De Lila Pinell (2025)
avec Eva Huault, Inès Gherib, Anaïs Monah, Bettina De Van Geneviève Krief Sekoiba Doucouré
Quinzaine des cinéastes Cannes 2026 prix de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques)
Shana traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante et le soutien de sa bande de copines. Lorsque sa grand-mère décède, elle hérite d'une bague censée protéger du mauvais œil. Shana a bien besoin de ce coup de pouce. D'autant qu'avec la sortie de prison de son compagnon toxique, les mésaventures s'accumulent !
Le film s’ouvre sur des « images » illustrant les 10 plaies d’Égypte; une telle référence n'est pas anodine; images que l’on retrouvera d’ailleurs réduites aux dimensions d’un livre que feuillettent des enfants de la famille juive à laquelle appartient Shana, La séquence liminaire elle aussi donne le ton : dans un bar où les personnages sont filmés de très près voici une partie de Loup-garou , Shana, t'es morte cette nuit !" engueulades insultes fusent de plus en plus violentes…Shana se casse.
Et nous allons la suivre de galères en galères…(sentimentales financières familiales) Parfois plus mature que sa propre mère (un face à face violent en dit long sur le « purgatoire » qu’elle a subi préadolescente …Présente auprès de sa demi-sœur -qui prépare sa Bat Mitzvah. Lila Pinel ne verse ni dans la dentelle ni dans une approche psychologisante; or son personnage (la caméra semble faire corps avec Eva Huault) suscite assez vite l’empathie Pourquoi ? comme dans diamant brut une même volonté de filmer une jeune femme souvent jugée avant d’être regardée un même refus du mépris de classe. Et si les thématiques abondent dans Shana (depuis l’emprise amoureuse jusqu’à l’identité juive marocaine en passant par l’héritage migratoire l’ode à la sororité, les trafics de drogue) elles servent à démonter tous les mécanismes qui fabriquent ces féminités hypercodées (outrance des maquillages et excès de la sexualisation comme si le corps était l’unique capital disponible ) mécanismes à l’œuvre tant dans les discours, que dans les faits
Ce fut paraît-il une des « bonnes surprises » de la Quinzaine des cinéastes à Cannes. On comprend aisément pourquoi…Osmose totale adéquation parfaite entre le personnage de Shana et son interprète Eva Huault. Une jeune femme au franc parler parfois gouailleur, les lèvres siliconées (une bouche de suceuse lance-t-elle provocatrice à sa mère) les sourcils dessinés avec excès, poitrine sexualisée, sous l’emprise de Moïse, incarcéré, autant que des réseaux sociaux, oui Eva Huault qui est de tous les plans (parfois le visage en très gros plan envahit l’écran de sa détresse) aura su donner "corps" à toutes les nuances du personnage
Le tableau final -- idylle quasi champêtre -en fait périphérie de verdure où triomphe la sororité- est le contre-pied apaisé à la tourmente qui a failli engloutir …Shana. (cf l'affiche)
Certes on a parfois la fâcheuse impression de tourner en rond tout comme on peut déplorer l’inefficacité de la voix off (dédoublement inutile superfétatoire ?) et une tendance à la caricature Shana n’en reste pas moins un film (à la fois chronique et récit initiatique) que je voue recommande !!
Colette Lallement-Duchoze
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