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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 05:59

De Sebastian Borensztein  (Argentine)

 

avec Ricardo Darin, Oscar Martinez, I. Cuesta

Argument: Argentine 1977. Un ancien pilote et capitaine de la Marine argentine, Tomas Köplic s'enfuit après avoir désobéi à un ordre de l'armée soumise à la dictature. Caché dans une petite ville du sud du pays, sa présence attire l'attention du maréchal local -d'une autorité abusive et sans scrupules. La conscience n'a nul endroit pour se cacher....

Köblic

Sur le papier on imaginait l’excellence : contexte politique -la dictature de Videla, le règne de l’ arbitraire-  la contamination du Mal et  la mauvaise conscience; et  Ricardo Darin (notre Cluzet argentin  selon la critique....) dans le rôle de Köblic

 

mais à l’écran ? …..cela donne un faux western qui tient du thriller,  du film noir,  avec des effets de caricature grossiers,  des jeux de fausses pistes inutiles

 

On aura beau me dire que tout cela évite le piège de la "pédagogie fastidieuse",  oui mais à condition de ne pas tomber dans le simplisme -parfois racoleur!!!

 

La veine burlesque de El Chino semblait mieux adaptée au duo Sébastien Borensztein (réalisateur) et Ricardo Darin (acteur)

 

Elisabeth

 

Ne pas se fier au « résumé » (surtout ici car c’est progressivement que les cauchemars récurrents vont révéler la « scène » du trauma et du même coup les raisons de la fuite du personnage éponyme)

Saisissant contraste entre l’immensité des espaces les vols au-dessus des paysages et l’enfermement d’un personnage (taraudé par sa conscience et traqué par un potentat local). Tout cela dans une ambiance feutrée ou tendue ou macabre qu’accompagne une musique imitant par moments les rafales de l’ouragan

Avoir choisi la forme du western et du « faux » thriller n’en dénonce pas moins les atrocités d’une dictature (éloignés de la capitale des sbires de seconde zone se comportent en bourreaux sanguinaires) Et Köblic malgré ses tourments intérieurs est loin d'être "irréprochable" !!!!

Colette 15/07/2017

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 19:42

Documentaire réalisé par Agnès Varda et JR

 

Présenté hors compétition au festival de Cannes (mai 2017) ce film a obtenu l'Oeil d'or du meilleur documentaire 

Argument:  La cinéaste Agnès Varda et le photographe JR décident de sillonner les routes de France à bord de la camionnette-studio de JR. Ils désirent aller à la rencontre des gens, leur parler, les photographier, développer les photos et les afficher en grand dans leurs lieux de vie. 

Visages Villages

Ce  documentaire à l’allure de road movie et qui in fine se présente comme un montage collage est avant tout un film sur le regard.

 

Regards croisés mais aussi complices des deux artistes ; chacun dans sa singularité (elle cinéaste lui photographe plasticien)  explorant ce champ des « possibles » ; les deux regards se superposant ou se complétant

Regards des personnes sur elles-mêmes quand elles se voient immortalisées en de monumentales photos (même vouées à disparaître) ; le cas de Jeanine dernière habitante d’une rue d’anciens mineurs à Bruay la Bussière, est exemplaire ; car le regard ému qu’elle porte sur sa façade devenue effigie la conforte dans sa lutte contre l’oubli. Le regard et son corollaire : la mémoire ! Le regard contre l’oubli !

Ces regards émerveillés fiers ou bienveillants scellent le pacte qu’a conclu Agnès Varda "aller à la rencontre des gens simples dans ces villages oubliés du grand public" (le titre visages villages qui joue sur les allitérations et la presque parfaite homophonie le dit expressément).

Agriculteurs facteurs carillonneurs femmes de docker, tous ne seront plus de simples anonymes et c’est le regard du spectateur qui désormais va les relier à une autre mémoire, incluant leur individualité dans une fresque collective

 

Nonagénaire (ou presque) Agnès Varda ne cache pas ses problèmes de vision ; une vue floue certes mais largement compensée par une grande écoute. À l’inverse le trentenaire JR se cache derrière ses lunettes noires (à l’instar de Godard ?) et se plaît à jouer (ou être?) le cabotin….

