu " dès le début. En effet le film s’ouvre sur un gros plan fixe sur le visage de Mildred puis sur celui de Richard ; le cadre s’élargit : ils sont assis sur un muret ...(plus de 30s pour exprimer l’indéfectibilité de l’amour?)

Ajoutons ce " mariage " entre soleil et mythe rural d’une certaine Amérique avec cet horizon bien au-delà des champs que vient caresser le vent. "Croupir" à la ville sera d’autant plus insupportable pour " Brindille " et ses trois enfants

 

Cela étant, l’interprétation des deux acteurs frappe par sa justesse : lui (Joel Edgerton) en bloc quasi mutique, elle (Ruth Negga) toute en nuances (il lui suffit d’un regard, d’un battement de cils ou d’un sourire pour exprimer un sentiment, une émotion)

 

Avant le générique de fin, une photo d’archives montre le " vrai " couple sur un canapé -lui lové tel un enfant sur les cuisses de sa femme, une piéta  qui fume (Jeff Nichols s’inspire de ce cliché dans son film -la photo est censée être prise à l’insu du couple, par le journaliste de Life magazine- mais le réalisateur a gommé la présence du  tabac….)

 

Colette Lallement-Duchoze

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 08:26

Argument 

"Tom et son grand frère Benjamin partent en Suède retrouver leur père pour les vacances d'été. Tom appréhende les retrouvailles avec cet homme étrange et solitaire. Le père, lui, semble convaincu que Tom a le don de voir des choses que les autres ne voient pas.
Quand il leur propose d'aller vers le Nord pour passer quelques jours dans une cabane au bord d’un lac, les enfants sont ravis. Mais l'endroit est très isolé, au milieu d'une immense forêt qui exacerbe les peurs de Tom. Et plus les jours passent, moins le père semble envisager leur retour"

Dans la forêt

Est-ce la réalisation d’un "pressentiment"? (celui qu'éprouvait Tom avant son départ,  face à sa pédopsychiatre? et dans ce prologue elle lui "apprend" la nuance sémantique entre "appréhension" et "pressentiment"... ). Est-ce la concrétisation de peurs enfantines –que l’isolement et la vastitude de la forêt alimentent? S’agit-il d’un voyage initiatique qui fait passer de l’enfance à l’adolescence en "tuant" symboliquement le père?

 

Le nouveau film de Gilles Marchand est peut-être tout cela à la fois. On connaît le goût de ce scénariste (Harry un ami qui vous veut du bien) et réalisateur (Qui a tué Bambi) pour l’étrange.

Mais l’étrangeté reste toujours en-deçà de l’horreur et du fantastique. Même quand apparaît le " Diable " (au visage déformé à la Bacon) -une vision qu’accompagne une musique sur-dimensionnée- si elle effraie dans un premier temps le jeune Tom, elle sera progressivement " apprivoisée " (et la déforestation ne marque-t-elle pas  la fin du "cauchemar")

 

Une  tension sourde qui rend captif à la fois le personnage de fiction et le spectateur parcourt le film. Tension et surtout pas " peur viscérale "

 

Panthéisme de la nature -et la forêt est admirablement filmée : surplombs, plans larges, plans serrés qui enferment emprisonnent-,  folie d’un père "patriarche"- mais plus il devient "monstrueux " plus son joug se desserre -(rébellion de l’aîné, étrange indifférence du benjamin), connexion entre " nature et surnaturel ",  n’est-ce pas ce qui au final fait la spécificité de ce film ?

Film qui, il convient de le répéter, n'a rien de "glauque" , film qui ne prétend pas faire un remake de Shining. Tout   au plus - et s'il fallait  à tout prix établir des "comparaisons",  la séquence dans laquelle le père tel un forcené tire sa barque dans les sentes tortueuses de la forêt pourrait-elle faire penser à Fritzcarraldo de W Herzog...-pour la forme plus que pour le contenu d'ailleurs! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 06:31

Documentaire réalisé et commenté par Thierry Frémaux

Argument:

"En 1895, les frères Lumière inventent le Cinématographe et tournent parmi les tout-premiers films de l’histoire du cinéma. Mise en scène, travelling, trucage ou remake, ils inventent aussi l’art de filmer. Chefs-d’œuvre mondialement célèbres ou pépites méconnues, une centaine de films restaurés composent ce retour aux origines du cinéma. Ces images inoubliables sont un regard unique sur la France et le monde qui s’ouvrent au 20e siècle."

