4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 05:05

Long métrage d'animation réalisé par Aurel (France, Espagne )

avec les voix de Sergi Lopez, Gérard Hernandez, Bruno Solo....  

 

 

 

Sélection officielle Cannes 2020

prix Fondation Gan

festival du film d'animation d'Annecy 2019

Février 1939. Submergé par le flot de Républicains fuyant la dictature franquiste, le gouvernement français les parque dans des camps. Deux hommes séparés par les barbelés vont se lier d’amitié. L’un est gendarme, l’autre est dessinateur. De Barcelone à New York, l'histoire vraie de Josep Bartolí, combattant antifranquiste et artiste d'exception.

Josep
Ce film d’animation s’adresse principalement aux adultes et aux adolescents qui n’ont pas connaissance d’une page peu glorieuse de l’Histoire de France. Après la trahison de Léon Blum et du PS de l’époque de ne pas aider les républicains espagnols à lutter contre le putsch fasciste de Franco en 1936, le régime de 39 en rajoute une couche en emprisonnant le peuple espagnol vaincu, martyrisé, qui s’accumule à nos frontières.
Erreur fatale en 1936 d’un simple point de vue stratégique, mais aussi abandon par notre République de ses principes de solidarité pour la démocratie. Cette page noire de notre Histoire n’est pas la seule hélas. Le talentueux réalisateur Aurel sauve l’honneur en peignant ces moments tragiques avec brio et humour même parfois, nul pathos en tous cas.
 
500.000 réfugiés républicains en France à cette date qui ont été maltraités (euphémisme) jusqu’à l’arrivée des nazis. Certains Espagnols ont rejoint la Résistance en France, d’autres ont travaillé (ont été exploités serait le mot plus juste) par les paysans français notamment contents de trouver une main d’œuvre fragile et bon marché.
 
500.000 réfugiés en 1939 pour un pays de 45 millions d’habitants, aujourd’hui nous sommes 67 millions, et le gouvernement fait la fine bouche pour accueillir 2000 personnes ! Insupportable bégaiement du politique.
 
Très beau sur le plan graphique, bien accompagné en musiques, et ouvert sur des prolongements de réflexion, ce film relanceur de mémoire est à voir nécessairement.
 
Serge Diaz

 

je vous invite à lire cette interview datée du 1/10/2020 ("les partis pris étonnants du réalisateur" )

https://www.cnc.fr/cinema/actualites/aurel-la-pertinence-de-josep-nous-sautait-regulierement-au-visage_133375

Aurel dessinateur de presse (Canard enchaîné entre autres) fasciné par le parcours de Josep Bartoli et désireux d'en  faire un long métrage a certes privilégié  la période de la Retirada et des camps de "concentration" où s'accumulaient les "pouilleux" fuyant le franquisme (période  évoquée par Serge dans son commentaire ); et cet épisode infâme pour la France de 1939 entre hélas! en résonance avec la politique actuelle de notre pays à l'encontre des migrants..  Mais le film dans son ensemble   (en témoigne le titre éponyme ) rend hommage  à un homme engagé et militant,  à  un artiste,  au parcours étonnant, que découvriront maints spectateurs 

 

Si les dessins de Josep s'incorporent avec fluidité au récit  -et  parfois ils sont mis en exergue ou se superposent à ceux d'Aurel - le montage lui est assez complexe: car on est transporté d'une époque à une autre, d'un continent à un autre (Espagne France Mexique USA), d'un point de vue à un autre, mais cette complexité n'est-elle pas censée imiter les soubresauts de la mémoire, celle du locuteur? en l'occurrence un grand-père  -Serge le gendarme qui s'était  lié d'amitié avec Josep et qui, sentant la mort venir, raconte  à son petit-fils Valentin   le fabuleux destin de son ami (Josep : film sur la transmission aussi!)