Les différents "clins d’oeil" à Godard (même si le pastiche de la scène du Louvre est un peu longuet et si la séquence finale du rendez-vous manqué était prévisible) constituent une autre forme de regard ; celui d’une cinéaste qui rend hommage au cinéma (le plan sur son œil par exemple n’est pas sans rappeler la scène d’ouverture du chien andalou), et à son ami de la Nouvelle Vague qui a révolutionné le regard sur l’image

 

C’est enfin le regard d’une femme sur elle-même avec ce mélange de légèreté et de sérieux ; sentant sa fin prochaine elle en vient même à la souhaiter (un plan au cimetière de Varengeville-sur-Mer où les deux partenaires assis  sont filmés de dos, et surtout les paroles prononcées sur la tombe de Cartier Bresson dans le minuscule cimetière de Montjustin, en témoignent aisément)

 

Un "documentaire" à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

Visages Villages
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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 07:15

Argument: Une petite ville perdue au milieu de nulle part, en plein cœur de l’hiver. Un commerce de pompes funèbres agonise lentement, au grand désespoir d’Edmond Zweck, son propriétaire. L’entreprise ne compte plus que deux employés : Georges, le bras droit de Zweck, et Eddy, un jeune homme serviable encore novice dans le métier. Un beau matin, pourtant, un mort, enfin, pour de bon. Et l’espoir renaît. Eddy et Georges sont chargés de mener ce défunt jusqu’à sa dernière demeure. Mais à la recherche du cimetière qui s’avère introuvable, le convoi funéraire s’égare et le corbillard perd la famille qui suivait. Le voyage tourne au désastre. 

Grand Froid
Un film à l’humour loufoque belge adapté d’un roman de Joël Egloff avec deux pointures que sont Jean-Pierre Bacri et Olivier Gourmet...on se dit : tiens ! ça doit être bien.
 
Hélas au final on s’ennuie, le film se traîne, manque de rythme, s’essouffle, on regarde sa montre.
Pourtant il y avait les ingrédients pour passer un bon moment : quelques bons dialogues qui font rire et sourire, une photographie soignée, une histoire pas sérieuse jouée très sérieusement.
 
Alors on se demande ce qui cloche : un scénario pas assez étoffé, un montage un peu trop généreux avec les longueurs, des personnages (le frère du défunt et la veuve) sous exploités, une chute au ralenti ?...
 
Hélas, Bacri et Gourmet n’arrivent pas à sauver ce film, comme quoi pour faire un bon film il faut beaucoup de bons ingrédients, et que tout tienne bien ensemble.
 
Serge Diaz
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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 08:14

Documentaire réalisé par Jean-Pierre Pozzi

Argument: Le dessinateur Mathieu Sapin prépare une nouvelle BD sur les salles de cinéma. Il va donc parcourir la France pour rencontrer ceux qu’on nomme « les exploitants ». De villes en villes, il va découvrir la diversité d’un milieu et l’envers du décor d’un modèle que le monde entier nous envie

Macadam Popcorn

Plus de 1200 salles de cinéma, plus de 3500 écrans ; des "exploitants" qui ne sont pas seulement gestionnaires mais aussi et surtout cinéphiles. Voilà la fameuse exception française que revendique et admire Michel Ciment interviewé à un moment dans ce documentaire (en tant que critique de cinéma il était invité par un "exploitant")

 

Et le spectateur est embarqué dans la Ford Escort quasi mythique, avec Mathieu Sapin et son chauffeur à parcourir la France de la Normandie à la Provence dans une sorte de road movie, à la rencontre de directeurs de salles, programmateurs, projectionnistes, salariés interviewés tour à tour lors de 14 étapes (dont  "Le Casino" à Bagnols-sur-Cèze (Gard)  "L'Athénée" à Lunel (Hérault), "Ti Hanok" à Auray (Morbihan), "Le Long-Cours" à Coutances (Manche)..Utopia à Avignon) Mathieu Sapin griffonne sur son carnet de croquis, corrige développe  ce qui sera sa future BD (en s’inspirant précisément de tous les personnages rencontrés).

