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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 07:36

De William Oldroyd 

Avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton, N. Ackie 

 

1865, Angleterre. Katherine souffre en silence d'un mariage de raison avec un lord bien plus âgé qu'elle. Lorsqu'elle tombe amoureuse d'un palefrenier travaillant  sur le domaine de son époux la situation devient intenable....Et le domaine s'embrase...

 

 

The Young Lady

Adapté du roman de l’écrivain russe Nikolai Leskov "lady Macbeth du district de Mtensk" (1865) le film de William Oldroyd va transposer l’action de la Russie tsariste -au régime féodal impitoyable- à l’Angleterre victorienne -mais en plaquant sur elle des données typiques du XXI° siècle dont l’antiracisme et le féminisme….pourquoi pas ? Encore que...

Metteur en scène de théâtre, le réalisateur imprime à son film la rigidité des cadrages; sa caméra s’attarde sur des intérieurs, décors qu’il a découpés de façon stricte -sans respiration comme s’il s’agissait d’un travail scolaire respectueux de règles et recommandations ; on pourra toujours  rétorquer que le recours aux plans fixes sur des espaces clos illustreront  la frustration de la jeune femme cloîtrée; mais l’ambiance  censée être "rendue" est purement formelle, tel un ascétisme de façade; rien ne sourd ni étouffement ni frustration

Un autre exemple de facticité décorative : le plan prolongé sur les deux corps nus enlacés (Katherine et le palefrenier Sebastian) ne suggère aucune sensualité ; ils sont "posés" à même le sol inertes pour la photo

Quand la jeune Katherine cheveux au vent arpente la nature et l'immensité de ses plaines  -dégagée provisoirement des contraintes de châtelaine esclave du protocole- une bande son accentue inutilement le mugissement du vent et la chorégraphie impétueuse des herbes folles

Le corset que la servante serre "au-delà du supportable" -et la scène revient plusieurs fois- est censé symboliser à la fois un joug et un système où l’épousée est la "propriété' du mâle ; or son traitement prête  à sourire !!!

Des rebondissements macabres, trop longuement traités (la mort par asphyxie du gamin "naturel" par exemple) desservent le récit au lieu de l’illustrer !!

On pourrait multiplier les exemples pour dénoncer prétention et inanité

 

Cela étant, Florence Pugh interprète du mieux qu’elle peut une jeunesse étouffée mais si malicieuse, une vierge effarouchée que la passion dévorante métamorphosera en criminelle impavide, se libérant ainsi de la domination du mâle ; l’amant lui-même ne fut-il qu'un objet sexuel  ???

 

Colette Lallement-Duchoze

The Young Lady
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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 08:07

De Ivo M. Ferreira

avec Miguel Nunes (Antonio) Magarida Vila-Nova (Maria José) Ricardo Pereira (Major M) Joào Pedro Vaz (le Capitaine)

 

 

En 1971 un jeune médecin portugais est mobilisé dans l'armée pour servir en Angola où fait rage une guerre coloniale  absurde et inutile. Chaque jour il envoie à sa femme des lettres d'amour. Ce jeune homme en train de devenir écrivain, c'est Antonio Labo Antunes. Les lettres sont l'inspiration du film

Lettres de la Guerre

 

Un projet ambitieux: donner vie, en les portant à l'écran, aux  lettres d'amour écrites par Antonio Lobo Antunes à sa jeune femme enceinte restée au Portugal. Nous  sommes en 1971; il a 28 ans; il est enrôlé dans cette "sale" guerre en Angola comme médecin. Rappelons que l'Angola, colonie portugaise, accédera à l'indépendance après 15 années de lutte (1960-1975) jusqu'à l'épuisement de la métropole et la Révolution des Oeillets 

 

Une voix off -celle d'une femme le plus souvent, soit la destinataire des missives- nous fait entendre, languide, ce chant d'amour de désespoir et de Vie, cette attente anxieuse et maudite. La femme est vénérée à la façon d' André Breton (poème "l'union libre") : la femme microcosme du Monde, femme enchanteresse dont il "aime tout jusqu'à la fin du monde"; femme Muse, femme dépositaire de confidences (c'est un drame pour moi de trouver des choses à dire aux gens; je suis peuplé d'un silence de forêt absolument incommunicable)

Alors que nous entendons ce flux mémoriel et sensuel, nous voyons le jeune médecin sur le "front" à un avant-poste. Mais l'image (superbe noir et blanc) n'illustre pas les "mots" (hormis peut-être la scène d'ouverture avec cette magnifique contre-plongée ou ce plan  large sur des passagers attablés et sur l'orchestre; alors que les enrôlés sont à bord du bateau en partance pour l'Angola. Antonio croque, avec une  ironie enjouée, l'orchestre Vera Cruz composé de parfaits titis lisboètes maigrichons, l'oeil coquin...

