Long métrage d'animation réalisé par Quentin Dupieux (2025)
Avec Alain Chabat (Jacques) Jonathan Cohen (Bruno) Anaïs Demoustier (Fabienne), Jean Marie Winling (Christophe Bourgeois)
Présenté en clôture de la Quinzaine des Cinéastes festival Cannes 2026
Jacques se rend chez son ami Bruno pour lui annoncer une nouvelle importante: l’humanité toute entière vit dans une simulation…
Pour ce premier long métrage d’animation, Quentin Dupieux (auteur prolifique et souvent déjanté) a d’abord tourné en prises de vue réelles avec les acteurs puis capté les « performances » via « motion capture » avant leur conversion en 3D . L’impression d’étrangeté (et pour certains d’inabouti) s’inscrit en fait dans le projet « créer un pont entre cinéma et jeu vidéo sans masquer la technique » ; voir évoluer chaque personnage « dans une simulation régie par un code invisible » est précisément en harmonie avec le thème du film : le monde est une simulation (révélation désarmante dans la longue séquence d’ouverture, un matin à 5h52 ;Jacques recense toutes les preuves comme autant de bugs) Auquel cas le cinéaste aura mêlé astucieusement fond et forme. Il nous invite à « regarder » son vertige comme s’il s’agissait d’un vieux logiciel avec toutes les imperfections, les approximations graphiques, les textures aplaties, les animations raides qu’il met en évidence, qu’il affiche avec aplomb, où l’artificiel a le primat sur le réalisme. Un tel dispositif de l’imperfection -là où on aurait souhaité plus de « fluidité »- peut provoquer -on en conviendra aisément- une forme de malaise (visuel bien évidemment). Ainsi le contraste entre les voix bien réelles des acteurs avec leurs enveloppes numériques fait que ce qui nous est familier se métamorphose sous nos yeux en avatars …
Si l’on retrouve dans ce film ce qui a fait (et fait) la singularité de Quentin Dupieux (distorsion du réel, humour et absurdité, règne de l’arbitraire) ainsi que des thèmes qui lui sont familiers (la toute-puissance de l’argent, l’omnipotence malsaine de la « représentation », amoralité et immoralité) et quand bien même certains n’y verraient que de l’enfonçage de portes ouvertes (miroirs, reflets et sujets, attrait, dépendance au numérique ) Le vertige (moins glauque et moins déjanté que certains films précédents ) prend en fait le contrepied des avancées technologiques actuelles -dont l’IA - et ne serait-il pas au final une simulation de film ?
Vaut bien plus qu'un (simple) détour !
Colette Lallement-Duchoze
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