De même nous pénétrons avec eux dans les coulisses des salles aux fauteuils rouges le plus souvent

 

Passage au numérique, aménagement d’un lieu existant ou création d’un nouveau, technique de "séduction" pour attirer le public, passions et déconvenues -dont les relations avec les distributeurs- les sujets de discussion ne manquent pas. Mais on devine chez tous la même volonté de faire des salles de cinéma (art et essai surtout) un lieu de rencontre avec le public et  de promouvoir ainsi le lien qui unit le 7ème art à une ville ou un quartier

Peut s'inviter  (hélas!)   la musique de "la dernière séance".... 

 

Ce documentaire -que l'on pourrait comparer à un "inventaire" à la Prévert- n'évoque pas suffisamment  le lien qui unit exploitants de salles et pouvoir politique (le cas de Rouen serait à cet égard exemplaire…) De plus la légèreté (entendons le manque de sérieux ou de maîtrise) dans le montage est gênante tant elle manifeste de la "hâte" ....(impression de bâclé parfois)

Dommage!

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 06:21

De Volker Schlöndorff (Allemagne, Irlande)

 

avec Stellan Skärsgàrd, Nina Hoss, Niels Arestrup,  Susanne Wolff

 

partition musicale de Max Richter

Argument: L'écrivain Max Zorn arrive à New York pour promouvoir son dernier roman. dans lequel il raconte  l'échec d'une passion amoureuse dans cette ville, il y a 17 ans. Presque par hasard, il revoit Rebecca, la femme en question.  Ils décident de passer encore une fois un week- end ensemble à Montauk, le petit village de pêcheurs au bout de Long Island. Ils y reviennent  pleins d'espoir et de regrets...

Retour à Montauk
Film intéressant et joué inégalement.
La thématique de la nostalgie de nos anciennes amours est à la mode; mais les principaux protagonistes Stellan Skargârd et Nina Hoss -qu’on avait vue dans Barbara-, jouent à merveille, avec maturité, les deux amants qui se retrouvent au bout de 17 ans de séparation. Aventure sans cohabitation d’ailleurs: ce détail a son importance; il résonnera à la fin du film. On regrettera que l’actrice Susanne Wolff, qui joue Clara, la compagne américaine du moment de l’écrivain Max Zorn, soit moins bien dirigée, plus stéréotypée, malgré son charme et sa fragilité.
 
Cet homme écrivain séducteur de belles femmes n’aime que le phantasme de l’amour. Ce sont les femmes qui aiment vraiment dans cette histoire. L’homme narcissique les quitte et croit les retrouver telles qu’il les a quittées, mais c’est oublier que chacune a eu une vie après lui, ce qu’il semble ignorer. On notera à deux reprises le paradoxe du personnage qui façonne des histoires d’amour romanesques et son incapacité à maîtriser les siennes propres. Pénélope est un mythe, les hommes ou les femmes qu’on a quittés ne sont plus les mêmes quelques années plus tard; vouloir recommencer une vie amoureuse interrompue comme on enfourche un vélo, est un leurre.
 
Schlöndorff soigne les images, un New-york presque  à la Woody Allen, presque ! car l’intrusion soudaine d’une autre réalité plus vraie, plus crue surgit parfois...lorsqu’on quitte les beaux quartiers, et le cinéaste prend alors le contre-pied des romances à la Barbara Cartland. Le réalisateur du Tambour filme avec une distance intime les personnages pour donner du poids aux dialogues bien écrits et qui pèsent après tant d’absence; mais contradictoirement, il s’adonne à quelques clichés parfois - comme cette promenade au bord de mer à Rhode Island des deux anciens amants, que n’aurait pas reniée Claude Lelouch.
La musique qui accompagne, elle, nous charme en permanence.
 