C'est que le dispositif voulu par le réalisateur  doit créer une "distance" , montrer une "absence" (le choix du off doit rendre palpable l'éloignement -de la femme, du pays- et sa douleur torturante et le choix du  noir et blanc doit  rendre compte de l'absurdité de la guerre telle que la voit ou la vit  Antonio, restituée comme en décalé ). Rappelons que le soldat/médecin est aussi un apprenti-écrivain, et un homme amoureux qui dans un contexte tragique a cherché et trouvé dans les "mots" un viatique exorcisant 

 

Mais alors que Gomes dans Tabou (puisqu'il est de bon ton de comparer les deux approches) avait su mêler fantômes du cinéma -le muet, avec Murnau- colonialisme, surréalisme et chant d'amour avec une rare liberté et une audace dans les enchaînements, Ferreira tout en exploitant une certaine langueur, tout en jouant sur les "surimpressions" -réalité et rêve, caméra subjective- ne décuple pas la magie du noir et blanc et les "faits de guerre" semblent plaqués artificiellement (même l'appel lancé par Marcello Caetano à défendre le Portugal contre ses ennemis); on a droit aux clichés traités tels des instantanés: soldats qu pètent les plombs, copulent avec des "locales", tuent à bout portant, se saoulent, ou qui sont  pris dans les pièges de mines ou d'éboulements...

 

Lettres de la guerre reste en-deçà des attentes légitimes du spectateur; mais le lecteur/auditeur de "De ce vivre ici sur ce papier" (dont s'inspire le film) sera comblé à l’écoute d'un  cœur mis à nu ....

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 08:18

De Nicolas Silhol 

Avec Céline Sallette, Lambert Wilson, Stéphane de Groodt, Violaine Fumeau

 

Argument: "Emilie Tesson-Hansen est une jeune et brillante responsable des Ressources Humaines, une " killeuse". Suite à un drame dans son entreprise, une enquête est ouverte. Elle se retrouve en première ligne. Elle doit faire face à la pression de l’inspectrice du travail, mais aussi à sa hiérarchie qui menace de se retourner contre elle. Emilie est bien décidée à sauver sa peau. Jusqu’où restera-t-elle corporate ?

Corporate

Corporate est un anglicisme que l’on peut traduire par "esprit de corps ; esprit de maison", ce qu’illustre d’ailleurs le pré-générique : une course de traîneaux sur les pistes enneigées réunit dans la "joie" patron et cadres ; séquence d’apprentissage aussi "il suffit de bien tenir les rênes" constate satisfaite Emilie Tesson-Hansen -la killeuse récemment embauchée ; meute qui aboie impatiente ? Il faut la mater dans le sens du poil. Tout ou presque est dit dans cette séquence inaugurale...

Une multinationale agroalimentaire Esen a formé ses cadres pour se "débarrasser" de ses employés sans les licencier -on ne paiera pas les indemnités- :en les culpabilisant" en les contraignant à démissionner ou accepter une "rupture conventionnelle de contrat de travail" ; ces formes de "management" sont hélas connues de tous ; stratégie régulièrement condamnée par les salariés ; parfois en haut lieu pour la forme...bien hypocrite ; stratégie régulièrement réactivée, pour son efficacité....

 

Le film va raconter la prise de conscience d’une RH suite au suicide d’un employé ...ou comment un cadre bien "intégré" bien "cuirassé",  voit  sa carapace se fendiller et se fissurer. 

