de Maryam Touzani. (Espagne Maroc ,2025)
Avec Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane María Alfonsa Rosso
Prix du public à la 82e Mostra de Venise 2025
Présenté à Arras Film Festival rubrique Cinémas du monde,
Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l'a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d'une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.
Le regard et le sourire pétillants, la chevelure soignée Maria Angeles, femme avenante (sublime Carmen Maura), palpe un légume, interpelle un marchand, le vernis de ses ongles prolonge celui des fruits et légumes. Filmée de très près (une caméra qui colle à la peau) elle semble la reine de ce marché qui grouille de vie et d’odeurs. Rue Malaga quartier espagnol de la ville cosmopolite Tanger. Dans la cuisine de son appartement cette octogénaire concocte avec amour un plat en écoutant Toda una vida (interprétée par Maria Dolores Pradera). D’emblée nous sommes immergés dans une ambiance et un art de vivre - jouir de plaisirs simples (ici la nourriture) faire corps avec son environnement tout en sachant que retentit l’heure du bilan. Lorsque la fille pour des raisons financières s’en vient perturber cette belle osmose en contraignant sa mère à "vendre" l’appartement qu’en sera-t-il du sort de cette femme ? un court placement dans un EHPAD, une courte algarade avec la coiffeuse de service et retour aux sources …
Commence une seconde vie. Une réappropriation des biens matériels qui va de pair avec une réappropriation de soi par soi : Maria Angeles ne sera pas la "folle" que l’on "soignerait" à renfort de médocs Oui elle est attachée presque viscéralement à un lieu à une histoire, tant à l’intérieur de l'appartement qu’elle "reconstruit" morceau par morceau, qu’à cette ville qui l’a vu naître et à ses habitants. Attachement que métaphorise le tourne-disque (non pas simple pièce de collection mais passerelle entre passé et présent) Régulièrement cette femme fidèle en amitié rend visite à sœur Josefa : elle met son cœur et sa sensualité à nu, elle dit en toute liberté la jouissance sexuelle après 22 ans d’abstinence (le comique naît du décalage entre l’impassibilité de celle qui a fait vœu de chasteté et de silence -tout de noir vêtue- et la volubilité sans tabou de celle qui se confie)
Cette "seconde vie", telle une parenthèse enchantée est l’essentiel d’un film qui avec délicatesse, avec une ferveur mêlée de malice (cf les soirées foot imbibées de bière …non alcoolisée…).exalte la simple joie d’être vivant. Carmen Maura (une des muses d’Almodovar) porte le film de bout en bout ; et avec le charismatique Ahmed Boulane -d’abord bourru en marchand intraitable puis séduit par l’énergie rebelle et la beauté espiègle de Maria Angeles- elle forme un couple attachant et convaincant
Oui cette actrice aura transformé un film -bien sage formellement-, en une exaltation du carpe diem où les corps vieillissants filmés dans la pénombre n’en expriment pas moins la beauté des empreintes du temps, où la peau vibre des caresses de l’aimé
Malgré quelques réserves (cf celles que nous avions déjà formulées Adam - Le blog de cinexpressions Le bleu du caftan - Le blog de cinexpressions -) ce troisième long métrage de Maryam Touzani vaut le détour !!!
Colette Lallement-Duchoze
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