 

Générique de fin:  de la  longue liste de remerciements on retiendra

"merci aux journaux qui publient nos dessins...."  Or  au moment même où se déroule  le procès de qui vous savez, un tel  remerciement n'a-t-il pas "force de loi" (sur la liberté de la presse, la liberté de penser???)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 


 

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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 05:48

d'Aude Léa Rapin  (2019 France, Belgique, Bosnie)

avec Adèle Haenel, Jonathan Couzinié, Antonia Buresi, Hasja Boric

 

 

Présenté à la Semaine internationale de la Critique festival de Cannes 2019

Dans une rue de Paris, un inconnu croit reconnaître en Joachim un soldat mort en Bosnie le 21 août 1983. Or, le 21 août 1983 est le jour même de la naissance de Joachim ! Troublé par la possibilité d’être la réincarnation de cet homme, il décide de partir pour Sarajevo avec ses amies Alice et Virginie. Dans ce pays hanté par les fantômes de la guerre, ils se lancent corps et âme sur les traces de la vie antérieure de Joachim.

Les héros ne meurent jamais
Qui trop embrasse mal étreint

A force d’entremêler « faux » documentaire et véritable histoire des autochtones, d’emmêler fiction et film en train de se faire, à force de jouer sur la gémellité (du regard) le double (Joachim/Zoran, Alice/ Aude-Léa Rapin), la réalisatrice donne à voir une sorte de melting pot assez bancal (du moins est-ce mon impression) qui tient du reportage, d’une quête multiforme (de soi de ses origines de ses antécédents) et qui interroge sur la réincarnation, tout cela traité avec humour parfois (les trois compères en Bosnie ont quelque chose des pieds nickelés)

 

Le film est censé être construit autour d’un making of d’un « faux » documentaire. Le chef opérateur sera hors champ (à l’inverse de la perchiste) mais c’est à lui qu’on s’adresse c’est lui qui choisira la sublimation ou non de la lumière et le meilleur angle (cf la scène assez comique où l’on filme à partir du coffre de la voiture pour que le spectateur voie Alice et Joachim s’éloigner) Et nous sommes embarqués avec cette petite équipe en Bosnie (et plus précisément à Bratunac) à la recherche de ...ou sur les traces de...

 

Et si Joachim était Zoran le soldat criminel réincarné ?. Mais de quel Zoran s’agit-il ? Car comme l’affirme le cabaretier « ici presque tous les hommes s’appellent Zoran et ce sera Zorana pour les femmes ». Scène doublement comique (situation et répétition) dont l’écho inversé tragique est la commémoration de la tragédie  de Srebrenica (le 11 juillet) où chaque pelletée de terre soulevée exhume la mémoire…. Celle d’un pays où planent les fantômes d’une guerre récente comme s’il n’y avait jamais de fin à la fin d’une guerre (propos de la réalisatrice)  

 

La plongée dans ce pays d’abord dévasté puis toujours habité par la mort  comme écho aux questionnements des personnages ? Peut-être mais que de chemins de traverses ! et la thématique de la "réincarnation" sur laquelle s’ouvrait astucieusement le film (Alice filmant Joachim sous la douche en train de raconter son interpellation ...tente d’authentifier cette invocation, en sondant sa réalité corporelle) si elle se prête à quelques moments dits fantastiques, est vite sacrifiée 

Et la confrontation qui oppose Joachim (il semble croire en sa réincarnation) et Alice (qui le rabroue et le « mène » vers de « fausses » pistes ») reste purement formelle vite dénuée de sens (hormis cette rencontre avec Hasja Boric une Bosniaque qui a tout perdu lors du massacre de Srebrenica , or Joachim et Virginie sont convaincus d'être déjà venus chez elle ....)