Emilie qui cherche à être "impeccable" au point de changer de corsage dans sa voiture et de vaporiser ses aisselles de déodorant, elle qui est toujours impassible et respectueuse des ordres de son chef (Lambert Wilson) veut dans un premier temps "sauver sa peau" quand elle devra assumer "seule"  les effets collatéraux d’un suicide, puis…

 

Mais la démonstration -dont on est censé suivre les doubles étapes : celle d’une conscience qui se libère en s’humanisant et celle de l’enquête menée par l'inspectrice du travail (Violaine Fumeau) , pêche par son absence de souffle et par une façon de filmer bien convenue : huis clos des bureaux parisiens, avec leurs vitres qui cloisonnent malgré leur transparence, champs contrechamps abusifs, zooms intempestifs, recours aux lumières bleues ou jaunes qui surchargent ou plombent l’ambiance, acteurs -hormis Céline Sallette-  trop souvent  réduits au rôle de marionnettes qui débitent leurs propos tels des psittacidés.. (même Lambert Wilson!!) Dommage!

Mais Céline Sallette (elle "crève" ici l’écran, en étant de tous les plans) est une actrice talentueuse (on se souvient de sa prestation dans Apollonide et  dans "Mon âme par toi guérie" )

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 20:29

Documentaire réalisé par Jean-Stéphane Bron (Suisse, France)

 

 

Une saison dans les coulisses de l'Opéra de Paris. Passant de la danse à la musique, tour à tour ironique, léger et cruel, l'Opéra met en scène des passions humaines et raconte des tranches de vie, au coeur d'une des plus prestigieuses institutions lyriques du monde...

L'Opéra

Un souffle ! une tornade, parfois ! On passe de l’Opéra Garnier à l’Opéra Bastille, de la danse à l’art lyrique, des réunions avec le directeur aux répétitions, du focus sur le jeune baryton-basse au chef d’orchestre, de la scène aux coulisses. Une sorte de kaléidoscope (bien illustré par le graphisme de l’affiche) ; une ruche en ébullition où chacun participe activement et apparemment avec la volonté de "bien faire" -des danseurs, des jeunes violonistes, des chanteurs, du personnel administratif, à tous ceux qui œuvrent dans l’ombre -costumiers, maquilleurs, coiffeurs, employés de ménage, machinistes, décorateurs, etc.

On retiendra ce plan où une femme, telle une ombre tutélaire, attend derrière le rideau, la diva qui  "s’écroule" et lui apporte de l’eau et des mouchoirs ; ou cet autre à l’Opéra Bastille où les jeunes d’une classe de Zep "les petits violons" descendent l’escalator, vers la scène pour la"représentation" de fin d’année, alors qu’en sens inverse une femme de ménage monte vers les pièces à nettoyer. (ascenseur social -inversé?) ou encore ce plan prolongé sur deux régisseuses qui en retrait, sur leur console chantent -pour elles, donc pour nous- la partition...interprétée sur scène pour le "public"

 

L’Opéra est une Institution. Confrontée à tous les problèmes qui la lient au pouvoir politique et à la culture. Lissner le nouveau directeur -dont le portrait est bien lisse ...- doit gérer une défection de dernière minute, régler le problème de la démission de Benjamin Millepied -cf le film « la relève », annuler des représentations pour cause  de grèves, fédérer après les attentats de novembre 2015, discuter avec le régisseur et autres membres du personnel pour rendre les prix plus " attractifs"

Il est comme le fil d’Ariane. Car l’Opéra est un "monstre" -à l’instar du taureau présent sur scène pour Moïse et Aaron -, un monstre aux organes puissants et multiples, répartis des sous-sols aux combles et dans les entrailles duquel nous pénétrons grâce à ce documentaire, avec frénésie comme happés par sa musique intérieure. Bien sûr nous entendons Wagner (répétition des Maîtres chanteurs de Nuremberg) Schoenberg (répétition de Moïse et Aaron) ou Beethoven (pour les "petits violons"); nous serons subjugués par ces voix à la tessiture extraordinaire (Mikhaïl Timochenko, Olga Peretyatko). Mais il y a cette  respiration humaine (souffle susurrement martèlement des pas etc..) et  surtout nous captons la "voix" du réalisateur qui, par des raccords audacieux et sans se soucier de chronologie, a voulu mettre sur le devant de la scène moins un "spectacle" qu'une mosaïque de relations humaines 

 

Un documentaire à ne pas manquer 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

"le désir qui anime cette tour d'ivoire me semble être précisément ce qui fait cruellement défaut à "l'extérieur", dans nos sociétés qui n'arrivent plus ou très difficilement à s'inventer un avenir commun" (dépliant AFCAE)

 

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 06:46

d'Arnaud des Pallières 

avec Adèle Haenel, Adèle Exarchopolous, Jalil Lespert, Solène Rigot, Vega Cuzytek

Orpheline

Voici le portrait d’une femme à quatre moments de sa vie. Une même orpheline (non pas de père ni de mère mais en quête de... à la recherche d'une innocence perdue?? ) incarnée par quatre actrices différentes (Adèle Haenel, Adèle Exarchopolous, Solène Rigot, Vega Cuzytek)  

 

Nous allons suivre -mais "à reculons"- son parcours.

