De Jonàs Trueba (Espagne 2016)
Avec Itsaso Arana (Manuela) Francesco Carril (Olmo) Candela Recio (Manuela jeune) Pablo Hoyos (Olmo jeune) Aura Garrido (Carla) Rafael Berrio (le père de Manuela)
Musique Rafael Berrio
Madrid. Manuela et Olmo se retrouvent autour d’un verre, après des années. Elle lui tend une lettre qu’il lui a écrite quinze ans auparavant, lorsqu’ils étaient adolescents et vivaient ensemble leur premier amour. Le temps d’une folle nuit, Manuela et Olmo se retrouvent dans un avenir qu’ils s’étaient promis.
Nous avions suivi Eva en août 2019 dans la torpeur madrilène; nous avions vu entendu de micro événements à la Rohmer répondant à l’injonction « venez voir »2022 , avant d’être sollicité pour une urgence -célébrer la séparation entre Ale et Alex après 14 ans de vie commune- dans septembre sans attendre 2024…. Dans La reconquista réalisé en 2015 inédit en France nous retrouvons la même dilection pour les dialogues- qui enchevêtrent références philosophiques, ou littéraires le même goût prononcé pour les plans séquences et plans fixes et le « jeu » sur les temporalités (éphéméride, éclatement de la chronologie , dilution ou resserrement) C’est dire l’importance d’un long métrage qui d’un point de vue purement biographique scelle la rencontre du réalisateur avec l’actrice Itsaso Arana (qui sera sa compagne) et d’un point de vue créatif est une sorte de prélude -il contient l’essentiel des œuvres à venir…
Composé de deux mouvements (cf l'affiche) -une nuit à Madrid et un flashback sur les adolescents de 15 ans -est-ce le souvenir qui s’impose à Olmo quand il sommeille ? mouvements entrecoupés par l’intermède et le rôle de Carla- La Reconquista s’ouvre sur un plan-portrait, plan fixe prolongé sur le visage d’Itsaso Arana qui se détache sur un mur bleu. Un regard une légère moue une attente « je confie mon cœur au futur et j’attends »- (a-t-on pu lire auparavant). Silence (avant la logorrhée…). Une promesse (se retrouver après 15 ans) Au bout de la nuit, aurore insoupçonnée?
Des détails en I -dont certains anodins- acquièrent en densité dans leur confrontation avec le passé ressuscité en II -ainsi les propos d’Olmo -initiateur de la rupture?- seront démentis par le flashback.
Voici les corps des deux trentenaires, séparés dans le parc puis face à face au restaurant chinois côte à côte au concert avant leurs frôlements sur un air de swing et la tentative (avortée) d’un baiser… En parallèle voici les adolescents main dans la main, (balade en extérieur) corps contre corps dans la caresse pudique des attouchements (chambre) et l’ivresse de la première fois
La lettre elle-même écrite par Olmo 15 ans auparavant (dont le spectateur ne connaîtra la genèse et le contenu que dans la deuxième partie ) et que Manuela lors de cette « rencontre » programmée fait lire à son auteur - se pare de fonctions différentes (catalyseur révélateur mode de questionnement) selon qu’elle est lue en silence, en off ou à haute voix mais aussi selon les extraits choisis. C’est au terme d’une troisième lecture par Olmo adulte que le spectateur lui aussi est amené à déchiffrer le sens profond de ces troublants arcanes Et précisément cette « première fois » a-t-elle été sacralisée ou au contraire effritée par les marques du temps ? Carla la compagne (actuelle) d’Olmo dira explicitement l’importance d’un premier amour …
Les deux chansons écrites et interprétées par leur auteur (dans le film Rafael Berrio interprète aussi le père de Manuela) disent ce désir de l’ailleurs tout en insistant sur la solitude de qui serait prisonnier de sa propre mélancolie (à noter ici que la séquence concert propice aux jeux de dédoublement a la délicatesse du film dans le film qu’on avait appréciée d’ailleurs dans septembre sans attendre 2024)
Mais ne pas se méprendre : la reconquête est moins celle de l’amour que celle de la mémoire, du temps (aux accent proustien.et rohmérien à la fois ??)
Un film à ne pas manquer !
Colette Lallement-Duchoze
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