De Camille Ponsin (2025)
Avec Céline Sallette, Lou Lampros, Bertrand Belin
Au cœur des Cévennes, Anja décide de vivre à l'écart des autres, au milieu des bois. Insaisissable et sauvage, elle bouleverse peu à peu l'équilibre de la vallée et de ses habitants. Sa mère reste son seul lien avec le monde extérieur
D’après une histoire vraie. D’emblée le spectateur est prévenu ! et au cas où…son attention est à nouveau sollicitée au final quand défile le générique et qu’apparaît comme en médaillon la « vraie » mère celle qui - pendant 15 ans -dit le texte- a pris soin de sa fille perdue dans les bois, comme elle le pouvait et sans jamais renoncer
Camille Ponsin -documentariste reconnu pour ses essais (sur Marie-José Tubiana par exemple) ou ses reportages pour l’émission "le monde en face", signe avec Sauvage sa première œuvre de fiction… à partir de l’histoire vraie de Nana et c’est là où le bât blesse .comme souvent d’ailleurs dans les genres hybrides…Un ancrage dans le réel (les panoramiques sur les paysages, la quête de la mère, les fuites reptiliennes d’Anja) tout en privilégiant la relation mère/fille avec l’alternance des points de vue (Sam, la mère, formidable Céline Sallette) Anja (Lou Lampros moins convaincante d’ailleurs en "fausse sauvageonne") alors que des fissures apparaissent au sein du groupe tels des "dommages collatéraux" La fiction permet-elle au cinéaste de prendre du recul ? par rapport à son propre vécu? Or sa narration est saturée de clichés (cf les gros plans sur la gloutonnerie d’Anja, l’alternance dans les jeux de lumière entre l’éclairage qui se veut "naturel " les ombres de sous-bois touffus et les éclairages à la bougie dans les intérieurs, l’insistance sur des échanges de regards prémices aux abandons d’une liberté sexuelle revendiquée ( ?) des couples néo-ruraux, ) les exemples abondent... La fiction sert-elle de palliatif à la gravité de la thématique ? or l’esthétisation du décor… naturel est parfois outrancière
Certains spectateurs seront sensibles à la matière sonore (bruits, bruissements, palpitations appels et leurs échos, Belin acteur et chanteur). D'autres apprécieront la démarche qui refuse le piège ethnographique ou moralisateur (démarche incarnée par la mère) ne pas ramener dans la normalité ce qui précisément allait jusqu’au bout de certains choix (après tout à l’opposé de tous ceux qui prônaient un retour aux sources sans vraiment l’assumer Anja ne serait-elle pas le prototype du jusqu’au boutisme ? dès lors qu’elle capte tous les bruits du Vivant -sa faune sa flore - et se sent plus en harmonie que dans le monde des humains, et la mère par son amour complice, -non négociable- en serait comme le "révélateur"? (ses refus réitérés de l’aide médicale en sont la preuve manifeste ; Anja ne sera jamais le zombie lobotomisé dans un enfermement médicalisé quand bien même on diagnostiquerait une schizophrénie )…Céline Sallette en mère aimante et mère courage porte de bout en bout le film, ses "fardeaux" -dont le transport presque improbable d'un poêle serait la métaphore ! (son "jeu" contraste avec celui très distancé de Bertrand Belin) et malgré (ou grâce à) les empreintes des tourments sur son visage, osons y lire une leçon d’équanimité …
Colette Lallement-Duchoze
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