25 mars 2022 5 25 /03 /mars /2022 17:46

de Hélier Cisterne (France 2020)

avec Vincent Lacoste, Vicky Krieps, Jules Langlade, Marc Brunet

 

libre adaptation du roman de Joseph Andras 

Alger, 1956. Fernand Iveton, 30 ans, ouvrier indépendantiste et idéaliste, est arrêté pour avoir déposé une bombe dans un local désaffecté de son usine. Il n’a tué ni blessé personne, mais risque pourtant la peine capitale. La vie d’Hélène, devenue la femme d’un « traître », bascule. Elle refuse d’abandonner Fernand à son sort

De nos frères blessés

Il est des films rares qui savent allier maîtrise parfaite du savoir faire cinématographique avec œuvre de mémoire historico-politique. C'est le cas de l'adaptation réussie par le jeune cinéaste Hélier Cisterne, du beau roman de Joseph Andras.

La réalisation est sobre avec des acteurs qui ne surjouent jamais, à la fois touchants de simplicité et pleins de charme (notamment l'actrice Vicky Krieps au délicieux accent polonais). Ils nous emportent dans une histoire vraie qui s'achève en 1957, grâce à un montage souple, habile, où le flash-back se mêle en permanence au présent.

 

D'emblée le film commence par l'exécution capitale de Fernand Iveton, en 1957 à Alger, condamné par un tribunal militaire à la guillotine,  pour avoir commis un attentat (sans aucune victime) dans un local désaffecté pour protester contre la guerre coloniale que menait la France du président René Coty à ce moment-là. Rappel historique au générique de fin : 142 opposants à l'oppression ont été  guillotinés, 54 exécutions signées par le ministre garde des Sceaux de l'époque : François Mitterrand, malgré les demandes en grâce de nombreuses personnalités intellectuelles et pacifistes .

 

Il est bon qu'un film qui est avant tout une très belle histoire d'amour tragique résonne aussi dans notre présent. Ces gens qui applaudissent au tribunal à l'annonce de la peine, devant la compagne effondrée, ne sont-ils pas les mêmes qui aujourd'hui applaudissent dans les meetings d'extrême droite, les cracheurs de haine et d'anti-progrès ?

 

Saluons dans ce film la reconstitution d'Alger des années 50, les ruelles, la mixité, la cohabitation entre les Français pieds noirs et les Arabes travaillant dans la même usine, le mélange de calme et de répression, la peur, la torture (mais jamais montrée), l'amitié et l'amour. Loin de tout style militant il nous fait vivre de l'intérieur l'héroïque engagement d'un ouvrier Français, qui comme Albert Camus, se sentait aussi Algérien, et défendait la dignité, l'envie d'un bonheur simple dans un monde juste.

 

On sort de la séance estomaqué et plein de questionnements sur cette époque si proche où la France se conduisait comme la Russie d'aujourd'hui.

 

Serge Diaz

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24 mars 2022 4 24 /03 /mars /2022 12:28

premier long métrage d'Omar El Zohairy (France Egypte Pays-Bas Grèce 2021)

avec Demyana Nassar, Samy Bassouny, Fady Mina Fawzy, Abo Sefen Nabil Wesa, Mohamed Abd El Hady 

 

 

Semaine de la critique Cannes 2021 Grand prix Nespresso, Prix FIPRESCI (fédération internationale de la presse cinématographique) 

Journées cinématographiques de Carthage Tanit d'or, Prix du meilleur scénario, Prix de la meilleure actrice 

Festival du film de Turin 2021 prix spécial du jury 

 

Une mère passive, dévouée corps et âme à son mari et ses enfants. Un simple tour de magie tourne mal pendant l'anniversaire de son fils de quatre ans, et c'est une avalanche de catastrophes absurdes et improbables qui s'abat sur la famille. Le magicien transforme son mari, un père autoritaire, en poule. La mère n'a d'autre choix que de sortir de sa réserve et assumer le rôle de cheffe de famille. 

Plumes

 

Le film s’ouvre sur une scène d’immolation (rappel des printemps arabes ? et du soulèvement ?) c’est le prologue! Un no man's land. Extérieur nuit  .

