28 juillet 2020 2 28 /07 /juillet /2020 05:01

de Amin Sidi-Boumédiéne (Algérie 2019)

avec Slimane Benouari, Lyes Salem Azouz Abdelkader 

 

présenté au festival de Cannes 2019 (Semaine de la critique)

Algérie, 1994. S. et Lotfi, deux amis d’enfance, traversent le désert à la recherche d’Abou Leila, un dangereux criminel. La quête semble absurde dans l’immensité du Sahara. Mais S., dont la santé mentale est vacillante, est convaincu d’y trouver Abou Leila. Lotfi, lui, n’a qu’une idée en tête : éloigner S. de la capitale. C’est en s’enfonçant dans le désert qu’ils vont se confronter à leur propre violence.

 

 

Abou Leila

La traque d’un supposé terroriste dans le désert qui par le jeu de trajectoires déviées, d’ellipses et de secrets, par la confusion réel surréel fantastique devient très vite un polar mental : telle est bien l’originalité de ce premier long métrage. Un film qui déroute car il fonctionne surtout de façon allégorique mais sa puissance visuelle et sonore ne saurait être remise en question ...

 

Abou Leila s'ouvre sur un long plan-séquence: assassinat d'un notable en pleine rue à Alger. Nous sommes en 1994- ce sera l'unique repère historique; 1994 l'année la plus noire de la décennie? l'année de l'intensification des attentats et de la lutte anti-terroriste??. Fuite du meurtrier après un échange de coups de feu avec des policiers

Puis nous voici à bord d’une voiture ; passager clandestin, le spectateur est entraîné dans une sorte de "road movie" : au volant,  Lotfi, et à ses côtés  S son ami  (?) malade;  deux personnages énigmatiques et peu bavards. Quel est donc le lien avec la scène inaugurale ? est-on en droit de se demander . On le découvrira  progressivement…mais là n’est pas l’essentiel !!! 

Le réalisateur donne à voir, en les explorant, les failles et les cicatrices causées par le terrorisme  surtout à travers le personnage de S à la santé défaillante (état nauséeux et fébrile comme symptôme d’un trauma?) que Lotfi  tente d’éloigner de la capitale . Conscient de l'inanité de la mission qui obsède son comparse  (retrouver Abou Leila à partir d'un seul portrait) , il sait aussi que la folie s'est emparée de tous ...

Traversée du désert. Désert dont la vastitude se prête au déploiement des cauchemars ; désert où la frontière entre humanité et animalité est abolie (Abou Leila le terroriste est devenu dans la vision cauchemardesque de S ce guépard qui tue et se nourrit des viscères de l’homme…) Désert où l’inconscient s’éploie sans contrainte. Désert et interrogation philosophique  "si on extirpe la violence de son contexte originel continue-t-elle de s’exprimer ? La violence a-t-elle besoin de son objet ?" Et ce qui intéresse le réalisateur, c’est précisément l’origine de la violence et non son objet.... (d'où la portée universelle de Abou Leila) 

La progression dans ce film énigmatique (parfois suffocant voire oppressant)  est mentale et non pas narrative même si la dernière partie se veut explicative,  ce que renforce d’ailleurs la bande-son à la puissance immersive -elle plonge en effet le spectateur dans la « tête » de S : ainsi la récurrence du bruit de crépitement marque le passage vers l’hallucination, le son amplifié des mains de villageois qui frappent sur les vitres de la voiture illustre sa paranoïa

Un film à ne pas rater!!

 

 

Colette Lallement-Duchoze


 

Partager cet article

Repost0
21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 16:13

de François Ozon (2020)

avec Félix Lefebvre (Alex) , Benjamin Voisin (David), Melvil Poupaud (le professeur), Valeria Bruni Tedeschi (la mère de David)

L’été de ses 16 ans, Alexis, lors d’une sortie en mer sur la côte normande, est sauvé héroïquement du naufrage par David, 18 ans. Alexis vient de rencontrer l’ami de ses rêves. Mais le rêve durera-t-il plus qu'un été ? L’été 85...

Été 85

Labellisé Cannes 2020 , salué par la critique, le film de François Ozon était magnifié avant même sa sortie le 14 juillet. Adapté (librement dit le générique de fin) du roman d’Aidan Chambers  "dance on my grave" (1982) cette parenthèse estivale (sens littéral du titre) frappe surtout par son ambivalence et son ambiguïté à tel point que les clichés (et ils pullulent) s’inscriront dans cette dualité. Voix intérieure et écriture, collision des temporalités (le moment présent et le passé proche ressuscité) vécu et fantasme, l’amour et sa sublimation, Eros et Thanatos de surcroît.

