20 juin 2026 6 20 /06 /juin /2026 07:17

De Derek Jarman ( 1976 G-B)

 

avec Leonardo Treviglio ‘(Sebastiane) Richard Warvick (Justin) Barney James (Sévère)

Au IVe siècle après J.-C., le magnifique Sebastiane est membre de la garde de l’Empereur Dioclétien. Quand il tente d’intervenir pour arrêter une exécution, il est dégradé, puis exilé dans une garnison éloignée, un lieu désertique où les soldats, en manque de femmes, s’adonnent parfois à l’homosexualité

Sebastiane

Certains critiques ont reproché à ce film d’être bêtifiant. En fait ce jugement apparemment sans appel en cachait d’autres : dénoncer l’actualisation au goût du sexe, de la légende de Saint Sébastien et le recours à une langue unique le latin -Une telle « relecture » -vision homosexuelle (ou plutôt homoérotique) aura suscité il est vrai  (1976) un tollé d’indignation (Sébastien victime des quolibets, des coups de matraque, de la vindicte, et bien avant d’être la cible des flèches des tirs à l’arc,  avoue, lui le chrétien, être amoureux fou de la beauté solaire du dieu Phebus Apollon …)

Qu’en est-il ?

La danse des phallus géants (prologue) a ce quelque chose de grotesque qui repose sur une irrévérence foncière ; l’orgie romaine (au palais de Dioclétien) renvoie par l’outrance au Satyricon de Pétrone et bien évidemment à l’adaptation de Fellini. Tout comme dans les déserts  (en fait le film a été tourné en Sardaigne)  le corps masculin exalté désiré renvoie à Pasolini, sans toutefois les aspérités et les déclinaisons existentielles Chez Derek Jarman (plasticien, poète, anarchiste et militant gay) en effet tout est soft aussi lisse que la luisance des sexes et corps sculptés et la lenteur des gestes entremêlés dans la suavité du rapport sensuel et sexuel (suggéré entre Adrien et Antoine) guidée par la musique de Brian Eno ; et ce quand bien même des éructations (avec très gros plans sur les bouches béantes) des mises à mort (le porc que l’on mangera avec voracité pour narguer le.juif!) la bestialité (danse cruelle des insectes)  s’opposent au pacifisme de Sebastiane, à l’érotisme et l’érotisation …Ni dialectique ni revendication historique mais le plaisir simple de réaliser un poème érotique, un songe expérimental et qui dit « expérimentation » ne peut faire abstraction de maladresses

Le martyre de Saint-Sébastien par sagittation -si prisé dans l’art chrétien (vous avez en mémoire ces toiles de Mantegna ou du Perugin) sert ici de trame …Question : est-ce anti historique de faire du martyr (pour sa foi chrétienne) un homo ? (lui qui refuse les avances du commandant de garnison Severus et celles de son ami Justin par amour pour Phebus…)

Ah quand la sagittation décoche les traits du sacrilège et de l’homophobie !!!

A ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

ps ce film s’inscrit dans une rétrospective consacrée à Derek Jarman (1942-1994)

séances Omnia samedi 17h45, dimanche 19h50, lundi 13h30, mardi 15h45

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