Et ce sera un décor de suie de fumée de noir de crasse qui prévaudra tout au long du film. Un environnement-dépotoir ? C’est bien une image sinistre glauque de l’Egypte qui s’affiche ainsi dès le début. Il en va de même quand nous pénétrons dans un appartement exigu spartiate insalubre -mais où dominent l’ocre et le sépia avec des effets de lumière diffractée et des aplats blancs-; microcosme où s’exerce la domination du « chef » de famille (il donne avec parcimonie à son épouse l’argent nécessaire à l’achat de denrées). Une épouse soumise qui exécute les tâches « ménagères » (lessiver cuisiner) et accomplit son « rôle » de mère éducatrice (3 enfants dont un en très bas âge)

Lors de la fête anniversaire d’un fils, un magicien de seconde zone fait « disparaître » le père…. ( il sera transformé en "poule") …Mais  ce faux(?) magicien est incapable de donner un  "contre sortilège" ! Cette intrusion du  "fantastique"  (surréalisme ?) va accentuer la précarité de la famille.

De personnage subalterne,  la mère devient la "cheffe" . La voici en quête d’argent pour payer le loyer (sous peine d’expulsion) en quête de nourriture, en quête de travail, en quête du  "magicien"  et ….à la recherche de son mari ou du moins d’un remède; alors que l’appartement s’est rétréci  -une chambre étant réservée au volatile, gallinacé  impavide qu'il faut soigner et ..nourrir-

 

Sobriété de la mise en scène, économie des dialogues, présence d’acteurs non professionnels, un point de vue unique -celui de la femme -soumise, regard  baissé, dont le visage ne s’illuminera d’un sourire qu’au final-,  ce premier long métrage de Omar El-Zohairy frappe par son mélange de réalisme -sordide-, de tragique mais aussi de fantastique… loufoque (qui peut évoquer  Roy Andersson)

 

Il faut saluer le travail sur la lumière et la composition des plans -le plus souvent fixes- (certains ressemblent à des natures mortes tout en "reflétant"  l’état d’esprit de la femme). En revanche l’espace sonore peut être saturé (amplification parfois outrancière des cris, vagissements, vrombissements de voitures et camions, heurtoirs ); et certains  très gros plans m’ont paru complaisants (même si nous sommes censés voir le sang, les ecchymoses et blessures sur ce corps de SDF troqué contre la poule, ou encore les crânes à l'abattoir à travers le regard grossissant de la mère)

 

 « Plumes est l’histoire d’une mutation obligatoire, un changement de nos comportements sociaux qui nous concerne tous, pas seulement les habitants de mon pays. Mon histoire peut se dérouler n’importe où et peut arriver à n’importe lequel d’entre nous » (Omar El Zohairy)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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22 mars 2022 2 22 /03 /mars /2022 09:44

d'Alain Guiraudie  2020

 

avec Jean-Charles Clichet , Noémie Lvosvsky, Illiès Kadri, Michel Masiero, Doria Tillier, 

Clermont-Ferrand, à la veille de Noël. Un attentat terroriste plonge la ville dans un état de panique. Dans ce climat tragique, Médéric, un jeune homme d’une trentaine d’années, tombe follement amoureux d’Isadora, une prostituée plus âgée. Mais la paranoïa collective va bientôt fragiliser leur nouvelle union.

 

 

 

Viens je t'emmène

 

Viens je t’emmène au rythme de mon jogging incertain de quadra, place de Jaude et la statue de Vercingétorix,  dans ces rues, ruelles, dans cet hôtel de passe Le France, dans mon appartement  ou à l'affût près du pavillon d'Isadora; viens je t'emmène savourer les fragrances de la ville, respirer les odeurs de ce corps fellinien entendre l'explosion l'apothéose au cri primal

 

Viens je t’emmène Ailleurs loin des apparences convenues (est-on immanquablement terroriste quand on est musulman?) dans des coïts ou des cunnilingus inespérés (une prostituée âgée n’en serait-elle pas moins nympho?)  

viens je t’emmène loin des discours convenus (les commentaires télévisés suite à un attentat frappent par leur vacuité) loin des idées reçues (les palabres sur le palier  "résonnent"  comme un conciliabule en haut lieu que rythme une lumière qui ...s’éteint ...à intervalles réguliers)

 

 

Le personnage principal Médéric (admirablement interprété par Jean-Charles Clichet) non seulement est au cœur de cette comédie parfois grinçante, aux allures de vaudeville qui mêle tous les problèmes de notre société (attentat terroriste, prostitution, conflits avec les jeunes des cités, violence conjugale, repli identitaire) mais il incarne avec une fausse distance ou du moins un semblant d'impassibilité (humour  décalé) des problématiques dont il serait peu ou prou -et à son insu- à la fois le fomentateur et la victime (amoureux d’une prostituée, il subit les foudres du mari jaloux ; il accueille un SDF... qu’il suspecte d’être terroriste, etc..)