 

La dramaturgie elle-même est  "double" : la scène d’ouverture (reprise en écho vers la fin) correspond à un aboutissement : si Alex(is) comparaît devant un juge, c’est parce qu’il a commis l’irréparable (du moins nous prévient-il dès les premières minutes -voix off- il a  "tué" ; Alex,  un adolescent blond à la figure d’ange , un criminel? il avoue être  fasciné par la mort et passionné d’Egypte ancienne.  À partir de ces aveux liminaires, -effet de mise en abyme- le film va restituer les éléments d’un  "puzzle" : le spectateur est intrigué alors que la romance amoureuse va se doubler d’une forme d’enquête -(qui renverrait au genre policier?)

 

La relation " amoureuse" -depuis la rencontre : Alexis sauvé des eaux par  David-, jusqu’à la rupture et la "mort" de David -en passant par les balades en moto cheveux au vent, l’effervescence, l’exaltation, que commente la voix off,  est-elle celle qu’Alex a réellement vécue ou celle que sublime son écriture ? (Sur les conseils de son professeur  Alex raconte par écrit ce que la parole est incapable d’exprimer).  Le pacte du romancier avec le lecteur sera ici celui du réalisateur avec le spectateur ! Et l’histoire d’Alexis devient le roman d’Alex (ou l’inverse ? ). Encore faut-il qu’un tel "pacte"  soit fluide, sans trop d’aspérités et comme allant de soi….Ce qui hélas n’est pas le cas!

 

 

Alexis est devenu Alex, son corps fétichisé par les cadrages - certaines poses de par leur complaisance sont loin de rendre palpables les frémissements de la sensualité. Mais ce premier "acte" a au moins l’évidence solaire de la fougue amoureuse -que renforcent le goût prononcé de David pour la vitesse et son duel avec la mort,  l’impossible épuisement du désir et l’ambiance musicale (on aura reconnu in between days  et   sailling

Mais que dire de cet « après » la mort ? La scène de la morgue vire au grotesque, la séquence au cimetière (Alex a promis de « danser sur la tombe » ) frise le ridicule. Et c’est à Kate que revient le rôle de pédagogue énonçant des vérités prétendues philosophiques. Est-ce qu’on invente toujours les gens qu’on aime ? Lui demandera le « disciple » Alex

 

Il faut échapper à son histoire.

 

Impression plus que mitigée !!!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article

Repost0
18 juillet 2020 6 18 /07 /juillet /2020 04:31

Rie, une journaliste danoise, visite le chantier du métro de Copenhague pour réaliser un projet sur la coopération européenne. Mais sous terre, un accident se produit. Rie se retrouve bloquée dans un sas de décompression aux côtés de Bharan et Ivo, deux ouvriers. Chacun doit apprendre à coopérer pour espérer survivre.

Exit

Certes le travail visuel et sonore est indéniable dans ce film (dénuement progressif jusqu’à la confusion entre l’humain  la boue et  le minéral ; une mécanique respiratoire  amplifiée par la bande-son qui heurte de plein fouet les entrailles délétères  du métro de Copenhague ; jeux des lumières artificielles; visages de plus en plus crasseux aux regards  hébétés). Certes le réalisateur a le sens du suspense (procédés de gradation : chaque étape  est signalée par un écran noir ou du moins sans image, le hors champ sonore  suggérant tous les possibles ; choix de cadrages qui vont enfermer de plus en plus les humains  en même temps que monte la tension; absence de temps morts ; parallélisme de plus en plus prégnant entre les strates de la terre et celles de la psychologie humaine; )

 

Et pourtant d’où vient que l’on peut s’ennuyer dès l’annonce de la cata?

 

Un mur couvre l’écran;  il s’écroule progressivement avec fracas. Puis sans transition une vue aérienne sur la capitale , c’est le prologue d'où émergent   deux forces antagonistes, le bas et le haut, l'ombre et la lumière, l’asphyxie et l’air libre- 

Le film débute comme un documentaire : nous suivons la journaliste guillerette qui descend dans les différentes strates de la terre ; dans les goulots d’étranglement ; elle filme discute avec les ouvriers.