Lumière! L'aventure commence

Vite vite!

Surtout ne pas rater  ce documentaire!

Une compilation de 108 films réalisés par les frères Lumière (d'une durée moyenne de  50 secondes) répartis par thèmes et que "l'infatigable" Thierry Frémaux (délégué général du Festival de Cannes et directeur de l'Institut Lumière de Lyon) commente en  off  (en alternant analyse et anecdote...)

 

Tout cela accompagné par la musique de Camille Saint-Saëns - qui fut contemporain des Lumière

 

Un régal (et pas seulement pour cinéphiles!!)

 

Elisabeth

 

 

 

Un régal oui avec quelques bémols toutefois: le découpage "artificiel" en 11 thèmes et le commentaire trop "directif" ("regardez bien.. sur la droite" "et vous allez voir") ou répétitif (une merveille de profondeur de champ, un cadrage merveilleux, etc..) 

Et tant pis pour ces spectateurs toujours pressés...qui ne regardent jamais le générique de fin...ils n'auront pas vu le dernier plan où apparaît Martin Scorsese au moment de la reconstitution du "premier film" des frères Lumière "sortie d'usine" !!! 

Colette 21/02/2017

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 05:33

Documentaire réalisé par Claire Simon

prix du meilleur documentaire cinéma Biennale de Venise 2016

Argument:  C'est le jour du concours les aspirants cinéastes franchissent le lourd portail de la Fémis pour la première et peut-être la dernière fois. Chacun rêve de cinéma mais aussi de réussite. Tous les espoirs sont permis, toutes les angoisses aussi. Les jeunes rêvent et doutent; les jurés s'interrogent et cherchent leurs héritiers...de l'arrivée des candidats aux délibérations des jurés, le documentaire explore la confrontation entre deux générations et le difficile parcours qu'organisent nos sociétés contemporaines...

 

Le Concours

Il y a concours et concours.

Celui de la Fémis semble basé sur des critères flous, tout du moins d’après ce qui est montré à l’oral.

Théâtre, séduction, subjectivité, tout se mélange et on perçoit les injustices possibles d’une telle sélection puisque sur 1250 candidats qui se présentent seuls 60  élus seront autorisés à entrer dans la prestigieuse école.

Le spectateur est le voyeur de ce jeu entre le jeune qui met en jeu son avenir et le juré qui a un pouvoir sur la vie des autres.

On aurait aimé un peu plus d’éléments factuels pour compléter le tableau…

Combien coûtent les frais d’inscription ? à combien revient, pour les candidats retenus, chaque année d’étude ? Quelle est sa durée ? Quelle est l’origine sociale des élèves et la moyenne d’âge ?

Claire Simon a-t-elle choisi volontairement de ne pas mentionner ces notions déterminantes à destination du grand public ou a t-elle simplement préféré opter pour les clins d’œil de l’entre soi ?

Malgré le plaisir à visionner ce film, on reste surpris par le traitement impressionniste du sujet !

 

Serge Diaz

 

Comment on reproduit un système social et culturel, comment on contribue à faire perdurer la " méritocratie " républicaine par une sélection -souvent impitoyable- n’est-ce pas la démarche de Claire Simon dans ce documentaire ?

Quand Laetitia Masson (réalisatrice et membre d’un jury) affirme -pour éliminer un candidat - j’ai peur pour lui au cas où il entrerait à la Fémis, Christine Dewynter (monteuse, membre du même jury) réagit avec violence ; on était bien dans un cas de figure " exemplaire " : les jurés vont élire les héritiers d’un système qui les a eux-mêmes produits….et la réaction virulente de la monteuse résonne comme une exception " confirmant la règle "….