 

Certes le comique de situation, de répétition, des dialogues peut sembler éculé mais ne s’inscrit-il pas dans cette volonté de  "tordre le cou"  aux faux semblants , aux stéréotypes dans une valse des désenchantements à la redoutable efficacité !!

 

A ce comique par l’absurde on peut bien évidemment préférer l’inconnu du lac L'inconnu du lac - Le blog de cinexpressions ou rester vertical Rester Vertical - Le blog de cinexpressions

 

Mais viens je t’emmène n’en reste pas moins une œuvre troublante dérangeante (explorer radiographier nos angoisses avec burlesque), et ….jubilatoire !

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 17:35

Documentaire d'Emmanuel Gras (2021)

En octobre 2018, le gouvernement Macron décrète l’augmentation d’une taxe sur le prix du carburant. Cette mesure soulève une vague de protestations dans toute la France. Des citoyens se mobilisent dans tout le pays : c’est le début du mouvement des Gilets jaunes. À Chartres, un groupe d’hommes et de femmes se rassemble quotidiennement. Parmi eux, Agnès, Benoît, Nathalie et Allan s’engagent à corps perdu dans la lutte collective. Comme tout un peuple, ils découvrent qu’ils ont une voix à faire entendre.

 

Un Peuple

La maison près des HLM a fait place à l’usine et au supermarché. Les arbres ont disparu, mais ça sent l’hydrogène sulfuré, l’essence, la guerre, la société... »

C’est sur cette chanson de Nino Ferrer que s’ouvre le film (tout un symbole! et la thématique annoncée  de la mise en périphérie aux sens propre et figuré) …alors que nous découvrons en surplomb la cathédrale de Chartres et par des travellings latéraux un quartier pavillonnaire, des HLM, des zones industrielles avant qu’une vue aérienne ne fige l’hypermarché : ce « carrefour » de la « voiture » de l’essence, du coût du carburant…déclencheur de la révolte en 2018 (à noter que la figure circulaire, le carrefour, le rond-point reviendra en leitmotiv, parée de significations différentes selon qu’elle est déserte, habitée par des humains cf l'affiche ou des « voitures »)

 

Cette « entrée en matière » donne l’impression d’un paysage apparemment sans âme

C’est alors que s’embrase la Vie. Oui celle de ces être soudés par leur soif de justice, leur volonté d’en découdre avec un système qui ne cesse de les précariser. Celle de ceux qu’on appellera « les gilets jaunes »

Emmanuel Gras va à leur rencontre et les suivra durant six mois Un carton nous avait avertis dès le début (le film ne « raconte pas les gilets jaunes mais un groupe qui a pris racine près de Chartes).

Le documentariste les filme sur leurs lieux de rassemblement -les ronds-points, les péages- leurs lieux de réunions (salles ou appartements), à Paris lors de manifestations de plus en plus violentes. Il multiplie aussi les approches : portraits (dont quatre fortement individualisés) avec entretiens face à la caméra, mouvements de masse ; tout comme il diversifie les « moments » - de ces petits matins où le froid gerce les visages, de ces soirs embrasés par les flammes des palettes, de ces ciels plombés ; il alterne les « ambiances » : sulfureuses (Paris) intimes (des « confessions » d’une sincérité émouvante) conviviales

 

 

Ce qui frappe c’est la parfaite adéquation entre la « dramatisation » intrinsèque au film et celle du mouvement. De sa naissance dans l’euphorie, la solidarité, les tâtonnements, jusqu’au découragement en passant par des attentes aussi insensées que nécessaires, des frictions au sein même du groupe et des constats désabusés 

 

Et si depuis 2018 les spectateurs ont connu d’autres drames, la sortie de ce film en 2022 ne peut être que salutaire !!

Oui la parole existe et la citoyenneté n’est pas liée au calendrier électoral, elle est de tous les jours !! 

