De Alexander Murphy (France Népal 2025)
Avec Jamuna Budha Magar, Anmuna Budha Magar, Anjali Budha Magar, Lachhin Maya Budha Magar (qui jouent leur propre rôle)
Installées à Katmandou, Jamuna et sa sœur Anmuna décident de retourner dans leur village natal, perché dans les hauteurs de l'Himalaya. Elles vont prendre part avec la famille à la périlleuse récolte du yarsagumba, une créature rare, mi-champignon, mi-insecte, aux propriétés aphrodisiaques, dont la valeur dépasse aujourd'hui celle de l'or.
Le film s’ouvre sur un paysage à la sidérante beauté ; un paysage où une brume délicate enveloppe l’espace de monts légèrement bleutés alors qu’on entend un chant local (diffusé comme en écho d’un flanc à l’autre) Est-ce l'Au-delà de Katmandou?
Nous allons suivre le chemin de Jamuna accompagnée de sa sœur cadette, qui les mène de la ville grouillante de bruits d’odeurs, Katmandou, au village de leurs parents ; chemin parcouru en bus, balisé par des encarts (noms des lieux et leur altitude) avant que la famille réunie n’entreprenne un autre périple : la cueillette du yarsagumba à plus de 5000 mètres d’altitude. Un champignon rare mais dont la vente va assurer en partie les études de Jamuna au Japon (elle pourra envoyer de l’argent à ses parents pour qu’ils (sur)vivent dans de "meilleures conditions").
Le film se déploie ainsi sur deux « niveaux » qui s'imbriquent ou se superposent. Si l’humain est au cœur de la démarche du cinéaste (cf entretien Arte « 28 minutes » samedi 21/02) il a trouvé son écrin dans cet environnement : les liens familiaux -insistance sur le sort des femmes, sur la précarité de ceux qui vivent dans les villages, sur l’avenir des "jeunes" - sont aussi inébranlables (voire plus…) que les monts népalais, monts que le cinéaste invite à contempler dans leur somptuosité celle qui s’impose d’emblée au regard, celle que la lumière et l’altitude transforment en majestueuse quiétude ou inquiétante majesté. Le périple -tel un chemin initiatique ou un « calvaire »- (c'est à 4 pattes que l'on peut "voir" le yarsagumba avant de l'extraire avec précaution )- se clôt sur les aveux (Jamuna dira à ses parents tant aimés qu’elle ne reviendra que dans 8 ans et que c’est pour leur bien-être qu’elle s’éloigne momentanément ); de cette vérité le cinéaste montre les "effets" sur la mère (gros plan sur son visage au regard sombre, voix off de Jamuna) et sur la sœur cadette qui ne peut contenir ses pleurs…
Une ascension où les protagonistes filméEs -en groupe ou séparément, silhouettéEs ou en gros plan- semblent soit se détacher du, soit faire corps avec un environnement, grâce au changement d'échelle et de focales; environnement où la rudesse de la survie (évoquée comme hors champ par le père) se déploie dans le mystère -inviolé- d'une sauvage poésie …
Aux spectateurs qui reprocheraient une esthétisation outrancière, osons faire valoir la "spécificité" de ce film : l'alliance duale -parfois duelle- entre ethnographie et poésie,
Oui nous avons assisté à une quête. Oui ce film analyse avec délicatesse les liens qui unissent les 4 sœurs et leurs parents ainsi que le bouleversement "émotionnel" qui précède une séparation .
Oui nous avons été subjugué par la maîtrise d'une caméra qui sait imposer à notre contemplation, la magnificence des paysages l
A NE PAS MANQUER
Colette Lallement-Duchoze
/image%2F1527451%2F20260224%2Fob_5aa752_au-dela-de-k.jpg)