Construire en  déconstruisant  la sacro-sainte chronologie (éviter le piège du déterminisme?) c’est le procédé adopté pour le traitement narratif; c’est aussi celui qui prélude à l’appréhension du personnage. Renée jeune femme mature et accomplie s’impose d’abord à nous. Très vite elle est "rattrapée" par son passé (un secret ? Complicité de meurtre?). Elle était cette jeune fille vivant une expérience saphique sur fond de courses hippiques. Complètement déboussolée en  adolescente croqueuse d’hommes mais violentée par eux, témoin d’une tragédie en Kiki enfant.

 

Hormis la longue séquence d’ouverture filmée en montage parallèle, chaque épisode de sa vie fera l’objet d’un traitement "particulier" et d’une thématique spécifique (la mort, l’argent le sexe) avec toutefois des récurrences qui rappellent les variations musicales ou les "enjeux" dans la quête de l’orpheline, à la recherche de l'amour : la présence d’un bébé, la relation au " mâle ", le rôle du père qu’il soit "biologique" (violent et alcoolique quand elle est adolescente mais tendre, aimant quand elle est gamine) ou père de substitution. 

Une constante aussi : cette façon de filmer le corps de la femme à la fois sensuelle et torride, dans sa beauté brute et/ou sa rage de vivre. (de très gros plans sur le grain de la peau, les lèvres, la bouche dévorante, les tétons que l’on titille ou lèche avec avidité, et surtout le regard).

 

Quatre actrices formidables (surtout la petite Vega Cuzytek) une façon de filmer exigeante à laquelle Arnaud des Pallières nous a habitués (on se souviendra peut-être du film "Adieu")

Et pourtant ...on reste dans une forme de "cartographie" que la bande-son exacerbe ou peut-être que le film dans son entièreté recomposée n’a fait que susurrer une invitation à devenir "corps réceptacle"..

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 17:49

De Wissam Charif  (Liban, France)

Avec Raed Yassin, Rodrigue Sleiman, George Melki

 

Argument: Après 20 ans de séparation, Samir, ancien milicien présumé mort, réapparaît dans la vie d’Omar, son petit frère devenu garde du corps à Beyrouth. Entre drame et comédie, Samir doit se confronter à un pays qui ne lui appartient plus.

Tombé du ciel

Deux scènes encadrent le film en se faisant écho. Dans la première un homme au bord de l’épuisement arpente des collines enneigées (la bande son surligne le crissement de ses pas) il échoue sur un trottoir à Beyrouth ; dans la dernière le même après avoir sauté d’un parapet est renvoyé par la mer et il échoue sur la plage. Que s’est-il passé entre ces deux moments ? Qui est ce « fantôme » voué à revenir et disparaître ? C’est la dynamique interne du film.

 

Lui c’est Samir. Ex milicien -que l’on croyait mort- il revient comme « tombé du ciel » dans le pays de son adolescence; il est hébergé chez son frère cadet Omar devenu un malabar  bodyguard (certes empoté...)

Mais que de désillusions ! Le Liban qu’il "découvre" lui paraît étrange car il s’y sent "étranger" -des filles que l’on drague sur la corniche, des magasins de voitures de luxe qui semblent florissants et tandis que dans des villas avec piscine on s’acoquine retentissent au loin les armes (attentats suicides ?). Pire ! Les personnes rencontrées semblent aussi déboussolées que lui (le voisin qui augmente le son de la télé quand précisément on lui demande de le baisser, le père âgé qui récite tel un psittacidé les victoires que le Liban a gagnées sur ses envahisseurs, etc). Stigmates de la guerre civile au Liban (1975-1990) ?