 «On s’est aperçus qu’on était nombreux à avoir honte chacun dans notre coin, Ensemble, on s’est aperçus que l’on avait beaucoup moins honte"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

sur Emmanuel Gras 

 

Bovines ou la vraie vie des vaches - Le blog de cinexpressions 2012 

300 hommes - Le blog de cinexpressions 2015 

Makala - Le blog de cinexpressions 2017

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13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 06:46

Documentaire de  Marta Popivoda et  Ana Vujanović (Serbie 2021)

 

Prix des bibliothèques - Cinéma du réel 2021

 

à voir sur Tënk

https://www.on-tenk.com/fr/documentaires/les-films-de-cin-ma-du-r-el/paysages-resistants?utm_campaign=FR-NL%20Hebdo%20%23296&ut

 

"Paysages résistants” plonge dans les souvenirs de Sonja, 97 ans. Cette combattante antifasciste fut l’une des premières Femmes Partisanes de Yougoslavie et également une des chefs de file du mouvement de résistance au camp d’Auschwitz-Birkenau. Son histoire voyage à travers le temps et s’incarne dans une nouvelle génération antifasciste, entretenant l’idée qu’il est toujours possible de penser et de pratiquer la résistance.

Paysages résistants

 

Marta Popivoda et sa compagne Ana Vujanović filment Sonja Vujanović à Belgrade depuis quatorze années, recueillant le récit tumultueux d’une femme à la guerre. Des paysages viennent se poser délicatement sur cette parole, la faisant résonner, au passé comme au présent. Le militantisme de l’aînée vient alors progressivement en rappeler un autre, celui du couple, ayant fui la Serbie et son "capitalisme sauvage de périphérie européenne, l’homophobie et le populisme". Deux résistantes antifascistes dans un nouveau siècle où la lutte semble plus que jamais nécessaire. La passation s’opère au fil du film, la parole de résistance de Sonja vient s’incarner dans les lieux et corps des deux femmes. Elles composent ainsi non seulement un mémorial cinématographique, mais surtout, un "film partisan" pour le futur proche, par refus du silence. Car du sang versé au siècle dernier, il reste dans les champs de blé des coquelicots, toujours présents pour en témoigner.

 Aurélien Marsais Programmateur

 

Je vous recommande aussi le court métrage  de Marie Ward

Un mal sous son bras 

Prix du court métrage Tënk - Cinéma du réel 2021

 

Le soir, un groupe d’hommes se réunit sur le stade d’une école d’élite qu’ils ont autrefois fréquentée. Certains d’entre eux sont les grands gagnants de cette société nouvelle. Les successeurs des colons dont ils épousent les usages.

D'un mouvement double, allant des limbes vers les hauteurs d'une part, et d'un rivage conquis vers des zones sauvages d'autre part, voici une spirale filmique dont l'axe est l'histoire du Liban. La narration emprunte au récit onirique, au détournement d'images, au traité politique marxiste, au conte philosophique… Dérouté·e, curieux·se, la spectatrice et le spectateur sont incité·es à réadapter leur perception, leur perspective et par là-même à aiguiser le regard. Comme un indicateur subtil, la voix off cède la narration au titrage et, comme par une passe d'art martial, le regard se renverse. D'un pas de côté, d'un coup d’œil vers l'obscur, s'amorce une reconquête joyeuse. Par l'opération d'un regard, les conquérants sont conquis, et l'Histoire peut se retourner, le temps d'un film.

 François Waledisch Ingénieur du son

 

 Un mal sous son bras - Tënk (on-tenk.com)

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7 mars 2022 1 07 /03 /mars /2022 17:27

Voir la version en ligne 

 

 

 

 

 

 

 

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3 mars 2022 4 03 /03 /mars /2022 21:10

Court métrage expérimental de Peter Tscherkassky (Autriche 2021) 20'

en hommage à Kurt Kren

 

présenté à la quinzaine des réalisateurs Cannes 2021

 

Voici une balade fantôme dans la salle des machines du septième art, une cérémonie de la mécanique violente des véhicules ferroviaires et des transporteurs d’images. Tscherkassky parcourt l’histoire de l’avant-garde cinématographique, centrant son travail sur des citations du cinéma visionnaire

Train again

Le plan d'ouverture sera le seul plan fixe de ce court métrage  au rythme vertigineux.