Mais d’emblée le décalage est  "lourd"  entre cette Occidentale sûre d’elle, confiante dans le fabuleux projet européen et des ouvriers casqués habitués aux durs travaux du  monde des Ténèbres  (une main d’oeuvre étrangère ….surexploitée !!) Quelle est la meilleure chose dans votre travail ? Ose-t-elle demander (elle a besoin de témoignages pour réaliser  ses portraits ! Portraits qu’elle affichera au siège social,  pour la "monstration" parade! portraits dont se moquent les intéressés!!)

 

Puis après l’accident Exit se veut à la fois film catastrophe et film à thèse (la crise de l'Europe ici miniaturisée). Dans le huis clos où tentent de  "survivre" les trois personnages,- la journaliste et deux ouvriers-, les échanges vont porter  sur leurs conditions et attentes respectives : Rie s’étonne de n’avoir pas pensé à sa fille quand elle s'extirpait du sas de décompression ; Ivo le Croate avoue trimer comme un dingue pour nourrir sa famille, Bharan le jeune érythréen, sans-papier,  évoque à un moment l’Enfer qu’il a vécu -l’essence remplaçant  l’eau afin de limiter la consommation pendant la traversée...du désert..  par exemple… Un périple dont il doit rembourser le coût !!

 

On n’échappera pas à la traîtrise ! à la stratégie du "chacun pour soi"  ; à ces comportements typiques de  "survie"….

 

Alors oui, on peut rester extérieur à ce huis clos ...catastrophe ..(ce fut mon cas)

 

Ou tout au contraire sortir de la salle comme "lessivé"  après avoir vécu une descente aux Enfers !!! 

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

Partager cet article

Repost0
17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 10:29

De Frédéric Farrucci

Avec Guang HuoCamélia JordanaXun Liang

 

 

Présenté en compétition  au festival Champs Elysées (9 au 16 juin 2020) ce film  a obtenu le prix du public du meilleur long métrage français 

Paris 2018. Jin, jeune immigré sans papiers, est un chauffeur de VTC soumis à la mafia chinoise depuis son arrivée en France, il y a cinq ans. Cet ancien DJ, passionné d'électro, est sur le point de solder "sa dette" en multipliant les heures de conduite. Une nuit, au sortir d'une boîte, une troublante jeune femme, Naomi, monte à bord de sa berline. Intriguée par Jin et entêtée par sa musique, elle lui propose d'être son chauffeur attitré pour ses virées nocturnes. Au fil de leurs courses dans la ville interlope, une histoire naît entre ces deux noctambules solitaires et pousse Jin à enfreindre les règles du milieu.

La nuit venue

Domination, aliénation dues aux ravages de l'ubérisation, dans un Paris de phosphorescences nocturnes, c'est la toile de fond de La nuit venue.  Film noir, thriller, film de gangsters,  mais aussi  de romance amoureuse...! Avant tout, un film d'atmosphère(s) qu'électrise la musique de Rone

 

Voici Jin, un chauffeur de VTC d'origine chinoise, sans papier, soumis aux diktats d'un compatriote  mafieux. Nous allons suivre ses "tribulations" que scande une double dynamique : le "collectif" et "l'individualisme"  sachant que le premier (à la chinoise) est perverti et que le second (à l'occidentale) obéit au schéma de domination!!

 

Il suffit de quelques touches (repas à la va vite, dortoirs immondes, campements de migrants etc...) pour que le Paris des bas-fonds, le Paris interlope éclate dans sa torpeur et sa sordidité!!!

 

Une "romance"? Certes mais d'emblée "condamnée". Dès l'instant où Jin rencontre la call-girl  Naomi, qu'il devient son chauffeur particulier, et  qu'ils préparent leur fugue, le spectateur devine que le rêve d'évasion sera frappé d'inanité...tant ils sont pris l'un comme l'autre dans les rets de l'esclavage moderne! . 