 

Le réalisateur a choisi le format 1,33 (celui dit du « carré » qui enferme les protagonistes dans le cadre, et qui ne restituera que des lambeaux de "décors" -appartement, immeubles ou paysages), il a opté pour le mode de la comédie "douce-amère" avec des florilèges d'absurde...Volonté de dédramatiser ? dépassionner? ou photographie à peine déformée du Liban actuel? Les spectateurs présents lors de la rencontre avec le réalisateur auront peut-être la réponse.....

 

Cela étant, le thème du "revenant" qui au final s’éclipsera après avoir porté un regard amusé et grave à la fois,  sur un réel morcelé (ce dont rend compte l’option du réalisateur pour une succession de « sketchs » parfois burlesques) est plus qu'intéressant! -même si son traitement n'est pas toujours convaincant...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 07:45

D'Adrian Sitaru (Roumanie)

avec Tudor Aaron Istodor Mehdi Nebbou, Nicolas Wanczycki, Adrian Titieni

 

 

Radu, un jeune et ambitieux journaliste veut se faire un nom dans la presse internationale. Quand deux prostituées mineures sont rapatriées de France, il est engagé comme fixeur dans l’équipe d’une chaîne de télévision française dirigée par un journaliste reconnu. Mais durant le voyage, les intentions, les ambitions et les limites de chacun vont se révéler.

Fixeur

Radu mène de " front " deux activités : fixeur pour le bureau roumain de l’AFP et " coach" de Mattéi le fils de sa compagne Carmen ; la devise olympique affichée à la piscine où s’entraîne le gamin " citius altius fortius" vaut aussi mutatis mutandis pour son " métier "

Ce n’est pas pur hasard si le film s'ouvre et se clôt sur les scènes de piscine. Dans la première, Radu derrière une vitre embuée encourage par des gestes, et consigne les progrès du jeune nageur ; dans la dernière c’est la déception due à la défaite, mais …. ce sera aussi une prise de conscience, celle de nos limites….

Entre les deux, le réalisateur nous aura entraîné dans le sillage tortueux -et tordu- de journalistes avides de sensationnalisme ….(interview avec la mère d’Anca, la jeune prostituée mineure rapatriée de France, avec la mère supérieure, etc.)  précautions "d'usage" pour mieux amadouer. Peu importe le sort de la jeune prostituée, l’essentiel est le scoop " en provoquant un entretien, entendre l’identité du proxénète"... Et pour l'entretien ruses astuces et mensonges de Radu seront les bienvenus (après tout il n'est qu'un fixeur, reconnaît méprisant et condescendant le journaliste !)

Dans un monde machiste, rigolades et propos salaces abondent. Et ces images captées par le cameraman : de très gros plans sur des visages taraudés par la douleur sont d’une monstrueuse indécence ; ce que dénonce bien évidemment le réalisateur

Car le film se veut une fiction moralisante sur la " manipulation " dont il démonte les mécanismes et capte les retentissements en longs plans séquences et avec force  "discussions " je me suis intéressé à comment nous manipulions nos proches. Toujours au nom de principes très louables " (cf dépliant " intentions de réalisation ")

Le réalisateur va plus loin encore: les " méthodes " et le " discours " de Radu et des journalistes rappellent  ceux des proxénètes que précisément ils sont censés dénoncer (comment expliquer autrement la réaction de la jeune Anca - "je vais te sucer"- aux questions posées par le fixeur dans l’habitacle d’une voiture...?)

 

Parfois la fiction rejoint le documentaire ; pour preuve cette façon de filmer les conditions sociales dans les campagnes roumaines -lumière naturelle, caméra à l’épaule- en laissant " parler " dans son jaillissement cette forme de détresse, proie "idéale" de toutes les " manipulations ".

On connaît le goût du cinéaste pour la forme hybride (mélange fiction et documentaire d’observation) elle avait  prévalu dans Illégitime (avec son acteur fétiche Adrian Titieni que l’on retrouve ici dans le rôle de Molnar) .

Mais quand subrepticement et momentanément on délaisse la " fiction ", le réel  semble faussement documentarisé.  Dommage! Serait-ce dû au découpage ???