Resterait comme en suspens un questionnement sur la  "vocation" du cinéma !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 06:44

Documentaire réalisé par Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov (Macédoine 2019)

 

Grand Prix du Jury Sundance 2019 du documentaire étranger

Hatidze est une des dernières personnes à récolter le miel de manière traditionnelle, dans les montagnes désertiques de Macédoine. Sans aucune protection et avec passion, elle communie avec les abeilles. Elle prélève uniquement le miel nécessaire pour gagner modestement sa vie. Elle veille à toujours en laisser la moitié à ses abeilles, pour préserver le fragile équilibre entre l’Homme et la nature.

Honeyland

Seul et minuscule chemine un personnage sur un sentier; vue en plongée sur un environnement que n’a pas altéré la folie humaine et quand la caméra se rapproche, nous découvrons le visage d’une femme, un  visage buriné -par les ans serait-on tenté de dire mais on apprendra qu’elle a 55 ans!!. Dans ce paysage de montagne rocailleuse à la majesté solitaire, voici une pente escarpée que gravit avec souplesse cette  femme, jusqu’à cette anfractuosité où se nichent….. des abeilles. Gestes précis qu’accompagne un chant magique destiné à calmer les insectes, gestes séculaires.

Ce sont les premiers plans de ce documentaire qui nous transporte dans un territoire oublié des hommes - vues en plongée sur le village sans eau ni électricité, village désert car déserté par les hommes où les maisons/masures ne sont que ruines hormis celle qui abrite Hatidze et sa mère grabataire-, un documentaire qui exalte la connivence respectueuse entre l’homme et la nature, un documentaire récompensé de trois prix au festival Sundance 

Les réalisateurs font judicieusement alterner les scènes en extérieur (vastes panoramiques ou plans larges  sur le paysage nimbé de lumière) et scènes d’intérieur où le clair-obscur (présence de la bougie éclairante) magnifie la relation entre Hatidze et sa mère Nazive ( « pas moyen de mourir et je te rends la vie impossible »). Et dans un premier temps ils invitent le spectateur à suivre leur quotidien rythmé par les repas, les allées et venues d’Hatidze entre les ruches, la récolte du miel et sa vente sur les marchés de Skopje

Mais avec l’arrivée intempestive des voisins turcs (famille nombreuse à nourrir, bétail à préserver) l’équilibre va progressivement se rompre  : intoxiqué par un « escroc » partisan du rendement à tout prix le père porte atteinte à la coutume ancestrale de la récolte du miel. Dans cette partie le film oppose deux modes de pensée et de vie dont rend compte le contraste entre la turbulence des uns et la quiétude des autres, entre la volonté de s’enrichir à tout prix et la quête d’un bonheur simple, profondément humain, soucieux de préserver les richesses de la nature ; opposition que certains dans une vision caricaturale hâtive et simpliste identifient comme la lutte entre le méchant capitaliste et la vertueuse apicultrice….(Le Monde

Honeyland : fin d’un monde ? Certes -celui incarné par Hatidze qui, ayant fait le choix de « soigner » sa mère ne s’est pas mariée et n’aura pas d’héritier pour perpétuer une tradition.  Mais éveil d’une conscience -incarnée par un des fils de Hussein Sam et peut-être par le public!!!-  celle de l’éco-responsabilité....

 

Un documentaire à ne pas rater! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 05:56

de Christian Petzold (Allemagne )

avec Paula Beer , Franz Rogowski, Jacob Matschenz , Maryam Zaree

 

 

Berlinale 2020 : Prix FIPRESCI et Ours d'argent de la meilleure actrice pour Paula Beer 

Ondine vit à Berlin, elle est historienne et donne des conférences sur la ville. Quand l’homme qu’elle aime la quitte, le mythe ancien la rattrape : Ondine doit tuer celui qui la trahit et retourner sous les eaux…

Ondine

si tu me quittes je serai dans l’obligation de te tuer

Le film s’ouvre sur une scène de rupture qui- dans un autre contexte- serait tout à fait banale. Sauf qu’ici...le réalisateur renoue avec un mythe selon lequel une Ondine ne peut vivre sur terre qu’à travers l’amour d’un humain ; trahie elle doit tuer l’homme qui la délaisse avant de regagner les eaux…..