Bref, Un film littéraire....qui fait rêver et réfléchir chaque spectateur sur les aléas de sa nostalgie.
Un film agréable qui donne surtout envie de lire ou relire le roman (autobiographique ?) de Max Frisch “Max Zorn”.
 
Serge Diaz
 
 
 
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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 06:52

Documentaire réalisé par Barbet Schroeder (France Suisse) 

 

Présenté au festival de Cannes (séance spéciale)

Argument  En Birmanie, "Le Vénérable W." est un moine bouddhiste très influent. Partir à sa rencontre, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l'islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Pourtant nous sommes dans un pays où 90% de la population a adopté le bouddhisme, religion fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent.

Le Vénérable W

Connaissez vous les poissons chats ravageurs d’Afrique ? Ils détruisent tout dans les lacs et les rivières… Les Musulmans font comme ça chez nous »…..tels sont à peu près les premiers mots de Wirathu moine bouddhiste birman interviewé par Barbet Schroeder….

 

Ce vénérable W, islamophobe, nationaliste, au physique placide, à la parole onctueuse, éduque les siens dans la culture de la haine quitte à réécrire l’histoire...(on connaît la puissance l’impact des storytelling dans les commentaires de guerres voire de génocides -c’est que l’opinion ça se travaille…) Quand on sait que les Rohingyas c’est environ 4 % de la population birmane, l’acharnement maladif du "monstre" -et pourtant "vénéré"-  W n’en est que plus condamnable. Mais le sera-t-il dans un pays où le pouvoir l’armée et une partie du clergé sont de connivence (récemment en 2016 l’ex-dissidente et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi  a couvert ces crimes...en les tolérant...)

 

Le documentaire de Barbet Schroeder met à nu l’histoire de l’islamophobie en Birmanie depuis les années 90, la création du mouvement 969 (1999) dont Wirathu est le « grand prêtre ». Se déploie sous nos yeux -souvent hébétés- la mécanique du Mal. La foule respectueuse écoute religieusement la parole du Maître ; galvanisée elle est mûre pour commettre les pires atrocités; on provoque une émeute, on incendie mosquées maisons on tue on achève des moribonds avec la complicité muette des militaires. Des images presque "insoutenables"...pour le spectateur;  des images dont se repaissent les "meurtriers" !!! Négation de l’autre, exclusion, crimes tout cela ne va-t-il pas à l’encontre de l’idéologie du bouddhisme ? (ce que rappelle la voix off de Bulle Ogier, l'épouse du cinéaste). En contrepoint aux délires destructeurs du "vénérable W" le réalisateur donne la parole à des personnes du monde civil ou religieux, plus modérées dans leurs propos et analyses ! Équilibre bien précaire ! Il en va de même du recours aux graphismes, aux  cartes de géographie, à l’insertion d’extraits de journaux, etc. tout cet accompagnement pédagogique salutaire ne saurait faire le poids face au crime organisé au nom de la nation souveraine, au nom de la religion. Le frisson a dépassé les frontières birmanes...

 

 

Au début les quelques scènes sur l’enseignement que reçoivent les jeunes bonzes sont empreintes de sérénité ce dont témoignent la lente théorie de ces "moines" avec leur bol de riz et celle des habitants qu’un long travelling latéral semble figer dans l’espace et le temps….

Mais dès que le Mal prend corps, s’imposera l’image récurrente du rouge -le feu du brasier dévastateur; le "vénérable W" ne l'avait-t-il pas allumé dans ses prêches xénophobes et génocidaires !

 

Un documentaire à ne pas rater !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 06:35

De Philippe Garrel

avec Eric Caravaca  (Gilles) , Esther Garrel (Jeanne)  Louise Chevillotte (Ariane) 

 

Présenté au festival de Cannes - Quinzaine des Réalisateurs-  ce film  a remporté le prix de la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques)  

 

argument: C'est l'histoire d'un père et de sa fille de 23 ans qui rentre un jour à la maison parce qu'elle vient d'être quittée et de la nouvelle femme de ce père qui a elle aussi 23 ans et vit avec lui...

