14 avril 2026 2 14 /04 /avril /2026 16:32

Documentaire réalisé par Judith Abitbol (2025)

 

Présenté le samedi 11 avril dans le cadre du festival LGBTQIA+ en présence de la réalisatrice 

C’est dans un geste d’amitié et d’admiration que Judith Abitbol réalise ce portrait d’Hélène Hazera, figure flamboyante des contre-cultures des années 70-90, en France. Il fallait cette proximité de cœur pour approcher cette personnalité singulière et son histoire. Membre des Gazolines, courant situationniste du F.H.A.R. (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), activiste LGBTQ, journaliste à Libération, Hélène Hazera a créé la commission Trans et SIDA au sein d’Act Up, une de ses grandes fiertés. C’est un peu de l’esprit joyeusement subversif de cette époque qui nous éclabousse là.

Hélène Trésore Transnationale

Prolétaires de tous les pays, caressez-vous

En attendant la révolution qui brûlera les papiers, dépistez-vous

Comment rendre compte de la diversité dans sa singularité prolifique et protéiforme (1000 vies en une) sinon en ado(a)ptant le principe du collage (à la Max Ernst c’est de la juxtaposition de deux images que naît l’étrange ou à la Lautréamont « beau comme la rencontre sur une table de dissection d’un parapluie et d’une machine à coudre) Et de fait nous allons sauter d’un visage à l’autre (celui d’Hélène jeune et plus âgée, entre autres) d’une image d’archives à une interview, d’un lieu à un autre (appartement capharnaüm à Paris, rivage de Dieppe et la mer qui devient verticale, tel un intermède), du souvenir d’engueulades dont Hélène était coutumière à des rires explosifs (la séquence de lavage de culottes vaut son pesant de lessive -humour)  

A quoi ressemble le foutoir d’une vie ? A une façon de remuer la terre pour qu’il y ait des fleurs, Et précisément un plan prolongé sur un massif de fleurs sauvages sert d’ouverture au film de Judith Abitbol … Image récurrente qui avec les encarts sémiologiques (le suffixe trans décliné en ses diverses acceptions, les verbes dérivés) - indices de pluralité- , va scander le film  Un film qui se plaît à glaner toutes les anecdotes comme on cueille des fleurs, un film où le champ visuel des images d’archives (coupures de journaux, extraits vidéos, albums photos) se mêlant à des interviews et des prises de vue plus récentes, illustre l’aspect indiscipliné et foisonnant d’une vie !

Et quelle vie ! Quel parcours ! Assignée garçon à sa naissance dans une famille bourgeoise au début des années 1950, elle rompt avec son milieu (on la croit folle), se prostitue pour vivre. Elle opère une transition de genre et joue parfois la comédie dans les films d’Ado Arrietta. Candidate à l’IDHEC, actrice chez Godard, militante anarchiste, membre du Front homosexuel d’action révolutionnaire, des Gazolines et du groupe Act Up-Paris, journaliste à  Libération, séropo, mélomane à l’antenne de France Culture… Hélène ou la relève post 68 comme l’affirme Laure Adler, l’ex patronne de France Culture? « Elle a inventé un ton, une nouvelle façon d’interviewer »

Judith Abitbol filme au plus près Hélène quand elle dialogue avec elle. Une proximité que renforce le tutoiement (quand elle s’adresse à elle en voix off) La voix d’Hélène par sa tessiture, l’originalité de ses formules expressives, son rire et sa poésie, semble tracer une ligne reliant passé et présent ; mais les deux voix conjuguées vont créer la partition d’une symphonie vibrionnante, au gré de ces souvenirs qui s’échappent des étagères encombrées…

Un documentaire à ne pas rater !

Colette Lallement-Duchoze

 

Séances mercredi 14 avril 11h samedi 18  11h, dimanche 19 11h salle 6

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