 

les gens de la nuit vieillissent plus vite 

 

Premier long métrage de F Farrucci 

Un film choc que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article

Repost0
6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 06:39

 De Isabel Sandoval (USA Philippines) 

Avec Isabel Sandoval (Olivia) Eamon Farren(Alex)  Ivory Aquino (Trixie)  Lynn Cohen (Olga)

Olivia travaille comme soignante auprès d’Olga, une grand -mère russe ashkénaze de Brighton Beach à Brooklyn. Fragilisée par sa situation d’immigrante philippine, elle paie secrètement un Américain pour organiser un mariage blanc. Alors que celui-ci se rétracte, elle rencontre Alex, le petit fils d’Olga, avec qui elle ose enfin vivre une véritable histoire d’amour  

Brooklyn secret

Cheveux blancs ébouriffés, mains noueuses, muette et pensive Qui est cette femme octogénaire assise seule dans cette minuscule cuisine ? Elle décroche le téléphone mural  "je veux rentrer chez moi"  une voix bienveillante la rassure "mais vous êtes chez vous Olga. Regardez le mur ; regardez la gazinière ..là où vous avez préparé …. "  Un passé recomposé dans l’instantanéité de l’échange. La voix  est celle d’Olivia ....qui  va entrer dans le champ de la caméra. Olivia l’aide-soignante.

 

Cette scène inaugurale (à laquelle répondra en écho la scène finale ...mais …) toute de délicatesse et d’émotion contenue, suggère en filigrane un essentiel -et ce sera la marque d’Isabel Sandoval. L’amnésie de la vieille babouchka, immigrée russe  vivant à Brighton Beach, Brooklyn,  n’est-elle pas à mettre en parallèle avec celle d’une Amérique oublieuse de sa propre histoire….de l’immigration ???

 

Quelques touches -dont certaines dupliquées par les effets de miroir (autre spécificité de ce film) – et c’est tout un pan de l’histoire personnelle d’Olivia qui s’impose. Transsexuelle -or son passeport la renvoie à son identité masculine- elle tente d’obtenir la nationalité américaine….Les appels répétés de "Ma" restée aux Philippines qui attend l’argent promis, les rencontres avec Trixie une amie d’enfance, la séquence au bureau de l’immigration, les infos -dont nous ne verrons pas les images sur l’écran de télévision- rappelant la politique de discrimination du gouvernement Trump, tout cela met en évidence les tracasseries administratives auxquelles fait face Olivia et les peurs qui l’habitent….

 

La relation amoureuse avec Alex -petit-fils d’Olga- est vécue avec une authenticité et une sensualité telles que la réalisatrice non seulement renverse un tabou mais fait de son héroïne une femme libre ...Relation qui est Le thème majeur de ce film : vivre intensément un amour que l’on croyait jusque-là impossible. Même si, tapie au profond, subsiste la double peur de l’expulsion et de la réaction de l’homme aimé quand il découvrira son "secret" …

 

Une esthétique minimaliste, des effets spéculaires, une répartition de l’espace -le quartier de Brighton Beach avec le passage récurrent du métro aérien et les structures métalliques de la station, et l’intérieur cloisonné tout comme Olivia a enfermé des « reliques »  tout comme elle croit avoir enfermé son « secret » : tout cela dans le contexte d’une politique migratoire toxique c’est Brooklyn Secret dont la réalisatrice -qui s’est inspirée de sa propre expérience- est aussi scénariste, monteuse et interprète

 

Un film que je vous recommande (L'Omnia aux Toiles)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Partager cet article

Repost0
5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 08:40

Anne Walberg est une célébrité dans le monde du parfum. Elle crée des fragrances et vend son incroyable talent à des sociétés en tout genre. Elle vit en diva, égoïste, au tempérament bien trempé. Guillaume est son nouveau chauffeur et le seul qui n’a pas peur de lui tenir tête. Sans doute la raison pour laquelle elle ne le renvoie pas

Les parfums

Fragrance et anosmie !

 

Un Tandem au départ mal assorti (cette situation renvoie au duo classique maître esclave) mais l’apprivoisement (c’est le fil narratif) ira jusqu’à métamorphoser l’un et l’autre et en faire des complices

Elle, ex diva du parfum chez Dior, qui, suite à une anosmie (qui revient d’ailleurs à intervalles réguliers,  symptôme d’une crise plus profonde) doit se contenter  de créer des ambiances olfactives ( retrouver les fragrances d’origine d’une grotte pour sa duplication ; pallier l’odeur trop forte du cuir chez un maroquinier par exemple). Bourgeoise corsetée dans ses rigides principes, elle s’oppose à son chauffeur (un homme bienveillant à l’humour bon enfant) qui a accepté ce boulot assez bien rémunéré afin de louer un appartement digne de recevoir sa fille en garde alternée. Elle,  insensible aux "plaisirs"  de la vie (alcool tabac sexe),  lui d’abord insensible aux effluves artificiels mais...