L'Amant d'un Jour

Escalier plus ou moins lépreux que dévale une étudiante ; un homme la rejoint près des toilettes et la volupté du rapport sexuel ravi à l’instant explose en des gémissements de plaisir. c’est le prologue. Nous allons entendre en écho d’autres gémissements ceux de la douleur torturante qu’éprouve une jeune femme abandonnée par son compagnon. Elle s’en vient trouver refuge chez son père qui n’est autre que l’amant du prologue. Non seulement le "ton" est donné dès ces premiers instants (si la fille et l’amante ont le même âge, leur relation au "mâle"  est bien différente) mais l’importance de la voix off (pour son contenu et sa musicalité) le travail du noir et blanc (signé Renato Berta) et la matérialité du Corps, tout cela oriente le film vers bien plus que des fluctuations amoureuses ; car dans "l’amant d’un jour"  la fausse sororité et/ou la fausse amitié vont reléguer au second rang le rôle de l’homme…alors même qu'il sert d'enjeu (lui le  père de Jeanne , lui l'amant d'Ariane) -

 

Portes que l’on ferme, cloisons qui fragmentent l’espace de l’appartement, gros plans sur l’amante donjuanesque (et en effet spéculaire la photo de son corps à la Une d’un magazine érotique) des sanglots longs, des promesses susurrées, une ritournelle de Jean- Louis Aubert, les relations ambiguës entre les deux jeunes femmes, ou encore le décalage entre le discours philosophique du père (il est prof de philo à l’université) et son comportement machiste, tout, dans cette manière impressionniste de traiter un drame intimiste  - en privilégiant des fragments de vie-  est mis en œuvre pour exhausser la fiction  à une dimension quasi mythique !

 

Le réalisateur n'a-t-il pas lui-même confié avoir voulu parler du complexe d’Electre.?.Dans le film c'est l'histoire d'une amitié consciente entre une jeune fille et sa belle-mère qui a le même âge qu'elle et comment l'inconscient de cette jeune fille la pousse à se débarrasser de cette rivale pour le père. Ce n'est pas très important de comprendre ça mais c'est comme ça que je l'ai bâti" 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 06:47

De Pepa San Martin (Argentine Chili) 

avec Mariana Loyola, Agustina Muñoz, Julia Lübbert 

 

Grand Prix Kplus de la Berlinale 2016

Présenté à Rouen en avant-première dans le cadre de Ciné-Friendly , les journées du film lesbien gay bi et trans 

 

Argument: Depuis le divorce de leurs parents, Sara, 12 ans, et sa petite sœur Cata vivent avec leur mère et la compagne de celle-ci. Leur quotidien, fait de tendresse et de complicité, ressemble à celui d’autres familles. Lorsque leur père tente d’obtenir leur garde, l’équilibre de la famille semble mis à l’épreuve…

 

Rara

Si la réalisatrice s’est inspirée d’une histoire vraie -celle d’une juge qui à cause de son homosexualité a perdu la garde de ses enfants- elle adopte pour son film le point de vue de Sara, jeune adolescente qui connaît ses premiers émois "amoureux" et qui va porter un nouveau regard sur le monde des adultes. C’est moins un questionnement sur l’homoparentalité en général -ses aspects juridique sociétal moral voire philosophique - que le vécu d’une enfant qui vivait en harmonie avec ses "deux mamans"  mais qui va prendra conscience de l’altérité (anormalité diront son père Victor, ou sa grand-mère Icha dans le film ; abomination entend-on encore en France de la bouche de certains élus ou en passe de l’être….) Douloureuse initiation !

