4 avril 2026 6 04 /04 /avril /2026 10:04

De Ilker Çatak (Turquie 2025)

 

 avec Tansu Biçer (Aziz) ),Özgü Namal (Derya) Leyla Smyrna Cabas (Ezgi),

 

Lion d'Or Berlinale 2025

 

Professeur à la faculté d’Ankara, Aziz reçoit la "lettre jaune" qui lui signifie arbitrairement sa révocation. Quand sa femme Derya, célèbre comédienne au théâtre national, la reçoit à son tour, c’est le coup de grâce pour le couple. L’un et l’autre, condamnés pour leurs idées, sont obligés de se réfugier à Istanbul chez la mère d’Aziz. Le compromis entre cette précarité nouvelle et leur engagement politique va mettre leur mariage à l’épreuve

Yellow Letters

Tant que vous n'avez pas vu la mise en scène orchestrée par l'état, je n'ai rien à vous apprendre de la dramaturgie

Que le cinéaste allemand d’origine turque (connu en France pour la salle des profs) s’inspire d’un fait historique (les lettres de licenciement que le gouvernement turc avait envoyées à moult artistes entre 2016 et 2019 au prétexte fallacieux d’avoir « critiqué » le régime) quoi de plus «légitime » ? Que deux villes allemandes soient présentées comme personnages (Berlin dans le rôle d’Ankara et Hambourg dans le rôle d’Istanbul ), prouverait la portée universelle de ce film, - le passé mais aussi le présent de certaines démocraties ressemblent étrangement à du totalitarisme-,  bien plus que la volonté (certes réelle) de  "préserver"  le sort des acteurs turcs

Le film se focalise plus sur le délitement d’un couple, conséquence de la  mesure "politique" discriminatoire, la censure (précarité financière et dilemme -courber l’échine ou lutter-) qu’à la "mise en scène et en images"  d’un pamphlet contre Recep Tayyip Erdoğan (dans la salles des profs les suspicions de vol, les questions de justice de pardon étaient "traitées" sans passer par le conflit "attendu"  prof/élèves et le microcosme de l’école devenait la mise en abyme de la société)

Voici un perchiste, voici en coulisses l’auteur metteur en scène au regard scrutateur, -il voit sous un autre angle le plateau où évolue l’actrice, sa femme. D’emblée nous sommes immergés dans l’univers du théâtre de la représentation des artifices. Le théâtre aurait-il pour vocation de « sauver » le monde ? (Aziz en est convaincu) En écho à la fin c’est le texte « yellow letters » qui sera porté sur scène (écrit par le même personnage) MAIS le couple s’est fissuré, a volé en éclats …Comment en est-on arrivé là ? et à ce tout dernier plan où Aziz est allongé tel un gisant pour l'Eternité ? c’est tout l’enjeu de ce long métrage récompensé par un Lion d'Or au dernier Festival de Berlin

De renoncements en effacements, de discussions en déchirements, voire compromissions (on pactise avec ce que l’on a toujours vilipendé…quand la vie de la fille est mise en danger)  le film imprime le parcours de ce couple de couleurs contrastées (ombres et lumière) ou crée un tempo en faisant alterner séquences caméra à l’épaule si proche des personnages et séquences au "cadre plus posé" comme si le temps était momentanément suspendu ou par ce crescendo tant verbal que gestuel jusqu’à l’implosion alors qu’en filigrane -ou avec plus d’évidence- sont évoquées les thématiques du patriarcat de LGBT du conflit intergénérationnel et surtout des clivages sociaux (Aziz et Derya au début ressemblaient à des artistes bobos …)

Un film à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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