La relation qui nous est contée (loin des clichés d’une romance) repose sur un constat plaisant et même assez original.  Anne a certes du "nez" mais manque de "flair" ;  c’est l’inverse pour Guillaume…Et le rapport initial maître - valet  après quelques péripéties (dont certaines forcent le rire) sera chamboulé à défaut d’être inversé...

 

L’alternance road movie -sur les routes de France-, et pauses -consacrées au "travail olfactif » (la grosse valise à manier avec délicatesse, ce laboratoire portatif si précieux que l’on dépose dans les chambres d’hôtel) -, crée le tempo de même que certains champs contre-champs épousant la frénésie de l’un (renifler à tout prix…) vont rendre palpables la volatilité et la subtilité des "parfums" ou leurs irradiations capiteuses.

 

On retiendra aussi la musique de Gaëtan Roussel qui accompagne le duo dans la voiture qui serpente dans un tapis aux couleurs automnales de l’Alsace 2018 (vues aériennes) ainsi que la présence d’un Gustave Kervern presque méconnaissable en gérant d’une société de voitures de luxe, toujours attablé au fond d’un restaurant chinois...

 

Un film qui par-delà  son titre fait la part belle au(x) regard (s)

Un film pudique ? Oui

Lumineux ? À vous de juger...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Partager cet article

Repost0
2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 15:14

De Nora Fingscheidt (Allemagne)

Avec Helena ZengelAlbrecht SchuchGabriela Maria Schmeide

 

Festival de Berlin prix du Meilleur premier film

les Arcs film festival prix du public

Benni a neuf ans. Négligée par sa mère, elle est enfermée depuis sa petite enfance dans une violence qu'elle n'arrive plus à contenir. Prise en charge par les services sociaux, elle n'aspire pourtant qu'à être protégée et retrouver l'amour maternel qui lui manque tant. De foyer en foyer, son assistante sociale et Micha, un éducateur, tenteront tout pour calmer ses blessures et l'aider à trouver une place dans le monde.

Benni

Si le thème semble assez rebattu (cf La tête haute, Mommy pour ne citer que les films les plus récents) Benni vaut surtout pour l’interprétation hors norme de la jeune Helena Zengel : une tête d’ange -cheveux blonds yeux bleus- qui va contraster -surtout dans les scènes de crise aiguë - avec la violence du comportement,  et les éructations au vocabulaire argotique. Benni une enfant de 9 ans hyperactive, un électron libre fougueux ; le titre original systemsprenger (dynamiteur de système) rend bien compte de l’énergie sauvage et indomptable qui fait  "exploser le système" (on apprend à un moment qu'elle a subi un traumatisme -viol? infanticide? et que son visage doit être épargné )

 

Crier son désarroi son manque affectif (la mère impuissante, irresponsable, "immature" diront certains) Crier Oui ! mais quand on n’entend que sa propre voix en écho… ???

Le constat est amer ; toutes les tentatives pour "canaliser la violence", toutes les tentatives d'intégration dans des structures d'accueil  (école, famille d’adoption, foyer ) semblent vouées à l’échec. Et pourtant les travailleurs sociaux ont oeuvré avec amour et patience!!! ainsi Mme Bafané (assistante sociale) ou Micha (éducateur);  mais pour Benni qui semble les "aimer"  ne sont-ils pas  que des pis-aller?

 

Le film est construit selon la dynamique tension /accalmie, qui impose un rythme binaire rémissions/rechutes, tendresse/fureur ou selon un point de vue extérieur espoir/déception. Si ce tempo est trop répétitif (et risque de lasser) force est de reconnaître que les faits ne sont pas toujours prévisibles et que la mise en scène pallie cet éventuel  "défaut"  Rythme trépidant, caméra à l’épaule qui virevolte, gros plans sur un visage désarmant, fondus enchaînés en rose (rose comme les habits de Benni) musique expressive (dissonante ou enfantine) comme reflet d’un chaos intérieur

 

Un film à voir assurément !!  (L'Omnia aux Toiles)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Partager cet article

Repost0
2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 05:04

de  Marco Berger (Argentine) 2019

Avec Gaston ReAlfonso Barón Malena Irusta

 

présenté au festival Chéries Chéris ce film a obtenu le prix d'interprétation pour l'acteur Gaston Re 