Filmée en gros plan sur les deux visages (Johannes Jacob Matschenz et Ondine Paula Beer ) cette séquence d’ouverture oppose aussi deux conceptions de l’amour.

Dualité qui va être déclinée sous d’autres formes dans tout le film : réalisme et fantastique, rêve et réalité, monde terrestre (la capitale, son présent et son passé revisité) et monde aquatique (lac piscine aquarium), ainsi que les connotations du miroitement, de l’enfouissement, et en faisant d’Ondine une conférencière historienne qui explique à partir de maquettes, le tissu urbain de Berlin - une ville construite sur des marécages -, le réalisateur va insister sur la succession des oblitérations autant mémorielles que physiques 

 

Ondine s’affranchira -dans un premier temps- de son destin en s’éprenant d’un autre homme (habile détournement du mythe). La fulgurance du coup de foudre ? Un regard qui fait exploser un aquarium ; tels deux naufragés rescapés d’un tsunami, les deux êtres se sourient le visage ruisselant  de perles de lumière. Une séquence qui relève du fantastique certes mais en faisant de Christoph un scaphandrier-soudeur, le film s’inscrit aussi dans la contemporanéité (ces scaphandriers qui lors de la réunification des deux Allemagnes ont sondé  " le monde souterrain"  de l’Alexander Platz !!! l’exploration d’une capitale en perpétuelle transformation !!)

Tout en renouant plus tard dans la narration avec des figures mythiques, dont celle du silure… ce poisson à  la fois commun et mystérieux. Ou avec le merveilleux ( au fond du lac, une pierre sur laquelle est gravé le prénom  Ondine; les   taches rouges indélébiles  dans l'appartement,  désormais occupé par un autre couple) -

Comme si la présence d’Ondine flottait encore et toujours par-delà l’Histoire et les histoires. C’est qu’il s’agit aussi d’une foi inébranlable en la puissance de l’amour. Thème majeur de cette dernière partie -annoncée par un encart temporel deux ans plus tard-  alors qu’elle est imprégnée par l’envoûtement troublant d’une présence-absente (ou absence-présente) hors du temps

 

 

Un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 04:27

d'Emmanuel Mouret (France 2020)

avec Camélia Jordana (Daphné) , Niels Schneider (Maxime), Vincent Macaigne (François) Emilie Dequenne (Louise) Guillaume Gouix (Gaspard) Jenna Thiam (Sandra) 

 

 

Sélection officielle Cannes 2020

Daphné, enceinte de trois mois, est en vacances à la campagne avec son compagnon François. Il doit s’absenter pour son travail et elle se retrouve seule pour accueillir Maxime, son cousin qu’elle n’avait jamais rencontré. Pendant quatre jours, tandis qu'ils attendent le retour de François, Daphné et Maxime font petit à petit connaissance et se confient des récits de plus en plus intimes sur leurs histoires d'amour présentes et passées...

Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait
Emmanuel Mouret est un réalisateur dont on aimerait être l’ami. Il sait peindre les choses graves de la vie avec légèreté. Ses dialogues sont un régal et le sujet passionnant puisqu’il s’agit d’amour, de désir, des chassés -croisés, sans oublier la morale.
Ces trentenaires séduisent à plein temps, se font et se défont, sans préjugés mais toujours avec la préoccupation de garder l’estime de soi en n’étant pas salaud, en évitant de faire du mal.  Aucun machisme, les femmes mènent la danse, elles sont libres et si charmantes. Niels Schneider est remarquable d’expressivité retenue.
Le marivaudage rappelle Eric Rohmer dont il est un digne descendant. On a le sentiment parfois que notre jeune réalisateur dépasse le maître car la forme, les prises de vue, le montage, la musique sont au cordeau. Dialogues intelligents brillants, alertes, questionnements : peut- il y avoir du désir sans amour et quelle est cette force irrépressible qui nous amène à désirer ? La jalousie est-elle dépassée de nos jours où nul ne doit être la propriété de quiconque, mais...
 
