de Derek Jarman (G-B 1989) version restaurée
avec Laurence Olivier (le vieux soldat) Tilda Swinton (l’infirmière) Nathaniel Parker (Wilfred Owen) Sean Bean (le soldat allemand) Alex Jenning (soldat aveugle)
Musique War Requiem de Britten (1962)
Wilfred Owen, poète anglais très connu dans son pays, décide de s'engager volontairement sur le front lors de la Première Guerre mondiale. Basé dans les tranchées de Flandres, ce qu'il voit l'horrifie et le pousse à écrire un long poème décrivant son expérience avec une amertume acerbe et des mots poignants. Il mourra le 4 novembre 1918, une semaine seulement avant l'armistice mettant fin au conflit...
Car par ma joie beaucoup d’hommes auraient ri./ Et de mes sanglots quelque chose est resté, /Qui doit mourir à présent. J’entends la vérité celée, /L’horreur de la guerre, l’horreur qu’elle distille
Seule la partition de Britten comme bande-son -les personnages articulent mais la voix ne nous parviendra jamais- seuls les vers du poète Wilfred Owen déclamés en voix off par Laurence Olivier au tout début - seront la matière sonore de cette condamnation sans appel de la guerre
Et voici que dans la « fiction » vont s’entremêler visions cauchemardesques et images d’archives (avec passage du noir et blanc à la couleur ; de la première guerre mondiale largement représentée au Rwanda en passant par la guerre du Vietnam) Ainsi la violence des horreurs dénoncées en se heurtant à la musique liturgique de Britten en sera plus insoutenable
Si le film peut rappeler le collage (et en cela dérouter) avec sa chronologie fragmentée sa reprise de plans identiques (celui d’ouverture avec un Laurence Olivier en ex soldat hyper médaillé et qui va se remémorer … Tilda Swinton en infirmière dispensatrice de soins) il se donne moins à lire, à déchiffrer qu’il ne s’adresse à l’émotion à la sensation. Même le choix de plans fixes très théâtralisés -comme autant de tableaux vivants dont un rappelle Piero della Francesca - s’inscrit dans cette perspective : l’impact sur le spectateur doit être quasi identique à celui laissé par les voix leurs tessitures leurs vibrations sur le spectateur qui vient d’assister à un opéra
Oui chaque plan sera chargé d’une empreinte émotionnelle (même si certains réfractaires dénoncent une forme de maniérisme)
Oui une telle approche sera beaucoup plus convaincante que le sensationnalisme le spectaculaire propres aux vastes fresques - reconstitutions (qui se veulent naturalistes ou réalistes) L’explosion nucléaire vers la fin du film dit ô combien la guerre non seulement est multiforme mais s’inscrit dans la permanence (que le semblant de retour à la gloire ne saurait contrarier…tant il est ironique…)
Oui War requiem est un film A NE PAS RATER
Colette Lallement-Duchoze
PS Un film d’autant plus « poignant » que son réalisateur se savait condamné (sida)
Séances salle 8 vendredi 15h45, samedi 18h, dimanche 15h45, lundi 14h et mardi 15h45
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