Documentaire réalisé par Raoul Peck (2025)
Cannes 2025 Sélection Officielle Cannes première
On plonge dans les derniers mois de la vie d'Orwell et dans son oeuvre visionnaire pour explorer les racines des concepts troublants qu'il a révélés au monde dans son chef-d'oeuvre dystopique: le double discours, le crime par la pensée, la novlangue, le spectre omniprésent de Big Brother.
Une voix off (ton monocorde, sons gutturaux et/ou chauds ) celle d’Eric Ruff qui en jet continu lit des extraits du journal tenu par Orwell ( Eric Blair de son vrai nom est sur l’île de Jura en Ecosse , "un lieu inatteignable" il rédige 1984, il évoque tout autant son mal être physique - tuberculose- sa vie famiiliale sa relation avec le fils adoptif, son passé que les étapes de son écrit ) extraits de ses œuvres aussi.
Une matière très diversifiée : photos d’Orwell bébé, gamin ado et adulte, films de famille, extraits des adaptations filmiques de 1984 dont celle de Radford avec John Hurt , extraits de journaux télévisés, des affiches, des images d’archives couvrant le XX° et le XXI° . Images qui se succèdent à un rythme rapide sans ordre chronologique, images censées illustrer les propos entendus et les thèmes dits "orwelliens" (la novlangue, la manipulation du langage afin de réécrire l’histoire, l’alliance des contraires « la guerre c’est la paix » la liberté c’est l’esclavage)
Ainsi l’histoire très contemporaine des dictateurs occidentaux (et d'autres sur la planète) qui rejoint celle de l’époque de la rédaction (Orwell songeait à Staline) va se mêler à une dynamique biographique : le film s’ouvre et se clôt sur la photo d’Orwell bébé dans les bras de sa « nounou » indienne, dans la chaude confusion du noir et blanc …Et nous serons à l’écoute de ses états d’âme de ses bilans de santé, de sa relation amoureuse; tout en "voyant" défiler comme dans un diaporama des visages en gros plan, des scènes de guerre, des séquences publicitaires, etc. Raoul Peck ajoute des "cartons" aux calligraphies spéciales censés mettre en exergue les "théories orwelliennes" (cf les slogans en lettres capitales big brother is watching you )
Certes il fallait insister sur cette plaie béante du XXI° -guerre en Ukraine conflits Haïti, Afrique -le MO est à peine évoqué, (images de dévastation qui succèdent à celles des villes bombardées pendant la Seconde Guerre mondiale) Trump et Poutine sont abondamment ridiculisés dans leur monomanie dictatoriale ; le propos n’est-il pas de dénoncer les dérives autocratiques à l’aune des réflexions d’Orwell ? et comme la pédagogie consiste à répéter : les vérités qui se sont imposées à l’esprit du lecteur de 1984 ou de la ferme des animaux voici la séquence récurrente du citoyen lambda contraint d’admettre que 2+2=5 - ; terreur et manipulation !
Or tout cela est assez brouillon d’autant qu’il n’y a aucune " aspérité " tout est mis à plat (entendons au même niveau par une forme d’homogénéisation forcée ? en tout cas tendancieuse ! L’œuvre d’Orwell ne saurait gagner en épaisseur ; bien plus on a la fâcheuse impression que toutes ces images qui défilent (bien que sériées par le commentaire off) servent avant tout à glorifier un esprit "visionnaire" plus qu’à nous inciter au moins à la vigilance , à défaut d’autres actions…
D’ailleurs à la toute fin, la question que posait Orwell à ses lecteurs Commencez-vous à voir le monde tel que nous l’avons créé ? , tourne ici à vide…tant l’évidence crève les yeux (alors dessiller des yeux déjà bien ouverts ???)
Colette Lallement-Duchoze
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