Juan doit vite trouver un colocataire après le départ de son frère. C’est finalement Gabriel, son collègue charmant et taciturne, qui emménage. Ce qui débute comme un arrangement innocent se transforme rapidement en attraction naissante, puis en passion…

Le Colocataire

Une main hésitante, une caresse dérobée, deux corps sculptés dans le drapé du lit, un regard mélancolique c’est avec délicatesse que le réalisateur donne à voir l’intime du désir partagé. Une relation homosexuelle (du refoulement à son acceptation)- sublimée par une mise en scène qui privilégie le non dit, les cadrages qui enferment, la caméra fixe, les couleurs sépias et mordorées, les lumières tamisées. Le corps nu vu de dos dans l’embrasure de la porte (caméra subjective) les fesses dont on trace les contours d’un doigt amoureux, le visage qui exulte lors de la pénétration, tout cela est filmé sans voyeurisme. Et la lenteur étudiée invite le spectateur à partager comme hypnotisé une idylle entre Juan le séducteur et Gabriel le  "taiseux."  Idylle bannie par la société argentine et Juan (dans l’unique scène où la parole est cardinale) avoue ne pas vouloir afficher au grand jour son amour pour Gabriel ne pas être montré du doigt ne pas subir de quolibets "être normal"  en assumant sa relation avec Ornella

 

 

L’appartement avec ces portes qu’on entrouvre ce couloir qui structure le cheminement vers...la pièce salon où on s’affale sur le canapé avec les potes en buvant de la bière et en regardant la télé, fonctionne tel un huis clos.

De rares échappées sur la terrasse.

L’extérieur (avec la récurrence des scènes de métro, quelques plans dans l’atelier de menuiserie, et des mini séquences familiales où  Gabriel retrouve momentanément sa gamine) est traité du point purement formel -hormis pour les  plans sur les deux visages dans le  métro- comme son exact opposé  : plans plus larges, ambiances plus lumineuses,  mais d’un point de vue narratif comme un prolongement, ou un essentiel à sauvegarder (la toute dernière séquence donnera le beau rôle à l’enfant qui accepte sans sourciller dans la joie partagée, les aveux de son père Juan était mon amoureux)

ne serait-ce pas in fine le message à retenir dans un climat d’homophobie ?

 

Un film sur une passion contrariée,

Un film à l’émotion contenue mais à la sensualité farouche,

Un film que je vous recommande vivement  (L'Omnia aux Toiles)

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article

Repost0
26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 16:17
Courtivore covidéo club

Cette sortie récente de nos cocons respectifs augure des retrouvailles amoureuses et amicales, et mille façons de se réinventer.

Vécue depuis quelques mois à travers nos écrans d’ordinateur, la culture reprend enfin une place physique dans nos vies !

 

Contrarié par l’annulation de son festival mais pas vaincu, Le Courtivore, avec le soutien de la Friche Lucien et de la Ville de Rouen, improvise et inaugure son Covideo Club, trois projections de courts métrages en plein air, pour le pur bonheur de se revoir et de partager un moment de cinéma ensemble

Réservez vos mercredis soirs ! 

Et rendez-vous les 1er, 8 et 15 juillet 

à la Friche Lucien

Courtivore covidéo club

Embrassez qui vous voudrez mercredi 1 juillet 21h30

Un peu de rouge à lèvres sous le masque avant de sortir rejoindre l’elu.e de votre cœur, et vous laisser emporter par la fougue de la passion. Un baiser court mais intense, un échange de salive par procuration, dans le bon respect des gestes barrières ! Slurp 

gratuit sur réservation

 

 

Le sens de la fête  mercredi 8 juillet 21h30

Des ami-es, quelques verres, des blagues et de la musique. Quoi de mieux pour se sentir vivant-es ? 

Puisqu’il faut encore rester sages, déléguons ces moments de convivialité et effusions de sueur au grand écran devant quelques courts métrages. Du bonheur en gouttelettes que nous ne saurons bouder encore longtemps...

« Short must go on »

Gratuit, sur réservation 

Le jour d'après mercredi 15 juillet 21h30

Franchement, l’apocalypse, c’était mieux avant.

“This is the end”… Oui, et maintenant ? À quoi ressemble alors ce fameux « monde d'après »?

