20 février 2026 5 20 /02 /février /2026 05:14

De Kelly Reichardt (USA 2025)

 

avec Josh O’Connor, (JB Mooney) Alana Haim (Terri Mooney) Gaby Hoffmann (Maude) John Magaro, Hope Davis 

 

Compétition officielle Cannes 2025

Massachussetts, 1970. Père de famille en quête d'un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d'œuvres d'art. Avec deux complices, il s'introduit dans un musée et dérobe des tableaux. Mais la réalité le rattrape : écouler les œuvres s’avère compliqué. Traqué, Mooney entame alors une cavale sans retour.

The Mastermind

Un film déroutant ? Certains spectateurs ont été rebutés :  lenteur assumée ? jeu de l’acteur ? burlesque ?  

Le titre The mastermind, s’il ne fait pas référence au jeu de société, serait ironique (par antiphrase), car loin d’être un cerveau voici un "loser"  nonchalant de surcroît (que Josh O’Connor interprète avec aisance !!). Pour mener à bien son projet -dérober des tableaux-, J.B. Mooney  a choisi des "pieds nickelés, genre bras cassés". comme complices Foin du professionnalisme ! On est bien aux antipodes des films de "casse"  (où la minutie de la préparation le dispute à celle de la réalisation !!). C’est que Kelly Reichardt (rappelez-vous Night moves The first cow ou encore Showing up) considérée comme la papesse du ciné indé outre Atlantique s’intéresse avant tout aux  petites gens recalées du rêve américain  Si elle reconstitue le braquage raté du 17 mai 1972 (musée de Worcester 4 tableaux dérobés dont 2 Gauguin, 1 Picasso et 1 Rembrandt) tout en modifiant le butin (4 tableaux d’Arthur Dove 1880-1946) c’est pour "déconstruire" le film de braquage, faire voler en éclats ses codes, réaliser un anti polar, c’est pour s’intéresser à l’humain  et à tout ce qui se cache derrière les apparences plus ou moins doucereuses d’une époque. En l’occurrence ici le contexte des seventies 

La première séquence imposerait une temporalité comme filmée au ralenti : voyez J.B. Mooney contemplant  des œuvres d’art dans le musée local où il se rend en famille; une concentration qui - caméra subjective oblige - change d’objet : le musée manque de surveillance, les gardiens sont assoupis. Un test -ô culot extrême !-, J.B. dérobe un objet qu’il glisse dans le sac de son épouse… et nargue le gardien à la sortie en faisant semblant de lacer ses chaussures.

Le casse (dérober 4 tableaux) sera réussi. La suite beaucoup moins....

Mais la cavale de J.B. permet de parcourir une Amérique profonde qui n’est pas encore gagnée par la  "révolution féministe" . (cf la répartition des tâches domestiques) marquée en revanche par une forme d’ennui qui peut se muer en taedium vitae (cf le pote si content d’être enfin tombé de sa chaise en lisant les exploits de son ami …) Une Amérique qui ne connaît pas le portable ni les caméras de surveillance, qui s’informe au gré d’une chaîne ou d’un journal recueilli chaque matin à la porte de la demeure. Les relations de J.B. avec ses proches -ses parents, ses enfants, son épouse- se prêtent à une forme de chronique dite "familiale"  Et en allant d’un Etat à un autre, en lisant la presse (infos éventuelles sur son "braquage") J.B. est -comme à son insu-  témoin de son temps -: militants hippies manifs autant de signaux d’alerte sur la guerre du Vietnam, ou la présidence Nixon, que la cinéaste ravive…Le personnage quittera l’écran presque abruptement, (sorte de twist à ne pas dévoiler !) lui qui jamais ne s’est immiscé dans l’Histoire, lui qui fut volontairement (?) désengagé – cède in fine la place à la grande Histoire …Non sans un brin d’ironie !

Tout cela rythmé par des notes de jazz - partition signée Rob Mazurek, dite percussive et cuivrée-, par des contrastes sonores délibérés avec l'indolence du protagoniste. Des plans fixes très composés (telles des peintures) orchestrent un mélange assez savoureux de grotesque (cf les grognements du porc qui accompagnent la planque acrobatique) d’humour pince sans rire (la visite des policiers et en écho celle des malfrats) de réalisme décalé (les déplacements de l’épouse, les vomissements des enfants etc...)

Un anti-polar que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

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