Bref on passe un moment délicieux, poétique, comme hors du temps mais paradoxe : la problématique est tellement actuelle.
Le scénario tient debout, est truffé de rebondissements, très surprenants même, avec de beaux personnages simples. Le personnage incarné par Emilie Dequenne est digne de Corneille.
Alors, aucune hésitation, allez voir ce film si vous aimez voir valser les mots et les sentiments.
 
 
Serge Diaz

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 05:15

de Caroline Vignal (2019)

avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte, Marc Fraize, Marie Rivière 

 

 

Sélection officielle Cannes 2020

Des mois qu’Antoinette attend l’été et la promesse d’une semaine en amoureux avec son amant, Vladimir. Alors quand celui-ci annule leurs vacances pour partir marcher dans les Cévennes avec sa femme et sa fille, Antoinette ne réfléchit pas longtemps : elle part sur ses traces ! Mais à son arrivée, point de Vladimir - seulement Patrick, un âne récalcitrant qui va l'accompagner dans son singulier périple…

Antoinette dans les Cévennes

Partir sur les traces de Stevenson (qui a donné son nom au GR70) pour (re)conquérir son amant ? Dresser un animal réputé pour son entêtement et progressivement en faire un confident ami ? Autant de défis pour cette jeune femme pétulante ! Mais ne nous ne méprenons pas. Si la relation Patrick (l’âne) Antoinette emprunte au Voyage avec un âne dans les Cévennes de Stevenson, si ce romancier écossais lui aussi avait entrepris ce périple de 195km suite à une « peine de coeur » (ce que rappelle l’hôte à Antoinette dont le visage et le regard s’éclairent d’empathie) la comparaison s’arrête là….

Le film débute comme un  vaudeville, (le fameux trio maîtresse mari femme) : Antoinette la maîtresse d’école parée d’un fourreau satiné fait interpréter- pour la fête de fin d’année-, un tube de Véronique Sanson Amoureuse sous l’oeil étonné, légèrement réprobateur de certains parents….dont le père d’une de ses élèves, Vladimir, qui ...précisément est son amant... un amant qui ne respecte pas sa promesse : partir avec elle une semaine (c’est le prologue)

 

Dès qu’elle sera « embarquée », dès qu’elle sera confrontée à l’improbable, dès qu’elle devra assumer seule (elle la néophyte en rando) des situations inédites, le film évolue tout comme évolue la relation entre elle et Patrick, Ses confidences - d’abord une voix intérieure- elle va les murmurer à l’oreille de l’équidé qui, miracle, en est tout stimulé : la parole amie qui dit la souffrance comme substitut du fouet ! Progressivement cette quadra se déleste d’un « amour encombrant » et sa quête est devenue celle du bonheur, tout simplement (loin des qu’en dira-t-on, des préjugés incarnés par quelques randonneurs attablés lors d’une pause).

 

Car cette aptitude à l’émerveillement qui habitait à n’en pas douter le personnage, s’incarne avec plus de densité, de consistance grâce à sa relation avec l’âne qui lui « apprend » à se libérer de tout ce qui « encombre » esprit et coeur (dont cette croyance en l’amour-passion contrarié comme l’expliquera Eléonore la femme de Vladimir dans un échange de propos inoubliable !!!) Après des chemins tortueux (à l’instar de cet égarement qui contraint le duo à dormir à la belle étoile..) Antoinette sera plus sereine : ce dont témoigne la scène où elle se promène altière buste droit tête haute dans un village….

 

Le film est porté par Laure Calamy dans le rôle-titre, une actrice étonnante de justesse à la fougue constructive et souvent irrésistible de drôlerie (on lui pardonnera ses bougonneries à la Karine Viard plus ou moins prononcées).