Tempêtes de déchets, scénarios post-Happy et jungles urbaines détachent notre cerveau en friche de l’imaginaire zombifié des films de genre.

gratuit sur réservation

INFORMATIONS PRATIQUES

Renseignements

Association Courtivore 

festival@courtivore.com

07 81 63 34 85

Réserver vos billets

La Friche Lucien

Place Carnot, site SNCF Saint Sever, entrée rue Malouet, Rouen

Accès F1 arrêt Champlain, ou métro Joffre Mutualité

Entrée gratuite

CB et monnaie acceptées au Troquet et à la Cantine

www.lafrichelucien.org

Partager cet article

Repost0
23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 12:11

film documentaire de Matthieu Bareyre (2019)

Musique Raps FaTyo, Swip&Daks le Vrai;  Vivaldi 

 

Présenté au festival de Locarno

 

Du Paris de l’après-Charlie aux élections présidentielles; une traversée nocturne aux côtés de jeunes qui ne dorment pas : leurs rêves, leurs cauchemars, l’ivresse, la douceur, l’ennui, les larmes, la teuf, le taf, les terrasses, les vitrines, les pavés, les parents, le désir, l’avenir, l’amnésie, 2015, 2016, 2017 : l'époque

 

L'Epoque

Rose Soall Mel Nico Luz Alexandra Solene Coraline Axelle Camille Eléonore c’est à eux et à tous les autres que ce film est dédié (cf générique de fin).

Mais qui sont-ils ? Quels sont leurs désirs ? Leurs attentes ? Le film se focalise sur ces jeunes encore étudiants ou chômeurs ; dealers ou activistes – non violents ou membres des Black Blocks ; il nous invite à cheminer avec eux dans leur errance nocturne dans le Paris des bars des rues de la Place de la République ou dans les banlieues. Mais aussi  dans leur affrontement avec les forces de l’ordre lors de manifestations

Et le montage -où la récurrence du thème musical emprunté à Vivaldi et le passage écran noir servent de raccord- permet de mettre en évidence -progressivement- leur angoisse dans une forme de kaléidoscope (la fragmentation dans toutes les acceptions de ce terme comme fil conducteur?)

 

C’est quoi l’époque ? Les poks (peut-on lire sur la jambe de Rose qui a métamorphosé sa peau en syllabaire) ; le pok comme le bruit d’une matraque, le « son d’un mec qui a le crâne creux »

C’est quoi vos rêves ?

« j’ai pas de haine mais si tu savais comment j’ai le feu » (Rose)

 

C’est la nuit. Douleurs, malaises, obsessions (Etat, violences policières) désirs s’entremêlent dans cette ivresse qui embrase le cœur autant que le corps de ces noctambules. La caméra de Matthieu Bareyre filme parfois au plus près les visages comme si elle s’emparait de ces mots arrachés ou de ces regards comme hébétés d’extase (cf la DJ capable de partir au bout du monde emportée par le son…) Fixer l’instantané !

Certains discours   reproduisent le credo  parental tout en le dénonçant, d’autres légitiment le recours à la casse tout en sachant que c’est illégal (il faut provoquer la peur tout comme ils nous font peur en nous contrôlant il faut faire du déficit faire des choses inutiles comme casser. La peur comme moyen d’entente ???

 

C’est la nuit. Une nuit en bleu et rouge. Bleu des gyrophares et rouge fumigène. Nuit des reflets ou effets spéculaires sur les eaux de la Seine ou les flaques ruisselantes.  Mais aussi rose (celui du bonnet de....Rose) et fuschia (celui de son écharpe) Rose interviewée -et longuement- à plusieurs reprises ! Cette Française d’origine africaine, qui déplore ces contrôles dont elle est régulièrement victime, qui sait le pouvoir des mots, -elle recommande d’ailleurs aux jeunes de les maîtriser, et c’est sur un de ses podcasts que se clôt le film

 

L’époque

Une balade aux portes de la nuit,

Une ballade d’avant l’Aurore ?

 

L'époque, un documentaire  qui en dit plus sur un "état d'esprit" que tous les commentaires des "sachants" (sociologues historiens psychologues) qui paradent sur les plateaux de télévision ....

 

A voir absolument

(cinémutins  www.cinemutins.com)

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article

Repost0

Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

Retrouvez aussi Cinexpressions sur Facebook

 

 

Recherche