Voici deux femmes : l'une debout, avec une valise, sur le chemin de fer, l'autre, accroupie, la tête posée sur le rail. L'objet de leur attente? de leur quête? 

Nous les reverrons dans le plan final après un "voyage" presque halluciné, où leurs regards se seront confondus avec ceux des spectateurs -du film et de la salle,- qui eux-mêmes regardent "passer le(s) train(s) " tout en étant leurs "passagers" 

 

Un voyage où se mêlent, se superposent, trépidantes, frénétiques, des images empruntées à de vieilles pellicules recyclées, à des rushes de films, découpés en collages; les perforations de la pellicule se confondant avec les voies ferrées. 

 

Cinéma et train ne sont-ils pas étroitement liés? Par le mode de fonctionnement certes (une avancée, un mouvement) par d'évidentes ressemblances (fenêtres du train et photogrammes, rails et perforations de la pellicule), mais surtout par l’époque de leur apparition l’un comme l’autre incarnant ce moment de l’Histoire où la vitesse du monde s’est considérablement accélérée.

 

Deux « transporteurs » donc  dotés de ces capacités à « fabriquer » des bouleversements (fussent-ils anxiogènes !!) et la "machine"  imaginée (recréée à partir de ...)  par Peter Tscherkassky nous embarque en 2021 dans des accélérations (cf les traverses clouées au moment même où le train s’avance…) ...jusqu’à l’accident …Ascension effondrement (tout comme on assiste à l'extinction de l'outil primitif du cinéma) 

 

Laissons-nous entraîner comme dans un "train fantôme", avec carrosses, destriers à l’assaut du  "cheval de fer" , le « découpant » et par lui  "découpés" ,  au son d’une musique qui n'est pas sans rappeler  celle de Steve Reich (different trains)

Ce court métrage expérimental  du maître autrichien avant-gardiste est sans conteste un hommage frénétique à l’histoire d’amour entre les trains et les débuts du cinéma,   un voyage fantasmagorique au cœur de la mécanique des images animées !

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

à voir sur Mubi

Train Again (2021) | MUBI

 

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1 mars 2022 2 01 /03 /mars /2022 09:39

Le 17 octobre 1982, l'astronome Edward L. G. Bowell découvrait un astéroïde situé entre les orbites de Mars et Jupiter. Sept mois plus tôt, le 3 mars, Georges Perec disparaissait. Il fut alors décidé de nommer l'objet céleste (2817) Perec, en hommage à l'auteur.

Quarante ans presque jour pour jour après sa mort, alors que l'astéroïde tourne encore, nous sommes très heureux de vous présenter une sélection de quatre films de – ou sur – cet homme, écrivain, cinéaste et verbicruciste (liste non exhaustive)

 

 

dont "Un homme qui dort"

Film à double signature, celle de l’écrivain disparu et du cinéaste Bernard Queysanne, travaillé à partir du texte initial de Georges Perec, dûment calibré par les auteurs. Une réflexion commune, un propos très concerté ont généré une œuvre novatrice, singulière, hors du temps. En voici le livret - car le film est construit comme une partition musicale, en plusieurs mouvements : un étudiant remet en cause toutes ses activités et tous ses projets et se plonge volontairement dans une sorte d’hibernation. Pendant plusieurs mois, il vit ainsi en dehors du temps, en dehors du monde jusqu’à ce qu’apparaissent les limites et les dangers de cette expérience radicale et c’est douloureusement qu’il reprend pied sur la terre des vivants. Histoire qui induit une recherche formelle et sonore importante, au service de l’idée "d’infra-ordinaire", chère à Georges Perec, qui la sous-tend.

Georges Perec sur Tënk

 

On aimerait tout d’abord relever la beauté des images et de cette bande-son composée des bruits de la ville (et de la voix de Ludmilla Mikaël), où le dehors et le dedans s’entremêlent jusqu’au vertige – vertige du temps et de l’espace. S’émerveiller ensuite de la capacité de Georges Perec (ici avec Bernard Queysanne), en chacune de ses œuvres, livres et films, à saisir une époque, les ambiances qui la caractérisent et les détails qui la composent, les objets et les mots qui en font la couleur. S’étonner comme à chaque fois des nombreuses affinités existant entre Perec et Jean Eustache, “Un homme qui dort” étant bel et bien le contemporain de “La Maman et la putain”. Il l’est également de films d’Alain Cavalier et de Marguerite Duras auxquels on songe ici notamment. Étrange invitation au voyage que ce film-ci – voyage immobile, hypnotique et somnambule au cours duquel vous croiserez peut-être votre double. Fabien David Programmateur du cinéma Le Bourguet de Forcalquier (cité par Tënk)