 

 

Sara est donc de tous les plans. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un long plan séquence :vue de dos elle  traverse la cour de son collège, arpente le gymnase, des salles, monte ou descend des escaliers jusqu’au vestiaire. Ce qu’elle perçoit dans et de cet espace fragmenté semble intériorisé à tel point que parfois ses camarades de volley sont comme "floutés" Puis vont se succéder sur un rythme assez rapide des saynètes comme autant de tableautins d’une quotidienneté "assumée" (repas, chamailleries avec la sœur Cata, départ précipité le matin pour aller au collège, visites régulières chez le père, etc..) car c’est précisément dans le rapport à l’autre que va se jouer la prise de conscience (rapport avec sa sœur cadette, avec son père et sa belle-mère, avec ses deux mamans, avec son amie au collège et son "amoureux") Des bribes de discussions (hors champ) entre sa mère et sa grand-mère ou de conversations téléphoniques entre son père Victor et sa mère Paula, les gémissements de plaisir de Lia et Paula, les questions posées par son amie Pancha, tout va désormais la déconcerter. (cf la graphie du "r" inversé dans le titre...) Elle en vient à préférer fêter son anniversaire dans la maison de son père (l'ambiance sera plus  "normale"...)

La perception d'un  environnement  particulier, le regard de l’autre c’est la douleur silencieuse de Sara...(admirablement interprétée par Julia Lübbert); douleur qui sera peut-être décuplée quand la justice aura statué sur la garde des enfants....

 

 

La réalisatrice en adoptant ce point de vue évite du même coup les clichés, toute forme de manichéisme ainsi que les caricatures "faciles" (elle suggère plus  qu’elle ne montre et la force en sera d’autant plus persuasive). En mettant en scène tous les petits riens qui tissent un jour, une semaine, une vie, en faisant alterner légèreté -dans des scènes presque chorales- et tensions -cadres plus serrés- elle aura trouvé un ton juste… même si des esprits chagrins lui reprocheront certaines longueurs…. Une maturation ne saurait être instantanée….

 

La fin du film claque tel un couperet (même si elle était plus ou moins annoncée et qu'à un moment la grille séparant Lia qui vient de conduire Sara chez son père, se ferme telle une fin de non-recevoir symbolique)

Écran noir ! La justice a tranché !!!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 08:23

De Ben Wheatley. (Royaume-Uni, France) 

Avec Brie Larson, Cillian Murphy, Armie Hammer 

Argument: Un soir, dans les années 1970, deux combattants de l’IRA ont rendez- vous dans une usine désaffectée de Boston avec un trafiquant d’armes sud-africain assisté d’un ex-Black Panther. Les intermédiaires sont un play-boy un peu beatnik qui fume joint sur joint et une jeune femme bien décidée. Chaque partie, acheteurs et vendeurs, est assistée par une paire de petits truands. En jeu, quelques dizaines de milliers de dollars pour trente fusils d’assaut.

Free Fire

Une transaction qui vire à la fusillade ; ça pétarade à tout bout de poutres métalliques ; ça défonce jambes épaules au point que très vite tous les personnages sont réduits à une reptation sanguinolente ….Il y a certes du Tarentino dans ce jeu de massacre. L’entrepôt rappelle celui de reservoir dogs la musique des années 70 aussi.  Mais dans free fire pas d’allées et venues ni dans l’espace ni dans le temps ; un huis clos sordide et glauque en apparence seulement car l’humour  et le côté ludique vont "sauver" ce faux thriller de bien des écueils -sans oublier bien évidemment la prestation de tous les acteurs!

 

 Plans aériens sur une ville et ses dédales de routes, d’embranchements, qu’accompagne une musique sur dimensionnée, c’est l’ouverture… Puis la caméra suit un camion, pénètre à l’intérieur où le conducteur et son compère (déjà pas mal amoché) s’invectivent en bons enfants…ce sont sûrement les "chauffeurs" sollicités pour le trafic d’armes ....La transaction (même s’il y eut tromperie sur la marchandise -des Beretta AR70 au lieu des M16- semble conclue avec tous les partenaires, … mais ….un des chauffeurs reconnaît l'Irlandais  qui a agressé sa cousine…. Tout foire ; et c'est précisément le prélude au huis clos dans cet immense entrepôt désaffecté que la stridence d’un téléphone vient par deux fois perturber...