 

Colette Lallement-Duchoze

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 17:45

De Aki Kaurismäki

Avec Sherwan Haji Sakari Kuosmanen, Ilkka Koivula

 

Helsinki. Deux destins qui se croisent. Wikhström, la cinquantaine, décide de changer de vie en quittant sa femme alcoolique et son travail de représentant de commerce pour ouvrir un restaurant. Khaled est quant à lui un jeune réfugié syrien, échoué dans la capitale par accident. Il voit sa demande d’asile rejetée mais décide de rester malgré tout. Un soir, Wikhström le trouve dans la cour de son restaurant. Touché par le jeune homme, il décide de le prendre sous son aile. ​​​​​​​

L'autre côté de l'Espoir

Il en va au cinéma comme en littérature. L’incipit formalise en quelques scènes le propos du film. Un cargo entre dans le port d’Helsinki. Ciel bleu boréal et plongée dans la soute à charbon. Noire sur noir une silhouette s’en dégage, traverse la machinerie du navire, entre dans la ville, lance une piécette à un papy rocker, chanteur de rue avant de s’enquérir d’une douche. La première parole est prononcée, le film peut débuter.

Il s’appelle Khaled, syrien d ‘Alep et demande l’asile politique à la Finlande au premier commissariat de la ville portuaire.

 

Ce film traite-t-il de la question du migrant qui, dans un parcours, va se confronter aux institutions faussement empathiques du pays d’accueil ?

Nous sont données à voir quelques scènes entre le jeune syrien et une femme fonctionnaire belle et froide jusqu’au cliché scandinave, au cours desquelles Khaled va dérouler son histoire de guerre et de fuite devant l’horreur, sans pathos excessif . S’il échoue là c’est davantage le fruit du hasard plutôt qu’un vrai choix. On "n’emmène pas sa patrie à la semelle de ses souliers" comme disait l’autre…

L’hypocrisie de la décision administrative sera aussi glaciale que la fonctionnaire censée l’avoir instruite.

 

Mais l’intérêt du film n’est pas là. Car Khaled va se frotter à la vraie vie, aux vrais gens. Les racistes et leur violence qui pourraient avoir le dernier mot comme les hommes simples ni trop généreux ni trop mauvais mais qui vont accompagner Khaled dans ses épreuves pour tenter de le préserver du pire.

 

Ce thème n’est pas neuf au cinéma. Les Dardenne, Philippe Lioret (Welcome) pour ne citer qu’eux s’y sont risqués avec succès.

Mais ici la poésie des images d’Aki Kaurismaki fait merveille. Elle prend la forme d’une rencontre improbable entre Khaled et Wikhström, un sexagénaire grossiste en chemises qui va jouer, au sens propre comme au sens figuré, sa vie sur un coup de poker pour se retrouver patron d’un improbable café/restaurant et «DRH » de trois employés hérités avec les murs. Khaled le réfugié y trouvera, sinon une place, du moins un asile moins anxiogène.

Toutes les scènes du restaurant sont filmées comme une vraie chorégraphie humoristique faisant penser à la gestuelle chère à Jacques Tati. La drôlerie des réparties et des situations fera le reste, évitant que cette histoire ne sombre dans le drame « sans espoir » pour reprendre une partie du titre du film.

Les pastilles musicales sont savoureuses et talentueuses . Les papys rockers s’invitent à chaque fois que le récit s’humanise et ouvre la porte à la générosité humaine. Grâce à la musique le restaurant/brasserie à la recherche d’un style pourrait bien y trouver le sien.

 

NB : Avis à tous les cinéphiles et amateurs d’automobiles de collection. Wikhström roule dans une superbe limousine au moteur ronflant qui fait penser à une voiture de luxe soviétique. Qui pourrait nous renseigner sur la marque en question

 

Joël Dupressoir

 

 

Oui; on retrouve dans ce film les thèmes si chers au cinéaste :son empathie pour les gens simples, la solidarité dont font preuve les cabossés de la vie ; la présence d’un chien ; l'activité portuaire avec ses anfractuosités presque chthoniennes ; l'émergence de la figure de l’autre (noir ou noirci); on retrouve aussi cette  façon de filmer si particulière: couleurs froides en grands  aplats, personnages filmés en plans américains ou en frontal  avant que le cadre ne s'élargisse; ellipses; dialogues minimalistes (hormis quand Khaled raconte son parcours égrené comme une "liste de courses"); importance de la musique (ici chansons nostalgiques) et cette Kati Outinen (actrice fétiche du réalisateur: Le Havre, l’homme sans passé,  Juha,  la fille aux allumettes etc..) même si  son rôle est ici secondaire -celui d'une commerçante qui va  fermer boutique pour aller au Mexique-
Un grand moment de cinéma !
Colette 14/04/2017