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25 février 2022 5 25 /02 /février /2022 08:06

Premier long métrage de Madiano Marcheti ( Brésil 2021)

avec Natália Mazarim (Luziane), Rafael de Bona (Cristiano), Pâmella Yulle (Bianca), Joana Castro (Nadia), Mariane Cáceres (Francine), Lua Guerreiro (Tiffany), Chloe Milan (Madalena), Lucas Miralles (William), Nadja Mitidiero (Cilene), Antonio Salvador (Gildo)

Trois protagonistes, Luziane, Cristiano et Bianca – qui ne se connaissent pas – sont pour autant tous liés d’une manière ou d’une autre à Madalena, une femme trans retrouvée morte, quelque part dans l’ouest du Brésil.

Madalena

Voici un immense champ de soja que ne perturbe aucun bruit, voici des autruches (nandous?)  qui se dandinent offrant leur cou,  le duvet de leurs plumes et leur regard scrutateur à celui de la caméra. C’est le plan d’ouverture. Un plan récurrent qui signera les moments d’une partition, partition composée de trois récits incarnés par des personnages différents.

Et dans ce vert éblouissant une tache blanche, furtive…

D’emblée le spectateur sera sensible  à la beauté formelle (et le film frappera par ses indéniables qualités esthétiques) mais il sera peut-être perturbé quand le réalisateur va déjouer ses attentes … Or précisément ce n’est pas le mystère qui entoure le meurtre de Madalena qui intéresse Madiano Marcheti

Il est  d’autres enjeux : une forme de radiographie de la société brésilienne, par des choix formels, le recours à des touches de paranormal et le « destin » de quelques personnages de milieux différents. Le champ de soja, les routes de terre rouge, croisements et passages des différentes histoires, vont illustrer ou incarner ces « enjeux »

Tombeau de Madalena, le champ de soja, illustration de la monoculture imposée par les exigences du libéralisme outrancier, devient la métaphore d’une société uniformisée où l’altérité est rejetée et où triompherait la transphobie. Champ de soja où s’en viendraient percuter les non-dits ; une lecture en filigrane des collusions entre politique et propriété foncière -incarnée par Cristiano- , des inégalités sociales -lisibles dans l’utilisation de véhicules témoignant du niveau social de chacun, véhicules empruntant ces routes « bucoliques »

Cristiano est l’héritier d’un empire foncier dont les signes de richesses envahissent parfois l’écran (ballet de drones, voitures engins sophistiqués, hectares de culture intensive) mais il a commis une erreur et redoute les foudres paternelles ….En parallèle voici deux autres univers -celui de Luziane, celle que nous avons rencontrée en premier ; issue d’un milieu modeste, elle travaille comme videuse la nuit dans un club privé. Et celui de ce groupe, queer -un transsexuel, une jeune fille et une jeune lesbienne obèse, amies de Madalena. La dernière séquence consacrée à ce groupe, frappe par l’ambiance sereine dans un cadre presque idyllique (alors que plane le fantôme de leur amie); sérénité comme antidote aux tourments d'une mort annoncée ? ou volonté de ne pas verser dans le fatalisme ? à vous de juger

Car le réalisateur s’abstient de toute intrusion, il suggère sans expliquer (fébrilité de Cristiano, bribes de discussion avant et après la baignade des trois amies, dialogue mère-fille parasité par des infos radio);  au spectateur de "recouper", de mettre en parallèle les parties du film  !!

Un même niveau de récit pour trois mondes différents et, partant, c’est peut-être un regard nouveau sur le Brésil contemporain qui est sollicité.

Sans voyeurisme ni sentimentalisme, Madalena est un film original sur la transphobie (le Brésil détient ce taux record le plus élevé au monde, de meurtres de personnes transgenres, nous apprend le générique de fin).

