De Cyril Aris (Liban 2025)
avec Hassan Akil (Nino) Mounia Akl (Yasmina),
Prix du public au Giornate degli Autori (sélection parallèle de la Mostra de Venise (2025)
Sélectionné pour représenter le Liban dans la section du meilleur film international lors de la 98ème cérémonie des >Oscars
Nino et Yasmina tombent amoureux dans la cour de leur école à Beyrouth, et rêvent à leur vie d'adulte, à un monde merveilleux. 20 ans plus tard, ils se retrouvent par accident et c'est à nouveau l'amour fou, magnétique, incandescent.
Comment aimer dans un pays où tout menace constamment de s’effondrer ? Comment construire un futur heureux quand on a toujours connu la violence et la perte ?
Dès le prologue la coexistence Vie/Mort va encoder le film tout en l'inscrivant dans le conte, la "romance". L’hôpital où naissent à une minute d’intervalle Nino et Yasmina est bombardé -rythme et bande son illustrent cette déflagration par-delà les vagissements et pour la fiction vont sceller le destin de ces deux personnages Oui nous sommes d’emblée propulsés dans un "monde fragile" celui du Liban (Nino et Yasmina seront témoins de toutes les dévastations, qui simultanément façonnent et contrarient leurs projets surtout ceux de Yasmina). Alors que le dernier tronçon de rail a été détruit ce jour-là, le cinéaste va faire d’un wagon désaffecté le lieu de l’évasion (rendez-vous des gamins, puis des adultes devenus) afin d’atteindre cette île (thématique récurrente) havre de quiétude (où reposent les parents de Nino) et idéal inaccessible ( ?)
Un conte romantique qui fait dialoguer sur 30 ans une histoire d’amour avec l’histoire du Liban en mêlant (cf l’oxymore du titre) la réalité d’un pays fracturé par les crises- et sa transcendance de et par l’amour. -quand bien même les "amants" sont dissemblables (en écho voici deux visages de la capitale lumineuse et sombre, somptueuse et sordide) Grâce aux analepses, l’enfance et la pré-adolescence s’en viennent colorer le présent. Un présent encore marqué par des traumatismes -perte ou divorce des parents- et dont la linéarité chronologique n’aurait pu rendre compte. Un présent des "compromis" ou du moins des "choix" toujours renouvelés, à cause précisément de la situation fragile et précaire du Liban (cible entre autres malheurs, des frappes israéliennes, ce dont témoignent des images d’archives) Des scènes "comiques" (on retiendra l’entêtement du chef cuisinier qui revendique ses spécificités italo-libanaises et refuse d’apporter du sel aux convives…) des séquences d’intense sensualité et le recours à l'humour ponctuent le parcours en rompant momentanément avec les "cauchemars" ; momentanément car le contexte impose des choix de rupture ; et la mise en scène d’abord lumineuse et pétillante se fait de plus en plus grave. Gravité relayée il est vrai par l’invention d’une émancipation… .Ô prodige du fantasme!
Tendresse pour les personnages, déclaration d’amour à Beyrouth et au Liban c’est ce que revendiquait le cinéaste pour son premier long métrage
Un pari réussi (malgré parfois un manque de fluidité, et des étirements inutiles )
Colette Lallement-Duchoze
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