Colette 16/02/2017

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 07:11

Premier documentaire réalisé par Anne-Dauphine Julliand

 

"Les enfants Ambre Camille Charles Imad Tugdual ont été sélectionnés par des associations prenant en charge des enfants malades, des réseaux de soignants de soins palliatifs, des équipes paramédicales . Le tournage a été réalisé avec  une seule caméra, afin que les enfants puissent savoir à tout moment comment ils sont filmés"

Et les mistrals gagnants

"Quand on est malade ça n’empêche pas d’être heureux"

"Mes deux yeux n’ont plus la même couleur c’est à cause de la chimio"

"Quand je serai mort je ne serai plus malade"

 

 

Ils ont entre 6 et 9 ans ; tous atteints de maladies très graves, ils suivent des traitements lourds (certains ne survivront pas…ainsi le petit Camille celui de la famille et demi…décédé un peu après le tournage)  Mais quelle énergie, quelle vitalité et surtout quelle lucidité ! (le regard sur la maladie, son appropriation et sa " verbalisation " quasi scientifique d’une précision étonnamment clinique) Alors que la souffrance se lit sur le visage de certains (surtout après le traitement) , alors que le corps de petit bout de chou est encombré de tout l’attirail de "survie" ou qu’il est corseté et se dodeline avec plus ou moins d’aisance ! (Charles et sa maladie incurable de la peau, lui le grand brûlé à vie...et ses pansements et manchons qui lui momifient tout le corps ; le petit Imad un jour "craque" et pleure sur la poitrine de sa mère qui le prépare pour une dialyse ....mais... quelques minutes après il lui reprochera d'avoir trop salé la nourriture!  )

 

Ainsi, la réalisatrice a suivi patiemment 5 gamins en différents lieux (Necker, Toulouse, Robert Debré) , elle a enregistré leurs combats quotidiens, elle a su capter leurs rires leur humour et leur détresse. Son documentaire n’est certes pas " original " dans la façon de filmer : une caméra à hauteur d’enfant, alternance intérieur, extérieur, enfants pris isolément ou en groupes, montage parallèle, entrée ou non des adultes dans le cadre, voix intérieure, progression dans la temporalité, etc..

 

Mais il ne peut susciter que l’empathie voire l’admiration ; il ne laisse pas d’autre choix au spectateur (et certains le déploreront). 

Au moins il a su éviter les " écueils " du genre : voyeurisme,  chantage à l’émotion,  indécence

 

Un témoignage bouleversant

Un hymne à la vie

 

Colette Lallement-Duchoze


 

Et les mistrals gagnants
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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 07:22

Argument: 22 novembre 1963 John F Kennedy est assassiné à Dallas. Confrontée à la violence de son deuil, sa veuve, Jacqueline Bouvier Kennedy, First Lady admirée pour son élégance et sa culture, tentera d'en surmonter le traumatisme

Jackie

Non ce n'est pas un biopic comme on se plaît  à le dire ou l'écrire...

Le cinéaste chilien a choisi un moment très court dans la vie de celle qui fut la "first lady": les jours qui ont suivi l'assassinat de son mari et qu'elle est interviewée par un journaliste du magazine Life . "Reine sans couronne qui a perdu à la fois son trône et son mari" elle donnera -en maîtrisant son récit- une certaine image de son époux, contribuera à créer une légende -sur fond d'échos à son histoire personnelle et à l'histoire collective. L'interview est ainsi la scène inaugurale et la matrice du film -une convergence vers de l'apaisé ou de l'inapaisable??

 

Mais une fois de plus -et c'est une belle leçon de "cinéma" pour tous ceux qui affirment péremptoires qu'un film, ou un roman se définit essentiellement par son histoire...-, la force du film de Pablo Larrain est dans le montage et sa façon de filmer: éclatement de la chronologie, enchâssement des épisodes revisités en images réelles ou mentales, ou faussement patinées telles des archives,  images présentes et remémorées tout à la fois; récurrence de certaines scènes -dont celle de la décapotable qui fonce vers l'hôpital alors que Jackie telle une pietà porte le crâne ensanglanté éclaté de son mari-; agencement des images aux couleurs audacieuses -passage du gris terne à des couleurs plus glacées, au rouge sang ou au mordoré; variations des cadres et angles de vue;  musique -celle de la Britannique Mica Levi- qui, obsessionnelle et souvent funèbre et faisant la part belle aux cordes, est en harmonie avec l'intériorité du personnage