Un film que je vous recommande 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

à voir sur Mubi 

Madalena (2021) | MUBI

 

 

 

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21 février 2022 1 21 /02 /février /2022 07:05

de De Jacqueline Lentzou Grèce 2021

 

avec Sofia Kokkali, Lazaros Georgakopoulos

Musique originale composée par Delphine Malaussena

Berlinale 2021

 

Première diffusion : 19-02-2022 (Exclusivement sur MUBI) 

Moon, 66 Questions (2021) Prix & Festivals (mubi.com)

 

Lorsqu’une grave maladie frappe son père Paris, Artémis décide de rentrer chez elle en Grèce après quelques années d’absence. Sans s’y attendre, père et fille se lancent dans un voyage d’apprentissage et de révélation, annonçant un nouveau départ pour leur relation

 

 

Moon 66 questions

 

Un film sur les flux, les mouvements et l’amour (et leur absence) annonce le prologue

Pour évoquer le moment fugitif de leur éclosion, leur surgissement leur évanouissement, leur sens qui se dérobe affleure  et la permanence d’une incomplétude, la réalisatrice place son film sous le signe de l’astrologie (titre Moon  comme référence à la cosmogonie) de la magie (des plans fixes sur des cartes de tarot vont scander la narration) et de la mythologie (le choix des prénoms : Paris serait-il à l’instar de son homologue légendaire grec,  le déclencheur d'une  "guerre",  le conflit avec sa fille ? Artémis doit-elle à la déesse de la chasse et de la nature, associée à la lune, les fluctuations  de ses sentiments ?)

Comme si les incertitudes les inconstances les intermittences venaient du fond des âges et que les réponses -aux 66 questions- devaient rester dans les limbes de l’indécidable....

 

La première séquence peut surprendre  : voici des images filmées au caméscope, ( ?) datées de 1996, on entend des bribes de discussions ; on ne peut  "identifier" ni  les lieux, ni les personnages qui, d’ailleurs, sont  absents du petit écran comme embué, lequel se  confond bientôt   avec celui du hublot  Et pourtant Artémis est bel et bien à bord d’un avion qui la mène de Paris à Athènes où elle doit rejoindre un père, atteint d’une maladie dégénérative incurable, un père qu’elle connaît à peine…Le voyage comme Odyssée ? avec ces strates du passé comme filtres de la mémoire

 

La relation père/fille oscille constamment entre rejet, rancœur et affection, parfois fusionnelle, entre mutisme et violences verbales, comme si la vraie maladie était moins celle qui paralyse le père que celle de l’amour (avec son cortège d’affects de sentiments fluctuants opposés voire contradictoires, ce qu’illustrent les regards, les zooms, les silences, les suspensions de la narration, l’intrusion d’images mentales ou de flash back, des déformations d’images et des discordances sonores), Comme si le motif de la maladie n’avait été convoqué que pour  "contraindre"  Artémis à retourner dans son pays d’origine, à se confronter à son passé et à  ses attentes dans sa relation au père (avec le poids des non-dits) 

 

Dans ce film, très riche en questionnements/dévoilements, jusqu’à cette scène finale assez inattendue !!-, nous assistons ainsi à une double  "rééducation".  Celle du père dans son cheminement vers un semblant d’autonomie, celle de la fille dans son apprentissage de la découverte de l’autre " Ça veut dire quoi être proche de quelqu’un" c’était sa question initiale (la première des 66?).. Si l’opposition entre la « paralysie » de l’un et la « bougeotte » quasi permanente de l’autre accentue -formellement- le contraste, on mesure les efforts d’Artémis pour mimer, s’adapter au rythme de l’autre et progressivement en « être proche », dans les deux acceptions de cette expression (ce qui n’exclut nullement les moments de refus catégorique). Une rééducation qui se double d'une recherche mutuelle de la vérité vers une forme de réconciliation.

Réconciliation  qui frise parfois  le burlesque : ce dont témoignent, entre autres, la scène de franche rigolade (dégustation côte à côte d’une glace) ou la réunion de la maisonnée afin de tester les capacités d’une infirmière bulgare …qui ne connaît pas la langue…

Réconciliation qui emprunte (et l'on comprend mieux le procédé de duplication présent dès le début du film)   les chemins détournés des vidéos - les aveux du père -, comme si le recours à ce filtrage de la mémoire (avec éloignement dans l’espace et le temps) s’en venait  "recadrer"  l’énigme du présent

 

Un film que je vous recommande !

 

Colette Lallement-Duchoze

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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