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 06:29

de Fiona Gordon et Dominique Abel 

Avec Fiona Gordon (Fiona) , Dominique Abel (Dom) Philippe Martz (monsieur Martin) , Emmanuelle Riva (Martha) 

Paris pieds nus

Un Paris "carte postale" revisité par le couple Fiona et Dominique - Ce duo aux corps élastiques qui dès L’iceberg ou Rumba avait enchanté le spectateur !! Moins " poétique " que "la fée" mais aussi surréaliste et avec des gags dignes de Pierre Etaix ou de Tati, des clins d’oeil à Chaplin : (la danse des pieds rappelant celle des "petits pains" dans "la ruée vers l‘or"), ce  "Paris pieds nus" a la légèreté émoustillante du champagne (que l’on sirote au bord de la Seine) une gaîté multicolore (le rouge du sac à dos de Fiona et le vert de son pull) et surtout l’errance vagabonde de la liberté (comme le suggère le titre dans ses sens propre et figuré). 

Elle c’est Fiona : débarquant de son Canada -dont la froideur est immortalisée par cette "carte postale animée" qui ouvre et clôt le récit-, elle va arpenter, avec la maladresse de tout étranger paumé, les rues de la capitale à la recherche de sa tante Martha. -portée disparue. Lui c’est Dom qui a élu domicile sous une tente sur les quais, tout près de la "statue de la Liberté". Et comme souvent dans leur film, on assiste à une chorégraphie de chassés-croisés -entre des objets et surtout entre  des personnages ; le point d’orgue étant cet équilibre -conquis ou retrouvé- en haut de la Tour Eiffel!

 

Un réel souvent décalé,  mais toujours  empreint d'une  humanité  bienveillante, un réel que l’on se réapproprie par la fantaisie ou l’humour ; tout comme Martha - admirablement interprétée par Emmanuelle Riva coiffée à la punk- qui ne perd pas vraiment la boule car elle sait déjouer certains pièges tendus au nom de la Raison; sa confusion initiale -poubelle et boîte à lettres- n'a nullement empêché sa missive d'arriver miraculeusement à destination outre Atlantique; point de départ de la narration! 

 

Troubadours contorsionnistes des temps modernes Fiona et Dom ont ainsi l’art de réenchanter le quotidien  (même si la magie n'opère plus…comme aux premiers jours... )

 

Colette  Lallement-Duchoze

 

 

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 10:04

De Mariano Cohn, Gastón Duprat

Avec Oscar Martinez, Dady Brieva, Andrea Frigerio

 

Argument:

L’Argentin Daniel Mantovani, lauréat du Prix Nobel de littérature, vit en Europe depuis plus de trente ans. Alors qu'il refuse systématiquement les multiples sollicitations dont il est l’objet, il décide d'accepter l'invitation reçue de sa petite ville natale qui souhaite le faire citoyen d'honneur. Mais est-ce vraiment une bonne idée de revenir à Salas dont les habitants sont devenus à leur insu les personnages de ses romans ?

 

Citoyen d'honneur
Voici un film dont il serait vraiment dommage de passer à côté...
Très agréable surprise; on rit, on sourit, on réfléchit. 
 
Le thème du retour aux origines est ici traité à la manière sud-américaine, avec un regard européen. On va de surprise en surprise, sans caricature, jusqu’à la fin, une première fin d’abord puis une seconde, ...vous verrez...
 
Le personnage principal (l’écrivain au prix Nobel) n’est pas ultra sympathique d’où la distanciation que le spectateur opère dès le début, et ça fonctionne car nous faisons le voyage en Argentine avec lui.
C’est exotique et universel. Faut-il retourner dans son pays d’origine qu’on a quitté depuis 40 ans même avec un prix Nobel dans ses bagages quand toute son œuvre romanesque traite justement de ce pays natal ?
Telle est la question et mille autres qui se pressent telles que celles sur l’égocentrisme, la misanthropie, la compassion, son parcours, la différence de cultures.
 
Un bon moment de cinéma.
 
Serge Diaz
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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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