 

Le réalisateur britannique semble s’en donner à cœur joie : musique, (contraste entre John Denver et la situation macabre) caméra virevoltante, pistolets fusils automatiques revolvers en sarabande, dialogues salaces et/ou misogynes… on a bien affaire à des "salopards" mais  leurs peurs et leurs blessures deviennent progressivement le véritable enjeu du film : la fusillade n’aura-t-elle été qu’un "prétexte"?

 

Tout ça pour ça? diront désappointés certains spectateurs…. Je les comprends…. 

 

Colette Lallement-Duchoze


 

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 08:47

Documentaire réalisé par Shu Aiello et Catherine Catella (Italie, France) 

Un Paese di Calabria

Riace était abandonné déserté par les siens ; les noms prénoms que cette vieille femme égrène dans la rue face à des fenêtres closes, restent sans réponse ; son beau visage buriné et parcheminé est comme le grimoire du passé ; désormais seule dans cette rue ; seule aussi face à l’immensité de la mer (c’est sur le mouvement répétitif de flots s’écrasant sur la grève que s’ouvre le film, mouvement auquel fera écho le tout dernier plan avant le générique de fin, comme la métaphore de ce flux de femmes et d’hommes qui risquent leur vie en accostant sur des rives jusque-là inconnues). Nous entendrons tout au long, en voix off, le témoignage de cette femme qui a quitté le paese di Calabria après la Seconde Guerre mondiale, accompli un long voyage pour rejoindre à Nice son mari Antonio : ses paroles jouent le rôle de contre point et/ou de mise en perspective -alors qu’elles évoquent l’immigration italienne après la Seconde Guerre, le documentaire  nous montre l’arrivée de Kurdes puis d’autres migrants sur le sol italien aujourd’hui, et l’accueil généreux de la population de Riace , avant leur nouveau départ vers ....La voix de cette femme laisse parfois résonner le silence ou la vibration de chants: Polyphonie du Vivant par-delà les générations !

 

Le village de Riace est dans un premier temps présenté comme beaucoup de villages méditerranéens à flanc de colline et surplombant la mer ; panoramiques sur les oliviers et cactus , vue en plongée sur ces moutons qui paissent sous la houlette du berger ou contre plongée sur le village lui-même comme fossilisé sur une paroi rocheuse. Dès l’arrivée de 200 Kurdes le fossile s’ouvre et si nous pénétrons dans ses voies intérieures, s’imposera à notre regard la diversité partagée!! Ecole commerces habitations s'animent (à nouveau)! 

« Riace a refleuri Riace est revenu à la vie » précisément grâce à ces migrants. Interviewés isolément (visage ou corps entier face à la caméra)  nous les retrouvons mêlés à la foule lors de manifestations festives ou religieuses (la vénération de Côme et Damien par exemple). Leurs témoignages décuplent la force suggestive de leur trauma (cette Africaine qui a traversé la Libye et vécu les pires atrocités : cet homme qui a vu mourir les siens et des femmes et enfants...Pourquoi Gloria est-elle aussi farouche voire effrontée à l'école ?? des secrets, une douleur !!!) On ne doit pas badiner avec cette vérité ; ni surtout avec les dangers d’une traversée ; ne pas les tourner en dérision -comme vient de le faire en haut lieu "notre"  nouveau président….à propos des kwassa-kwassa ....

Voici une image bouleversante : des objets figés -bouteille, chaussures....- sur le ponton d’un bateau échoué..., objets reliques d’une vie qui a basculé pour l’éternité dans les abysses!

 

 

Ce  documentaire sur une politique d’accueil de migrants est un bel  exemple de cohabitation bienfaitrice. Les forces d’opposition (celle de la mafia calabraise par exemple) ne sont nullement occultées. Un Paese di Calabria , c'est ainsi et aussi un combat de tous les instants (les allocutions du maire Domenico forcent l'admiration et contrecarrent les politiques frileuses de l'Europe sur l'immigration...) 

 

Colette Lallement-Duchoze

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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