La réalisatrice crée un tempo en faisant alterner les séquences de duos Antoinette/âne (filmés en plans rapprochés ou de loin comme se détachant sur la ligne des crêtes) et les scènes en groupe, les plans panoramiques sur le paysage cévenol et les intérieurs du vivre ensemble. Un film au rythme fluide, aux dialogues à la fois sobres et percutants. Et petit clin d’oeil à Rohmer dans le choix de l’actrice Marie Rivière

 

Et l’on comprend aisément que la critique soit unanime dans l’éloge de cette comédie dont la ténuité scénaristique est largement compensée par tant d’autres qualités

Mais aller jusqu’au dithyrambe...Non !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Ne boudons pas notre plaisir. Un tel film fait du bien au moral. L'actrice principale est absolument charmante, le scenario est alerte et la fin est heureuse, enfin ! Il y a du François Truffaut dans ce film dans le sens où les personnages sont un peu décalés (le Noir qui tient avec son épouse le restaurant refuge dans les Cévennes) et au début de l'automne on a envie de repartir en vacances, saines de préférence.

 
Serge Diaz  27/09/2020

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 05:17

Documentaire réalisé par Richard Minier et Edouard Salier 2019

avec R Minier, Boncana Maïga 

 

 

Prix Sacem du meilleur documentaire musical de création en 2019

et Coup de cœur Festival du Film Francophone d'Angoulême en 2020.

C'est une histoire qui commence en pleine guerre froide, en 1964, quand dix musiciens maliens débarquent dans la Havane de Castro pour y étudier la musique. En brassant les sonorités ils deviennent le premier groupe afro-cubain de l'histoire : les Maravillas de Mali. Cinquante ans plus tard, entre Bamako et la Havane, nous partons à la recherche du maestro Boncana Maïga, son chef d'orchestre, avec le projet fou de reformer ce groupe de légende !

Africa mia

18 ans d’enquête, 18 ans de quête

tel est l'aveu de  Richard Minier (voix off) .

Compositeur et producteur de musique, il est à l’initiative du projet : reconstituer le groupe Las Maravillas de Mali. A partir de 200h de rushes, Edouard Salier a voulu dans  ce documentaire (outre le coup de projecteur sur un groupe de virtuoses oubliés..) mettre en évidence l’acharnement de cet homme à rechercher compiler interroger. Nous allons suivre Richard Minier de Bamako à La Havane en passant par Abdijan et Paris; et s’il ne parvient pas à reconstituer le groupe, au moins aura-t-il réussi à donner corps à une « odyssée », grâce à  sa collecte d’archives et de témoignages 

 

Après avoir rencontré le flûtiste Dramane Coulibaly il apprend que quelques musiciens maliens envoyés à Cuba en 1964 (le gouvernement malien est à l’époque socialiste) vont former un groupe Las Maravillas de Mali. En  fusionnant les apports de leurs origines  avec le « son » cubain ils sont devenus une référence de la salsa. Adorés puis vilipendés, ostracisés : un coup d'Etat au Mali qui renverse le président socialiste Modibo Keîta, va provoquer leur disgrâce...

Boncana Maïga -flûtiste, compositeur, chef d'orchestre- s'exile en Côte d'Ivoire; il sera de retour dans son pays en 2005. Ce septuagénaire (à ce jour seul survivant du groupe) auquel Africa mia fait la part belle va, plus de 50 ans après, "prendre sa revanche" en organisant un concert en 2018 à ...l'hôtel l'Amitié à Bamako

C'est sur ce lieu au nom mythique que s'ouvre et se clôt le documentaire . Circularité et pérennité

 

  Un documentaire au rythme souvent échevelé, à valeur d'épopée

Un documentaire à la « double résonance historique et musicale entre deux continents »

Un documentaire hymne à la musique (afro-cubaine : son âme)

et à l’amitié (des scènes de retrouvailles poignantes d'émotion)

