D'Ildiko Enyedi (Hongrie 2025)
avec Tony Leung Chiu-Wai (Tony) Léa Seydoux (Alice Sauvage) Luna Wedler (Grete) Enzo Brumm (Hannes)
Festival de Venise : prix FIPRESCI et prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir pour Luna Wedler
Présenté dans le cadre du festival A L EST le vendredi 13 mars à l'Omnia Rouen
Dans un jardin botanique, un arbre veille et observe, témoin patient des siècles. En 1908, il suit Grete, qui lutte pour exister dans un milieu qui l'ignore. Dans les années 1970, il voit Hannes s'éveiller à l'amour et au monde des plantes. Aujourd'hui, le vieil arbre parle avec Tony dans son langage secret. Autour de lui, certains se cherchent, d'autres se rencontrent. Lui demeure, ami silencieux, dans un temps plus vaste que le leur.
Un arbre plus que centenaire, un ginkgo biloba, le silent friend du titre ? - dans le jardin botanique, de l’université de Marbourg,- à la fois témoin et complice ? La réalisatrice de corps et âme fait surgir d’une minutieuse exploration (presque clinique) l’infinie complexité d’un rapport au temps, au silence, à chaque élément du vivant végétal magnifié par des zooms. L’être humain -quelle que soit l’époque 1908, 1972, et 2020 -y déploie sa volonté d’un « être là » : Grete cherche à s’imposer comme femme dans le monde masculin universitaire, Hannes s’étonne de son propre éveil sentimental qui épouse celui d’une plante, et Tony neurologue coincé sur place par la Covid communique avec l'arbre par un langage secret
Laissons-nous transporter par cette approche singulière et envoûtante du vivant. Un transport qui avoisine(rait) une forme d’abandon (sinon nous resterons à quai …ou quitterons la salle…)
Le film s’ouvre avec la présence d’un chercheur hongkongais en neurosciences Tony Wong (des écrans dans l’écran, capteurs et comparateurs), et se clôt sur celle du ginko biloba au feuillage enflammé qui impose sa majestueuse résistance. Entre ces deux moments nous aurons vu s’entremêler -à l’instar des racines de l’arbre- trois histoires. Le passage d’une temporalité à l’autre, est aussi passage du noir et blanc à la couleur, d’un grain de pellicule à un autre, d’une atmosphère à une autre, de « problématiques » spécifiques à d’autres, et si les formats visuels sont différents (35mm pour la période 1908, 16mm pour 1972 et vidéo numérique pour 2020) à aucun moment impression de « décousu » car la cinéaste hongroise enchevêtre les trois « explorations » avec fluidité.
Voici en surimpressions des couleurs qui embrasent, des lignes d’infographies qui se confondent avec les sinuosités du vivant exploré, voici des plans des cadrages qui épousent l’effeuillage, des rhizomes en « réseaux » des pulsions électriques (corps du ginko bardé de capteurs) voici des détails de ramures de feuilles ou de fleurs qui éclosent, des visions microscopiques ….psychédéliques, etc…
Un gros plan sur un visage, sur une nuque, des plans rapprochés sur le groupe d'étudiants -l'effervescence et les cris en 1972 contrastant avec la solitude du chercheur en 2020-, la coiffe de la jeune Grete qui envahit l'écran ou le crâne dénudé du chercheur équipé de ses écouteurs, des dialogues minimalistes entre humains faisant écho au langage des plantes (?) autant d'échos feutrés dans cette captation du Vivant
Il convient de saluer le travail remarquable du chef opérateur Gergely Pálos, qu’accompagne la musique de Kristóf Kelemen et Gábor Keresztes (suggérant des phénomènes imperceptibles (comme l'activité des racines) et des sons archaïques (insectes, respirations), leur partition agit comme une « force silencieuse » )
Oui la « communication » entre humains et végétaux n’était pas utopie ….dans ce film à la fois contemplatif et sensoriel
Et miracle de l’envoûtement ? La froideur clinique s’est diluée dans l’appel de la nature…
Un film à ne pas rater
Colette Lallement-Duchoze
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