 

Intériorité? La caméra de Pablo Larrain pénètre une conscience livrant une psyché contrastée  -nous voyons souvent  Jackie/Natalie Portman  de dos arpentant tel un spectre couloirs et pièces immenses, ou se posant face au tabernacle/miroir sans reflet pour le spectateur. Bien que traumatisée, elle veut gérer, dans la douleur, l'héritage de son mari (entendons l'image qu'elle doit donner de lui et d'elle-même à son pays). C'est un au-delà (ou par-delà) de l'image iconique : elle a vaincu la timidité (quand elle fait visiter la Maison Blanche rénovée par ses soins) elle sait être autoritaire (dicter le protocole des funérailles quitte à défiler seule ou dédier au général De Gaulle un "tank" si tel était son bon vouloir...) voire sarcastique (avec le journaliste du Life ou avec Valenti) Forte et vulnérable à la fois (ce dont témoigne la longue confession en plein air avec le prêtre sur ses intentions suicidaires)

 

J'ai perdu le fil entre réalité et représentation 

Et si tout n'était qu'imago -dont le pouvoir est de représenter, faire apparaître, faire surgir-? La Maison Blanche  ne ressemble-t-elle pas au château Camelot, la résidence légendaire du roi Arthur? Dans le dernier plan voici Jackie qui, de l'intérieur d'une limousine, voit un camion empli de mannequins en faux tailleurs Chanel, alors que la bande-son diffuse un air de la comédie musicale "Camelot" -celle qu'affectionnait le mari défunt....

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 07:01
La La Land

Ce film qui vient de rafler 14 nominations pour les Oscars 2017, enthousiasme certains spectateurs et a conquis une belle partie de la presse critique…

 

Voici une voix dissonante

 

Faut-il rappeler que ce projet fut d’abord refusé et finalement accepté suite au succès de Whiplash ? -ce qui explique la pub racoleuse pour la promotion du film comédie musicale flamboyante réalisée par le cinéaste de Whiplash

 

Le jeune réalisateur Damien Chazelle veut raconter une histoire d’amour à travers une comédie musicale et rendre hommage à ses devanciers. Bien

Mais peut-on appeler comédie musicale un film où la danse est quelque peu absente (hormis le plan-séquence d’ouverture : sur un échangeur d’autoroutes, les capots de voiture se muent en pistes de danse, chaque chauffeur ou passager extrait de sa cylindrée va danser ses rêves aux sons d’autoradios), où les numéros de claquette -en hommage à Stanley Donen - ? sont bien malingres, où les dialogues superficiels n’ont pas la saveur de la quotidienneté des parapluies de Cherbourg (le cinéaste dit vouer une admiration sans réserve à Jacques Demy). Des références si appuyées parfois que ,de facto, elles sont  dénaturées…

La La Land

La simplicité du scénario est conforme aux codes du genre : lui Sebastian (Ryan Gosling) pianiste de jazz épris de Monk, et de Parker recherche la reconnaissance, elle Mia (Emma Stone) rêve d’être une actrice et enchaîne les séances d’audition ; ils se rencontrent ils s’aiment et vont s’inciter mutuellement dans l’accomplissement de leurs " rêves " ; mais...5 ans après, désenchantement : la dernière partie du film qui obéissait jusque-là au calendrier des 4 saisons, sert d’épilogue dont le message frappe par son caractère d’évidence : …tout cela n’est qu’un " miroir aux alouettes " - or ce truisme était déjà inclus dans le titre...

 

Oui, décors en carton-pâte, sucre glace, envolée dans l’espace sidéral des deux amoureux/danseurs en apesanteur, couleurs tapantes (robe ou voitures) etc..etc...

Vous avez dit" comédie flamboyante féerique" ? je répondrai "mise en scène tapageuse"

restera peut-être le thème musical de Justin Hurwitz

 

Colette Lallement-Duchoze

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