 

à voir (Omnia aux Toiles) 

 

Colette Lallement-Duchoze  

 

 

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 04:34

de Sarah Gavron (Grande Bretagne)

avec Bukky Bakray, Kosar Ali, D'angelou Osei Kissiedu, Ruby Stokes 

Rocks, 15 ans, vit à Londres avec sa mère et son petit frère. Quand du jour au lendemain leur mère disparaît, une nouvelle vie s’organise avec l’aide de ses meilleures amies. Rocks va devoir tout mettre en oeuvre pour échapper aux services sociaux

Rocks

Rocks c'est le surnom de Shola Joy Omotoso d'origine nigériane -admirablement interprété par Bukky Bakray

Rocks c'est un film collaboratif (cf générique de fin) ; le travail collectif en amont -scénario, dialogues; ateliers avec des adolescentes, des travailleurs sociaux- lui confère une authenticité indéniable, et le jeu des actrices -non professionnelles- illustre leur naturel, leur spontanéité -comme si elles oubliaient la caméra...

Un clin d'oeil qui fleure le marketing accompagne l'affiche "Un Ken Loach au féminin" . Est-ce parce que le thème est éminemment social, que la réalisatrice est une femme, que l'équipe technique est féminine et que le groupe des six jeunes est féminin? Un peu facile et racoleur...Non?

 

Abandonnée par Funke, une mère dépressive, orpheline de père depuis l'âge de quatre ans, Rocks doit à 15 ans agir en "adulte responsable": prendre en charge son tout jeune frère Emmanuel. Pour échapper aux services sociaux elle ira coucher chez des copines ou à l'hôtel, jusqu'au jour où....  Mais dès que l'adolescente est avec ses amies -Agnès, Sabina, Sumaya, Yawa, Khadijah- elle retrouve l'insouciance la  légèreté, la joie de vivre tout simplement. Le prologue -auquel fera écho le plan final- met l'accent sur cet aspect;  alors que le  film épouse  le parcours entre ces deux pôles -avec variations de plans ambiances et musiques; une caméra souvent à hauteur de visages comme pour en calligraphier les émotions, très mobile aux moments de tension, plus fixe pendant les accalmies. Ombre et lumière!

D'abord réticente à toute forme de "confession" -Rocks garde secret le départ de sa mère et veut agir seule- elle comprendra que le "vivre ensemble" s'accomplit aussi dans le partage des tourments. Solidarité et sororité. Ode à l'amitié 

 

Et si à travers le personnage de cette jeune fille de 15 ans,  Sarah Gavron fait le portrait de l'adolescence dans sa complexité (dont le découpage de visages  comme support à la découverte de l'univers de Picasso, serait la métonymie) son film est aussi un hymne au multiculturalisme -les 6 amies n'incarnent-elles pas la diversité sociale, culturelle et religieuse dans la capitale britannique contemporaine?

 

à voir 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 12:51

De Sébastien Lifshitz  documentaire (France)

Amies inséparables, Anaïs et Emma ont pourtant des caractères opposés et appartiennent à des milieux très différents, conditionnant pour beaucoup ce qu’elle sont et traversent au cours de ces cinq ans. La part de liberté accordée à chacune n'est pas la même : l’une peut s'opposer avec une énergie farouche à ce que le destin semble lui réserver, l’autre mène mollement son existence et s’interroge vainement sur ses aspirations. Le film retrace leur évolution, de l'âge de 13 à 18 ans, où les transformations radicales et les premières fois ponctuent leurs vies quotidiennes. L'occasion également de voir une France qui change...

Adolescentes
Beaucoup de bien, à juste titre, a déjà été dit sur ce documentaire de 2 H 15 où l’attention du spectateur ne faiblit à aucun moment.
On suit deux adolescentes copines, de milieux sociaux différents, de la fin de la 4ème à la Terminale, avec authenticité et bienveillance.
 
