13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 11:13

De Mark Jenkin. (2019 G-B) inédit en France 

Avec Edward Rowe(Martin Ward) Giles King (Steven Ward), Isaac Woodvine (Neil Ward fils de Steven), Mary Woodvine (Sandra Leigh), Georgia Ellery (Katie Leigh) Simon Shepherd (Tim Leigh) Joan Jacobs (Hugo Leigh)

 

Prix de la meilleure révélation britannique BAFA 2020 (Les British Academy Film Awards)

Dans un village de pêcheurs au cœur des Cornouailles, la pêche se fait de plus en plus rare au profit d’une activité́ touristique grandissante. Martin Ward, est un pêcheur sans bateau, son frère ayant transformé́ celui de leur père à des fins touristiques. Après la vente de leur maison familiale à de riches londoniens qui n’y passent que leurs vacances, Martin lutte pour conserver une place au sein de son village.

Bait

Un film singulier, qui intrigue, déroute et dérange tout à la fois… Cela est dû essentiellement aux choix formels: la problématique soulevée --difficile survie de la pêche dans un village des Cornouailles, collision avec les touristes londoniens, les vacanciers propriétaires, et l’inéluctable transformation du littoral en « villégiature » – cette problématique est traitée en une dramaturgie moins psychologisante que formelle. Ce qu’illustre d’ailleurs le montage parallèle du début : -gestes du pêcheur comme entremêlés à l’arrivée des "propriétaires" vacanciers; la famille Leigh   La dissonance sera entretenue tout au long du récit grâce à une mise en scène "fragmentée"  

A rappeler ici que Mark Jenkin -dont c’est le premier long métrage- est à la fois scénariste réalisateur,  photographe,  monteur et compositeur..

Il a tourné avec sa caméra Bolex en16m ; il a opté pour le format 4,3 (censé enfermer en les enserrant dans un cadre étroit, personnages et paysage) et pour un noir et blanc granuleux  voire poisseux. S’ajoutent au montage le rythme haché, la déroutante simultanéité de prolepses et d’analepses dans une même séquence, le passage écran blanc inondé de lumière comme repère/ élément narratif. Mark Jenkin affiche aussi sa prédilection pour les gros voire très gros- plans : fixes prolongés sur le visage de Martin Ward , ou se succédant plus  rapidement  mais répétitifs sur des objets (nasses à homards ; nœuds coulissants) ou sur les pieds, les chaussures. Les occurrences de verre brisé illustrent (?)  les brisures et fissures d’un monde lacéré de part en part, ainsi que le changement de rythme au sein d’une même mini séquence. Et voici comme surgie du tréfonds une musique presque hypnotique ; son omniprésence qui sourd des abysses semble corréler profondeurs maritimes et colères rentrées, et la surface inapaisée de la mer agitée - qui revient en leitmotiv-  sert de  prélude à la tragédie

Oui tout cela crée une tension -et le silence (s’il renvoie au cinéma muet)- participe à(de) cette ambiance anxiogène qui peut saisir le spectateur (et même le subjuguer) au plus fort du drame ….

Mais voici des statues;  immobiles, inanimées  elles côtoient le souffle du Vivant.  Un vivant qui lui aussi va s'immobilisant.  Permanence vs impermanence? Figement vs échappée vers ….l’ imaginaire ?

Un film à ne pas rater

Colette Lallement-Duchoze

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