de Carla Simon (Espagne 2025)
avec Llúcia Garcia (Marina) Mitch Robles (Nuno) Tristán Ulloa (l’oncle Lois), Marina Troncoso, (la grand-mère)
Présenté en compétition officielle Cannes 2025
Meilleure révélation à la 18e cérémonie des prix Gaudí (2026) pour Llûcia Garcia
Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connait pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes…
Si romeria désigne à la fois un pèlerinage religieux (au sud de l’Espagne) et une fête populaire (au nord) le film de Carla Simon est non seulement un double "voyage" dans le temps et l’espace mais se distingue par l’invention d’un langage capable de restituer une mémoire …qui ….n’existe pas, grâce au rôle de l’imaginaire qui rivalisera de "réalisme" avec le vécu "actuel" (car les bribes de commentaires glanés en interrogeant oncles tantes et cousins se contredisent). La réalisatrice (dont Marina est le double) progressivement fait émerger une critique de la société espagnole (incarnée par les grands-parents paternels) embourbée dans le déni de la maladie qui a emporté ses propres parents, le sida, (déni justifié par la honte, la culpabilité ?? la réalisatrice jamais ne jugera) et la fameuse période de la movida (celle du lâcher prise après des années de dictature franquiste, celle des ravages de l’héroïne, mais aussi celle de créations solaires s’il en fut, incarnées par Almodovar…)
Nous sommes en Galice. A Vigo. Début du XXI° siècle. Voici un journal que tient Marina et chaque jour en ce mois de juillet servira moins à "dater" avec une précision clinique -malgré l'encart- qu’à répondre à une question philosophique et sociétale à la fois Quelle personne serais-je si j’avais grandi avec mon père ?Y’avait-il plusieurs façons d’être jeune dans les années 80? Etre du même sang signifie-t-il nécessairement qu’on est de la même famille ? Et en surimpression ou en filigrane voici le journal de la mère - (précieusement gardé et lu en voix off) qui nous plonge dans les années 1980 Deux temporalités qui vont se "chevaucher" "s’entremêler" .Le point culminant (sens propre) l’acmé, ce sera le moment où Marina escalade l’immense façade de l’immeuble où avaient vécu ses parents, et que sur la terrasse elle les voit allongés dans leurs transats …Mouvement ascensionnel et vue en surplomb de celle qui remonte le temps, se penchant vers son passé et qui va l’étreindre avec la fougue … de sa propre mère …Après avoir suivi un chat (gardien de la mémoire familiale) Marina peut "revivre" pleinement cet épisode fait de bonheurs et de tragédie du.es aux addictions , du moins en être la spectatrice émerveillée tout en interprétant le rôle de la mère défunte. Dans une longue séquence, comme un film dans le film, voici une "reconstitution" de tout un pan du passé, qui est aussi reconstruction de la mémoire et partant construction de soi !
Des échos intérieurs (dont certains un peu appuyés) scandent cette épiphanie imaginaire (rôle du camescope, des abysses - que sondent les corps libérés dans leurs tourbillons -, rôle de la lumière de la côte ouest de l’Espagne traitée tel un personnage)
La grâce solaire de l’actrice débutante Llúcia Garcia emportera l’adhésion du public (à noter que son jeu contraste avec celui de l’acteur Mitch Robles un peu bellâtre qui interprète lui aussi deux personnages)
Un film à voir c’est une évidence (malgré quelques réserves)
Colette Lallement-Duchoze
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