Exploit du réalisateur qui réussit ce tour de force de la cohérence dans le changement sur une longue période, de cet âge dit difficile et d’avoir été toujours présent avec sa caméra aux moments cruciaux. Sébastien Lifshitz réussit à capter des dialogues plus vrais que vrais. Il nous offre un tableau très intéressant de cette jeunesse bien ancrée dans son temps (référence en passant aux attentats terroristes de 2015 et des élections présidentielles de 2017) mais aussi à l’orientation des jeunes vers la formation professionnelle pour l’une, de parcours sup. pour l’autre.
En résumé, on apprend, on s’étonne, on compare, on rit, on constate avec tristesse parfois.
 
Il en sort que la question du bonheur, ou plutôt de l’aptitude au bonheur et de ses origines reste posée. Laquelle des deux jeunes filles réussira le mieux sa vie ?...
La question reste ouverte et ce n’est pas la moindre richesse de cet excellent documentaire, qui fera date.
 
Serge Diaz

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 06:40

De Carlo Sironi (Italie Pologne 2019)

avec Sandra Drzymalska, Claudio Segaluscio,  Bruno Buzzi

Un jeune Italien Ermano est chargé d’accueillir une jeune polonaise et de prendre soin d‘elle le temps qu’elle donne naissance à un enfant dont elle devra se séparer au profit d’une famille adoptive (Fabio l’oncle d’Ermano, d’ailleurs rémunéré pour cela)

Sole

Le contournement de la loi (procédure d’adoption manigancée par le couple stérile Fabio et Bianca faisant du neveu le faux père …) sert de point de départ à ce film. Mais l’essentiel concerne la relation Ermano/Lena et plus précisément de l’avis même du réalisateur Sole raconte l’histoire d’un garçon qui parce qu’il doit faire semblant d’être père arrive à se sentir père 

Le film tel un sismographe va enregistrer (et le spectateur avec lui) la moindre pulsation, (à l’instar de celles que perçoit Lena enceinte), la plus imperceptible évolution d’un « couple » apparemment impassible indifférent ; Ermano (jusqu’à son contrat avec son oncle était voleur de scooters et accro aux machines à sous) Lena (vit depuis un an en Italie sans attache) sont comme des étrangers, ils sont aussi  absents à eux-mêmes ; mais sous le masque de la douceur mélancolique se lovent -peut-être - douleurs et rêves enfouis

 

Et le réalisateur a opté pour certains procédés (qui à n’en pas douter vont provoquer le rejet sinon le malaise chez certains spectateurs) Son approche sera clinique

D’abord le format 4.3 celui qui précisément « enferme » les personnages dans un cadre restreint (visage d’Ermano qui se détache telle une effigie, visage de Lena au regard éteint ou faussement scrutateur ; duo impassible et impavide regardant un lointain inaccessible ; ou alors le cadre s’élargit et le visage vu d’abord en gros plan se fond en se dissolvant dans un ensemble). Le choix des couleurs participe de la même volonté : océaniques (on est dans une  station balnéaire et la décoration de l’ascenseur abolit la frontière avec le réel) verdâtres ternes , lumière pastel .À cela s’ajoutent le laconisme des dialogues et cette succession de plans fixes (dont certains avouons-le...un peu longs...). Enfin absence de musique -hormis quelques morceaux d’électronique de Teonoki Rozynek

 

Mais...cynisme et insolence progressivement s’estompent : le regard d’Ermano aura l’éclat d’une épiphanie et l’indolence affichée de Lena (aux postures balthusiennes, parfois) va se transfigurer en son contraire dans un sursaut ...final.

Ainsi nous aurons assisté à une autre naissance que celle de Sole, celle des deux personnages à eux-mêmes

 

Un film de regard

Un « film sur la pudeur de l’amour »

Un film que je vous recommande (Omnia aux toiles) 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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